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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 17 avril 2021 29 minComplaisantFond programmatiqueCulture, médias & sportÉconomie & entreprisesNumériqueInstitutions & élections

Catherine Morin-Desailly : "L'année Flaubert s'inscrit dans un vaste plan de relance pour la culture"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:57OuverteRéponse directe

    Est-ce que la programmation étalée sur une année autour du bicentenaire Flaubert permet de limiter les effets de la crise sanitaire sur le monde culturel ?

  • 3:17OuverteRéponse directe

    Est-ce que le bicentenaire Flaubert s'inscrit dans un plan de relance pour la culture ?

  • 4:37OuverteRéponse partielle

    Gustave Flaubert était-il progressiste ? Faut-il prendre en compte ses aspects moins reluisants dans les commémorations ?

  • 5:50OuverteRéponse directe

    Les commémorations prennent-elles en compte les aspects moins reluisants de Flaubert ?

  • 6:54OuverteRéponse directe

    Comment le secteur culturel réagit-il à la crise sanitaire ?

  • 8:37OuverteRéponse directe

    Comprenez-vous la réaction du monde de la culture face aux fermetures des lieux culturels ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:52Invité politiqueFait
    « Nos acteurs culturels, nos techniciens, nos administratifs, nos artistes, tous souffrent énormément de la crise. »
  • 11:57Invité politiqueFait
    « Ce monde à l'arrêt, c'est autant de richesses en moins. »
  • 18:41Invité politiqueFait
    « Nous avons toute une série, un maillage exceptionnel en France qui s'est construit sur des décennies de scènes labellisées, de théâtres, de salles de concert, de musées. »
  • 22:46Invité politiquePromesse
    « Il va falloir bien s'atteler avec les nouveaux textes européens de règlement qui arrivent à ce qu'il y ait une vraie régulation des plateformes et qu'elles soient vraiment redevables et que surtout, elles s'acquittent du juste impôt. »

Temps de parole

  • Catherine Morin-desailly52 %
  • Présentateur36 %
  • Locuteur non identifié6 %
  • Invité2 %

1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Bonjour, bienvenue dans Politique. Notre invitée aujourd'hui, Catherine Morin de Sailly. Bonjour Catherine Morin de Sailly.

0:35
Catherine Morin-desailly

Bonjour à vous.

0:36
Présentateur

Vous êtes sénatrice union centriste de la Seine-Maritime, ancienne présidente de la Commission Culture du Sénat, conseillère régionale de Normandie, vous y êtes en charge des questions culturelles, membre du comité de pilotage du bicentenaire Gustave Flaubert. Rivez dernière nos écrans de télé et d'ordinateur, allons-nous finir par oublier ce que cela veut dire que d'aller voir un film dans une salle de cinéma, une pièce dans une salle de théâtre, une expo dans un musée ou un concert en plein air. Le monde des livres mis à part, la culture est à l'arrêt depuis un an, du moins ne peut-on plus y accéder de la même manière qu'avant, geste barrière oblige.

A l'approche de l'été et de la saison des festivals, l'incertitude reste grande, même si l'exécutif répète qu'un début de retour à la normale aura lieu mi-mai dans un mois, mais quand bien même ce retour aura lieu, dans quel état va se retrouver le monde culturel considérablement fragilisé par son confinement. C'est dans ce contexte si particulier que s'ouvrent les commémorations du 200e anniversaire de la naissance de Gustave Flaubert. La Normandie est évidemment en pointe pour célébrer le grand écrivain, un des plus illustres enfants de la région.

Et c'est donc avec Flaubert que nous allons entamer cette discussion, votre compagnie Catherine Morin de Sailly, et ce dans le cadre, vous le savez, d'un week-end spécial sur France Culture consacré à l'auteur de Madame Bovary. Alors je voudrais d'abord qu'on aborde avec vous, Catherine Morin de Sailly, les circonstances si particulières dans lesquelles débute ce bicentenaire Flaubert qui va se dérouler quand même jusqu'à juin 2022, mais évidemment avec la crise sanitaire. Est-ce que ça vous a obligé en région normandie à revoir un petit peu le programme des festivités ?

2:13
Catherine Morin-desailly

Bien entendu, le comité de pilotage que vous avez évoqué, qui travaille d'arrache-pied depuis deux ans à la préparation de ces manifestations, a eu à s'adapter, faire glisser le calendrier. Mais la chance que nous avons, c'est que l'année Flaubert, nous la prévoyons à l'époque déjà assez longue. Elle couvre la période qui va d'aujourd'hui, ce week-end, c'est le grand week-end du lancement, vous l'avez rappelé, jusqu'à juin 2022. Donc l'ensemble des acteurs, ils sont très très très nombreux, qui ont prévu des événements, des manifestations, ont glissé bon an, mal an le calendrier. Mais un certain nombre d'événements ont déjà cours.

Alors bien entendu, recours au numérique pour pouvoir y accéder. Mais nous espérons très vite qu'avec l'été approchant et les annonces aussi gouvernementales par rapport à une réouverture possible à partir de mi-mai d'un certain nombre de lieux de culture. Nous allons pouvoir vraiment nous immerger dans cette très belle année Flaubert.

3:13
Présentateur

Alors une année comme celle-ci, évidemment, ça se prépare longtemps à l'avance. Est-ce que, Catherine Morin-Nosailly, le fait justement d'avoir cette programmation à venir importante sur une année autour du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert, ça permet aussi à une partie peut-être du monde culturel d'avoir des effets un petit peu moindres de la crise sanitaire sur les activités ? C'est-à-dire, est-ce que ça a permis quand même de mobiliser un petit peu ce milieu ?

3:40
Catherine Morin-desailly

Oui, en effet, nous prévoyons en fait cet événement, ces manifestations comme s'inscrivant dans un vaste plan de relance pour la culture. Vous l'avez dit, nos acteurs culturels, nos techniciens, nos administratifs, nos artistes, tous souffrent énormément de la crise. Bien entendu, il y a eu des plans d'accompagnement gouvernementaux, régionaux. On a été très attentifs justement à ce que l'écosystème tienne, même si tout ça reste terriblement fragile, il faudrait être très attentif à la sortie.

Mais en effet, Flaubert a permis de mobiliser de façon étonnante, époustouflante, j'ai envie de dire, une variété d'acteurs sur une variété de thématiques et de propositions qui vont en faire, j'espère, un événement qui va nous redonner le goût d'être ensemble et de partager des moments d'émotion et de culture.

4:26
Présentateur

Voilà, donc en plus de son intérêt littéraire, un intérêt plus immédiat par rapport justement à cette crise sanitaire, il y a aussi tout un aspect politique avec Gustave Flaubert. Je profite que nous soyons en présence d'une sénatrice pour l'évoquer, même si ça a été le cas ce matin avec l'émission Concordance des Temps de Jean-Noël Jeannet. Gustave Flaubert, ce n'est pas vraiment quelqu'un qu'on pourrait ranger du côté des progressistes. On vient de commémorer, enfin on est même d'ailleurs en train de commémorer le 150e anniversaire de la Commune de Paris. Flaubert s'était manifesté par son hostilité à l'égard de ce mouvement. Ce n'était pas vraiment un ami de la démocratie.

Elle l'avait d'ailleurs écrit, notamment dans une lettre à Georges Sand. Je cite juste cet extrait. Bref, le peuple est un éternel mineur. Je vais la démocratie. Est-ce qu'en célébrant Flaubert, on célèbre aussi Catherine Morin de Sailly, un écrivain, disons, bourgeois et réactionnaire ?

5:23
Catherine Morin-desailly

Il n'aimait pas non plus la Normandie, vous pourriez le dire. C'est assez paradoxal.

5:26
Présentateur

Vous n'êtes pas rocunière.

5:28
Catherine Morin-desailly

Énormément, c'est sa terre d'écriture, au-delà de, bien sûr, ses voyages d'Orient. Et donc, il y a un côté assez paradoxal du caractère de Gustave Flaubert. Vous avez parlé de Flaubert et la politique. Les amis de Flaubert et Maupassant organiseront un colloque, justement, Flaubert et la politique, qui se tiendra à l'automne au Sénat pour explorer cette facette aussi de l'écrivain.

5:50
Présentateur

Est-ce que c'est quelque chose, en tout cas, qu'on prend en compte aujourd'hui quand on commémore une figure historique, c'est-à-dire ces aspects peut-être moins reluisants qui peuvent aussi prêter le fond à certaines polémiques ?

6:00
Catherine Morin-desailly

Bien entendu, et des projets le prennent en compte. Moi, j'ai envie d'insister malgré tout sur la modernité de Flaubert. C'est Isabelle Huppert, qui est notre présidente d'honneur de ces commémorations, qui dit à juste type à quel point le personnage d'Emma Bovary évoque des problématiques très contemporaines et que, somme toute, toute la description aussi de la société de l'époque renvoie aussi à des problématiques d'aujourd'hui. Donc, je pense que l'écriture de Flaubert n'est absolument pas démodée, bien au contraire.

Et je voudrais en profiter pour dire que Flaubert, ça va être aussi la célébration de la langue française, de la francophonie, au sommet de Djerba, qui va se tenir en Tunisie à l'automne. On évoquera aussi Flaubert, parce que Flaubert est parti en Tunisie, en Égypte, ça a été source d'inspiration pour lui aussi. Donc, Flaubert va relier les deux rives de la Méditerranée aussi cette année.

6:54
Présentateur

Alors, revenons justement aux problématiques contemporaines qu'on a déjà commencé à évoquer avec vous, Catherine Morin-de-Seilly, à savoir donc cette crise sanitaire qui affecte, de manière durable en tout cas, puisque c'est depuis un an le secteur de la culture, un secteur qui attend de savoir quand il va pouvoir reprendre du service.

7:11
Invité

Le tambour résonne pendant plus d'une heure dans les rues du centre-ville. Une façon de montrer l'injustice, celle d'interdire concerts et spectacles lors des manifestations. Carolina Garel Carballera est comédienne. C'est nos outils des luttes, des paroles, c'est aussi notre façon d'être, c'est par ces moyens-là. Même si on ne peut pas parler que des cultures dans nos revendications, c'est nos moyens pour revendiquer. Parmi les revendications, prolonger l'année blanche pour les intermittents, au-delà du 31 août, estime Thibaut Niobé, il est guitariste dans plusieurs groupes de la région.

On n'a pas pu travailler, donc on n'a pas pu cotiser comme il le fallait pour avoir nos indemnités, donc ça va être très très compliqué à partir du 31 août, si rien ne change. Et beaucoup sont inquiets, entre les annulations de spectacles pour les prochains mois et le manque de visibilité, Océane, également musicienne, a du mal à retenir ses larmes. On a enterré la culture aujourd'hui, c'est un symbole fort, et on se demande ce qui va se passer, est-ce qu'elle va renaître comme le phénix, est-ce que c'est foutu pour foutu ?

8:17
Présentateur

Voilà, reportage de France Bleu, Quimper, c'était samedi dernier, alors on a choisi ce reportage à Quimper, on aurait pu aussi en choisir un à Rouen, je rappelle que vous êtes, Catherine Morin de Sailly, sénatrice de Seine-Maritime, il y a eu aussi des manifestations pour réclamer la réouverture des lieux culturels, il y a des théâtres qui, un petit peu partout en France, sont occupés, est-ce que vous comprenez cette réaction du monde de la culture, est-ce que vous la soutenez ?

8:42
Catherine Morin-desailly

Oui, bien sûr, on a eu des manifestations à Rouen que j'ai soutenues et accompagnées, le monde de la culture est dans une grande détresse, bien entendu, il y a à la fois ce paradoxe d'un monde qui a été aidé par des plans d'urgence, voté par le ministère de la Culture, voté par la région Normandie, des plans d'urgence et d'accompagnement, il y a eu la prorogation des droits des intermittents, jusqu'à août prochain, ça sera sans doute prorogé, ce sont des aides d'ailleurs tout à fait exceptionnelles, la France est un pays assez remarquable, à ce point de vue-là, il faut quand même le dire, mais ça n'en place pas, en fait, la vraie vie, dans le milieu culturel, la rencontre avec le public, et ce qui a été un peu difficile cette dernière année, c'est ce stop and go permanent, on rouvre, on referme, on rouvre, on referme, plutôt que d'avoir une lisibilité, une anticipation, voilà, meilleure, peut-être qu'il y a manqué aussi, c'est un lien avec les collectivités territoriales, elles financent les deux tiers de la culture, le ministère aurait eu intérêt à se rapprocher davantage des collectivités territoriales, d'ailleurs, elles l'ont réclamé, les associations d'élus ont réclamé,

9:45
Présentateur

Mais ça aurait changé quoi ? Imaginons par exemple que la région Normandie, vous êtes conseillère régionale,

9:49
Catherine Morin-desailly

On peut dire très concrètement que certains lieux, par exemple les musées, les musées, on peut organiser facilement les protocoles sanitaires, les flux de visiteurs et la distanciation, les musées, c'est un compréhensible qui ne soit pas resté ouvert, les galeries marchands de l'été, je ne vois pas pourquoi les musées ne l'auraient pas été, on a beaucoup combattu le deuxième confinement, on a laissé les librairies ouvertes et Dieu merci.

Bon, il y a les cinémas, prenons la question des cinémas, je pense que les protocoles sanitaires établis en grande responsabilité par les exploitants cinématographiques qui ont travaillé avec le ministère sur les protocoles, le ministère de la culture, le ministère de la santé, auraient pu aussi, somme toute, rester ouvert.

10:30
Présentateur

Vous pensez qu'il aurait fallu avoir par exemple une approche territorialisée comme ça a pu être le cas

10:34
Catherine Morin-desailly

pour d'autres protocoles ? Moi je suis sénatrice, donc le sénateur c'est le territoire. Voilà, donc je privilégie l'approche préfet-maire qui, dans le bon sens, en observation de ce qui se passe sur un territoire, on a bien vu que dans cette affaire de pandémie, les départements n'étaient pas toujours tout à fait dans la même situation, et bien je pense qu'il faut absolument, c'est ça la France décentralisée, la France moderne, adapter les situations au cas par cas, et donc nous plaidons pour cela, c'est très important d'être au plus proche aussi de nos habitants et de prendre leur avis, prendre l'avis des maires qui gèrent au quotidien leurs équipements culturels avec les acteurs concernés.

11:16
Présentateur

Est-ce que vous êtes capable de chiffrer aujourd'hui ce que représente le manque à gagner des activités culturelles qui n'ont pas pu être menées comme elles le sont d'habitude ? En tout cas, vous disiez parce que les régions financent et les régions aussi en retour... C'est énorme

11:30
Catherine Morin-desailly

et en plus je voudrais souligner que c'est très corrélé dans une région comme la Normandie par exemple, c'est très corrélé au tourisme et pas seulement en Normandie, dans la plupart des régions de France, nous sommes un grand pays touristique et c'est vrai que c'est terrible. Le secteur de la culture, il représente plus que le secteur de l'automobile en nombre d'emplois, en valeur ajoutée, en participation au PIB. Donc le secteur de la culture, c'est une variété de métiers bien au-delà des artistes ou des comédiens. Donc ce monde à l'arrêt, c'est autant de richesses en moins. Et puis c'est tout simplement un manque, un manque fondamental. On est rivés derrière nos écrans, c'est bien.

D'ailleurs, on a pu voir se développer des propositions artistiques via le numérique tout à fait intéressantes, des nouveaux formats, il faudra sans doute les garder, mais rien ne remplace le bonheur, le plaisir de partager des émotions avec un public qu'on rencontre quand on va au concert, quand on visite une exposition. Voilà. Donc ça, c'est vraiment extrêmement précieux. C'est ce qui nous manque le plus, je crois, à tous.

12:32
Présentateur

Mais alors justement, ce que vous dites finalement, ça valide les choix qui ont été faits par le gouvernement. Quand vous dites, allez au cinéma, allez au concert, au théâtre, c'est aussi rencontrer des gens. Or, c'est bien ce qui pose problème aujourd'hui, c'est que le fait que ce soit des lieux de convivialité qui justifient, en tout cas, du point de vue notamment de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, le fait que, eh bien, ces lieux restent fermés, contrairement par exemple aux magasins où en général, on ne se retrouve pas à 10 pour aller acheter des vêtements. En tout cas, est-ce que vous comprenez la logique de la décision du ministère de la Culture ?

13:03
Catherine Morin-desailly

Dans les lieux culturels, d'abord, je voudrais souligner à quel point les dirigeants de ces lieux sont extrêmement responsables et il y a des protocoles très clairement établis en lien avec le ministère de la Santé. la distanciation est tout à fait possible, elle est respectée, il y a des normes, tout ça peut reprendre progressivement à partir, je l'espère, du mois de mai avec, bien entendu, un protocole clairement défini. Mais voilà, il y a d'autres lieux aussi qui fonctionnent.

Quand je vois les grandes surfaces de bricolage, je n'ai rien contre le bricolage, au contraire, ouverte et le monde s'y presser, je crois qu'on peut tout à fait et on sera peut-être dans de meilleures conditions à retourner dans un cinéma, objectivement, où tout sera très cadré que fréquenter que les grandes surfaces.

13:56
Présentateur

Est-ce qu'il n'y a pas une étrangeté, Catherine Morin de Sailly, de voir un pays comme la France qui se veut le pays de l'exception culturelle et qui, effectivement, traite le monde de la culture de manière exceptionnelle, justement ?

14:09
Catherine Morin-desailly

Oui, c'est assez étrange. En interdisant de fonctionner plus normalement. Ce n'est pas le choix qu'on fait d'ailleurs tous les pays. autour de nous. C'est assez étrange et c'est la raison pour laquelle les acteurs de la culture sont en mouvement aujourd'hui. Ils sont à la fois responsables, il ne faut pas croire. Mais en même temps, ils veulent réaffirmer que la culture est essentielle et puis, ce à quoi il faut prendre garde en ces temps où aussi, bien entendu, les déficits publics vont s'accroître puisqu'il y a eu un non considérable de dispositifs d'aide et c'est tant mieux à toute une variété de secteurs, c'est de faire en sorte que la culture bénéficie du même taux de subventionnement.

C'est très important.

14:51
Présentateur

Vous avez des craintes ?

14:52
Catherine Morin-desailly

Oui, j'ai des craintes parce qu'il y a des mouvements ici et là, des questionnements dans certaines municipalités.

14:56
Présentateur

Vous pensez à la mairie de Bordeaux par exemple ? Voilà. Alors, la mairie de Bordeaux, il faut rappeler, il y a eu un affichage demandant, voilà, finalement, à quoi sert la culture ? Je crois que c'est la tête après ça, ces messages.

15:05
Catherine Morin-desailly

La culture coûte-t-elle cher et être artiste, c'est-il un métier ? Je trouve ça terriblement choquant. Même au second degré, c'est ouvrir la boîte de Pandore.

15:12
Présentateur

Alors, il faut préciser quand même justement que c'était au second degré, que c'était dans le cas d'une campagne avec ensuite d'autres messages pour dire, bien sûr, que la culture, c'est essentiel et bien sûr que c'est un métier et tout à fait un métier décliné.

15:22
Catherine Morin-desailly

Oui, mais je trouve qu'introduire ne serait-ce que l'idée a beaucoup choqué le secteur culturel, je peux vous le dire, qui est en émoi face à ce genre de campagne qui pour moi est contre-productive et extrêmement périlleuse dans des temps où justement on va toujours questionner la dette publique.

15:36
Présentateur

Il ne faut pas se poser la question en tout cas du coût de la culture. En tout cas, ce n'est pas le bon moment pour le faire, Catherine Moura.

15:40
Catherine Morin-desailly

Je crois qu'on pourrait se poser aussi

15:41
Présentateur

la question

15:43
Catherine Morin-desailly

et on le voit aujourd'hui, des retombées financières et positives de la culture. Parce que la culture produit de la richesse, énormément de richesse, plus que le secteur de l'automobile, je vous l'ai dit, en nombre d'emplois. Donc attention, la culture, il ne faut pas y voir que des subventions versées à des structures. Il faut y voir surtout le bénéfice, l'immense bénéfice au-delà du bénéfice humain, l'immense bénéfice aussi en termes de richesse et tous les métiers, toutes les activités connexes. J'ai cité le tourisme, j'aurais pu citer la restauration, j'aurais pu citer beaucoup de choses en fait qui lui sont liées.

16:15
Présentateur

Au sein de la commission des affaires culturelles, enfin des affaires culture au Sénat, vous avez la possibilité justement de discuter de ces questions avec le ministère de la culture, voire d'auditionner la ministre ?

16:26
Catherine Morin-desailly

Oui, nous l'auditionnons très régulièrement, comme nous auditionnons son prédécesseur. Nous sommes tenus informés et surtout...

16:32
Présentateur

Je rappelle que c'était Franck Riester.

16:33
Catherine Morin-desailly

Voilà, Franck Riester et je préside encore la commission jusqu'à l'été dernier et j'avais eu à cœur que nous établissions le diagnostic du premier confinement et que nous nous projetions d'ores et déjà dans l'avenir et pour mesurer les plans d'accompagnement dont ce secteur aurait besoin pour la relance. Et nous suivons ça avec mon successeur de façon extrêmement précise, bien entendu.

17:00
Présentateur

Est-ce que cette relance du milieu, du monde culturel, Catherine Mourin-de-Sailly, elle doit avoir lieu, comment dire, se dérouler à l'identique de ce qui était avant ou bien, puisque vous disiez tout à l'heure, il y a aussi de nouvelles formes qui ont été inventées à la faveur du confinement et de l'éloignement du public, est-ce que ça ne peut pas être aussi l'occasion de repenser de manière un peu plus globale la question du monde de la culture ?

Juste pour petite incise, je pense à un entretien qu'on avait eu il y a quelques semaines de cela, c'était avec la ministre des Sports, Roxana Maré-Ségnano, qui disait que cette crise sanitaire, ça pouvait être aussi l'occasion peut-être de repenser la façon dont les pouvoirs publics interviennent dans le monde du sport, peut-être moins privilégier les grands événements un peu exceptionnels, mais être davantage du côté du sport populaire, disons. Est-ce que la culture n'a pas aussi besoin peut-être d'une nouvelle réflexion ?

17:59
Catherine Morin-desailly

Est-ce qu'il y aurait une culture élitiste et une culture populaire ?

18:02
Présentateur

Chose en tant, je ne suis pas le premier à le faire en tout cas.

18:04
Catherine Morin-desailly

En comparant avec le sport ? Non, je ne le crois absolument pas. Non, bien entendu qu'il y aura un avant et il y aura un après. L'expérience qu'ont vécu les acteurs culturels et les français en général fait que forcément il y a des choses qui vont nous paraître plus importantes. Retrouver cette convivialité dont je parlais, retrouver les salles, je crois que ça va être un moment extrêmement fort. Retrouver les festivals, je l'espère, cet été pour des moments de partage et de culture.

Aujourd'hui, je tiens vraiment à le dire, nous avons toute une série, un maillage exceptionnel en France qui s'est construit sur des décennies de scènes labellisées, de théâtres, de salles de concert, de musées et il faudrait faire attention que ce maillage ne soit pas fragilisé parce que ce maillage, parfois il est contesté comme étant des pôles d'excellence, peut-être à remettre en cause. Ce maillage, en fait, c'est lui qui est au cœur de l'écosystème. Ce sont des pôles de ressources pour des territoires de référence et autour de ces pôles de ressources gravitent tout l'écosystème, des techniciens, des administratifs, des compagnies indépendantes, des ensembles indépendants, etc.

Et tout ça profite à tout le monde. Donc l'écosystème tel qu'il est construit, bien entendu, avec les acteurs culturels, il y aura beaucoup de discussions et de débats à la reprise, mais il est extrêmement précieux et il ne faudrait pas le fragiliser davantage par de remises en cause du type opposé la culture soi-disant élitisme. Mais on confond élitisme et excellence. L'excellence, ce n'est pas l'élitisme, c'est le meilleur, l'excellence. Et ce n'est pas opposable non plus à la culture populaire. L'un marche avec l'autre.

19:48
Présentateur

Dans les acteurs du monde culturel, Catherine Morin-De Sailly, il y en a qui prennent une place de plus en plus importante et ça a été encore décuplé par justement cette crise sanitaire, ce sont les acteurs du numérique, je disais en ouverture de cette émission. Aujourd'hui, on est rivés devant nos écrans de télévision et d'ordinateur et heureusement d'ailleurs qu'on avait aussi ces plateformes qui nous ont permis de tenir et d'avoir quand même toujours un accès privilégié à la culture. Mais est-ce que vous ne craignez pas, vous, que finalement, des habitudes de consommation culturelle disons s'installent et s'installent durablement au détriment peut-être justement de certains secteurs ?

20:25
Catherine Morin-desailly

Pour ce qui est de l'industrie scénarographique, il y a ce risque en effet d'avoir pris l'habitude et d'ailleurs ces plateformes elles ont enregistré un nombre d'abonnements très important. Mais en même temps, la télévision publique, je note, et les chaînes hertiennes dites classiques ont bénéficié d'un taux d'audience réaffirmé. Donc ce qui est assez intéressant à observer.

20:45
Présentateur

Est-ce que le législateur n'a pas son mot à dire ? En tout cas, un rôle à jouer peut-être justement dans les équilibres nouveaux qui sont en train de s'installer par rapport justement à ces plateformes ?

20:56
Catherine Morin-desailly

La régulation des plateformes et l'écosystème numérique est un vaste sujet mais je n'ai pas le temps de le développer ici. Au demeurant, ce qu'il faudra sans doute faire c'est accompagner aussi les publics dans le retour, je pense aussi à le cinéma comme on croit, vers le retour en salle. Je sais qu'en Réunion-Normandie, on est en train de penser des dispositifs incitatifs pour retourner dans les salles de cinéma.

21:17
Présentateur

Par exemple, quel genre de dispositif ?

21:20
Catherine Morin-desailly

C'est par exemple une place achetée, une place offerte, c'est aussi la carte à tout Normandie qui permet aux jeunes peut-être de fréquenter gratuitement les salles pendant un certain temps. On est en train d'y réfléchir très sérieusement, il faudra sans doute accompagner le mouvement. Mais moi, je pense que malgré tout, il y aura cette envie de retrouver encore une fois la salle de spectacle parce que c'est quand même une expérience unique et les écrans, on en aura peut-être un peu soupé entre le télétravail et puis le divertissement permanent devant les écrans.

On a aussi besoin de prendre un peu l'air et de retrouver, je n'allais pas dire la vraie vie, mais enfin, les contacts, ne serait-ce qu'avec les artistes ? Quand on va à un concert, on peut parler avec les artistes à la fin du concert, quand on va à un festival, bref, il y a des choses uniques bien au-delà du spectacle qui sont à vivre. Voilà. Mais bien entendu, il faudra être vigilant, vous l'avez dit, à ce que, à travers les nouveaux modes de consommation culturelle numérique, eh bien, ceux qui bénéficient parce que c'est eux qui détiennent l'écosystème, ce sont les géants américains par lesquels on est obligé de passer finalement les grandes plateformes dont on parle beaucoup.

Mais il va falloir bien s'atteler avec les nouveaux textes européens de règlement qui arrivent à ce qu'il y ait une vraie régulation des plateformes et qu'elles soient vraiment redevables et que surtout, elles s'acquittent du juste impôt pour l'instant dont elles ne s'acquittent pas.

22:50
Présentateur

Est-ce qu'il y a aussi une diversité, Catherine Morin de Sailly ? Là, je vais vous citer dans une interview que vous avez donnée au journal Les Echos, c'était en octobre dernier, vous disiez à propos des géants du numérique. Alors, vous ne parliez pas seulement des plateformes de streaming, mais les géants du numérique imposent leur vision du monde et c'est extrêmement dangereux. Est-ce qu'il y a aussi cette crainte qu'il soit une vision du monde à travers les industries culturelles qui s'impose encore davantage qu'elles ne le font déjà aujourd'hui ? Bien entendu. Pourquoi ?

23:18
Catherine Morin-desailly

Parce que ces plateformes dont nous dépendons, elles sont extra-européennes, elles sont principalement américaines. Donc, le risque, c'est l'anglo-saxonisation du monde, si je puis dire. Le risque, c'est l'absence de diversité linguistique et culturelle. Donc, il y a à continuer à travailler à ce qui se fait au niveau européen, c'est-à-dire imposer des quotas aussi d'expositions, d'œuvres, d'expressions françaises et européennes. Donc, on a à faire extrêmement attention à cela parce que c'est en effet à travers cela une vision très monochrome du monde.

Je rappelle que c'est la France qui a été quand même à l'initiative du concept de diversité culturelle auprès de l'UNESCO qui se trouve désormais dans les textes internationaux. Donc, il faut continuer à défendre cela, cette idée que sur les plateformes, il faut aussi des œuvres d'expression françaises et européennes. Donc, c'est un combat qu'il faut mener notamment au niveau européen parce que c'est là où ça se joue principalement.

24:20
Présentateur

En attendant la reprise, Catherine Morin de Sailly, la question des moyens, on l'a entendu, alloués à la culture est évidemment au centre de toutes les attentions. Dans le plan de relance, 2 milliards d'euros sont alloués à la culture. Or, plan de relance, le budget de la culture a augmenté de près de 5% cette année. Que révèlent ces variations budgétaires sur le temps long ? C'est le sujet de votre chronique cette semaine, Antoine Hulster.

24:40
Locuteur non identifié

Oui, Hervé, le budget de la culture a connu des sorts plus ou moins enviables depuis les débuts de la Ve République. et cet examen rétrospectif réserve d'ailleurs quelques surprises. Pendant les années de Gaulle, les crédits alloués au ministère des Affaires Culturelles ne dépassent pas 0,43% du budget de l'État. C'est peu en comparaison avec les objectifs affichés par les gaullistes. La culture devait participer de la grandeur et du rayonnement de la France. Oui, mais voilà, la force de frappe nucléaire et le règlement de la guerre d'Algérie mobilisent à l'époque les deniers publics. La culture semble moins prioritaire.

Ce qui pousse André Malraux à demander timidement mais tout de même des moyens plus conséquents pour son ministère.

25:16
Invité

Il s'agit de faire ce que la Troisième République avait fait dans sa volonté républicaine sur l'enseignement. Il s'agit que chaque enfant de France puisse avoir droit au tableau, au théâtre, au cinéma, etc. comme il a droit à l'alphabet. En sachant, messieurs, que ce que je demande c'est exactement 25 km d'autoroute.

25:40
Locuteur non identifié

Voilà, c'était André Malraux dans une comparaison autoroutière qui sera reprise curieusement presque dans les mêmes termes quelques années plus tard par l'un de ses successeurs rue de Valois un certain Jacques Lang que l'on entend ici en novembre 1981 alors que l'on vient d'annoncer le doublement du budget de la culture.

25:55
Invité

Comparé aux autres ministères, les crédits que nous avons aujourd'hui sont modestes. Ce que nous recevons en plus c'est l'équivalent de 100 km d'autoroute. Mais ces crédits supplémentaires je dirais feront des petits. Ça veut dire qu'ils vont permettre à beaucoup de peintres, à beaucoup d'hommes de théâtre, à beaucoup de musiciens, à beaucoup de jeunes aussi, de créer, d'inventer, de rassembler un large public. Deux mots, deux maîtres mots résument notre politique. Création, décentralisation.

26:22
Locuteur non identifié

Et cet effort budgétaire sans précédent sera maintenu pendant deux septennats et se déclinera jusque dans la politique des grands travaux cher à François Mitterrand. Même si on reste à l'époque légèrement en dessous de la vieille revendication de Jean Villard dans les années 60, 1% du budget de l'Etat pour la culture. Mais ce volontarisme ne résiste pas aux crises économiques et aux plans d'austérité successifs. Les années suivantes, on retient la diminution des crédits alloués à la culture pendant le mandat d'un autre président de gauche, François Hollande, en contradiction avec sa promesse de campagne de sanctuariser ses moyens. Cette année, crise sanitaire oblige.

Le renversement de tendance est spectaculaire. Près de 5% d'augmentation du budget de la culture. Reste à savoir si ce déploiement historique de moyens suffira pour maintenir à flot un secteur culturel complètement sinistré.

27:07
Présentateur

Catherine Morin de Sailly, quand on s'occupe des questions culturelles au niveau régional, comme c'est votre cas au Conseil régional de Normandie, c'est comme quand on est ministre de la culture. Il s'agit d'abord de se battre pour avoir un meilleur budget ?

27:18
Catherine Morin-desailly

Moi, j'ai de la chance. J'ai un président de région, Hervé Morin, et puis je travaille avec mon collègue vice-président, Patrick Gaumont, qui ont fait de la culture une priorité.

27:27
Présentateur

C'est ça parce qu'ils nous écoutent, non ? Vous ne voulez pas vous fâcher ? Parce que la culture,

27:29
Catherine Morin-desailly

c'est de l'attractivité, c'est du rayonnement pour notre grande région qui vient de se réunifier. Mais c'est aussi de l'essentiel. Je rappelle qu'avec quelques collègues sénateurs, nous avons introduit les droits culturels dans le texte de loi Liberté de la création de la culture patrimoine. Le droit culturel, c'est comme le droit à l'éducation, c'est fondamental. Donc en Normandie, c'est une priorité.

27:49
Présentateur

Merci beaucoup, Catherine Morin de Sailly, d'avoir participé à cette émission. Je vous rappelle que vous faites partie de ce comité de pilotage pour le bicentenaire Gustave Flaubert, des festivités, des commémorations qui commencent en ce mois d'avril et qui vont durer jusqu'en juin 2022. C'est aussi toute une série d'émissions à écouter ou à réécouter sur France Culture. Et je vous renvoie notamment à celle de ce soir à 22h de notre camarade François Angelier, Mauvais Genre qui visitera l'atelier de Philippe Brouillet, Philippe Brouillet qui est l'auteur de la trilogie BD Salambeau. Trilogie librement adaptée bien sûr du célèbre roman de Gustave Flaubert.

Politique, c'est une émission préparée par Antoine Dulster, réalisée par Hélène Trigueros à la prise de son Baptiste Lénard. Émission à écouter téléchargée sur franceculture.fr et sur l'appli Radio France. Voilà, je vous donne rendez-vous lundi à 8h45 pour la transition dans les matins de France Culture.

28:45
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada

Catherine Morin-Desailly : "L'année Flaubert s'inscrit dans un vaste plan de relance pour la culture" — Catherine Morin-desailly · Pourquijevote