Best of Territoires d'Infos - Florian Philippot (16/02/18)
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Florian Philippon démarre avec le taux de chômage au plus bas depuis 2009, baisse de 0,7% au dernier trimestre. Est-ce que vous mettez tout ça au crédit d'Emmanuel Macron ? D'abord je reste prudent sur les chiffres, puisque le chiffre que vous citez c'est le chiffre INSEE et non pas le chiffre Pôle emploi.
Donc effectivement sur les normes du Bureau international du travail et puis sur des statistiques par sondage. Voilà on a tellement changé le mode de calcul depuis 2-3 ans du chômage que notamment la grande réforme de juin 2015 on avait basculé en D et E, en catégorie D et E des chômeurs auparavant A, B ou C. Bref tant mieux si ça baisse, je vous le dis clairement évidemment, tant mieux si ça baisse pour les personnes concernées, leur famille, ce sont des difficultés en moins.
Mais je n'ai pas l'impression moi, si vous voulez, que fondamentalement il y a un retour à l'emploi massif dans notre pays et parfois effectivement un chômeur est transformé peut-être très provisoirement en travailleur précaire. Et ça il faut faire attention aussi à cette évolution-là, d'abord parce que c'est peu durable et parce que c'est une société de la précarité qui s'annonce. Moi je pense, je suis même convaincu que la France a suffisamment de ressources, d'atouts dans sa formation, dans sa capacité industrielle, d'innovation, si elle s'en donne les moyens, si elle se protège un minimum, ce qu'elle ne fait pas par rapport à la mondialisation, si elle adopte le modèle du patriotisme économique pour vraiment créer de l'emploi pérenne, durable, solide, rentable dans notre pays, créer de l'innovation.
Et je trouve que les réformes Macron ne vont pas en ce sens, ce sont des réformes de gestion de la pénurie. Alors peut-être un petit mieux parce que pendant longtemps le pétrole a été bas, l'euro a été bas, mais tout ça c'est fini. En tout cas pour l'euro c'est fini, l'euro a repris un taux très important par rapport au dollar et ça, ça va avoir un impact négatif.
Florian Philippot, justement en parlant de réformes, le gouvernement hier a reçu un rapport choc sur la SNCF, pour refonder la SNCF, qui préconise notamment de supprimer un certain nombre de lignes, de petites lignes ultra déficitaires. Alors est-ce qu'on peut faire autrement, sachant que deux desserts sur trois sont considérés comme perdants de l'argent ? C'est un rapport qui vise à préparer l'opinion pour tuer le service public ferroviaire.
Il faut dire les choses parlant non. Il y a déjà 50 milliards de dettes, est-ce qu'on peut maintenir le statut court ? C'est un des seuls points avec lesquels je serai d'accord dans ce rapport, c'est l'histoire que l'État reprenne la dette de la SNCF, ce qui me paraît très logique.
De toute façon, c'est un établissement public, donc entre l'État et l'établissement public, il n'y a pas une grande différence. Pour le reste, on prépare la libéralisation qui est exigée par l'Union européenne. Et donc évidemment, ce rapport dit qu'il faut la libéralisation.
De toute façon, on n'a pas le choix à cause de nos gouvernements qui ont signé ces directives européennes de libéralisation. Il faut fermer les petites lignes. Il faut arrêter d'investir dans de nouvelles lignes TGV.
Merci pour les villes qui attendent parfois depuis 20 ans, 30 ans une ligne TGV. Merci aussi pour la ruralité qui va encore perdre des desserts et des arrêts. C'est un rapport qui vise à tuer le service public ferroviaire, tout simplement.
Pour vous, le changement de statut qui est préconisé dans le rapport Spinetta, c'est la fin du service public comme on l'a vu un petit peu à la poste ? À chaque fois qu'on transforme un établissement public en société anonyme, on sait que ça permet ensuite l'ouverture de capital. C'est le but.
Là aussi, d'ailleurs, il faut être clair, l'EPIC, l'établissement public industriel et commercial, c'est le statut actuel de la SNCF. C'est un statut qui aujourd'hui n'est plus autorisé par l'Union européenne. Tout à fait.
Parce qu'elle apparaît comme une concurrence déloyale. Parce que derrière, il y a l'État dont on estime qu'il peut refinancer indéfiniment. Oui, mais en France, ça s'appelle le service public.
Et là, on voit vraiment deux conceptions qui s'entrechoquent. Donc, la conception en réalité anglo-saxonne qui a imprégné Bruxelles, qui vise à mettre les notions de profitabilité, de rentabilité, d'argent roi partout. En parlant justement de service public, il y en a un qui est en plein chantier, c'est l'Éducation nationale.
Hier, avant-hier, la grande réforme du BAC a été présentée. Mais qu'est-ce qu'elle vous inspire ? Une sorte de Blanquermania, une sorte d'engouement.
On le voit à la une de tous les journaux. Les Français semblent apprécier un homme qui fait du consensus. Parce que déjà, M.
Blanquer a un énorme avantage pour lui. Il succède à Nadja de Vallaud-Belkacem. Alors, ça fait contraste.
C'est-à-dire ? C'est-à-dire qu'elle avait fini par être honnie par beaucoup, une grande majorité de Français à l'Assemblée nationale, avec ses délires pédagogistes, son sentiment de déconnexion, d'angélisme qui était devenu insupportable vu la gravité de la situation. Donc, M.
Blanquer, c'est vrai qu'il a un talent. Il est assez pédagogue dans la manière de s'exprimer. Tant mieux.
Il dit des choses qui parlent, je pense, à l'oreille de beaucoup de Français aujourd'hui, sur les méthodes classiques d'enseignement. Une dictée par jour, des choses comme cela. Ce qui forge, à mon avis, ce qui fonde, ce que vous dites, cette mania, cette popularité, ensuite, qui est entretenue par les médias.
Mais si on regarde réellement ce qu'il est en train de faire. Et moi, je jugerais totalement à partir de la fin de la vie de collègue. Voilà.
Parlons du fond. Qu'est-ce que vous en pensez ? La réforme du bac, baccalauréat, c'est en fait la continuité de la réforme Nadja de Vallaud-Belkacem du collège.
Quel rapport ? Là, c'est lycée, là. On n'est pas sur le collège.
Oui, mais c'est la continuité. Bien sûr, je sais. Mais c'est la continuité dans la philosophie.
Et d'ailleurs, cette réforme avait été portée dans sa philosophie déjà par Nadja de Vallaud-Belkacem. Alors, ça ne passe pas quand c'est elle. Par contre, ça passe quand c'est Blanquer.
Parce que Blanquer enrobe tout ça d'un discours qui plaît. Le baccalauréat, on nivelle par le bas. On met fin au caractère national du baccalauréat.
Et on sait qu'il y aura des disparités extraordinaires. Il y a des collèges où un 8 sur 20 vaut un 16 dans un autre collège ou un autre lycée. Ce sont des critiques qui ont été récusées hier par le ministre de l'éducation nationale.
Peut-être. Mais c'est la réalité. Il a ses arguments.
Mais moi, je le dis. Le baccalauréat doit rester national. Maintenant, ce qu'il faut faire, ce n'est pas dévaloriser le baccalauréat, ce n'est pas baisser les bras.
Parce qu'on voit que le niveau baisse. Bien sûr qu'il baisse. On l'a nié pendant des décennies.
Maintenant, tout le monde à peu près le dit. Il a fortement chuté le niveau. Il ne faut pas baisser les bras.
Il faut refonder l'école et augmenter le niveau d'exigence. Mais comment on refonde l'école ? Dès la primaire.
On doit remettre le paquet sur l'enseignement du français, de la langue française, en primaire, par les méthodes classiques d'enseignement. Le budget augmente pour l'école, oui. Et oui, il y a un peu de budget nécessaire.
Moi, je n'élude pas la question. On ne peut pas faire non plus classe normalement dans des classes à 35 élèves. Bien sûr qu'il y a une question budgétaire, mais pas que.
Il y a une question de méthode d'enseignement, de respect du maître, d'autorité du maître. Et de mettre le paquet sur vraiment les fondamentaux, mais pas un mot. Vraiment, c'est-à-dire l'orthographe, le COD, le COI, les choses qui fonctionnent.
Philippe, est-ce que vous êtes plus favorable, plus bienveillant concernant la réforme du service national universel ? Je rappelle ce que c'est, c'est-à-dire la possibilité pour les jeunes d'une même classe d'âge de faire du lien, d'être brassés pendant 3, 4, 5, 6 mois. Vous dites bravo ?
Oui, sur ce point-là, j'y suis très favorable. Maintenant, j'attends de voir ce qu'il y a réellement derrière, parce qu'on ne sait pas. Florent-Filippe.
Je voudrais notamment qu'il y ait vraiment une composante militaire. Et pour l'instant, grand point d'interrogation. Donc je vous répondrai quand on aura un peu plus de détails.
On passe à vous. Votre congrès, dimanche, il a lieu à Arras. C'est le congrès fondateur des Patriotes, votre mouvement.
Est-ce que vous allez structurer ? Quel va être l'axe majeur, le slogan, la colonne vertébrale en matière d'idées de ce nouveau mouvement ? Oui, Arras, effectivement.
D'ailleurs, je conclurai par un grand discours à 15 heures. Et là, c'est entrée libre. Qu'est-ce qui ferait que vous auriez un espace à côté du Front National ?
Quand Bruno Le Maigret quitte le Front National, il veut créer une sensibilité. C'est un échec. Au dernier législatif partiel, votre candidate Sophie Mantel a fait 2%.
Qu'est-ce qui fait que vous avez un espace ? Au partiel, de toute façon, nous avions quatre mois d'existence. On est le plus jeune mouvement politique de France.
Comment voulez-vous que nous avons aujourd'hui le défi de la notoriété ? Je suis sûr qu'il y a encore des gens qui nous regardent ce matin, qui apprennent l'existence même des Patriotes, ce qui est normal. Il n'y a pas de campagne électorale nationale.
Pour l'instant, les gens sont assez détournés de la politique. Ça viendra notamment avec les Européennes. Est-ce qu'il n'y a pas trop d'offres ?
La comparaison avec le passé, s'il vous plaît, non. Parce que Maigret est parti sur une offre très radicale, toute petite. Moi, je suis parti sur une offre de rassemblement beaucoup plus large et moderne que le Front National qui est en train, lui, de se Maigretiser pour le coup.
D'ailleurs, tous les lieutenants de Maigret sont actuellement en train de diriger le Front National. La situation s'est complètement inversée. Vous disiez que les Patriotes, justement, n'étaient pas très connus.
Les prochaines élections européennes vont être, d'une certaine manière, un test. Qu'est-ce que vous attendez et sur quoi vous ferez campagne réellement pour ces Européennes ? Nous serons très, très clairs.
Nous serons la liste qui portera le Frexit. C'est-à-dire la sortie de la France de l'Union européenne. Sachant que nos amis britanniques l'auront réalisé concrètement d'ici là, en mars 2019.
Ils seront sortis. Ils seront donc libres. Et vous pensez que les Français ont envie de ce Frexit ?
Je veux dire, même si aujourd'hui, d'après les sondages, il n'y a pas une majorité encore de Français, même s'il y en a déjà un sur trois, ce qui n'est pas rien, qui sont favorables, eh bien, moi, je ne fais pas de la politique comme ça en regardant un sondage. Je fais de la politique avec des convictions. Donc, je défends l'idée et nous défendons l'idée.
Et nous allons convaincre, essayer de convaincre les Français. S'ils veulent, si les Français se disent, il n'y a pas de lien entre ce qui se passe dans leur vie quotidienne, l'attaque contre les classes moyennes, les classes populaires, les personnes âgées maintenant, la CSG et tout le reste, l'attaque contre les services publics. On a vu les prisons, on parlait de la SNCF.
On peut parler des EHPAD qui se sont mobilisés et tant d'autres, l'hôpital. S'ils ne voient pas le lien avec le fait qu'on ne peut pas interdire le glyphosate, une horreur, les OGM, etc., eh bien, on va leur expliquer le lien.
Il y a un lien absolument direct entre notre servitude et l'incapacité de la France à assurer une protection et un avenir. On va leur expliquer avec qui, parce que la politique, c'est aussi des alliances. Nicolas Dupont-Aignan dit union de toutes les droites contre Emmanuel Macron.
Est-ce que vous dites chiche ? Et deuxième question, quand vous voyez Laurent Wauquiez à la tête des Républicains depuis décembre, est-ce que vous vous dites, il y a des passerelles, on peut discuter ? Nous ne sommes pas de droite, nous ne sommes pas de gauche.
Nous, on veut rassembler, si on reste hémiplégique comme ça. Ce n'est pas très macroniste, ça, comme discours ? Macron, de ce point de vue-là, nous a rejoints.
Moi, j'ai toujours considéré, moi, je suis gaulliste, je suis gaulliste. Moi, j'ai toujours considéré que droite et gauche, c'est déterminé. Je n'ai jamais, à un seul instant de ma vie, je me suis dit que je suis de droite ou de gauche.
Je n'y crois pas, à tout cela. Mais, d'ailleurs, on demandera aux participants à Arras, la dimanche, il y aura une urne, adhérent ou pas adhérent, ils pourront voter toute la journée. Alors, Dupont-Aignan.
Est-ce que je me sens de gauche, de centre, de droite ? On travaille avec Dupont-Aignan, pas. La diversité.
Moi, je ne suis pas pour l'union des droites, c'est une chimère, un vieux serpent de mer de la politique française. Ça ne se fait pas, ça n'a pas de sens. Parmi la droite, vous avez des gaullistes, des fédéralistes, des ultra-libéraux, des colbertistes, tout ça, des immigrationnistes comme Wauquiez, quand il était au pouvoir.
Moi, je pense qu'il ne faut pas partir d'un espace politique. Il faut partir d'un projet, clair. Si on part d'un espace politique, je sais que c'est la mode, de dire on va faire l'union des droites ou je ne sais quoi, on en déduit ensuite un projet complètement fade ou complètement incohérent et mensonger.
Et ce n'est pas comme ça qu'on arrivera au pouvoir et qu'on pourra changer la politique et la vie des Français. Donc, moi, je dis attention, tous ceux qui sont en train d'abandonner le combat contre l'Union européenne et pour la souveraineté nationale, je vois cela à peu près partout, à part chez les Patriotes, je le vois chez Mélenchon, chez Marine Le Pen, chez Dupont-Aignan et d'autres, vous faites fausse route. Ne vous égayez pas en permanence à parler des péages, des vaccins, des 80 km heure, des compteurs Linky, qui sont chacun un sujet, mais ça ne fait pas une politique, une alternative crédible au système Macron et au système du tout libéral qui nous dirige.
Alors, vous parlez justement de Marine Le Pen, quand vous l'avez entendu dire qu'elle était prête, si quelqu'un était mieux placé qu'elle a laissé sa place, d'une certaine manière, est-ce que vous regrettez pas d'être parti du Front National ? Puisque c'était aussi un problème de leadership et de prendre...
Au contraire, ça veut dire qu'il y a un énorme problème dans ce parti. C'est un aveu de... c'est un aveu d'échec.
Pour vous, c'est un aveu d'échec, quand il dit ça ? Le chef est obligé de dire cela, c'est que c'est un aveu d'échec. Terrible.
Surtout à la veille d'un congrès qui est censé, leur congrès, eux, en mars, là, qui est censé être le grand congrès du renouveau. Il n'y aura aucun renouveau de rien du tout. Enfin, tout le monde le sait déjà.
C'est assez triste pour ceux qui ont cru. Moi, j'y ai cru. Mais c'est comme ça.
Et or, nous, on doit avoir l'intérêt et le sens de la France en tête. On ne peut pas rester comme ça sur des aventures personnelles. Et le sens, l'intérêt supérieur de la France nous amène à défendre un patriotisme crédible et pas à rester en permanence coincé dans les cul-de-sac de l'extrême gauche et de l'extrême droite.
Florian Filippe, justement, tout à l'heure, je vous ai entendu dire, il y a une minute, tous les lieux de temps de Bruno Maigret dirigent le Front National maintenant. Bruno Maigret, c'était la tendance dure du Front National. Pourquoi Marine Le Pen les a-t-elle laissé prendre le pouvoir au Front National, selon vous ?
Alors, pourquoi ? Quelle est la stratégie ? Je ne sais pas du tout.
Visément, elle n'a pas été payante. Je me suis gratté la tête pour essayer de le comprendre pendant des mois et essayer d'infléchir cette tendance avant de partir. Et puis, quand j'ai vu que ce n'était plus possible et que j'ai vu que j'étais devenu gênant là-dedans parce que j'avais compris ce qui se passait, je suis parti et maintenant, je suis parti en septembre.
C'est leur problème. Ce n'est plus du tout le mien. Moi, je sais ce que je fais avec nos parlementaires, nos élus locaux et nos volontaires et nos adhérents, des patriotes.
Comme vice-président du Front National, vous avez vu cette évolution ? Je l'ai vu et je l'ai contesté fortement en interne. Et ce serait une bonne chose qu'elle laisse sa place, Marine Le Pen ?
C'est à eux qu'il faut le demander.
Florian Philippot