Séparatisme : Emmanuel Macron a prononcé un "discours majeur", juge François Bayrou
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 52 %Attaque 27 %Défensif 21 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 84 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:52OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous dites un an après le discours du président sur le séparatisme ?
- 4:23RelanceRéponse partielle
C'était un discours sur les séparatismes, mais aussi sur les ghettos créés par la République. Êtes-vous d'accord ?
- 5:29RelanceRéponse directe
Répondez à Françoise Fressos : séparatisme et laïcité, c'est la même chose ?
- 7:18RelanceRéponse partielle
Pourquoi si tard pour ce discours sur le séparatisme ? Pourquoi cette lenteur des gouvernements ?
- 8:21OuverteRéponse directe
Qui a convaincu Emmanuel Macron de faire ce discours ?
- 9:18RelanceRéponse directe
Mais on est loin de la bienveillance quand le président parle de wahhabisme et de ghettos.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:40Invité politiqueFait
« La laïcité, c'est la réponse au séparatisme. »
- 7:44Invité politiqueFait
« Excusez-moi, c'est moi qui ai interdit le voile à l'école. »
- 8:01Invité politiqueFait
« J'ai donc pris cette décision, ce qu'on a appelé la circulaire Bayrou à l'époque. »
- 9:40Invité politiqueFait
« Il a doublement raison. En dépit de ce qu'ont dit un certain nombre de responsables politiques, à mon sens, mal inspirés. »
- 10:16Invité politiqueFait
« Les mouvements que vous avez cités et qu'a énumérés le président de la République, ce ne sont pas des mouvements du vivre ensemble. »
- 16:45Invité politiquePromesse
« Il dit, on va former des imams en français et aux valeurs de la République. »
- 18:33Invité politiqueFait
« Déscolarisation et pseudo-scolarisation au CNED. »
- 19:06Invité politiqueChiffre
« 25 000 pour médical, et plutôt 25 000 pour religieux. »
- 20:16Invité politiqueFait
« Sur l'enseignement de l'arabe, je pense que l'arabe est une des très grandes langues du monde et qu'il est naturel qu'on la transmette. »
- 27:40Invité politiqueChiffre
« On a eu hier 17 000 contaminations et dans une ville comme la mienne où l'organisation des tests est très avancée et très élaborée, on en fait plus de 1 000 par jour. »
- 30:15Invité politiqueChiffre
« La boîte de gants chirurgicaux au début du mois de juillet, elle coûtait 5 euros. Aujourd'hui, elle en vaut entre 15 et 20. »
- 36:46Invité politiqueFait
« J'ai toujours trouvé que c'était une stupidité abyssale et qui nous conduisait à la catastrophe. »
- 40:13Invité politiqueFait
« Nous aurons raison parce que nous avons raison. »
- 41:08Invité politiquePromesse
« Il faut une loi électorale juste la proportionnelle. »
- 44:21Invité politiquePromesse
« J'ai fait dès le début de cette crise des propositions précises sur ce sujet. »
- 47:08Invité politiquePromesse
« Cette dette-là, je propose qu'on la cantonne. »
- 50:40Invité politiqueFait
« Si c'est ça, c'est une bonne nouvelle. »
Temps de parole
- François Bayrou67 %
- ?10 %
- Présentateur8 %
- Invité6 %
- Invité 25 %
- Invité 34 %
≈ 45,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonjour et bienvenue dans Question Politique, le rendez-vous du dimanche de France Inter, du journal Le Monde et de France Info. Notre invité aujourd'hui, jusqu'à 13h, a-t-il le regard du forestier ? Le président de la République lui a en tout cas confié la mission de réfléchir à l'avenir, à notre avenir, aux questions stratégiques des 10, 20 ou 30 prochaines années. Mais comment penser au temps long quand on doit faire face à l'urgence d'une crise inédite ? Et d'ailleurs, le président de la République est-il encore le maître des horloges ? Emmanuel Macron connaît cette malédiction du quinquennat pas encore terminée, mais déjà finie, je referme les guillemets.
La phrase, c'est de Françoise Fressos dans son dernier édito du journal Le Monde. Crise sanitaire, conséquences économiques, sociales, séparatisme, on débat de tout ça aujourd'hui avec le haut commissaire au plan, président du Modem et maire de Pau, François Bayrou. Vos questions, vos réactions, vos commentaires sur l'appli France Inter ou sur les réseaux avec le hashtag QuestionPol.
France
Inter, questions politiques, Ali Badoui.
Bonjour François Bayrou. Bonjour. Et bienvenue pour vous interroger l'équipe de questions politiques, Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions. Bonjour Nathalie. Bonjour Ali, bonjour messieurs dames. Françoise Fressos du journal Le Monde, bonjour Françoise. Bonjour
Ali,
bonjour à tous. Et nous aurons l'occasion de débattre de votre analyse avec notre invité François Bayrou, Françoise Fressos et Karine Bécard de France Inter. Bonjour Karine.
Salut tout le monde.
Karine qui a préparé votre portrait, monsieur Bayrou, il y a un an, quasiment jour pour jour, vous étiez notre invité dans cette même émission, à cette même place, à la une de l'actualité, on parlait du communautarisme, des listes communautaires. Il était question au Sénat que le groupe Les Républicains dépose un projet de loi pour interdire au maire Voilet d'accompagner les sorties scolaires. Avant-hier, le président de la République prononçait donc ce grand discours sur le séparatisme islamiste. Qu'est-ce que vous dites un an après ?
Enfin
?
D'abord, je trouve que c'était un discours majeur. C'était un moment où l'histoire
est
reprise en main.
Tout
le monde sentait depuis des années, non pas spécialement sur les sorties scolaires, mais
bien
plus gravement sur
la
déscolarisation d'un certain nombre d'enfants et sur
des
pratiques qu'on
sentait
monter.
Tout
le monde sentait qu'il y avait une grande interrogation de la société française et qu'on n'arrivait pas à y répondre.
Que
les gouvernants successifs,
d
'inspiration différente, d'une certaine manière, hésitaient ou bien faisaient de grands discours sans qu'aucune décision ne soit jamais prise.
Et là, qu'est-ce que ça va changer ?
Or,
le
discours du président de la République, il dit une chose,
il
dit que nous choisissons l'unité du pays,
que
nous décidons, nous Français, avec l'histoire de la République derrière nous, avec nous, nous décidons que nous allons écarter la tentation de la division profonde de la société pour des raisons religieuses, parce qu'il faut appeler les choses par leur nom, ou pour des raisons pseudo-religieuses.
Ce
n
'est
pas moi qui vais dire que la religion est l'ennemi de la République. Au contraire, je pense que les croyants ont toute leur place, et j'ai trouvé extrêmement juste
et
très encourageant
que
le président de la République à la fois manifeste une fermeté indiscutable et le fasse
dans
une ambiance de
compréhension de
ce que vivent les femmes, les hommes, les familles,
les
enfants
de
cultures différentes et qui ont cependant besoin de vivre ensemble.
Et
les décisions annoncées, les décisions prises...
On
va en parler dans le détail.
Pour
moi, enfin, ce discours était un événement, et était un événement en même temps pour cette question de l'unité du pays et pour la place que le président de la République a décidé de prendre dans
ces
questions angoissantes pour la société.
Française Fressloz,
Pinaveri. Alors
c'était un discours, pas sur la laïcité, mais sur les séparatismes, et deux séparatismes sont nommés, le séparatisme islamiste, mais aussi le séparatisme que les élus de la République ont contribué à creuser en créant des ghettos. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette philosophie
et cette analyse ? Oui. Alors vous dites que
ce
n'était pas un discours sur la laïcité, mais sur les séparatismes. Pardonnez-moi de vous dire. La laïcité, c'est la réponse au séparatisme.
Comme on a déjà
une loi sur la laïcité, on a donc tout l'arsenal qu'il faut pour normalement
œuvrer ensemble.
Peut-être que ça n'avait pas été dit suffisamment sur
l
'école, sur un certain nombre de pratiques dans les mosquées, sur les imams qui n'étaient pas de culture française et n'avaient aucune intention de devenir de culture française,
sur
leur formation, sur les rapports directs que la République décidait d'avoir avec l'islam, comme elle en a eu par le passé avec la religion catholique ou avec le judaïsme. Donc très important.
Mais répondez à Françoise Fressos. Je
disais à Françoise Fressos,
vous
dites séparatisme et pas laïcité, c'est la même chose, parce que la laïcité c'est la réponse au séparatisme.
Et
c'est cette réponse-là qui nous permet en France,
et
nous sommes un des seuls pays du monde à avoir cette préférence, j'allais dire cette arme, mais ça n'est pas seulement une arme la laïcité,
c
'est
un moyen de réunir. Mais la laïcité ne répond pas à l'autre sujet
qui est justement le
séparatisme
social et ce que la République elle-même a creusé
en
laissant se constituer des ghettos.
Ceci est une autre chose, je suis maire et tous les jours je répare
avec
tous mes concitoyens qui habitent ces quartiers. On en a deux principalement à Pau qui ont défrayé la chronique dans le passé. Et oui, nous sommes entrés dans les opérations de rénovation urbaine, mais plus profondément. Il ne
s
'agit pas seulement des bâtiments,
il
s'agit des femmes et des hommes, il s'agit des familles.
Et
avec eux, nous construisons,
par
tous les moyens disponibles, culturels, touchant au travail, à l'implantation de travail et d'entreprise, au service public,
à
l'école, au sport, avec eux nous construisons du ciment pour vivre ensemble. Et j'ai été très frappé, après le discours du président de la République, j'ai reçu beaucoup de messages de personnes, et pas toutes macronistes, si je puis dire, qui avaient trouvé le discours très important, dont beaucoup de musulmans, qui disaient, enfin,
parce
que nous, tout seuls, on ne peut pas résister à tout ça.
Alors,
justement,
pour faire référence au papier de François Spressoz, un quinquennat six jours, pourquoi si tard, pas simplement parce que les journalistes disaient, on attend le grand discours sur la laïcité, mais que ce soit sur le volet social, ce qu'on peut appeler le volet borloo qui peut y avoir dans ce plan, que sur un certain nombre de réaffirmations,
pourquoi
on a pris du autant de temps ? Et pourquoi, avant, on a été aussi lâche, si on peut dire ainsi, dans tous les gouvernements successifs
? Oui, 30 ans au moins. Et quand vous étiez à l
'éducation nationale, il y avait peut-être déjà des problèmes.
Excusez-moi, c'est moi qui ai interdit le voile à l'école. Et comme vous vous en souvenez, ça a fait un peu de bruit. Mais parce que je sentais bien qu'on ne pouvait pas, au sein de l'école, laisser se manifester ces
pratiques-là. Mais Emmanuel Macron, sa conversion... J'ai donc
pris cette décision, ce qu'on a appelé la circulaire Bayrou à l'époque, j'ai donc pris cette décision, qui était une décision pour moi d'affirmation du fait qu'on ne venait pas à l'école avec sa propre loi. L'école, c'était le lieu où on se rencontre sous une seule loi, qui est la loi de la connaissance, du savoir.
Pour savoir qui a convaincu Emmanuel Macron ? Je veux dire, Emmanuel Valls, on sait. Et là, il a fallu quand même plus de deux ans pour ce fameux discours. Et il n
'y
a pas de temps à perdre, probablement, avec ce sujet.
François Bayrou. D'abord, Emmanuel Macron, pardon de dire ça, est devenu président de la République très jeune.
Plus jeune qu
'aucun
de ses prédécesseurs.
Et il
est devenu président de la République avec une idée qui était une idée que j'aime beaucoup, qui était une idée de bienveillance réciproque. Et l'idée qu'on allait faire rentrer dans la vie nationale et dans la vie de la République,
tout
cela qui s'en était éloigné.
Vous
y avez cru ? C
'était un
peu
angélique. Oui, j'y ai cru et j'y crois encore.
Je
ne crois pas qu'on puisse construire quoi que ce soit de bon dans un pays si on cultive la division, la désunion et l'affrontement interne.
Mais on est loin de la bienveillance, M. Bayrou, lorsqu'on écoute le
président de la République, lorsqu'il disait « nous avons laissé faire chez nous le wahhabisme, le salafisme, les frères musulmans qui ont porté des messages de rupture », lorsqu'il disait, comme le rappelait Françoise, que la France a construit ses propres séparatismes en laissant se ghettoïser des quartiers par manque de politique d'intégration suffisante, quel
rapport
avec la bienveillance ? Il a doublement raison. En dépit de ce qu'ont dit un certain nombre de responsables politiques, à mon sens, mal inspirés.
Ce
n'est pas un discours qui porte quoi que ce soit contre l'islam, au contraire.
C'est
un discours qui reconnaît,
à
la conviction musulmane
et
à la pratique musulmane, leur place dans la République. – Explicitement, et dit avec cette compréhension que je trouve très importante, mais les mouvements que vous avez cités et qu'a énumérés le président de la République, ce ne
sont
pas des mouvements du vivre ensemble. –
Non, c
'est
le moins qu
'on
puisse dire.
– Ce sont des mouvements, et il a eu raison de le dire comme tel, du « séparons-nous ». – Oui. – Chacun chez soi, chacun sa loi, chacun chez soi, chacun sa foi, chacun sa loi. Et la loi qui nous fait vivre ensemble, on s'en détache, on s'en va.
– Mais lorsqu'il parle du wahhabisme, parlons très simplement d'un courant de l'islam totalitaire, pour le coup il est porté, encouragé, diffusé par l'Arabie saoudite, qui est un partenaire de la France. Là, on est face à une contradiction majeure. Est-ce qu'il est question de non seulement se séparer, rompre, mais interdire toute influence saoudienne sur la vie culturelle, religieuse et politique en France
? – Ça c'est une question simple. –
Le monde est suffisamment… Oui, mais justement, Alibadou, ce n
'est
pas vraiment avec les questions simplistes qu'on fait avancer le monde. –
On ne
peut pas critiquer le wahhabisme en étant l'allié de ceux qui le portent et qui le
diffusent.
– Le monde est suffisamment compliqué, regardez ce qui se passe en Turquie, regardez ce qui se passe dans ce Moyen-Orient que nous évoquons, regardez ce qui se passe au Karabakh, le monde est suffisamment compliqué pour qu'on n'aille pas jeter perpétuellement de l'huile sur le feu.
Il
n'y a aucun doute qu'il y a dans le monde des régimes
avec
lesquels nous sommes en confrontation. –
Et pas l'Arabie saoudite. –
Je vais vous en citer quelques-uns, l'Arabie saoudite, que vous indiquez, mais
pas
seulement, l'Iran… – Nous ne sommes pas en
confrontation avec l'Arabie saoudite, François Bayrou.
– La Turquie, la Chine,
ce
sont des régimes, vous ne m'avez pas écouté, alors je reprends,
on
est en confrontation avec des régimes dont l'idéologie
n
'est pas la nôtre, dont la ligne politique qu'il voudrait imposer au monde n'est pas la nôtre et nous résistons à cela. Mais derrière ça,
il
y a des peuples.
Et
il y a des réalités économiques.
Et
il y a le tissu si serré des relations internationales. Dans ce tissu-là, la France a une ligne, elle doit la défendre.
Pour
autant, nous ne pouvons pas jeter de l'huile sur le feu. Sans ça, nous allons nous retrouver avec un univers complètement explosé. Et si on peut éviter ça, moi je préférerais, c'est tout l'art de la diplomatie, défendre une ligne, et le ministre des Affaires étrangères, le président de la République, défendre une ligne, défendre des valeurs, sans pour autant entrer en affrontement
avec
le reste des États qui n'ont pas la même ligne.
– Mais
restons sur ce qu'on
était en train de dire,
on parlait d'essayer d'unir tout le monde, on parlait d'unité. Dans le discours d'Emmanuel Macron, vous y avez vu donc beaucoup de bienveillance. Mais comment est-ce qu'il va permettre, concrètement, dans les actions qu'il peut faire ou qu'il va faire, que les jeunes musulmans, que les jeunes français d'origine musulmane se sentent totalement intégrés dans notre société
?
Depuis trois ans, je ne
suis
pas certaine, en fait, que les gens des quartiers se soient sentis totalement intégrés dans la société.
–
Je ne partage pas votre sentiment,
parce que,
si j'ose dire, je vis avec les quartiers, tous les jours. Et au contraire,
j'ai l'impression…
– Mais
pas qu'à Pau,
dans toute la France.
–
Mais à Pau, c'est un
exemple. – C'est pas le centre du monde. –
Voilà, ben, c'est pas le centre du monde, mais nous sommes tous le centre du monde. Et donc, ceci relève des politiques qui sont les politiques plus larges.
pas
les politiques directement dirigées vers une communauté, mais les politiques dirigées vers la communauté nationale. Alors, qu'est-ce qu'il y
a
? Il y a les questions d'emploi, de santé économique, d'insertion, d'intégration, d'éducation. Si je pouvais souligner
huit fois
éducation, je le soulignerais…
– Sur
l'emploi, par exemple, vous avez l'impression que les jeunes Français d'origine musulmane, pour eux, les choses sont plus simples, par exemple, pour accéder au marché de l
'emploi ? – En
tout cas, je puis vous assurer, par des témoignages précis, qu'on peut proposer à plusieurs dizaines d'entre eux des intégrations dans l'emploi, des formations en alternance et la découverte de l'entreprise, et que tout d'un coup, ils voient qu'ils y ont leur place, qu'ils peuvent y avoir leur place. Alors, je ne
suis
pas en train de vous dire que tout est facile pour eux, mais vous savez, tout n'est pas facile pour les fils de paysans des Pyrénées. Tout n'est pas facile pour les fils d'ouvriers au chômage. On a une société qui est en réalité vraiment une société, de ce point de vue-là, difficile et fracturée, et Emmanuel Macron a raison de dire qu'on a laissé se fracturer au cours des années.
Il
y a des décennies qu'on n'a pas su faire face à cela, et je trouve très courageux qu'il nomme cette dérive et qu'on y fasse face. Françoise, puis Nathalie.
Tout à
l'heure, vous disiez qu'en fait, on agit un peu sur une poudrière et la difficulté, au fond, sur laquelle butent tous les gouvernements, c'est l'organisation du culte musulman en France. Il y
a
un problème de contrôle de financement, il y
a
un problème de contrôle des prêches, et là, le pari, c'est de donner au Conseil français du culte musulman davantage de pouvoir. Ça a été fait les années passées, ça a été des progrès très lents, et certains, comme Gérald Darmanin,
à
un moment, avaient envisagé un concordat. Pourquoi, à votre avis, cette solution n'était pas la bonne aujourd'hui ?
Le Président de
la République, il a dit dans le discours, il a traité cette question, il a apporté cette réponse, il a dit, le concordat, ça aurait posé des problèmes et avec l'islam et avec les autres religions. Il a dit, j'ai envisagé cette idée, c'est-à-dire, qu'est-ce que c'est le concordat ? La prise en charge des animateurs religieux, des imams en l'occurrence, par l'État. Payé par
l'État.
Et on sait bien à quel point ça aurait pu soulever des vagues et des... Mais
on sait bien aussi qu'en s'attendre sur le
CSCM, il ne
va
pas se passer
grand-chose, ça n'a jamais fonctionné. Parce que
je ne pense pas que ce soit la réponse exacte. Mais il a choisi la loi de 1905, qui est une organisation des relations entre le culte musulman et la puissance publique. Et je dis la puissance publique exprès et pas l'État, parce que je crois que ça doit passer beaucoup par les autorités locales. Je pense qu'on peut agir localement, il est plus difficile d'agir nationalement en général. Je pense qu'on peut trouver des chemins localement, mais il ne se contente pas de ça. Il dit, on va former des imams
en
français et aux valeurs de la République. Mais c'est au CSCM
de l'organiser.
On va monter, attendez, on va monter. Bien sûr, vous n'allez pas dire aux responsables de la communauté musulmane, vous n'avez pas votre place dans cette affaire.
Oui, mais le CSCM, il dysfonctionne quand même depuis qu'il existe, depuis
2002.
Bon,
laissez-les essayer. On va monter un institut universitaire qui va être scientifique et analyser philosophiquement ce qu'est l'islam. Je trouve que ce sont de très très grands progrès. C'est des progrès d'autorité pour éviter les dérives et les imams qui ne parlent pas un mot de français et qui véhiculent d'autres discours que ceux dont nous avons besoin comme communauté française. Le religieux a toute sa place. Les déstabilisations, non.
Nathalie Saint-Cricq.
Deux questions précises à propos du plan proposé par Emmanuel Macron. L'école obligatoire à trois ans, école, donc par instruction, est-ce que vous trouvez que c'est une bonne idée et que
c
'est quelque chose qui peut effectivement re-scolariser, alors on dit 50 000 aujourd'hui, 50 000 dont probablement 25 000 pour raisons religieuses qui n'iraient pas à l'école. Est-ce que vous trouvez que c'est une bonne solution ? Première question. Et deuxièmement, une ouverture plus grande à l'enseignement de l'arabe pour éviter que ça se fasse dans des caves, comme dirait Nicolas Sarkozy, mais que ça se fasse plutôt à l'école. La droite a déjà poussé des hurlements comme si on était en train d'imposer l'enseignement de l'arabe à tout le monde. Est-ce que vous trouvez que ces deux pistes
sont de bonnes choses
?
On
était devant un développement
de
la déscolarisation
pour
les enfants, et spécialement pour les petites
filles.
Déscolarisation et pseudo-scolarisation au CNED. Parce que quand vous avez un enfant de 3 ans, 4 ans, 5 ans,
c'est
pas l'enseignement par correspondance qui va pouvoir rapporter quelque chose. Il faut qu'il existe en cas de maladie, par exemple. Mais très souvent, ce sont les parents qui servent de relais, ou des répétiteurs qui servent de relais. Mais dans ce cas-là, non. Dans ce cas-là, on est dans une séparation culturelle.
Jean-Michel Blanquer
parlait de 50 000 élèves concernés.
Oui,
peut-être plus, on ne sait pas. 25 000 pour médical,
et plutôt 25 000 pour religieux. Il y a du
médical, et cette déscolarisation,
il
fallait une décision, parce que quand ça progresse, quand ce type d'attitude progresse, alors il faut qu'il y ait un stop. Parce que les petites filles, elles font partie de la France et de la République.
Est-ce qu'il faut remettre en cause la loi Fallou ? Vous aviez été confronté au problème quand vous étiez ministre de l'Éducation nationale ?
Alors,
je ne sais pas si vous savez ce que c'est que le contenu de la loi Fallou.
Justement. Sur la liberté de l'enseignement, en l'occurrence, jusqu'où ira l'interprétation de la loi Fallou ?
La loi Fallou, ce n
'est
pas ça. C'est l'interdiction de financer, par la puissance publique, des écoles qui sont des écoles privées, même sous contraintes. Et en effet, ça a fait des vagues à l'époque. Si on regarde, avec 25 ans de distance, on s'apercevra que le texte que je proposais est à l'époque, et qui est d'ailleurs assez souvent entré dans les faits, même si la loi a été supprimée, ce texte-là était, comment dire, modéré et équilibré. Sur l'enseignement de l'arabe, juste la deuxième question.
Sur l'enseignement de l'arabe, je pense que l'arabe est une des très grandes langues du monde et qu'il est naturel qu'on la transmette et plus facile à transmettre pour des enfants qui sont acculturés ou qui sont dans cette culture. sans rappeler qu'entre l'arabe littéraire
et l
'arabe dialectal dans chaque pays, il y a des différences qui ne sont pas minces.
Il faut mieux que ce soit pris dans le tirant de l
'enseignement public ou d'enseignement privé sous contrat plutôt que de laisser cet enseignement se faire.
C
'est la même chose pour le chinois,
c
'est la même chose pour
l'anglais,
c'est la même chose pour l'arabe et je serais très content qu'il y ait beaucoup de jeunes, y compris issus de l'immigration à la deuxième ou troisième génération, qui maîtrisent cette langue qui est une des grandes langues du monde, comme le français, je rappelle, ce que tout le monde oublie, est une des grandes langues du monde et va être une des grandes langues parlées par des centaines de millions de personnes. Voilà pourquoi je suis tellement
défenseur de la franco-sériture.
Ben si, vous vous trompez. Mais
bon, c'est un autre sujet.
Non, non, c'est pas un autre sujet. L'augmentation de la population en Afrique fait que, d'ores et déjà, il y a des centaines de millions de personnes qui parlent français dans le monde, il n
'y
a qu'un seul peuple qui l'oublie, c'est les français. Et les autorités françaises, qui trop souvent se livrent à une espèce de jargon...
Il suffit
d'aller à l'Europe pour
se rendre compte.
Mais vous avez parfaitement raison. La responsabilité des dirigeants français devrait être de défendre la langue française qui est par la loi,
par
la loi européenne, par la loi mondiale, une des deux ou trois grandes langues d'échange dans le monde. Les seules qui ne le défendent pas, c'est les françaises. Encore sur le séparatisme.
Voilà, petite question très concrète.
Emmanuel Macron, est-ce qu'il a raison de vouloir laisser les mères voilées accompagner des sorties scolaires
?
D'abord, je ne sais pas ce que... Le mot voilé, pardonnez-moi de vous dire, est une ambiguïté.
Alors,
une femme portant un voile ?
Portant un foulard. Ah, d'accord. Le
hijab, c'est un foulard ou pas
?
Non, bien sûr que non. Le visage,
c
'est d'ailleurs rigolo.
C'est assez paradoxal d'en parler aujourd'hui, mais allez-y, François Bayrou. Donc,
essayez
de nous convaincre. Le visage
dissimulé est interdit par la loi.
Mais enfin, François Bayrou. C'est
ironique.
Mais pour des raisons de sécurité.
Pour des raisons de sécurité, pas pour des raisons idéologiques
de libération des
femmes.
Comment peut
-on encore tenir ce discours, François Bayrou
?
Écoutez, vous connaissez l'histoire, non ? Vous y êtes en plein. Vous aviez un masque quand je suis arrivé. Oui. Alors, ne me dites pas qu'on peut se promener au visage dévoilé.
Non, justement. On doit dissimuler son visage. Il sera
un manquement à la...
Donc,
comment demander à des femmes de ne pas dissimuler le leur ?
Alors,
très sérieusement. On va s'arrêter une seconde. Ah, mais je
suis très sérieux.
Il y a
dans
la société aujourd'hui un certain nombre de gens
qui
pensent que le masque sanitaire est un abus.
Je
me suis fait moi-même agresser à Paris par une jeune femme tout à fait avertie, semblait-il, qui était avec ses enfants et qui m'a dit « Ça suffit, les abus que vos amis imposent, le virus, ça n'existe pas. C'est une blague pour prendre le contrôle de notre vie. »
Il
n'y a pas dix jours. Et quand on voit les dégâts, on a tous perdu des amis. Moi, j'ai perdu des amis proches. Quand on voit les dégâts, alors on se dit que c'est dangereux, ce type de dérive-là. Donc, je n'en plaisante pas. Ce qui a été interdit par la loi, c'est le visage voilé pour des raisons culturelles et religieuses, parce qu'en France, nous sommes, nous étions,
le
pays du visage dévoilé.
Et
donc, de ce point de vue-là, c'est interdit. Après, que les mères accompagnent les enfants dans les sorties scolaires, moi, ça ne m'a jamais choqué.
Donc, une
mère qui
porte un hijab ? Non,
le hijab, c'est la totalité voilée. Le hijab, c'est...
Bon, on ne rentre pas dans les subtilités du voile. De toute
façon, il sera toujours temps de voir les contenus de la loi, d'ailleurs, qu'a promise le président de la République et qui sera présenté à l'automne et qui devrait être discuté début décembre en Conseil des ministres
avant d'être
examiné par le Parlement. Vous
vous rendez compte ? Essayons de voir ce dont on parle.
Un
petit enfant de 3 ans, 4 ans, 5 ans
qui
va à l'école publique avec les mères des autres enfants accompagnent les sorties scolaires. Les pères. Et lui, hein ? Ou les pères. Oui, plus souvent les mères. Non, mais bon. Ça devrait être aussi les pères, j'espère. Mais, et lui, on lui dit non, ta maman, elle
n'a
pas le droit. Parce que, or, c'est comme ça qu'il la voit habillée à la maison tous les jours et dans les rues de la ville tous les jours. Et donc, vous voyez, je fais la différence entre le voile qui est une tradition et puis ce qu'est message politique et après tout, les directeurs d'école sont là pour ça.
Mais Emmanuel
Macron dit qu'il faut renforcer
la neutralité dans les services publics. L'école est bien un service public. Donc, est-ce qu'on renforce la neutralité
?
Il ne s'agit pas des enseignants. On confond tout.
Il
ne s'agit pas des enseignants.
Les
enseignants, ils sont soumis à l'obligation de neutralité.
Il
ne s'agit pas des accompagnants, des assistantes maternelles. Tout cela sont soumis à l'obligation de neutralité. Il s'agit des parents
qui
ont le droit d'être dans la rue avec ce type de vêtements ou de couvre-cheveux. Bon, ne faisons pas des guerres de religion à propos de tout. Réservons la fermeté de la loi
à
ceux qui en vaut la peine.
Et
très souvent, on laisse dériver vers, je crois, des mises en cause qui ne font que jeter de l'huile sur le feu, à mon avis. Françoise Fresseuse.
Alors, vous parliez tout à l'heure du port du masque et de l'importance de le porter. Et de fait, l'épidémie reprend dans plusieurs grandes villes. Est-ce que vous estimez que le gouvernement a eu un défaut d'anticipation ou en tout cas a trop proclamé que la reprise arrivait en septembre et que peut-être on pouvait vivre normalement
?
Tout le monde a eu un défaut d'anticipation. Tout le monde a cru que c'était fini.
Et
notamment les plus jeunes, disons les moins de 50 ans qui pendant les vacances et les moins de 30 ans encore davantage et les moins de 20 ans peut-être plus encore ont cru qu'on pouvait de nouveau faire la fête.
C'était du relâchement de l'enthousiasme.
Que c'était une manière au contraire de retrouver la vie
et
de la fêter.
Et
avec ça, l'épidémie est repartie. On a eu hier 17 000 contaminations
et
dans une ville comme la mienne où l'organisation des tests est très avancée et très élaborée, on en fait plus de 1 000 par jour, eh bien on retrouve une augmentation de la contagion qui est très inquiétante. Pour l'instant,
il
n
'y a
pas les conséquences d'hospitalisation et notamment de réanimation aussi fortes qu'on les a connues et qu
'on
les craint. Mais du point de vue des contaminations,
il
n'y a pas de doute, on est arrivé à un seuil de 6 à 7 % de contamination diagnostiquée sur les tests.
À
propos
des décisions qui doivent être prises, est-ce que c'est le gouvernement, à savoir M. Castex ou M. Véran qui doit décider ou alors tout doit être négocié entre le préfet et le maire si bien qu
'on
risque d'avoir des choses à deux vitesses ? C'est un peu la réaction des Marseillais lorsque le durcissement a été décidé à Marseille. Qui doit décider ? Est-ce que finalement on n'a pas l'impression que c'est erreur au-delà des Pérénées, justice en delà et que ça doit se faire un petit peu de gré à gré ? Est
-ce que ce n
'est pas le boulot du
gouvernement de décider
? Je suis pour que les élus locaux soient associés et que l'intervention...
Associer, c'est pas décentralisé
? Associer, négocier, discuter, qu'on échange autour de ce sujet quotidiennement
ce
que les maires des villes font naturellement avec les préfets ou avec l'État. Mais s
'il
y
a
un doute,
qui
doit in fine dire c
'est comme ça ? S'il y
a un danger, c'est l'État qui doit prendre ses responsabilités, c'est sa responsabilité. Mais il y a d'autres responsabilités de l'État. Vous avez rappelé que j'avais la charge du plan et on a découvert...
Et on va en parler justement. Et
on a découvert pendant cette épidémie à quel point nous étions désarmés
ou
nous nous étions laissés désarmés
sur
un certain nombre de sujets essentiels. On a connu les masques, on a connu les tests. Mais il y a aujourd'hui même un sujet sur lequel les soignants se trouvent complètement désarmés. on ne trouve plus ou presque plus de gants médicaux pour faire les prélèvements. Et les infirmiers, les infirmières, lorsque ils ou elles ont besoin d'aller chez un patient pour faire un prélèvement qui est malade, un patient malade, qui a des symptômes, pour faire un prélèvement pour savoir si, oui ou non, il a été contaminé, s'ils n'ont plus de gants,
alors
il y a autour des gants une dérive qui s'est développée. La boîte de gants chirurgicaux au début du mois de juillet, elle coûtait 5 euros. Aujourd'hui, elle en vaut entre 15 et 20. Là,
on le trouve des affaires.
Et
comment,
voilà, mais
comment se fait-il qu'un pays comme le nôtre se laisse ainsi désarmer ? Alors, les gants, c'est du latex, c'est de l'EVA, alors c'est en Malaisie qu'on le trouve, je comprends que ça soit limité. Mais il y a deux autres sortes de gants qui ne sont pas en latex, qui sont en nitrile ou en vinyle, et ce nitrile ou ce vinyle, c'est des produits de la chimie du pétrole. Donc, on peut, on doit pouvoir en former, en produire autant qu'il faut. Comment se fait-il que nous nous laissions désarmer ainsi ? Et c'est la responsabilité, le ministre de la Santé a dit au mois de juillet qu'il avait commandé des centaines de millions de paires de gants supplémentaires, tant mieux, mais où sont-ils ?
Mais
donc, on vous pose la question politiquement, est-ce que vous avez ce sentiment, cette impression qu'on navigue à vue ? Est
-ce que c'est
exagéré quand on dit ça ou est-ce que c'est justifié
? Non,
on navigue en partie à vue. L'humanité navigue en partie à vue. L'humanité découvre au jour le jour une épidémie, un virus qu'elle n'avait pas rencontré dans son histoire ou en tout cas pas rencontré depuis la grippe espagnole qui a fait, je vous rappelle, entre 40 et 50 millions de morts au lendemain de la guerre de 1914.
Donc on ne
peut
pas faire mieux.
Dont Apollinaire, dont je salue au passage la présence poétique auprès de nous. Eh bien, 40 ou 50 millions de personnes, là on vient de passer un million, c'est ça ? Oui, on a l'impression qu'on découvre.
Et
de ce virus, nous ne savions rien. On a cru au début que c'était un virus bénin.
Ça
n'était pas un virus bénin. Nous avons découvert depuis à quel point il pouvait être agressif, notamment pour des tranches d'âge un peu plus âgées et encore qu'il y ait des jeunes évidemment aussi qui soient gravement atteints.
Votre
portrait, François Bayrou, il est signé Karine Bécard.
Vous
avez été, François Bayrou, député, ministre, chef de différents partis, candidat à l'Elysée.
Toujours du même sous des noms différents.
Exactement. Ce qui représente 38 ans d'une trajectoire politique plutôt bien chargée. Et au commissaire, c'est vrai que vous ne
l
'aviez encore jamais été. Au commissaire au plan, un poste qui certes a déjà existé par le passé, mais en le ressuscitant, reconnaissait qu'il a été subtilement ajusté à votre itinéraire et votre personnalité. Tout a été fait, par exemple, pour que vous puissiez rester maire, le maire de Pau, et peu importe que vous cumuliez une fonction nationale avec un exécutif local. Tout a été fait aussi pour que votre interlocuteur principal soit bien sûr le président. De même que vous avez accepté, François Bayrou, une mission non rémunérée, peut-être pour ne pas faire réapparaître cette affaire des assistants présumés fictifs du Modem qui n'a toujours pas été soldé.
En tout cas, incontestablement, vous avez choisi aujourd'hui d'être dans la réflexion bien plus que dans l'action, ce que vous avez en réalité souvent privilégié. Vous, le paysan lettré, fier de ces Pyrénées-Atlantiques et qui a construit vraiment petit à petit sa carrière politique.
Le
tracteur est un endroit sur lequel je réfléchis très bien.
C
'est une situation dans laquelle je m
'éloigne
de
tout
ce qui se passe désagréable ou d'agité dans le monde politique.
Vous
avez quand même un sacré savoir-faire. À ce moment-là, nous sommes en 2007. À 56 ans, c'est votre deuxième bataille présidentielle et cette image de campagne devant votre tracteur est absolument parfaite. Cela dit, le spécialiste en communication politique a su régulièrement aussi réfléchir donc et poser les bons diagnostics. On l'a complètement oublié mais 5 ans plus tard en 2012, le produire français, c'est vous, François Bayrou, qui en avait parlé le premier et qui avez su l'imposer. Ce n'est certainement pas Arnaud Montebourg qui certes l
'a
fort bien incarné mais qui n'a fait que reprendre votre idée. De la même façon, la dette, avant de devenir l'obsession de François Fillon, c'est encore vous qui avez repéré le sujet et qui avez poussé toute la classe politique à se positionner.
Dans
le discours de Nicolas Sarkozy dimanche, il n
'y a
pas eu un mot sur le déficit et la dette. Et évidemment, si on ne met pas au premier plan la question du déficit et de la dette, alors on est porté à dire tout est possible.
Donc le haut commissaire que désormais vous êtes a déjà eu l'occasion de montrer qu'il avait du flair. A une exception près peut-être votre conviction, François Bayrou, de devoir rassembler droite et gauche pour mieux réconcilier les Français. Trois ans après, le bilan pour l'instant est loin d'être convaincant.
Réponse, François Bayrou
?
Il y
a
un sondage ce matin
qui
dit qu'entre autres
qu
'Emmanuel Macron, le président de la République, arrive en tête des intentions de vote.
Et
je trouve donc que ce rassemblement au
-delà des questions
de droite et de gauche, contrairement à votre diagnostic affûté, je trouve que ce rassemblement qui n'est pas exactement ce que je pense, mais je vais vous dire ce que je pense...
Mais
est-il encore un candidat, enfin un président et de droite et de gauche
?
Oui, bien sûr. Bien sûr. Il suffit que vous regardiez l'effondrement de la gauche dans ce même sondage. Lorsque la gauche, dans ce sondage IFOP de ce matin, lorsque la gauche présente un candidat unique,
il
est à 15% des voix unique sur les trois courants qui la forment. Donc, vous voyez bien qu'un grand nombre de Français se rendent compte que l'attitude la plus compréhensive, celle qui veut faire le plus avancer le pays, eh bien, c'est le président de la République qui la porte. Et donc, ce diagnostic que vous faisiez avec le sourire, n'est pas exact. Mais je voudrais dire quelque chose d'autre. Je n'ai jamais pensé que mon combat politique, que c'était réunir tous les camps en tout le temps. Non.
J
'ai pensé qu'il était anormal et stupide
de
vouloir présenter la vie politique française comme l'affrontement de deux camps. droite contre gauche. J'ai toujours trouvé que c'était une stupidité abyssale et qui nous conduisait à la catastrophe. Excusez-moi de regarder les États-Unis
et
vous verrez à quoi porte cet affrontement-là. À quelle dérive, à quelle stupidité malsaine cet affrontement porte. j'ai toujours pensé qu'il n
'y
avait plus de deux courants. Souvenez-vous, je suis allé à Toulouse un jour dire si vous dites que nous pensons tous la même chose
c'est
que nous ne pensons
plus rien. C'était pas bien passé.
Et j'avais raison. Vous
aviez été hués par le public d'ailleurs.
Oui. Ils étaient là pour ça si vous me permettez.
On
n'allait pas... Et donc pour moi c'est très clair il y a plusieurs courants fondamentaux. L'un de ces courants est le courant qu'on appelle central du centre démocratique et ce courant-là qui aujourd'hui
a
une place importante dans les intentions de vote ce courant-là est le seul à même de pouvoir réconcilier et dépasser les frontières.
On va en donner exactement ce que je pense. Si on pense comme
Christian Estrosi qu'en gros il y
a
un gros centre centre gauche centre droit Emmanuel Macron et tout le monde autour et puis qu'il n
'y a
plus rien ou alors il y
a
des extrêmes est-ce que c'est totalement simple pour la démocratie quand on voit le nombre de gens qui votent
? C'est l'espèce d
'agrégation de tout le monde et
force du bien ? Ce sont des questions
formidables pardonnez-moi de vous dire donc
idiot sur le fond
formidables pas du tout au sens terrifiant mais au sens rigolo du terme donc
un peu bête mais on va y aller quand même pourquoi quand
la gauche l'emporte personne ne dit est-ce que c'est sain pour la démocratie que la gauche l'emporte
quand
la droite l'emporte personne ne vient vous dire
est-ce que c'est sain je vous dis que la gauche a été aspirée la droite détruite
et
que maintenant il
y a Emmanuel Macron centre-gauche centre-droite et puis plus rien sauf Marine Le Pen
et
bien excusez
-moi
mais j'ai le souvenir qu'un jour quand la droite l'a emporté en 1993 il y avait 30 députés 29 députés du PS à l'Assemblée tout le reste était à droite et vous n'êtes pas venu dire mais
qu'est-ce que vous en savez
vous n'êtes pas venu dire est-ce que c'est sain pour la démocratie non
moi je vous dis mais parlons d'aujourd'hui François Bayrou et j'aimerais reciter François Spesso sur la malédiction de fin de mandat
on y vient après mais je vais vous répondre parce que j'ai quelque chose à dire sur le fond dans cette affaire là pour parler pas seulement du présent réponse concise François Bayrou
mais
du futur le
temps
passe vite
je sais que vous venez du futur
mais malheureusement l'horloge est en
train de tourner
très
bien donc voilà quand c'est
le
courant central qui l'emporte alors on vient pleurer des larmes de crocodile en disant mais comment vous osez arriver devant les autres vous osez leur prendre la place mais est
-ce
que c'est sain oui c'est complètement sain
parce
que je crois que il y a quelque chose d'heureux dans la démocratie c'est quand les gens qui pensent le plus juste l'emportent
alors
je dis pas que c'est tout le temps comme ça mais vous avez eu la gentillesse de noter que c'était arrivé dans mon histoire un certain nombre de fois de repérer des sujets qui allaient être des sujets vitaux pour l'avenir et donc il y a une phrase d'Anatole France que j'aime beaucoup et qui m'a servi de viatique pendant toutes ces années de combat il dit
il
dit nous aurons raison
parce
que nous avons raison
et
donc moi j'apprécie
cette phrase
mais allons un peu plus
loin parce
que la question c'est la question des institutions
pourquoi
on pose ces questions là
parce
que nous avons des institutions de tout ou rien parce que il se trouve que l'organisation des choses fait que quand la présidentielle est gagnée alors aux élections législatives qui suivent les autres courants disparaissent et ceci est malsain
donc
il faut changer ça
et
donc moi je suis depuis longtemps mais je je prétends que le moment est très important pour poser cette question je prétends qu'il faut une loi électorale juste la proportionnelle
dans laquelle
chacun trouvera
pour
l'Assemblée nationale qui doit être le lieu du débat le nombre de sièges que doit
nous valoir
l
'adhésion de ses contemporains
mais là vous parlez presque d'une proportionnelle intégrale
je parle d'une proportionnelle départementale celle que Mitterrand a faite en 84
ça sera pour plus tard on est
d'accord alors ça dépend pour plus tard si on considère qu'en effet le combat ne doit pas être livré
or
il se trouve que moins alors là non pas comme responsable de la réflexion ou en partie responsable de la réflexion sur l'avenir mais comme responsable politique je pense
que
ce combat est un combat essentiel mais
avant la fin du
quinquennat
ben je trouve que nous
devrions mais vous pensez que les français ont la tête à ça jusqu
'au mois de juin regardez la vie politique américaine pourquoi est-ce que la vie politique américaine a pris ce tour de violence absolument destructeur pour le pays
il
y a deux raisons
il
y en a une sur laquelle on s'interroge pas assez c'est le financement de la vie politique américaine
et
il
y
en a une deuxième qui est que ces élections sont des élections du tout ou rien à une voie près
on
prend tout et à une voie de moins on ne prend rien
winner takes all comme on dit là-bas
si
on accepte l'idée mais revenons en France que la vie politique c'est une pluralité de courants un pluralisme de courants qu'on ne pense pas tous la même chose et que d'une certaine manière le débat adoucit les mœurs
il
n'est pas normal je vais dire quelque chose que j'ai vécu à la dernière élection présidentielle Marine Le Pen a été au deuxième tour elle se retrouve avec quatre ou cinq ou six députés à l'assemblée j'ai approché 20% en 2007 je me suis retrouvé avec deux députés à l'assemblée tout ceci est anormal je plaide pour qu'on ait une vie politique qui reconnaisse le pluralisme et où chacun trouve sa place
et
on a ça ne sera pas le blocage de la quatrième république parce qu'entre la quatrième et la cinquième il y
a
quelque chose qui a changé c'est l'élection du président de la république au suffrage universel
et
de Gaulle disait
nous
allons enlever le gouvernement aux manœuvres de partis
il
sera nommé par le président de la république élu comme on sait
en
tenant compte des nuances de l'assemblée nationale et si vous avez ce pluralisme et cette
prééminence du président moi en tout
cas je trouve que ça serait bien et je trouve que tous les partisans de la loi électorale juste devraient s'allier pour que ou en tout cas discuter pour qu'on en parle vite avant le mois de juin puisque c'est le mois de juin qui est la limite
alors
puisque vous êtes chargé d'éclairer l'avenir il y a quand même un problème monstrueux sur lequel on bute c'est la dette publique Pierre Moscovici le premier président de la cour des comptes disait qu'elle avait augmenté en quelques semaines de 6500 euros par français que ça atteignait des proportions catastrophiques qu'est-ce qu'on va faire de cette dette comment on va la rembourser et au fond ça va être la grande thématique de la prochaine présidentielle donc est-ce qu'il faut dire un
langage de vérité aux
français
j'ai fait dès le début de cette crise des propositions précises sur ce sujet et c'est vous savez à quel point vous l'avez rappelé je me suis inquiété de ce sujet
nous ne sommes
pas devant une dette ordinaire
nous
sommes devant un cataclysme
qui
a submergé la planète
sans
que personne en soit responsable
c
'est pas la même chose qu'une dette dont un pays qui se gère mal encourt la charge à raison
de
son incapacité à se gérer donc c'est de la bonne dette celle-ci en revanche qui est une dette pour se sauver pour pour pour maintenir la tête du pays hors de l'eau et pour se protéger
enfin
ça reste une dette François Bayrou il
faudra la rembourser
attendez attendez donc j'ai proposé depuis le début qu'on n'isole la dette due à cette épidémie qu'on la cantonne
et
qu'on se donne 10 ans j'avais dit 10 je crois qu'ils ont choisi 8 mais enfin c'est la même idée
pour
la rembourser qu'on fasse un différé d'amortissement
ou
en d'autres termes qu'on la renouvelle le temps nécessaire pour venir dans 8 ou 10 ans la rembourser on pourrait aussi imaginer que la banque centrale européenne décide de nous relayer dans ce report et dans cet effort et qu
'elle
soit remboursée dans quelques mais
il faudra la rembourser elle s'ajoute à l'existence
est-ce que vous trouvez
crédible
le discours du gouvernement de dire qu'on n'augmentera pas les impôts qu'il y
aura
de la croissance que tout ça permettra alors qu'on laisse aux jeunes
à
un poids une charge faramineuse et pourquoi vous ne
l'avez pas
dit les uns et les autres pendant les 30 années où je me battais tout seul sur ce sujet comment ça pourquoi pourquoi est-ce que pourquoi est-ce que pourquoi est-ce que nous avons été si peu nombreux à considérer que c'était un problème national
si
on regarde l'Allemagne ils ont pu dépenser plus
que nous la vraie question c
'est pourquoi est
-ce
que vous ne le considérez plus comme un problème fondamental pas
du tout
jamais la dette
n'a été aussi élevée et
vous n'avez
plus l'air de considérer que c
'est un sujet majeur je le considère
comme un problème fondamental sauf que nous sommes placés dans une situation par la catastrophe mondiale qui s'est abattue sur toutes les économies qui a
démontré mais alors comment imaginer le plan dont vous êtes chargé comment
essayer de réfléchir à 10, 20, 30 ans lorsque l'on est non seulement extrêmement endetté mais qu'on ne sait même pas à quel moment on pourra sortir non seulement de la crise mais de cette charge considérable qui pèse sur le
pays je comprends
que vous ayez la question mais je ne
suis
pas sûr que vous m'ayez bien écouté cette dette là je propose qu'on la cantonne qu'on identifie clairement la part de cette dette qui a été dévolue à lutter contre l'effondrement quand on s'effondre il faut être là c'est même la raison pour laquelle on aurait
dû faire des économies c'est rarement la
personne endettée qui va décider non seulement de l'échéancier mais qui en plus va discuter avec sa banque pour dire voilà ça c'était vraiment exceptionnel mais on va
mettre ça
de côté
là excusez-moi c'est pas de la France qu'il s'agit c'est de tous les pays du monde
qui
sont tous devant cette devant cette énorme échéance les Etats-Unis ont dépensé nous on va dépenser combien 1% de plan de relance
les
Etats-Unis en sont à 5 ou 6%
c
'est la banque centrale américaine qui permet ça mais il
y
a une question que vous ne posez pas
où
en serait-on s'il n'y avait pas la banque centrale européenne
où
en serait-on si par malheur à l'époque le nom à Maastricht l'avait emporté
et
que nous soyons aujourd'hui nous avec nos épaules limitées de banques de la banque de France
sous
les assauts perpétuels de la spéculation qui ferait qu'on devrait payer nos emprunts 8 ou 10% par an
nous
sommes sauvés par le choix de la banque centrale européenne
et ça nous permet
et ça nous permet de commencer à rembourser dans 8 ou 10 ans quand les choses seront rétablies
on va faire un tout petit peu de politique
politicienne pour les régionales
on s'allie avec qui enfin pas moi mais vous c'est quoi les fronts pour les régionales
?
vous devriez examiner la question vous de savoir si vous vous présentez
et avec qui vous
alliez donc
vous vous allez faire de
grandes coalitions
qui peuvent aller d'où à où ?
alors j
'ai une vision qui est peut-être pas exactement celle de tous mes amis les élections régionales sont des élections
régionales ce que signifie ? cette
tautologie là cette vérité première devrait nous entraîner
à
regarder à regarder la situation région par région
c
'est-à-dire que quand un préfet
et
deuxièmement deuxièmement
la
loi pour des élections de cet ordre puisqu'elles sont au scrutin majoritaire
avec
une représentation mais au scrutin majoritaire l'emporte celui qui fait le plus de voix
la
loi doit être la loi du rassemblement
et
d'abord autant que possible du rassemblement de la majorité puisque nous sommes d'une certaine manière attelés à la même à la même responsabilité il faut qu'on soit le plus uni possible
et
puis après on examine la
situation dans le
Grand Est ça peut être ça peut être un président de région sortant même s'il n
'est
pas exactement la majorité enfin vous pouvez faire des alliances au cas par
cas vous
devriez faire du journalisme politique
dans la prochaine
vie j'essaierai
j'ai l
'impression que vous avez des informations
et
en l'occurrence
ça nous permet de comprendre
ce que vous ne dites pas il nous reste trois minutes vraiment François Bayrou répondez rapidement s'il vous plaît le référendum en Nouvelle-Calédonie vient d'avoir lieu le non à l'indépendance est en tête selon des résultats partiels c'est une dépêche qui vient
de tomber
et il est en l'occurrence autour de 53% les résultats ne sont pas définitifs mais ce serait donc le non à l'indépendance qui l'emporterait commentaire
?
si c'est ça c'est une bonne nouvelle je trouve que la France
je
trouve que la Nouvelle-Calédonie ne serait pas la Nouvelle-Calédonie sans la France
et
que la France ne serait pas entièrement la France sans la Nouvelle-Calédonie je pense que cette terre lointaine présente un exemple de et
l'aspiration à l'indépendance et
à la décolonisation de vie en commun
on avance largement sur ce sujet là et comme vous le savez il y
a
des autorités canacres avec des provinces qui font avancer le sujet dans ce sens là
mais c'est pas un résultat massif quand même ça veut dire que la population est vraiment scindée
je
trouve en effet qu'il y a là un risque Françoise
question pas compliquée sur quoi va se jouer la prochaine présidentielle et comment justement éviter le sentiment d'enlisement ou en tout cas la difficulté à voir l'avenir depuis cette pandémie qui en fait recommence en ce moment
la prochaine présidentielle va se jouer sur le sentiment des français
de
savoir si le président de la république
a
fait face au problème du pays Dieu sait qu'il n'y
a
jamais eu de président qui ait eu autant de tsunamis en face dans une si courte période ce que je ressens moi c'est qu'il fait montre d'un courage et c'est une vertu qui n
'est
pas si fréquente dans le monde politique
mais il s'occupe encore des français ou il s'occupe plus des affaires internationales
en France
s'occuper des affaires internationales c'est s'occuper des français si on ne comprend pas que le sort de la France se joue en Europe par exemple
et
dans les contacts entre la chancelière allemande et le président de la république mais je parle assez souvent avec le président de la république sans jamais révéler quoi que ce soit de ce que nous nous disons je puis vous assurer que son souci constant
est
la situation du pays et notamment dans le pays la situation de tous ceux qui se sentent coupés des pseudo ou prétendus élites question
par oui ou par non
que la question
pour
lui
et
ça j'en atteste et on vient de le voir dans cette histoire de séparatisme dans ce grand discours sur le séparatisme la question pour lui c'est la base
c
'est la France qu'on prétend être la France d'en bas et cette France d'en bas on
va le voir en France d'en bas juste une petite
question est-ce qu'il y
aura
un arbre de Noël à peau
ou
est-ce que vous trouvez que chers saints écolos ont tendance à
dériver il y a un arbre de
Noël chaque année dans la mairie ça ne
vous
dérange pas de couper les arbres morts enfin d'avoir des arbres morts
écoutez
une chose toute simple que je vous sache les écologistes ils aiment les constructions en bois
qu
'est-ce que c'est le bois avec lequel on construit les planches et les poutres ce sont des arbres c'est le puits à carbone le plus efficace qu'on puisse trouver et l'arbre de Noël en plus c'est de la lumière dans les yeux et je suis très content que ce symbole païen parce que c'était un
symbole païen soit devenu le symbole de
Noël merci François Bayrou l'émission
se termine merci et bon dimanche merci à Alexandre Gilardi à
toute l'équipe technique de questions politiques on vous donne rendez-vous la semaine prochaine
merci à l
'émission
François Bayrou