Raphaël Glucksmann préfère les bobos aux prolos ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
7h 10h Jacques Cardose. On est avec Louis Nado dans ce studio. Bonjour Louis, vous êtes journaliste à Marianne, vous nous parlez ce matin de Raphaël Gluxman et de l'affaire de la fuite d'une note confidentielle.
Alors, j'ai envie de résumer cela comme ça. Gluxman, c'est le candidat des bobos ou des prolot ? Alors, [rires] alors si je vous disais que Raphaël Gluxman préfère les bobos au prolot, incroyablement. ser pas très étonné hein.
Voilà, le compagnon de Léa Salamé s'en défend, jure que son obsession doit être de renoncer de renouer avec cette France qui n'écoute plus la gauche social-démocrate, mais il est tout de même très embarrassé par cette fameuse note interne révélée cette semaine par Politica dans laquelle un stratège de sa campagne lui recommande de se concentrer sur les CSP plus plutôt que sur les classes populaires. Ouais. Si l'on en croit cette note que le fondateur de place publique jure avoir mise à la poubelle aussitôt après l'avoir lu.
Bah il l'a au moins commandé. Voilà l'électorat potentiel de Raphaël Gluxman, c'est en fait celui de la France qui va bien, du moins pas trop mal. aisé, diplômé, habitant les métropoles et plutôt l'ouest de la France, amoureuse de l'Europe, raisonnable, réaliste, pragmatique.
La France qui a passé la quarantaine écoute terre, regarde, lit le monde, se fringue chez Comptoir des cotonniers ou armor luxe, achète ses légumes au biocope, dit monope au lieu de monoprix, se fournit à la redoute et chez Maison du monde, aime la rando, les voyages, voire le bateau. Si ce portrait robot vous rappelle furieusement la jambe gauche de l'électorat macroniste de 2017, c'est normal, il en est la copie conforme. L'équipe de Gluxman a fait les comptes.
Au total, tout ce petit monde représenterait un peu moins de 6 millions et demi d'électeurs. 3,4 qui seraient les fidèles déjà acquis à la cause de l'essée. 1 million et demi de français à conquérir à gauche, 1 million et demi de plus à séduire au centre, ajouter un dernier million d'indécis et paf, ça fait un second tour.
Donc il ne s'agit plus de convaincre des gens qui ne seraient pas d'accord avec lui. Moi, je croyais que c'était ça l'objectif de la politique. Plus du tout. même non seulement la fameuse note des couples le camemberamber électoral en tranche, mais elle va même jusqu'à lister ceux auprès de qui il n'est pas utile de faire campagne, du moins pour l'instant, les jeunes, ceux qui gagnent moins de 1500 € par mois, les habitants des banlieux, des Haut de France, du Grand Est ou de la région PACA, ceux qui n'ont que le bac ou vivent seul avec des enfants.
Bref, la France qui ne va pas bien. Alors, cynisme condamnable ou lucidité stratégique ? Bonne question.
En un sens, on peut comprendre que Raphaël Glman définissent des priorités et donc une hiérarchie. Aucun politique ne part en campagne sans s'assurer que son socle soit mobilisé. C'est d'autant plus vrai qu'avec le nombre délirant de possibles candidatures à gauche, il sera crucial pour les gros candidats de lutter contre l'éparpillement des voies au premier tour alors que le ticket d'entrée pour le second tour devrait être historiquement bas.
Toujours de ce point de vue, il n'est pas anormal d'utiliser les outils de la sociologie politique pour décrire un électorat. Franchement, tout le monde le fait. En 2011, on a voué aux gémonies la note Terranova qui recommandait au Parti socialistes d'abandonner les ouvriers et de tout miser sur les diplômés, les jeunes, les minorités des quartiers populaires et les femmes réunies autour du progressisme.
En réalité, les auteurs n'ont fait qu'observer la mutation à l'œuvre dans l'électorat d'une certaine gauche. Ce qui est vraiment gênant au fond, c'est de s'arrêter à ces constats, de se borner à l'état de fait sans se demander ce qui serait souhaitable. Et c'est encore plus urtiquant à gauche.
Jor disait partir du réel pour arriver à l'idéal. Oui, avec une note comme celle de comme celle de place publique, c'est plutôt partir du réel pour rester au réel. Il ne s'agit plus de parler à des électeurs capables de s'élever au niveau de l'intérêt général, mais il y a une clientèle dont on flatte l'égoïsme.
Toujours lyrique, Gluxman récuse mais un peu tard cette vision de vendeur de lessive. La politique qui modifie son discours selon les segments électoraux ne m'intéresse pas. acclament-til. "Elle est à mes yeux la mort de la République et de la gauche.
Il n'y a qu'une seule France, il n'y a qu'un seul peuple français et nous lui proposerons un seul et même contrat patriotique. Seule la France m'habite." C'est lui qui le dit.
Le problème c'est que cette note est bien authentique et que Gluxman a l'air de jouer au pompiers pour sauver les apparences. Ouais, j'ai envie de lui dire le le problème c'est pas de modifier son discours, c'est de s'adresser à tout le monde. C'est d'essayer de convaincre d'autres problèmes, d'autres d'autres candidats, d'autres électorats.
Mais alors, il a honte de ses électeurs. Raphaël Glman. Il a surtout peur, à mon avis, de ne plus pouvoir se revendiquer de la gauche.
En forçant le trait, on pourrait dire qu'il veut le beurre et l'argent du beurre, l'apparente supériorité morale que confère l'appartenance au camp du bien sans la lutte contrariante au côté des danées de la terre. C'est la mauvaise conscience de la gauche caviare. Celle qui préfère accompagner le libéralisme et la mondialisation plutôt que rompre avec eux.
Objectivement, ce cœur battant de la social-démocratie n'a plus vraiment les mêmes intérêts que les classes populaires qu'elles prétendent défendre, ni les mêmes préoccupations d'ailleurs. Dans la note, l'international, l'Europe et l'instabilité politique en France arrivent en tête des sujets d'inquiétude de l'électorat de Luxman devant le pouvoir d'achat, l'insécurité ou le système social. En vérité, le label gauche est important pour que les classes populaires qui votent encore en ce sens et très souvent pour la France insoumise accepte une nouvelle fois de venir faire la pointe au second tour contre le Rassemblement national.
Mais après 40 ans de trahison en tout genre, il n'est pas certain que l'électeur prolot croit en la sincérité de Raphaël Luxman quand il affirme vouloir renouer avec lui. Comme disent les inconnus, le peuple il est over désabusé. Ouais. [rires] Merci beaucoup Louisado.
Je comprends surtout à travers votre décryptage brillant qu'il est plutôt le candidat bobo que le candidat des prolot et qu'il a pas vraiment envie de se frotter au prolot. Écoutez, vous savez quoi ? On en parle tout à [musique] l'heure parce que tout à l'heure il y a le grand débrief.
Raphaël Glucksmann