"Avec Éric Zemmour, on a la même ambition pour la France": l'interview de Sarah Knafo en intégralité
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Vous regardez C'est pas tous les jours dimanche et tout de suite l'invité de la semaine. Bonsoir Sarah Knafow.
Bonsoir Benjamin Duhamel et bonsoir à ceux qui nous écoutent.
Merci beaucoup d'être avec nous ce soir dans C'est pas tous les jours dimanche et de nous réserver donc votre première interview à la télévision. Vous êtes cadre de Reconquête, le parti d'Éric Zemmour, dont vous êtes la compagne et vous avez annoncé vendredi que vous seriez candidate aux européennes sur la liste de Marion Maréchal. Vous faites donc le choix de vous engager dans le combat électoral au moment où votre parti Reconquête flirte dangereusement avec la barre des 5%, c'est-à-dire le niveau qu'il faut pour obtenir des élus au Parlement européen. Vous avez le sens du sacrifice ou c'est de la naïveté ?
D'abord c'est quand c'est difficile qu'il faut y aller. Ça c'est mon caractère. Ensuite vous l'avez dit, j'ai fait jusqu'ici le choix de la discrétion parce que j'avais 26 ans quand j'ai dirigé la campagne présidentielle d'Éric Zemmour et à ce moment-là je me disais chacun doit rester à sa place. Moi ma place c'était d'organiser, de coordonner, de réfléchir. Éric Zemmour était le candidat et l'élection présidentielle c'est l'élection d'un homme. Ce n'est pas l'élection d'une équipe et encore moins celle d'un couple. Maintenant c'est l'élection européenne. C'est l'élection justement d'une équipe. Marion Maréchal est notre tête de liste et elle n'est pas seule.
Donc j'ai pris cette décision justement pour venir soutenir l'équipe, pour défendre mes convictions et je suis très heureuse d'être devant vous ce soir.
Mais vous reconnaissez qu'il y a une forme de paradoxe à s'engager précisément au moment où on se demande même s'il reconquête, on y reviendra tout à l'heure dans cette interview, obtiendra des élus au Parlement européen. Il y a le risque que votre carrière politique soit la plus éphémère de toute la Vème République. Si vous faites moins de 5% vous ne serez pas élu.
Écoutez je ne vois pas ce que vous trouvez paradoxal. Si vous voulez il y a des gens qui prennent leurs décisions en fonction des sondages, d'autres en fonction de leur courage. Moi vous avez ma réponse ce soir.
Et vous avez d'ailleurs dans les colonnes du Figaro ciblé Jordan Bardella et le Rassemblement national. On y reviendra tout à l'heure. Vous citez souvent comme exemple Sarah Knafo, Marie-France Garraud, conseillère de Georges Pompidou, puis de Jacques Chirac. Elle aura mis plus de 10 ans avant de faire de la politique en son nom propre. Vous êtes trop ambitieuse pour attendre aussi longtemps. Parce que j'entends l'argument en disant que l'élection présidentielle c'était un homme et un peuple. Mais vous auriez pu continuer à tirer les ficelles comme vous le faisiez ?
Absolument. Et j'ai choisi de m'engager justement après avoir écouté les sollicitations autour de moi. Vous avez Marion Maréchal qui m'a fait l'honneur de me faire cette proposition. Elle était d'ailleurs sur votre plateau en jugeant que je serais... C'est elle qui a insisté vraiment pour que vous soyez candidata ? Elle fait partie des gens qui m'ont convaincue absolument. Si vous voulez moi pourquoi j'ai hésité jusqu'ici ? C'est parce que je me posais effectivement cette question. Où est-ce que je serais le plus utile ? Et finalement j'ai tranché.
Je pense que ma place aujourd'hui elle est auprès de tous nos militants, auprès de tous nos cadres qui ne comptent pas leurs heures, qui se battent pour leurs idées. Mais c'est aussi que vous avez de l'ambition en politique ? J'ai de l'ambition en politique, j'ai de l'ambition pour mon pays surtout. Et aujourd'hui j'ai envie de défendre mes idées en pleine lumière, donc devant vous.
On pouvait vous voir Sarah Knafou pendant la campagne présidentielle au premier rang des meetings d'Éric Zemmour. Réciter les discours en même temps qu'ils étaient prononcés. C'est vous qui tiriez les ficelles ? C'était votre marionnette Éric Zemmour pendant la campagne présidentielle ?
Absolument pas. Alors absolument pas, je pense que quiconque connaît Éric Zemmour peut seulement sourire à votre question.
Ah bon ? On expliquait que vous étiez qui l'imminence grise, que c'était vous qui étiez à l'origine de son ambition présidentielle ? Vraiment ? La seule chose que je peux vous dire... Vous repoussez toute la plage que vous avez pu prendre pendant cette campagne ?
La seule chose que je peux vous dire, c'est que je ne connais pas un homme plus libre qu'Éric Zemmour.
C'est-à-dire ? Ça veut dire quoi ça ?
C'est-à-dire que c'est un homme libre, il n'est la marionnette de personne.
Je voudrais quand même qu'on reste un instant sur cette campagne présidentielle qui, sans refaire le match, a été en partie plombée par un certain nombre d'outrances d'Éric Zemmour, sur les réfugiés ukrainiens qu'il ne souhaitait pas accueillir, sur la question de la remigration. C'était vous ça aussi comme conseillère ou vous déclinait toute responsabilité sur précisément ces outrances qui ont abouti au score d'Éric Zemmour ? Alors même qu'il était beaucoup plus haut quelques mois auparavant ?
Permettez-moi de douter de votre analyse, mais moi je ne suis pas du tout ici pour refaire le match de la présidentielle. Je vous dirais en quelques mots qu'on a fait énormément d'erreurs. C'était notre première fois. C'était notre première fois à tous les deux. Mais j'étais en train de vous dire que je n'étais pas là pour reparler de la présidentielle. Aujourd'hui, je suis devant vous parce que je me présente à l'élection européenne aux côtés de Marion Maréchal. J'aimerais qu'on puisse aborder justement notre vision de l'Europe, ce qu'on aimerait faire au Parlement européen, quel est à notre sens l'intérêt du vote pour reconquête ?
Et donc, pardonnez-moi, mais si vous voulez, en dehors de ce plateau, on reparlera de toutes les erreurs qu'on a pu commettre.
Je vois déjà que vous avez les habitudes de ceux qui savent comment faire de la rhétorique politique. Mais si je vous pose la question de la campagne présidentielle, c'était précisément pour essayer de savoir quelle était votre responsabilité dans ce qui a été vu, encore une fois, comme des outrances de la part d'Éric Zemmour. Quand il expliquait qu'il ne fallait pas accueillir de réfugiés ukrainiens, quand je parlais du ministère de la Remigration, il s'est passé quelque chose pendant cette campagne ?
Si vous voulez. Je vous réponds sur ça et ensuite je vous demanderai de passer à un sujet suivant. Je vous réponds quand même sur ça. Je vous remercie. Jusque-là, je choisis à peu près les sujets qui sont abordés. Mais bien sûr, moi aussi, je choisis ceux de quoi j'ai envie de parler quand même. Jusqu'ici, si vous voulez, j'ai accepté toutes mes responsabilités. C'est-à-dire que je me sens comptable de tous les échecs. Je les assumerai tous. Je rejetterai la faute sur personne. Je les assumerai toutes. Mais je veux aussi vous dire à quel point je suis fière de ce que nous avons fait. Avec tous nos cadres, avec tous nos militants.
Ce que je veux vous dire, c'est qu'en deux ans, on a peut-être imposé plus d'idées dans le débat public que ne l'ont fait des partis qui avaient 50 ans d'existence. Je pense sincèrement qu'avec, par exemple, Trocadéro, qu'avec Villepeinte, on a allumé une flamme dans le cœur de milliers de Français qui n'oublieront pas ce qu'on a fait.
Trocadéro, ce meeting où la foule scandait Macron assassin ?
On est vraiment chez BFM. C'est vous qui créez la polémique, c'est vous qui la relancez. Maintenant, si vous voulez, Benjamin, est-ce qu'on peut parler d'autre chose ?
Je répète, Sarah Knafou, que je vous pose des questions et on a du temps pour aborder tous les sujets. Je le disais en introduction, vous êtes la compagne d'Éric Zemmour. Un secret, c'est quelque chose qui est assumé. On connaissait au Rassemblement National la politique de père en fille à reconquête. La politique se fait en couple.
La question m'étonne beaucoup venant de vous, Benjamin.
Pourquoi ?
Parce que je sais que vous aussi, vous subissez beaucoup ces accusations de piston, vous êtes le fils d'eux, vous êtes le neveu d'eux, etc. Donc ça m'étonne beaucoup venant de vous.
Sarah Knafou, il ne vous a pas échappé que je ne me soumets pas au suffrage des Français ? Ça change quelque chose ? Non, mais je vous pose la question.
Est-ce que vous êtes d'accord que les accusations qu'on vous fait sont tout à fait injustes ? Vous avez votre talent propre. Alors si vous voulez, on peut aborder mon parcours ?
Attendez, excusez-moi, puisque vous mettez en cause ma probité, ou en tout cas vous soulevez le fait que j'ai effectivement des membres de ma famille qui sont dans les médias. Là, la question qui peut se poser pour ceux qui nous regardent, c'est de savoir s'il n'y a pas une forme de mélange des genres à voir qu'un président d'une formation politique désigne sur une liste pour les européennes sa compagne. La question, elle est sans aucune polémique, Sarah Knafou.
Alors je vais vous dire, moi je ne prends pas la vie politique comme un job. Ce qu'on fait, ce n'est pas un métier. Moi, je ne cesse pas d'être une patriote française à 18h et les jours fériés. Donc ce combat, il est tout à fait logique qu'on le mène ensemble, parce que c'est le combat d'une vie. C'est le combat pour nos idées. Vous comprenez ce que je veux vous dire ?
Donc il n'y a pas de mélange des genres ?
Il n'y a pas de mélange des genres. Je vais même vous dire, je pense que notre duo nous donne une force inouïe. Et c'est à nous d'être justement assez forts pour toujours éviter le huis clos, pour éviter de s'empêcher de se dire les choses. Mais je pense que vous pouvez le comprendre, l'omerta, ce n'est pas tellement le genre de la maison.
Non, et en tout cas, je reviens sur la comparaison que vous faisiez. Je ne me présente pas à des élections. Et par ailleurs, jusqu'à preuve du contraire, ce ne sont pas qui, ma mère, mon père ou mon oncle, qui m'ont permis de faire le métier que j'ai fait.
Mais vous connaissez comme moi l'injustice parfois de certains commentaires.
Et c'est pour ça qu'il n'y avait aucune polémique de ma part sur la question qui se pose. Et je crois que beaucoup de téléspectateurs se la posent. Qui a le plus d'ambition dans votre couple ?
On a la même ambition pour la France tous les deux.
Exactement la même. Parce que, jusqu'à preuve du contraire, Éric Zemmour a été candidat à l'élection présidentielle en 2022. Il souhaite vraisemblablement l'être en 2027.
Quelle est notre ambition, si vous voulez ? Tous les deux, je pense qu'on peut dire, lui sans doute plus que moi, on réussissait très bien notre vie par ailleurs. Moi, j'étais serviteur de l'État. J'étais magistrate à la Cour des comptes. Je n'avais aucun problème à me poser, ni pour ma situation financière, ni pour ma situation professionnelle, ni pour le statut social que j'aurais aimé avoir. Tout allait bien. Éric Zemmour, je ne vous fais pas un dessin. Vous savez ce qu'il a perdu à la fois financièrement, en termes de statut, etc. Donc, nous dire qu'on est des ambitieux dans le sens... Non, ce n'est pas la question que je pose. Je voulais savoir qui de vous deux avait le plus d'ambition.
Nous, notre ambition, on l'a posée en 2022, et on a continué, elle est de défendre les intérêts des Français. Donc, vous avez remarqué que malgré les difficultés, malgré la déception du score à la présidentielle, nous avons continué. Et là, nous continuons aujourd'hui, avec ces élections européennes du 9 juin prochain. Il nous reste 45 jours. On a une ambition immense, qui est de défendre les intérêts des Français au Parlement européen, de dire la vérité sur ce qu'il se passe à Bruxelles, à nos compatriotes, et de dire au Parlement européen la vérité de ce que pensent les Français.
Et on va venir dans un instant au sujet, au projet que vous défendez, mais juste pour rester là-dessus, vous pensez qu'Éric Zemmour sera un jour président de la République ? Je l'espère. En tout cas, je l'espère pour la France. Et donc, il sera candidat en 2027 ?
Je l'espère, mais alors là, vous l'inviterez, il vous donnera sa réponse.
Et dans ce cas-là, ça veut dire que vous serez, quoi, première dame, ou vous-même, vous avez des ambitions présidentielles ?
Écoutez, ne sautons pas les étapes, on a 45 jours avant l'élection européenne.
Bien, Sarah Knafo, revenons à la situation politique et aux européennes. Vous êtes en queue de peloton dans les sondages, évidemment très loin derrière Jordan Bardella, la tête de liste du RN, qui, c'est à noter, réussit à séduire des catégories qui lui étaient inaccessibles auparavant, les cadres, les retraités. Et franchement, à quoi vous servez dans cette campagne ?
On sert à dire la vérité.
Parce qu'eux ne la disent pas ?
On sert à dire la vérité que personne d'autre ne dit. Et pour vous répondre sur le fond, sur cette question, moi, à plusieurs reprises, je me suis demandé, finalement, est-ce qu'il ne vaut pas mieux arrêter ? Est-ce qu'il ne vaut pas mieux laisser aux professionnels de la politique, aux candidats de routine, aux candidats qui ne pensent qu'à travers les sondages, est-ce qu'il ne vaut pas mieux les laisser se débrouiller ?
Juste pour qu'il y ait de la transparence, là, vous visez le RN et Jordan Bardella ?
Non, je vise tous les partis. Si je vise Jordan Bardella, je dis Jordan Bardella. Là, je vise tous les partis politiques. Et donc, à plusieurs reprises, effectivement, quand il y a eu des moments durs, des déceptions électorales, je me suis dit, mais finalement, est-ce qu'on ne les laisserait pas se débrouiller ? Et à chaque fois, je me suis dit, mais si nous disparaissons, qui dira les vérités que nous disons ? Donc, ce que je crois aujourd'hui, c'est que ce qui se joue dans notre score, ce n'est pas la survie d'un parti, c'est la survie de la vérité.
Mais à quel moment vous considérez que vous avez le monopole de la vérité ? C'est-à-dire, très concrètement, franchement, quand j'écoute le RN, il y a bien sûr des nuances entre vous, mais je ne vois pas d'un côté un parti qui, comme vous le dites, se plierait au politiquement correct, et de l'autre, vous qui diriez la vérité.
Alors, je vais vous donner des exemples. En 2012, certains sondages disent que les Français ont peur du nucléaire après Fukushima. Marine Le Pen se prononce contre le nucléaire. Aujourd'hui, elle est pour parce que les Français ont compris à quel point le nucléaire faisait baisser leur facture d'électricité et à quel point c'était une énergie verte. En 2004, Marine Le Pen est contre la loi sur l'interdiction du voile à l'école, loi qu'elle qualifie de démagogique. Aujourd'hui, elle est pour parce que les Français sont pour. Je pourrais continuer comme ça très longtemps. En 2012, Marine Le Pen dit que le grand remplacement est quelque chose qui lui fait peur.
Aujourd'hui, elle dit que c'est une théorie complotiste d'extrême droite. Là, je pense que vous avez trois exemples qui vont...
Toutes ces dates, votre tête de liste, Marion Maréchal, était adhérente du Front National, du Rassemblement National.
En 2004, elle était mineure, s'il vous plaît. Mais Marion Maréchal, justement, vous en parlez...
Elle n'était pas en soutien politique, donc ça ne lui posait pas de problème à l'époque.
Ça ne lui posait pas de problème, mais vous ne vous souvenez pas de tous les articles qui faisaient justement état de dissension au sein du Rassemblement National entre Marion et sa tante ? Vous vous en souvenez comme moi ?
Oui, sur quelques sujets de société, parce qu'il n'a pas empêché d'être au Front National jusqu'en 2017. Et effectivement, après, elle l'a quittée pour votre parti.
Voilà, qu'elle a quittée pour notre parti, justement. Donc vous avez votre réponse. Moi, je vous dis, qu'est-ce que ça implique, ce que je viens de vous dire ? Ce n'est pas, vous avez le monopole de la vérité, etc. C'est que nous, notre philosophie politique, c'est de toujours dire ce qu'on croit être bien pour les Français. Et pas seulement ce qu'on pense être l'humeur du jour, le résultat d'un sondage. Et pourquoi ça ne marche pas, alors ? Les trois exemples que je vous ai donnés, parce que ça prend du temps. On a pris un chemin qui, à mon sens, demande un peu plus de temps, et je crois un peu plus de courage.
Mais je suis convaincue qu'à terme, ça portera ses fruits, parce que c'est ce qu'il faut pour la France.
Vous évoquiez Marion Maréchal. Ce qui est assez frappant quand on entend les discours des uns et des autres, c'est que Marion Maréchal explique que sa liste est complémentaire avec celle du Rassemblement National. On voit bien qu'elle ne l'attaque qu'à fleurer et moucheter, alors que vous, pour le coup, vous y allez beaucoup plus franco. Il y a une différence de stratégie. D'ailleurs, Éric Zemmour l'avait reconnu sur ce plateau à demi-mot. Vous n'êtes pas d'accord avec votre tête de liste ? Ça commence mal, la campagne ?
Non, pas d'accord, n'allons pas jusque-là. Moi, ce que je tiens à rappeler, c'est qu'il y a bientôt dix ans, Marion Maréchal a fait le choix de quitter le Rassemblement National. Je rappelle que Marion Maréchal est la petite-fille de Jean-Marie Le Pen et la nièce de Marine Le Pen. Elle a fait ce choix courageux en 2022 de rejoindre Éric Zemmour alors même que sa propre tante était candidate. Ça, c'est un geste de courage que personne ne doit minimiser. Alors à côté, si vous voulez, ça me paraît dérisoire que l'un utilise le mot.
Au fond, vous dites que c'est un signe de courage et c'est ce qui l'empêche d'être plus virulente contre le Rassemblement National ?
Non, absolument pas, j'y venais, j'étais en train de vous répondre. C'est ce geste de courage qui me pousse à trouver dérisoire les différences de terminologie qui peuvent être employées. Est-ce qu'on utilise le mot complémentaire ou pas ? Est-ce qu'on préfère faire une vidéo ou parler sur un plateau ou pas ? À côté de ce geste de courage, ça me paraît sincèrement dérisoire.
Donc il n'y a aucune différence, pas une feuille de papier à cigarette entre vous ?
Si vous écoutez ce que je dis, je vous dis qu'il y a des différences qui me paraissent dérisoires. Mais alors lesquelles ? À côté, je viens de vous le dire, vous dites par exemple le mot complémentaire. Moi je ne l'emploie pas, mais si vous voulez, à côté du fait qu'elle ait décidé de quitter sa tente pour rejoindre un parti, parce que ce parti-là défend mieux ses convictions que celui de sa tente.
Vous lui pardonnez ça.
Ce n'est pas que je lui pardonne, c'est que tout le monde comprendra à quel point ce n'est pas ce qui a le plus de sens.
Sarah Knapho, je voudrais aborder deux sujets d'actualité avec vous. D'abord un tweet de votre tête de liste, Marion Maréchal, qui a fait polémique, elle y écrivait « Où est la maman ? » en réaction à une photo du designer Simon Porte-Jacquemus et de son compagnon et de leur jumeau né il y a quelques jours. On peut avoir tous les débats sur la GPA, et d'ailleurs ils existent, mais pointer du doigt comme ça un couple homosexuel, des jumeaux qui sont nés depuis une semaine, est-ce que ce n'est pas aller au-delà de ce qui est permis en politique ?
Première chose, Marion Maréchal a eu le grand mérite de remettre ce sujet d'une importance majeure au cœur du débat politique. Deuxième chose, je n'attaque pas les destins individuels.
C'est ce qu'elle fait ? Non, ce n'est pas ce qu'elle fait. Elle dit « Où est la maman ? » Et de ses deux bébés.
Je vous réponds, je n'attaque pas les destins individuels, et surtout je n'attaque pas les enfants qui n'ont pas choisi de naître comme ils sont nés. Ce n'est pas ce qu'elle fait. Ah, écoutez, elle relaie Sarah Knapho, elle relaie un tweet.
Vous voyez une insulte ? Où est la maman ? Elle relaie... Non, non, attendez. Elle relaie un tweet avec les photos des deux individus, Simon Port-Jacques Musset et son compagnon, et des deux bébés. Elle n'a pas tweeté « Je suis opposée à la GPA » ou « La GPA est interdite en France ». Elle dit « Où est la maman ? »
Elle a permis, justement, grâce à cet exemple de personnalité connue, de mettre sur le devant de la scène ce débat. Maintenant, je suis opposée à la GPA pour des raisons philosophiques. Il faut que les gens qui nous écoutent comprennent ce qu'est la GPA. La gestation pour autrui, c'est le fait que deux personnes décident d'avoir un enfant et de le faire porter par une femme qui n'a les gènes d'aucun de ses deux parents. C'est-à-dire, et pardonnez-moi d'utiliser cette expression qui me choque moi-même, c'est-à-dire qu'il s'agit de louer le ventre d'une femme. Il faut comprendre que cette pratique, aujourd'hui, est interdite en France.
Qu'Emmanuel Macron, lui-même, a pris l'engagement de laisser la GPA interdite, et je le cite, « pour des raisons d'éthique et de dignité ». Le Parlement européen vient justement d'inscrire la GPA dans la liste des différentes traites d'êtres humains. Non, ce n'est pas tout à fait exact.
Ça a été mis dans la traite d'êtres humains si c'est une GPA contrainte, pas la GPA en tant que taille.
Justement, grâce au vote de quel groupe ? Grâce au vote de féministes d'extrême-gauche. Pourquoi ? Parce que la GPA, c'est la marchandisation du corps de la femme. Et c'est non seulement la marchandisation du corps de la femme, mais c'est aussi le fait que des couples fortunés, des pays riches, aillent louer, comme je vous l'ai dit, le ventre de femmes défavorisées de pays défavorisés.
Il faut qu'il y ait échanges financiers. Vous avez des pays, en Grande-Bretagne, au Québec, où c'est ce qu'on appelle une gestation pour autrui éthique. C'est-à-dire que la transaction est interdite. Il y a seulement paiement des soins médicaux pour la mère. En quoi, là, ce serait de la marchandisation du corps ?
Ce que vous venez de me dire, et justement ce qui me dérange, philosophiquement, dans la GPA, c'est-à-dire de faire de la vie d'un enfant l'objet d'un contrat. Et pour ces raisons, je suis contre la GPA.
Mais là, en l'espèce, il n'y a pas d'argent qu'on donne, puisque précisément, c'est interdit.
C'est l'objet d'un contrat, vous venez de le dire ? On s'engage à l'écrit, etc.
On s'engage à payer les frais de santé de la femme.
Et on loue le ventre d'une femme. Je trouve que c'est de la marchandisation du corps de la femme.
Si on ne paye pas de loyer, on ne le loue pas, Sarah Knafo ?
Benjamin Duhamel, s'il vous plaît. Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Je ne fais pas semblant de ne pas comprendre.
J'essaie d'aller au fond d'une opposition. La question qui se pose derrière Sarah Knafo, c'est est-ce qu'il n'y a pas un fond d'homophobie ? Vous voyez bien, quand Marion Maréchal tweet en disant où est la maman, quel est le sous-entendu derrière qu'il y aurait une forme de couple qui ne serait pas tout à fait dans les canons de ce qui est souhaité ?
Parce qu'on peut faire un enfant sans qu'il y ait un homme et une femme ? C'est homophobe de dire ça ?
Vous faites semblant de ne pas comprendre la question qui est posée ? C'est vous qui ne comprenez pas le fait qu'il n'y ait pas de maman.
Pour faire un enfant, vous êtes d'accord qu'il faut un homme et une femme au moins ?
Il ne peut pas y avoir des couples de père, de mère ?
Vous me parlez de couple, je vous parle de parentalité. Vous êtes d'accord que pour faire un enfant, il faut un homme et une femme ?
Biologiquement, bien évidemment. Mais là, ce n'est pas exactement la question qui est posée. Donc, il n'y a aucune homophobie ?
Il n'y a aucune homophobie. Marion Maréchal a justement ajouté qu'elle était également contre la GPA pour des couples hétérosexuels. Je pense que vous avez votre réponse.
Sarah Knafo, autre sujet d'actualité. Je voudrais vous faire écouter un témoignage. C'était vendredi matin sur RMC au micro d'Apolline de Malherbe. Un auditeur qui appelle au standard, il s'appelle Grégoire, raconte qu'il a changé son prénom parce qu'il avait une consonance arabe face notamment aux discriminations à l'embauche. Écoutez ce témoignage de Grégoire sur RMC.
Quand au bout d'une heure et demie d'entretien, à la toute fin, on vous dit « Mais du coup, votre nom de famille, c'est de quelle origine ? » « Ah oui, vous êtes croyant, vous faites le ramadan, et si on vous traite de bouillou, ça vous pose des problèmes au boulot ? » On en est là. Moi, c'est les livres qui m'ont sauvé. C'est le fait d'avoir un père qui était super intelligent et qui m'a dit « T'arrêtes pas ça, mon fils. Continue. Et t'inquiète pas, la France, elle est plus grande que ça. La France, c'est pas que ces gens-là. La France, c'est aussi des gens qui diront que t'es français. Et j'ai continué. Mais je pense à tous ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir mon père.
Mon père, il a tenu vraiment à venir en France, plus qu'ailleurs, n'importe où ailleurs. Il aurait pu aller n'importe où. Mais il a voulu venir ici parce qu'il disait toujours « Mon fils, France, ça, ça n'a pas un pays. La France, c'est une belle idée. »
La France, c'est une belle idée. Sarah Knafou, vous dites vouloir lutter contre l'islamisation du pays. Vous appartenez à un parti dont le leader considère que l'islam n'est pas compatible avec la République. Votre candidat souhaitait qu'il ne puisse pas y avoir de prénom étranger, qu'il faille prendre des prénoms qui étaient dans le calendrier français. Est-ce que vous n'avez pas une part de responsabilité dans le climat que décrit cet auditeur, qui est obligé de changer de prénom pour éviter de faire face à des discriminations ?
Vous pensez donc que ce climat a commencé avec les prises de parole d'Éric Zemmour ? Moi, d'abord, ce que je tiens à dire, c'est que ce que dit cet homme... Non, c'est pas ce que j'ai dit.
Après, je constate aussi qu'Éric Zemmour prend la parole dans les médias sans forcément faire de politique depuis, allez, une vingtaine d'années. Donc, effectivement, je pense que se pose la question de savoir...
Et ça a commencé depuis une vingtaine d'années ?
C'est pas ce que je dis, Sarah Knafou. Encore une fois, faites pas semblant de pas comprendre la question que je vous pose.
Est-ce que, dans vos prises de parole,
vous n'alimentez pas le climat qui est évoqué par cet auditeur ?
Moi, je crois que reprocher à ceux qui veulent justement sortir de ce climat, de l'imposer, il y a quand même quelque chose d'assez absurde. Dans ce que dit ce monsieur, la phrase qui me touche, si vous voulez, c'est la fin à son père qui lui dit « la France, c'est une belle idée » et qui lui dit justement que grâce à la culture, il a pu apprendre à aimer la France. Moi, j'ai exactement la même histoire, si vous voulez. J'ai grandi en Seine-Saint-Denis, dans une famille très éloignée du service public, très éloignée de la politique. Et c'est grâce au livre, grâce à la culture, et si j'ose le dire, grâce à la France, que j'ai pu justement ensuite prétendre à faire mes études à Sciences Po.
Vous avez un auditeur qui dit qu'il a été obligé de changer de prénom parce qu'il subissait de la discrimination à l'embauche et vous soutenez un patron de formation politique qui refusait qu'il y ait des prénoms étrangers. Comment est-ce que vous pouvez expliquer, et pardon, ça ne concerne en rien votre parcours à vous, mais que c'est la même situation ?
Je ne comprends pas votre question. Moi, ce que je vous dis, c'est que ce qui me touche dans ce que ce monsieur a dit, c'est l'amour que son père a pour la France et qu'il a poussé justement à faire le choix de l'assimilation puisqu'il dit « je subissais des discriminations, donc je vais vouloir être comme les Français ». Et de dire que l'islam n'est pas compatible avec la République,
ça n'alimente pas ce type de climat ?
L'islam n'est pas compatible avec la République, je pense que ce monsieur, s'il aime la France comme il le dit, il peut tout à fait le savoir.
Donc ça veut dire quoi ? Il faut qu'il abandonne sa foi ?
De très nombreux musulmans le savent. Non, ce n'est pas une question de foi, c'est une question d'imposition de sa religion dans l'espace public.
Mais vous pensez à ceux qui nous regardent ce soir, qui pratiquent la religion en privé, dans la paix, l'immense majorité, et ils se disent « on a quelqu'un sur ce plateau ce soir » qui dit « ma religion n'est pas compatible avec la République ».
Et vous pensez à Samara, justement, dont cette religion a obligé de porter un voile alors qu'elle ne le voulait pas, de se faire tabasser à l'école, vous y pensez ?
Alors Samara, pour être très précis, d'abord le parquet ne retient pas la qualification religieuse et sa mère, même sa mère, je pense qu'elle connaît mieux Samara que nous tous ici, a insisté sur le fait qu'elle était croyante. Elle n'a pas dit, elle, que l'islam n'était pas compatible avec la République.
Et qu'est-ce que je viens de vous dire Benjamin ? C'est que justement le fait que les gens soient croyants, qu'ils pratiquent leur religion chez eux, qu'ils fassent leur ramadan chez eux s'ils le veulent, qu'ils mangent halal chez eux s'ils le souhaitent, ça ne me pose aucun problème. Ce qui me pose un problème, c'est l'islamisation du pays, la foi personnelle. Comment voulez-vous que j'y sois opposée ? Moi, personnellement, je suis de culture judéo-chrétienne, c'est quand même quelque chose qui me plaît. Ce n'est pas le fait que les gens aient une foi personnelle et pratiquent leur religion personnellement.
Mais vous aussi, vous souhaitez que les prénoms étrangers ne soient pas autorisés ?
Ce que je pense, c'est qu'en effet, donner un prénom français à ses enfants, c'est faire un pas vers la France. On n'en veut pas aux gens qui portent le prénom qu'ils portent aujourd'hui, ils n'en sont pas responsables. Mais j'allais vous dire justement...
Maintenant, vous êtes responsable politique, Sarah Knafou, donc rentrons dans le vif du sujet. Vous souhaitez, si jamais vous étiez au pouvoir, qu'il y ait une loi qui empêche les enfants de s'appeler Mohamed, Abdelkader.
Je vous réponds sur cette question. Je pense qu'en effet, donner un prénom français à ses enfants, c'est faire un pas vers la France. Je pense aussi, alors là, j'ai vu une étude justement de Sciences Po, qui expliquait que les discriminations à l'embauche se faisaient effectivement sur le prénom, mais jamais sur le nom de famille. C'est-à-dire qu'une personne qui s'appellerait Marie, avec un prénom à consonance musulmane, serait particulièrement embauchée, justement parce que les patrons se disent « ses parents ont fait un pas vers la France, je n'aurai aucun problème au sein de mon entreprise » et vous connaissez l'explosion actuelle des problèmes avec l'islam au sein des entreprises.
Donc c'est un signal, à mon avis, positif.
Mais donc je retiens que vous soutenez cette idée. Juste pour terminer Sarah Knafo, cette interview, quelques questions très rapides, je vous demande de répondre en un mot. Quel est le plus grand défaut d'Éric Zemmour ?
Je ne le dirai pas ici. Je le dirai en privé. Ah, il n'a pas de défaut ? Je ne le dirai pas ici.
Quel est le plus grand défaut de Marion Maréchal ?
Je ne le dirai pas ici.
Décidément, vous faites déjà de la langue de bois, alors ?
Vous regardez vos questions, moi, j'ai un moment.
Quelle est la principale qualité de Jordan Bardella ?
Sa communication.
Et quelle est la principale qualité de Marine Le Pen ?
Son intuition politique.
Toute dernière question, nos confrères Marie-Lou Magal et Nicolas Massol publient un livre sur ce qu'ils appellent la jeunesse identitaire. Et on y découvre que vous connaissez bien Jordan Bardella depuis longtemps. Vous avez même à peu près le même âge. Vous avez 31 ans, lui a 28 ans. Un jour, vous travaillerez ensemble ou pas ?
Je le connais bien, c'est un bien grand mot. On s'est rencontrés quelques fois. Est-ce qu'un jour, on travaillera ensemble ? Pour l'instant, le Rassemblement National a refusé toute piste d'union des droites, puisqu'ils ne veulent pas l'union mais le monopole. Donc la balle est dans son camp.
Un jour, pourquoi pas ? Merci beaucoup Sarah Knafo.
Merci à tous ceux qui nous ont écoutés.
De C'est pas tous les jours dimanche.
Sarah Knafo