Comment faire rimer longévité et bonne santé ?
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Quelques chiffres pour commencer. Donc actuellement, l'espérance de vie dans notre pays est de 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes.
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Comment expliquer ces différences entre espérance de vie et espérance de vie sans incapacité ?
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Quelles sont les différences entre les hommes et les femmes qui pourraient expliquer cette différence de longévité ?
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L'écart a-t-il tendance à se réduire ? Les hommes restent-ils plus longtemps en meilleure santé ?
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Quelles sont les grandes interactions biologiques et sociales expliquant ces différences ?
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Qu'est-ce qui fait qu'une femme avec une pathologie vit plus longtemps qu'un homme avec la même pathologie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« l'espérance de vie dans notre pays est de 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. »
- 0:13PrésentateurChiffre
« l'espérance de vie sans incapacité est respectivement de 64,1 et de 63,7 ans, donc pratiquement la même chose. »
- 3:06InvitéChiffre
« Les femmes vivent beaucoup plus longtemps que les hommes. Cinq, six ans de plus en moyenne. »
- 5:44InvitéChiffre
« C'était trois mois par an. »
- 5:52InvitéChiffre
« Et donc en 40 ans, c'est dix ans d'espérance de vie gagnée. »
- 6:48InvitéFait
« l'espérance de vie en bonne santé a suivi, mais sans entraîner une compression de la morbidité. »
- 7:20InvitéFait
« depuis une dizaine d'années, du côté des femmes en tout cas, on voit très clairement une compression de la morbidité. »
- 8:08InvitéFait
« d'un point de vue biologique, ces processus biologiques, ils peuvent être altérés peut-être plus précocement chez les hommes. »
- 10:50InvitéFait
« on a beaucoup étudié, à travers les enquêtes épidémiologiques, qu'on a beaucoup étudié les facteurs sociaux, finalement, ou les facteurs culturels. »
- 29:28InvitéChiffre
« si on le fait en continu à partir de deux mois, on gagne à peu près 30% sur la vie d'une souris. »
Temps de parole
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- Invité 224 %
- Invité 314 %
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Quelques chiffres pour commencer. Donc actuellement, l'espérance de vie dans notre pays est de 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. Mais l'espérance de vie sans incapacité est respectivement de 64,1 et de 63,7 ans, donc pratiquement la même chose. Alors comment l'expliquer ? Comment permettre aussi aux femmes de gagner des vies en bonne santé et aux hommes d'augmenter leur longévité
? Ces
questions, évidemment, nous concernent tous et toutes. De nombreux scientifiques qui travaillent dans leur laboratoire et en attendant de nouvelles découvertes,
il
est déjà possible d'agir. C'est ce qu'on va voir, que l'on soit senior ou qu'on ait la chance d'être encore plus jeune. Alors pour en parler, merci d'être présente. Donc je vous présente Sophie Guyonnet, qui est maître de conférence des universités, praticien hospitalier à l'IHU Hills Age, responsable de l'accord translationnel inspiré au CHU de Toulouse. Et vous êtes chercheuse INSERM, UMR 1295, c'est précis, membre de l'équipe de vieillissement Maintain. Voilà.
Françoise Néant, déléguée générale de l'Institut d'Anon France, et Jean-Marie Robin, qui est démographe et épidémiologiste de formation, spécialiste de la longévité humaine, directeur de recherche émérite à l'INSERM et directeur d'études émérite à l'école pratique des hautes études, j'ai tout dit ou presque pour l'instant. Françoise, l'an dernier, vous étiez présente, déjà, nous avons parlé des femmes, et plutôt des femmes et de leur santé au moment de la ménopause. Cette fois, on va aborder l'impact du genre. Pourquoi ? Pourquoi il s'attendait fait
?
Alors effectivement, pendant deux ans, l'Institut d'Anon France s'est intéressée à la santé des femmes pendant la transition ménopausique,
dans
cet objectif d'accompagner le bien-vieillir aux féminins, parce qu'on sait qu'elles ne sont pas forcément accompagnées comme elles le souhaiteraient. Et ces travaux ont conduit à une publication en début d'année, justement, sur l'évaluation des apports nutritionnels.
Et
nous avons voulu continuer ce travail. Mais pour comprendre la santé des femmes, il faut aussi s'intéresser à celle des hommes. D'où cette approche de bien vieillir avec une approche genrée. Et donc, on va s'intéresser à décrypter ce qui se cache derrière ce que vous avez évoqué, ces différences entre les hommes et les femmes au moment du vieillissement et le fait qu'il
y
a plus d'incapacités. Et donc, comprendre, c'est le premier élément. Ensuite, il va falloir détecter ces premières fragilités. Et puis après, pour l'ensemble de la population, pouvoir accompagner les citoyens et faire des campagnes de prévention.
Les deux, nous intervenons. Quelques mots sur cette différence de genre.
On
va rentrer après dans les aspects beaucoup plus biologiques et expliqués. Mais est-ce que pour vous,
c
'est... Bon, pour Jean-Marie Robin, je ne pense pas. Vous êtes des chercheurs. Ce n
'est
pas une différence. Ce n
'est
pas une nouveauté, cette différence. Elle est quand même assez importante.
Oui.
Alors, les différences de genre en termes d'espérance de vie ou d'espérance de vie en bonne santé sont effectivement très différentes. Les femmes vivent beaucoup plus longtemps que les hommes. Cinq, six ans de plus en moyenne. Donc, ce qui est considérable. Alors, comme vous l'avez dit, effectivement, quand on fait des calculs d'espérance de vie en bonne santé ou sans incapacité,
on
ne voit pas vraiment de différence. C
'est
-à
-dire
que les hommes et les femmes vivent aussi longtemps en bonne santé. Alors,
un
grand mystère, et on ne sait pas trop pourquoi, c'est dès que la santé se détériore chez les hommes, ils s'effondrent littéralement. Et on a pour ça un certain nombre d'indicateurs. Parce que quand on regarde, par exemple, le nombre d'incapacités dont les individus sont porteurs, on pourrait penser, ce qu'on voit, par exemple, chez les femmes, qu'avec une incapacité, la mortalité augmente un petit peu. Avec deux incapacités, un petit peu plus. En fait, non. Chez les hommes, quel que soit le nombre d'incapacités, dès que l'incapacité apparaît, leur survie s'effondre littéralement. Alors que chez les femmes, il y a une réponse tout à fait proportionnelle au nombre d'incapacités.
On ne sait pas pourquoi. Sophie, quelques mots. Moi,
ce
que je voulais, le sujet sur lequel je voulais rebondir, c'est peut-être voir qu'est-ce qu'aujourd'hui on appelle vieillir en bonne santé. On vient de parler d'incapacité, mais aujourd'hui, on a la chance d'avoir une définition qui nous a été apportée par l'OMS pour nous dire que vieillir en bonne santé, c'est continuer à faire ce qui est important pour nous le plus longtemps possible, maintenir ses fonctions et vivre dans un environnement de vie adaptée. Donc aujourd'hui, quand on aborde ce concept de vieillissement en santé, on aborde ces différentes définitions-là. Et parmi les fonctions,
il
y a six fonctions qui sont essentielles. La mémoire, et on voit à quel point aujourd'hui ça rassemble. Il y a la locomotion, il y a tout ce qui est en lien avec notre alimentation, notre vitalité, tout ce qui est sensoriel, l'audition, la vision et le bien-être psychologique. Donc aujourd'hui, aller vers ce vieillissement en bonne santé, c'est maintenir ces fonctions-là qui sont indispensables.
Alors avant de rentrer dans l'explication plus biologique sur la différence homme-femme, Jean-Marie, je voudrais savoir si
l
'écart a tendance à se réduire, si finalement les hommes maintenant restent plus longtemps en meilleure santé. Comment ça évolue actuellement, la longévité et la longévité en bonne santé
?
Alors, en fait, pendant une trentaine d'années, entre le début des années 70 et 2010, donc ça fait plus, pendant 40 ans en fait, pendant 40 ans, on a eu une augmentation très très forte de l'espérance de vie dans les pays avancés. C
'était un an par trimestre, on disait.
C'était
trois mois par
an. Oui, c'est
ça.
C'était trois mois
par an. Donc c'était un an d'espérance de vie gagnée tous les quatre ans. Et donc en 40 ans, c'est dix ans d'espérance de vie gagnée. Et donc, moi j'ai appelé ça la révolution de la longévité. C'est repris maintenant un peu à l'international. C'est vrai qu'on ne s'y attendait pas du tout. Et à l'époque,
dans
les années 70, on pensait que dans le futur pouvaient se produire trois scénarios. Il pouvait y avoir une explosion de la morbidité. Si l'espérance de vie sans incapacité ou en bonne santé stagnait alors que l'espérance de vie totale continuait à augmenter, il pouvait y avoir une compression de la morbidité. Si à l'inverse, l'espérance de vie en bonne santé augmentait plus vite que l'espérance de vie totale ou un espèce d'équilibre dynamique entre finalement l'espérance de vie totale, l'espérance de vie en bonne santé et l'espérance de vie en mauvaise santé.
Et alors la réponse est ?
La réponse,
c
'est que pendant ces 40 ans de très forte croissance de l'espérance de vie, l'espérance de vie en bonne santé a suivi, mais sans entraîner une compression de la morbidité. Donc tout a augmenté, l'espérance de vie totale, l'espérance de vie en bonne santé et l'espérance de vie en mauvaise santé. Mais depuis 2010,
on
assiste dans les pays les plus avancés comme le Japon, la France, l'ensemble des pays d'Europe du Nord à une certaine stagnation dans la croissance de l'espérance de vie alors qu
'on
ne la voit pas pour l'espérance de vie sans incapacité. Et donc depuis une dizaine d'années, du côté des femmes en tout cas, on voit très clairement une compression de la morbidité. L'espérance de vie en bonne santé ou sans incapacité continue à progresser alors que l'espérance de vie totale augmente
très faiblement.
Alors
on va revenir maintenant, Sophie, au niveau biologique. Donc quelles sont les différences entre les hommes et les femmes qui pourraient expliquer cette différence de longévité ?
Alors je pense que ce qui est important, là encore, je vais encore apporter un concept, c'est de parler de l'âge biologique.
C
'est que derrière ce vieillissement, cette espérance de vie qui s'allonge avec et sans incapacité, on a des phénomènes biologiques. Et aujourd'hui, notre challenge, c'est de pouvoir, et c'est la géroscience, aller mesurer ces processus biologiques du vieillissement qui vont nous aider à donner l'âge biologique d'un individu. Alors oui, on a des hypothèses, des travaux de recherche qui montrent que d'un point de vue biologique, ces processus biologiques, ils peuvent être altérés peut-être plus précocement chez les hommes.
Par exemple, la sénescence, l'inflammation sont des marqueurs qui seraient touchés plus précocement et qui s'altèreraient aussi beaucoup plus vite chez les hommes que chez les femmes. Mais ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est qu'au-delà de ces processus biologiques, il y a d'autres interactions à prendre en compte.
Il
n'y a pas que la biologie. Il va y avoir aussi tous les facteurs qui sont liés à notre style de vie, nos comportements de vie, notre réseau social qui va impacter et puis aussi notre environnement de vie. Donc ce n'est pas que l'affaire de la biologie, je pense.
Pendant longtemps, on disait qu'on a l'âge de nos artères, mais c'est bien plus complexe que ça, finalement.
Oui, c'est plus complexe. Il y a plus d'interactions, probablement.
Alors quelles sont justement les grandes interactions ? Vous en avez cité quelques-unes, mais
qu
'est-ce qui vous semble le plus important
?
Alors déjà, ce qui me semble important, c'est que quand on parle de style de vie, ce sont des facteurs sur lesquels on peut agir. Donc ça veut dire que quelque part, on est acteur. Ça, c'est quelque chose que l'on va maîtriser. Et parmi ces facteurs liés au style de vie, vous connaissez tous, notre alimentation, notre activité physique, la sédentarité aussi, c'est un facteur contre lequel il faut lutter. Notre réseau cognitif, social,
il
faut véritablement rester engagé à la fois sur le plan cognitif, mais aussi sur le plan social. Et puis aussi, on en a parlé, le sommeil. Voilà, c'est un élément qu'il ne faut absolument pas oublier parce que c'est aussi un facteur aujourd'hui qui a sa place à jouer.
Mais qu
'est
-ce qui fait qu'une femme qui a une pathologie la même qu'un homme, elle réussisse à vivre plus longtemps avec sa pathologie et que l'homme en décède plus vite
? Alors
ça, je crois qu'aujourd'hui, on est encore dans les challenges et dans l'exploration et des études. Je ne sais pas si Jean-Marie ou Françoise peuvent compléter, mais
de
mon point de vue, on a un petit peu l'idée de se dire qu'à la ménopause, il y a pas mal de choses avec la transition ménopausique et les modifications hormonales qui vont évoluer, mais il y a beaucoup plus de facteurs. J'ai parlé de l'immunosénescence, tout ça sont d'autres facteurs. Mais on est en train d'explorer toutes ces pistes-là.
Alors, je vais vous raconter un secret. On a fait une réunion préparatoire, on a parlé plein de choses, et Jean-Marie, qui était le seul homme, dit « Mais moi, je vais vous dire quand même, les mecs, quand ils n'ont plus de boulot et plus de copains,
il
n
'y a
plus rien qui compte. » Jean-Marie, c'est aussi ça qui fait qu'un homme meurt plus vite d'une
pathologie ? Oui, alors en fait, par rapport à ce que vient de dire Sophie, où on commence à essayer d'étudier quel est l'impact de tous ces facteurs de risque ensemble et de leur interaction, on a beaucoup étudié, à travers les enquêtes épidémiologiques, qu'on a beaucoup étudié les facteurs sociaux, finalement, ou les facteurs culturels.
Et effectivement, ce qu'on voit très nettement, c'est qu'au cours de leur vie, les femmes ont beaucoup plus d'activités et beaucoup plus d'intérêts que les hommes, alors que, bien souvent, la vie des hommes se résume à leur travail, à leurs copains, à l'extérieur de la maison, et qu'effectivement, dès qu'à la retraite, ils n'ont plus de travail, ils ne savent plus trop quoi faire, et que souvent l'incapacité commence par des difficultés de déplacement, et que s'ils ne peuvent pas sortir de la maison, qui reste souvent dans ces générations anciennes, le domaine des femmes, finalement, la vie vaut plus grand-chose pour eux, s'ils ne peuvent pas retrouver les copains à l'extérieur, dans les bistrots ou ailleurs.
Et donc, on voit bien que là, ce que ça soulève, c'est l'importance, finalement, de facteurs psychologiques, dans le fait que, quand la santé décline,
est
-ce qu'on se bat contre ? Est-ce qu'on s'adapte à ce déclin ? Est-ce qu'on considère que, malgré tout, on s'accroche à la vie ou pas ? On a vraiment l'impression, et ça, on a eu des témoignages, où, effectivement, par exemple, des femmes qui sont pourtant dans des états de santé très dégradés, disent, mais non, je ne
suis
pas du tout prévu de mourir, je vois bien que, même si je ne peux plus rien faire, même si je suis confinée dans mon lit et dans mon fauteuil, même si, au moins, je peux encore écouter ma petite fille me raconter ces histoires. On n'a pas de témoignages d'hommes nous ayant dit la même chose.
Françoise, c'est l'effet enfant-petits-enfants
? Oui,
moi, je pense que le côté social et la relation est très important. J'ai envie de dire, comme Sophie l'a évoqué, il y a un triptyque important, c'est l'activité physique, l'alimentation, la nutrition et la relation sociale, se sentir utile. C'est vrai qu'il existe quelques initiatives où, effectivement, tout est regroupé. et, en fait, la vie reprend du sens pour certains. Et si je peux rebondir par rapport aux différents hommes-femmes, c'est vrai qu'on dit que la femme, bon, elle gère la maison, les enfants, ses parents aussi, souvent.
Et, en fait, elle a tellement de choses à faire que, finalement, le fait d'arriver à la retraite impacte peut-être moins son quotidien qu'un homme qui, effectivement, n'a pas eu à gérer tout ça, même si les choses changent,
heureusement. Oui, ça va changer, ça, c'est sûr, avec les jeunes générations. Mais au niveau aussi comportement face à la maladie, est-ce que les femmes sont plus observantes ? Est-ce que les femmes se soignent plus rapidement ? Je pense qu'il y
a
des différences.
Alors, moi, je laisserai compléter les deux autres orateurs. Moi, je pense que les femmes ont tendance à se mettre en retrait, c'est-à-dire qu'elles s'occupent toujours de leurs enfants, de leurs maris, de leurs parents. Et quand quelque chose ne va pas, elles ont tendance à dire que ça va passer. Et peut-être que, si elles avaient pu consulter et être accompagnées, elles n'auraient peut-être pas un état aussi détérioré, finalement.
Donc, c'est l'inverse de ce que je vous proposais comme possibilité. Moi, je pensais que, quand elles étaient malades... Alors, on va parler prévention après, parce que c'est vraiment extrêmement important. Mais dans la gestion de la maladie, je pensais que les femmes étaient plus sérieuses dans leur suivi. Jean-Marie
?
Oui.
Il y a depuis très longtemps, et ça a été bien démontré par les historiens, une grande complicité entre les femmes et les médecins.
et
qu'effectivement, par exemple, sur l'allaitement,
les
médecins étaient conscients que mettre les enfants en nourrice n'était pas une bonne situation. Et c'est à travers tout un mouvement au 19e siècle, entre des femmes qui voulaient effectivement déjà s'émanciper, et les médecins, que c'est amorcer une lutte contre les nourrices et en faveur, finalement, d'un allaitement maternel par les vraies mères. Mais ce que je voudrais dire, c'est qu'en fait, les petits garçons, tant qu'ils sont des petits garçons, je ne
sais
pas, jusqu'à 12-13 ans, sont conduits chez le médecin par leur maman.
Et
puis, ça s'arrête parce qu'ils ont 15 ans et ils sont trop grands et la maman ne s'en mêle plus.
Alors qu'au même âge, une jeune fille, parce qu'on ne parle plus d'une petite fille, une jeune fille va avoir des soucis parce qu'elle va vouloir contrôler finalement sa sexualité d'une certaine façon et d'une façon ou d'une autre, elle va se rapprocher du monde médical pour éviter d'avoir des enfants et quand même avoir une vie amoureuse ou un début de vie amoureuse et puis pendant tout un certain temps, il s'agira de la contraception mais soudainement, soit elle sera très amoureuse ou elle aura envie des enfants, elle voudra avoir des enfants et elle voudra les avoir tout de suite et donc là, à nouveau, pour ces raisons-là, elle se rapprochera à nouveau du
corps médical.
Et donc, en fait, il y a toute une série tout au long de sa vie puis après, elle va avoir un bébé et il va falloir s'occuper du bébé donc il y aura d'abord, il y
aura
la grossesse et puis après,
il
y aura l'accouchement puis il y
aura
le bébé
et puis
après, il
y aura
des jeunes enfants et puis des parents qui vont tomber malades comme vous dites et toute sa vie, pas pour elle, mais elle sera dans un contact permanent avec les médecins et elle sera le complice des médecins et donc, effectivement, on voit très bien, de toute façon, tous nos collègues médecins le disent, les hommes, non, l'observance chez les hommes, elle est très très mauvaise alors que l'observance, c'est-à-dire suivre les conseils ou l'ordonnance du médecin est très élevée chez les femmes.
Alors, il
y
a un autre sujet qui diffère aussi chez les hommes et les femmes, c'est la prévention. Ça, c'est un sujet qui vous tient vraiment à cœur, Françoise. Qu'est-ce qu'on peut faire justement pour aider les gens à être plus sensibles à la prévention en sachant que les femmes font un petit peu plus attention que les hommes quand même
?
Oui, alors, effectivement, la prévention, c'est un élément important et c'est l'affaire de toute une vie, comme je le disais dans la vidéo. On peut faire, on peut adapter des nouveaux comportements à tous les âges de la vie,
qu
'on soit un homme, qu'on soit une femme et ce n
'est
pas parce qu'on n
'a
pas fait de sport quand on était petit, ce n
'est
pas parce qu'on n'en a pas fait pendant qu'on était à l'âge adulte en train de travailler qu'on ne peut pas se mettre à faire de l'activité, de la marche, etc. Et donc, il n'est jamais trop tard. Donc, effectivement, là encore, je pense que le lien social fait qu
'on
peut être entraîné pour aller vers ce type d'activité. Et comme Sophie le mentionnait, il y a des choses en termes de prévention sur lesquelles on peut agir, adopter ses bons comportements en termes d'alimentation, de sédentarité ou autre. Par contre,
il
y
a
effectivement des facteurs sur lesquels on ne
va
pas pouvoir agir soi-même.
Et
ça, c'est aussi le monde de la recherche qui va peut-être apporter des solutions dans le futur pour accompagner la population.
Un
mot sur la prévention ? Alors, moi, ce que je voudrais dire, c'est que je pense quand même qu'il y a un petit peu un virage par rapport à la prévention. Je pense que ça fait 10 ans, 15 ans que les choses ont évolué et qu
'on
se sent quand même plus concerné et plus attiré par cette notion de prévention. Alors, effectivement, peut-être qu
'il
y a toujours un petit peu plus de femmes que d'hommes qui sont engagés dans la prévention, mais je crois que le message, il change. Et les personnes, effectivement, tout à l'heure, je parlais de cette notion de se sentir acteur, de son vieillissement. Je crois qu'il y a quand même une réelle prise en compte de ça. Je suis complètement d'accord avec Françoise pour dire que c'est vraiment quelque chose qui est tout au long de la vie. Avoir des bons comportements de vie, un bon style de vie, c'est quelque chose qu'on va mettre en place tout au long de notre vie et qui va nous permettre finalement d'aborder les âges les plus avancés avec un maximum de réserves physiologiques pour venir.
Donc ça, c'est effectivement extrêmement important. Et tout à l'heure, on évoquait, j'évoquais la notion du vieillir en bonne santé selon l'OMS, les six fonctions qu'ils sont essentiels de prévenir et l'OMS a mis en place un programme qui s'appelle le programme ICOP à partir de 60 ans qui nous aide à suivre l'évolution de ces six fonctions pour que les gens qui aillent bien continuent à aller bien le plus longtemps possible et surtout pour nous permettre de repérer précocement quand on a des petits décrochages à l'une de ces six fonctions pour nous permettre d'avoir une prise en charge adaptée et de rebasculer vers une trajectoire plus optimale.
Donc c'est le dépistage des fragilités. On n'est plus vraiment dans la prévention mais on est au moment où ça pourrait un petit peu basculer. Non, parce qu'à
60 ans, on est encore dans le moment où ça va bien mais justement, on veut que ça aille bien le plus longtemps possible et on veut repérer le petit décrochage dès qu'il va arriver parce que plus on va le repérer tôt, plus on sera efficace dans la prise en charge. Donc c'est encore en amont des fragilités. ça nous permet de repérer des fragilités mais c'est encore en amont quand tout va encore très bien parce que c'est encore là qu'il faut faire en sorte que tout aille bien le plus longtemps possible.
Jean-Marie, la prévention, quelques mots
?
Oui, alors je suis comme mes partenaires, je crois absolument dans la prévention, c'est absolument essentiel mais ce que je pourrais dire c'est que en fait, la prévention, ça veut dire faire attention, empêcher quelque chose d'arriver dans le futur. Donc il y a un côté prévision.
Et je
pense qu'on a beaucoup parlé de préparer sa retraite mais ça fait très longtemps qu'on en parle. Moi j'ai l'impression toute ma vie j'ai entendu dire qu'il fallait préparer sa retraite parce que c'était le problème. Je pense que les gens il y a 30 ans ou 20 ans ne préparaient pas ou pas bien leur retraite. Je crois qu'aujourd'hui cette idée elle est vraiment passée dans la tête ou dans la tête de la majorité des gens et j'ai l'impression qu'aujourd'hui les jeunes retraités ou les jeunes vieux je ne sais pas comment les appeler entre 60 et 75 ans ou 80 ans finalement ils vont bien.
Et effectivement je crois qu'on a bien intégré ce côté c'est une prévention au sens très large mais c'est quand on est un adulte en bonne santé jeune avant 60 ans c'est penser qu'il faut peut-être déménager quand on on a plus d'enfants à la maison il faut peut-être se rapprocher des centres bourgs des commerçants ou réorganiser sa vie avoir d'autres d'autres activités. Par contre
ce
qui est nouveau et c
'est
ce que je disais tout à l'heure c'est que
et
c'était totalement imprévu entre le début des années 70 et 2010 on a gagné collectivement 10 ans d'espérance de vie et ça ça veut dire que tout le monde rentre dans ce qu'on a appelé à un moment le quatrième âge au-delà de l'âge de la retraite du troisième âge c'est effectivement d'ailleurs aujourd'hui l'âge le plus fréquent au décès ce qui n'est pas la même chose que l'espérance de vie parce que l'espérance de vie c'est un indicateur qui est tiré vers le bas par la mortalité infantile mais l'âge le plus fréquent au décès il est supérieur à 90 ans chez les femmes et il est un petit peu inférieur à 90 ans chez les hommes 88 ans ça veut dire que l'écrasante majorité des gens rentrent
dans
ce quatrième âge avant de décéder heureusement il n
'y
a pratiquement plus de décès avant 70 ans et ça
je
trouve que pour l'instant on n'a pas du tout anticipé ce passage du troisième au quatrième âge il
n'y a
pas de risque quand on est dans le troisième âge on va bien comme disait Sophie on n'a pas de risque de rentrer dans une EHPAD en catastrophe parce que tout va bien et ça ce changement ne le prépare pas et je crois que ça doit être ça l'objet de la prévention
aujourd
'hui mais on a une chance c'est qu'on a des chercheurs qui cherchent et des chercheurs qui trouvent donc on va finir sur cet aspect recherche vous travaillez tous les deux dans l'institut de recherche Sophie faites-nous rêver pour l'avenir pour nous faire bien vieillir
alors
je ne sais pas si je vais vous faire rêver mais en tout cas je vais vous
faire essayer
on est très très investi tout à l'heure je vous disais qu'il y avait cette notion d'âge biologique derrière ce vieillissement il y a des processus biologiques et donc aujourd'hui on parle de la géroscience alors pendant très longtemps on a pensé que le vieillissement c'était quelque chose qui est né inéluctable et aujourd'hui ce qu'on nous dit c'est que
on
comprend mieux les processus biologiques du vieillissement et en venant moduler ces processus biologiques on pourrait arriver à retarder la perte des fonctions et la survenue des maladies donc ça c'est le challenge des années à venir c'est une recherche qui est très active on comprend mieux les processus biologiques pour identifier des cibles pour des médicaments futurs qui sont par exemple ce qu'on appelle les géroprotecteurs et il y a des cibles par rapport à la sénescence qui sont aujourd'hui testées avant vous donnez un exemple de ces géroprotecteurs alors c'est des médicaments pour limiter la sénescence des cellules par exemple
mais
aujourd'hui on est dans des phases exploratoires d'études on fait des essais cliniques pour démontrer que ça marche demain on aura probablement les médicaments que l'on pourra tester chez l'homme mais en attendant et on reviendra sur ce qu'on a déjà évoqué ce qui est important c'est d'agir sur notre style de vie et on sait que l'activité physique l'alimentation tout ce qu'on a évoqué ça va avoir un impact important donc déjà la prévention on peut la commencer sur des choses qui sont accessibles à nous tous et par rapport à tout ce qu'on a dit je pense qu'il ne faut pas qu'on oublie l'environnement de vie parce que ça se prépare ça se prépare quand on a 60 70 tout va bien mais on imagine qu'à 85 90 on va avoir quand même malgré tout quelques limitations mais si on a anticipé et si on est dans un environnement de vie adapté on va pouvoir continuer à faire ce qui est important pour nous donc il y
a
une recherche très active qui est nationale internationale sur ces médicaments de demain pour agir sur ces processus biologiques du vieillissement pour retarder cette perte de fonction mais déjà en attendant on peut nous tous agir sur nos comportements de vie quotidienne et anticiper notre environnement de vie
alors
Jean-Marie vous vous travaillez avec Jean-Marc Lemaitre Jean-Marc Lemaitre on ne le présente plus à Montpellier c'est quand même l'homme de la recherche sur le vieillissement quelles sont les pistes qui vous semblent les plus intéressantes
alors en
fait ce que je vais dire c'est un tout petit peu différent de ce que vient de dire Sophie on travaille beaucoup ensemble mais il y a des petites différences d'ailleurs actuellement Jean-Marc Lemaitre et je suis conseiller scientifique auprès de lui
cherche
à développer un institut de la longévité en bonne santé à Montpellier sur la base de son équipe Inserm et la différence alors c'est embêtant parce que vous avez beaucoup parlé de vieillissement en fait ce qu'il faudrait il nous manque un mot en français qui serait prendre de l'âge un verbe qui voudrait dire prendre de l'âge comme en anglais il y a le verbe aging qui est prendre de l'âge et c'est vrai que quand on parle en anglais et souvent on parle en anglais de healthy aging
c
'est très bien c'est exactement ce que nous on veut c'est prendre de l'âge vivre longtemps en bonne santé ça veut dire et là on ne parle pas du vieillissement le vieillissement on voudrait le voir que comme biologique que comme la sénescence le vieillissement biologique parce que on pense que ce vieillissement là mais uniquement ce vieillissement biologique
c
'est une maladie en fait et c'est ça l'hypothèse derrière la création de cet institut mais ça rejoint un peu ce qu'a dit Sophie c'est que si on est capable d'identifier bien identifier tous les affaiblissements biologiques
qui
se produisent essentiellement avec l'âge avec le fait qu'on prend de l'âge et qu'on est capable de lutter contre on doit pouvoir éliminer le principal facteur de risque de ce qu'on appelle les maladies liées au vieillissement du vieillissement c'est-à-dire en éliminant le vieillissement biologique lui-même alors les pistes puisque c'est de ça dont vous voulez que je vous parle et je vais vous en parler volontiers alors la première celle sur laquelle l'équipe de Jean-Marc Le Maître a beaucoup travaillé c'est sur la reprogrammation épigénétique vous savez il y a on est tous constitués de gènes mais ce patrimoine génétique est modifié au cours de la vie par des altérations dites épigénétiques qui viennent effectivement s'ajouter dessus sur ces gènes et qui finalement sont des témoins du temps passé quelque part donc il y
a
une idée de reprogrammation pour essayer de reculer dans le temps de rajeunir d'une certaine façon mais c'est plutôt de reprogrammer et ça a été fait jusqu'à présent en tout cas dans le laboratoire de Jean-Marc chez des souris essentiellement mais ça a été aussi et ça marche et ça marche bien et pour vous donner un exemple c'est que quand on fait une reprogrammation donc chez les souris on arrive si on le fait une seule fois quand elle a environ deux mois c'était les souris vivent environ
deux
ans donc vous voyez deux mois on gagne à peu près 15%
de
vie en bonne santé c'est à dire la souris
est
active elle a un beau pelage etc et si on le fait en continu à partir de deux mois on gagne à peu près 30% sur la vie d'une souris qui ne dure que
rien à voir
quand même avec la vie humaine on parle de 100 ans versus deux ans mais ce qui n'a pas été fait en France ce qui n'a pas été fait chez nous il y a eu d'autres résultats qui ont été faits chez des singes vous savez dans la mise au point de possibles médicaments après avoir démontré que ça marche chez des souris il faut montrer que ça marche chez des singes et il y
a
une autorisation qui vient d'être donnée aux Etats-Unis par la FDA la Food and
Drug
Administration pour le glaucome pour permettre de faire une reprogrammation épigénétique des cellules de l'œil pour essayer de réduire le glaucome donc vous voyez qu'on est très très proche ça avance ça avance quand même et le gros projet qu'on a actuellement dans l'unité c'est de combiner cette approche de reprogrammation épigénétique avec une approche dite scénolithique c'est à dire d'éliminer les cellules vieillissantes parce qu'en fait les cellules qu'on reprogrammerait c'est les cellules qui sont fonctionnelles qui restent fonctionnelles mais on continuerait en même temps à essayer d'éliminer les cellules qui sont vieillissantes qui aussi on le sait alors nous on n'a pas fait ça pour l'instant il faut finir voilà et dans l'espoir qu'il y ait un effet multiplicatif des deux et qu'on arrive effectivement par des interventions vous voyez on est à peu près comme dans la prévention
c'est à dire
qu'il faut faire les choses en même temps on arriverait en reprogrammant certaines cellules et en éliminant d'autres cellules à effectivement lutter efficacement contre le vieillissement biologique pas
le
vieillissement social
ça
Françoise c'est demain mais aujourd'hui le mot de la fin
alors
peut-être je peux ajouter une phrase sur ce que l'engagement de l'Institut d'Anon France effectivement nous nous soutenons des projets de recherche qui visent à comprendre les mécanismes du vieillissement chez les hommes et chez les femmes comprendre les différences encore une fois c'est très important et donc dans ces projets on va regarder le mode de vie les trajectoires de vie est-ce qu'il y
a
des moments dans la vie où on voit un impact important sur la trajectoire de santé et donc l'objectif c'est de soutenir les gérosciences de faire de la nutrition un levier de la longévité en bonne santé ça va prendre du temps pour nous c'est le début de l'histoire ce sont quelques mois de recul et le mot de la fin
je
pense que vous l'aurez compris on construit notre capital santé dès la naissance voire même avant c'est important de l'entretenir et on ne vieillit pas
au
moment de la vieillesse on vieillit dès notre naissance donc c'est pour ça qu'il faut bien prendre soin de soi tout au long de la vie et agir comme les orateurs ont pu l'exprimer
merci
merci