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Discours / meetingyoutube.com· 29 mars 2018 102 minAutoproduitFond programmatiqueÉducation & rechercheSolidarités & familleInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

CONFÉRENCE ISEGORIA | François-Xavier Bellamy

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 78 %Attaque 16 %Défensif 6 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 59 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:08:46OuverteRéponse directe

    Question sur la notion de méritocratie et son lien avec la transmission.

  • 1:09:51OuverteRéponse partielle

    Réponse sur la crise de la transmission et ses conséquences sur la méritocratie.

  • 1:11:17OuverteRéponse partielle

    Réponse sur l'inégalité scolaire et la ségrégation entre établissements.

  • 1:13:23OuverteRéponse partielle

    Réponse sur la diversité des formes d'excellence et la vision unique de la réussite.

  • 1:14:36OuverteRéponse partielle

    Réponse sur l'assomption de la culture particulière et l'ouverture aux autres cultures.

  • 1:16:31OuverteRéponse partielle

    Réponse sur l'excellence dans les métiers pratiques vs intellectuels.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 9:21Invité politiqueFait
    « Nous vivons sur le mythe de la démocratie scolaire. Nous vivons sur le mythe de la méritocratie républicaine. Et ce mythe en réalité est devenu très largement une immense fiction. »
  • 10:03Invité politiqueChiffre
    « Entre un tiers et la moitié des élèves avaient du mal à lire correctement le français alors même qu'ils avaient fait la totalité de leurs études en France. »
  • 14:22Invité politiqueChiffre
    « Ce texte représente chaque année, figurez-vous, une difficulté majeure pour entre 18 et 20 % des jeunes interrogés. »
  • 15:45Invité politiqueChiffre
    « Le système scolaire le plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE. »
  • 44:26Invité politiqueFait
    « Notre pays vit sur un gigantesque mythe et ce mythe s'appelle le mythe de la nuit du 4 août. »
  • 51:51Invité politiqueChiffre
    « qui sont aussi très facilement condamnables et qui sont aussi très rapidement condamnées. Par exemple, la philosophie dont la contribution au PIB national est absolument nulle et le restera sans doute assez longtemps. »
  • 52:27Invité politiqueFait
    « l'anglais, ça c'était facile. On jouait sur du velours. Les adultes pouvaient nous dire, "Vous savez, on vit dans un monde mondialisé." »
  • 53:39Invité politiqueFait
    « Avec un smartphone dans leur poche, vos élèves ont dans leur poche plus de connaissance en philosophie que toutes celle que vous aurez jamais dans votre esprit. »
  • 54:53Invité politiqueFait
    « La culture n'est pas un bagage. Elle n'est pas détachable de celui qui la porte. »
  • 56:10Invité politiqueFait
    « Ma liberté a commencé par la rencontre avec l'autre. »
  • 56:46Invité politiqueFait
    « L'homme n'est pas un être d'immédiaté. L'homme est un être de médiation. »
  • 58:42Invité politiqueFait
    « Les oiseaux migrateurs n'ont pas besoin de faire de la cartographie pour savoir quand aller et dans quelle saison s'en aller. »
  • 1:01:11Invité politiqueFait
    « Nous n'aurions jamais commencé à penser parce que nous avons eu besoin des mots, c'est-à-dire de la langue, c'est-à-dire de la culture. »
  • 1:03:17Invité politiqueFait
    « Un étudiant en médecine apprend le nom de tous les oses du corps ou de toutes les parties qui composent un corps humain. »
  • 1:04:00Invité politiqueFait
    « Nous ne voyons le monde que par la médiation de la culture que nous avons pu recevoir. »
  • 1:04:44Invité politiqueChiffre
    « Apprendre l'anglais, ça n'a pas ça n'est pas du tout nécessaire pour la vie professionnelle. »
  • 1:06:42Invité politiqueFait
    « Toute votre liberté d'aujourd'hui, toute notre liberté d'aujourd'hui, nous la devons à ceux qui nous ont précédé. »
  • 1:12:02Invité politiqueFait
    « il y a aucune raison pour que si on est en banlieu, on soit moins capable d'apprendre à lire que quand on est dans un collège quand on grandit dans un collège favorisé de de centre-ville. »
  • 1:12:40Invité politiqueFait
    « il n'y a pas d'autodidactes. Ça n'existe pas. »

Temps de parole

  • François-Xavier Bellamy99 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:23
Non speech

[Applaudissements] [Musique]

0:46
François-Xavier Bellamy

consistera à montrer qu'il faut passer par l'école comme un résultat du passé pour dépasser ce passé et s'orienter vers la vère. Le problème, c'est la difficulté que notre système scolaire a à transmettre les éléments les plus fondamentaux de la connaissance, de la culture, ceux qui permettent de trouver sa place dans la société. Heureusement, il y a aussi beaucoup de jeunes qui sont dans une situation de grande difficulté, non pas par leur faute ou parce qu'il manquerait de talent à apporter à leur pays et à leur société, mais parce que notre système éducatif connaît de grandes difficultés.

Au fond, on pourrait dire avec Anna Arend que l'école est nécessairement conservatrice, que l'école est forcément et par nature conservative.

1:34
Non speech

[Musique] [Applaudissements]

1:48
François-Xavier Bellamy

Monsieur Belami, ça commence bien. Monsieur Bami. Très chers invités, camarades, c'est au nom de toute l'équipe du mandat 2018 Zegoria que j'ai l'immense plaisir et l'honneur de vous accueillir ce soir au Dentia. Je tiens à profiter de ces quelques mots pour remercier l'ensemble des équipes ayant travaillé à l'organisation de cette conférence.

L'école d'abord qui met à notre disposition ce magnifique enfier d'Idnant le Paul Event, madame Billier, notre coordinatrice qui ont permis qui ont permis l'organisation de cette conférence de cet événement mais également l'ensemble du pôle conférence mené par David de Codin et représenté sur scène aujourd'hui par Josephmess et Camille Fern sans oublier le podcom et son travail remarquable. On peut les applaudir.

2:39
Non speech

[Applaudissements]

2:45
François-Xavier Bellamy

En ce mercredi 21 mars 2018, Iségoria a le privilège de recevoir un professeur agrégé de philosophie, ancien élève de l'école normelle supérieure de la rue d'ULME est devenu par la suite adjoint au ma sans étiquette de Versailles. L'éducation, la littérature, le pouvoir sont des idées qu'il connaît bien parce qu'il en a fait l'expérience. Et c'est pour cela que je vous demande d'accueillir chaleureusement monsieur François Xavier Béami. Merci. Monsieur Bami nous fait l'honneur d'être présent ce soir auens pour nous parler d'un sujet qu'il connaît bien et pour faire vivre le débat autour de celui-ci. Ce sujet c'est l'éducation.

Un sujet qui ne laisse personne indifférent tant les enjeux qui en découlent sont forts. Parce que l'éducation que nous recevons, celle que l'on nous inculque, que l'on essaie de nous transmettre, nous suit et joue un rôle capital tout au long de notre vie. l'enseignement français entre méritocratie et démocratisation, entre excellence et accès pour tous, entre dicté pour tous et numérisation. On le voit, les débats sur l'éducation nationale sont d'autant plus au cœur des problématiques sociétales actuelles que cette même éducation que cette même éducation nationale subit vit en ce moment même de grandes transformations.

dicté quotidienne, parcours supre, réforme du baccalauréat, classement PISA, autant de thématiques qui agitent l'actualité, suscitent le débat et réveil ou éveille les passions, mais qui pour monsieur Blanquer, ministre de l'éducation nationale, permettront à la France de retrouver sa place parmi les premiers de la classe européenne. Alors, méritocratie, démocratie, il faut en réalité se demander quelle éducation vons-nous pour nous-mêmes, pour nos enfants, pour notre pays. La méritocratie mais ro et Kratos être digne et pouvoir l'idée que l'éducation mène au pouvoir que l'homme qui cherche à s'élever peut diriger.

La méritocratie mot polycémique celui de la chance pour tous ou celui de la légitimation d'un système inégalitaire. Et maintenant les démocraties des morts et Kratos le peuple et le pouvoir qui va à l'opposé du système inégalitaire que semble légitimer la méritocratie. De cette idée de démocratie découle le concept de démocratisation et la démocratisation de l'enseignement français désigne seulement la massification de l'accès à l'enseignement, mais aussi une transformation de l'enseignement dans laquelle la dépendance entre le parcours scolaire et le régime social s'affaiblit.

Au-delà du pouvoir, Kratos qui lit les termes de méritocratie et de démocratie, au-delà du Kratos qui force, qui contraint, qui exige, il y a le pouvoir des mots, du savoir, de l'intelligence. et je suis sûr que monsieur Bellami fera un bien meilleur usage de ce pouvoir que ce que je viens d'en faire. Alors, monsieur Bellami, la parole est à vous. Merci.

5:36
Non speech

[Applaudissements]

5:44
François-Xavier Bellamy

Merci infiniment pour vos mots et je voudrais vraiment remercier de tout cœur tous les étudiants de l'association Goria qui ont organisé avec une efficacité remarquable cette rencontre. Je voudrais les remercier surtout d'avoir choisi de placer au cœur de votre école cette question de l'école, cette question de l'éducation, au cœur de cette école de commerce où nous sommes aujourd'hui.

Je crois qu'il est vraiment nécessaire que nous puissions nous poser ensemble la question de cette tension que vous avez si bien et si efficacement relevé entre précisément notre aspiration à la démocratie et notre désir de faire en sorte que chacun puisse se trouver à sa juste place au sein de la société et surtout que chacun puisse de là où il est contribuer efficacement à la vie de la société dans laquelle il se trouve placé.

Je crois que c'est nécessaire et d'autant plus nécessaire que vous pourriez avec peut-être un peu de facilité, avec l'insouciance à laquelle vous donnerez le droit de la place où vous êtes aujourd'hui, vous dire pour ceux qui parmi vous êtent aujourd'hui à Odensia, pour nous l'école est finie, nous sommes étudiants, nous avons terminé ce long cycle d'examen, d'épreuves de concours puisque comme chacun le sait dans le système français, le concours que vous avez réussi va désormais vous suivre pendant les 40 prochaines années de votre vie, vous pourriez vous dire "ça y est, j'ai ma place au soleil" et vous détourner sans trop de préoccupation de ceux qui sont derrière vous, de ceux qui se trouvent aujourd'hui dans le système scolaire français.

Alors, je crois qu'il est absolument nécessaire que vous en ayez le souci et c'est la raison pour laquelle je vous suis très reconnaissant d'avoir choisi cette question fondamentale qui nous réunit ce soir. De fait, nous le savons bien, notre système éducatif français traverse une crise profonde et cette crise profonde, elle a directement quelque chose à voir avec cette question de la tension entre méritocratie et démocratisation. J'ai commencé à m'intéresser à cette question lorsque il y a quelques années de cela, j'ai commencé à enseigner.

J'enseigne la philosophie, je suis actuellement professeur en classe préparatoire et j'ai commencé à enseigner comme beaucoup de de jeunes collègues, j'ai commencé à enseigner dans des des établissements de l'enseignement secondaire, dans des établissements publics et dans des établissements surtout qui étaient plutôt en difficulté. J'ai commencé à enseigner en zone urbaine sensible dans le dans le nord du 92 dans un établissement qui recelait précisément beaucoup de ces difficultés qui pénalisent aujourd'hui beaucoup de nos de nos écoles, beaucoup de nos collèges et de nos lycées.

Et dans cet établissement, j'ai vécu une découverte qui m'a énormément marqué et qui a été le point de départ de ma réflexion sur ce sujet. J'ai découvert l'incroyable inégalité qui traversait notre système scolaire. J'ai découvert la réalité concrète incarnée de la crise de notre école. Et de fait, je crois qu'il est nécessaire de s'arrêter un tout petit instant sur l'ampleur de cette difficulté, de cette crise que nous traversons ensemble parce que pour beaucoup d'entre nous, cette crise nous ne la connaissons pas. En tous les cas, pour ce qui me concerne, je ne la connaissais pas avant de devenir enseignant.

Je fais partie, je n'ai pas je n'ai pas de toute façon la possibilité de le cacher. Je fais partie de ce que Pierre Bourdieu aurait appelé des héritiers. J'ai grandi dans un milieu qui était socialement, culturellement favorisé et je ne soupçonnais pas que la chance que j'avais eu était à ce point si peu partagé du point de vue de l'école. Car nous vivons précisément sur un gigantesque mythe. Nous vivons sur le mythe de la démocratie scolaire. Nous vivons sur le mythe de la méritocratie républicaine. Et ce mythe en réalité est devenu très largement une immense fiction.

Je m'en suis rendu compte en commençant à enseigner lorsque j'ai rencontré directement la crise de notre école, lorsque j'ai eu par exemple des classes de terminal général, de terminal S, de terminal dans lesquels entre un tiers et la moitié des élèves avaient du mal à lire correctement le français alors même qu'ils avaient fait la totalité de leurs études en France, qu'ils étaient nés en France pour l'immense majorité d'entre eux, ils arrivaient en terminale en ayant du mal à lire le français. Alors même, doit-on rajouter qu'ils avaient choisi de jouer le paris de l'école ?

de faire le pari de la République parce que dans beaucoup de ces quartiers arriver en terminale c'est déjà avoir voulu persévérer dans la voie d'une éducation que d'autres auront déserté dès la fin de l'obligation scolaire. Ils étaient là, ils le voulaient, ils avaient d'une certaine manière accepté de pousser ce paris jusqu'au bout et pourtant ils étaient en difficulté dans la maîtrise des éléments les plus fondamentaux de la culture et de la connaissance. des plus fondamentaux, même pour leur faire éprouver efficacement ce rapport à l'école dans laquelle il se trouvaient.

Parce que de fait, quand vous avez du mal à lire correctement le français, il est beaucoup plus difficile d'apprendre la philosophie. Il est beaucoup plus difficile d'apprendre toutes les autres disciplines quand vous êtes en difficulté déjà dans ce fondamental, dans cet acquis essentiel. Et ça a été évidemment une découverte assez brutale pour moi. D'ailleurs, elle est arrivée relativement tard. Je je me rappellerai toujours, c'était ma ma première année d'enseignement. Je donnais toujours des textes à lire au aux élèves. Je donne toujours des textes à lire aux élèves et et toujours je disais en cours qui veut lire et c'était toujours les mêmes qui lisaient.

Alors un jour en novembre je me dis il faut améliorer ma pratique pédagogique, n'est-ce pas ? Que chacun contribue au cours. Donc je désigne une élève dans la classe et je dis à cet élève est-ce que vous voulez bien lire ? Et cet élève me dit monsieur je peux pas, je sais pas lire. Alors je luii dit vous faites un effort, vous lisez. On était dans une classe de terminaless. Donc je pensais vraiment qu'elle se moquait de moi. Je en fait je je n'ai même pas imaginé une seule seconde qu'elle puisse parler autrement que de manière euh humoristique. Voyez, je lui dis "Vous prenez le texte, vous lisez.

Je vous promets, je sais pas lire." Je écoutez, tout le monde sait lire, vous prenez le texte, vous faites un effort comme tout le monde. Et effectivement, elle met son doigt sur le texte et elle commence à lire. Elle lisait bien sûr, mais en déchiffrant de façon extrêmement lente et de toute évidence sans pouvoir immédiatement comprendre ce dont il était question. Alors à ce moment-là, évidemment, le rouge m'est monté au front. Je me suis dit "Je suis un gigantesque boulet, voyez, je je prends une initiative, je plante instantanément et j'aurais dû évidemment l'écouter.

Et puis dès que la pause survient, je cours dans la salle des profs et je dis à mes collègues, "J'étais prêt à faire un signalement." Voyez, je leur dis, "Il y a une élève dans ma classe qui ne sait pas lire." Et tous mes collègues explosent de rire dans la salle des profs et me disent "Mais il y a que maintenant que tu te rends comptes. Il y a la moitié de la classe qui sait pas lire." Et je me rappellerai toujours de ce professeur d'anglais, collègue sympathique et bon compagnon qui me donne une table dans le dos qui me dit "Oh, tu sais, on se fait toujours avoir, ne te fais pas de bill." Moi, j'ai voulu il y a 3 semaines, j'ai voulu leur montrer un film.

Je leur ai dit, "On va regarder le film en anglais sous-titré pour que vous puissiez travailler votre accent." Mais au bout de 10 minutes, j'ai été obligé d'arrêter parce qu'il n'avait pas le temps de lire les sous-titres. Effectivement, il y a quelque chose de tragique dans cette histoire, même si elle peut prêter à sourire, il y a quelque chose d'infiniment tragique. Parce que est-ce qu'on se rend compte à quel point le monde est hostile quand on a du mal à lire les sous-titres d'un film ?

Est-ce qu'on peut se rendre compte à quel point notre insertion dans la société est rendue infiniment plus difficile au moment où vous n'avez pas les moyens de lire correctement les éléments, les renseignements les plus fondamentaux de l'environnement immédiat qui est autour de vous ? Au fond, j'ai fait l'expérience très concrète de ce que nous savons très bien. Mais alors même que nous ne alors même que nous le savons, parfois nous ne voulons pas y croire. Et pourtant, nous savons parfaitement quels sont les résultats de la crise de l'école dans laquelle nous sommes engagés.

Un universitaire américain qui s'appelle Eddie HCH a publié l'année dernière un livre qui s'appelle Why Knowledge Matters. Un livre excellent d'ailleurs que je vous recommande vivement. Dans ce livre, il consacre un chapitre entier à la crise de l'école en France et il se montre ironique et amusé devant le fait que en France l'administration est tellement performante qu'elle est capable de faire l'inventaire avec une précision méticuleuse de l'étendue de la dégradation que causent ses propres politiques. C'est dire que nous savons tout et je trouve que la France est un laboratoire passionnant parce que nous savons tout avec une précision parfaite.

Chaque année, par exemple, nous faisons à l'occasion de la journée de défense et de citoyenneté qui doit rappeler quelques souvenirs à beaucoup d'entre vous. Chaque année, nous faisons, vous vous en souviendrez peut-être à l'occasion de cette journée de défense et de citoyenneté, nous faisons faire un petit test de lecture à tous les jeunes français qui sont appelés donc à leur majorité, ils ont 18 ans et on leur demande de lire, pour vous sans doute, ça a été de lire un programme de cinéma. Peut-être vous vous rappelez de cet exercice.

On vous donne un programme de cinéma et on vous demande devant ce programme de cinéma à quelle heure passe tel film ou bien quel acteur joue dans telle ou telle production. Il n'y a aucune compréhension, il n'y a aucune difficulté d'interprétation. C'est un test de lecture. Et bien ce texte représente chaque année, figurez-vous, une difficulté majeure pour entre 18 et 20 % des jeunes interrogés. Je dira là-dessus, vous avez deux catégories. Vous avez une catégorie minoritaire, heureusement de jeunes qui sont dans une situation d'illétrisme totale, qui sont absolument incapables de faire quoi que ce soit devant l'exercice proposé.

Mais vous avez une proportion non négligeable de jeunes en plus de cette première catégorie de jeunes qui sont dans une situation qui fait qu'ils mettent beaucoup de temps à répondre à la question ou bien qu'ils vont répondre à côté de façon systématique à toutes les questions posées. Ce qui nous permet de déduire que ces jeunes sont dans une situation d'ilétrisme partiel, c'est-à-dire dans une situation de grande difficulté en tous les cas dans le rapport à la lecture et à l'écriture. Et là, évidemment, du point de vue de la méritocratie, il y a un immense problème.

Il y a un immense problème pour une raison très simple, c'est que ces jeunes ne sont pas répartis à égal proportion dans tous les établissements scolaires de notre pays. J'ai découvert cette situation quand je suis devenu enseignant. Ce jeune français sur 5 qui a du mal à lire correctement à sa majorité, ce jeune français sur 5, il y a beaucoup de chance pour que vous, comme c'était mon cas, vous ne l'ayez pas beaucoup fréquenté pendant vos propres années de scolarité. Ce jeune français sur 5, il se trouve relégué dans des établissements scolaires où on trouve la moitié des élèves qui sont en difficulté dans la dans l'expérience de la lecture.

Au fond, et c'est la dernière statistique que j'ajouterai, le but n'est pas de nous déprimer inutilement. Donc je m'arrêterai là pour le constat de la crise. Au fond, le grand problème de notre école, c'est que cet échec scolaire qui est déjà en soi une difficulté majeure, il est très inégalement réparti à l'intérieur de la société. Et nous avons appris en 2013 à travers l'enquête PISA publiée cette année-là que nous avions le système scolaire le plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE. Le plus inégalitaire, c'est-à-dire celui qui produit les plus grands écarts entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent.

Et de fait, il y a toujours des élèves qui réussissent et des étudiants qui réussissent dans notre pays. Et on a de quoi en être fier, bien sûr, vous pouvez en être fier. Mais le plus grand écart est produit aujourd'hui entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent. Et deuxièmement, c'est le système scolaire dans lequel le parcours scolaire d'un élève est le plus directement prédictible à partir de son milieu social d'origine. Le parcours scolaire d'un élève est le plus directement prédictible à partir de son milieu social d'origine. Sur ce second critère, il y a qu'un seul pays qui fait moins bien que nous dans tout l'OCDE et c'est le Luxembourg.

Mais vous m'accorderez qu'on peut considérer que l'échantillon est trop petit pour que ce soit vraiment rassurant. Nous sommes le pays dans lequel un élève est le plus directement enfermé par l'école elle-même dans son milieu social d'origine. Ce qui produit un effet induit absolument pervers, voyez, qui crée un cercle vicieux incroyablement dangereux. Depuis que j'ai commencé à travailler sur cette question et notamment à écrire sur cette question, j'ai été souvent sollicité par des responsables publics, des responsables politiques, par des responsables économiques ou par des des journalistes ou par le milieu médiatique sur ces sujets-là.

Et très souvent, les gens que je rencontre me disent quand même vous exagérez, vous parlez de la crise de l'école et cetera, d'accord, mais moi je vois bien mon fils, ma fille, mon petite fille, mon petitfils, ma petite fille. Voyez, je franchement c'est pas si facile hein. Et puis je vois bien il est il est brillant. Elle est brillante, hein. Elle est rentrée à Odensia quand même. C'est vous dire que ça va bien. Voyez, il y a encore des élèves qui réussissent très bien. Mais c'est vrai.

Bien sûr, le drame, c'est que ceux qui dans notre pays prennent des décisions, ceux qui dans notre pays sont chargés de la responsabilité politique, ceux qui dans notre pays sont chargés d'informer l'opinion publique, cela ne savent pas par définition l'ampleur de la crise de l'école parce que leurs enfants en sont parfaitement protégés. ou non pas parfaitement protégés, mais enfin globalement leurs enfants sont très éloignés de fréquenter ceux qui subissent directement et de plein fouet la réalité de cet échec de notre système scolaire.

Et c'est la raison pour laquelle il est d'autant plus important et d'autant plus intéressant que nous puissions parler ensemble de cette question parce que sinon nous pouvons de toute bonne fois passer notre vie entière sans savoir exactement. J'aurais pu, si je n'avais pas été enseignant, passer ma vie entière sans savoir que ce que j'avais vécu au lycée était très éloigné de ce que des élèves vivaient. dans des lycées qui sont pourtant situés à quelques kilomètres de chez moi. J'aurais pu ne pas savoir que ce que j'appelais une heure de cours quand j'étais élève ne ressemble pas du tout à ce qu'on appelle une heure de cours à quelques kilomètres de chez moi.

Et je l'ai découvert en devenant enseignant et ça a été pour moi vraiment une forme de choc. En tous les cas, l'obligation, une responsabilité, l'obligation de jeter la lumière sur cette crise et d'essayer d'en comprendre les tenants et les aboutissant, d'essayer d'en comprendre les causes objectives. Parce que si nous ne le faisons pas, nous sommes devant une crise politique, nous sommes devant une crise économique, nous sommes devant une crise sociale, nous sommes devant une crise démocratique majeure.

De fait, notre démocratie et notre République repose sur une promesse fondatrice, cellequelle précisément chacun doit pouvoir accès avoir accès non peut-être pas à une égalité de fait mais à tout le moins à une égalité des chances. La promesse selon laquelle chacun doit pouvoir participer à égalité en tous les cas quelle que soit sa position sociale à la vie de la société là où il se trouvera placé. Or, de ce point de vue-là, évidemment, nous sommes dans une situation d'échec majeure. Je veux dire par là qu'il faut prendre au sérieux la précision que Marx nous propose lorsqu'il propose de distinguer les droits formels des droits réels.

Les jeunes que j'ai croisé dans ce lycée où j'ai commencé à enseigner, les jeunes que j'ai croisé dans les établissements scolaires où j'ai pu passer ensuite, ces jeuneslà sont du pur point de vue formel citoyen comme vous et moi, électeur comme vous et moi, éligible comme vous et moi, mais en réalité la démocratie et leur propre accès à la plénitude de la fonction de citoyen, la démocratie n'est pas garantie par le fait que nous ayons le droit de vote. Gardons-nous de croire que la démocratie, puisqu'il est question de démocratie ce soir, gardons-nous de croire que la démocratie soit constituée par le fait qu'il y a de façon régulière des élections qui sont organisées.

Ça ne suffit pas du tout à constituer une démocratie. Il y a des élections régulièrement en Corée du Nord et ça ne fait pas de la Corée du Nord un pays démocratique. Il y a eu des élections encore récemment en Syrie. Ça ne fait pas de la Syrie un pays démocratique. Qu'est-ce que c'est qu'un pays démocratique ? Pour qu'un pays soit démocratique, il faut que ces citoyens puissent authentiquement exercer leur pouvoir de citoyen.

et exercer son pouvoir de citoyen suppose de pouvoir participer au débat public, suppose donc d'avoir reçu une éducation de qualité qui vous permett soit authentiquement le vôtre, pour que votre vote soit éclairé par vos propres opinions qui auront été forgées au contact de la connaissance que vous aurez du monde qui vous entoure et de la complexité des problèmes. Et puis deuxièmement, pour que nous vivions en démocratie, il faut aussi justement que vous soyez éligible. Et être éligible, là encore, ça n'est pas une simple formalité.

Vous avez peut-être vu ce documentaire remarquable d'ailleurs à bien des égards, ce documentaire consacré à notre actuel premier ministre qui s'appelle Édouard, mon pote de droite. C'est le titre du documentaire diffusé par France I mois. Et dans ce documentaire, on voit Édouard Philippe, alors qu'il était maire du Havre, rencontrer des élèves d'un quartier défavorisé de la de la banlieu Avrez. et il est devant ses élèves et ses élèves ont l'air d'être un peu apathique devant lui.

Alors, il essaie de les secouer et il leur dit à ses élèves "Non mais attendez, c'est très important, vous êtes tous concerné." Et puis la démocratie c'est un système merveilleux parce que si vous êtes pas content, vous pouvez toujours vous présenter aux élections. Vous pouvez si vous si vous n'êtes pas satisfait de la manière dont le monde avance, vous pouvez porter votre candidature, vous pouvez être élu, vous pouvez intervenir. Et les élèves évidemment écoutent ce discours avec un scepticisme absolu.

On ne peut que les comprendre parce que l'immense majorité des élèves dont nous parlons ce soir, de ceux qui subissent de plein fois la crise de notre école, ne pourront jamais objectivement concrètement se présenter à une élection. Le pacte démocratique est rompu sûr et comme le disait Marx, il ne suffit pas qu'on vous reconnaisse des droits formels pour que ces droits soient réels. Donc ce qui fait une démocratie c'est c'est comme vous le savez peut-être c'est ce sont ces deux critères essentiels. La liberté et la qualité de l'éducation, la liberté et la pluralité de l'information.

Et si nous ne fondons pas notre construction démocratique sur une éducation de qualité, alors nous risquons de vivre une crise démocratique absolument majeur. D'où vient cette crise de l'école ? Elle vient peut-être précisément du thème que nous évoquons ce soir, c'est-à-dire là aussi de la question de la de la méritocratie, de la démocratisation et du soupçon que cette question nous a fait porter sur l'école.

Et j'ai commencé à m'intéresser à cette question, je vous le disais, en devenant enseignant, en vivant cette expérience frappante de la réalité de la crise de l'école, mais aussi en vivant une autre expérience simultanément qui a été pour moi à la fois une expérience passionnante et traumatique puisque j'ai vécu la dernière promotion des IUFM. J'ai vécu donc une expérience assez fascinante dans ma formation d'enseignant. Simultanément, alors même que je commençais à enseigner, je suivais une formation pour devenir enseignant.

information qui a été supprimée, les IUFM ont disparu et puis ensuite elle a été reconstituée sous le nom de SP démontrant par là la magnifique capacité de l'éducation nationale à inventer des acronymes de plus en plus compliqués pour désigner des réalités qui ne changent absolument jamais. Et donc les IUFM aujourd'hui les SP sont l'année de formation qui suit le passage des concours de l'enseignement. vous voulez devenir enseignant, vous passez un concours, si vous êtes reçu au KPS, à l'agrégation, et bien vous allez passer une année qui sera consacrée à mi-temps à vos début dans l'enseignement et pour votre autre mi-temps à votre formation.

Et c'est parfaitement normal parce que c'est une chose de connaître sa discipline mais c'est pas du tout la même chose que de savoir correctement l'enseigner. Donc, il était très normal que nous allions à l'IUFM pour devenir de bons enseignants. Ce qui nous a tous étonné dans la formation que nous recevions, quel que soi d'ailleurs nos convictions personnelles, nos sensibilités politiques, nos opinions, nos histoires, ce qui nous a tous beaucoup étonné, c'est ce qui a structuré cette formation et qui tenait en quelques mots qu'un inspecteur général qui nous accueillait dans le métier nous a répété à plusieurs reprises.

Vous n'avez, nous a-t-il dit en nous recevant le premier jour de cette formation, vous n'avez comme enseignant, vous n'avez rien à transmettre. Vous ne devez surtout pas transmettre des connaissances parce que si vous transmettez des connaissances, ça veut dire que vous savez des choses que vos élèves ne savent pas. Donc vous les considérez comme des ignorants. Vous les placez dans une situation d'infériorité. Vous brisez précisément l'expérience de l'égalité qui devrait se vivre à l'intérieur de la classe. Si vous transmettez des connaissances, vous obligez vos élèves à rester dans la posture de récepteur passif.

Vous les empêchez d'être acteur dans la construction de leur propre représentation du monde. Vous les empêchez d'être les auteurs de leur propre savoir. Vous ne devez pas transmettre des connaissances. Vous devez permettre aux élèves de construire leur propre savoir. Il ne faut pas qu'on puisse distinguer l'asymétrie qui s'établirait dans la classe entre le sachant et les apprenants. Pour le dire autrement, la situation que FM aurait rêvé de déconstruire, c'est exactement celle que nous sommes en train de vivre maintenant. Voyez, c'està dire que là, je suis devant vous, je suis debout, vous êtes assis, je parle, vous écoutez, j'ai un micro et vous n'en avez pas.

Et donc, mais vous irez vous plaindre au représentant d'Isoria puisque ça n'est pas tout à fait de ma faute, mais enfin la chose est ainsi. Vous êtes désormais dans l'heure qui vient condamné à subir le supposé savoir que je vais faire descendre vers vous et c'est l'occasion pour moi au début de cette rencontre de vous demander pardon pour toute la violence symbolique que je vais vous infliger ce soir et dont j'espère que vous n'allez pas sortir traumatisé.

Déjà que ma position d'autorité a été massivement exaltée par la petite bandeannonce qui m'a moi-même terrifié et que j'ai regardé en arrivant avec vous, j'espère que cette autorité du savoir que je suis censé incarner ne constituera pas pour vous l'occasion d'un complexe trop profond. En tous les cas, c'est ça qu'il fallait absolument déconstruire. C'est ça qu'il fallait défaire par générosité envers nos élèves. Alors au fond, ce qui était au cœur précisément de l'idée qui nous était soumise, c'est précisément l'expérience démocratique et le désir de vivre l'expérience démocratique.

J'étais il y a quelques jours de cela à Bruxelles sollicité par des le commissaire européen à l'éducation pour rencontrer dans un colloque des des responsables européens sur ces questions d'éducation et et l'un d'entre eux me disait "Mais vous savez ce qui compte en fait à l'école c'est pas de transmettre des savoirs mais c'est de faire vivre une expérience. Et donc faire vivre une expérience ça veut dire que nous notre but à nous c'est de faire en sorte que l'école devienne authentiquement un lieu de démocratie.

dire qu'on puisse mettre les élèves dans une position de citoyen, qu'on puisse les faire voter, qu'on puisse les faire décider, qu'on puisse les mettre en action, les mettre en activité. C'est la démocratie qui doit prévaloir dans l'école. Et l'école est perçue au fond par ce discours-là comme étant une espèce d'entorse à l'idéal démocratique. Exactement comme vous l'avez évoqué dans votre introduction.

Nous percevons collectivement une tension entre la méritocratie ou plus exactement l'aristocratie que l'école traditionnelle constituerit, c'est-à-dire le pouvoir de ceux qui savent, le pouvoir d'une élite, la parole confisquée au profit d'une minorité qu'on appelle les enseignants, qu'on appellera les sachants. Et l'idéal démocratique qui veut que la parole ne soit pas confisquée et que chacun puisse faire usage de la parole. Nous ne voulons pas, me disait d'ailleurs, c'est le même jour un autre responsable de cette rencontre à Bruxelles. Nous ne voulons pas d'une école où l'élève écoute l'enseignant.

Nous voulons d'une école où chacun puisse parler, où chacun puisse prendre la parole, où chacun puisse être en activité, chacun puisse prendre la parole et et précisément pour pouvoir aussi contester, discuter, remettre en question, faire preuve d'esprit critique, douter de ce qui lui est proposé comme étant un savoir. Parce qu'au fond, nous le savons bien, le savoir est aujourd'hui contesté et il est contestable. Il n'y a pas de savoir absolu. Le savoir est dynamique et tout ce qui a été considéré comme un savoir dans une époque donnée s'est avéré en fait inexact, limité, déficient, défectueux.

Les progrès de la science nous ont appris à regarder les croyances du passé comme étant de faux savoir. Et nous savons aujourd'hui que ce que nous appelons savoir sera un jour des passés. Et donc, il faut que nos élèves critiquent, que nos élèves entrent dans le doute, qu'ils fassent l'expérience de cette contestation. Il faut déconstruire l'idée même de l'autorité du savoir parce que cette idée est profondément antidémocratique.

C'est cette conception qui nous a fait défaire, je le crois profondément, la place du savoir dans l'école, la place du maître dans l'école, la place de l'enseignant avec le désir, voyez, et le mot maître dit tout au fond, le désir de nous défaire de la servitude que l'école avait constitué. Le désir de supprimer les maîtres pour que nous ne soyons plus les esclaves de son savoir, pour que nous devenions autonomes, pour que nous devenions indépendants, pour que nous soyons libérés. Nous sommes aujourd'hui le 21 mars 2018 à la veille d'un grand anniversaire. Comme vous le savez sans doute, vous en entendrez certainement parler.

Le 22 mars 1968, dans un amphi de Nanterre se constituait un mouvement, le mouvement du 22 mars qui allait être le point de départ, le ferment des événements de mai 68. Nous sommes au lendemain d'un autre anniversaire majeur. Quelques jours avant le 22 mars 68, le 19 mars exactement, s'achevait un colloque organisé par le ministère de l'instruction publique avec bien des spécialistes de l'éducation de l'époque et des acteurs du monde éducatif qui s'achevaient par l'idée qu'il fallait pour éviter la révolution, faire la révolution. C'est le réuteur qui concluait ce colloque, qui avait ce mot étonnant. Si vous ne voulez pas subir les révolutions, il faut les organiser.

Quelques semaines plus tard, M 68 entrera dans l'histoire. Je ne crois pas du tout que M 68 soit la cause de quoi que ce soit. Je ne pense pas qu'il faille fétichiser M68. M 68 est plutôt la conséquence d'un mouvement qui le précédait. Mais ce qui est certain, c'est qu'autour de ce mouvement de mai, nous voyons très bien se cristalliser cette équation qui se préparait dans le monde intellectuel, dans le monde universitaire, dans le monde scolaire. cette équation qui au fond traverse finalement toute la société contemporaine et qui nous dit que la liberté est toujours un bien que l'autorité menace. Au fond, voilà ce qui fait la clé de la crise actuelle de l'école.

L'idée que l'autorité est toujours quelque chose qu'on retire à la liberté et que tout ce que vous donnez à l'autorité, à l'autorité de l'adulte, à l'autorité de l'enseignant, à l'autorité des parents, à l'autorité de l'État, que tout ce que vous donnez à l'autorité est retiré nécessairement de l'autre côté à la liberté de celui sur qui elle s'exerce. La liberté du citoyen, la liberté de l'enfant, la liberté de l'élève. Cette équation basique qui nous dit que tout ce qui est donné à l'autorité est retiré à la liberté, c'est une équation qui nous paraît à tous absolument évidente.

Évidente et même quand nous sommes en désaccord politique, nous nous inscrivons très souvent à l'intérieur de cette équation. Si vous voulez, vous aurez peut-être pour être très schématique et pardonnez-moi d'être quasiment caricatural, mais vous avez à gauche, vous aurez des gens qui diront il faut plus de liberté et donc défaire l'autorité. Et c'est précisément mai 68, il est interdit d'interdire. Voyez, il faut défaire l'autorité au nom de la liberté.

Et de l'autre côté, mettons à droite, mais là encore, pardon, c'est très schématique, vous aurez des gens qui diront "Non, non, il faut plus d'ordre, plus de sécurité, plus de stabilité et donc il faut plus d'autorité et tant pis pour la liberté." Je je je schématise énormément, je schématise d'autant plus que nous le savons tous, maintenant, ces vieux clivages sont terminés. Nous sommes entrés dans le nouveau monde, n'est-ce pas ? Et donc l'ancien monde a disparu et a lui son vocabulaire et je vous demande pardon de l'employer encore.

Mais c'est pour vous dire à quel point ça n'est d'ailleurs pas totalement anecdotique à quel point le dialogue politique était devenu dépourvu de sens dans la mesure où nous étions d'une certaine manière tous d'accord sur ce point fondamental. La liberté est quelque chose qui ne peut trouver dans l'autorité que sa réduction. Parfois sa réduction nécessaire parce que que voulez-vous ? L'enfant qui est devant nous devra vivre en société. Il faut bien que nous acceptions qu'une autorité vienne limiter l'espace de notre liberté parce que nous ne pouvons pas être absolument libre. Que voulez-vous ?

Il y a nécessairement quelque chose qui m'empêche d'être complètement libre et c'est pour commencer le fait que vous existez. Vous êtes une catastrophe pour moi. Je suis une catastrophe pour vous. Parce que le fait même que vous existiez dit que je ne peux pas tout faire. Il faut bien que voulez-vous ? Il faut bien protéger le nécessaire vivre ensemble. Et ce vivre ensemble impose que chacun d'entre nous accepte de limiter l'espace de sa liberté, de se laisser enfermer par l'autorité commune dans une liberté limitée pour permettre à tous les autres de vivre eux aussi de cette même liberté limitée.

Vous avez certainement déjà vu en tête de vos règlements scolaires cette petite phrase qui raisonne comme une espèce d'équation ordinaire tellement consensuelle qu'elle nous paraît une évidence. La liberté des uns s'arrête là où celle des autres commence. Vous connaissez tous cette petite phrase. La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres. Elle dit tout cette petite phrase. C'est l'idée au fond que ma liberté c'est l'espace dans lequel je puis me mouvoir sans venir trop vous déranger et que par conséquent chacun d'entre nous se déplace dans la société avec autour de lui sa petite bulle de liberté en évitant de percuter de trop près celle des autres.

Ma liberté s'arrête là où commence la vôtre. cette idée que l'autorité est une forme de malédiction nécessaire qui pèse sur la liberté parce que l'altérité nous impose de renoncer à une liberté absolue parce que l'altérité vient limiter l'espace de la liberté. Cette équation là, elle est devenue absolument consensuelle et elle nous a fait précisément tenter de défaire l'école de la transmission. Une école qui dans l'autorité du savoir était supposée reproduire des modèles préétablis au lieu de laisser les élèves inventer leur propre modèle.

Il est arrivé de manière très injuste que la société reproche à l'école d'être devenu l'otage d'une espèce de discours totalement bizarre, sectaire, quasiment superstitieux. le discours qu'on a parfois appelé l'utopie pédagogiste. Vous voyez, tout se passait comme si les vilains pédagogistes avaient pris en otage l'éducation nationale. Mais ça n'est pas du tout ce qui s'est produit.

Le discours que j'ai entendu à l'IUFM et qui a structuré notre formation, ce discours-là, il traverse toute la société, il traverse tous les lieux de transmission et il a marqué de façon extrêmement violente, en tous les cas dans le temps, je veux dire, de façon extrêmement rapide, la société tout entière en France et dans le monde occidental. Subitement, nous nous sommes dit que tout ce que nous transmettions à la génération qui suivait ne pouvait être pour elle qu'une espèce de carcan dont il était nécessaire dans la mesure du possible de la libérer, de la défaire et de la franchir.

Nous ne voulons plus qu'éduquer, c'est-à-dire éduquer pour permettre que les enfants continuent de conserver ces quelques repères basiques nécessaires à la vie en société. Nous voulons bien éduquer, mais nous ne voulons plus transmettre. Transmettre des connaissances, transmettre des savoirs, transmettre une idée du vrai et du faux, une idée du bien et du mal, une idée du juste et de l'injuste. Parce que je suis sûr que tous les parents et que tous ceux qui parmi vous êtes parents, vous avez déjà vécu cette expérience.

Lorsque je dis à mon enfant ce que je crois être vrai ou faux, lorsque je dis à mon enfance que je pense être bon ou mauvais, je suis en train de l'influencer, de l'empêcher de faire lui-même usage de sa liberté. Je suis en train de l'empêcher de faire lui-même la construction de ses propres opinions pour ce qui sera nécessaire à sa vie en société. Je vais donc tenter de fixer dans sa liberté quelque chose comme des règles basiques. Mais au-delà, il faut qu'il puisse s'inventer lui-même. Il faut qu'il puisse constituer l'aventure de sa propre vie.

Et c'est cette générosité qui a fait rompre la transmission dans tous les domaines où elle se vivait à l'intérieur de la société dans son évidence jusque-là tranquille. Je veux dire par là que pendant des siècles et pendant des millénaires, on avait transmis sans trop se poser de questions. Je parlais de ça. Ma famille est originaire de Loire Atlantique. Donc en venant ici, je je reviens je reviens à mes racines d'une certaine manière. Mais je parlais de ça avec un vieil agriculteur qui a 92 ans qui est juste à côté de l'endroit dont ma famille est originaire. Il me disait comme le monde a changé comme moi quand j'étais petit, on se posait aucune question.

Je vais dire par là que je suis né, mon père était agriculteur, je serai agriculteur. Mon père vivait ici, j'allais vivre moi aussi ici. Mon père était catholique et je serais catholique aussi. Et tout se transmettait, voyez, on transmettait non pas seulement le nom de famille, mais on transmettait aussi les prénoms de famille. Vous preniez le prénom du grand-père. Voyez, c'était la coutume dans toutes les familles. Et bien, d'un seul coup, cette espèce d'évidence, dont je ne dis pas qu'elle était juste, cette espèce d'évidence c'est subitement rompu. Prenez la question religieuse, par exemple, d'un pur point de vue sociologique, c'est extraordinairement frappant.

Et d'un seul coup, on s'est dit, c'est pas parce que je suis catholique que mes enfants doivent l'être aussi. Et avec une véritable générosité, une génération d'adultes s'est dit "Je veux protéger la liberté que mes enfants auront de construire leurs propres engagements, leurs convictions religieuses, leurs sensibilités politiques, évidemment leur propre parcours de vie." Maintenant, cet agriculteur, il a trois petits enfants alors que sa famille était paysane depuis des générations. C'est trois petits enfants, il y en a un qui est trader à New York, l'autre qui fait de l'enologie en Australie et le troisième qui dirige une école dans le sud de la France.

et il conclut la conversation en disant le monde a changé hein. Ah mais ça c'est sûr ce ce cet agriculteur n'avait pas connu les tourments d'APB, les angoisses de parcours sup, les problèmes de l'orientation. Aujourd'hui, quand vous naissez, votre vie, elle est encore complètement à écrire et c'est une chance d'ailleurs, une oui bien sûr, c'est une chance évidente. Mais la question qui se pose, c'est qu'est-ce qui nous a fait regarder toute transmission comme étant nécessairement l'ennemi de la liberté ?

Au fond, je ferai une hypothèse très très très simple et très rapide pour essayer de de de d'esquisser le fondement de ce qui me semble être cette crise de la transmission et pour tenter de rendre justice aussi à ceux dont dont à ceux qui en sont les victimes. Je crois que cette crise de la transmission est venue d'un oubli collectif assez étonnant, assez frappant, assez singulier. Nous avons oublié une chose mystérieuse que j'appellerai, si vous voulez, le le mystère de la médiation.

J'avais déjà eu l'occasion de venir parler de cette question il y a 2 ou 3 ans, peut-être ici même à l'occasion d'une réflexion organisé d'un petit colloque sur la question de savoir si l'éducation était conservatrice. Et de fait, j'avais esquissé cette piste de réponse en évoquant ici même donc ce mystère de la médiation, c'est-à-dire le fait que l'homme n'est pas un être d'immédiaté. Je crois que cette crise de la transmission trouve ses racines dans un problème intérieur, dans un problème intellectuel, dans un problème philosophique si vous voulez.

Et ce problème est lié à notre regard sur nous-même et et à ce grand oubli que nous avons eu dans nos propres existences qui est l'oubli de cette condition de l'homme à travers cette expérience nécessaire de la médiation. Je voudrais m'arrêter pour permettre de le comprendre sur un autre sur un sur un sur un un auteur qui qui qui lui aussi mériterait d'être commémoré en 1964, quelques années avant mai 68. Un auteur qui sans doute explique à lui seul beaucoup de ce tourment, de cette ébullition qu'a été le mouvement de mai. Cet auteur s'appelle Pierre Bourdieu.

En 1964, il publie un premier livre sur la question de l'école en collaboration avec Jean-Claude Passeron qui s'appelle Les héritiers. Et ce livre, Au cœur du sujet de ce soir vient de façon sociologique, c'est-à-dire avec des études, des enquêtes et des statistiques, tenter de démontrer que l'école n'est pas égalitaire mais qu'elle est au contraire inégalitaire, qu'elle reproduit les inégalités et que non seulement elle reproduit les inégalités mais que c'est la fonction de l'école de reproduire les inégalités. Au fond, nous dit Bourdieu, la culture n'est rien d'autre. qu'une forme du capital. Pierre Bourdieu est marxiste.

Il vient de la théorie marxiste mais comme il est français, il est il est plus marxiste que Marx bien sûr. Et donc il voit chez Marx une lacune lacune remarquable dans le dogme marxiste. Vous savez que pour Marx la société se répartit en deux classes sociales. C'est assez simple. Vous avez côté ceux qui possèdent le capital économique, ceux qui possèdent les moyens de production, ceux qui possèdent les terres, les outils, les machines, les usines et qui par conséquent sont du côté des dominants dans la société. Parce que de l'autre côté, vous avez ceux qui infiniment plus nombreux ne possèdent pas les moyens de production. Or, pour vivre, nous avons besoin de produire.

Nous avons besoin de produire de la valeur pour vivre parce que l'homme est un être travailleur qui a besoin pour se nourrir et pour s'abriter de produire son alimentation et de produire son habitation. Et donc ceux qui ne possèdent pas les moyens de production sont condamnés à vendre tout ce qu'il leur reste, c'est-à-dire leur force de travail à ceux qui possèdent le capital. Il y a donc d'un côté les capitalistes et de l'autre côté les prolétaires. D'un côté les dominants et de l'autre côté les opprimés. Mais la vérité, dit Pierre Bourdieu, c'est que c'est plus compliqué que ça.

Bourdieu, quand il était étudiant en philosophie a commencé une thèse de sociologie sur les grandes familles industrielles françaises. Il a étudié le sort de ses grandes familles industrielles génération après génération et il a observé que quand l'une de ces grandes familles connaît un revers de fortune, accident industriel, mauvais investissement et qu'elle perd tout son capital économique. Normalement, si on est dans la bonne orthodoxie marxiste, une famille qui perd la totalité de son capital économique, qui ne lègue plus à la génération suivante que des dettes, c'est dire, il ne reste vraiment plus rien.

Cette famille-là, elle devrait verser dans le prolétariat, elle devrait devenir prolétaire. Or, remarque Bourdieu, ça ne se produit pas. Ce qu'on observe, c'est que une ou deux générations plus tard, les héritiers de cette famille ruiné pourtant sont resté du côté de l'élite, de l'élite économique, de l'élite sociale. Et non seulement ils sont restés du côté de l'élite, mais souvent ils ont réussi à reconstruire le capital. C'est bien que le capital en fait a plusieurs formes. Et Pierre Bourdieu pointe du doigt cette autre forme du capital qu'il appelle le capital culturel.

Au fond, parquoi les enfants de la bourgeoisie sont-ils garantis de rester du côté de l'élite par le fait qu'ils font de bonnes écoles et qu'ils finissent à Odensia ? Il y a dans la culture en fait une machine à organiser la reproduction des privilèges. Au fond, on nous dit bourdieu, notre pays vit sur un gigantesque mythe et ce mythe s'appelle le mythe de la nuit du 4 août. La nuit du 4 août, c'est ce moment dans la Révolution française, vous savez, où les nobles décident dans un grand élan de générosité d'abolir leur privilèges et on déchire les privilèges et on décide que maintenant on sera tous égaux. Quelle immense fiction !

Autrefois avant au moins c'était clair voyez c'est dire vous étiez fils de prince vous étiez prince vous étiez fils de baron vous étiez baron vous étiez fils de bourgeois vous étiez bourgeois et si vous étiez fils de rien vous étiez rien c'est assez simple à comprendre au moin vous pouviez vous dire voyez que les choses étaient écrites ainsi et que vous n'étiez responsable de rien. Maintenant si on y regarde bien en fait rien n'a changé. Si vous êtes fils de patron, vous êtes patron. Si vous êtes fils de médecin, vous êtes médecin. Fils de notaire, vous êtes notaire. Fils de bourgeois, vous êtes bourgeois. fils de rien, bah vous êtes toujours rien.

Mais il y a une grande différence, c'est que quand vous êtes patron d'une entreprise, vous ne dites plus je suis patron d'une entreprise parce que mon père était patron. Vous dites "Je suis patron d'une entreprise mais moi j'ai fait alors que vos parents en fait évidemment venaient de la même classe sociale très souvent. Très souvent. C'est très rare que ce soit pas le cas. Et quand vous avez devant vous un prolétaire, un chômeur, quelqu'un qui rame en bas de l'échelle, toute la société peut lui dire "Toi, tu n'es rien mais tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même, tu avais qu'à travailler à l'école." Avant, c'était plus c'était plus c'était plus rassurant d'une certaine manière.

Vous pouviez vous dire paisiblement, "Bon, je suis rien parce que mon père était rien. C'est le destin qui l'a voulu." Et au prince, on pouvait dire, voyez, comme Pascal dans les trois discours sur la condition des grands, "Souvenez-vous, messir que vous êtes prince, mais non pas par vos mérites ou par votre talent. Vous êtes prince parce que la fortune l'a voulue ainsi, parce que la providence vous a placé là. Vous devez garder une forme d'humilité. Aujourd'hui, précisément, la fonction de la culture, c'est de produire l'illusion de la méritocratie.

C'est-à-dire non seulement de reproduire les privilèges, mais de légitimer la reproduction des privilèges, de leur donner une assise symbolique fictive. Vous êtes entré à Odensia et demain de ce titre universitaire, vous allez trouver l'occasion de le convertir en titre. Vous allez vous allez trouver l'occasion de le convertir en liquidité, exactement comme les titres boursiers, dit Pierre Bourdieu. Mais vous pourrez simultanément expliquer votre succès en disant "J'ai bien réussi dans la vie parce que j'ai beaucoup travaillé et j'étais à Odensia" et là on vous regardera avec admiration. on se dira que vous avez mérité votre succès.

Alors que la vérité c'est que rien n'a changé depuis la Révolution française. Rien n'a changé. Il y a si peu de gens issus de classes sociales très défavorisées. Il y a si peu de gens issus des classes sociales très défavorisées qui rentrent dans des grandes écoles. Il y en a de temps en temps. Bien sûr, il y en a quelques-uns parce que ça permet de de soulever la soupape de sécurité et d'éviter que la cocotte minute n'explose. Mais il y en a si peu que quand ça arrive, on fait des reportages sur eux. Voyez, on dit "Oh, regardez, incroyable. On fait un reportage entier sur ce jeune né en banlieu qui est aujourd'hui à Odensia, un modèle de méritocratie.

Mais si les statistiques, voyez, euh confirmaient l'existence d'une méritocratie, on ne s'intéresserait pas du tout à celui qui, issu d'un milieu social défavorisé, arrive dans une grande école. Ce serait normal, ça n'est tellement pas normal, ça n'est tellement pas habituel que tout le monde y fait attention au moment où ça se produit et qu'on trouve ça extraordinaire. C'est une tellement belle histoire. Donc vous voyez nous dit Bourdieu, au fond la culture est rien d'autre qu'une des formes du capital. C'est-à-dire un des moyens de partager, de départager ceux qui sont du côté des élites et ceux qui sont du côté au contraire des opprimés.

Ceux qui sont du côté des possédants et ceux qui sont du côté des exploités. L'espace social n'est plus, comme il était chez Marx simple et basique, voyez, c'est-à-dire avec d'un côté les capitalistes et de l'autre côté les prolétaires. L'espace social devient plus compliqué. Vous avez une majorité des gens qui soit possèdent le capital économique et le capital culturel, c'est la grande bourgeoisie, voyez, ou bien qui ne possède ni le capital économique, ni le capital culturel, c'est le prolétariat.

Et vous avez aussi des gens qui possèdent le capital économique sans le capital culturel, ce qu'on appellera les nouveaux riches, voyez, parvenu, quelqu'un qui est arrivé d'un seul coup comme ça, il a monté sa start-up, il arrivait de nulle part et il est devenu très riche. Et puis de l'autre côté en face des gens qui ont le capital culturel sans le capital économique. Ceuxa, ce sont en quelque sorte les dindrons de la farce, les cocus de l'histoire, c'est-à-dire les profs qui servent de valais à la grande bourgeoisie pour légitimer ses privilèges et qui n'en tirent pas eux-mêmes avantage. Il y a donc dans le propos de Bourdieu une forme de désespoir pédagogique.

Le terme est employé par Bourdieu et Passeron dans leur dernière œuvre collective, la distinction 10 ans plus tard, un désespoir pédagogique. L'école ne peut être rien d'autre que le lieu où se reproduisent les privilèges. La culture ne saurait être rien d'autre qu'un capital parmi d'autres. Une des formes du capital. Et ce qui est très frappant, c'est que la conclusion à laquelle arrive Bourdieu est partagée aujourd'hui par toute la société française. Bourdieu termine en disant l'école ne sera jamais rien d'autre que cela.

Alors, la seule chose qu'on puisse faire, c'est pas d'améliorer l'école pour qu'elle soit plus égalitaire, pour qu'elle soit plus démocratique, pour qu'elle soit plus méritocratique. La seule chose qu'on peut faire, c'est au moins de dire la vérité aux gens, de mettre en œuvre ce que Bourdieu appelle une pédagogie rationnelle, une pédagogie qui assumera enfin de dire aux enfants depuis leur plus leur plus jeune âge, vous êtes ici pour acquérir le capital culturel nécessaire pour trouver demain votre place dans la lutte pour la survie économique. Et cette affirmation est devenue consensuelle. Bourdu était marxiste. Il venait d'une tradition politiquement très engagée.

Mais son discours conclusif rejoint au fond des convictions qui sont largement partagées sur tous les chiquers politiques aujourd'hui dans un pays comme la France. L'école devrait être le lieu où tous les enfants vont trouver le capital culturel indispensable pour avoir un métier de main. L'école doit être regardé de nouveau comme un lieu utilitaire, intéressé, intéressé vers un profit matériel, comme un lieu dont le but est la vie professionnelle à venir. Et il faut le dire aux enfants dès le début. Il faut dire aux enfants dès le début que c'est en vue de ce profit, en vue de cette place dans la société économique que leur scolarité a un sens.

Par exemple, l'expression de capital culturel, elle est partagée aujourd'hui par tout le monde. Voyez, l'idée que la culture est un capital ou bien l'idée que la culture se décline dans le vocabulaire de l'avir, c'est une idée qui est massivement partagée aujourd'hui. L'idée que la culture a pour but de nous conduire vers un métier de main, c'est une idée massivement partagée aujourd'hui.

Prenez par exemple cette euh j'ai j'ai j'étais il y a quelques j'étais il y a quelques quelques années de cela à à l'Assemblée nationale reçu par des parlementaires qui voulaient parler de ce sujet et un parlementaire me dit "Vous savez la réforme de l'école c'est très simple on va regarder tout ce qui se fait dans les entreprises et tout ce qui n'est pas directement utile à la vie d'une entreprise on le supprime de l'école on apprend à l'école que ce qui est directement utile à la vie des entreprises et alors il prenait comme exemple le fait d'avoir dû apprendre à jouer du pipo quand il était en 5e vous savez avez peut-être comme comme nous, vous voyez, vous avez peut-être aussi vécu cette expérience de devoir jouer de la flut en plastique quand on était en en 5e ou en 4e.

J'ai trouvé son exemple assez curieux. D'ailleurs, ce que je vois du pipo quand on est parlementaire en France aujourd'hui, ça semble être une compétence professionnelle non négligeable parfois. Enfin, j'ai pas osé lui répondre ça bien sûr, mais passons. OK. D'accord pour l'exemple du pipoto. Reconnaissons que le pipo ça sert vraiment à rien dans la vie professionnelle. D'accord. À ce compte-là, il y a beaucoup de matières qui sont aussi très facilement condamnables et qui sont aussi très rapidement condamnées. Par exemple, la philosophie dont la contribution au PIB national est absolument nulle et le restera sans doute assez longtemps.

Toutes ces disciplines donc semblent être vouées à disparaître d'une école rationnelle. Mais si on prend au sérieux ce type de considération en fait, on verra que c'est toute l'école qu'il faut déconstruire évidemment que c'est toute la transmission qu'il faut déconstruire. Parce que prenez, je sais pas, quand j'étais élève, je me souviens, il y avait des matières avec lesquelles les adultes étaient infiniment plus à l'aise. Par exemple, l'anglais. L'anglais, ça c'était facile. On jouait sur du velours.

Les adultes pouvaient nous dire, "Vous savez, on vit dans un monde mondialisé." Donc dans ce monde mondialisé, si vous ne parlez pas parfaitement anglais, vous êtes sûr de ne jamais avoir de métier. Ben, c'était parfaitement faux en réalité parce qu'il y a beaucoup de métiers qu'on peut faire sans parler parfaitement anglais. Par exemple, professeur de philosophie. Et puis il y a beaucoup d'autres métiers même pour lesquels on aurait pu apprendre sur le tard les rudiments d'un anglais technique de circonstan qui nous aurait été largement assez utile pour la vie professionnelle.

Donc si on s'appuie sur ce discours là en fait on détruit de l'intérieur l'école, on détruit la transmission et on l'a détruit d'autant plus que nous vivons dans un monde qui semble accomplir la promesse de l'immédiateté que cette perspective nous présente. C'est le monde du numérique. À quoi bon transmettre encore des choses quand tout le savoir est sur internet ? Pourquoi voulez-vous obliger vos élèves à apprendre par cœur des choses qui sont accessibles pour eux gratuitement, immédiatement sur le réseau, autant qu'ils en ont besoin, au moment où ils le souhaitent ? On vit dans le monde de l'immédiateté numérique où le savoir est disponible partout autour de nous.

Et dans ce monde de l'immédiateté numérique, si vous voulez encore obliger vos élèves à apprendre des choses par cœur, c'est que vous êtes soit un attardé, soit un sadicque. Et le même parlementaire me disait "Mais vous parlez tout le temps de transmission, mais en vérité, vous avez évidemment un smartphone dans votre poche." Et bien vos élèves aussi ont un smartphone dans votre poche. Avec un smartphone dans leur poche, vos élèves ont dans leur poche plus de connaissance en philosophie que toutes celle que vous aurez jamais dans votre esprit. Ben, il avait raison. Il y a sur internet accessible en ligne gratuitement, directement la quasi totalité du savoir philosophique universel.

Pourquoi voulez-vous encore apprendre par cœur des choses à vos élèves ? Pourquoi voulez-vous encore transmettre des connaissances à vos élèves ? C'est totalement absurde. Voyez, s'ils ont besoin de faire une équation, demain ils demanderont la solution à Google. S'ils ont besoin de faire une addition, de trouver une capitale dans un pays, de trouver un itinéraire vers quelque part, de connaître une leçon de chimie, ils trouveront tout sur internet. Pourquoi voulez-vous encore les obliger à apprendre ? Évidemment, cette idée du capital culturel nous a fait déconstruire la transmission de l'intérieur. Même quand elle nous a servi à défendre l'école, en fait, elle l'a condamné.

Même quand elle nous a servi à nous faire les avocats de l'école, en fait, nos élèves n'y croient pas. Ils ont bien raison de ne pas y croire. Et de fait, l'expression de capital culturel ou de bagage culturel dit en réalité la totalité de l'erreur que nous avons commise ensemble parce que l'école ne transmet pas un capital, parce que la culture n'est pas un bagage. La culture n'est pas un bagage. Remarquez-le avec moi. Le propre du bagage, c'est qu'il est détachable du voyageur. Vous pouvez perdre votre valise sans cesser d'être vous-même.

Voyez, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle peut-être le but dans l'existence, c'est de devenir un jour assez riche ou assez puissant pour que quelqu'un porte vos valises à votre place, n'est-ce pas ? Parce qu'un bagage, c'est gênant, c'est pénible. Un bagage, ça ne fait qu'encombrer votre liberté de mouvement. Et donc si la culture est un bagage, si la culture est un capital, nous avons tout à fait raison de transmettre à quelqu'un d'autre que nous ce bagage pour qu'il le porte à notre place. Et en l'occurrence, Internet, c'est ce quelqu'un qui porte pour nous le stock de données accumulé par l'humanité depuis des milliards d'années.

Et de fait, on voit bien qu'il y a dans cette idée de la culture comme d'un bagage une condamnation évidente de l'école. une condamnation évidente de la culture, une condamnation nécessaire. Un ancien ministre de l'éducation nationale me disait un jour sur un plateau de télévision, "Vous savez maintenant qu'il y a Internet, les élèves n'ont plus besoin d'apprendre des choses à l'école. C'est fabuleux. Ils vont pouvoir à l'école faire toute autre chose de plus intéressant. Ils vont pouvoir à l'école, ils vont pouvoir danser leur vie. Je sais pas trop ce que ça voulait dire danser sa vie, mais enfin la métaphore était parlante. On ne danse pas avec des valises à la main, voyez.

Donc si la culture est un bagage, mais si Internet porte pour nous le bagage qui est la culture, mais bien sûr délestons-nousen. Allons jusqu'au bout du propos. Voyez, ne soyons pas tiède ou timoré. La vérité c'est que ce discours-là, en fait, il n'est pas faux parce qu'il serait dangereux pour la culture. Il est faux parce qu'il repose sur un oubli massif. La culture n'est pas un bagage. Elle n'est pas détachable de celui qui la porte. Que seriez-vous aujourd'hui sans la culture qui vous a été transmise ? Que serions-nous aujourd'hui sur la culture qui nous a été transmise ? Et c'est là que j'en reviens à ce que je disais à l'instant. L'homme n'est pas un être d'immédiaté.

L'homme est un être de médiation. Peut-être pour essayer de le comprendre, on pourrait dire si vous voulez pour le comprendre, essayer de montrer que c'est ce qui fait notre grande différence avec l'animal. Pardonnez-moi parce qu'il faudrait beaucoup de temps pour parler de l'animal qui est un sujet philosophique passionnant et décisif d'ailleurs aujourd'hui. Mais mais pour le dire en deux mots, disons que l'animal est plutôt par nature un être d'immédiateté alors que l'homme est plutôt par nature un être de médiation. Et c'est ce qui fait le caractère fascinant de l'animal pour nous. Fascinant, absolument fascinant.

C'estàd que l'animal possède immédiatement la totalité ou la quasi totalité des facultés qui sont le propre de son espèce. Il les possède immédiatement dès le moment de de sa naissance. Les abeilles n'ont pas besoin de faire des écoles d'architecture pour apprendre à construire des ruches. Et les araignées n'ont pas besoin de faire des écoles d'ingénieur pour apprendre à tisser leur toile. Et pourtant, regardez bien une toile d'araignée. Il faut de temps en temps s'émerveiller malgré la méfiance légendaire qui distingue notre espèce de celle des araignées. Regardez une toile d'araignée un jour. C'est un prodige d'équilibre. C'est un truc extraordinaire. Une toile d'araignée.

Bien la petite araignée, elle fait immédiatement tisser sa toile sans que personne ne le lui a appris. L'autre jour, je voyais le film de Yan Artus Bertron qui s'appelle Home. Dans ce film, on voit les tortues de mer qui qui qui ont été pondu. Les tortues de mer viennent pondre leurs œufs sur le sur le sur la plage. Elles pondent leurs œufs sur le sable chaud et elle recouvre les œufs de sable et ensuite elles retournent à la mer. Donc les œufs sont couvés naturellement par le sable chaud sous lequel elles sont placées. Et toutes les petites tortues de mer arrivent à maturité en même temps. Elles sortent de leurs coquilles et elles sortent tout ensemble du tas de sable.

Et on voit dans le film, elle se rue à toute vitesse vers la mer. Pourquoi est-ce qu'elles foncent vers la mer ? Elles foncent vers la mer parce que elles sont toutes petites encore et si elles ne vont pas assez vite dans l'eau, les oiseaux de proie arrivent et les mangent. Mais c'est fascinant quand on y pense. Qui a dit aux petites tortues de mer qu'il fallait se dépêcher d'aller vers l'eau ? Voyez, elle pourrai sortir dire tiens c'est joli ici petite petite balade tourisme et tout. Non non, elles vont directement là où elles doivent se rendre. Et même autre question fascinante, qui leur a dit où était la mer ?

Tiens, vous voyez l'image, voyez la tortue, elle est plus là depuis très longtemps. Vous avez d'un seul coup 50 petites tortues qui sortent du tas ensemble et qui vont tout de suite dans la bonne direction. C'est incroyable. Franchement, c'est incroyable. Les oiseaux migrateurs n'ont pas besoin de faire de la cartographie pour savoir quand aller et dans quelle saison s'en aller. L'autre jour, après j'arrête avec les animaux parce que j'ai déjà été beaucoup trop long, mais ça mérite quand même qu'on s'y arrête parce que tout le mystère de l'homme est là par contraste.

L'autre jour, je je j'arrive dans un hôtel après une conférence à 1h du matin, chose absurde, j'allume la télévision, je tombe sur un documentaire animalier qui raconte la vie des bouquetins. Ça raconte la vie des bouquetins. Alors, les bouquetins dans la montagne, vous voyez, on voit les petits bouquetins qui viennent de naître et le documentaire nous raconte, voyez, les bouquetins et comme beaucoup de cadrupèdes, ils se tiennent tout de suite sur leurs quatre pattes dès dès le dès leur naissance. Et on voit les petits bouquetins qui 24 heures après leur naissance, dit le documentaire, se déplacent dans la montagne comme ils le feront pendant tout le reste de leur vie.

24 heures après leur naissance, vous les voyez quand même dans la montagne, milieu escarpé et compliqué. Vous les voyez sauter d'un caillou à l'autre avec une espèce de sécurité souveraine. Et alors, je regarde ça évidemment avec étonnement et quelques jours après, je vais dîner chez des amis qui ont leur premier bébé. Alors, c'est souvent le cas quand vous avez des amis qui ont leur premier bébé. Vous vous vivrez ça bientôt, j'imagine. Euh c'est que généralement, quand c'est le cas, la totalité du dîner est consacrée au dernier exploit en date du bébé.

Et donc là, le bébé qui a 1 an et demi, le le grand moment de la journée, c'est que il commençait à marcher et il paraît que c'est très important dans l'apprentissage de la marche. Le bébé, il fait trois pas, il s'arrête et il repart. Il paraît que c'est très important parce qu'un bébé, vous pouvez le projeter d'un bras à l'autre, il tit tue et tout mais il marche pas vraiment. Alors que là, il fait trois pas, il s'arrête et il repart comme ça. Voyez comme ça. Et il repart. Hyper important. Voyez ? Tr qu4 d'heure sur le sujet. Tu te rends compte, c'est trop mignon. Bon, évidemment, il tube encore, il est pas tout à fait à son aise et tout, mais quand même, il se stabilise.

On voit qu'il commence à marcher. Il est très fier. Tu verrais ça, c'est incroyable et ça. Alors moi, évidemment, je m'extasie avec mes amis bien sûr parce que le contraire aurait été mal venu. Mais en moi-même, je pensais au petit bouquetin et je me disais mais c'est absolument ridicule, un an et demi sur du plat, de la moquette. Voyez vraiment la première des choses qu'on peut dire à côté du petit animal, c'est que le petit bébé humain, il est parfaitement ridicule. Il est extraordinairement démuni. C'est dire même marcher, nous avons eu besoin de l'apprendre. même marcher.

Et pourtant ce petit bébé le jour même de sa naissance, vous le regardez, vous savez qu'il est capable de faire des choses incroyable. Il est capable de penser, il est capable de parler, il est capable d'entrer en relation avec les autres, d'imaginer, il est capable d'aimer. Mais pour qu'il puisse accomplir toutes ces facultés qui sont en lui bien sûr parce qu'elles sont le propre de son espèce, pour qu'il puisse accomplir toutes ses facultés, il faudra d'abord qu'il rencontre un autre, qu'il rencontre une altérité et même qu'il rencontre une autorité.

Par où viendra jusqu'à lui la culture qui est comme le travail de toutes les générations qui nous ont précédé pour nous permettre d'accomplir notre propre nature. Et quand vous étiez petit, par exemple, quand nous étions petits, nous étions capables de parler. Nos parents n'ont pas produit en nous la faculté de parler parce que sils avaient été magiciens et qu'ils avaient été capables de produire en nous la faculté de parler, ils auraient aussi donner cette même faculté à notre nounours sans peluche et ça leur aurait évité des conversations laborieuses.

Donc nos parents ne nous ont pas rendu capable de parler, nous étions capables de parler mais nous n'aurions jamais commencé à parler si nos parents ne nous avaient pas transmis leurs mots pour parler. Et même le mystère de la médiation est si fondamental en nous que nous n'aurions jamais commencé à penser parce que nous avons eu besoin des mots, c'est-à-dire de la langue, c'est-à-dire de la culture et nous avons eu besoin de la discipline des mots et de la règle interne à toute langue. Non pas seulement pour parler, pour exprimer nos pensées, mais même pour penser, nous avons eu besoin des mots et même pour voir le monde autour de nous.

Nous avons besoin des mots pour voir le monde autour de nous. Et c'est ce que vous vivez chacun d'entre vous dans vos études, dans vos disciplines de spécialité. Dans chaque discipline, vous apprenez des enseignants que vous rencontrez un vocabulaire que personne ne produit tout seul et qui justement est toujours d'abord hérité. Demain, ce vocabulaire peut-être vous l'enrichirez, vous le compléterez, vous le nuancerez, mais aujourd'hui vous l'apprenez, vous le recevez. Et dans ce vocabulaire, vous recevez de quoi ? Non pas seulement exprimer vos pensées, mais même formuler vos pensées, penser et voir les choses que vous étudiez.

Un étudiant en médecine apprend le nom de tous les oses du corps ou de toutes les parties qui composent un corps humain. Un spécialiste de la main apprend le nom de toutes les petites parties qui composent cet organe extraordinaire qui s'appelle une main humaine. Et demain, si je vais voir un chirurgien spécialiste de la main que je lui montre ma main, il va voir dans ma main des choses que je ne vois pas. pas parce qu'il a de meilleurs yeux que moi, mais parce qu'il a reçu un vocabulaire, une connaissance, un savoir qui lui permett l'infinité des nuances que le réel nous présente et que moi qui suis un profane, je ne peux pas distinguer, je ne peux pas discerner.

Nous avons tous les mêmes yeux, mais nous ne voyons pas la même chose. Et nous ne voyons le monde que par la médiation de la culture que nous avons pu recevoir. Par la lecture, par la fréquentation de toutes les autorités, de l'autorité de l'auteur, de celui qui écrit un livre, de l'autorité de l'enseignant qui vient nous transmettre un savoir et par lequel nous sommes ouverts à la singularité qui est partout présente dans la réalité autour de nous, mais que l'ignorance ne distingue pas, ne discerne pas. Et nous sommes tous massivement ignorants bien sûr et massivement aveugles à ce que le savant sait repérer, distinguer et discerner.

Et c'est la raison pour laquelle il est si nécessaire toute notre vie du rang de continuer à compléter cette culture que nous avons reçu. C'est la raison pour laquelle il est si nécessaire par exemple d'apprendre une autre langue étrangère, une autre langue que la nôtre. Apprendre l'anglais, ça n'a pas ça n'est pas du tout nécessaire pour la vie professionnelle. Ça n'est pas forcément nécessaire pour la vie professionnelle, mais c'est tellement essentiel d'apprendre une autre langue que la sienne parce que les langues sont des produits culturels et que tout produit toute production culturelle a ses fragilités, ses défauts et ses lacunes.

Et en apprenant une autre langue que la nôtre, nous pouvons compléter le regard que nous portons sur le monde de la richesse d'une autre langue dont tous ceux qui connaissent bien de langue savent qu'il y a entre elles quelque chose d'intraduisible. De ce point de vue-là, il n'y a pas d'authentique démocratie qui ne se fonde d'abord sur l'autorité de la culture parce qu'il n'y a pas en fait de liberté qui n'est commencé par la rencontre avec une autorité. Et je terminerai par là. Rien n'est plus faux, me semble-t-il que cette équation absurde qui est placée en tête de tous nos règlements scolaires. Et quelle aberration qu'elle soit justement en tête de nos règlements scolaires.

Ma liberté s'arrête là où commence celle des autres. Mais c'est l'exact inverse qu'il faudrait dire. Ma liberté a commencé par la rencontre avec l'autre. Ma liberté a commencé parce qu'un autre m'a transmis de quoi accomplir en moi ce qui était le plus singulier, ce qui était en moi le plus naturel. Je ne serai pas aujourd'hui celui que je suis dans ma liberté sans les mots qu'on m'a transmis, sans le savoir qui m'a été apporté. À chaque fois que vous parlez, à chaque fois que vous pensez, vous dites votre dette à l'égard de ceux qui vous ont précédé. Toute notre liberté d'aujourd'hui, nous la devons à ceux qui nous ont transmis de quoi accomplir en nous cette liberté que nous avons.

Ça veut pas dire que nous avons été formaté par eux. Bien au contraire. Ceux qui parmi vous êtes parents, je suppose que vous avez déjà vu cette vécu cette expérience vertigineuse. Quand vous transmettez à un enfant les mots pour parler, vous lui transmettez les mots aussi pour penser et vous lui transmettez les mots pour penser par lui-même et peut-être un jour pour penser contre vous. Vous ne savez absolument pas ce qu'un enfant fera des mots que vous lui transmettez. Vous n'en savez rien.

Tout le mystère de la médiation, tout le mystère de l'expérience humaine, c'est que l'adolescent en crise qui se révole contre ses parents en disant "Jeni faire de tout ce que vous m'avez transmis," il le fait encore avec les mots que ses parents lui ont transmis. Toute votre liberté d'aujourd'hui, toute notre liberté d'aujourd'hui, nous la devons à ceux qui nous ont précédé. Et c'est la raison pour laquelle il n'y a pas de démocratie véritable sans d'abord transmission.

Il n'y a pas de liberté sans autorité et il n'y a pas d'expérience de la relation à l'autre qui ne soit vécu humainement, c'est-à-dire en ayant accompli ce qu'il y a en nous de plus humain et de plus libre sans que cette relation commencé d'abord par l'expérience d'une transmission. Et si nous ne le redécouvrons pas, je crois que nous allons au-devant de cette crise démocratique que j'évoqué à l'instant, au devant de cette crise méritocratique profonde parce que les fictions de la société contemporaine ne peuvent pas tenir très longtemps.

Rien n'est plus nécessaire, me semble-t-il, que de redécouvrir avec émerveillement l'infinie fécondité de la transmission de la culture, c'est-à-dire de ce qui en fait se joue tous les jours dans le silence de vos enfis, de vos cours, de vos lectures et peut-être ce qui s'est vécu de façon très humble et très simple dans notre échange de ce soir. Pardon d'avoir été trop long, mais merci de votre attention. Alors, tout d'abord, merci monsieur Bellami pour cet exposé très clair et plein d'espoir. Euh donc, on va passer maintenant à la seconde partie aux questions du public.

Euh donc on va vous passer avec les micros si vous avez une question à poser à monsieur à notre invité ce soir, monsieur Balami. Euh monsieur Bellam, bonsoir. Tout d'abord, je suis ravie de vous revoir dans cet amhithéâtre. J'avais eu la chance de vous voir il y a 2 ans. J'ai beaucoup aimé quand vous avez encore parlé du rôle de médiation de l'école. Je trouve que c'est un point sur lequel vous êtes assez juste. En revanche, j'ai un terme que j'aimerais plus étudier avec vous, c'est la notion de méritocratie. Pour moi, je pense que c'est quelque chose qui a besoin d'être défini aujourd'hui.

Euh tout simplement parce que je pense dans nos écoles de commerce, on nous vend toujours le modèle de l'étudiant qui part de rien, qui montre sa saup et qui réussit, d'un étudiant qui monte une boîte de slip made in France et que ça marche. Cet étudiant, il a fait HC, il a fait Général Electric aussi. Donc moi ce que je voudrais voir avec vous, c'est cette notion de médiation aussi à quel point elle est importante dans la méritocratie et que finalement c'est pas aussi un défaut de transmission qu'aujourd'hui l'école n'arrive pas à transmettre à des élèves qui ne sont pas dans l'élite, ces personnes qui ont le plus besoin de la transmission et de la médiation.

Aujourd'hui, la méritocratie ne fait pas son travail parce qu'on considère que la méritocratie, c'est réussir tout seul. Et finalement, est-ce que c'est pas aussi un défaut de transmission de l'école qui n'arrive pas à s'adapter ? Est-ce que finalement la médiation devrait pas être adaptable ? Merci, merci beaucoup pour votre question. Eh, c'est vraiment une question fondamentale. En effet, vous avez dit qu'elle méritait d'être pensée ou d'être repensée aujourd'hui. Je le crois profondément. Je répondrai seulement par deux points très rapides.

La première, c'est que si on prend bien au sérieux ce que euh ce que ce que nous dit cette expérience de la médiation que j'essayais très humblement de de décrire à l'instant, alors on doit aussi comprendre que dans la crise de la transmission de la culture, il y a quelque chose d'infiniment plus grave que le fait de ne pas transmettre le capital culturel indispensable au positionnement social. Au fond, nous ne privons pas seulement des élèves d'accéder à des postes de responsabilité de main. Nous les privons d'abord et surtout de la capacité d'accomplir leur propre talent. Et de ce point de vue là, il y a quelque chose d'effectivement infiniment grave. Voyez ?

parce que je ne sais pas en quel sens il fallait entendre ce que vous disiez à l'instant, mais ce sont ceux qui en ont le plus besoin, en effet sans doute, mais nous en avons tous eu besoin, qu'on prive de la capacité d'accéder à cette culture par laquelle ils seraient en quelque sorte offert à leur propre liberté, par laquelle ils seraient accomplis dans leur propre personnalité. Ce qui est ce qui est dramatique là-dedans, c'est que nous avons fini par nous habituer à cette situation. Ça m'est arrivé très souvent d'entendre, tu sais, c'est normal que l'école soit en difficulté aujourd'hui. Tu as vu les élèves, franchement, tu as vu les conditions dans lesquelles on enseigne ?

Est-ce que tu as vu la société française qui a tellement évolué ? Regarde par exemple ces élèves qui sont issus de l'immigration ou bien qui sont issus de famille défavorisée, cocher la case que vous voulez. Je crois qu'il y a là quelque chose d'infiniment violent et d'infiniment faux. infiniment violent parce que ce ne sont pas les élèves qui sont la cause de l'échec de notre école. C'est l'échec de notre école qui est la cause de leur échec.

Un directeur de cabinet d'une précédente ministre sous le dernier quinquena me disait "Mais vous devriez être content avec la réforme du collège parce que avec l'autonomie des établissements, on va pouvoir aménager les horaires." C'est-à-dire que dans les collèges de Centrre-ville, on pourra accompagner les meilleurs et dans les collèges de banlieu, on pourra faire du soutien scolaire. Mais c'est abominable comme vision. C'està dire qu'on s'est habitué à l'idée que ce qui était en banlieu était forcément moins bon que ce qui était en centre-ville.

Mais il y a aucune raison pour que si on est en banlieu, on soit moins capable d'apprendre à lire que quand on est dans un collège quand on grandit dans un collège favorisé de de centre-ville. Donc c'est c'est une forme de résignation aussi devant ce qui n'est rien d'autre au fond que notre incapacité à à offrir à chaque élève les conditions nécessaires à son propre accomplissement. Et de ce point de vue-là, il nous devient impossible de parler de mérite en un sens parce que parce que personne personne du coup ne ne mérite son propre mérite. Vous le disiez à l'instant, on peut parler de ce jeune qui a fait une start-up magnifique.

On peut parler de ce jeune qui est devenu artiste, qui est devenu créateur et cera mais il n'y a pas il y a des talents, il y a des génies mais il n'y a pas d'autodidactes. Ça n'existe pas. Personne n'a accompli par lui-même son propre talent. Même Mozart dont on dit qu'il était autodidacte, mais Mozart n'aurait pas été au Mozart s'il y avait pas eu son père et son père qui lui faisait jouer du piano de façon intensive tous les jours depuis qu'il avait 3 ans. Et Mozart tout génial qu'il était, voyez, moi j'aurais pu avoir le même père que Mozart. J'aurais sans doute jamais été Mozart. Mais tout génial qu'il était, Mozart n'aurait pas été Mozart sans son père.

Et donc on peut plus parler de mérite si on on vit dans un dans une société où on on surdétermine socialement le l'échec à ce point. Mais ça nous impose aussi de considérer une deuxième chose. Je ser je serai très rapide sur ce point mais ça me paraît essentiel. Vous avez parlé de cette réussite, de cette vision de la réussite qui est aujourd'hui très individuelle. Je dirais que ce qui fait aussi le caractère singulièrement douloureux dans la société française de cette crise de la méritocratie, c'est le fait que nous avons un modèle unique de la réussite et que c'est ce modèle unique de la réussite qui constitue lui aussi une forme de violence.

En réalité, il y a pas qu'une seule manière de réussir. Il y a pas qu'une seule manière de s'accomplir. Il y a même pas qu'une seule manière d'accomplir une forme d'excellence. Aujourd'hui pour nous la réussite c'est d'avoir fait polytechnique et tout le reste est une version dégradée de ce modèle central. Voyez vous avez Polytechnique. Après bon, si vous arrivez pas à Polytechnique, vous pouvez toujours faire une école de commerce. Si vous pouvez pas faire une école de commerce, vous pouvez Non, mais c'est ça fondamentalement, vous vous êtes tout près du soleil.

Vous n'êtes pas absolument au soleil, mais vous en êtes tout près et vous en êtes beaucoup plus près que ceux qui comme moi sont sont perdus dans les méandres des disciplines littéraires. L'enseignement par exemple, vous dire quand j'ai sorti ce petit livre il y a il y a quelques années, un jour sur un plateau de télévision, une dame me dit quand même quand même vous parlez d'égalité mais faites attention parce que on voit bien que l'égalité dans notre pays c'est très fragile hein. On voit bien par exemple, me disait-elle, que les garçons vont spontanément vers des filières d'excellence alors que les filles vont plutôt vers des filières littéraires. C'était génial comme formulation.

Pourquoi est-ce qu'on pourrait pas être excellent dans une filière littéraire ? Et moi qui suis dans un métier qui est euh justement massivement féminisé, voyez, l'enseignement et auquel elle faisait allusion, mais je crois que pour devenir un bon enseignant, il faut des compétences et des talents. Il faut même un génie assez rare. J'espère devenir un jour un bon enseignant, mais je suis très loin de me considérer comme un enseignant excellent et j'espère qu'avec le temps, je parviendrai à atteindre une forme de de de qualité dans mon métier. Voyez, mais c'est très difficile. L'excellence, elle devrait être admirée et admirable partout.

Elle est admirable partout et elle devrait être admirée partout. Et nous devrions nous garder de considérer qu'il n'y a qu'une seule voix de réussite ou une seule voix d'excellence parce que sinon effectivement nous ne pouvons que créer une espèce de ressentiment généralisé. Je me rappellerai toujours du jour où je j'étais enseigné en lycée hôtelier dans les mes premières années.

Je rends des copies à mes élèves et je leur dis bon écoutez bon c'est pas dramatique, on a encore plusieurs mois devant nous et cetera, mais une chose c'est sûre, vous ne savez pas encore faire une dissertation de philosophie et mes élèves se drapent dans leur dignité offensée et me disent "Monsieur, peut-être qu'on sait pas faire une dissertation de philosophie, mais nous au moins, on sait faire un lit." Je dis, je sais pas de quoi vous parlez. Moi, je fais mon lit tous les matins, bien sûr. Non, non, nous, monsieur, on sait faire un lit. et ils m'emmènent dans dans une chambre à la récréation de l'hôtel d'application du lycée et ils font devant moi un lit, le lit d'un grand hôtel.

Voyez, mais c'est l'hôtellerie, c'est un c'est un art et à un certain degré, c'est une forme d'excellence. Voyez, à la fin de l'année, je leur ai offert un petit goûter. Il me regardait avec compassion servir le jus d'orange dans les verrs et on dit "Monsieur, laissez faire." Et là, d'un seul coup, j'ai vu ce que c'était que quelqu'un qui sait servir un verre, voyez. Et d'une certaine manière, j'ai été heureux de pouvoir admirer l'excellence qu'il cultivait. Et comme tous les matins en tournant la clé de ma voiture, je suis heureux qu'il y ait des ingénieurs excellents dans notre pays parce que si tout le monde était professeur de philosophie, j'en serais extrêmement ennuyé.

L'excellence doit être admirée dans la dans la diversité de ses formes et c'est vraiment nécessaire pour pouvoir reconstruire un système qui puisse parler justement de méritocratie au-delà même de la reconstruction d'une école qui puisse fonctionner. Pardon pour cette réponse beaucoup trop loin. Bonsoir, encore merci pour ce brillant exposé. Euh j'avais une question courte. Est-ce que quelque part aujourd'hui en France le problème de la transmission viendrait du fait qu'on narrive pas à assumer pleinement notre culture ? Ce qui est vrai, c'est que je crois qu'on a du mal à assumer le particulier. Assumer le particulier au fond.

D'ailleurs dans dans c'était c'est pas explicite dans les derniers textes de l'éducation nationale, au moment de la dernière réforme du collège, on a eu un texte d'orientation qui était très intéressant et qui nous disait "Le but de l'école, c'est de transmettre à tous les enfants une culture humaniste." Mais qu'est-ce que c'est qu'une culture humaniste ? Moi, je sais pas transmettre une culture humaniste. Il m'arrive aussi qu'on me dise, "Vous êtes professeur de philosophie mais c'est vraiment terriblement ethnocentré et vous enseignez Platon et Aristote, Kant et Hegel, mais pourquoi est-ce que vous n'enseignez pas euh les auteurs chinois, la pensée indienne ? Euh, c'est vrai.

Bien, je ne transmets d'une certaine manière que ce que je connais le mieux. Je ne dis pas qu'il n'y ait pas des trésors infinis dans d'autres traditions culturelles, mais je transmets ce que j'ai à offrir et c'est-à-dire, je transmets d'une certaine manière ce que j'ai eu la chance de pouvoir recevoir moi-même. On peut pas enseigner par exemple une langue humaniste, on peut enseigner le français. Et enseigner une culture particulière, c'est la condition pour transmettre une culture parce qu'il n'y a pas de culture universelle. Il n'y a pas, pardonnez-moi l'expression de manière un peu ironique, mais il n'y a pas de culture générale, il n'y a de culture que singulière.

On peut enseigner le français. Et enseigner le français, c'est ce qui fera dans les enfants auxquels nous l'enseignerons leur capacité de s'ouvrir au monde et de s'ouvrir aux autres. Mes collègues de langue se plaignent très souvent dans les salles de prof que la plus grosse difficulté que les élèves ont aujourd'hui pour apprendre d'autres langues vivantes, c'est le manque de maîtrise de leur de leur propre langue maternelle. C'est quand quand vous connaissez mal le français, quand vous connaissez mal la grammaire du français, comment est-ce que vous voulez faire l'effort de comprendre la grammaire d'une autre langue ?

Quand vous avez peu de vocabulaire dans votre propre langue, comment comprendre le vocabulaire d'une autre langue ? La condition pour s'ouvrir à l'autre, la condition pour apprendre la langue d'un autre. La condition pour s'engager dans la découverte passionnante de la philosophie, de l'art, de la culture d'une autre civilisation que la sienne, c'est d'abord de bien connaître sa propre culture et sa propre civilisation. Celui qui se rapportera aux autres d'une manière brutale, d'une manière violente, d'une manière même inhumaine, c'est celui qui aura été dépossédé de cette culture dans laquelle aurait pu s'accomplir ce qu'il y a d'humain en lui.

Et donc, je crois, je sais pas si c'est notre culture que nous avons du mal à assumer, mais nous avons du mal à assumer la dimension particulière de notre culture. C'estàdire le fait que c'est une culture parmi d'autres que nous allons transmettre. Et bah oui, on va transmettre une culture parmi d'autres. Et d'une certaine manière, l'école ne devrait pas chercher, me semble-t-il, à contempler les fruits de son propre travail. Demain, voyez, au fond, nous avons oublié le mystère de la médiation, c'est dire aussi, nous avons oublié le mystère de l'enfance.

Voyez, cette dame qui me disait qu'il faudrait construire l'école comme une démocratie, elle a juste oublié que les enfants sont des enfants et pas encore des adultes. Demain, ils seront des citoyens, demain, ils seront des électeurs, demain, ils feront des élections. Demain, ils se présenteront à des élections et tout cela, nous ne serons peut-être plus là pour le voir. Mais c'est ça l'humble travail de l'enseignant, c'est de fonder ce qui prépare quelque chose qui le suivra et qu'il ne contemplera pas.

Demain, mes élèves en philosophie, peut-être c'est le cas d'une de mes élèves d'ailleurs qui est en train de une de mes anciennes élèves qui est en train de se lancer dans un un travail de recherche passionnant sur la relation entre le stoïisme et le bouddhisme. Demain, ils se passionneront pour les sagesses orientales, pour d'autres cultures que celles que j'ai pu partager avec eux. Mais d'une certaine manière, ça ne m'appartient pas. Ils feront de ce que je leur transmets, quelque chose que je ne prédis pas, mais nous ne pouvons pas aller immédiatement au résultat.

Voyez, pour qu'elle commence un travail de recherche sur le bouddhisme et le stoïisme, il a fallu peut-être que je commence par lui proposer quelques cours aussi modestes que possible sur le stoïisme que j'étais capable de lui enseigner, bien mieux que je ne l'aurais fait avec des cultures que je ne possédais pas moi-même. Et quand même je me lancerai dans l'étude du bouddhisme, il y a infiniment de choses que je n'apprendrai pas et je ne pourrai jamais rien transmettre qui ne soit particulier.

Et bien assumer le particulier, c'est assumer au fond que c'est d'une culture singulière que nous avons reçu ce qui fait notre liberté d'aujourd'hui et que cette culture singulière, nous avons le droit de l'aimer d'une manière un peu singulière. Voyez, vous aimez vos parents différemment de tous les autres parents du monde. Vous aimez votre maman au milieu de toutes les mamans du monde et votre maman n'est pas pour vous n'importe quelle maman dans le monde. Mais en disant que vous aimez votre mère, vous ne dites pas par là que vous détestez toutes les autres. Vous dites simplement que c'est par elle qui est passé votre propre vie et que ceci vous lie à elle d'une manière particulière.

Et bien, c'est peut-être ainsi qu'on devrait pouvoir aimer sa culture, aimer sa civilisation, aimer sa langue. C'était hier la journée de la francophonie. Pour aimer pour aimer quelque chose d'une manière particulière, on n pas besoin de dire que c'est la meilleure chose. Vous aimez votre mère et ça ne vous conduit pas à dire que c'est la meilleure maman du monde. Et même plus vous l'aimez, plus vous la connaissez, plus vous connaissez ses défauts, ses limites et ses imperfections. Et ça vous empêche pas de l'aimer, bien sûr, d'une manière complètement unique. Et bien, de la même façon, on devrait pouvoir aimer sa culture.

Ça ça doit pas dire pour nous que c'est la meilleure culture du monde et que toutes les autres sont nules. Mais aimer sa propre culture, c'est savoir que c'est par elle qui est passé pour nous notre propre vie intérieure et que ceci nous lie à elle et que ceci nous engage aussi envers elle et que si la transmission est une forme de médiation essentielle, alors nous avons fondamentalement la responsabilité de transmettre à ceux qui nous suivront cette culture qui a été pour nous puissance de liberté et qui peut l'être encore pour tous ceux qui viendront après nous. Euh bonsoir. Euh je vais commencer par vous remercier de nous avoir exposé votre cheminement.

Euh et en tant que ministère de l'État, puisque vous êtes professeur de philosophie et adjant à Versailles, euh j'aurais souhaité vous demander ce que vous pensez véritablement du enfin si vous pensez véritablement que le capital culturel qui est aujourd'hui apporté euh par l'école ou qu'elle est toutefois censée apporter est suffisant pour pour rivaliser avec ce que Bourdieu appelle les dominants aujourd'hui dans la société, sachant que la tendance est plutôt à se tourner vers l'enseignement privé. Alors, je je crois en effet aujourd'hui nous vivons dans le système scolaire le plus inégalitaire comme je le disais et c'est vraiment une tragédie.

C'est vraiment une tragédie et je pense cette tragédie doit être prise au sérieux. Maintenant, je ne crois pas du tout que ce qui est en cause ce soit l'existence d'un enseignement privé. Au fond, euh d'abord si on regarde bien, on verra que la ségrégation se joue à l'intérieur du public et à l'intérieur du privé beaucoup plus que entre le privé et le public.

Je veux dire par là que si vous êtes scolarisé dans un lycée public comme le lycée Henri à Paris, les grands lycées publics de Centrreville à Versailles aussi dans ma ville, voyez si vous êtes je pas dans dans les dans les grands lycées publics de Versailles, ça veut dire déjà que vous êtes infiniment favorisé par rapport à bien d'autres élèves qui peuvent être dans des établissements publics à quelques kilomètres de là, mais aussi dans des établissements privés, pourquoi pas ? Deuxièmement, il me semble que on n'arrivera pas à l'égalité en retirant à ceux qui reçoivent encore ce qu'il reçoiv. C'est la logique qu'on a poursuivi pendant des années.

Voyez et encore jusque dans les dernières réformes de l'éducation nationale dans la réforme du collège par exemple. Prenez, c'était tout à fait frappant. On a dit regardez il y a des élèves qui font du latin et du grec. C'est une stratégie de sélection sociale. C'est une stratégie d'évitement pour sortir des circuits les plus commun, les plus ordinaires et pour créer cet effet de distinction qui les placera demain du côté des dominants. Donc supprimons le latin et le grec. Mais la vérité c'est que on ne produit aucune égalité par ce travail là. D'abord parce que effectivement ceux qui veulent continuer d'apprendre le latin et le grec le feront mais désormais avec leurs propres moyens.

Et donc on créé une injustice matérielle supplémentaire. Il y a quelques mois de cela, j'ai discuté avec une ancienne ministre. Elle me disait "Ah, tu sais, je me suis assis sur mes principes, he mes enfants étaient dans le privé, maintenant ça suffit, ça devenait trop pénible." J'ai décidé de les inscrire à l'école alsacienne. Je sais pas si vous connaissez l'école alsacienne. C'est une école privée hors contrat dans le centre de Paris qui est vraiment extrêmement sélecte. Voyez, elle me dit à l'école alsacienne pour le coup c'est c'est le c'est le choix des parents qui veulent absolument que leurs enfants soient dans un établissement scolaire qui leur garantisse le meilleur.

Elle me dit il y a une il y a un concours d'entrée pour rentrer à l'école alaciennienne. Je me suis dit ils vont quand même pas elle me dit ça très trivialement. Ils vont quand même pas m'emmerder avec le nom de mes enfants. Ils vont rentrer tout de suite. Normalement, elle se dit "Je suis ministre, bon ça devrait pas poser de problème." "Mais j'ai déchanté", me dit-elle, "Pque j'ai été à la réunion de parents pour les enfants qui allaient passer le concours de l'école alsacienne." Et là, je me suis rendu compte que je connaissais tout le monde. Tout le monde.

Il y avait que des parlementaires, des anciens parlementaires, des journalistes, des chefs d'entreprise, je connaissais tout le monde. Donc, je me suis dit "Oh là là, il va falloir que mes enfants bossent parce qu'en fait c'est pas du tout à qui arrivent à y rentrer." à l'école alsacienne qui est donc cette école hors contrat qui coûte cher et dans laquelle vont ces ces enfants de l'élite sociale absolue, on fait du latin dès la 6e obligatoire. Et donc c'est pas en supprimant le latin dans le public, c'est pas en supprimant le latin qu'on va réussir à à faire progresser des élèves.

Au contraire, il me semble que au lieu de dire empêchons les derniers lieux qui transmettent encore quelque chose de transmettre le capital culturel, on devrait se dire plutôt faisons en sorte que tous les élèves, quel que soit leur établissement, aient droit eux aussi au meilleur qu'ils aient droit au meilleur. Et il y a aucune raison pour que quand on grandit dans le 93, on nit pas le droit de faire du latin. Et c'est d'ailleurs dans le 93 que l'enseignement du latin avait le plus progressé pendant les 10 dernières années. Parce que justement pour beaucoup d'élèves, c'est une manière de compenser un apprentissage de la langue qui a été défaillant.

C'est une manière de trouver une relation avec la culture du monde dans lequel il grandit. C'est auquel ils ont peut-être plus encore que d'autres besoin d'être familiarisés. Et donc vous voyez, c'est c'est cette logique là qui semble me semble-t-il doit doit être privilégiée. L'enseignement privé existe ? Bah très bien, mais si s'il est meilleur que le public, demandons-nous pourquoi et faisons comme lui. Moi, je suis un professeur du public, voyez. Donc je je le dis sans aucune espèce de de euh de conflit d'intérêt. Si on considère que le privé fait mieux que nous, ne cherchons pas à détruire le privé et faisons comme lui.

Il y a aucune raison pour que nos élèves aient moins bien que ce que d'autres élèves peuvent avoir. N'essayons pas de détruire ce qui peut-être fonctionne encore mieux, même si comme je vous le disais encore une fois, je ne crois pas que le public aujourd'hui structurellement fonctionne partout mieux que le privé fonctionne partout mieux que le public. Mais mais si c'est le cas, alors demandons-nous pourquoi on y arrive pas aussi bien et et qu'est-ce qu'on peut faire pour y arriver mieux ? Demandons-nous comment d'autres pays font pour y arriver mieux que nous. Demandons-nous comment nous avons fait dans notre histoire pour y arriver mieux qu'aujourd'hui.

On n'est pas démuni quand même devant cette question. On devrait pouvoir la regarder avec notre notre désir de bien faire, avec sérénité aussi. Et je crois que c'est nécessaire pour pouvoir justement offrir à chaque enfant le meilleur parce que chaque enfant, quel que soit son milieu social mérite évidemment le meilleur. Alors, je sais que vous avez encore beaucoup de questions, mais ce sera malheureusement la dernière de cette conférence. Bonsoir et merci pour votre intervention. Donc moi je moi je suis prof d'anglais. Euh donc je suis le dindon de la farce euh selon selon vous.

Et euh chers collègues, voilà chers collègues, oui, donc moi j'ai moi j'ai fait l'ESP, j'ai pas fait le UFM euh et donc je pense qu'il y a quand même deux trois choses qui ont changé, notamment le fait que on on laisse quand même la liberté au professeur, je pense maintenant on insiste sur cette notion de liberté et je pense que on est quand même assez libre de transmettre en tant que professeur et ce Ce qui ce qui m'a frappé dans votre intervention, c'est que vous êtes passé de de l'idée de d'inégalité à l'idée de liberté justement.

Et euh je pense je pense pas qu'il y ait de problème d'autorité euh dans les classes parce que dans les classes maintenant si vous avez pas d'autorité, vous êtes foutu. Je pense pas qu'il y ait de problème non plus de liberté euh de la transmission de d'une certaine culture. Par contre, je pense je suis je suis totalement d'accord avec vous pour par rapport à aux inégalités. Euh et par rapport à ça, donc j'avais une question. vous vous avez parlé de donc de cette inégalité qui qui voilà qu'il fallait une sorte de prise de conscience générale de cette inégalité. Est-ce que c'est pas important justement de de la montrer, d'en parler énormément ?

Et notamment, vous avez parlé de de statistique aussi à un moment. Euh c'est un gros mot, mais il y a il y a un débat sur les statistiques ethniques euh qui pourrait être utile justement dans dans ce cas-là. que ce serait pas euh voilà une quelque chose d'utile, quelque chose de voilà pour une prise de conscience général, même si ça paraît voilà quelque chose de de voilà de de de controversé. Finalement, on se rend compte justement quand on étudie la sociologique, c'est ça peut être justement une sorte de de voilà de solution. Voilà. Alors, merci pour votre question. Simplement sur la question de de de nos de nos expériences d'enseignant.

Effectivement, aujourd'hui, existe encore cette liberté pédagogique absolument nécessaire. Moi, l'année de de l'IUFM, j'ai j'ai été très régulièrement inspecté parce que je je continuais de voilà de de faire un cours, c'estàdire d'enseigner d'une manière qui ne correspondait peut-être pas au standard qu'on qu'on nous proposait. Mais c'est vrai qu'en dehors de ça, comme ça se passait très bien avec les élèves et cetera, j'ai été titularisé et puis j'avais pas non plus de problème majeur avec les les formateur bien sûr, mais en dehors de cette expérience là, c'est vrai que la liberté pédagogique aujourd'hui, elle est reconnue. Simplement ce que j'observe et ça me frappe énormément.

J'ai été régulièrement invité à intervenir devant des collègues dans des journées pédagogiques par exemple et j'y vais toujours avec un peu d'inquiétude parce que c'est difficile de parler à des collègues surtout que je suis un on est quand on est un jeune prof on prétend pas enseigner leur métier à des collègues plus âgés plus exercés dans le métier mais j'ai été infiniment frappé de voir que cette réflexion que je partageais très brièvement avec vous ce soir sur la question de la médiation sur le caractère essentiel de ce qui peut être transmis à l'intérieur UR de nos cours.

Cette réflexion là, elle suscite simultanément une forme de de de redécouverte impressionnante de la part de beaucoup d'enseignants de leur propre métier. Et à chaque fois, mais vraiment très souvent, j'ai eu l'occasion de voir des enseignants pleurer en disant "Je je je j'enseigne depuis 30 ans et on ne me parle jamais de mon métier." Nous sommes en quelque sorte nous avons divorcé du sens de notre propre travail et nous vivons tous dans cette fiction là pour le coup. Je pense que vous serez d'accord avec moi. C'estàd nous vivons tous avec l'idée que l'école a pour but de préparer les élèves à leur métier de demain.

Or ça ça ça ne fonctionne pas puisque les élèves savent très bien que l'immense majorité des choses dont ils auront besoin pour leur métier de demain, ils ne les connaissent pas encore et que ce qu'on leur apprend à l'école pour beaucoup de tout ce qui leur est transmis ne leur servira à rien. Je veux dire que concrètement, pratiquement, techniquement, les heures de cours de physique, de bio, de math, de philo, d'histoire, de géo, tout ça dans la vie professionnelle, ça ne leur servira sans doute jamais directement à quelque chose de manière opératoire ou utilitaire. Et ils le savent très bien. Et donc, notre travail repose sur une forme d'hypocrisie collective.

C'estàd que du coup si jamais ça ne leur sert directement à rien, la seule chose à quoi ça leur sert, c'est à avoir de bonnes notes au bac pour avoir une filière sélective intéressante demain, c'est-à-dire à jouer le jeu de la compétition sociale. Et ça n'est évidemment absolument pas satisfaisant. Redécouvrir à quel point toute la culture que nous pouvons transmettre est essentielle et non pas une forme d'acquis qui s'ajouterait à leur personnalité déjà formée. C'est quelque chose qui est fondamental et que notre propre institution ne nous ne nous permet plus de vivre comme conscience collective. Vous voyez ?

Et je crois que c'est c'est vraiment la source de beaucoup de souffrance chez beaucoup de d'enseignants, de beaucoup de souffrance vis-à-vis de leur propre métier. On continue à transmettre bien sûr parce que de toute façon on sait rien faire d'autre. Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? On est prof, donc on continue à transmettre. Mais on le fait avec une espèce de mauvaise conscience ou sans trop savoir pourquoi, avec le sentiment que peut-être il s'agit dans le meilleur des cas de faire notre travail parce que c'est comme ça qu'on gagne notre vie et que peut-être ça peut même dans le meilleur des cas intéresser les élèves.

Mais bien souvent hélas, on le fait aussi d'une manière un peu déprimée comme une espèce de répétition monotone d'une forme de fatalité sociale parce qu'on a subi ça un jour et qu'il faut qu'on le fasse subir à d'autres que nous à notre tour. Et donc ça crée une vraie souffrance et même si on continue de faire ce travail, bien sûr, on le fait sans sans sans du coup le vivre pleinement. Cette crise de la transmission de fait existe cette crise de l'autorité. Vous le disiez vous-même. Si on n pas d'autorité, on est foutu. Ça veut bien dire qu'il y a une crise de l'autorité parce que on ne devrait même pas avoir à se poser la question de cette façonlà.

Et c'est du coup la cause de l'inégalité majeure que nous vivons aujourd'hui parce que cette inégalité n'est pas seulement du point de vue du capital social, du point de vue du capital économique, mais c'est une inégalité essentielle. Alors oui, il faut en parler. Oui, il faut une prise de conscience. J'ai essayé de le faire à ma toute petite mesure en publiant ce petit livre Les déshérités, en allant faire des conférence, en allant parler aux gens, voilà, de comme comme on a pu le faire ce soir, de de la réalité de la crise de notre école. Je crois d'ailleurs que cette prise de conscience a déjà eu lieu. Je sais pas si les statistiques ethniques il suffiraient.

Euh en tous les cas, les statistiques nous ont un peu réveillé et notamment les enquêtes internationales. Il y a quelques années encore, je me rappelle encore de cette période dans laquelle à chaque rentrée fleurissait les tribunes qui disaient "Le niveau ne baisse pas, le niveau n'a jamais été aussi bon. Tous ceux qui disaient qu'il y avait un problème à l'école étaient accusé d'être des oiseaux de mauvais augure ou des ou des ou des ou des empêcheurs de tourner en rond." Voilà. Aujourd'hui, au moins quand même, c'est une forme de consensus que notre école va mal. Et je veux dire par là que dans les débats politiques les plus violents, au moins tout le monde est d'accord sur ce point.

Voyez, dans les débats autour de la dernière réforme du collège qui ont été difficiles, tout le monde était d'accord pour dire que notre école est en difficulté et la ministre elle-même reconnaissait que la grande difficulté de notre école, c'est la transmission des savoirs les plus fondamentaux. Donc cette prise de conscience a peut-être déjà eu lieu pour une part. Je sais pas si les statistiques ethniques y serviraient. Il me semble que les statistiques géographiques et sociologiques il suffisent déjà largement. Je crois d'ailleurs que c'est moins uniquement une question de de d'origine migratoire qu'une qu'une question effectivement de ségrégation spatiale.

Et là, il y a quelque chose de de dramatique qui se joue dans l'enfermement de de beaucoup de jeunes dans le milieu dont ils sont dans dans le milieu dont ils sont issus et dont dans le lieu dont ils sont issus. Mais je crois que cette prise de conscience ne servira à rien si elle ne s'accompagne pas d'une action, d'un engagement. Au fond, on peut s'indigner très longtemps, mais l'indignation ne produit rien. Ce qui compte, c'est d'avoir la générosité de convertir cette indignation en un engagement personnel.

Et de ce point de vue-là, je je voudrais vous redire encore la joie que j'ai eu à partager cette réflexion avec vous et notamment avec vous qui êtes étudiant pour beaucoup d'entre vous et qui avez devant vous la vie que vous allez construire. Nous savons tous que notre vie n'est pas tracée d'avance. Nous savons tous que dans notre vie, certains moments seront peut-être différents, que nous n'aurons pas qu'un seul métier, pas qu'une seule vie professionnelle. Et vraiment, si j'avais une seule chose à vous dire, c'est il est très important que vous pensiez à l'enseignement. Très important.

Ça n'est pas a priori la voix que vous avez choisi en venant ici, mais c'est très important que vous y pensiez. Pourquoi ? Parce que le grand risque, c'est que cette crise de la transmission qu'on évoquait à l'instant qui nous a fait perdre le sens de notre métier, elle crée aussi une crise profonde des vocations. De moins en moins de jeunes désirent enseigner et on comprend parce qu'on ne voit plus à quoi ça sert. Et même alors que nous connaissons une situation de chômage de masse, nous n'arrivons plus à recruter des enseignants.

Et ceux qui vont enseigner, malheureusement, disons-le entre nous simplement, ceux qui vont enseigner sont du coup parfois ceux qui ne pouvait pas tellement faire autre chose ou ceux qui n'avaient pas beaucoup d'options. Ça arrive souvent, il est pas toujours, mais ça arrive. Pour le dire autrement, le niveau du recrutement des enseignants est en train de baisser massivement et la la moyenne d'admissibilité au concours des instituteurs, c'est au concours des professeurs du premier degré dans mon académie, l'académie de Versailles l'année dernière était de 5 et demi sur 20. Dire avec 6/ 20, vous étiez admissible et vous pouvez enseigner.

Et si vous n'étiez pas admissible dans l'académie de Versailles, vous êtes admissible de droit quelle que soit votre académie d'origine dans l'académie de Créteille en Sain Saint-Denis. Vous pouvez avoir eu deux à l'écrit dans n'importe quelle académie, vous pouvez passer des euros dans l'académie de Créteil. Évidemment, ce que je dis là n'est pas très politiquement correct parce que je ne voudrais surtout pas dire du mal de ceux qui se préparent à devenir nos collègues et qui montrent une vraie générosité en se dirigeant vers l'enseignement alors même que cette voix est réputée difficile.

Mais je le dis pour que vous en soyez conscient et pour que vous sachiez que si vous êtes d'accord avec ce que nous avons partagé ce soir, si vous êtes d'accord avec moi pour dire que chaque élève a droit d'avoir le meilleur, vous devez aussi pouvoir vous dire que chaque élève a le droit d'avoir pour enseignants les meilleurs dans leur domaine. Et pas seulement dans les grandes écoles, mais aussi dans l'enseignement secondaire, aussi dans l'enseignement primaire, aussi dans l'enseignement public. Il y a des élèves qui vous attendent.

Vous êtes ici parce que vous avez été bien formé, parce que vous avez beaucoup reçu et on a eu la chance de beaucoup recevoir et vous êtes ici aussi parce que vous savez que la question de l'école compte pour construire notre avenir. Alors, il faut peut-être aussi que cette prise de conscience, si elle a déjà été vécue, elle se traduise aussi pour nous par une action, par un engagement. Il y a des élèves qui vous attendent. Il y a des élèves qui ont besoin de vous. Alors, ce sera peut-être pas toute votre vie professionnelle, ce sera peut-être un moment de votre itinéraire personnel, mais ces élèves-là, ils ont besoin d'avoir des enseignants.

Ils ont besoin d'avoir des enseignants qui soient les meilleurs dans leur domaine. Et si vous êtes les meilleurs dans votre domaine, vous devez pouvoir vous faire aussi une gloire de venir à l'enseignement.

et non seulement une gloire mais aussi et d'abord et avant tout un bonheur parce que je pourrais en témoigner avec vous sans doute avec beaucoup de ceux qui dans cette salle ont aussi vécu la même expérience enseigné et de toute évidence le plus beau des métiers et donc je ne peux rien vous souhaiter de mieux que de vivre vous aussi cette joie que nous avons à transmettre à des intelligences qui s'éveillent cette culture que nous ne possédons pas mais que nous avons eu la chance de recevoir et de partager avec eux pour servir leur liberté de demain et l'égalité nécessaire à la construction de notre pays pour demain. Merci encore en tous les cas pour votre attention.

Pour terminer brièvement, monsieur Bami, merci encore pour votre venue, pour cette superbe conférence, pour tout ce que vous nous avez apporté avec ce discours et vos réponses aux questions. Merci encore à toutes les équipes qui ont travaillé pour cette conférence et enfin merci à vous de vous être déplacé ce soir pour venir assister à la conférence Audensia et j'espère vous revoir très bientôt pour la prochaine conférence au mois d'avril. Merci beaucoup. Bonne soirée.