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interviewLe Média· 30 avril 2020 9 min

DÉCONFINEMENT : IL Y A VRAIMENT DE QUOI AVOIR PEUR

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai. La cacophonie au plus haut niveau de l'Etat n'a fait que renforcer l'angoisse et l'anxiété. Sachons dans ce moment sortir des sentiers battus, des idéologies.

Plus personne ne vous écoute sur ce sujet. Vous n’annoncez aucun moyen humain et financier supplémentaire pour mettre en place cette stratégie. Le parlement n'est désormais considéré que comme un accessoire politique.

Comment peut on demander aux parents d'évaluer le risque d'exposer leurs enfants au danger. C'est odieux. Le plan de déconfinement d’Edouard Philippe et ce qui se cache derrière, on en parle tout de suite dans le numéro 75 du P’tit coup de Bourbon.

La France a peur. Et elle a raison d’avoir peur. Car le Premier ministre lui-même ne croit pas à son propre plan de déconfinement.

Sommé par le président de la République de remettre en marche le pays, il est venu, mardi, chercher le soutien des parlementaires. Alors qu’il n’y était pas tenu. Rien dans la Constitution n'imposait au gouvernement de présenter à l'Assemblée nationale la stratégie que je viens d'exposer.

Il aurait été pour le gouvernement possible de procéder à cette présentation au cours d'un journal télévisé, au cours d'une conférence de presse. Dans ces conditions, pourquoi se compliquer la tâche ? Il nous apparaît nécessaire de permettre à chaque député, qu'il soit présent dans l'hémicycle ou qu'il suive les débats à distance, de se prononcer sur cette stratégie.

De dire s'il l'approuve et la soutient, de dire s'il la conteste et la rejette, ou de dire s'il s'abstient, mais de prendre position. Un vote, voilà ce dont Édouard Philippe avait besoin. Le chef du gouvernement n’entend pas porter seul la responsabilité d’une éventuelle catastrophe sanitaire.

Au point, d’ailleurs, qu’il se laisse la possibilité de renoncer au déconfinement à la dernière minute. Si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai ou nous le ferons plus strictement. Emmanuel Macron ne voulait pas entendre parler d’un déconfinement progressif, région par région ou département par département.

Édouard Philippe a passé outre. Il a opté pour un déconfinement par paliers, territoire après territoire. La politique des petits pas.

Cette circulation hétérogène du virus crée de fait des différences entre les territoires. Pour tous ceux qui comme moi croient au bon sens, il n'est pas inutile il est même très nécessaire de prendre en compte ces différences dans la façon dont le déconfinement doit être organisé. "Pour tous ceux comme moi qui croient au bon sens." Façon de dire que ce n’est pas le cas du Président… Mais pourquoi Édouard Philippe prendrait-il des gants ?

Le sort du Premier ministre est scellé depuis le 13 avril. Depuis cette petite phrase : Sachons dans ce moment sortir des sentiers battus, des idéologies, et nous réinventer, moi le premier. Se réinventer !

Quand un président se réinvente, il commence par changer de Premier ministre. Édouard Philippe sait que ses jours sont comptés. Depuis la réforme des retraites, le fossé n’a cessé de s’élargir entre lui et le Président.

Alors il fait le job. Sans conviction excessive. Mais avec le souci de ménager l’avenir.

C'est une ligne de crête délicate qu'il nous faut suivre. Un peu trop d'insouciance et c'est l'épidémie qui repart. Un peu trop de prudence et c'est l'ensemble du pays qui s'enfonce.

Aucun plan, aucune mesure aussi ambitieuse soit elle ne permettront d'endiguer cette épidémie si les Français n'y croient pas ou ne les appliquent pas, si la chaîne virale n'est pas remplacée par une chaîne de solidarité. Oui, mais comment se montrer confiant quand on découvre que la date du 11 mai a été retenue uniquement parce que tel était le bon vouloir du président de la République ? A présent nous voici rendus après une gestion calamiteuse, à une sortie hasardeuse.

Les observateurs attentifs auront remarqués que cette décision a été prise par le président de la République, et lui seul, sans tenir compte du gouvernement, sans tenir compte de l'Assemblée nationale, sans tenir compte du comité scientifique qu'il a pourtant lui-même nommé. Et nous avons entendu, avec la délicatesse qu'on apporte à ce genre de moment, le Premier ministre nous dire que lui-même n'est pas bien sûr que le 11 mai on lèvera le confinement parce que si certaines conditions que l'on observerait venaient le pousser à décider autrement, on déciderait autrement. Heureusement que vous le dites monsieur le Premier ministre parce que sinon nous aurions très peur.

Comment s’en remettre à l’exécutif quand on s’aperçoit que la réouverture des écoles n’est dictée que par le souci de remettre les parents au boulot ? Les enfants doivent-ils aller à l'école obligatoire le 11 mai ou bien sur la base du volontariat comme l'a dit votre ministre de l'Education nationale. Parce que ça c'est anxiogène.

Des millions de familles se sont dit "qu'est ce que je dois faire ? Qu'est ce que je dois faire ?".

Voilà ce que les gens viennent de vivre. Comment peut on demander aux parents d'évaluer le risque d'exposer leurs enfants au danger ? C'est odieux.

Oui c'est odieux, ils ne savent que faire les braves gens, et surtout quand leur décision n'est pas libre parce qu'on leur dit "il faut maintenant retourner au travail", c'est d'ailleurs pour ça qu'on commence par les plus petits parce qu'ils ne sont pas capables de se surveiller eux-mêmes alors que les plus grands pourraient le faire. Et puis il y a le passif. Toutes ces semaines de pénurie.

Monsieur le Premier ministre, si vous étiez une infirmière qui s'est protégée plusieurs semaines durant avec des sacs poubelle comme blouse de fortune, si vous étiez un médecin libéral qui a attendu de longues semaines des masques qui ne venaient pas, si vous étiez une aide-soignante qui aujourd'hui encore les attend, auriez-vous confiance en Emmanuel Macron et en votre propre gouvernement ? Si vous étiez un parent d'élève inquiet de voir la reprise précipitée de l'école sans une totale garantie sanitaire, voir les ordres et les contre-ordres, auriez-vous confiance ? Si vous étiez un maire qui se débat seul, abandonné de l'Etat, pour tenter de protéger sa population, auriez-vous confiance ?

Si vous étiez un député siégeant sur ces bancs, observant que le parlement n'est désormais considéré que comme un accessoire politique, auriez-vous confiance ? Monsieur le Premier ministre, si vous étiez un Français parmi d'autres, auriez-vous confiance en Emmanuel Macron et en votre propre gouvernement ? Je crains que vous connaissiez la réponse, c'est non.

À force d’incohérences, la parole de l’exécutif a cessé d’être crédible pour devenir suspecte. Les Français ne vous suivent plus, monsieur le Premier ministre, ils ne sont pas dupes. La cacophonie au plus haut niveau de l'Etat n'a fait que de renforcer l'angoisse et l'anxiété.

Sur les masques, inutiles un jour, utiles le lendemain, obligatoires, facultatifs, en papier, en tissu, commandés, pas arrivés, et de retard en déni, de déni en mensonge, la doctrine a varié si souvent que plus personne ne vous écoute sur ce sujet. Disons les choses simplement. Personne, personne, monsieur le Premier ministre, ne doit, ne devrait être tenu par le pari du président de la République.

Le pari du président de la République… C’est bien de cela qu’il s’agit, un pari ! Avec la vie des Français. Mais qui, dans ce pays, a envie de jouer à la roulette russe avec le virus ?

Personne. Enfin, il y a la question des moyens prévus pour accompagner ce plan. C’est bien simple, il n’y en a pas.

Vous n'annoncez aucun moyen humain et financier supplémentaire pour mettre en place cette stratégie. Pour l'Education nationale, pour le dépistage, pour rendre gratuit un maximum de masques pour tous les citoyens, vous renvoyez même aux Français le soin de les faire eux-mêmes. Il y aura le masque LVMH, haute couture que portera Bernard Arnault, et puis il y aura celui fait dans les quartiers avec beaucoup d'amour et quelques bouts de tissu. 368 députés ont voté pour le plan de déconfinement. 100 se sont prononcés contre.

Et 103 se sont abstenus. Le Premier ministre a obtenu sans gloire son assurance responsabilité pénale devant l’histoire. Mais, comme beaucoup de contrats, il n’est pas certain que la police protège des émeutes ou des révolutions.

DÉCONFINEMENT : IL Y A VRAIMENT DE QUOI AVOIR PEUR — Édouard Philippe · Pourquijevote