Ronan Le Gleut : « Le Liban, ce n’est pas seulement un pays ami pour la France, mais un pays frère »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
On revient sur ces actualités. Renan Le Gleu avec vous, sénateur LR, représentant les Français, établieur de France, vice-président de la Commission des Affaires Européennes. On va évidemment longuement parler dans cette demi-heure sur cette guerre en Moyen-Orient qui entre dans son septième jour. Et on commence par l'inquiétude des Français coincés au Moyen-Orient. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, a donné plus de précisions hier soir aux 20h de TF1. On l'écoute.
Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, dont je salue les équipes qui exercent leur mission avec beaucoup de dévouement dans un contexte particulièrement difficile, ont facilité le retour en France de 750 personnes. C'est environ 5000 personnes qui souhaitent quitter la région, dont 80% aux Émirats Arabes Unis.
Renan Le Gleu, vous êtes sénateur des Français de l'étranger. On entend les précisions de Jean-Noël Barraud. Est-ce que le rapatriement est bien géré ?
Écoutez, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, le centre de crise et de soutien, le CDCS, nos postes diplomatiques et consulaires, ambassades et consulats, sont tous mobilisés. Il n'y a aucun doute là-dessus.
J'ajoute à cela qu'il y a un rôle très important, qui est joué par les élus des Français de l'étranger localement, qui sont les conseillers des Français de l'étranger, qui sont connus des communautés françaises, et qui ont organisé des boucles d'informations, souvent des boucles WhatsApp d'ailleurs, avec une information filtrée extrêmement précieuse, qu'il s'agisse des compagnies aériennes, évidemment des consignes de sécurité du gouvernement français, mais aussi les consignes de sécurité de l'État dans lequel ils se trouvent, parfois d'ailleurs dans des langues étrangères, et qu'ils traduisent en français.
Vous voyez, il y a tout un réseau organisé, à la fois pour les Français de passage, c'est-à-dire ceux qui étaient là soit pour Affaires, soit pour les vacances, et pour nos ressortissants français établis à l'étranger.
– Mais vous, vous êtes en contact avec des Français qui sont présents dans cette zone ?
– Oui, tous les jours, et notamment, je vous dis, avec ces conseillers des Français de l'étranger, qui sont devenus les relais, qui ouvrent des boucles WhatsApp d'informations, voilà, filtrées, vérifiées, et qui se remplissent à très très grande vitesse, et donc nous avons…
– Qu'est-ce qu'ils vous disent ? Quel est leur état d'esprit ?
– Bon, d'abord, il y a eu un effet de sidération, qui n'est pas le même, j'ai envie de vous dire, entre les Français de passage et les Français de l'étranger. Évidemment, les Français qui vivent dans le Golfe depuis des années savent que de l'autre côté du Golfe Persique, il y a l'Iran. Mais il est vrai qu'il y a eu d'abord…
– Et il y a des Français de passage qui le découvrent ?
– Je crois qu'il y a des Français en vacances qui n'avaient pas forcément pris toute la mesure du risque sécuritaire. – C'est la zone dans laquelle ils se trouvaient. – Mais ça, j'ai envie de vous dire, du point de vue de la France, peu importe. La France doit être auprès de ses ressortissants, quelle que soit la situation. Donc de toute façon, notre solidarité, notre attention à nos compatriotes à l'étranger, elle doit être permanente, quelle que soit la situation. Aujourd'hui, il y a eu, par exemple, quelques vols qui sont partis hier matin depuis cette zone.
Et puis il y a, par exemple, depuis Dubaï, la capacité de rejoindre par la route le sultanat d'Omane et l'aéroport de Mascate qui lui est ouvert, avec des navettes notamment vers l'Égypte. Donc ce sont toutes ces informations-là, notamment qui sont relayées par nos élus des Français de l'étranger localement.
– Hier soir, on a vu ce vol qui était affrété par le gouvernement français pour rapatrier des Français qui a dû faire demi-tour parce qu'il s'est trouvé à l'approche d'une zone où il y avait des missiles. Est-ce que, du coup, ça vous inquiète sur les capacités de la France à rapatrier rapidement ces ressortissants ?
– Alors, il s'agit d'un vol, effectivement, un vol Air France, acheminé par le gouvernement français, un B777, qui était en Arabie Saoudite, au sud du Qatar, tout proche d'ailleurs de la frontière émirienne avec l'émirat d'Abu Dhabi. Et donc, juste avant, en fait, d'arriver à la frontière émirienne depuis l'Arabie Saoudite et retourner vers l'Égypte. Bon, écoutez, de toute façon, il faut tenir compte de la dangerosité pour l'appareil et les passagers. Donc, je considère que la décision qui a été prise est justifiée au regard des informations obtenues. Il n'est pas question de faire décoller des Français dès lors que l'espace aérien est en danger.
Donc, là-dessus, si vous voulez, le gouvernement a eu raison de prendre ses précautions.
– Mais ça veut dire que quand vous avez ces Français présents sur place, vous avez du mal à leur dire quelle est l'échéance, à quel moment ils vont pouvoir rejoindre la France ?
– Bien sûr. Dès lors que l'espace aérien n'est pas ouvert, parce que vous avez des drones Chaïd 136, parce que vous avez des missiles qui sont dans le ciel, il est évident, et notamment, nous avons vu que, par exemple, la base marine française d'Abu Dhabi a été touchée, que les aéroports ont pu être touchés. Donc, c'est tout à fait normal. Donc, effectivement, il faut faire preuve à la fois de courage et de résilience. C'est extrêmement difficile, évidemment. On appelle les Français à faire preuve de ce courage. Je vous permets, si vraiment, de saisir l'occasion de rappeler le numéro du centre de crise et de soutien, qui est le plus 331 43 17 51 00.
Alors, évidemment, parfois, il y a notamment des bénévoles de la Croix-Rouge qui sont mobilisés. Le personnel du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères du centre de crise et de soutien. Parfois, évidemment, il peut être difficile de joindre immédiatement, mais il y a des heures creuses, notamment le soir, où il est plus facile, évidemment, de joindre. Notamment, j'en appelle aux Français qui sont vulnérables et qui sont, évidemment, prioritaires pour les rapatriements. Je pense aux femmes enceintes, à ceux qui ont besoin d'un traitement médical, aux enfants, il y a notamment une personne âgée, une colonie de vacances qui a pu être rapatriée.
Signalez-vous auprès des autorités diplomatiques et consulaires, auprès du centre de crise et de soutien, pour être prioritaires, justement, en cas de rapatrie.
L'inquiétude, elle est aussi vive au Liban. Est-ce que, là aussi, vous avez des contacts sur place ?
Oui, bien sûr. On a, là encore, à la fois nos autorités et les réseaux de Français, de Franco-Libanais. Je pense notamment à Lucas Lama, conseiller des Français de l'étranger, qui fait un travail remarquable d'information des communautés françaises. Pareil, à travers des boucles d'informations, tous les Français, si vous voulez, sont en lien. Il y a une véritable solidarité de la communauté française.
Liban, où le président, Joseph Aoun, demande à Emmanuel Macron d'intervenir auprès d'Israël pour empêcher le bombardement du sud de Beyrouth, le chef de l'État qui demande à Benyamin Netanyahou de ne pas étendre la guerre au Liban, qui dit établir un plan pour mettre un terme aux opérations militaires que mènent le Hezbollah et Israël de part et d'autre de la frontière. Est-ce qu'il peut être entendu par Benyamin Netanyahou ?
Écoutez, le Liban, ce n'est pas simplement un pays ami pour la France. C'est un pays frère. Nous aimons le Liban. C'est un pays auquel nous sommes extrêmement attachés. À la fois, l'aide humanitaire est déjà en chemin et nous devons répondre favorablement à l'appel du président Aoun. Il faut quand même rappeler ici que le Hezbollah terroriste, qui est un proxy de l'Iran, se considère impliqué par le conflit et commet l'erreur magistrale de saisir l'occasion pour attaquer Israël. Je veux dire, l'intérêt aujourd'hui du Liban, c'est de se débarrasser, s'il est possible de le faire, évidemment, de cette branche terroriste du Hezbollah qui, en fait, met le Liban en danger.
– Mais la France, qu'est-ce qu'elle peut faire ? À part envoyer de l'aide humanitaire, ce qu'a annoncé Emmanuel Macron, qu'est-ce qu'elle peut faire pour freiner Israël ?
– Déjà, la voix de la France est un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. – Mais elle porte encore, là-bas ?
Elle porte encore dans la région, là-bas, de la France ?
– Écoutez, il n'y a que cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies dans le monde. Bon, la France est un pays doté, qui a une force diplomatique, un soft power. Et donc, c'est ici, évidemment, le rôle de la France, évidemment, d'être en soutien au Liban. Mais il faut aussi condamner, je veux dire, comme nous l'avons toujours fait, les actions inacceptables du Hezbollah, proxys de l'Iran, qui, aujourd'hui, se sent solidaires du régime des Mollah.
Et moi, je vais vous dire, je ne pleurerai pas, évidemment, l'assassinat de l'Ayatollah Khomeini, parce que je considère qu'un monde où le régime des Mollah seraient dotés de l'arme nucléaire est un monde d'une dangerosité extrême. Et donc, je salue l'opération militaire qui consiste à veiller à ce que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire.
Même si elle s'est faite en dehors du droit international, il fallait la faire, cette opération.
On ne peut pas vivre dans un monde où le régime des Mollah disposent de l'arme nucléaire.
Alors, la France qui n'entre pas en guerre, qui ne participe pas à la guerre, Emmanuel Macron l'a rappelé hier, mais qui a annoncé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle qui fait actuellement route vers la Méditerranée. Hier soir, au 20h de France 2, la ministre des Armées Catherine Vautrin a donné plus de précisions.
Le porte-avions fait route vers la Méditerranée. Pour accéder à la Méditerranée, on passe Gibraltar. Le porte-avions va passer Gibraltar demain soir ou dans la nuit de vendredi à samedi. Donc, ce week-end, pour être très précise, en début de week-end, samedi, le porte-avions sera en Méditerranée.
Il a eu raison, Emmanuel Macron, d'envoyer le porte-avions et sa frégate en Méditerranée.
Oui. Vous savez, dans Méditerranée orientale, la base militaire du Royaume-Uni à Chypre a été touchée par l'Iran. Donc, vous voyez, on est en Méditerranée orientale dans un pays, Chypre, qui est un pays d'Union européenne, à travers lequel nous avons des accords de défense. C'est l'article 42 aligné à 7 du traité de l'Union européenne. Une base militaire britannique, qui, elle, est un pays de l'OTAN, donc l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord. Donc, oui, c'est notre place.
Et six jours de conflit, on rentre ce matin dans le septième jour. Est-ce que vous voyez une issue à ce conflit ? Hier, l'Iran a dit ne demander ni cessez-ne-feu, ni négociation avec les États-Unis.
Écoutez, il y a, je pense, quatre scénarii. L'un qui consiste à dire que le régime des Mollahs tombe rapidement, il me semble hautement improbable. L'un autre, un deuxième scénario, qui consiste à dire que les États-Unis se retirent rapidement, là encore, je considère que c'est improbable. Troisième scénario, une réouverture des négociations, où on parle à la fois du régime des sanctions, des missiles balistiques, de l'enrichissement d'uranium, afin de créer une bombe atomique. Là encore, ça me semble improbable. Le scénario, le quatrième scénario, qui me semble le plus probable, malheureusement, c'est le scénario de l'enlisement du conflit.
Qui peut durer, au-delà des deux à cinq semaines, initialement avancées par Donald Trump. Pour vous, on est sur un conflit qui va durer ?
Malheureusement, je le pense. Je pense que parmi les quatre scénarios que je viens de décrire…
Ça veut dire que l'Iran, vous considérez que l'Iran a les moyens de riposter encore longtemps aux attaques israélo-américaines ?
En tout cas, l'Iran prouve ce que nous savions. C'est un régime polycentré. C'est-à-dire que ce n'est pas parce qu'on coupe la tête que le régime tombe. Le régime des Mellas est toujours là. Il y a des capacités de frappe qui sont ce qu'elles sont. Ils conservent d'ailleurs sans doute un certain nombre de matériels militaires, missiles, drones Shahed, en réserve. Je considère donc que malheureusement, nous sommes sur un scénario d'enlisement du conflit, oui.
Qui, après Ramenei ? Hier, Donald Trump a exigé d'être impliqué dans le choix du successeur de Ramenei. Qu'en dites-vous ? Il faut qu'il soit impliqué ?
Dans tous les cas, il faut l'objectif de changement de régime. Il y a l'objectif d'affaiblissement du régime et l'objectif de changement de régime. Évidemment, souhaiter le changement de régime, c'est juste. Rappelons quand même que ce régime est d'une monstruosité, d'une barbarie effrayante. Au mois de janvier, ils ont massacré leur propre peuple qui était en train de protester pacifiquement dans les différentes villes d'Iran. c'est en dizaines de milliers d'Iraniens qui ont été assassinés par le régime. Je veux dire, il faut bien avoir conscience de la monstruosité de ce régime.
Depuis le début de la guerre en Iran, on observe une forme d'alignement entre la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne qui ont réagi ensemble dès dimanche. C'est votre éclairage Stéphane.
Oui, ils ont réagi à travers une déclaration conjointe. Les dirigeants des trois pays, Emmanuel Macron, le président français, Friedrich Merz, le chancelier allemand et Kerst Armin, le Premier ministre britannique. Dans ce communiqué, les trois États assurent qu'ils sont prêts à des actions défensives pour détruire la capacité de l'Iran à tirer des missiles et des drones. Un discours qui est musclé de la part de ces dirigeants qui sont réunis en ce qu'on appelle le format E3, un mode de réunion diplomatique où ne figure que la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni qui a été créée en 2003, début des années 2000, déjà à l'époque, pour négocier avec l'Iran sur le programme nucléaire iranien.
Et quel est l'intérêt de cette coordination alors que les ministres de l'Union européenne se réunissent aussi et font des déclarations communes ?
Pour en juger, il faut regarder le contenu du premier communiqué du Conseil de l'Union européenne sur la guerre en Iran et le comparer à celui du format E3. Des mots beaucoup plus prudents de la part des ministres des 27 parce qu'ils sont loin d'être d'accord entre eux donc il faut éviter de froisser les uns et les autres. Au sein de l'Union européenne, il y a deux lignes, ceux qui sont totalement opposés aux frappes menées par les Etats-Unis et Israël en Iran, par exemple l'Espagne, on va en reparler tout à l'heure, mais il y a aussi ceux qui estiment que ces frappes sont justifiées. Avec le format E3, c'est donc une manière de faire passer des messages plus clairs et plus rapidement.
Voilà ce qu'on m'a dit dans l'entourage d'Emmanuel Macron.
Et un format dans lequel l'Italie qui s'est rapprochée de l'Allemagne ces derniers mois n'est pas représentée.
Oui, quand j'ai fait cette remarque à ce proche du président de la République, il m'a répondu que le format E3 ne réunissait que les deux puissances nucléaires européennes, la France et le Royaume-Uni, et la plus grande puissance économique, l'Allemagne. Manière donc de laisser l'Italie de Giorgia Meloni sur la touche. La présidente du Conseil italien a tout de même réagi un dimanche soir sur la guerre en Iran à la suite de la déclaration du groupe E3 en se contentant de suivre la même ligne édictée par la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Ce qui m'inspire cette question, Ronan Le Gleu, vous qui êtes sénateur des Français de l'étranger, d'une circonscription qui compte l'Allemagne.
On a vu Emmanuel Macron et Friedrich Merz afficher des désaccords ces derniers mois, par exemple, sur le Mercosur. On peut parler aussi de l'avion de combat européen, le SCAF, mais aussi l'emprunt européen pour une défense européenne, l'emprunt commun européen. Est-ce que cette guerre en Iran, elle peut rapprocher Friedrich Merz et Emmanuel Macron ?
Écoutez, de toute façon, France et Allemagne sont condamnés à s'entendre. Donc, quels que soient les soubresauts passagers qui peuvent advenir, in fine, France et Allemagne travaillent maintenant dans la main ? Parce que c'est l'intérêt à la fois de l'Europe et des deux pays en question. Le format E3 que vous évoquez, c'est le format pilier européen de l'OTAN. En réalité, cette expression, nous l'avons eue quand, avec le président de la Commission des Affaires Européennes, Jean-François Rappin, nous sommes rendus à Westminster et c'est vraiment nos interlocuteurs de la Commission des Affaires Européennes du Parlement britannique qui nous ont dit que l'E3, c'est le pilier européen de l'OTAN.
Je reprends à mon compte cette expression. Je considère que nous avons ici effectivement l'idée, vous avez évoqué notamment l'Union Européenne, l'idée que, sur les enjeux de sécurité et de défense, rien ne peut se faire en Europe sans le Royaume-Uni. Ça, il faut vraiment en avoir conscience. La relation bilatérale franco-britannique est extrêmement forte depuis les accords de Lancaster House. Il n'y a pratiquement aucun autre pays au monde avec lequel nous avons pris de tels engagements de protection mutuelle et c'est un pays doté, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et rien ne peut se faire sans le Royaume-Uni.
Bon, avec l'Allemagne qui aujourd'hui, évidemment, est la grande puissance économique de l'Union Européenne mais aussi par son budget militaire, aujourd'hui, un budget militaire qui est extrêmement important, même si les règles d'engagement de l'armée ne sont pas les mêmes et donc ce format est un format adéquat, il est juste et surtout, il tient compte du fait que le Royaume-Uni est essentiel à la protection quand il s'agit des questions de sécurité et de défense en Europe.
C'est un format donc où il n'y a pas l'Italie, on le disait. Friedrich Merz et Georgia Meloni ont amorcé une forme de rapprochement avec une visite de Friedrich Merz à Rome en janvier. Est-ce que vous croyez à un rapprochement durable entre l'Allemagne et l'Italie ?
Que l'Allemagne et l'Italie ponctuellement puissent évidemment se rapprocher, il n'y a aucun sujet mais vous savez, à la fin, le couple franco-allemand revient toujours. Je me souviens par exemple de Nicolas Sarkozy au début de son mandat de président de la République, il a essayé justement de passer outre le couple franco-allemand en se rapprochant surtout des États-Unis et du Royaume-Uni et puis finalement, la force des choses, la réelle politique, c'est-à-dire véritablement la concrétisation des mesures, fait qu'il y a eu un rapprochement naturel qui s'est fait avec l'Allemagne, c'est ensuite ce qu'on a appelé le Mercosy entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.
Donc je pense, pour être un observateur de la relation franco-allemande depuis de nombreuses années, que vous verrez que Friedrich Schmerz arrivera rapidement à la conclusion que rien ne peut se faire en européen sans le couple franco-allemand.
– Alors Friedrich Schmerz, cette semaine, il est allé rendre visite à Donald Trump, c'était prévu de longue date mais lors de la conférence de presse à l'issue de cette rencontre, le président américain a vertement critiqué l'Espagne, membre aussi de l'Union européenne, notamment sur ses dépenses militaires et sur le fait que l'Espagne a refusé de prêter ses bases militaires à l'armée américaine. Le chancelier allemand n'a rien dit quand Donald Trump a critiqué les Espagnols. Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol, a réagi en disant non à la guerre, ce qu'il a dit pour résumer son propos. D'abord, première question, qu'est-ce que vous pensez de cette position de l'Espagne ?
Vous le disiez tout à l'heure, pour vous, un monde dans lequel le régime des Molas à la bombe nucléaire n'est pas un monde de paix. Est-ce que vous pensez que la position de l'Espagne est quand même entendable aujourd'hui
avec ce qui se passe ? – Écoutez, l'Espagne est un pays souverain, évidemment je respecte sa position de son gouvernement de gauche, néanmoins, ce n'est pas la mienne. Je considère que nous ne pouvons pas assurer la sécurité avec un régime des Molas doté de l'arme nucléaire. Ce point est fondamentalement inacceptable pour la sécurité et notamment pour nos alliés dans la région. Par conséquent, il était indispensable d'agir, et c'est vrai que ça nécessite la force, mais pour empêcher ce régime de se doter de l'arme nucléaire, je ne suis donc pas, vous l'aurez compris, sur la position de gauche de l'Espagne. – Sur les critiques formulées
par Donald Trump, la France a ensuite apporté son soutien à l'Espagne pour répondre à ces critiques-là. Est-ce que vous pensez que quand l'Espagne est attaquée par Donald Trump, les pays membres de l'Union Européenne doivent réagir ? Est-ce que Friedrich Merz aurait dû réagir ?
– Mais il a réagi lors d'une conférence de presse juste après. Donc, si vous voulez, il ne faut peut-être pas non plus être trop dur, je pense, sur cette séquence. C'est une séquence en deux temps. Et lors de la conférence de presse, il a rappelé son soutien à l'Espagne.
– Et ce conflit au Moyen-Orient se déroule alors que la France est en pleine campagne des municipales. Est-ce que vous pensez que le conflit aura un impact sur le scrutin ? Est-ce que ça peut changer le vote des Français, leur participation ?
– Écoutez, je pense qu'aujourd'hui, on a un parti d'extrême-gauche qui s'appelle la France insoumise qui, dernièrement, par son leader, Jean-Luc Mélenchon, ont tenu des propos que certains ont qualifiés, même à gauche, d'antisémites. – Vous pouvez le qualifier
de cette manière ?
– Écoutez, pourquoi jouer sur la prononciation du nom de Raphaël Glucksmann ? Je veux dire, quel intérêt ? Si ce n'est pour évoquer… Non, écoutez, moi je trouve que tout ça est lamentable, lamentable, que la France insoumise est devenue très clairement un parti extrémiste, un parti d'extrême-gauche, et que par conséquent, la social-démocratie française s'honorerait de ne pas passer d'accord avec ses extrémistes.
– Et les Républicains qui jouent gros dans cette élection municipale, on va aller dans l'une des villes détenues par votre parti avec nos partenaires de la presse régionale, on va à Rouen dans la Loire, bonjour Frédéric Thomasson, merci beaucoup d'être avec nous, directeur éditorial du pays. Rouenais, Frédéric, quels sont les enjeux de l'élection dans votre ville ?
– Eh bien, à Rouen, ce putain municipal est effectivement un peu, comme dans toutes les villes de France, très attendu, on aura le droit à une quadrangulaire à Rouen, c'est la seule dans le nord du département de la Loire. Ici, ce sera un peu le combat des meilleurs ennemis qui se connaissent par cœur, puisqu'ils ont siégé tous les quatre dans le même conseil municipal de Rouen pendant ces six dernières années.
Donc, ce combat va mettre aux prises Yves-Nicolas, qui est le maire sortant, qui a obtenu l'investiture des Républicains, même s'il se revendique à la tête d'une liste d'hiver droite, à une de ses anciennes adjointes, Fanny Fénoux, à un autre ancien membre de son équipe municipale, Madi Nouiba, et à Franck Besson, qui conduira une liste de rassemblements de la gauche, à l'exception notable, on en parlait à l'instant, de LFI.
On suivra également avec intérêt dans notre région le scrutin des communes voisines, que sont Riorge, Le Coteau, Villeray, ou encore Mabli, et puis les communes de la première couronne de Rouen, car on sait qu'au soir du 15 mars, chacun compte à ses soutiens, non pas en vue du deuxième tour, il y aura très peu de deuxième tours dans notre région comme un peu partout, je pense, mais bien en vue du troisième tour de ces municipales qui sera celui de l'élection du président de l'intercommunalité rouennais agglomération.
Donc voilà pour la situation locale, mais j'aimerais savoir, monsieur le sénateur, plus généralement, comment les républicains abordent ce scrutin après plusieurs échecs nationaux. Est-ce que ce scrutin représente une chance de rebond ou au contraire un vrai risque de perte des villes qui vous sont aujourd'hui acquises et qui vous affaibliraient encore un peu en vue de la présidentielle de 2027 ?
– Écoutez, je pense que, effectivement, vous l'avez dit, les républicains, nous sommes très puissants dans la présence notamment de très nombreuses communes. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le Sénat est présidé par le président Gérard Larcher qui est issu des républicains puisque le Sénat, évidemment, est l'émanation du vote des communes de France et par conséquent, c'est un très bon indicateur des rapports de force. Je pense que, pour ce qui est des républicains, nos maires sortants globalement ont d'excellents bilans et seront réélus.
Mais nous allons aussi avoir un certain nombre de villes où nous sommes en conquête et vous le voyez notamment derrière les maires écologistes qui sont en chute libre dans un très grand nombre de communes. Aujourd'hui, plusieurs enquêtes le montrent. Je crois que nous allons avoir de bonnes surprises pour les républicains et c'est de bon augure pour l'avenir et la suite.
Est-ce que vous êtes quand même inquiet de l'impact de ce scrutin sur les sénatoriales ? Notamment, hypothèse, si Éric Ciotti remporte la ville de Nice, est-ce que ça va valider la stratégie d'union des droites ? Est-ce que ça peut avoir des déflagrations ici sur le groupe LR ?
Alors, évidemment, les élections municipales ont un impact direct sur les élections sénatoriales. De toute façon, c'est constitutionnel. Vous savez, à Nice, la messe n'est pas dite et donc, je me garderai bien de tout commentaire avant d'avoir eu les résultats.
Mais vous craignez quand même un impact sur le groupe LR ici au Sénat, sur l'unité du groupe selon le résultat de ces municipales ?
Non, parce que je pense que nous allons avoir de bonnes surprises, vous allez voir.
Merci, on regarde la une du Pays Rouennais. Frédéric, c'est du basket à la une du Pays Rouennais. Rouen Orléans, duel pour l'élite, c'est à la une de votre journal. Et on le précise que le Pays Rouennais, ça devient un bi-hebdomadaire. Désormais, parution, tous les mardis, tous les vendredis. Merci beaucoup, Frédéric. Absolument, merci. Merci à vous d'avoir été avec nous et merci à vous également, Ronan Le Gleu. Stéphane, on se retrouve dans 20 minutes.
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Ronan Le Gleut