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Podcast / conversationLa France insoumise (sur YouTube)· 22 août 2026 81 minAutoproduitPortrait personnelCulture, médias & sportAgriculture & alimentationInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Grand entretien avec Pierre Lemaitre | #Amfis2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 56 %Attaque 30 %Défensif 13 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Quel sens ça a pour toi d'être ici à Nosphis 2026 ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    Tu revendiques le terme de littérature populaire. Qu'entends-tu par là ?

  • 8:00OuverteRéponse directe

    Peux-tu revenir sur la méthode que tu emploies dans ton écriture ?

  • 12:00OuverteRéponse directe

    Comment choisis-tu la forme de la saga pour tes romans ?

  • 16:00OuverteRéponse directe

    Tu parles de sacralisation de l'auteur. Comment la combats-tu ?

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Quels sont les enjeux de la concentration éditoriale pour la culture ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:00Pierre LemaitreFait
    « Je soutiens la candidature de Jean-Luc Mélenchon depuis 2012. »
  • 0:10Fait
    « On va faire des échanges, hein. On va pour remembrer, c'est pour faire des parcelles plus grandes, et ben on va on faire des échanges et donc on se lance dans un truc sur le coup, les paysans, ils sont d'accord hein, disent "Bah ouais, c'est quand même mieux si au lieu de cavaler avec mon tracteur ou avec mes vaches pendant 1 km pour aller faire un boulot, je l'ai à côté de la maison, bah en fait, ça répondait à un besoin." »
  • 0:30Fait
    « ils sont en train de tisser la la toile des pollueurs de la FNSEA, hein. C'est en fait on est dans le début d'une agriculture massive hein, expansionniste, industrielle »
  • 2:30Chiffre
    « un journal qui pouvait tirer à 700000 800000 exemplaires par jour, 5 6 7 éditions par jour »
  • 3:30Fait
    « la vérité est un fait parmi d'autres, c'est une donnée parmi d'autres hein. Elle a pas plus de statut explicatif qu'autre chose »
  • 5:30Fait
    « la littérature est une espèce de machine à décrypter le réel »
  • 10:30Fait
    « ce que il y a 30 ans on appelait des mesures de gauche sont aujourd'hui censé être de mesures d'extrême gauche »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Et bien écoutez, bonjour à toutes et tous. Merci d'être avec nous pour ce moment qui me fait particulièrement plaisir parce que c'est vraiment à la fois un immense honneur mais beaucoup de choix d'être chargé de ce grand entretien avec un grand homme. Il va pas aimer que je dise ça mais si si ça va avec voilà ça va.

Bon bah très bien. J'ai pas de micro. Euh si je p ça marche.

Vous l'entendez ? Vousz ? Vous l'entendez dire c'est bon c'est Ouais c'est super.

Alors euh, est-il besoin de le présenter ? Je le fais quand même, c'est l'exercice. Mais donc nous avons l'immense honneur d'accueillir avec nous Pierre le maître à ses amphis.

C'est bien parce que là on a de la concurrence donc Ouais. Ouais. Il faut, il y a les autres salles qui applaudissent donc il faut y aller quoi.

Euh et donc immense honneur Pierre Lem, c'est peut-être c'est ce qu'on appelle dans le langage courant un bestseller, un vendeur d'un grand nombre de livres, mais c'est surtout voilà un auteur qui nous accompagne à la fois dans par ses œuvres mais aussi par les combats et les prises de parole qui sont les siennes. Et c'est donc vous le savez l'auteur d'un très grand nombre de livres qui a notamment reçu des prix puisquil est bon temps de quand même rappeler les prix. Donc Pierre Leemre a reçu le prix concours pour revoir là-haut et et c'est parfois un peu moins connu mais aussi euh le prix le un César euh de l'adaptation puisque de la meilleure adaptation cinématographique puisque ce même roman Au revoir là-haut a été adapté euh par Albert Duupontel.

Et donc et et par Pierre le maître, donc il est à cheval, voilà, il y a la littérature, mais il faut pas oublier aussi qu'il y a cette participation cinéma. Euh et l'auteur d'un très grand nombre de de romans, des romans noirs, mais aussi et c'est sans doute pour ça qu'il est le plus connu de très grandes et très belles sagas. Euh il a d'ailleurs remis un peu ce genre à à l'honneur.

On en on en parlera euh peut-être pour juste pour commencer cet entretien. On a on a 1h3 ensemble. Donc on va pouvoir aborder plein de sujets et surtout ce que tu veux aborder toi.

Euh mais peut-être commencer par euh en même temps que je te remercie d'être là, te demander quel sens ça a pour toi d'être ici euh à Nosphis 2026. Alors euh d'abord ça, pardonnez-moi de vous le dire comme ça mais ça a un sens un petit peu habituel. Je suis jamais venu ici mais je soutiens la candidature de Jean-Luc Mélenchon depuis 2012 là.

Alors faites pas ça. La plupart d'entre vous n'étaient pas nés mais enfin euh mais pour ceux qui étaient déjà nés, sachez que moi aussi je l'étais. Voilà.

Et que donc je soutiens la la France insoumise depuis le début, euh Jean-Luc Mélenchon depuis 2012 et que là on se trouve euh je suis jamais venu aux Amphi, on m'avait encore jamais invité hein. Mais non mais c'est pour rire, tu sais bien. C'est pour rire.

Non, c'est pour rire. Euh non, en fait, on se trouve là quand même devant un moment historique, hein. C'est dans dans mon dans mon idée, on est là devant euh j'ai envie de dire que c'est une ultime chance, hein.

On est au seuil d'un basculement euh écologique, on est au basculement euh politique euh et donc euh on a Qu'est-ce qui se passe ? C'est à moi que vous faites si Excusez-moi. Non, d'accord.

OK. Euh non, j'ai cru que vous n'entendiez pas, pardonnez-moi. Euh donc, on est de devant un devant un moment historique et donc je pense que là, on a besoin de toutes les énergies.

Alors bon, moi j'amène la ma pierre en tant que romancier. Je suis ni historien, ni militant, ni activiste. Je suis un citoyen engagé.

On parlera de mes livres et j'essayerai de d'expliquer mon engagement à travers ma production, le éditoriale, si ce n'est littéraire. Et donc il y avait une certaine logique à ce que la France insoumise me demande cette année de venir et il y avait autant de logique pour moi de de d'accepter de le faire, de le faire avec plaisir et avec beaucoup d'enthousiasme. Voilà.

Et pour nous aussi, ça a un sens tout à fait particulier parce que on tient à ce que ces enfis soient à la fois des moments euh d'échange, d'échange politique, de d'échanges de points de vue, de de travail intellectuel aussi. et puis euh de bouillonnement culturel, on le formule un peu comme ça et vous aurez remarqué que les arts et la culture sont à l'honneur à la fois euh voilà de façon aussi bien aussi bien sur scène ici aux amphis aussi bien les expositions, le salon du livre, les enfin je le salon du livre c'est pas un salon, c'est le l'espace du livre mais j'aime bien l'appeler notre salon du livre avec des dédicaces avec voilà la présence des œuvres et et de leurs auteurs, mais aussi avec ces échanges là parce qu'on considère que les artistes ont des choses choses à nous dire et on salue aussi ceux qui ont le courage de s'engager parce que c'est parfois ça coûte ça ça peut coûter cher ou en tout cas il faut assumer de le faire surtout dans un moment où on demande beaucoup aux artistes d'être neutre et de ne de ne rien penser de ne rien dire. Alors justement comme le but c'est aussi ce bouillonnement culturel, moi j'avais envie de commencer par voilà des questions vraiment sur tes tes œuvres, ta littérature si tu le si je peux répondre.

Oui. Et notamment le fait que tes tes œuvres sont présentées comme des romans populaires, de la littérature populaire. Moi ce terme de populaire, il m'intéresse.

Il nous est cher à la France insoumise. On sait comment il est manié par les dominants ce terme de populaire est toujours un petit peu un petit peu emprunt de de mépris, toujours un petit peu dépréciatif. Alors si c'est populaire, c'est suspect, ça sent pas très bon le peuple évidemment.

On aimerait bien parfois d'ailleurs, on a l'impression qu'on a des gouvernements qui aimeraient bien parfois changer de peuple quand le peuple est pas d'accord avec eux sur la réforme des retraites ou sur autre chose. Donc on sent bien que populaire c'est pas forcément une bonne expression. Toi je crois que tu tu l'acceptes, tu la revendiques cette cette expression. tu vas nous dire ce que tu entends par là.

Oui. Alors, tu as raison Sarah de dire que non seulement je l'accepte mais en même temps je la je la revendique. C'est même plus que ça.

Alors en fait dans le cas de la du de la littérature, c'est un tout petit peu particulier parce que en même temps les les contempteurs de cette littérature ont partiellement raison. Alors je vais essayer d'expliquer ça. Il faut mesurer les choses un peu finement.

Il faut essayer d'éviter d'être dans les slogans un peu définitifs. Essayer de mesurer ça euh voilà à à l'ône de de l'expérience de ce qui la l'édition française. Euh alors anecdote pour anecdote, euh lorsque j'ai le prix concours en novembre 2013, euh les journalistes demandent à Bernard Pivot qui était pas encore le le président mais qui allait l'être l'année suivante.

Euh ben alors qu'est-ce que vous avez donné le prononcours à Pierre le maître ? Il dit "Oui, nous avons couronné un grand roman populaire et puis làdessus il se barre. Alors les journalistes sont retournés vers moi en disant qu'est-ce que ça veut dire ?" Je dis mais c'est pas moi qui l'ai dit, c'est lui.

Mais il est parti. Et alors après je lui dis "Écoutez Bernard gentil, enfin vous me laissez le boulot." Et donc j'étais bien embêté parce que j'avais pas attendu ça.

C'est un petit peu inattendu cette idée de littérature populaire. Donc j'ai un petit peu improvisé puis après j'ai essayé de réfléchir. pour essayer d'être mesuré.

Euh quand je dis que le terme de littérature populaire peut-être un peu critique, ça veut dire que il y a effectivement une partie du monde éditorial euh une partie de la production éditoriale qui est une production euh démagogique, une production facile où on ratisse large avec le moins de mots possibles pour plaire, pour séduire une population qui est généralement pas une population de très grands lecteurs. Bref, on a quand même, on le voit là par exemple avec la femme de ménage, mais on le voit à peu près, on le voit à peu près n'importe quand avec beaucoup de livres que c'est pas non plus totalement faux de poser la question du rapport entre la qualité et la quantité, la qualité des livres et la quantité qu'ils ont vendu. C'est pas absurde, hein.

L'expérience nous montre qu'effectivement vous avez des des bestsellers mondiaux qui sont des livres relativement médiocres et de très bons livres qui ne trouve pas de lectorat. Bien, une fois cela étant dit, après le problème c'est de jeter le bébé avec l'eau du bain, c'est-à-dire de considérer que du coup, comme on a dit ça, tout ce qui est vendeur est par définition frappé de suspicion et que au fond le la quantité de livres indexe forcément la mauvaise qualité de de des livres. Donc en fait, vous voyez euh c'est pas totalement faux.

Ce qui est faux à mon sens, c'est la généralisation. Bien. Alors une fois que j'ai j'ai dit ça, j'essaie de voilà de faire en sorte que le que le débat soit posé en terme, je dirais d'équité.

Euh euh parler d'une littérature populaire euh en étant un petit peu condescendant, bon c'est c'est jamais bien d'être condescendant, mais on peut comprendre que quand on est un auteur qui sait, je pense à beaucoup de mes collègues, beaucoup de mes confrères et de mes consœurs qui se battent pour faire une œuvre. Bon, c'est vrai que voir passer les plats avec des centaines de milliers de lecteurs qui viennent s'agglutiner sur des productions euh euh minable, euh c'est vrai que voilà, c'est un peu cruel sans compter que c'est culturellement scandaleux. Bien, une fois qu'on a dit ça, la grande question c'est "Dans mon cas Ah bah oui oui oui je ou en tant qu'auteur pas minable.

Oui, mais bon, c'est elle qui l'a dit, hein. Voilà. Bon, enfin, on a répété, on a répété.

Bon, non, en fait, dans mon cas, qu'est-ce que ça voulait dire ? Et là, très franchement, j'ai mis j'ai mis du temps à essayer de de comprendre la raison pour laquelle mes livres avaient du succès. Euh alors, moi, j'avais cette chance d'être légitimé par le prix Goncour qui est le plus euh le le plus voilà le plus vendeur des titres et puis le plus légitimant. hein.

Donc on pouvait pas trop me taxer de de faire de la mauvaise littérature. On pouvait on pouvait dire "Je n'aime pas vos livres mais c'était moins facile à moi de dire vos livres sont mauvais." Mais n'empêche que quand vous en vendez beaucoup, vous devez forcément vous interroger pour savoir qui vous achète, qui vous lit, pourquoi on vous lit et puis pourquoi on continue de vous lire.

Voilà. Alors moi mon mon approche c'est très prudent, très très prudent. J'espère que vous entendrez.

Je vais mettre plein de guillemets, j'espère que vous les entendrez au au fur et à mesure. C'est que euh pour moi une littérature vraiment populaire, c'est une littérature fédératrice. Fédératrice entre plusieurs couches de public, entre plusieurs strates de public, entre plusieurs attentes de différents publics.

Un livre qui se vend beaucoup s'il n'est pas fait pour être démagogiquement le livre qui plaît à tout le monde. Et s'il est fait avec un petit peu d'exigence et qu'il réussit, c'est dans mon esprit l'idée que il a réussi à dépasser la clientèle he lectorat pour lequel il était destiné pour toucher d'autres lectorats. Alors je vais essayer de le comme ça c'est très abstrait, ça a l'air d'être très intellectuel, je vais essayer de de l'illustrer.

Mes livres, je prends l'exemple de revoir là-haut parce que euh d'abord parce que c'est le premier de la série et puis parce que c'est un livre qui a été beaucoup donné dans les collèges, dans les lycées. J'ai même appris il y a pas longtemps qu'on l'a donné à l'agrégation d'anglais. Dis donc !

Ouais. Al moi qui Oh là là, je suis désolé. Voilà.

Ou oui. Non mais je sais que tu as commencé à me haï il y a longtemps si fa Bon. Non puis alors de la part de quelqu'un comme moi qui suis très snob, je ne parle aucune langue étrangère.

Ça me fait un plaisir immense. Tu l'imagines ? Bon voilà.

Non. Alors au premier degré du texte, c'estd au degré de l'histoire de des personnages, l'aventure des personnages. Et si tu veux bien Sarah, on reviendra peut-être tout à l'heure sur cette question de roman de roman d'aventure.

Mais au niveau de l'aventure, qu'est-ce qui se passe pour Albert Mayard ? Qu'est-ce qui se passe pour Édouard Pericour ? Comment ils vont sortir de la NAS ?

Ça c'est un truc qui peut plaire à des publics jeunes et moins jeunes. On peut aujourd'hui à mon âge je lis encore du et je trouve encore beaucoup de plaisir. Donc on peut très bien au premier degré de l'histoire lire au revoir là-haut et trouver du plaisir quel que soit son âge.

Mais ça veut dire qu' aussi à 13 ans, 14 ans, 15 ans, on peut le lire comme un roman d'aventour d'aventure. Au deuxième cercle, il y a ceux qui peuvent se dire bah ce qu'on va essayer de décliner ici tout à l'heure, qu'est-ce que le livre veut dire au-delà de l'aventure des personnages ? quel est le propos social politique qui est porté et qui est sous-jacent.

Et donc là, il y a une deuxième strade du public. Ceux qui ne se contentent pas, c'est pas péjoratif hein, mais qui ne vont pas s'arrêter au simple plaisir de la lecture, mais qui vont profiter bah pour prendre un petit peu de recul sur la manière dont ils ont abordé le livre. Et puis il y a une une 3e euh 3e strate, je pourrais dire, c'est là euh des lecteurs plus euh j'ai envie de dire comment dire un un peu différents, ceux qui vont s'apercevoir que ici il y a il y a une citation de Prou, qu'ici il y a une petite parodie de Zola, que ici il y a euh un clin d'œil à à Stendal ou ou voyez ou à Madame de Stal ou voilà.

En fait, je mon idée c'est qu'aucun de ces publics ne doit exclure les autres. C'est-à-dire que le public de ceux qui vont reconnaître la petite phrase de Prou, ça va les amuser, c'est un clin d'œil, mais ils vont pas penser pour autant qu'ils sont plus intelligents que les autres et ils ont le même plaisir à leur niveau. Et donc moi, il me semble que un un roman populaire, c'est celui qui doit prendre le mot populaire dans le meilleur sens du terme.

Vous remarquerez au demeurant que souvent cette critique vient de la gauche. Euh non, non, mais je je le dis très sérieusement. Je moi je bon je lis libé comme vous.

Voilà, je suis abonné comme je Mais non mais mais je mais je le je le mais je le fais quand même. Mais je suis comme vous. Je suis comme vous.

Je le regrette et je je et je m'en cache sauf entre amis. Bon mais bon voyez ce sont des gens qui pensent que populaire enf c'est ce que je disais. Vous savez l'autre jour je disais pour eux il faut être hongrois ou mort.

Allez bon donc moi comme je suis ni l'un ni l'autre, j'ai beaucoup de mal à tirer mon épingle du jeu. Bon donc en fait pour eux la littérature populaire c'est éminemment péjoratif. Bon, donc en fait, il y a il y a une idée derrière qui est la conception qu'on a du peuple, hein.

Et moi, la conception que j'en ai à travers mes livres, c'est de penser que le peuple, c'est toutes les strates du peuple et qu'elle va dans mon cas, dans ma littérature, hein, je je parle que pour moi et pas pour les autres, dans mon cas qui va depuis le collégien jusqu'à un un un enf un lecteur ou une lectrice un petit peu plustrée qui va décrypter le le livre autrement. Et moi ce qui m'intéresse et c'est c'est de parler au plus grand nombre, mais non pas pour faire plaisir au plus grand nombre, mais parce que j'essaie d'écrire des livres qui s'adressent à tous les publics et parce que c'est mon plaisir de le faire ainsi. C'est pas parce que je veux vendre des livres que je mets une citation de prou.

J'ai envie de même dire ça serait même un peu contreproductif pour être pour être tout à fait honnête. Bon mais donc c'est pas pour ça mais c'est parce que c'est ma manière d'être, ma manière de vivre et ma manière d'écrire. Je c'est clair.

Oui, très très clair. Et de travailler, c'est-à-dire que du coup ce que tu nous montres là, c'est que la question du populaire, la question de fédérer le peuple qui nous nous parle en tant qu'insoumis, c'est c'est une question exigeante en fait. C'est un travail, c'est une méthode quand tu dis voilà c'est ma je le fais pour mon plaisir mais aussi pour par travail.

Et peut-être que tu peux revenir sur cette voilà la la méthode que tu emploies. Peut-être on peut parler aussi de la question de la forme parce que choisir la forme de la saga, c'est te placer à la fois dans la marginalité par rapport au 21e siècle parce que c'est une forme qui est sans doute vue comme des en même temps c'est te placer dans des héritages qui sont tout sauf marginaux et surtout pour nous hein. L'héritage balsacien, l'héritage de Zola, l'héritage aussi de bah de Hugo par cette question de l'aventure, du personnage, de l'aventure dans un siècle.

Euh voilà ce choix de la forme et tu tes tues comment ton écriture, comment ton travail artistique ? Et moi j'aime bien revenir sur cette question-là parce que il y a un enjeu politique à parler de travail artistique, à ne pas faire des artistes des espèces de personnes en dehors du monde du travail. Voilà, si tu peux nous revenir sur sur ça.

Ouais. Bon, je suis content qu'on est jusqu'à minuit parce que là, ça aurait été un peu court mais bon là maintenant on a on a le temps pour s'expliquer. Je pense que pour répondre à ta question peut-être on peut le faire en en en deux en deux temps.

Il y a la question de la méthode là, c'est si ça vous intéresse de savoir comment ça se passe dans l'arrière-cuis hein de d'un livre, comment on construit un livre, comment voilà, ça c'est une première chose. Et puis après, il y a une deuxième chose qui est le statut de l'écrivain, hein. On en parlait un petit peu tout à l'heure avec Sarah.

Voilà le le statut, la sacralisation de de la littérature contre laquelle je m'élève moi depuis que je depuis que je publie. Alors, je vais essayer de dire un petit mot de ces deux de ces deux pans et si j'oublie d'aborder le deuxième, tu es là pour me pincer et cetera parce que je suis voilà voilà, je suis d'un âge assez avancé. J'oublie maintenant des choses.

Bien. Alors, d'abord la question de la de la méthode. Alors, la question de la méthode euh tu as raison de de parler de saga, mais j'ai envie de te dire c'est pas tellement la saga qui va, j'ai envie de dire, caractériser un peu cette suite là, c'est plutôt le roman feuilleton, hein.

Du point de vue de la forme, hein, je reviens sur les questions que tu que tu poses. Alors évidemment, tu as raison, c'est une saga au sens où vous rappelez hein, la saga c'est ça ça vient de la he ça vient de l'Islande hein. La saga c'est c'est pas une histoire de famille hein.

La saga commence à partir du moment où dans une histoire de famille vous avez une succession de génération. Bon donc en fait vous avez des romans familiaux qui sont pas du tout des sagas même s'ils font 18 hommes et vous avez des romans, je pense au Budden Brock de Thomas Man, par exemple qui en un seul volume balayent trois générations de de Buden Brock. Bien, donc là on peut dire que le premier n'est pas une saga mais le second l'it.

Donc en fait la la quantité de de livres euh ne n'indexe pas le fait que ce soit ou pas une saga. Moi euh en fait j'ai je suis élevé euh j'ai été élevé par les grands romanciers du 19e, hein. Euh quelqu'un a dit "Le maître c'est un écrivain du 19e qui parle du 20e adressé à des lecteurs du 21e." Voilà.

Alors moi, être un auteur du 19e à mon âge ça m'a un peu vexé quand même hein, voyez. Bon mais bon, à la limite je je veux bien l'accepter parce que sur ce chemin-là, je rencontre des des gens qui qui ont fabriqué ce que je ce que je suis. Et quand j'ai commencé euh euh ce ce feuilleton alors qui commençait, tu as raison, par une saga.

Je me suis dit, je vais écrire l'histoire de la famille Pellier. J'essaie de pas en dire trop parce que si vous avez pas lu tous les livres, il y a des surprises. Voilà hein.

Voilà hein. Euh je me suis dit je vais faire un roman feuilleton. C'est-à-dire en fait je vais découper mes livres sur la rythmique du roman feuilleton.

Et alors tout le monde m'a dit mais là ça marchera pas du tout. D'abord la saga plus personne en veut. La dernière peut-être je sais pas peut-être la la chronique des pastiers hein de de du Hamel et tout ça.

Bon c'est très vieillot les gens veulent pas de ça et cetera. Puis alors le roman feuilleton, c'est complètement con parce que en fait personne n'en veut, tu vois. Dans les journaux, il y en a plus.

De ton temps, c'est aimable de ton temps, dans France soir, il y avait un roman feuilleton qu'on suivait toutes les semaines. Maintenant, ça existe plus et tout. Bah, j'ai dit bah je vais quand même tenter le coup.

Bon, alors notamment, il y en a un, je citerai pas son nom, qui m'a dit "Non, non, on te lance pas dans cette histoire là, ça marche jamais. On parle avec une on part avec une une un bel enthousiasme et puis au deuxème livre, on a envie de faire autre chose. Alors là fait sep livres que je lui envoie régulièrement chacun des livres numéro 1, numéro 2.

Puis je prends mon temps, vous voyez il y a une espèce de délectation. Bon c'est c'est pour rire parce que je l'aime bien hein. Mais c'est vrai que mais personne vraiment n'y croyait.

A commencé par mon éditeur. Mon éditeur quand je lui ai dit bah après là-haut, je vais faire la suite et cera m'a dit "Oh là là ! Oh là là ! pas ça.

Alors, je lui donner le deuxième mais il était convaincu que en fait c'était une réussite. C'était ce qu'on appelle un one shot, le coup de bol. J'étais pas un vrai romancier pour lui.

J'étais un mec qui avait eu du bol. Bon, au deuxième, il m'a dit "Bah, c'est pas mal." En fait, il s'est dit "Peut-être il a du bol deux fois le mec." Bon, OK.

Bon, OK. Bon. Au troisème, il m'a dit "Ouais, c'est intéressant." Je dis "Maintenant, faut que je m'en aille.

Maintenant, faut que je m'en aille parce que tu n'y crois pas." Fondamentalement, tu n'y crois pas. Donc je suis parti, je suis revenu chez Calman Levi qui était la maison dans laquelle j'avais commencé ma carrière et eux ont réussi à sur quatre livres à faire comprendre au lectorat, au libraire, à la presse quel était un petit peu le le sens de ce que j'avais envie de faire.

Donc je ramasse deux deux concepts, la saga et le roman feuilleton qui sont censés, c'est le mot que tu as employé qui est très juste, être désu mais quand même si la saga est un peu désuelle, je veux bien à la limite le le le comprendre, le roman feuilleton, pas du tout. Les séries télé fonctionnent avant tout sur le roman feuilleton. Or, c'est nous les romanciers qui l'avons inventé.

C'est nous qui avons inventé les séries télé. Alors, on veut bien parce qu'on est plutôt des mecs généreux, hein. Voilà.

On veut bien leur prêter le concept mais il faudrait quand même pas qu'il se la se la capare et queon ait plus le droit de l'utiliser. Donc j'ai dit par ici la bonne soupe le le roman feuilleton retour à la maison mère. Bien.

Alors ça c'est la ça c'est la technique la la raison paire là en l'occurrence parce qu'il y a pas beaucoup de femmes qui écrivaient des romans feuilletons au 19e siècle. Quoi que la seule quand même c'est George Sand hein qui publiait quand même beaucoup de ses romans enfin c'était très minoritaire bien. Alors donc surtout qu'elles avaient besoin de prendre des noms d'hommes et puis que personne devait trop leur faire confiance pour écrire.

Elles avaient pas trop le droit d'écrire ni de lire d'ailleurs. On va rappeler. Oui oui oui oui oui oui ou.

Et donc et la deuxième le deuxième aspect le la question de la sacralisation de l'auteur d'ailleurs c'est Ouais. Alors la sacralisation de l'auteur c'est un truc c'est un truc un peu compliqué. mon idée mon idée euh c'est que la sacralisation de l'auteur, elle s'impose vraiment dans le conscient collectif au moment du romantisme, hein.

C'est que le romantisme impose un modèle d'écrivain euh qui est quelqu'un, un être à part, hein. Il est frappé par l'inspiration. L'inspiration, on parle pas de transpiration là, c'est c'est un truc qui tombe, on sait pas d'où, d'où ça vient.

Voilà. Euh donc c'est c'est un être à part et en fait on va beaucoup vivre sur cette idée que c'est pas un métier. On ne devient pas écrivain.

On n'est écrivain ou pas, c'est une question de naissance mais on ne le devient pas. C'est pas une technique, c'est pas un métier. Bien ça.

Je crois que cette idée-là, elle on peut certainement des historiens de la littérature feraient remonter ça à un autre moment, mais à minima du romantisme au 19e siècle français. Euh et ça a imposé, je pense, une vision très sacralisée de de l'écrivain dont les les éditeurs euh ont fait euh bonne fortune parce que euh ça leur évitait de parler de la production littéraire comme d'un travail et donc voyez comme comme d'un revenu. Voilà, on évacuait le rapport de force entre le producteur et et le et le et celui qui commanditait le travail et donc c'était pour les éditeurs un très bon moyen de s'assurer une main mise sur les sur les écrivains.

Nous sommes à part et la preuve c'est que notre relation n'est pas une relation marchande, c'est une relation affective. Alors on entendait plein d'écrivains dire "Ouais, moi c'est pas pareil, je m'entends bien avec mon éditeur, c'est c'est pas pareil, il y a une relation et cetera." Bon, sauf que le le l'écrivain a un éditeur et que l'éditeur, il a 400 mecs et filles qui qui écrivent pour lui.

Donc en fait, c'est une relation totalement disproportionné qui a toujours été économiquement à l'avantage de l'éditeur. Donc cette cette notion de sacralisation, elle a beaucoup servi en partie la grande bourgeoisie à instaurer un une modalité de l'écriture pour dire c'est pas pour vous. C'est vous pouvez être des spectateurs de ça, mais vous ne pouvez pas en être des acteurs.

Et moi, c'est exactement ce qui m'est arrivé. Je je je viens d'une famille du du milieu de des classes moyennes. Ma mère était employée de bureau, mon père était représentant.

Ils ont acheté leur appartement à Drancy en s'endettant pendant 20 ans dans les années 60. Bon voilà, c'est les trones glorieuses et le parcours ordinaire de gens euh des des classes moyennes. Mais mais ma mère euh aimait beaucoup lire.

Elle aurait jamais dit qu'elle aimait la littérature, mais dans les années 50 60, enfin fin d'années des années 50, euh Philippe Aki invente un truc qui s'appelle le livre de poche. Et ça c'est une révolution considérable. le livre de poche.

Euh le le livre de poche sortait un livre tous les 15 jours et ma mère scrupuleusement achetait tous les 15 jours le livre de poche. Enfin, j'étais le seul euh quand je quand quand j'ai commencé ma carrière à pouvoir citer les 300 premiers titres du livre de poche quasiment par cœur, hein. Bon, avec l'âche, ça c'est un peu tassé, faudrait pas me le redemander, j'aurais l'air un peu ridicule.

Mais alors justement, question suivante. Bon euh mais vous voyez euh euh pour mes parents euh je voulais faire du théâtre hein quand j'étais petit, je voulais faire du théâtre. Pour mes parents, ah faire du théâtre, c'était bien.

C'était bien. C'était pas euh c'était pas du tout le le comment dire la réaction bourgeoise qu'aurait eu des des parents bourgeoises de dire non un métier de salet banque, non pas du tout. parce que ils avaient dans leur culture l'exemple de plein de gens qui venaient du peuple et qui avaient réussi. des gens gabins, des pierres brasseurs, enfin c'est des gens que vous ne connaissez pas vous bien évidemment, vous êtes beaucoup trop jeune mais dont vous avez peut-être entendu parler si vous avez un peu de culture.

Bien, c'est pour rirein. Bon, rien parce que voilà euh rien. Euh et donc en fait, si vous voulez, l'idée qu'on pouvait s'élever euh en étant quelqu'un du peuple et arriver à faire une carrière même très valorisante, c'était rentré dans leur dans dans leur chambre.

Donc c'était pas du tout Mais écrivain, c'était pas possible. écrivain, c'était pas possible. Et en fait, je crois que j'ai intégré très tôt le fait que bah il y a des choses qui étaient possibles, des choses qui étaient pas possibles.

Et c'est ce qui fait que j'ai publié mon premier roman à 56 ans. Alors, en fait cette découverte là, je la dois à Bourdieu. Ça doit bourdieu parce que étant adulte quand j'ai eu 35 40 ans j'ai lu Bourdieu qui et c'est ma ma un petit peu mon mon lien avec avec Annie Ernaud c'est j'ai découvert grâce à à à Bourdieu où étaient mes empêchements en fait ils étaient ils étaient inscrits dans dans cette histoire de de champ culturel avec le capital culturel qu'on possédait qu'on ne possédait pas et qui devenait d'un seul coup légitime ou qui ne l'était pas.

Et donc euh c'est ce qui m'a intellectuellement m'a permis de me dire au bout d'un moment bah je tente ma chance. Bon après la chance m'a m'a m'a souri. Mais vous voyez c'est ce qui ce qui est intéressant dans l'idée de la sacralisation c'est que c'est pas simplement euh ne vous en occupez pas, c'est aussi de dire euh c'est pas forcément pour vous.

En fait, ce que la littérature vue par le romantisme et vu par la sacralisation de l'écrivain me disait à moi, petit garçon, des années 50, c'est c'est pas pour toi. Tu peux lire et lis. Lis hein, achète des livres, lis, cultive-toi, mais tu resteras un lecteur.

Tout à fait. Je pense que cette question cette question de la du rôle de l'artiste, de la sacralisation de l'artiste, elle a des répercussions, elle a des motivation politiques, elle a des répercussions politiques. J'en vois plusieurs.

La première, tu l'as tu tu l'as dit, c'est effectivement euh à partir du moment où c'est l'inspiration, c'est sacré, vous l'avez, vous l'avez pas. En fait, ça veut aussi parfois dire votre famille l'a ou votre famille ne l'a pas parce qu'au fond dans ce qui est inné euh parfois en réalité c'est ce qui est hérité familialement hein parce que du coup il y a la question fondamentale de qui a le droit de créer et cette question elle est fondamentale d'un point de vue matérialiste. À qui on donne les moyens de production ? qui a les moyens de produire, qui a les moyens de créer et quel type d'œuvre ça va donner parce qu'évidemment que il y a une il y a une corrélation entre les œuvres qui vont naître et la possibilité pour les personnes de devenir ou non des créateurs, des créatrices.

Et c'est un des enjeux qui est posé actuellement par le sacage de tout le service public de la culture mais aussi de l'éducation culturelle et artistique. enfin dans tu enfin le ce que tu parles de la la question de ce qu'on fait dans les collèges, dans les lycées et cetera euh et la question évidemment aussi la captation euh par euh les milliardaires du champ de la culture et une partie de la culture voilà transformée en industrie. Les milliardaires et et la grande bourgeoisie et la très grande voilà et la grande bourgeoisie.

Voilà donc il y a il y a ce premier enjeu c'est qui a le droit de créer ? Est-ce que est-ce qu'aujourd'hui il faut être fils d'eux pour créer ? Et donc avec cette arnaque fondamentale qui est que avec la sacralisation de l'auteur et la sacralisation de l'œuvre.

Et c'est quoi la sacralisation de l'œuvre ? une propriété, c'est un droit de propriété sur l'œuvre. Donc vous allez toucher des droits, mais toucher des droits sur ton œuvre, ça ne signifie pas que tu vas être euh que ton travail va être reconnu.

Donc ça nous ça fait partie des choses qu'on réfléchit à la France insoumise, c'est la question bah des du statut des artistes auteurs qui en fait passent beaucoup de temps à travailler gratuit finalement et qui euh touche de l'argent qui qui n'est qu'une avance sur les le droits pour qui pourraient être produits par leurs œuvres. Et en fait euh ça pose vraiment une question de précarisation euh énorme et du coup bah au bout d'un moment ça fait aussi un entre soi qui après ils sont les premiers à montrer en disant bah regardez ils vivent tous entre eux et cetera mais parce que vous avez euh réduit considérablement le le le champ de du nombre de personnes qui peuvent en fait accéder à la création. Peut-être tu veux réagir sur Oui oui, je sur ça.

Euh euh comment dire ? Euh il faut bien comprendre euh les phénomènes de mondialisation euh ont ont amené euh des masses de lecteurs importantes sur un très faible nombre de titres. C'est-à-dire hein, il faut bien comprendre qu'il y a une une massification du lectorat sur un nombre de titres très restreints très pour pour dire les choses de manière très très prosaïque.

On connaît hein ces ces ces succès internationaux qui massent énormément. On a on a eu je sais pas Millennium, on a eu Harry Potter, on a eu la la femme de ménage tout tous les tous les quatre ou 5 ans, on a comme ça un phénomène éditorial qui va masser le la population autour d'un très faible nombre de titres. Mais ça, ces phénomènes là sont un petit peu les trompeleœuil parce que en fait ça fonctionne tout le temps comme ça.

Ce qui nous frappe nous, c'est que il en arrive un comme ça seul coup dit ah ben non, depuis Millennium ou depuis Harry Potter, c'était pas arrivé. Mais en fait, ça arrive tous les ans. Mais on se rend pas compte parce que c'est pas toujours aussi évident, aussi massif, aussi spectaculaire, mais c'est un mouvement général continu de massification des lecteurs encouragés par la presse, encouragé par les éditeurs eux-mêmes qui fait que euh on sans le vouloir.

C'est les gens sont pas méchants voulant acheter Harry Potter ou Millennium. C'est pas ça. C'est en fait on ne se rend pas compte que on rentre dans une norme et que si on n' pas lu le livre que tout le monde lit, on a peur de passer pour un con ou pour une endouille.

Bon, donc on on lit beaucoup mais le problème culturel, éditorial, littéraire que ça pose et donc le problème politique que ça pose, c'est que au fond vous avez un très faible nombre de titres qui vont masser globalement le les revenus de l'édition et puis tout le reste va se partager entre un nombre considérable d'auteurs et d'autrices qui vont avoir énormément de mal à publier leur livre et à tirer le épingle du jeu. Donc cette cette ce phénomène de massification qui est dû à la mondialisation notamment, elle elle est un drame pour la culture parce que elle profite à des gens. Moi j'en suis he je fais un privilégié, je vends beaucoup de livres donc je m'adresse là en tant que privilégié.

Il y a une anomalie au fait que il y ait une telle distorsion entre des confrères et des consœurs qui ont du mal à publier leur 2è leur trè livre parce que le précédent a pas beaucoup marché et qu'on dit et qu' l'auditeur leur dit bah on va pas courir le risque une deuxième fois ou une troisième fois. Euh voyez, c'est il y a une anomalie de risque. Ouais.

Voilà. Voilà, il y a une anomalie. Et dans ce que tu dis euh ce que tu appelles massification, moi je parlerai aussi de concentration.

Je trouve que c'est intéressant de montrer qu'il y a une double concentration. Il y a une concentration bon dont tout le monde a bien entendu parler là et puis qui est beaucoup incarnée par la figure de Boloré mais il n'y a pas que lui hein. Il y a quatre euh quatre gros groupes qui concentrent 80 % de des maisons d'édition.

Mais il y a une concentration économique mais il y a aussi une concentration de la consommation. Ce que tu appelles de la massification. C'est-à-dire que finalement, et c'est pareil, c'est ce qui se produit aussi dans les salles de cinéma, ce qu'on constate, c'est que les gens continuent à aller voir des films et cetera, mais ce qui fait la vitalité du cinéma français, c'est que les gens aillent voir une diversité de films, qu'ils aient une consommation, qui qu'ils aillent plusieurs fois au cinéma dans l'année, dans le trimestre et qu'ils aillent voir des trucs différents.

Et là, ce qu'on constate, c'est qu'il y a quelques films, quelques livres qui vont avoir un immense succès et tout le reste qui va peiner à vivre. Et ça, c'est vraiment un élément d'alerte sur nos pour nos politiques culturelles parce que un alerte une alerte sur la diversité, tu as raison. Et c'est la promesse de l'extrême droite hein sûr parce que c'est parce que d'ailleurs c'est l'uniformation des contenus.

Voà voilà, on a entendu quand même cette phrase absolument hallucinante d'un d'un député Eren disant il faut que l'argent public aille à des films qui marchent. Vous voyez, voyez le le le travail intellectuel qui est qui est fait parce que pour beaucoup de gens, mettez-vous un petit peu à la place de l'indécis, mettez-vous à la place des gens qui voilà qui ont pas toujours les voilà le goût ou les ou les moyens d'analyser, d'aller un peu plus loin. La phrase sur le coup, elle est pas scandaleuse.

Vous voyez, c'est dès que vous prenez un petit peu de recul, vous dis c'est une connerie énorme, hein. Mais on peut comprendre que démagogiquement, c'est quelque chose qui peut plaire. Donc c'est ça veut dire que cette lutte là, il faut l'amener pied à pied avec des gens qui pourraient se laisser avoir et gruger par des phrases aussi simples, des slogans qui sont la promesse d'une d'une culture qui va être de plus en plus massifiée et qui va profiter globalement au capital quoi.

Clair, j'allais venir à cette question du capital justement. Euh oui, parce que derrière euh cette notion de prise de risque, moi je la trouve très intéressante aussi parce que qui manie le discours du prise de la prise de risque, c'est euh les capitalistes, les entrepreneurs et cera. Or, qu'est-ce qui garantit euh dans le monde culturel, dans dans la production culturelle et artistique la prise de risque ?

C'est le service public. C'est que c'est le financement public qui vous permet en fait de faire un film que personne n'a jamais vu et dont on ne sait pas si des gens si s'il va marcher ou s'il va marcher dans 10 ans ou dans 15 ans. C'est la politique publique.

C'est pour ça qu'il nous faut une politique publique de la culture parce que si on s'en remet au capital, si on s'en remet au marché pour avoir une politique culturelle, pour faire de l'éducation artistique et culturale, pour faire si on s'en remet au pass culture où il y a justement une absence totale de lien humain qui fait le lien entre les œuvres et bien finalement vous mettez des gens face à des consommations algorithmiques. C'est on dit bah en fait retourne voir ce que tu as déjà vu, connaître ce que tu connais déjà et cetera. Et c'est l'inverse d'une politique culturelle.

La politique culturelle va se donner comme objectif de garantir pour toutes et tous d'avoir accès à une diversité d'œuvres qui à chaque fois va les surprendre, qui à chaque fois va créer quelque chose de nouveau chez eux. C'est ça le principe de l'art. Et donc c'est pour ça que il y a un enjeu à amener une politique culturelle.

Moi, je voulais arriver sur Vas-y, vas-y, vas-y, on a le CNC, hein. Le CNC, c'est un un modèle de financement du cinéma que beaucoup d'envie, que beaucoup de pays nous env hein. Beaucoup d'artistes étrangers disent "Vous avez-vous la chance d'avoir le CNC, l'avance sur recette ? euh le vous voyez c'est c'est les choses qui sont importantes.

Euh moi dans mon idée, il faut un CNC du livre, c'est-à-dire il faut il faut qu'il y ait pour les petits éditeurs qui ont le courage de ne pas publier euh les des bestsellers euh mais qui ont le courage de publier des livres qui vont avoir des promesses de vente moins importantes puissent le faire dans des conditions qui ne met pas en permanence leur existence en danger. Et pour ça, il faut à mon avis un grand service public du du livre comme il y a un grand service public du cinéma. Je coupé ex Non non mais exactement c'est très bien que tu ouves là-dessus parce que par exemple il y a quelque chose qui s'appelle le CNL he vous savez il y a le CNC le CNM et le CNL.

Le CNC c'est pour le cinéma, le CNM c'est euh pour la musique et le CNL c'est pour le livre. Et le CNM a été créé très récemment sur le modèle du CNC et il y a un vrai enjeu à le faire vivre parce que si on narrive pas à prendre les taxes sur les euh sur le streaming et bien on narrive pas à faire ce système redistributif qui est celui du CNC. Expigurez-vous que le CNL historiquement il était assis sur des taxes, alors c'est des taxes un peu obsolètes, mais il y avait ce principe de taxe affecté comme pour le CNC et que euh il y a pas si longtemps que ça, il a été ramené dans le budget de l'État.

Et ça c'est un vrai enjeu euh c'est de dire aussi la culture c'est un espace comme la sécurité sociale, c'est un espace qui repose sur les questions des cotisations, sur les questions des taxes plutôt que de le faire seulement reposer sur la question budgétaire parce que il y a un enjeu d'indépendance qui est très important. C'est-à-dire que le CNC du livre que tu appelles le TV, c'est aussi celui qui donnerait voilà des formes de garantie d'indépendance et de diversité. euh qui ne qui qu'on a plus quand on met tout dans la main bah d'un audiovisuel public par exemple qui a été caporalisé.

Voilà. Bon, c'est pas le c'est pas le même fonctionnement. Je j'en venais la question.

On a parlé de la question de la sacralisation de l'auteur. Pour moi, il y a un deuxième enjeu du coup qui est aussi très utile au Capital, c'est bah en fait les auteurs, s'il vous plaît, faites des belles choses. C'est tout ce qu'on vous demande.

Les artistes, faites des belles choses mais fermez-la. Ouais, quelqu'un l'a dit. Taisez-vous.

C'est ça aussi la sacralisation. C'est on t'a mis sur ton piédestal là, ne descends pas. S'il te plaît Justine Trier, quand tu reçois la Palme d'or, ne dis pas quelque chose sur la réforme des retraites.

C'est pas ce qu'on te demande. Ferme-la. Voilà.

Et c'est ça qu'on entend de plus en plus. Et c'est moi ce qui me ce qui m'inquiète beaucoup, c'est quand il y a les signataires de la tribune Zapé Boloré, euh Sylvain Mayard, député macroniste, leur répond "Ils ont perdu une bonne occasion de se taire." Voilà, c'est ça en fait que font les macronistes en déroulant du coup le tapis rouge à l'extrême droite, c'est de demander aux artistes de la fermer.

Et donc, j'ai envie de venir sur cette question de du pouvoir de des arts et notamment de la littérature, la question de l'engagement. Euh tu dis euh tu ne dis tu ne tu ne revendu pas de faire des romans engagés parce qu'on sans doute que ça ça charie un certain nombre d'imaginaires sur l'idée qu'il y aurait des espèces de messages euh non enfin qui arriverait non crypté comme ça de roman de propagande et cetera. Mais en revanche, tu assumes de dire que la littérature c'est une arme de combat.

Euh et tu dis d'ailleurs que euh on a parlé que de tes romans comme des romans d'aventure, de saga familial et cetera, mais tu dis que finalement le personnage principal de ton livre c'est le capitalisme. Alors est-ce qu'on peut parler un peu de ça du pouvoir Ouais, on peut on peut en parler un petit peu. Revenir à l'essentiel, c'est-à-dire à moi.

On est enregistré là. J'ai l'impression que ça va rester. Je sais ça va rester ça.

Je les extraits, je sais que ça va rester ça. Euh non, j'ai essayé de d'essayer d'expliquer sur la demande là de de Sarah euh en en qu'est-ce qu'elle qu'est la conception politique qui est derrière la série romanesque que j'ai que j'ai entamé et que peut-être je terminerai dans dans deux ou trois livres qui comp donc la série contient actuellement sep volumes et qui ces sep volumes se se proposent de feuilleter un petit peu le le 20e siècle. Vous savez que historiquement le le 20e siècle, les historiens sont à peu près d'accord sans l'idée que le que le 20e siècle est un court 20e siècle qui commence à la fin de la guerre de 14 et qui se termine.

Alors là, les avis sont divergents. Moi, j'ai pris celui qui m'arrangeait le mieux. C'est ceux qui disent que ça se finit en 89 à la chute du mur de Berlin au moment où l'axe est- ouest devient un axe nord-sud pour pour faire court.

Donc 1920 1990 pour faire général. Donc c'est un un 20e siècle, 70 ans, 7 décennies. Et donc je me disais bah cette décennies ça va, on doit pouvoir comme ça en une dizaine de livres faire donner une photographie de c'est de ce qu'est le le 20e siècle.

Alors le l'idée si vous voulez c'était pas tellement de de montrer le capitalisme de manière engagée euh le l'affreux capitalisme, c'était c'était plutôt d'essayer de regarder du côté des conséquences du capitalisme. Et mon idée c'était de faire une suite romanesque autour du du déplacement des centres de contrôle, du glissement progressif des centres de pouvoir au cours du siècle. C'est-à-dire que plus je regardais ce siècle et plus j'avançais dans le dans le 20e siècle, plus j'avais l'impression qu'au fond le capitalisme se renouvelait en permanence.

C'est-àdire que les centres de décision, les centres de pouvoir se substituaient les uns aux autres et renouvelaient à chaque fois les modalités de la domination. Et donc c'est ça que j'ai essayé de faire en partant avec au revoir là-haut des des années des années 20 où là on a une première une première modalité, c'est le le moment où les militaires qui avaient tenu le haut du pavé jusque pendant la guerre d'un seul coup deviennent des pestiférés. Et en fait ceux qui vont réussir dans les années 1918 1920, ce sont les profiteurs de guerre.

Et donc, je mets en scène dans dans Au revoir là-haut à la fois les dominés, c'est-à-dire ceux qui ont fait la guerre, qui en reviennent et qui ne trouvent plus de place dans le pays pour lequel ils se sont battus face euh je les mets face à des profiteurs de guerre, c'est-àdire des gens qui sont payés par le gouvernement pour enterrer leurs camarades morts sur le front, mais qui pour gagner un franc 20, un franc 30 sur chaque cercueil met des cercueils plus petits et puis on tasse les eaux quand on met pas un petit peu de cailloux ou un petit peu de terre pour faire le poids. Bien. Donc j'essaie voyez avec ça de montrer le glissement qu' qu'on a entre la grande génération militaire de de la Première Guerre et puis ceux qui pouvaient étaient parmi ceux qui pouvaient incarner le capitalisme à ce moment-là qui étaient les profiteurs de guerre.

Et puis après, je fais couleur de l'incendie. Donc là, c'est un roman qui se passe dans les années 25, 1927. Et là, bon, je rends hommage à à un de mes maître, Alexandre Duma et je lui emprunte la figure de Monte Cristo, hein.

Alors, Monte Cristo euh comme ça, injustement accusé, il dégringole, il est ruiné, euh il remonte et il va se venger comme ça dans l'ordre inverse des responsabilités des gens qui lui ont fait du mal. Donc moi, je je je rejoue comme ça amicalement ce schéma là, mais je mets une femme en 1927 dans cette situation et elle est fille de banquier parce que en fait ce qui va beaucoup changer dans ces années-là, en tout cas je suis pas historien hein, donc je prenez avec des prudences ce que je dis. Je dis simplement comment moi je l'interprète.

Je dis pas que c'est la vérité historique hein, mais voilà comment je le vois et comment je l'ai articulé dans dans mes dans mes romans. Et là, dans les années 25 27, la finance va être au centre des choses. Et ça m'intéressait de mettre au centre du roman une jeune femme qui héritait d'un empire financier et bancaire dans une période où les femmes n'avaient même pas le droit de signer un chèque.

Donc il y avait un espèce de paradoxe là sur le rôle des femmes, leur liberté et au fond on les assignait à résidence y compris le lorsqu'elles étaient des des héritières. Donc là on avait au fond la naissance des réseaux, les réseaux de presse, les réseaux financiers. C'était une modalité qui changeait par rapport à à la décennie qu' avait précédé.

Et puis après, on a euh un autre roman euh qui se passe en 1940 qui est Miro de Open où là la modalité change à nouveau. Le le pouvoir est détenu par l'administration. dans encore une fois dans mes romans, je ne dis pas ici, je sais qu'il y a des historiens donc il pourrai dire c'est pas du tout comme ça.

Bon bon, ils ont ils ont tous les droits he bien sûr, mais enfin euh je prends simplement une des articulations possibles et c'est avec celle-là euh qui est possible que je fais mes livres et je ne prétends pas que cette articulation rend compte de la totalité de l'histoire. Bien, donc là on est dans dans les années 40 je choisis de de prendre l'événement un petit peu un peu à contrepied. Première Guerre mondiale, je la regarde dans le rétroviseur, c'est je travaille sur la Première Guerre mondiale avec ceux qui reviennent de la guerre.

Euh et là je me trouve confronté à la Seconde Guerre mondiale et je fais la même chose. C'estàd je me vois pas travailler sur des choses qui ont été hyper vu, hyper travaillé par bien beaucoup d'artistes, beaucoup d'écrivains d'aller d'aller sur la résistance, d'aller sur l'occupation, d'aller voà. Bon et donc je me dis tiens, il y a un truc qui est pas traité beaucoup c'est l'exode.

Et ça me permet d'articuler la la modalité qui qui me paraît intéressante dans ces années-là, c'est le pouvoir de l'administration. Il faut bien se rendre compte hein que l'administration française dans ces années-là, elle bourre le mou à la population française en disant tout va bien sur le tout va bien sur le front. Il faut vraiment lire les journaux des années 40 au moment de l'exode pour se rendre compte que jusqu'à jusqu'à ce que les les troupes allemandes soient euh à 60 bornes de de la capitale pour qu'il disent bah effectivement on a un petit problème hein parce que juste avant c'est il y a aucun problème l'armée française voyez en fait cette administration elle elle est tellement têtue qu'elle qu'elle contribue en quelque sorte à la à la défaite.

Elle n'est pas responsable de la défaite mais elle contribue à la défaite. Et donc moi je prends un personnage là qui va qui est plutôt amusant qui s'appelle Désir et qui est un personnage qui va faire partie du ministère de la propagande et qui va répondre la mauvaise nouvelle. Voilà la bonne nouvelle longtemps et puis la mauvaise nouvelle infiné.

Et donc là, on a euh une administration qui va prendre le enfin qui va s'effondrer au profit d'une autre administration qui est l'administration pédéniste. C'estàd qu'au fait, on va passer d'une administration à l'autre, mais c'est toujours bien l'administration qui est d'une certaine manière le détenteur du pouvoir, hein. Et puis alors une fois que je suis arrivé là, je suis passé là à à la période suivante.

Je crois que c'est un petit peu en revue, c'est un peu ennuyeux. Non non non non mais je pense qu'on voit bien la question des enfin continue sur la question des lieux de de pouvoir. Moi je voulais te demander non moi je je sais pas ce que vous en pensez moi je trouve ça puis les gens sont contents et tout puis je pense qu'il y a des gens puis c'est bien j'explique mes livres au cas où vous les avez pas compris que tu racontes pas tout.

Bon allez non mais c'est si continue et puis juste que tu disais je suis pas historien mais ce que je trouve aussi intéressant dans c'est que dans chacun de tes roman et ça m'a frappé à la fin tu mets systématiquement pas des remerciements comme ça se fait de dire merci à Janine d'avoir relu mon bouquin et m'a recorrigé trois fautes mais en fait une une biblio quoi de ce que tu as de de ce dont tu t'es nourri donc avec beaucoup de modestie tu dis je suis pas historien mais en même temps tes romans ils sont ce sont des romans qui qui se doc enfin ton travail est extrêmement documenté tu vas aller chercher dans les archives tu vas aller chercher dans les dans les dans les dans la presse et cetera mais poursuis poursuis ce que tu pour la suite parce qu'on veut savoir justement le grand monde alors les lieux de pouvoir. Bon c'est bien je voulais voir si tu te rappelais où on en était tout ça je he je je vérifie si on arrive au début de la thétralogie pour ceux qu'on suivi voilà donc après il y en a quatre hein donc accrochez-vous bon donc là on est au début de on est en 48 et là la modalité change. C'està dire qu'en fait là la France n'est plus toute seule.

La France n'est plus toute seule. on est dans le colonialisme et donc je travaille là sur toujours là cette famille et donc on va aller à Saï. J'en profite pour rendre un peu hommage au grand roman d'aventure.

Enfin je m'amuse avec les codes du roman d'aventure. Mais en fait là dans cette période là c'est le pouvoir colonial qui a le pouvoir. C'est toujours une administration et je vais l'isoler à travers un fait qui est relativement peu connu sauf des historiens qui savent tout mais c'est le trafic des piastres.

C'estàd qu'en fait, on se rend compte dans cette période-là que le le l'administration française ferme les yeux sur un trafic dont tout le monde profite là-bas au euh en Indochine, hein, c'est le nom de l'époque et qui coûte des milliards de francs tous les mois euh au pays. Et en fait, moi mon hypothèse, c'est que ils savent que c'est cuit, hein. Saïgon au moment où le roman se passe est une ville qui est complètement isolée du monde.

D'ailleurs, un des personnages dit "Bienvenue sur le Titanic. hein. C'està-dire qu'en fait le le les Vietnamiens ont on ont encerclé littéralement Saïon et en fait c'est une ville qui est à la perdition et en fait ce que fait le gouvernement c'est qu'il l'achète hein avec le trafic de la piastre.

Il continue d'acheter le pays parce que il ne peut plus le tenir militairement. Donc en fait ce que faisaient les armes maintenant c'est c'est l'argent qui va le faire. Et donc là je je travaille sur ce transfert de de pouvoir.

Et puis après, j'ai un autre roman qui s'appelle le le silence et la colère. Là, on est en 1952 où là le pouvoir va avoir enfin une modalité assez moderne, c'est que maintenant il va descendre beaucoup plus précisément dans la vie quotidienne des gens, hein. Et donc sur la vie quotidienne des gens, j'ai choisi de travailler sur la question de l'avortement hein.

Il faut savoir, il faut bien se rendre compte que la répression de l'avortement, elle est plus forte en 1946 que pendant le régime de Pétin, hein. Alors, régime le Pétin, en même temps, il avait beaucoup de boulot, hein. Les juifs, les franc-maçons, les il y avait du il y avait du boulot, hein.

On va pas non plus s'occuper des gosesses. Bon, OK, on peut le comprendre. Mais 46, ça veut dire qu'il y a plus de femmes qui sont arrêtées, jugées, condamnées en 46 que pendant le régime de Pétin.

Donc en fait, ça nous donne quand même euh une idée de la violence de la répression et de la domination masculine dans ces années-là. Et donc moi ça me en fait voilà, c'est une période que que je que je connais un peu et en fait ce qui m'intéressait c'était de montrer à quel point le pouvoir venait s'imisser dans la dans la vie des gens et particulièrement dans la vie des femmes hein. Et donc là je travaille sur la question de l'interdiction de l'avortement en mettant en scène quelque chose qui a vraiment existé, c'est une brigade antiavortement. c'est des agents hein, des agents de police qui sont spécialisés dans la traque des femmes qui avortent en ayant le le le pouvoir d'aller compter les lapins dans les pharmacies parce que en fait vous voyez il y avait un test he le test de la lapine à cette époque-là on faisait ça c'est en fait il y avait un test de grossesse qui se faisait avec les urines du du lapin et en fait donc les les pharmaciens ils avaient des des lapins, ils s'en servaient et alors donc on allait compter le nombre de lapins qui rentrait ce qui sortait, on disait où sont passés les lapins sous-entendu où sont passées les femmes qui voilà qui ont été testées.

Enfin, c'est un truc absolument sordide et en fait ça m'a intéressé moi de de le prendre au sérieux et pas sous l'angle droite. Donc d'un personnage qui est en situation de devoir avorter dans une période où le pouvoir vient s'imisser dans la dans dans l'intimité des des femmes. Ensuite, il y a un avenir radieux.

Alors là, la modalité du pouvoir change encore un peu. Là, on rentre dans la guerre froide, c'estàd qu'on est dans un pouvoir beaucoup plus idéologique. Et là, ce qui m'intéressait, c'était de poser la question de l'engagement, hein.

C'est la question de l'État, la question de l'engagement. Je fais l'hypothèse que les services secrets sont l'inconscient des sociétés occidentales. C'estàd que au fond comme l'inconscient freudien il dirige en grande partie ce que nous faisons.

Et en fait, on ne le voit pas, sauf de temps en temps, comme dans l'inconscient avec les lapsus, de temps en temps, une affaire d'espionnage, l'affaire Filby, voyez, enfin de temps en temps, il y a une affaire d'espionnage qui qui fait surface, qui isole et qui cache finalement la forêt de ce qui se passe toute l'année avec une vie d'espionnage, une vie du renseignement qui est extrêmement active dans cette période où les deux les deux grands monstres, l'Union Soviétique et et les États-Unis se se font face avec nous en plein milieu. Donc je j'en profite pour interroger ce qu'est l'engagement avec un un personnage de la famille qui va être chargé d'une mission et qui va s'interroger en quelque sorte sur les raisons pour lesquelles il accepte de faire une mission pour son pays. Est-ce qu'il est si patriote que ça ?

Est-ce que c'est la bonne motivation ? Bon voilà, c'est une des questions que j'essaie de poser dans et puis après le le dernier les belles promesses. Là on est dans un le là encore le pouvoir se réinvente différemment.

Là encore, le centre de pouvoir va euh euh je dirais inventer différentes modalités de domination. Là, ce sont les technocrates. C'est-à-dire que on est dans dans le dans les années 60 et je prends comme exemple de cette de ce déplacement du pouvoir vers la technocratie, les experts, la haute administration, le remembrement.

Alors le remembrement, c'est un truc que personne vraiment dont personne vraiment se souvient. Enfin, sauf ceux qui ont fait de l'histoire, mais enfin bon, en fait le il faut bien comprendre hein, le le territoire français agricole est extraordinairement parcélisé. Il est le résultat de de nombreux héritages, de rachat et cetera.

Et en fait, les les les fermes euh et les paysans sont à la tête de quelques hectares qui sont souvent divisés, répartis. On passe par le champ du voisin pour aller dans le sien. Il faut longer un champ un chantier avec les vaches parce que il y a on a deux prêts qui sont séparés l'un de l'autre.

Alors les technocrates ont une idée formidable. Voilà, on va tout raccorder. Alors on va faire un truc qui est pas temps.

On vous l'explique. On vous explique hein. Vous n'y perdrez pas.

Alors ça déjà faut se méfier hein. Quand vous commence en disant vous ne perdrez pas, c'est c'est toujours un peu suspect. En fait, il faut un truc, écoutez, on va faire des échanges, hein.

On va pour remembrer, c'est pour faire des parcelles plus grandes, et ben on va on faire des échanges et donc on se lance dans un truc sur le coup, les paysans, ils sont d'accord hein, disent "Bah ouais, c'est quand même mieux si au lieu de cavaler avec mon tracteur ou avec mes vaches pendant 1 km pour aller faire un boulot, je l'ai à côté de la maison, bah en fait, ça répondait à un besoin." Sauf que évidemment les technocrates, eux, c'est pas ce besoinl qu'ils vont chercher. Ils sont en train de tisser la la toile des pollueurs de la FNSEA, hein.

C'est en fait on est dans le début d'une agriculture massive hein, expansionniste, industrielle et en fait derrière le remembrement qui est qui pouvait avoir comme ça au niveau des familles des vertus sympathiques, en fait derrière il y a d'abord écologiquement une catastrophe. On enlève les hait. Donc en fait enlevant les hait euh on fait des grandes surfaces dans lesquelles l'eau va ruisseler, le vent va enfin c'est pas des hasards si les anciens avait fait des ais, c'est parce que ils savaient bien que ça coupait l'eau, que ça coupait le vent.

Enfin, il y avait plein de raisons. Donc il fallait le faire habilement. Et là où le fait le faire habilement, on crée les grandes plaines de la bosse.

On crée enfin des grandes surfaces. Donc c'est écologiquement criminel. Mais en même temps qu'on on regarde bien euh ces technocrates d'une certaine manière, il ils ont épousé le le mouvement du temps qui était la grande industrialisation de l'agriculture avec ce qu'on ce qu'on voit aujourd'hui euh avec la la FNSEA qui qui euh comme ça euh nous dit que les nicotinoïdes on pourrait le remettre on va pas empêcher les les paysans de de bosser.

Donc en fait en 63 déjà on a les prolégomaines de ce genre de choses. Donc ce que j'essaie de faire là j'étais un petit peu long, pardonne-moi. Euh mais c'est à travers ces sep livres d'essayer de montrer euh ce qui ce qui est ce qui est politique.

Ce qui est politique, c'est pas de décrire une époque. Ce qui est politique, c'est d'essayer de montrer quels sont les les les pouvoirs et les dominés qui représentent cette époque et que l'époque va engendrer. En fait, ce qui est politique, c'est pas tellement la description d'une époque que de voir les rapports de force qui expliquent cette époque et qui d'une certaine manière lui donne du sens.

Et justement, oui, et justement je je me dis que ce cette connaissance assez intime en fait de toutes ces ces époques que tu as traversé à travers tes romans en fait avant avant la Première Guerre mondiale, l'entre de guerre, le enfin l'entre de guerre, le le le la médiia après-guerre, la décolonisation. Heureusement qu'on s'est pas arrêté avant parce qu'on aurait juste loupé la question du pouvoir colonial qui est quand même un lieu de pouvoir pas pas à Noin, ni pas auin non plus aujourd'hui dans ce qu'il en reste et dans ce qu'il en revient. En fait, tout ce parcours du siècle, il te donne aussi un point d'observation sur notre époque quoi.

Et moi, c'est ce qui me saisi m'a saisi en en lisant tes livres, c'est euh parce que il n'a pas tout raconté de ces livres, mais c'est euh comment il y a des choses qui font écho. Euh donc tuas tu as parlé des lieux de pouvoir, mais il y a des lieux de lutte et de révolte. Par moi, ce qui m'a frappé euh il y a il y a la question de la répression.

Euh euh ça peut être une répression patronale, une répression policière, une répression étatique, mais répression qui vient s'exercer sur des des des individus ou des groupes qui se soulève. Donc tu as à un moment les mineurs, les ouvrières du du magasin d'XI qui sont pas qui il y a un contournement du code du travail, ils sont pas payés comme des comme des comme des ouvrières. Euh il y a les villageois de Chevrini dans ce ce livre où il y a la question de de l'avortement.

Il y a aussi en parallèle de cette histoire de femme qui doit avorter et de d'État qui rentrent dans sa dans sa vie, il y a aussi l'État qui décide qu'il y a un village qui doit être noyé parce que c'est la modernité, c'est le barrage hydroélectrique. Et ça euh je veux dire le lien entre ce ce village en résistance et Sainte Soline, enfin moi je je trouve qu'il y a on entend vraiment des échos et surtout sur la question de la voilà de ces de ces résistances et de ces et de cette répression. Donc premier aspect où euh peut-être on peut voir des échos avec la période d'aujourd'hui et et ce qui va avec aussi euh la la question du un des rôles un des lieux qui devrait être un lieu de contrepouvoir et qui est aussi aujourd'hui un lieu de pouvoir qui est la question des médias.

Donc c'est un peu sur ces deux pistes, sur comment euh à au regard de tout ce que tu finalement de ton immersion dans le siècle précédent, là l'époque dans laquelle on on vit, à quoi euh ça fait écho à quoi et euh voilà comment quel regard tu portes dessus euh sur cette question des luttes et de leur vraie pression, sur cette question du pouvoir médiatique, de les évolutions aussi du pouvoir médiatique. OK. Alors, je vais essayer de de répondre à ça notamment sur le le média, ça m'intéresse parce que notamment dans la dernière tétralogie, donc celle qui globalement couvre les tres glorieuses, hein, pour euh pour faire cours, je prends comme un un des personnages collectifs un grand journal, un journal de l'époque qui s'appelait France Soir et qui don dont la courbe économique euh va très bien épouser la courbe globale des des trones glorieuses.

C'est c'est un journal qui naît à la libération en en 46 qui va monter jusqu'à devenir un très grand journal extrêmement populaire. Il faut se rendre compte, ça nous fait rêver aujourd'hui. Un journal qui pouvait tirer à 700000 800000 exemplaires par jour, 5 6 7 éditions par jour.

C'est une assez monumental et puis petit à petit qui va tomber en désuétude et qui va finalement être remplacé par un autre modèle à partir des années 70 qui est globalement le modèle Libé hein. C'est en fait le moment où ce modèle est un petit peu surné et au fond la modernité va aller chercher du côté des journaux un petit peu subversifs de de l'époque actuelle. Euh voilà un autre un autre modèle de d'information.

Ce qui m'intéressait là c'était d'essayer de montrer de de quelle manière ça ça évoluait. jusqu'au dernier livre où je travaille sur la presse à scandale. Alors moi ça m'a ça m'a beaucoup amusé de travailler sur la presse à scandale.

Donc je mets la presse à scandale à à contribution pour parler d'une d'une histoire qui va déchirer le la France. Enfin c'est ce que je c'est ce que j'imagine au sujet de d'un d'un bébé que tout le monde réclame. Il y a deux familles qui réclament ce bébé.

Donc il y a deux journaux qui se déchirent et en fait les journaux s'en foutent complètement de savoir qui va récupérer ce bébé hein. Tout le monde s'en fout. La question c'est de gagner la guerre de l'information.

Et en fait moi ça m'intéresse bien parce que au fond je joue beaucoup avec ça. Vous verrez je crois que c'est plutôt plutôt amusant, plutôt drôle hein les les titres et la surenchère à laquelle il se livre. Mais au fond on a là d'une certaine manière dans les années dans les années 60 le la naissance de la dérive de ce que feront les réseaux sociaux.

C'est au fond la ça commence là dans ces années 60 avec la littér avec le la presse à scandale, c'est comme ça qu'on on l'appelait, c'est au fond la vérité est un fait parmi d'autres, c'est une donnée parmi d'autres hein. Elle a pas plus de statut explicatif qu'autre chose. La la vérité est très relative et au fond, elle est pas plus intéressante en soi que n'importe quelle autre fiction.

Et ça, voyez, on voit aujourd'hui avec les réseaux sociaux les dégâts que ça peut faire. Je juste, je voudrais quand même revenir sur un truc parce que ça met un peu mal à l'aise là. Mets un peu mal à l'aise parce que tel que tel que je l'explique là, tel que j'en parle, j'ai l'impression quand même qu'il y a une espèce de de construction intellectuelle.

Alors, il y a une construction intellectuelle, j'écrisai pas mes livres par hasard, mais ça pourrait pour ceux qui n'ont pas lu mes livres et qui viennent là par curiosité, faire penser qu'il s'agit de de livres qui vont être explicatifs et cetera. ce qui ce que j'ai hérité du roman feuilleton et ce que j'ai essayé de de remettre en scène à travers cette saga, c'est le primat du personnage. Et en fait, ce qui est vraiment politique, me semble-t-il, c'est que les conséquences de de ce que j'essayé de montrer tout à l'heure sur les centres de pouvoir, la circulation des des centres de pouvoir et leur réinvention par le capitalisme, c'est du côté des conséquences, c'est-à-dire du côté des personnages de mon roman.

Et donc en fait le les romans sont faits du côté des personnages, du côté des conséquences de ce que le système social dans lequel ils sont inclus vient faire peser sur leur destinée. Donc je voulais dire ça parce que comme comme on essaie là de d'extrapoler, de donner du sens un peu aux choses, on pourrait un peu oublier quelque chose qui fait partie de mon ADN, c'est le plaisir. C'est le plaisir du personnage, le plaisir de la narration, le plaisir de l'aventure.

Mais c'est pas simplement une aventure intellectuelle, c'est aussi littérairement, j'espère une aventure de plaisir avec, pardonne-moi juste de finir sur ça, cette idée que le plaisir est aussi une modalité explicative du monde. C'estàd que il n'y a pas que l'intellect, que la culture qui peuvent être le discours qui peuvent être des modalités d'explication du monde. Le plaisir est aussi une modalité d'explication dans la mesure où c'est une une modalité d'appréhension du monde.

Mon hypothèse, si vous me permettez, j'en ai fait beaucoup hein, mais bon, je suis un homme d'hypothèse. Voilà, mon hypothèse c'est que au fond le la littérature comme beaucoup d'autres beaucoup d'autres comment dire manifestations intellectuelles ou artistique à elle aussi pour pour objet de montrer le monde et si ce n'est de l'expliquer, hein. La la littérature est une espèce de machine à décrypter le réel.

Bien. Et on sait bien que d'autres disciplines ont aussi cette mission. L'histoire le fait avec les archives et la compréhension du passé.

La sociologie le fait avec les statistiques. Les mathématiques le le fait avec des équations. Bon donc en fait ils ont tous leur outil.

Quel est l'outil de la littérature ? Qu'est-ce qu'il fait ? Quel est l'outil que la littérature va utiliser justement pour véhiculer une certaine vision du monde à charge pour le lecteur de l'interpréter comme ça l'arrangera, hein.

Alors, moi mon hypothèse, c'est que c'est même pas le plaisir, c'est l'émotion. C'est-à-dire ce qui nous fait comprendre un livre, c'est l'émotion qu'on ressent. Si vous ne ressentez pas d'émotion, c'est si ça parle pas quelque part affectivement au ventre, au cœur, ça parle qu'à l'esprit, ça marchera pas.

C'est vous aurez des romans intelligents mais qui seront manière un peu désincarnés. C'est un petit peu ce que je reprochais par exemple à Agatha Christie hein, c'est en fait elle fait des romans qui techniquement sont des mécaniques absolument épatentes sauf qu'il y a pas de personnage quoi. Enfin, je veux dire si si vous avez déjà été ému par Hercule Poireau, euh consultez, consultez parce que voyez ou Miss Marple, voyez, qui est-ce qui va pleurer aux larmes pour euh voyez bon ça c'est c'est bon.

Non mais on peut on peut l'aimer quand même hein. Je veux dire bon, vous avez le droit. Non, ce que je dis non mais c'est là là tu touches effectivement à cette question de du pouvoir fondamental de l'art.

C'est-à-dire que là, tes romans fut-il populaire, fusent-il imprégnés de d'une documentation qui qui est qui qui le font décrire le réel et cetera. le la puissance, ça ça rejoint quelque chose que tu avais que tu avais euh dit quelque part, tu avais dit que la littérature était un art de point de vue et que quelqu'un qui lit des livres est une personne qui multiplie en permanence tous les points de vue sur le monde et si elle est en face de bon livres, ce sont des points de vue qui vont percuter son propre point de vue sur le monde. que c'est pas là l'explication, on n'est pas dans caractère explicatif et cetera, mais dans l'émotion et le point de vue qui fait que finalement la une de ces ces et c'est tout l'enjeu d'avoir une politique culturelle, c'est que le rôle politique de cette littérature, c'est de donner d'ouvrir nos notre humanité à ces points de vue-là.

C'est ce qui t'a c'est ce qui te permet aussi dans le dernier dans le dernier des romans d'ailleurs de poser la question notamment de euh de l'immigration et de de la de l'humanisme en fait. Enfin, une question fondamentale de la capacité à se reconnaître dans l'autre. Au fond, dans la l'art et la littérature, il y a cette dimension là, dans la fiction, il y a cette dimension là, cette capacité à sortir de soi pour aller partager des émotions avec un être de papier et le partager aussi avec les autres.

Et c'est ce qu'on forme aussi là, mais de former une communauté de personnes qui en lisant la même chose ont parfois non on pas forcément le même point de vue en sortant, ont envie d'en débattre et et partagent cet espace d'humanité commune. Ouais. Alors, c'est ce que tu dis, je trouve important, c'est parmi les les commandements un petit peu, voyez quand je travaille, il y a cette idée de la suspension du jugement.

C'estàd au fond, je voyez le mouvement qu'on est en train de dessiner là en discutant ensemble, c'est une vision du 20e siècle. Comment je la vois, comment je l'analyse ? Qu'est-ce que je vais aller chercher dans cette période là, dans cette décennie par exemple qui me qui me semble illustrer le le mouvement du du capitalisme et des centres de pouvoir tel que je tel que je le vois.

Et puis après c'est de redescendre au niveau des personnages. Et là de j'ai envie de dire une fois que tout ça est est bâti et et posé, une fois que je je sais à quoi sert le livre, en d'autres termes, hein, je sais ce qu'il veut dire, maintenant je peux me permettre de faire dire ça au personnage et après tout le travail c'est d'avoir un un plaisir d'écriture pour provoquer un plaisir de lecture. Mais on peut se permettre de l'oublier à partir du moment où on a fait le travail en amont qui consiste à essayer de comprendre pourquoi on écrit.

Merci. Pourquoi on écrit et pour qui on écrit et qu'est-ce qu'elle voilà quelle mission on se donne quand on quand on le fait. Alors, j'avais il y avait un peu de questions qui me qui me qui me venait aussi.

Alors bon, tu as beaucoup parlé des ces œuvres écrites mais peut-être que les gens ici ont envie de savoir sur quoi tu es en train de travailler là. Ouais. Ouais.

Ou est-ce que ça continue ? Parce que c'est le problème d'une saga. C'est est-ce qu'il y a quelque chose qui vient après ou est-ce que il faut en finir euh se finir sur la dernière œuvre de la dernière thétralogie ?

Donc peut-être cette question là avant que je te pose une petite question. D'accord. Politique.

Ouais. Donc après la dernière vacherie viendra à la fin. D'accord.

Alors euh sur quoi je travaille ? Bon ben, j'en parle pas trop parce que on n'est jamais sûr de finir un livre, hein. Puis on on est vite superstitieux he dans ce genre de boulot.

Enfin, moi je suis pas superstitieux parce que je sais que ça porte malheur, mais malgré tout quand même, je voyez, j'ai des j'ai des prudences. Bon, alors je peux parler au moins d'un livre, il est fini, il s'appelle La petite fiancée et c'est un livre, c'est un roman noir qui est donc à part de la de la tétralogie. C'est une espèce de d'intermédiaire entre la fin de la thétralogie et le début de la trilogie qui va achever, j'espère, le la saga sur le sur le siècle.

S'appelle La petite fiancée. C'est un roman sur la domination masculine et l'argent. Euh donc c'est c'est pas un très gros livre et c'est un vrai roman noir.

C'est vraiment très un roman très très méchant. Euh voilà. Et puis je travaille sur bah voilà qu'est-ce que va être la trilogie.

Donc elle va démarrer. Alors je dis ça pour ceux qui connaissent un peu. Alors je vais essayer d'expliquer pour ceux qui connaissent pas trop.

Voilà, j'ai une famille he qui la première génération de cette famille c'était les trois premiers livres les années de l'entre de guerre. La deuxième génération c'était le le les trend glorieuses. Il y avait quatre enfants.

Donc il y a quatre livres. Et puis pour la 3e génération, donc des gens qui sont nés dans les années euh 50 hein, hein, qui ils ont ils ont 20 ans dans les années 70 globalement hein, ils ont 18 ans en 68 pour faire pour faire un peu court. Là, je vais changer un peu mon fusil d'épaule.

Je vais prendre la 3è génération des pelletiers mais là cette fois-ci, je vais utiliser uniquement les les cousins. C'est ils font ils sont six cousins. Ça tombe vachement bien.

Il y a trois garçons, trois filles, hein. Colette, on veut savoir ce que devient Colette. Voilà ce que devient Colette.

Voilà ce que devient Colette. révolé la mort de ces ab. Voilà.

Et en fait là pour cette fois-ci, je vais faire autre chose. Au lieu d'avoir un personnage qui est en quelque sorte la colonne vertébrale de chacun des des romans, comme je l'ai fait dans la tétralogie, cette fois-ci, c'est un personnage collectif. C'est cette cousinade avec à l'intérieur au fond tous les conflits sociaux qui peuvent se révéler.

D'autant plus, c'est que voilà, j'essaie de de regarder l'histoire de ce siècle et je regarde là aujourd'hui le risque de l'arrivée de l'extrême droite et donc j'ai choisi euh bon je peux le dire parce que maintenant je suis à la moitié du livre donc normalement voilà le plan est fini. Bah c'était Corneille qui disait "Mon livre est terminé, je n'ai plus qu'à l'écrire." He c'est ça ?

Voilà. Bon c'est un peu la même chose. Voilà c'est fini, j'ai plus qu'à l'écrire.

Je vais j'ai un des cousins qui est un militant d'extrême droite et je vais raconter à travers cette trilogie qui va aller donc globalement de 63 à 60 à 79 80 à peu près l'itinéraire d'un militant du GUD qui va passer par l'ENAT et qui finira secrétaire d'état. Moi je paris que c'est Philippe. Vous pensez quoi ?

Non mais non mais ça ça tu peux penser ce que tu veux. Moi j'écris des livres et puis après tu feras le commentaire. Voilà.

Bon, non mais ça fait très plaisir de de voilà de savoir aussi qu'il y a cette suite enfin je pense que voilà ce qui rassemble ici et moi c'est ce qui me frappe dans les parallèles. Moi, à force de travailler sur les questions de culture, c'est les parallèles entre l'action politique et et enfin le les relations de camaraderie, le le le sentiment d'une appartenance commune dans des combats politiques et aussi ce qui nous lit quand on ensemble on a quand on a les enfin quand on a lu les mêmes œuvres ou quand on a été voir le même film et que à la fois on a toute une diversité de points de vue qui peut s'exprimer mais aussi le sentiment d'appartenir à une humanité commune et on a voilà ce besoinl et donc les je pense que les sages produisent particulièrement ça parce que la question de l'attente du prochain voilà du du prochain livre cette façon de vivre de vibrer avec les personnages cette façon de de d'ensemble voilà avoir envie de discuter comment on a vécu tel ou tel personnage ceux qu'on aurait pas voulu voir mourir ceux qu'on aurait voulu voir mourir plutôt tout ça non mais en fait ça crée Oui. Ça crée des formes de communauté.

Donc vas-y remontez là-dessus après je te pose ma derère question. Ouais j'aime bien j'aime bien. Oui.

Après ta question méchante à la fin. Ouais. Non non, j'aime bien ton ton idée du clin d'œil parce que je je voyez dans dans mon dernier livre, je l'ai dédié à à Hugo et à Duma affectueusement.

Ouais. Alors qu'est-ce que j'ai pas entendu hein ? Ouais.

Le maître pour qui se prend pas affectueusement. Victor Hugo il est dedans le maître voyez enfin très libé quoi. Très libé.

Très libé. Très alors bon. Alors en fait les lecteurs sont pas si cons, voyez les ils ont très bien compris ce que ça voulait dire.

Ça veut dire ils l'ont tout tout l'ont bien compris sauf ceux qui étaient voilà qui avait envie d'en dire du mal. Tout le monde a compris que quand on est quand on est fan d'un d'un auteur, quand on suit son travail, quand on on a plaisir tous les ans, tous les 2 ans à acheter son nouveau livre, moi c'était le cas avec John Lecré quand il sortait. Moi, je dormais devant la devant la librairie pour être sûr de l'avoir le lendemain.

Enfin, voyez ou ou même des des gens qui qui depuis 20 ans achètent le livre d'Améline Notombe. Enfin, voyez, il y a il y a des histoires comme ça, hein. Ben, au fond, le lien que nous avons avec les auteurs que nous lisons, ça finit par être un lien affectif.

Alors, évidemment, c'est un lien distant. C'est pas quelqu'un qu'on connaît, c'est éventuellement quelqu'un qu'on a entendu, qu'on a voilà qu'on a vu, mais c'est il fait pas partie de nos intimes. Et pourtant, la relation qu'on finit par avoir avec eux livre après livre est quand même du domaine de l'intime et du domaine de l'affect.

Et donc quand je dis à Duma et à à Hugo affectueusement, ces manières de les remercier hein, de de m'avoir autorisé à avoir de cette cette relation d'amitié que leur livre m'a m'a m'a permis. Et juste pour terminer, si tu veux bien, euh de revenir comme ça sur les remerciements que je fais parce que le clin d'œil est est un petit peu là. C'est un truc qui a été souvent mal compris.

À la fin, je dis bah et puis alors j'ai emprunté des trucs à un tel un tel puis il y a une liste, voilà comme ça une liste de gens et ça souvent c'est mal interprété en disant ah bah c'est la liste des gens qui l'admirent et à qui il rend hommage. Alors pas du tout. Il y a des d gens làdedans que je peux pas blairer hein.

Ah ouais ou ouais. Il y a les gens que je déteste, hein. Euh, c'était dans lequel j'avais besoin d'une fripouille.

J'avais besoin d'une fripouille politique. J'ai mis Jérôme Causac. Alors, j'étais regardé sa phrase et je l'ai fait dire à mon personnage.

Et à la fin, j'ai remercié Jérôme Kausac. J'ai pas eu alors j'ai pas eu un remerciement, hein. Alors, l'ingratitude politique, alors ça on en parlement.

C'est surtout que les politiques ne lisent pas. Donc, il est pas il il est pas tombé dessus. Bon, alors non, c'était mal compris en fait.

Je voudrais vous expliquer parce que ça aussi ça fait partie du clin d'œil et j'ai envie de dire de la relation un peu secrète mais intime qu'on finit par avoir avec un lectorat et que le lectorat finit par avoir avec un auteur. C'est en fait mon mon hypothèse c'est que enfin mon explication plutôt c'est que quand on écrit un roman, je parle que pour moi hein, je ne sais pas si d'autres de mes confrères revendiqueraient la même chose. Moi, je me sens sous une pluie invisible et permanente de mots, d'images qui me viennent sous la plume.

Et je fais l'hypothèse que si on pouvait déplier un de mes livres entièrement et qu'on avait la la possibilité mémonique hein de de le faire, on pourrait tout expliquer ligne par ligne en disant ça vient d'un souvenir d'enfance. Cette ligne là, elle vient d'une lecture. Ce trucl-là, il vient de ce que tu as vu.

Cette ligne là, c'est un sourire d'une femme que tu as croisé. Enfin, on pourrait tout expliquer parce que je crois que l'imagination n'existe pas. L'imaginaire en tant que l'imaginaire, une façon de d'appréhender le monde, mais l'imagination dire qu'est-ce qui viendrait de nulle part, ça j'ai jamais cru.

Et donc quand je me sens sous la pluie de de choses et que je m'en souviens, bah je le note. Alors, je vais vous raconter le truc. Euh pour finir, il nous reste 2 minutes.

Ça va ? Bon, vous pouvez partir hein, si vous voulez. Bon bon bon euh ou euh en fait dans couleur de l'incendie euh non dans Mirodon Open pardon je mets en scène un camp de réfugié.

C'est à la fin de l'exode et il y a un camp de réfugié qui est installé et là il y a un faux curé, un type qui est un usurpateur, c'est un mythomane, un usurpateur espè désiré. Donc au cours du livre, on l'a vu emprunter des identités et là il a piqué l'identité d'un curé. Donc il a piqué la soutinne d'un curé que qu'il a trouvé et puis il s'improvise curé dans ce dans ce centre de réfugié.

Sauf qu'on lui demande de faire la messe et il a jamais foutu les pieds dans une église. Il sait pas du tout comment on fait. Et moi je suis dans la même situation que lui sur qu'au moment d'écrire la scène de la messe, je ne sais pas du tout comment il fait.

Et donc je imagine, tu vois, il y a une table un peu comme ça, ils ont mis un drap et puis il y a les ouailles qui sont devant. Et moi je suis je suis derrière et puis je vois mon personnage s'avancer, il lève les bras et il dit "Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs et dit Mitchell pas de boogie woggi avant de faire la prière du soir." Alors là, non sans blague.

Alors là, je me dis non, je suis j'ai pris concours, je suis sur le même palmarès que stéric Vuillard hein. Je peux pas faire ça et pourtant et ben je vais vous dire je l'ai laissé, je vais vous dire pourquoi je l'ai laissé d'ab ça me faisait marrer ça me faisait marrer. La deuxième chose c'est qu'il y a un clin d'œil.

Il y a plein de gens que l' oh il est gonflé c'est super. La vraie raison c'est que c'était la bonne phrase. C'est pas rentrer au chose pied hein.

C'était la bonne phrase hein. Alors j'ai croisé Eddie Mitchell qui m'a dit "Oh formidable cétait très marrant." Bon et en fait là-dedans, vous avez aussi bien Pierre Peret, George Brassin que Jacobson que voilà ou que Jérôme Causa que ça me fait penser à un concept d'un humaniste qu'on aime bien parce que nous on aime bien citer les humanistes ici à la France insoumise et on a même donné le nom de la Boessie à notre à notre institut c'était Montigne qui parlait d'innutrition en disant bah qu'en fait il était le c'était cette modestie de l'humanisme aussi de se dire on n'est jamais que à la fois on est que ce que l'on fait de soi-même mais on est aussi que le produit de tout ce dont on s'est nourri, qu'on a qu'on a soi-même transformé.

Et donc c'est c'est ça le cœur sans doute de l'activité littéraire. Je termine par ma petite question. J'ai vu quelque part que tu avais dit que tu avais déclaré que avec l'âge tu te radicalisais.

Ouais. Ouais, c'est bon que c'est Ouais. Alors, tu as soutenu Jean-Luc Mélenchon en 2012, en 2017, en 2022.

Voilà. Bon là, on est en 2026, on arrive sur 2027. Donc déjà, comment tu vois cette année dans dans l'âge d'aujourd'hui, dans ta radicalisation euh et où tu te vois l'année prochaine quand on aura pris le pouvoir euh et que tu devras un peu nous interpeller de du haut de ta radicalité ?

Alors euh vous allez, j'espère fouter un grand coup de pied dans la fourmilière à commencer par la fourmilière éditoriale hein. Donc moi, voilà. Donc moi je suis je suis et je soutiens un parti qui va un coup de pied dans la formulière de mes employeurs.

Moi je trouve que c'est plutôt sain d'avoir une attitude comme ça qui est pas protectionniste. Bon alors euh je me radicalise. J'ai j'ai discuté avec Mélenchon avanthier.

Il m'a il m'a dit "Oh oui, moi aussi moi aussi." Là je lui dis "C'est normal, on a le même âge tous les deux. C'est un truc c'est un truc de vieux." Je dit "C'est un truc de vieux." Alors, je vais raconter Anatole France.

Anatole France, il y a d'autres parcours he quand même parce qu'on en connaît des gens qui étaient sur les barricades en 68 et qui sont qui sont plus trop dessus maintenantin. Donc nous, on les aime bien les vieux qui se radicalisent hein. Non mais Anatole France, il commence sa vie comme un grand bourgeois et il a fini membre du parti communiste.

C'est lui qui est l'auteur de cette phrase : "On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels." Voyez, c'est bon, c'est formidable. Bon donc moi je suis un petit peu dans cette dans dans ça c'est ce qui me pour répondre à ta question plus sérieusement moi ce qui me trouble beaucoup et ce qui me vraiment me déchire c'est le fait que ce que il y a 30 ans on appelait des mesures de gauche sont aujourd'hui censé être de mesures d'extrême gauche et moi simplement ce sont pour moi des mesures de justice sociale de démocratie et je ne vois pas je ne comprends pas ce qu'il y a d'extrême. comprend qu'il y a d'extrême à réclamer une véritable démocratie, à réclamer une une équité, à faire en sorte que l'égalité des chances soit respectée.

Enfin, je ne vois pas où est l'extrême. Donc pour moi, je suis un homme de gauche, je suis pas un homme d'extrême gauche. Je sais pas ce que c'est.

Alors bon, peut-être que si j'allais chercher du côté des anarchistes violents, peut-être que on pourrait dire voilà, peut-être qu' il y a quelque chose du côté mais l'extrême gauche à la à la France insoumise, c'est un mouvement de gauche qui revendique des mesures de gauche et ces mesures-là n'ont rien d'extrême. Il y a rien d'extrême à réclamer que l'équité soit respectée, que les travailleurs soient respectés, que les patrons fassent attention à la manière dont ils traitent leur salariés, que la douleur au travail soit une question qui soit qui redevienne centrale et à ce que la démocratie soit une véritable démocratie participative avec des des élus révocables. Enfin, je ne vois pas ce qu'il y a d'extrait mais pour moi c'est un déchirement parce que j'ai été élevé moi euh voilà euh j'étais dans la Bonlieu rouge de de la région parisienne élevée euh voilà dans des dans des villes communistes où ces idées-là étaient des idées simples et c'est on a l'impression maintenant que ce sont des idées compliquées et même presque suspectes.

Alors voilà, j'ai envie de dire voilà si on est là c'est parce qu'on ne trouve pas ça suspect. Écoute, merci beaucoup Pierre. Merci beaucoup.

Et si tu as il reste nous 2 minutes si tu as un dernier mot de la fin, mais sinon je trouvais que ça ressemblait bien mot de la fin ou si tu veux nous adresser un message voilà. Battons-nous bienous