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interviewBFMTV· 4 décembre 2024

Censure, vote avec LFI, budget: l'interview en intégralité de Jean-Philippe Tanguy (RN)

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Jean-Philippe Tanguy, bonjour. Oui, M. Coquerel est une personne, avant d'être appartie, Mme de Malheur, une personne respectable et avec qui on travaille de manière républicaine.

Et je constate effectivement qu'il y aura beaucoup de travail en commun, en tout cas aujourd'hui, puisqu'on l'entendait à l'instant, Éric Coquerel va défendre sa motion de censure à 16h, et vous allez la voter, ça y est, il n'y a plus de mystère, il n'y a plus de suspense. Ah oui, Marine Le Pen, Jordan Bardella ont été très clairs, nos lignes rouges qui ont toujours été les mêmes, contrairement aux mensonges qui ont encore été répétés, c'est assez triste d'ailleurs par M. Barnier hier, n'ont pas été respectés, et c'était des lignes rouges très modestes par rapport au programme du Rassemblement National.

Donc moi, quand j'entends qu'on a voulu saboter les choses, qu'on a voulu faire de la politique politicienne, je trouve que c'est particulièrement injuste, parce que j'étais très présent avec les députés du Rassemblement National lors du débat parlementaire, tout le monde, c'est public, M. Saint-Martin ne m'a pas adressé la parole pour répondre, pour proposer un compromis pendant deux semaines, et encore...

Il se revient un peu tard, quoi. Mais ils se sont réveillés tout de même. Oui, mais Mme de Malherbe, le problème, c'est que faire un budget, c'est compliqué.

Donc on peut dire aux gens que ça s'arrange sur un coin de table, c'est pas vrai, c'est un équilibre global. Donc quand on dit par exemple, oui, les lignes rouges du Rassemblement National coûtaient tant, coûtaient tant. Non, Marine Le Pen a publié le tableau qu'elle a remis à Michel Barnier lundi, puisqu'il y avait tellement de mensonges qu'on a voulu faire de la transparence.

Il y avait 1,6 milliard de recettes ou d'économies de plus que de dépenses. Donc tout cela s'est joué quand même sur des mensonges de la part du gouvernement. On va revenir sur justement les échanges qui ont eu lieu ces derniers jours et qui n'ont donc pas été concluants avec Michel Barnier.

Mais enfin tout de même, je suis frappée. Éric Coquerel qui sort à l'instant de ce studio va défendre tout à l'heure au micro à l'Assemblée Nationale une motion de censure dans laquelle il est écrit, je cite, « Alors qu'une large majorité de nos concitoyens et concitoyennes a fait le choix du barrage à l'extrême droite lors des élections législatives, le Premier ministre a cédé à leurs plus viles obsessions. » Et vous allez signer ça ?

Mais non, mais...

Et vous allez voter ça ? Mais on ne va pas voter ça. Bah si.

Mais non, Madame de Ballerbe. Je suis allé vérifier hier parce que vous savez, moi j'ai un côté bon élève. Le règlement de l'Assemblée Nationale.

On n'est même pas obligé en fait de déposer un texte pour déposer une motion de censure. Je trouve qu'ils l'ont déposé, c'est peut-être de la provoque. Non, mais je vous réponds.

On n'entend pas vous d'ailleurs, surtout nos adversaires politiques du bloc macroniste, y compris des gens de gauche qui ont essayé de faire ça évidemment pour nous bloquer, dire « Elle va voter notre texte ». Non, la motion de censure n'a pas besoin de texte. Le texte est d'artifice, de colfiché pour expliquer une position.

Mais nous ne votons pas un texte, on vote la censure du gouvernement. Il peut y avoir des gens de tous bords. Il y aura peut-être même des centristes du groupe Lyot qui votent la censure du gouvernement.

Vous allez vous associer à des gens qui parlent de vous en disant que vos obsessions sont viles. Viles, c'est hautement méprisable. Oui, je sais, je vous remercie.

Non, mais ce qui est marrant, c'est que ce que vous reprochez quand même à Michel Barnier, c'est du mépris. Et vous allez voter pour des gens qui disent de vous que vous avez de viles obsessions, c'est-à-dire hautement méprisables. Non, mais si vous voulez, ce que les uns et les autres disent de nous dans des moments historiques importants, c'est quand même la première censure d'un gouvernement depuis 1962.

Ce n'est pas anecdotique. Moi, je peux vous dire, pour avoir assisté à un nombre de négociations, que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont la main, comment dire, sérieuse et la main tremblante pour censurer ce gouvernement, non pas parce qu'ils ne veulent pas assumer leurs responsabilités, parce que oui, c'est l'avis des gens, c'est l'avis des Français. Ils ont la main tremblante.

Mais heureusement qu'ils ont une main tremblante comme responsable politique. La main tremblante, c'est une expression qui vient de Montesquieu pour dire que quand vous avez des responsabilités, vous devez agir avec...

Vous en peser le moment. Vous devez peser le moment, oui. Mais est-ce que ça veut dire...

Nous avons tous, en tant que représentants de la nation, la main tremblante en faisant tomber un gouvernement de la République, c'est une décision importante. Est-ce que ça veut dire, Jean-Philippe Tanguy, le mot d'ailleurs a été dit également à l'instant par Éric Coquerel, qui parlait d'une responsabilité dont il était parfaitement conscient. Jean-Philippe Tanguy, vous n'avez pas été sensible aux appels à la responsabilité hier du Premier ministre.

Il n'aura pas pu vous faire changer d'avis. Quand même, c'est assez frappant, lorsqu'il racontait ses échanges avec Marine Le Pen hier soir, il a au fond expliqué qu'il avait plusieurs fois cédé. Il dit, Marine Le Pen a dit notamment ces derniers jours, il faudrait faire un geste, soit sur les taxes sur l'électricité, soit sur les retraites.

En tout cas, c'est comme ça que lui l'a compris. Il a donc mesuré les questions et il a décidé d'accéder à la demande de Marine Le Pen sur l'électricité. Et là, Marine Le Pen lui répond, ah ben non, finalement, pas seulement l'électricité, mais aussi les retraites.

Je ne comprends pas cette position du Premier ministre, parce que moi, j'ai assisté à l'entretien entre Marine Le Pen et...

En fait, il n'était jamais assez à vos yeux. Non, non, c'est faux. Non, mais c'est totalement faux.

Ce récit est faux ? C'est totalement faux. Oui, c'est clair.

Alors, sortant de Matignon, Marine Le Pen a répondu à vos confrères qui étaient dans la cour. Nous avons remis le tableau des lignes rouges, toutes équilibrées, qui était un tout, qui était un bloc. Il n'y en avait aucune en plus, aucune en moins.

On a même fait encore un geste, puisqu'on a allégé les efforts qu'on demandait sur l'Union européenne, parce que c'était compliqué au dernier moment de demander une négociation à l'Union européenne. Donc, on a plutôt allégé un certain nombre de demandes, essayé de trouver d'autres sources de financement. Et d'ailleurs, ce qui est assez, finalement, représentatif de la pensée de Michel Barnier et de ce gouvernement, c'est qu'il n'a jamais voulu parler des économies.

Ça, ça m'a stupéfait dans les échanges. C'est-à-dire ? On parlait beaucoup des dépenses.

Il nous parlait de la question des dépenses. Oui, nous, on a toujours mis des économies ou des nouvelles recettes sur la spéculation. On ne parlait jamais des dépenses.

Moi, je lui dis, mais monsieur le Premier ministre, vous avez un rapport de l'Inspection générale des finances qui identifie 4 milliards de trésorerie inutile des opérateurs. Il faut en prendre au moins 3. On peut en prendre plus.

Il ne voulait pas en parler. Et c'est d'ailleurs à l'image de ce budget. Moi, ce qui m'a beaucoup interpellé, et je finirai là-dessus hier, c'est que monsieur Barnier n'a pas défendu son budget, finalement.

Il a parlé de grands principes. Il a beaucoup parlé de lui. Mais il n'a pas expliqué aux Françaises et aux Français, et c'est la deuxième fois en une semaine, la vision.

Où est-ce qu'il veut emmener le pays ? Pourquoi ce budget ? Pourquoi ces économies ?

Pourquoi ces impôts ? Comment redresser notre nation ? Rien.

Et en fait, c'est vraiment à l'image de ce budget qui est un mauvais budget, un budget de faillite, et un budget qui ne redresse pas les comptes. Et finalement, on ne parle pas de l'objet de la censure qui est quand même cette crise financière de 50 ans de Gabgi. Mais pas de budget du tout.

Paradoxalement, c'est meilleur qu'aujourd'hui. Alors c'est vous dire à quel point il est mauvais. C'est meilleur qu'aujourd'hui quand vous voyez que 380 000 contribuables vont se retrouver à payer l'impôt.

C'est pas vrai ça ? Non, c'est pas vrai. D'ailleurs, le président Coquerel, j'ai écouté ce qu'il vous disait, vous avez bien expliqué pourquoi.

Président Coquerel, parce qu'il est effectivement président de la Commission des Finances de l'Assemblée. Vous avez raison. Vous avez beaucoup d'égards les uns vis-à-vis des autres.

Moi, je parle comme ça de tous les présidents de commissions. Je parle du Premier ministre avec M. Premier ministre.

J'ai salué la ministre de la Santé dans les couloirs. Je lui ai dit « Bonjour, madame la ministre, il n'y a pas de caméra. Moi, je respecte les statuts des uns et des autres, d'où qu'ils soient, et quel que soit leur parti.

Je n'ai pas de raison de mépriser M. Coquerel, parce qu'il appartenira à un parti qui est mon ennemi principal, enfin mon adversaire politique principal avec la Macronie. Et il nous le rend bien. » Il vous le rend bien, mais vous êtes d'accord sur le constat.

C'est-à-dire que, pour vous, c'est un mensonge, c'est une forme d'agitation des peurs que de dire qu'il va y avoir une hausse mécanique des impôts, que de dire qu'il ne va pas y avoir de revalorisation des salaires des fonctionnaires. Tout cela, ce serait faux ? Tout à fait faux.

C'est-à-dire des fonctionnaires, c'est totalement faux. Les retraites, c'est dans le Code de la Sécurité sociale, donc toutes les retraites seront indexées de la Sécurité sociale seront indexées au 1er janvier. D'ailleurs, j'ai entendu que vous avez dit y compris les plus privilégiés.

Ce sont les retraites de la Sécurité sociale, du régime de base, qui sont plafonnées à 1 900 euros bruts. Donc, en net, ce n'est pas beaucoup, c'est autour de 1 500, 1 600...

La revalorisation des plus petites retraites était déjà actée. Oui, des toutes petites retraites. C'est ça ce que je veux dire.

D'accord, mais c'est toujours...

Vous savez, le point, c'est dans les détails, en bas de page. M. Wauquiez a annoncé cela.

C'était les retraites inférieures au SMIC brut. Donc, en fait, ça ne coûtait que 500 millions d'euros sur 3,5 milliards. Donc, il restait les 4,5...

Il a fait mousser sa victoire. Bien sûr. D'ailleurs, ça ne prend pas pour marcher.

Moi, je peux vous dire que quand j'ai fait les dîners et les déjeuners des aînés dans ma circonscription avec souvent des conseillers départementaux de droite, ils étaient plutôt d'accord avec moi pour indexer toutes les pensions que d'accord avec M. Wauquiez pour seulement sauver une toute petite partie des pensions. Est-ce que vos électeurs vont vous suivre ?

Ou, pour certains, il y a eu plusieurs appels, notamment sur RMC, depuis hier matin, de nombreux électeurs d'un bord ou de l'autre, mais il y a eu notamment des électeurs RN, principalement des récents électeurs RN, et qui disaient, j'ai eu Frédéric, j'ai eu Isabelle, j'ai eu Stéphane hier, qui disaient « Moi, j'ai voté RN aux dernières élections, mais on ne m'y reprendra plus. J'espérais d'eux une certaine stabilité. » Mais moi, j'écoute, j'entends les commentaires, je ne pense pas avoir raison sur tout et qu'on est omniscient.

Je leur dis, nous avons pris une position de responsabilité, de vérité. Ce budget, évidemment, les gens n'en mesurent pas forcément, ou ne connaissent pas les conséquences, puisqu'ils ne sont pas exécutés. Donc, tous ces impôts...

J'avais un agriculteur dans l'un qui dit « Mais on avait tellement besoin de ce budget. » Mais non, les gens ont besoin d'être rassurés, je les comprends. Ils n'avaient pas besoin de 40 milliards d'impôts en plus et seulement 10 milliards d'économies.

Ça, je peux vous le garantir. Donc, je trouve que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont vraiment été courageux. C'est que c'est toujours difficile de s'opposer à des mesures qui n'existent pas encore.

Parce que 40 milliards d'euros pour des personnes qui travaillent durs, qui gagnent entre 1 500 et 2 500 euros, ce sont des montants tellement extravagants qu'on n'a pas forcément les échelles et qu'on ne s'en rend pas forcément compte. Mais ça voulait dire 5 % de baisse de remboursement des médicaments, donc de la perte de pouvoir d'achat pour tous les retraités, quasiment tous les retraités, même ceux, contrairement à ce qui a été dit, qui gagnaient peu. C'était des hausses de charges sur les entreprises.

Moi, j'ai des entrepreneurs qui m'ont appelé aussi. Ils n'étaient même pas au courant que leur charge allait augmenter de 1,4 milliard tellement il y a ce récit, cette espèce de mur de mensonge qui essaie d'inquiéter les Français et les angoisser. Alors que c'est faux, on se rendra compte demain qu'il y aura un gouvernement des missionnaires qui sera à peu près le même gouvernement que cet été.

On a réussi à organiser les Jeux Olympiques avec M. Attal des missionnaires. Je ne crois pas qu'on ait vu de grosses différences alors que M.

Attal n'était pas des missionnaires. Et après, Jean-Philippe Tanguy, est-ce que, comme la France insoumise, au fond, votre objectif à peine voilé, c'est quand même la démission d'Emmanuel Macron ? Si c'est le cas, vous serez déçus.

Il a déjà annoncé hier qu'il n'en était pas question. Vous savez, Emmanuel Macron, il avait dit qu'il n'allait pas dissoudre l'Assemblée nationale. C'est juste.

Donc ce qu'il dit, ça ne m'intéresse pas beaucoup. Donc vous dites qu'il pourrait quand même démissionner. Moi, je voudrais vraiment qu'on remette le débat là où il est.

Le sujet, c'est est-ce que ce budget permet de redresser les comptes ? Est-ce que ce budget permet la justice sociale ? Est-ce que ce budget permet de relancer la production ?

Qu'est-ce qui va se passer ? Il ne va pas y avoir un gouvernement démissionnaire pendant des semaines ? C'était le cas cet été.

Une fois plus, on a pu faire des choses. Vous préférez un gouvernement démissionnaire à un gouvernement...

Je ne vois pas de différence. Qu'est-ce qui s'est passé en trois mois de M. Barnier par rapport à trois mois de M.

Attal démissionnaire ? Rien du tout. Quelles réformes ont été lancées ?

Quelles ambitions ? Rien. C'est factuel.

C'est une grosse déception. D'ailleurs, je pense pour beaucoup de Françaises et de Français. Faut-il un gouvernement technique ?

C'est une forme de gouvernement technique qui n'a pas son nom. Ce sera mécaniquement une forme de gouvernement technique. C'est une appellation prétentieuse pour des gens qui ne savent pas faire de politique.

Michel Barnier pourrait rester Premier ministre démissionnaire pratiquement jusqu'à l'été ? Ce serait quand même un affront démocratique. On peut trouver quelqu'un qui présente un meilleur budget sans ambition politique particulière.

On parle d'un certain nombre de personnes qui ont eu des relations quasi amicales avec vous. C'est Bastien Lecornu. Amical, ce n'est pas grave.

Le respect, la courtoisie et surtout une capacité à faire des économies et à nous proposer un budget qui n'est pas à 5,5% de déficit. Vous signerez une motion de censure qui parle de vous comme de ville. Pendant qu'on discute de beaucoup de choses, hier, la loi finale pour les finances de 2024, encore 6 milliards de déficit en plus.

Aujourd'hui, le dérapage du budget qu'on nous propose, on est déjà à 12 milliards de dérapage alors qu'il n'y a même pas commencé à s'exercer. Donc, est-ce qu'on peut aussi parler des finances publiques ? Nous sommes en crise financière, nous sommes en crise budgétaire.

M. Barnier a beaucoup parlé de lui. C'est son droit.

J'aimerais qu'on parle du budget et surtout des Françaises et des Français. Et où est-ce que tout ce petit monde veut nous emmener ? Et ce sera la suite, effectivement, après ce séisme politique annoncé cet après-midi, puisqu'on l'a bien compris, vous avez tué tout suspense.

Il y aura bien ce vote de la motion de censure tout à l'heure. Merci, Jean-Philippe Tanguy, d'être venu ce matin à mon micro. Je rappelle, bien sûr, que vous êtes président délégué du groupe ERN à l'Assemblée nationale, député de la Somme.

Et merci aussi à Éric Coquerel d'avoir commencé cette interview du face-à-face. Éric Coquerel, qui est député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, et président de la Commission des Finances. C'est lui qui défendra cet OCC.