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interviewLe Média· 28 mars 2018 47 min

L'ENTRETIEN EUROPÉEN - LE MÉDIA REÇOIT FRANÇOIS ASSELINEAU

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

François Asselineau, bonjour. Merci d'être sur le plateau du Média. Vous êtes le premier invité pour cet entretien sur l'Europe.

Vous êtes bien connu effectivement, pour être un des adversaires de cette idée européenne. J'avais une première question suite à la campagne présidentielle de 2017: Comment avez-vous fait pour mettre autant d'affiches, partout, parce qu'encore aujourd'hui, un an après, on voit votre tête dans Paris et ailleurs en France ? – Et on va la voir de plus en plus, parce qu'on a fait de nouvelles affiches et puis également des autocollants.

C'est très simple, c'est que nous sommes un parti avec beaucoup d'adhérents et beaucoup de militants parmi les adhérents. Voilà. Parce que la plupart des partis politiques, maintenant, d'abord ont très peu d'adhérents.

Nous, nous avons dépassé les 30 700 adhérents, dont plus de 25 000 à jour de cotisation. Les autres restent statutairement adhérents pendant 2 ans, comme tous les autres partis. La plupart des autres partis politiques mentent effrontément sur le nombre de leurs adhérents.

Nous, on a publié un dossier, à partir des comptes de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements des partis politiques. on divise la ligne cotisations par l'adhésion moyenne de 30€, on a des surprises. Tel parti qui annonce 30 000 adhérents, en fait, en a 4 000.

Bon. Nous, vous pouvez faire le test, on est probablement le 5ème parti de France en nombre d'adhérents, et parmi ceux-ci on a également beaucoup de militants, et qui sont des militants bénévoles. De telle sorte que par exemple, pour les campagnes d'affiches, nous ne sommes pas un parti très riche, nous avons 0€ d'endettement auprès d'une banque.

Nous ne dépendons que de nos adhérents et de nos donateurs. Mais par exemple, je vais vous donner des chiffres, si cela peut vous intéresser: pour faire par exemple 200 000 affiches, ça coûte à peu près 21-22 000€, on les a à peu près à 10cts l'affiche en couleur. Et puis ensuite c'est gratuit, si j'ose dire, puisque ce sont nos adhérents qui les collent.

Si nous n'avions pas de militants pour les coller, on serait obligés de passer par des sociétés spécialisées qui collent les affiches, c'est le cas d'ailleurs de la plupart des autres partis politiques ou responsables politiques et ces sociétés demandent 1€ par affiche. De telle sorte que le budget de 20 000- 22 000 euros pour les 200 000, il faudrait lui ajouter 200 000 euros pour coller les affiches, ce que nous n'avons pas. – Vous avez réussi à faire une campagne 'low cost' pour 2017. – Voilà on peut dire ça.

Vous parlez en européen à ce que je vois... 'low cost'. – Tout le monde connait.

Alors parlons d'Europe justement. La grande idée de cette campagne, la grande idée de l'UPR, c'est le Frexit. Vous étiez le premier sur le créneau à avoir justement donné cette idée.

D'ailleurs c'est européen aussi, Exit-France : Frexit, on a sous les yeux un exemple, un cas d'école, qui est le Brexit, qui est arrivé avant la campagne, qui a été voté suite à un référendum. Qu'est-ce que vous pensez de la façon dont le Brexit est en train de se faire ? Est-ce que vous pensez que Theresa May peut négocier quelque chose qui sera dans l'intérêt du peuple britannique aujourd'hui ou est-ce que ça va être extrêmement compliqué ? – Alors j'ai plusieurs choses à dire.

D'abord il y a un petit problème de fond, c'est que madame Theresa May avait milité pour le 'Remain', c'est-à-dire pour rester dans l'Union européenne. Et les principaux architectes pour le Brexit, c'est-à-dire Nigel Farage, pour ne parler que de lui, qui était dans le Ukip, qui est quand même le fer de lance de cette idée au Royaume-Uni, et aussi un certain nombre de conservateurs comme par exemple Boris Johnson, en fait, n'ont pas eu le 10 Downing Street, ne sont pas devenus Premier ministre. Donc il y a un petit problème quand même de départ qui est que... c'est un petit peu quand même comme si par exemple, les français finissaient par voter pour le Frexit et au lieu que ce soit moi qui soit chargé de le mettre en œuvre, on demandait à monsieur Bayrou de le mettre en oeuvre.

Reconnaissez qu'il y aurait quand même... un petit quelque chose quelque part.

Bon. Alors ceci mis à part, je fais confiance aux britanniques qui sont un très grand peuple. Je rappelle souvent que c'est le peuple qui a toujours été à la pointe des libertés publiques en Europe occidentale depuis le Haut Moyen Âge.

Depuis la Magna Carta de 1215 qui est le premier texte qui, comment dirais-je, restreint le pouvoir d'un souverain absolu au profit de ses féodaux, il y a eu l'Habeas corpus au 17ème siècle, l'invention de la monarchie parlementaire au 17ème siècle. Il y a eu les Trade Unions, le premier parti qui a inventé les syndicats, qui les a autorisés. Et puis c'est également le pays qui a tenu tête, seul contre tous, contre Adolphe Hitler entre la débâcle de 1940 et l'invasion de l'Union soviétique en 41.

Donc ce n'est pas à prendre à la légère, le fait que ce grand peuple très pragmatique, qui vise toujours ses intérêts, ait décidé de sortir de l'Union européenne. Toute l'histoire sur les 800 dernières années, nous donne à penser qu'il montre l'avenir et non pas le passé, parce qu'il a toujours montré l'avenir. Alors maintenant quand on lit les grands médias français, on a l'impression que c'est une catastrophe, l'abomination, de la désolation.

C'est totalement faux. Je vous invite à aller sur place, vous pourrez constater que, s'il y avait de nouveau le référendum, il y aurait probablement une majorité supérieure qui voterait en faveur du Brexit. Je rappelle aussi, pour tordre le coup à une idée reçue, qu'il y a eu beaucoup de forces de gauche qui ont appelé à voter pour le Brexit.

Par exemple le grand syndicat RMT, Rail Maritime et Transports terrestres, qui est un syndicat qu'on classerait à l'extrême-gauche en France, avait appelé à voter pour le Brexit. Il y a eu beaucoup de forces de gauche qui ont appelé à voter pour le Brexit, comme d'ailleurs une partie des conservateurs. En revanche, c'est le centre mou, si j'ose dire, les conservateurs centristes et puis le Labour qui eux étaient divisés sur la question.

Moi ce que je vois, c'est que les choses avancent. Ils ont par rapport à ce que seraient le Frexit, si on voulait comparer les deux situations, il y a quelque chose qu'ils n'auront pas à faire, c'est à sortir de l'euro puisqu'ils n'y sont jamais entrés. Donc ça, de ce point de vue là, c'est plus facile, ils ont déjà la Livre Sterling.

Ils ont adopté la stratégie classique de la mode des anglais: "Wait and see": attendre et voir. They have waited, ils ont attendu, and they have seen, ils ont vu, ils n'y sont pas entrés, donc très bien pour eux. En revanche, ils ont un problème que nous nous n'avons pas, c'est une épine dans le pied, c'est le problème de l'Irlande.

Puisque l'Irlande du nord appartient au Royaume-Uni alors que la République d'Irlande ne lui appartient plus, depuis 1911 je crois. Et là, il y a un problème de frontière terrestre et de circulation des marchandises et des biens entre ces deux parties qui sont difficiles. Mais de ce que je vois moi, les investissements étrangers affluent au Royaume-Uni.

Vous savez que la France l'année dernière a vu son déficit commercial à l'égard du Royaume-Uni grimper de 38% parce que la Livre Sterling s'étant légèrement dépréciée de 10%, et bien nous vendons malheureusement moins que nous n'achetons au Royaume-Uni. Pour l'instant, s'il y a quelqu'un qui a du souci à se faire sur le Brexit, ce ne sont pas les britanniques, c'est la France. Notre déficit commercial s'accroit, nous allons devoir payer 17 à 20% du manque à gagner une fois que les britanniques seront partis.

Ils donnaient, ils étaient des contributeurs nets, donc la contribution nette peut-être de l'ordre de 10 milliards d'euros qu'ils donnaient, il va falloir que la France la prenne à sa charge. Donc le coût pour les contribuables français va être de 2 milliards d'euros supplémentaires, à payer à Bruxelles pour suppléer le départ des britanniques – C'est sans discussion sur le budget de l'Europe ? – Sur le budget de l'Europe, alors c'est en discussion mais la tendance est bien là. – On sait que l'addition sera lourde... – La tendance est bien là donc c'est plutôt les français qui ont du souci à se faire.

Je voudrais dire encore un dernier mot. Vous savez monsieur Macron, comme un certain nombre d'autres gens, avait dit: "On va punir les britanniques, les sanctionner", etc. Ce que j'observe: j'observe que monsieur Macron s'est rendu au Royaume-Uni, en février.

Il a le 18 février, signé un traité, le traité de Sandhurst avec madame May. Donc on n'a pas boycotté le Royaume-Uni. Les britanniques d'ailleurs ont décidé de verser 50 millions d'euros, c'était notamment sur les questions de migration et d'immigration, pour améliorer le statut de la situation catastrophique qui est à Sangatte.

Lors de ce déplacement, monsieur Macron a quand même été interrogé par la BBC qui lui a posé une question, l'entretien a été diffusé le 21 février dernier. Et le journaliste de la BBC, a demandé à monsieur Macron: "Mais s'il y avait un référendum sur le Frexit en France, que voteraient les français ?".

Et monsieur Macron a dit... – Il a botté en touche... – Non non non, il n'a pas botté en touche, il a dit que probablement les français voteraient pour.

Et d'un seul coup, il a eu... , il s'est aperçu qu'il n'aurait peut-être pas du dire ça, du point de vue politique, je ne vois pas très bien d'ailleurs l'intérêt qu'il a eu à dire ce qu'il pensait, et après il a dit oui... enfin il a essayé de faire du rétro-pédalage.

Et donc, ça veut dire que nous sommes dirigés en France par un chef de l'État qui pense que si on posait la question aux français, il y aurait peut-être une majorité de français qui dirait qu'il faut sortir. A mon avis, ça invalide complètement la politique qu'il conduit en ce moment qui est une espèce de fuite en avant ultra européiste, c'est pas raisonnable. Si on est un démocrate conséquent, on demande au peuple à la tête duquel on est, on lui demande est ce qu'il est bien d'accord pour faire ce que l'on propose.

Parce que vous savez il y a une loi d'airain de l'histoire du monde, on ne dirige pas un peuple durablement contre sa volonté profonde. – Alors justement sur les plans pour l'Europe d'Emmanuel Macron , on a ce fameux moteur franco-allemand qui est en train de se mettre en place. Depuis quelques mois c'était un peu trouble en Allemagne, maintenant on a un gouvernement, on a d'ailleurs un ancien de Goldman Sachs qui vient d'être nommé responsable pour les finances et pour la zone euro... – Attention on va dire que vous êtes conspirationniste ! – Alors ça on en reparlera de la conspiration, mais sans conspiration aucune on voit bien qu'aujourd'hui, le programme européen tel qu'il est fait, il est pour la libéralisation de tous les échanges, continuer sur la privatisation des services étatiques, on reviendra sur la grève de la SNCF, – Ce sont les traités européens – Ça c'est les traités , et vous l'avez défendu pendant la campagne – Dieu sait si j'en ai parlé pendant la campagne – Quel est justement, vous parlez de fuite en avant, est-ce que c'est pour sauver l'euro, parce que c'est une monnaie qui coute cher et que ça va être extrêmement compliqué ?

Ou bien est-ce que on a peur... enfin qu'est ce qui se passerait si on enlevait l'Europe aujourd'hui telle qu'elle est ?

Ça reste quand même un espace de dialogue des peuples voisins, est-ce qu'il n'y a pas quelque chose à sauver ? – Honnêtement si je propose depuis maintenant plus de 11 ans, on a fêté le 11ème anniversaire hier, si je propose depuis 11 ans de faire sortir la France de l'Union Européenne, c'est parce que je pense qu'il n'y a rien à retenir de cette affaire. Lorsque la France ne sera plus dans l'Union Européenne, et même si l'Union Européenne disparaît, on ne va pas retrouver la loi de la jungle.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il s'est quand même passé beaucoup de choses. Vous avez désormais l'organisation des Nations Unies, avec toutes les institutions qui gravitent autour. La Cour Internationale de Justice pour régler les différents entre les États, l'Organisation Mondiale du Commerce pour régler les questions d'ordre commercial, le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale, l'Organisation Mondiale de la Santé....

On est dans une intrication... – Intrication majoritairement américaine, là on parle de structures qui sont... [Les deux parlent, incompréhensible] d'inspiration quand même largement atlantiste – Ah non l'ONU non je ne suis pas d'accord avec ça.

Je ne parle pas de l'OTAN. L'ONU c'est vraiment la charte de San Francisco , pourrait fonctionner très bien à condition qu'on l'applique, c'est-à-dire que notamment on tienne compte, c'est dans un des premiers articles de la charte, il faut l'appliquer de bonne foi. Malheureusement elle n'est pas appliquée de bonne foi par un certain nombre de grands états, et tout spécialement depuis quelques années par les États Unis d'Amérique.

Autrefois c'était par l'URSS qui l'appliquait de mauvaise foi. Mais donc je reviens à mon propos, il y a ça, il y a aussi le Conseil de l'Europe, qui existe, est une institution pan européenne dans laquelle il y a la Russie, l'Islande, la Norvège.. il y a tous les pays sauf le Bélarusse qui sont dans le Conseil de l'Europe.

Donc il faut pas croire que si on sortait de l'Union Européenne il n'y aurait plus rien. Et puis j'ajoute aussi qu'il y a tous les traités internationaux. Pendant la campagne présidentielle j'avais rappelé par exemple que la France est liée au reste du monde par plus de 6680 traités internationaux, et de mémoire par quelque chose comme 343 traités rien qu'avec la seule République Fédérale d'Allemagne: sur la délimitation des frontières, des échanges d'étudiants, la non double imposition, les problèmes d'adoption, les échanges de biens culturels, les problèmes de taxation, etc, etc, de coopération industrielle.

Donc on est dans un monde au 21ème siècle qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il avait pu être il y a encore 100 ans, il y a désormais comme je le disais une intrication de relations internationales, et donc on n'a vraiment pas besoin de l'Union Européenne pour se concerter davantage encore. – Pour ce qui est de la capacité en fait à retrouver sa souveraineté, est-ce qu'aujourd'hui, compte tenu de ce que vous venez de dire, de l'inter-dépendance des États-Nations telle qu'elle est posée, les grands risques sécuritaires d'être pris entre des empires comme la Russie, les États-Unis, la Chine, est-ce que la France, comme la Grande Bretagne, même si c'est des puissances militaires encore aujourd'hui, ont les moyens de cette souveraineté ? – Bien sûr, d'abord je vous rappelle qu'il y a 193 états membres de l'Organisation des Nations Unies, et que l'écrasante majorité des états membres des Nations Unies sont plus petits et en tous cas moins puissants économiquement et militairement que la France, qui se situe selon les critères au 5e, 6e ou 7e rang.

Ils font comment ? Enfin cette idée selon laquelle on serait trop petit est une idée honnêtement absurde. La meilleure preuve de son absurdité c'est que ce sont les mêmes, je me rappelle avoir entendu Jacques Chirac, mais aussi François Hollande, mais aussi Emmanuel Macron lorsqu'il veut nous expliquer que la France serait beaucoup trop petite et çi et ça pour avoir une souveraineté nationale, il faudrait une souveraineté partagée...

Mais les mêmes quand ils reçoivent à l’Élysée, le président de la République du Liban, actuellement Michel Aoun, font toujours des déclarations enflammées en disant qu'il faut absolument veiller au maintien de la souveraineté pleine et entière du Liban. Le Liban est grand comme deux fois la France. Je rappelle quand même qu'il faudrait regarder le monde en face.

Singapour, qui est un état membre des Nations Unies, qui d'ailleurs a un niveau de vie supérieur à la France et qui croît beaucoup plus rapidement que le nôtre, est grand comme la moitié de l’Île-de-France et n'a aucune envie de fusionner avec les 27 pays alentour. Et quitte à faire un petit peu dans la provocation, l'état d'Israël qui a 6 millions d'habitants et qui est tout petit, n'envisage pas non plus de fusionner avec les 27 pays alentour. Donc en réalité ce qu"il faut, c'est déjà être soi-même, avoir sa propre politique, définir ses propres alliances.

En ce moment, vous savez ce qu'il est en train de se passer ? Je l'ai déjà dit et redit : l'Europe ce n'est pas la paix, l'Europe nous entraîne vers la guerre. Regardez ce qui se passe depuis... cette dérive aujourd'hui-même, on apprend que toute une série de pays d'Europe et les États-Unis rappellent, ou expulsent plus exactement, des diplomates Russes suite à cette affaire rocambolesque de cet espion retourné que les Russes auraient tenté d'assassiner par un empoisonnement.

Si vous entrez dans le détail de cette affaire. Moi j'aime bien entrer dans le détail, vous savez comme disent les Allemands : "Der Teufel liegt im Detail" "le diable réside dans les détails". Vous vous apercevez que la position occidentale est absolument intenable du point de vue du droit.

Pourquoi ? Parce que nous avons eu...

D'abord on est obligés de croire sur parole le fait qu'il y a un agent double qui a été empoisonné, moi je ne l'ai pas vu personnellement. – Par des forces Russes... – Non mais déjà le fait même !

Vous l'avez vu vous l'agent Russe empoisonné ? Moi je l'ai pas vu, bon. On est donc obligés déjà de croire le fait générateur.

Deuxièmement, mais si ça se trouve je sais pas, enfin tout est possible...

Deuxièmement, je dis tout est possible parce que je me rappelle les armes de destruction massive de Sadam Hussein. Vous vous rappelez Colin Powell qui secouait la fiole comme ça, il y avait en fait dedans , ça devait être du lait maternisé...

Deuxièmement les Anglais sont parvenus à la conclusion que c'était forcément la Russie à partir d'un produit, qui paraît-il seuls les Russes seraient capables de produire. Mais alors si seuls les Russes sont capables de le produire, comment les mêmes Britanniques auraient-ils pu tout de suite le découvrir ? C'est un peu illogique.

Troisièmement, vous savez j'aime bien le droit, j'ai regardé la charte, le traité international de l'organisation pour l'interdiction des armes chimiques auxquels appartiennent la quasi-totalité des états du monde qu'ils ont signée et ratifiée, dont le Royaume-Uni, dont les pays de l'Union Européenne, dont les États-Unis, dont la Russie. Et bien vous avez là-dedans un article, l'article 9, vous savez que j'aime bien la précision, article 9 qui précise que lorsqu'un état a un doute sur les agissements d'un autre état, il doit lui demander par l'intermédiaire du conseil supérieur de l'OIAC, qui doit transmettre immédiatement la demande, il doit demander des éclaircissements, transmettre un échantillon d'ailleurs des produits, demander des éclaircissements et l'état qui est sommé de répondre, a 10 jours c'est écrit, 10 jours pour répondre, c'est maximum 10 jours. Rappelez-vous ce qui s'est passé, le Royaume-Uni a dit "C'est les Russes, très probablement" et ils ont donné un ultimatum de 24 heures.

Pourquoi, le Royaume-Uni a-t-il donné un ultimatum de 24 heures alors que les conventions internationales signées et ratifiées par tout le monde y compris par le Royaume-Uni et la Russie donnent 10 jours ? Si ce n'est que, pour chercher la cogne, passez moi l'expression, pour chercher un motif de rupture diplomatique. C'est ça, il n'y a pas un seul juriste qui pourra dire le contraire.

Alors pour le reste c'est très inquiétant, parce que je vois qu'on est dans le domaine des suppositions, on est en train, entraînés par notre appartenance à l'Union Européenne qui est assujettie à l'OTAN par l'article 42 du traité de l'Union Européenne, on est en train de laisser entraîner notre pays dans un conflit potentiellement de plus en plus grave avec ce qui est quand même la deuxième puissance nucléaire au monde, et la Russie, sur un certain nombre d'armements, notamment la défense anti-aérienne, a peut-être 10 ou 15 ans d'avance sur les États-Unis d'Amérique. C'est d'une exceptionnelle gravité ! Qu'est-ce que l'on fait dans ce binz ? – Alors qu'est-ce qu'on fait dans ce binz ?

Quel est l'intérêt des nations européennes finalement de faire bloc, à ce moment-là ? Sachant que... – Je répondais en fait avant à votre question et vous me disiez: Est-ce qu'on a encore les moyens d'être... ?

Mais justement ! Si la France était en dehors de l'Union européenne, elle pourrait mener sa propre politique, et notamment... – Elle le fait déjà !

Enfin il n'y a pas de politique internationale européenne ? – Si, il y a Madame Federica Mogherini ! – Oui mais elle est là pour faire figure... – Attendez, elle est ministre des affaires européennes de l'Union Européenne, c'était un des acquis du traité de Lisbonne, de la constitution européenne rebaptisée traité de Lisbonne.

Soit dit en passant, elle est membre de l'Italian American Foundation, l'équivalent italien de la French American Foundation. Donc on est quand même tenus. Regardez, ça je ne l'ai pas inventé, on voit aujourd'hui, c'est comme des dominos: vous avez l'Allemagne, vous avez l'Ukraine, vous avez la Pologne, vous avez le Danemark, les États-Unis, qui expulsent des diplomates russes, toujours sur le fait qu'on n'a aucune certitude, déjà de la réalité de l’événement, deuxièmement de la culpabilité.

Nous sommes donc entrainés dans une géopolitique qui potentiellement peut nous emmener à la guerre. Et vous savez, c'est exactement comme ça qu'a commencé la guerre de 14. Jaurès était opposé au jeu des alliances automatiques.

Rappelez-vous ce qui s'est passé en 2003. Jacques Chirac et Dominique de Villepin n'ont pas été convaincus par la fiole de monsieur Colin Powell. Ils ont dit, écoutez on n'a pas encore vu vraiment les armes de destructions massives.

Résultat, la France n'a pas laissé voter au Conseil de sécurité des Nations Unies, la guerre en Irak, qui donc a été déclenchée illégalement, au regard du droit international, par Washington et la coalition. On a appris ensuite qu'il n'y a jamais eu d'armes de destructions massives. Rappelez-vous ce qui s'est passé à l'époque.

Lorsque la France a pris cette position, il y a eu 80% des pays du monde qui ont approuvé la position française. On s'est mis de Buenos Aires à New Delhi, de Moscou à Pékin, du Caire à Sydney, on s'est mis, il y avait des files d'attente devant les Alliances françaises de gens qui voulaient apprendre le français. En d'autres termes, passez-moi cette expression mais, le logiciel France peut redémarrer tout de suite, il suffit de le vouloir.

Si la France apparait, ce que souhaite l'écrasante majorité des peuples du monde, comme un autre occident: nous ne sommes pas les anglo-saxons, nous avons une autre vision du monde que nous devons défendre. Et nous devons, si nous devons faire des alliances plus étroites, il faut se tourner vers les pays dont nous sommes les plus proches, à beaucoup d'égard, qui sont les pays de la francophonie, notamment les pays du Maghreb, les pays d'Afrique francophone, dont je signale d'ailleurs au passage que c'est sans doute l'Eldorado du 21ème et du 22ème siècle. Si la France doit continuer à exister, ça n'est pas en se reniant, c'est au contraire en magnifiant ce qu'elle est, sa civilisation, sa langue, et j'ai d'ailleurs précisé dans mon programme présidentiel que notre siège au Conseil de sécurité trouvera sa légitimation au 21ème, au 22ème siècle, si on l'étend de plus en plus aux pays de la francophonie. – Aujourd'hui, cette feuille de route de la privatisation du rail qui attaque la SNCF, grand fleuron national, fait partie du paquet ferroviaire européen, fait partie de cette politique globale européenne de l'ouverture à la concurrence des marchés nationaux, comment vous, vous envisagez les mobilisations aujourd'hui, et la suite du mouvement et quelles proposition vous avez à l'UPR par rapport à ça ? – Alors d'abord, il me semble que personne ne peut nier que j'avais annoncé tout cela lors de la présidentielle.

J'ai été le seul candidat à expliquer, il y a donc bientôt un an, que quiconque resterait dans l'Union européenne, que ce soit madame Le Pen ou monsieur Mélenchon, ça serait pareil, on a d'ailleurs l'exemple, si monsieur Mélenchon était à l’Élysée, il ferait du Tsipras, c'est-à-dire vous savez, cette gauche radicale qui démolit les retraites et qui privatise à tout va la Grèce. Si madame Le Pen était à l'Elysée, elle ferait comme, je ne me souviens pas son nom, le gouvernement en Autriche, c'est-à-dire l'extrême droite en Autriche, il fait la même chose ! Parce que quiconque reste, alors à fortiori entre les deux, quiconque reste dans l'Union européenne est obligé d'appliquer les traités européens et d'appliquer notamment le rapport des Grandes Orientations des Politiques Économiques fixé par la commission européenne, chaque année en vertu de l'article 121 – Monsieur Mélenchon, il y a un plan B qui est de négocier de nouveaux traités. – Mais monsieur Mélenchon, son plan A, son plan B, son plan C, son plan etc, Moi je sais, pour avoir parlé à des adhérents, des sympathisants des insoumis, que personne n'y comprend rien.

En tout cas ce qui est certain c'est qu'il n'est jamais question de sortir de l'Union européenne, monsieur Adrien Quatennens l'a encore rappelé il y a quelques jours, jamais de sortir de l'union européenne, ni de l'euro, je rappelle que monsieur Mélenchon avait dit que "ceux qui étaient contre l'euro était des Maréchalistes", ce qui était quand même incroyable. Donc il n'est jamais question de ça. Excusez-moi de le dire ici, mais la France insoumise est insoumise à tout le monde, sauf à l'Union européenne.

Là c'est la soumission totale. Donc nous ce que nous disons, et je le dis depuis maintenant 11 ans: il faut sortir de l'Union européenne ! Pourquoi ?

Pas par nostalgie, pas par ringardise, pas par xénophobie...

Tout simplement pour rendre aux français leur démocratie et leur droit inaliénable à disposer d'eux-mêmes. Les traités européens, la Constitution européenne par exemple, vous savez ce que c'était ? C'était presque un copié-collé de la Constitution soviétique.

Pas tout à fait, c'était pas les mêmes..., dans un cas c'était l'appropriation collective des moyens de production en URSS là c'est l'appropriation privative de tous les moyens de production et de tous les services publics.

C'est le négatif si on peut dire. Mais le scandale, dans la Constitution européenne qui est devenu le traité de Lisbonne, comme c'était le scandale dans la Constitution soviétique, c'est qu'on mélangeait deux concepts. Une constitution qui est une organisation des services des pouvoirs publics, qui autorise normalement d'avoir des pouvoirs de droite, de gauche, qui se succèdent et des politiques complètement différentes, il s'agit simplement d'une architecture institutionnelle, d'organiser les contre-pouvoirs pour faire vivre une démocratie vivante, et l'autre cas, c'est d'avoir des programmes économiques.

Or, la constitution européenne et les traités européens, fixent pour toujours et à tout jamais une politique économique et sociale: celle de l'ultra-libéralisme. Or cet ultra-libéralisme les français n'en veulent pas. D'ailleurs même les américains n'en veulent plus compte tenu des effets induits et de la paupérisation que ça provoque, en particulier dans tous les pays et en particulier en France.

La situation, elle est mauvaise en France ! Vous savez, la classe moyenne est en train de s'appauvrir Les gens pauvres et très pauvres ne cessent d'augmenter, ça c'est les statistiques de l'Insee. Et au même moment, on voit à l'autre bout de l'échelle, vous avez vu il y a quelques jours, on apprenait que désormais il y a 40 personnes, la barre vient d'être franchie, en France, qui ont un patrimoine de plus de 1 milliard !

Je dis bien 1 milliard d'euros. Donc on va vers une société avec des inégalités flamboyantes. Or 2000 ans d'histoire de France, me donnent la conviction que les français ne vont pas accepter ça encore très longtemps, parce que, alors je vais faire un peu du Emmanuel Todd à ma façon mais, parce que les français sont un peuple fondamentalement quand même égalitariste.

Il y a besoin d'avoir de la justice sociale et des services sociaux, et des services publics qui assurent quand même un mode de vie à peu près comparable entre les catégories sociales. – Justement, une des premières victimes du Brexit, et on en parle, c'est la NHS, le système de santé des Britanniques qui est remis en cause, notamment par Jacob Rees-Mogg, qui est un défenseur du Brexit en disant "cela coûte trop cher à l'état" et déjà Virgin est en train de récupérer des pans entiers de la santé britannique et c'est en train d'être privatisé. Or c'est pas le fait de l'Europe, là , on est dans un pays justement qui choisit de sortir de l'Europe, mais qui est aussi un des premiers pays à avoir fait de la privatisation, du partenariat public-privé, c'était Blair et c'était avant Blair... – Madame Thatcher – Voilà Madame Thatcher, donc là, c'est pas l'Europe, c'est bien les Britanniques.

Donc, qu'est-ce qui fait qu'on peut s'en sortir ? – Encore une fois c'est exactement ce que je viens de dire, sortir de l'Union Européenne permet de récupérer ensuite une politique nationale, si une majorité de Britanniques veut privatiser à tout va, à priori, pourquoi pas, c'est leur problème – C'est pas ce que souhaite la majorité des Britanniques, c'est quelques oligarques qui décident pour le peuple Britannique. – Mais ça, il faut que les Britanniques se manifestent, ce que je sais en tous cas, c'est que... il y a une chose qui est certaine, c'est que si on reste dans l'Union Européenne, on est obligé de faire ce que fait Macron, ce que faisait Hollande, ce que faisait Sarkozy etc.

C'est-à-dire de mettre en concurrence les services publics, c'est pas moi qui le dit, c'est l'article 106, alors je sais qu'on rigole quand je cite les articles, mais... – C'est votre Venezuela à vous [Rires] – Mais écoutez quand vous allez voir un médecin, vous êtes quand même content qu'il soit compétent et qu'il connaisse quand même son métier, donc au jour d'aujourd'hui, il est inadmissible que quelqu'un qui prétend à diriger les plus hautes fonctions de l'État ne connaisse pas à peu près par cœur, la Constitution Française, Les grands traités qui lient la France, notamment l'ONU et les traités Européens, puisque surtout les traités Européens nous fixent une politique économique et sociale.

C'est l'article 106, et Monsieur Mélenchon, il aura beau dire on va désobéir à ci et çà, non, on désobéi pas à des traités Soit on les respecte, soit on s'en va, on les dénonce juridiquement, on en sort. Mais moi, la politique que propose Monsieur Mélenchon est une politique que je trouve extrêmement dangereuse parce que c'est une politique nationaliste, parce que Monsieur Mélenchon voudrait que l'Europe se transforme en fonction de ce que veut la France, mais moi je ne veux pas que les Polonais ou les Allemands m'imposent leur vision du monde. Mais je n'ai pas, moi, à imposer la vision du monde... – Ce n'est pas Monsieur Mélenchon qui pense ça, Mr Mélenchon défend plutôt une Europe à 28, c'est Emmanuel Macron qui pense ça avec le moteur Franco-Allemand, en disant on sera deux pour décider pour le reste. – Non, non Monsieur Mélenchon a bien dit qu'il voulait... que la France, elle était suffisamment grande, elle pouvait taper du poing sur la table pour obtenir ce qu'elle voulait – Oui, entendre négocier, négocier dans le cadre des conseils Européens. – Écoutez, les gens qui sont partis dans une autre Europe, il y a deux choses qu'ils ne disent jamais, c'est la question que vous devriez poser si vous avez des gens qui viennent à cette table après moi qui vous disent qu'ils sont pour une autre Europe.

Pourquoi l'Europe est-elle comme elle est ? Pourquoi ? Ça fait 61 ans depuis le traité de Rome, ça fait 61 ans que ça dure, Pourquoi est-ce qu'elle est comme elle est ?

Si elle est comme elle est, c'est parce qu'elle ne pouvait pas être autrement. C'est parce qu'elle est la conflagration de 6 puis 9 puis 10 puis 12 puis 15 puis 25 puis 27 puis 28 états, dont les intérêts nationaux sont divergents et il faut bien faire des compromis, et donc les compromis vont dans le sens majoritaire. Voilà.

C'est pour ça que l'Europe est comme elle est. Ceux qui vous disent "On va faire une autre Europe", ils font comme si..., on a vu des gougnafiers pendant 61 ans qui n'avaient jamais bien négocié pour les intérêts de la France, et comme si d'un seul coup on allait dire aux autres "Bon vous, on vous a cédé des trucs, maintenant vous allez être gentils, vous allez nous redonner des choses qui vont dans notre sens." – Enfin il faut voir...

A Bruxelles les Allemands ont très bien joué. Bon il faut voir qui sont aujourd'hui à des postes de pouvoir, dans les arcanes bruxelloises. – Ça c'est encore autre chose.

Ça c'est l'influence, le monde anglo-saxon: les britanniques ou les allemands ont un génie national qui consiste à influer dans les sphères, notamment les anglais étaient très forts pour cela mais les allemands aussi, d'en avoir à tous les échelons. Oui mais les français ne sont pas comme ça. Nous on n'est pas un peuple..., nous le lobbying n'est pas dans nos gênes.

Voilà. Vous savez, il y avait Sir Christopher Soames qui était le gendre de Winston Churchill, qui avait été ambassadeur du Royaume-Uni en France en 63-64 sous de Gaulle. Il avait eu une fois cette parole que je trouve extraordinaire, il parlait le français comme tous les aristocrates britanniques, et il avait dit un jour: "Il faut toujours mettre un français à la tête d'une organisation internationale parce que c'est le seul qui ne défend jamais les intérêts de son propre pays".

Et bien vous avez tout compris. Les français quand ils sont...

Regardez Moscovici ! Vous croyez qu'il défend les intérêts de la France quand il est commissaire européen aux Affaires économiques... – Non et d'ailleurs il l'a bien dit, il est commissaire européen, il défend les intérêts "européens". – Oui mais parce que les pays du sud de l'Europe, ça c'est une de mes analyses propres, je ne vous demande pas forcément de la partager et certains pourraient éventuellement ne pas être d'accord, mais je pense que les pays du sud de l'Europe qui ont une tradition catholique romaine, sont des pays plutôt dogmatiques: Portugal, Italie, Espagne, France, etc.

Et donc on est pétri, on aime les idées générales. Les français c'est un peuple qui aime les déclamations, 'La Déclaration des Droits de l'Homme qui s'applique à la Planète entière' ça, les français, ils aiment bien faire ça, un peu théâtral. Les peuples d'Europe du Nord, qui sont devenus protestants d'ailleurs, avec des Églises autocéphales, sont des peuples beaucoup plus pragmatiques et qui défendent beaucoup plus bec et ongles leurs intérêts nationaux.

Et on a ce mélange-là entre les pays du sud qui ont bradé des intérêts nationaux, je l'ai vu dans les années du pouvoir si vous voulez. Je voyais dans des réunions au plus haut niveau de préparation, par exemple du voyage de Jacques Chirac à Bruxelles, comment ses conseillers disaient "Bon, allez, faut céder, faut céder !".

Madame Thatcher, vous vous rappelez comment elle venait : "I want my money back !". Et regardez comment font les scandinaves !

C'est quand-même extrêmement important de regarder le monde scandinave : sur les cinq pays de la Scandinavie, vous avez l'Islande et la Norvège qui ont refusé d'entrer dans l'Union Européenne et dans l'Euro, et parmi les trois restants, vous avez le Danemark et la Suède qui ont refusé d'entrer dans l'Euro. Il n'y a que la Finlande, qui a une longue tradition de finlandisation justement, donc de soumission à l'étranger, qui a accepté d'être dans l'UE et dans l'Euro. – Oui et la frontière russe aussi qui fait qu'il y a l'OTAN et que c'est nécessaire. – Oui, voilà.

Donc on a vraiment des différences, comment dirais-je... locales... et nationales, et c'est pour ça si vous voulez que les idées d'autre Europe ça ne peut pas marcher.

Et puis le dernier point fondamental que je rappelle toujours, c'est que les traités se changent à l'unanimité. Article 48. Imaginez que demain vous vouliez faire une taxe Tobin par exemple, sur les transactions financières.

C'est un loup de mer qui ressort régulièrement. Vous aurez immédiatement le Luxembourg, les Pays-Bas, Malte, l'Irlande, probablement les pays de l'Est qui diront non. C'est terminé !

Regardez c'est ce qui s'est passé avec la directive des travailleurs détachés ! C'est ce qui se passe avec tout, en définitive a tout. Pour la réforme de la zone Euro : Monsieur Macron a fait comme ça, il a fait le paon, comme les français aiment bien le faire, c'est à la fois un coq et un paon, donc il a dit "voilà, le moteur franco-allemand...".

Alors déjà ce qu'il faut savoir c'est qu'il n'y a qu'en France qu'on ne parle du moteur franco-allemand. Les allemands ils ne parlent pas du moteur franco-allemand, jamais. – Non ils préfèrent les voitures allemandes... – Exactement !

Les allemands ils parlent de "Das deutsche-amerikanische Bündnis für das 21. Jahrhundert". C'est-à-dire l'alliance germano-américaine américaine pour le 21ème siècle.

Les gens qui parlent du moteur ou du couple franco-allemand, c'est comme si je disais que moi j'étais marié à Kim Kardashian. Voilà. Alors ... je peux le dire mais, eh !, je ne suis pas sûr qu'elle soit d'accord.

Voilà. Bon. Vous comprenez ?

Eh ben là c'est pareil. En France on parle du couple franco-allemand, sauf que les allemands ne l'entendent pas de cette oreille là. Alors Madame Merkel elle est gentille... enfin, elle est gentille, elle fait comme si !

Mais elle sait très bien, parce que les allemands sont très malins, elle sait très bien à quoi s'en tenir ! Et vous savez que face à ce couple franco-allemand vous avez eu huit États d'Europe du Nord, dont la Suède et le Danemark qui ne sont pas dans l'Euro, et dont quatre autres États dont les Pays-Bas qui fait partie des six pays du marché commun, qui ont, il y a quelques jours, qu'il était hors de question d'aller dans le sens de ce que veut Monsieur Macron ! Donc voilà, terminé, on change de sujet ! – Mais Monsieur Macron aujourd'hui, en tant que Président de la République Française, 80% de ce qu'il fait sert à faire plaisir à Angela Merkel.

C'est-à-dire suivre les traités européens, s'assurer qu'on passe sous les 3% de déficit, qu'on fait de la rigueur, qu'on libéralise...

Enfin on va pas dire qu'il va fâcher l'alliée Angela Merkel, bien au contraire, il est plutôt dans un jeu de séduction vis-à-vis du partenaire allemand. – Ah oui, je suis d'accord ! Je suis d'accord, mais si vous voulez me faire dire que Monsieur Macron, en fait, c'est de la trahison, il trahit les intérêts nationaux !

Quand on pense que le TGV est devenu allemand, quand on pense qu'effectivement on est à la remorque de Berlin dans quasiment tous les domaines, il y a effectivement un petit problème. C'est sûr. – Alors pour revenir à l'Europe, il n'y a pas que l'Allemagne et la France il y a aussi l'Espagne.

Pour parler de l'actualité, la Catalogne notamment, où on voit que une sortie de crise passe par la case prison pour les leaders indépendantistes catalans. Vous en pensez quoi de ces mouvements indépendantistes aujourd'hui ? Est-ce que c'est quelque chose qui va se multiplier en Europe ?

Est-ce que vous vous voyez de par vos multiples voyages des tendances régionalistes émerger ? – Oui alors je l'ai expliqué depuis des années. J'ai fait une conférence que j'invite les gens à aller regarder, qui s'appelle "Les euro-régions".

C'est une politique déterminée, délibérée, depuis des années maintenant, qui vise à donner de plus en plus de pouvoir au niveau régional et à retirer de plus en plus de pouvoir aux États-nation, et donc les États-nation se voient vidés de substance par le haut et par le bas. Par le haut, on fait passer les pouvoirs les plus importants à la commission européenne à Bruxelles, à la banque centrale européenne à Francfort, à l'OTAN dont le siège est à Bruxelles, mais dont les ficelles sont tirées depuis Washington ! et par le bas en donnant de plus en plus de pouvoir à des grandes régions qui ont, comme par hasard, la taille des Länder allemands ou la taille des États de la côte Est des États-Unis d'Amérique.

Voilà. Parce que j'explique, je l'ai expliqué, on m'a traité de tous les noms mais... c'est en fait pour parvenir à la même congruence de "tissus administratifs" de part et d'autre de l'Atlantique.

Et avoir le modèle sous-jacent, c'est les États-Unis d'Amérique ou l'Allemagne fédérale. Et donc dans ce cadre là, il y a une politique constante de promotion des régions, y compris on dit aux régions d'avoir directement leur propre représentation à Bruxelles. Au bout du compte de tout ceci, il faut bien voir que c'est la disparition des États-nation qui est programmée.

Et vous ajoutez à ça un autre phénomène qui va dans le même sens, c'est la disparition des langues nationales à part l'anglais. C'est-à-dire que vous avez une promotion constante de l'anglais, c'est même plus de l'anglais mais de l'américain, du "globish", cette espèce de sous anglo-américain qui est maintenant imposée au niveau européen, pratiquement tous les documents à la commission européenne sont écrits dans ce sabir. Et au même moment, notamment par la charte des langues régionales et minoritaires, on développe, au forceps s'il le faut, l'enseignement de langues régionales, de telle sorte qu'au bout du compte c'est là aussi les langues nationales...

Il s'agit d'une stratégie délibérée qui s'appelle "devide and conquer", c'est vieux comme le monde. C'était chez Machiavel: "divide ut regnes" ou "diviser pour régner". Et donc il y a urgence, et j'ai été le seul candidat, regardez la campagne de l'année dernière, j'ai été le seul des onze candidats à la présidentielle à attirer l'attention sur ce qui se passait en Espagne, à dire "regardez ce qui se passe en Catalogne".

C'est un des prémices de ce qui risque de se produire dans toute l'Europe, en tout cas dans les grands pays de l'Europe occidentale, sauf en Allemagne puisque la charte ethnique des langues fait que en fait l'Allemagne resterait unie mais elle mettrait la main, comme par hasard, sur Österreich l'Autriche et sur l'Alsace-Moselle qui parlent l'allemand. Regardez les cartes qui circulent au parlement européen, finalement il y a un type qui s'appelait Adolf dans les années 40 et qui avait eu la même idée, bon. Donc à part ça, c'est pour ça que c'est très inquiétant regardez ce qui se passe en Corse, regardez ce qui se passe en Bretagne...

Est-ce que vous vous rendez compte qu'aujourd'hui en France il y a plus de jeunes français qui apprennent la langue bretonne, y compris à des endroits comme Rennes où il n'y a jamais eu le breizh, c'était le gallo qu'il y avait en Bretagne du côté de Rennes. Il y a plus de jeunes français qui apprennent cette langue bretonne, qui a été codifiée dans les années 1920 parce qu'avant il y avait un dialecte de Quimperlé, un dialecte des côtes d’Armor, et moi j'ai un quart ce sang breton, je peux vous le dire. Il y a plus de jeunes français qui apprennent ça que le chinois.

Est-ce que c'est vraiment comme ça que l'on prévoit, que l'on prétend aller vers l'avenir ? On est en train de démolir la langue française, de démolir la langue espagnole etc. pour avoir une espèce d'anglo-américain de base et puis, j'ai rien contre les langues régionales, mais moi je ne suis pas d'accord avec cette promotion constante qui en est faite.

Et là où il y a un risque effectivement c'est que comme l'on force les peuples à avoir cette espèce d'État-continent d'où ils ne comprennent rien. Ils ne comprennent rien les français, comme tous les autres peuples, ils sont incapables de vous citer le nom d'un seul commissaire européen ! Ça ne les intéresse pas. – Même en France, Pierre Moscovici on a du mal quoi. – Même Moscovici, bon moi je le sais parce que j'ai le nez dessus mais... euh, enfin pas sur Moscovici mais sur l'Union Européenne Mais, euh... les français ça ne les intéresse pas.

De même que les français, ce qui se passe en Allemagne les intéresse très peu. Si on demande aux français quel est le nom du président de la République d'Allemagne, vous n'aurez pas 0.01% de bonnes réponses.

Et c'est pas Madame Merkel, je le signale, qui n'est que la chancelière, la première ministre. Donc on impose aux gens un État-continent dans lequel les peuples ne se reconnaissent pas ! Et face à ça, ils ont tendance à un repli identitaire, et comme on leur dit que la France c'est très très mal, le repli identitaire va vers la région.

Et s'il n'y a pas de région, il va à ce moment là vers la religion. Voilà. C'est-à-dire qu'il ne faut pas s'étonner que l'on voit se développer des zones de non-droit, qu'on voit se développer cette tendance, heureusement très minoritaire, vers justement un radicalisme par exemple islamiste que l'on voit apparaître ici ou là dans les banlieues, c'est parce qu'il n'y a plus la République française !

Et que dans la mesure où tout le monde se replie sur cela et qu'on promeut constamment le régionalisme et bien effectivement il peut y avoir des dérives de cette nature. C'est tout un ensemble hein. – Ouais alors ça c'est un ensemble, mais l'exemple des länder qui fait que ça marche, est-ce que la région c'est pas non plus un échelon valide de la démocratie ? – Il y a des fortes identités régionales en Allemagne.

Ils se sont constitués comme ça. La France c'est tout à fait autre chose. La France c'est un État qui a été constitué progressivement par des rois, par des monarques.

Auquel d'ailleurs depuis Louis XIV on a voulu, sous l'influence de Vauban, donner la forme d'un hexagone avec la frontière Nord-Est qui a été poursuivie constamment par nos rois. Et puis la révolution française a fait quelque chose d'inouï. Une espèce d'année zéro style Khmers rouges si on y réfléchit.

C'est que le peuple français étant un peuple ontologiquement égalitariste, la révolution a décidé un jour de supprimer toutes les provinces avec toutes les lois particulières, les privilèges, les poids et mesures différents etc. Tout le monde a été égalisé en supprimant toutes les provinces. Il y avait des petites provinces comme l'Aunis ou la Saintonge, il y en avait des grandes comme la Bretagne, le Languedoc etc. tout ça a été supprimé et on a créé des départements qui avaient tous à peu près la même taille et on pouvait aller à la préfecture aller-retour à cheval en une journée.

Et en même temps on a appliqué les mêmes poids et mesures, le système métrique partout. Il se trouve que ça a parfaitement correspondu à l'esprit français. Les français sont extrêmement attachés, aujourd'hui encore, d'une part à leurs communes, parce que ce sont les descendantes des paroisses de l'ancien régime, c'est pour ça qu'il y a tellement de communes en France qui s'appellent "Saint-Quelque-Chose" ou "Sainte-Machine".

Parce que justement ça remonte au Moyen-Âge, donc les français sont extrêmement attachés à leurs communes qui étaient leurs paroisses, sont extrêmement attachés aux départements parce que les départements c'est le symbole et la concrétisation de l'égalité entre les citoyens. Et puis les régions avaient disparues ! Après il y a avait la République.

Et qui est-ce qui a recréé les régions, je rappelle quand-même que c'est Pétain ! C'est Pétain notamment à la demande des allemands qui a recréé les régions. C'est d'ailleurs Pétain qui a fait en sorte que la Loire-Atlantique ne soit pas dans la région Bretagne, donc actuellement il y a les autonomistes bretons qui réclament ça et qui disent c'est Pétain qui a pas mis ça.

Oui c'est vrai ! Mais de 1790, la création des départements, jusqu'à 1941-42, Pétain, il n'y avait plus de régions en France. Donc Pétain a recréé les régions, ça a été supprimé à la Libération, c'est revenu après, Pompidou a recréé ça sous forme de petits établissements publics régionaux, et désormais il y a une volonté constante de créer des régions qui ne correspond pas à l'esprit des gens.

Regardez, Hollande a charcuté ça ou plutôt il a fusionné ça et c'était une espèce de "lego", le peuple français ça lui passe au-dessus. Simplement ce qui est vrai c'est que Monsieur Macron a décidé, c'était dans son programme, de supprimer 25% des départements, que les français n'ont jamais été consultés par référendum, s'ils le veulent. Et que par ailleurs on est en train de reconstituer délibérément l'hétérogénéisation du territoire national et des inégalités entre les territoires, ce qui à mon avis est un crime contre la République. – Eh bien, écoutez merci beaucoup pour cet entretien !

Peut-être une dernière question sur l'avenir de l'UPR : comment vous envisagez l'échéance de 2019 sur les européennes ? Comment vous les préparez ? – Alors déjà, à très court terme, nous avons manifesté là, il y a quelques jours, lors du 22 mars nous avons pour la première fois participé à une grande manifestation.

Et nous avons décidé, et je donne ici rendez-vous à tous les gens qui nous suivent, nous serons présents le premier mai, avec une grande manifestation, ça sera la première grande manifestation de l'UPR sur la voie publique. Et j'espère qu'on sera des milliers. Et notamment nous réclamerons deux choses, d'abord le débat sur le frexit, parce que le frexit c'est la liberté, deuxièmement le déverrouillage des grands médias.

Et je voudrais vous remercier à cet égard de m'inviter, c'est un geste démocratique et républicain que vous faites, mais vous savez très bien que depuis la fin du premier tour de l'élection présidentielle, j'ai été totalement blacklisté de tous les grands médias, c'est pas faute d'avoir demandé. La deuxième chose puisque vous me parlez de 2019, c'est que nous allons avoir, ça c'est UNE chose à mettre au crédit de Macron, c'est qu'il est en train de réinstaurer les listes nationales qui avaient prévalu entre 1979 et 1999. Vous savez qu'après, comme la liste Pasqua-Villiers avait dépassé la liste de Sarkozy en 1999, la droite ensuite avait fait en sorte d'avoir huit circonscriptions inter-régionales.

Plus personne n'y comprenait rien. Macron pour des raisons politiciennes veut avoir une seule liste nationale. Nous nous en réjouissons parce que ça veut dire qu'un vrai débat va avoir lieu.

Nous aurons donc une liste, on avait eu huit listes en 2014, on était beaucoup plus petits, là nous aurons une liste en 2019, une liste nationale, et nous serons bien entendu la liste qui proposera le frexit. Et qu'on ne me dise pas : "oui mais si vous voulez sortir de l'Union Européenne, pourquoi vous participez aux élections européennes ?" Qu'est-ce qu'a fait le parti communiste français pendant des décennies ? – Et le UKIP aussi... – Le parti communiste participait à toutes les élections de la démocratie bourgeoise qu'il dénonçait au même moment, et le parti communiste voulait jusqu'en 1976 instaurer la dictature du prolétariat.

Ça ne l’empêchait pas de participer aux élections, il avait d'ailleurs bien raison, ça lui avait donné une grande influence. Et vous l'avez dit vous-même, Nigel Farage et le UKIP n'auraient jamais eu la notoriété qu'ils ont eu s'ils ne s'étaient pas présentés aux élections européennes. Donc on va aller aux élections européennes en 2019 et croyez-moi je pense, enfin j'ai l'intuition qu'on va monter d'un cran en termes de résultats électoraux à cette occasion. – Eh bien écoutez on suivra ça et on en parlera beaucoup sur Le Média de toute façon de ces élections européennes. – Merci !

Merci encore de m'avoir invité. – Merci à vous.