Ian Boucard - Le Barbier du matin du 10/01/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour. Bonjour Christophe Maurier. Et bienvenue. Que peut-on souhaiter aux habitants du territoire de Belfort, vous administrer ?
Une belle et heureuse année 2024. Je crois qu'on est encore à la période où on peut se souhaiter de l'espoir, de l'unité, et puis une meilleure année que l'année précédente.
Qu'est-ce qui les angoisse ? C'est le pouvoir d'achat comme partout ? C'est l'emploi ? C'est la sécurité ?
C'est le pouvoir d'achat comme partout, évidemment. Je crois que c'est la préoccupation de toutes celles et ceux qui ne savent pas comment ils pourront remplir leur frigo, remplir leur cave, leur cuve de fioul dans cette période en plus où il fait particulièrement froid.
Gabriel Attal arrive à Matignon. Est-ce qu'il est l'homme de la situation pour vous ?
En tout cas, c'est sans doute le moins mauvais choix possible pour le président de la République. Aujourd'hui, on voit bien que les Français ont plutôt une bonne opinion de lui. Peut-être sans doute faute de mieux parce que finalement, c'est un ministre de l'Éducation nationale qui nous a tous semblé courageux. C'est vrai, notamment par rapport à son prédécesseur qui a été catastrophique. Pour autant, il n'a aucun bilan à l'Éducation nationale puisqu'il n'avait été nommé là-bas qu'il y a quelques mois.
Ce que les gens apprécient, c'est quoi ? C'est un style ? C'est une manière de trancher ? Ou bien c'est le virage à droite de la Macronie incarnée par Attal à l'Éducation ?
C'est sans doute que sur quelques sujets. En tout cas, il a fait preuve de ce qui nous semble être du courage politique parce qu'effectivement, il l'a tranché là où d'autres avant lui ne l'avaient pas fait.
Quand on regarde les tout premiers sondages qui paraissent sur lui, il est jugé dynamique 77%, sympathique 70%, ouvert au dialogue. C'est un capital en or quand même pour un Premier ministre, ça.
En tout cas, pour lui, c'est un tout début de mandat parce qu'il a été nommé que hier. On lui souhaite que ça continue parce que moi, je souhaite à Gabriel Attal de réussir en tant que Premier ministre parce que ça veut dire qu'il réussit pour la France et pour les Français parce qu'il y a de nombreux défis face à nous. Mais pour autant, un changement d'homme ne veut pas dire un changement de politique. Et ce dont on a besoin vis-à-vis d'Emmanuel Macron, c'est un changement de cap et un changement de politique fort. Et s'il n'y a pas ce changement-là, alors le passage de Gabriel Attal se résumera de la communication.
Vous attendez donc le grand rendez-vous avec la nation qu'a promis Emmanuel Macron ?
Non, je crois que c'est des faits de manche, c'est des faits de communication, on ne les attend plus. On a eu le grand débat, on a tout un tas d'annonces comme ça du président de la République qui finalement ne mènent à rien. On a eu les rendez-vous de Versailles, de Saint-Denis, pardon, qui n'ont absolument rien donné. Je crois qu'il faut arrêter de communiquer. Maintenant, il faut agir sur la question du pouvoir d'achat, sur la question de la sécurité, par exemple.
Alors ce nouveau cap politique, c'est ce qu'on a entendu dans les voeux peut-être ? La fermeté, l'autorité, le réarmement civique, la fierté ?
Je le souhaite, je le souhaite. Pour autant, je vous le dis, ça fait 7 ans maintenant qu'Emmanuel Macron est président de la République, ces grands effets de communication, on les a souvent eus. Ils n'ont jamais été suivis d'effet. Donc il faut espérer que ce soit le cas en cette année 2024. Moi, pour l'instant, j'y crois moyennement.
Pourquoi ? Parce qu'il n'y a plus d'énergie dans le macronisme ? Parce qu'il n'y a plus de France macroniste derrière le président ?
Je crois qu'il n'y a jamais eu de France macroniste en réalité. Et on voit bien qu'on arrive à la fin du en même temps. Et vous savez, la période qu'on a vécue au mois de décembre, notamment sur cette loi de migration, montre que là, en même temps, c'est terminé. Les Français ne veulent plus du droite et de gauche, du en même temps, des choses qui, finalement, sont de la communication et où il n'y a pas d'effet. Je pense que les gens veulent des décisions fermes et assumées. Et c'est pour ça, d'ailleurs. Je vous l'ai dit tout à l'heure que, pour l'instant, le Premier ministre Attal a plutôt une bonne image. Parce que, sur quelques sujets, je pense notamment à la Baya, il a tranché.
Notamment dans l'électorat de droite. Il a une bonne image. Quand vous êtes dans votre circonscription, quand vous êtes à Belfort, les gens vous en parlent et vous disent « Ah, lui, Attal, pas mal ! »
Non, objectivement, jusque-là, non. Depuis l'annonce d'hier, j'ai plutôt des bons retours, c'est vrai. Je le reconnais. Jusque-là, on ne m'a jamais parlé du Premier ministre Attal.
Comment allez-vous vous opposer à Gabriel Attal ? Parce que vous allez rester dans l'opposition.
Oui, mais nous, on va rester sur notre ligne. Vous savez, depuis le début du mandat de juin 2022, on a été sur une opposition dite constructive. C'est-à-dire qu'il y a certaines lois qu'on a accompagnées parce que c'était des bonnes lois. Et quand c'est une mauvaise loi, on s'y opposait très fermement. Et on restera des opposants très fermes, mais qui savent aussi voter des lois lorsqu'elles sont bonnes pour la nation.
Gabriel Attal a assumé son homosexualité, dont il ne fait aucun état là. Je veux dire, il n'a pas mis sa vie privée en avant depuis qu'il est au gouvernement. Est-ce que dans votre électorat, il y a encore des gens pour qui c'est un problème ?
Je n'ai pas l'impression que ce soit un problème pour grand monde aujourd'hui. La société a changé ? Oui, je pense que la société a profondément changé. J'ai vu qu'il avait fait l'objet de quelques attaques à ce sujet-là. Mais globalement, on imagine bien que par rapport à les quelques années, c'est totalement différent. Et heureusement. Et d'ailleurs, c'est aussi très heureux qu'il puisse être Premier ministre sans le revendiquer, sans en être un militant. Parce que ça veut dire que c'est devenu quelque chose de normal.
C'est une leçon globale pour les politiques qui, pendant les décennies précédentes, aimaient bien remplir les pages des magazines People. Il faut désormais être plus discret sur sa vie privée ?
Je le pense. Je pense fondamentalement qu'on attend d'un homme politique, qu'on attend d'un homme d'État, qu'il agisse concrètement pour les Français et non pas qu'il soit à la une des magazines toutes les semaines.
Alors, on a très peu d'éléments sur le gouvernement qui est en train de se constituer. On a une volonté affirmée, c'est un gouvernement resserré. 15 ministres, il y aurait des secrétaires d'État en plus plus tard. Vous y croyez ?
Non, je n'y crois pas parce que c'est annoncé à chaque fois.
Même à droite, on l'avait promisamment.
Pour le coup, c'est annoncé à chaque fois. Et puis, en plus, il y a une réalité, c'est qu'aujourd'hui, le président est en majorité relative. Il faudra contenter un peu François Bayrou, un peu Édouard Philippe, un peu le groupe Agir. Donc, en réalité, resserrer, ça veut dire faire beaucoup plus de mécontents que d'heureux. Donc, j'ai du mal à y croire aujourd'hui.
Et puis, il faut contenter les Français. Les anciens combattants veulent un ministre, les agriculteurs veulent un ministre, etc. C'est la société française, peut-être, qui demande ces gouvernements pléthoriques pour être au chevet de tout le monde ?
Je crois que c'est les mauvaises habitudes que la classe politique a données à la société française. Parce qu'en réalité, prenons le cas du droit des femmes. Donner un ministre de plein exercice n'est pas mieux que d'agir concrètement pour lutter contre les violences faites aux femmes, pour lutter contre le manque d'égalité qu'il peut encore y avoir dans notre société. Mais aujourd'hui, on va avoir un effet d'annonce qui dit, regardez, j'ai mis un ministre de plein exercice, même si derrière, il ne fait rien.
Alors, on a très peu d'éléments, mais on a quand même quelqu'un dont on sait qu'il va rester à son poste, c'est Gérald Darmanin. Parce qu'il s'est autoprolongé, il l'a déclaré lui-même. Ça vous a surpris ?
Je crois que ça a surpris tout le monde. La réalité, en plus, c'est que tout le monde s'attendait à ce que le ministre de l'Intérieur soit prolongé, parce qu'on a quelques mois des Jeux Olympiques qu'il a préparés lui-même. Donc, c'est évidemment naturel qu'il reste à son poste. Et moi, je trouve que c'est plutôt une très bonne chose. Par contre, ça pose déjà des questions politiques pour le Premier ministre, parce qu'on a un ministre qui s'est autodésigné.
On est donc dans le rapport de force entre ces grands caïmans du gouvernement. C'est donc la succession de Macron qui se joue aussi avec cette arrivée de Gabriel Attal ?
Oui, parce qu'on sent bien qu'on est à la fin du macronisme qui n'était incarné que par un seul homme, le président de la République, en personne. Et aujourd'hui, vous allez avoir une guerre de succession qui va sans doute rendre très difficile pour eux cette fin de mandat.
Cette guerre de succession, elle vous concerne aussi, vous, les LR, parce que vous avez du mal à présenter aux Français un présidentiable en ce moment qui fasse l'unanimité. Donc, peut-être qu'une partie de votre électorat va dire Attal, pourquoi pas ? Edouard Philippe, pourquoi pas ?
Peut-être. Mais tout l'enjeu pour nous est d'incarner une opposition crédible et surtout d'incarner une force d'alternance pour 2027 avec un vrai projet à présenter aux Français. Et il faudra deux choses. D'abord, l'homme ou la femme de la situation. À mon sens, c'est aujourd'hui Laurent Wauquiez, très clairement. Mais aussi un projet à présenter aux Françaises, aux Français.
Ce projet, les LR devaient le construire par des tables rondes, des colloques, des rendez-vous. Et on a l'impression que ça a du mal à venir. Pourquoi ?
Je n'ai pas d'accord entre vous ? Non, je pense qu'au contraire, ça avance très bien. Regardez sur la loi de l'immigration, les Républicains ont été remis au centre du jeu. À la fois au Sénat, où nos sénateurs ont très bien travaillé, ont considérablement amélioré le texte du ministre de l'Intérieur. Ensuite, à l'Assemblée, on a su se présenter unis pour faire valoir nos revendications et nos propositions pour la France et les Français. Et maintenant, ce qu'on a réussi sur l'immigration, tout l'enjeu est de le réussir sur les autres thèmes, et notamment le thème économique et pouvoir d'achat, qui est le premier sujet des Français.
De ce côté-là, le bilan de Bruno Le Maire, qui vient des LR, est-il positif quand même à vos yeux ? A-t-il bien défendu l'économie française ?
Non, non, parce que globalement, je vois tous les jours chez moi, dans ma circonscription, des gens qui ne s'en sortent pas, des gens qui ne s'en sortent plus, et surtout des gens, vous savez que c'est mon cheval de bataille, mais des gens qui travaillent, et qu'aujourd'hui n'arrivent plus... Alors évidemment, ils ne partent plus en vacances, mais ça, ça fait des années, et en plus, ils n'arrivent plus à finir les mois correctement. Et je crois que tout l'enjeu des prochaines années est de redonner du pouvoir d'achat à celles et ceux qui travaillent pour faire retriompher le mérite, qui est pour moi la valeur cardinale de la droite.
Cette récompense pour le travail, cistana, donner moins à ceux qui sont dans la cistana pour récompenser ceux qui travaillent ?
Moi, je suis convaincu que Laurent Wauquiez avait raison avant tout le monde, et c'est aussi pour ça que je le soutiens fermement pour les prochaines échéances. Vous avez aujourd'hui, effectivement, des gens qui travaillent, qui ne s'en sortent plus, notamment parce que le coût de notre modèle social est beaucoup trop élevé. On ne peut pas aujourd'hui imaginer que quelqu'un qui travaille ne gagne pas mieux sa vie que quelqu'un qui reste à la maison.
L'AME, l'aide médicale d'État, doit faire l'objet d'un texte spécifique, c'était l'engagement d'Elisabeth Borne. Là aussi, vous serez les LR intransigeants pour qu'on récupère de l'argent ?
Oui, mais c'est aussi un enjeu de société de savoir qu'est-ce qu'on peut permettre dans notre pays. Et il y a vraiment un vrai sujet sur l'histoire du fameux panier de soins. C'est les soins qui sont remboursés aux étrangers en situation irrégulière qui bénéficient de l'AME. Et on ne peut pas aujourd'hui tolérer que certains étrangers en situation irrégulière soient mieux soignés que certains Français.
Vous pensez quoi ? A des soins dentaires ? A des soins sur les yeux ? A des soins esthétiques ?
Mais tous les soins qui ne sont pas d'urgence, tous les soins qui ne sont pas vitaux, tous les soins qui ne permettent pas de soigner en fait une maladie.
Laurent Wauquiez a ouvert aussi une ligne de front pendant les vacances. C'est contre Pierre Moscovici qui avait des chiffres sur l'immigration, notamment sur les OQTF, les obligations de quitter le territoire français, puis qui a décalé la publication d'un rapport pour ne pas troubler votre débat parlementaire. Mais c'est logique que des magistrats ne viennent pas se mêler du législatif.
Non, ce qu'a fait Pierre Moscovici est clairement une honte. La Cour des comptes avait des chiffres qui nous auraient permis en tant que parlementaires d'éclairer le débat parlementaire. Il a choisi par idéologie de décaler la publication de ce rapport et je pense que c'est vraiment très grave ce qu'a fait Pierre Moscovici parce qu'il vient décrédibiliser le travail de la Cour des comptes et moi je pense que Pierre Moscovici doit partir.
Partir, c'est-à-dire démissionner ?
Oui.
Et vous le direz à l'Assemblée quand les débats reprendront ? Éventuellement quand on reviendra sur l'immigration si le Conseil constitutionnel vous y oblige ?
Je le redirai sans aucun problème, oui.
Les Européennes, c'est l'horizon électoral. La nomination de Gabriel Attal, pour vous, c'est aussi un acte dirigé contre, évidemment, Jordan Bardella, mais aussi ce que les LR pourront proposer ?
Je ne sais pas si ça s'inscrit dans ce cadre-là. En tout cas, les Européennes, il faut bien expliquer le contexte aux Français parce qu'aujourd'hui, vous avez dans les sondages le Rassemblement National et Renaissance, les macronistes, on va dire, au niveau européen, ça ne se joue pas comme ça. Au niveau européen, ça se jouera entre la gauche et la droite. La droite, c'est le PPE et le PPE, c'est les Républicains. Donc est-ce que les Français veulent que l'Europe bascule à gauche ? Sinon, il faut qu'ils votent pour les Républicains qui viendront renforcer le groupe du PPE.
Et ce sera, François-Xavier Bellamy, votre tête de liste ou le match est encore ouvert ?
Je pense que ce sera... Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais je pense que ce sera François-Xavier Bellamy qui, pour moi, est une très bonne nouvelle. Il a fait du bon travail lors du mandat actuel de député européen. C'est quelqu'un qui a défendu les valeurs de la France et qui a obtenu beaucoup plus de résultats que les têtes d'affiches qu'on présente ailleurs.
Tout le monde en convient. Il a bien travaillé. Néanmoins, il est marqué très à droite. Est-ce qu'il ne va pas doublonner et vous empêcher de récupérer des électeurs de droite macronistes déçus ?
L'enjeu, c'est aussi d'avoir une liste qui ne représente pas qu'une seule ligne idéologique. D'avoir une liste variée qui présente aussi du renouvellement et d'avoir une liste qui ait un vrai message envoyé aux Français.
Le débat sur la fin de vie va animer ce premier trimestre. Quelle sera votre position ?
Je pense en tout cas que les Français attendent qu'on avance sur ces questions-là. Et chacune, chacun a dans sa famille un cas qui fait qu'on a une idée sur cette question-là. Donc, il va falloir y aller très sereinement parce que c'est évidemment un débat qui va de nouvelle fois fracturer la société. Donc, il va falloir qu'on travaille très consciencieusement sur ce sujet-là. Mais ma conviction profonde, c'est qu'il faut qu'on avance plus loin sur ces questions-là.
Vous êtes parmi les audacieux. C'est rare à droite.
Je ne sais pas si je suis audacieux. Je ne sais pas si c'est rare à droite. Mais je vous remercie pour le compliment. Et il y aura liberté de vote ? Oui, il y aura liberté de vote. Sur tous les sujets, on va éterner à la liberté de vote. Et en tout cas, sur les sujets de société, totalement.
Yann Bocard, merci.
Bonne journée. Merci beaucoup Christophe Barbier. Demain, 7h45. Votre invité sera Patrick Vignal, député Renaissance de la 9e circonscription de l'Hérault.
Ian Boucard