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Podcast / conversationFrance Culture (sur YouTube)· 24 septembre 2026 25 minComplaisantActualité / polémiqueDéfenseEurope & internationalInstitutions & élections

Dans l’ombre de POUTINE, les idéologues qui poussent à la guerre

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:36OuverteRéponse directe

    Bonsoir Juliette Fort. Vous êtes politiste, professeur de sciences politiques à l'université de Lille et vous publiez les faucons russes des idéologues au service de l'Empire. Comment se recoupe ces deux actualités selon vous ?

  • 1:18RelanceRéponse directe

    Comment se recoupe ces deux actualités selon vous ?

  • 2:46OuverteRéponse directe

    Poutine est régulièrement comparé à un tsar ou à Staline. Que pensez-vous de ces comparaisons ?

  • 4:12OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous battez en brèche cette image d'un dirigeant isolé qui déciderait tout tout seul hermétique au monde extérieur ?

  • 4:55OuverteRéponse directe

    Pourquoi est-ce que vous parlez de faucons ? Est-ce que c'est parce qu'ils remplissent la même fonction auprès de Poutine que les faucons américains ?

  • 6:21OuverteRéponse directe

    Comment est-ce que vous avez mené votre recherche ? Comment est-ce que vous avez approché ces faucons ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:03Juliette FortFait
    « la Russie de Vladimir Poutine a commencé par la deuxième guerre de Tcheni lors de son arrivée au pouvoir en 1999 »
  • 3:30Juliette FortFait
    « la notion de génocide perpétué contre les populations russes à l'extérieur des frontières de la Russie »
  • 4:12Juliette FortFait
    « l'idée que l'Ukraine serait un état failli, la notion d'Occident collectif »
  • 11:19Juliette FortFait
    « l'opposition à la libéralisation de l'Union soviétique puis de la Russie post-soviétique »
  • 13:31Juliette FortFait
    « le slavophile a affirmé que la Russie n'est pas le pays européen mais c'est l'État civilisation »

Temps de parole

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0:00
Locuteur

Alors que des élections législatives remportées par le parti [musique] de Vladimir Poutine se sont tenues ce weekend et que l'Europe doit faire face aux menaces russes dans le cadre de la guerre hybride, l'invité de ce soir nous invite à nous intéresser au faucon. Ces idéologues conservateurs [musique] qui chuchotent à l'oreille du dirigeant russe. Qui sont-ils ? Quel lien nourrissent-ils avec le cremelin ? Comment ont-ils gagné [musique] en influence dans l'espace politique et médiatique ? Nous en parlons dans question du soir deè partie. C'est maintenant.

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Non speech

[musique] [musique]

0:36
Locuteur

Bonsoir Juliette Fort. Bonsoir. Vous êtes politiste, professeur de sciences politiques à l'université de Lille et vous publiez les faucons russes des idéologues au service de l'Empire paru aux éditions presse universitaire de France. C'est un livre remodelé à partir de votre travail de thèse.

Alors, je voudrais vous faire réagir avant que on l'entre dans les arcanes et dans la manière dont circule cette les idéologies dans la Russie contemporaine sur cette double actualité, celle des élections législatives gagnées largement par Russie unie, c'était peut-être prévisible partie de Vladimir Poutil et celle de la crainte grandissante notamment en France de franchissement d'un nouveau seuil dans la guerre hybride de la Russie contre les alliés de l'Ukraine. Comment se recoupe ces deux actualités selon vous J for ?

Alors effectivement, c'est un des aspects, je pense de de ma recherche de montrer l'interaction entre les impératifs domestique de politique intérieure du régime russe, un régime autoritaire qui doit de plus en plus, on le voit lors de ces élections législatives, recourir à des mécanismes répressifs pour obtenir la mobilisation de l'opinion publique et pour justifier en fait le la continuité de son pouvoir autoritaire.

et donc les impératifs de ce régime autoritaire qui sont liés aussi à sa projection extérieure et à cette fuite en avant que l'on observe avec une multiplication de conflits qui ont été enclenchés par la Russie, en particulier la Russie de Vladimir Poutine, a commencé par la deuxième guerre de Tcheni lors de son arrivée au pouvoir en 1999 lorsqu'il était premier ministre de la Russie. Et puis ensuite une succession de guerre, la guerre en Geéorgie, l'annexion de la Crimée aujourd'hui, la guerre en Ukraine en évidemment en incluant aussi la l'intervention de la Russie en Syrie.

Et en fait, ce qui a ce qui est intéressant de voir c'est cette interaction entre les enjeux de politique intérieure, de politique domestique et la projection à l'extérieur qui vient parfois justement essayer de justifier la perpétuation du régime autoritaire en Russie. Et le lien qu'on peut faire en tout cas que je fais, c'est par rapport justement à la production d'un arsenal idéologique qui essaie d'asseoir la légitimité du pouvoir à l'intérieur de de ces frontières et de l'approcher à l'extérieur. Vous parlez de de fuite en avant. Poutine est régulièrement comparé à un tsar.

C'est d'ailleurs le titre d'un livre enquête qui vient d'être publié, le tsar en personne de Roman Badanine et Michaël Roubin qui sont deux journalistes russes dissident. Il est aussi régulièrement comparé à Joseph Stalin. Staline qui l'a d'ailleurs réhabilité comme héros national. Que pensez-vous de ces comparaisons, de cette manière de mettre en scène Poutine comme homme total dans l'organisation du pouvoir en Russie Juliette fort ?

Alors, c'est vrai que c'est un prisme que j'essaie justement de de contraster, celui de du tout Poutine, le prisme du Poutine, enfin de de l'homme omnipotent en tout cas qui réduit le système politique russe à la figure individuelle de Vladimir Poutine ou même du système Poutine puisqu'on parle aussi beaucoup des élites qui ont été agrégées à travers la carrière de Vladimir Poutine.

Moi, dans mon travail, ce que j'essaie de faire justement, c'est de déplacer la focale au-delà de la personnalité de Vladimir Poutine pour essayer de m'intéresser à des espaces idéologiques qui ont été parfois très marginaux, mais qui ont contribué à façonner toutes les idées, les référentiels utilisés par la politique de l'État russe qui permettent de justifier notamment la l'invasion de l'Ukraine. Donc, par exemple, la notion de génocide perpétué contre les populations russes à l'extérieur des frontières de la Russie. l'idée que l'Ukraine serait un état failli, la notion d'Occident collectif.

Euh ce que je me suis posé comme question, c'est de savoir d'où venaient ces idées, comment est-ce qu'elles avaient infusé la politique de l'État russe euh et comment en fait cet univers idéologique est devenu finalement légitime et nécessaire pour les pour une partie des élites russes. Est-ce que vous battez en brche cette image d'un dirigeant isolé qui déciderait tout tout seul hermétique au monde extérieur ? vous intéresser à ces personnages que vous appelez des faucons.

Le terme peut-être surprenant lorsqu'on parle de la Russie puisque il est plutôt lié au néoconservateurs américain, au rapport notamment de certains économistes chefs de la diplomatie américaine vis-à-vis de l'Amérique latine ou du Moyen-Orient. Pourquoi est-ce que vous parlez de faucon ? Est-ce que c'est parce que ils remplissent la même fonction auprès de Poutine que les faucons américains remplissent auprès de la Maison Blanche ? Alors, pour être tout à fait honnête, ce terme de faucon, il est extrêmement simplificateur. Il a surtout vocation à pouvoir identifier quand on n'est pas forcément familier du terrain russe assez rapidement.

pouvoir identifier que je je parle d'idéologues qui sont des idéologues qui ont toujours considéré que l'armée russe était au cœur de leur conception de l'idée nationale de la Russie et qui sont aujourd'hui les théoriciens majeurs majeurs de la guerre, les idéologues majeurs de la guerre qui veulent toujours aller plus loin. Donc une politique très agressive, confrontationnelle et expansive.

Mais par contre, c'est vrai qu'on perd beaucoup en subtilité puisque il s'agit plutôt d'essayer de de proposer des voix de comparaison avec d'autres élites politiques dans notamment en terme de débat en politique étrangère, mais en réalité sur le terrain russe, on parlerait plutôt par exemple de des partisans de l'étaphore, des national patriotes, enfin il y a tout un tas de termes qui sont propres au terrain russe qui sont utilisés par ces idéologues eux-mêmes.

Donc le faucon, c'est vrai que c'est un terme assez simplificateur, mais il permet de montrer assez rapidement quand même que il y a un débat en politique étrangère, des culture politique différentes en Russie et qu'on peut tracer quand même une unité dans cette dans ce réseau idéologique que j'ai appelé un peu de manière un peu simplificatrice les faucons. Alors, une dernière question et après je voudrais bien sûr qu'on rentre dans le cœur de ce sujet. Comment est-ce que vous avez mené votre recherche ? Comment est-ce que vous avez approché ces faucons ? Est-ce que vous les avez rencontré ? Est-ce que vous êtes entré directement en contact avec eux ? Est-ce qu'ils vous ont accepté ?

Juliette fort ? Alors, ça a été un terrain avec plusieurs étapes. J'ai commencé par contacter les les intellectuels, les universitaires qui étaient les plus familiers avec la démarche de recherche et dont les adresses universitaires étaient faciles à à trouver. Donc euh pour ça, je me suis reposée sur des revues universitaires où souvent les articles étaient signés avec l'adresse électronique et ensuite après, j'ai ricoché d'une personne à une autre puisque c'est vraiment un réseau d'interconnaissance. Donc une fois qu'un entretien avait été fait avec une de ces personnes principalement à Moscou, la personne pouvait me recommander auprès d'une autre personne et cetera.

Et c'est comme ça que j'ai inséré en fait ce réseau avec bien sûr des difficultés. le fait que cit quand même un contexte déjà d'hostilité, de méfiance entre la Russie et l'Europe occidentale, c'était dans les années 20189, donc après l'annexion lacrimée. Euh et puis pour moi aussi le le côté c'était enfin vous l'avez remarqué, c'est exclusivement des hommes qui ont un une approche très professorale qui souhaitent aussi exposer leurs idées. Donc pour moi l'intérêt c'était vraiment de les faire parler plutôt de leur trajectoire, de leur connaissance, de leur réseau de connaissance de de sociabilité.

Donc c'est parfois difficile de cadrer les entretiens mais mais voilà c'est comme ça que j'ai procédé. Je vous propose d'écouter la voix de l'un d'entre eux sur lequel vous vous êtes beaucoup arrêté dans vos recherches. Alexander Prohanov. Et bien me voici maintenant assis dans le cockpit d'un avion d'attaque russe et sous mes ailes des filis Chernikov la banlieue de Kiev Mariol Mélitopol. Je survole les terres noires ukrainiennes que les chars russes labourent réparant ainsi les violences monstrueuses commises contre l'histoire russe en 1991.

Aujourd'hui, cette séparation pacifique dont on nous a bercé l'oreille et qui s'est soldé par tant de douleur, tant de souffrance, tant de malheur pour tant de nos peuples est en train d'être surmonté. Aujourd'hui, nous nous unissons à nouveau à l'Ukraine et les Russes pensent cette terrible blessure de 198. Voilà la voix d'Alexander Prohanov qui est au téléphone puisqu'il est à bord d'un avion militaire. il fait une espèce de direct avec le le quotidien Kossom Solskaya Pravda et évidemment il exalte un peu la guerre de de l'invasion russe menée en en Ukraine. Ce qui est frappant lorsqu'on entend cet extrait Juliette Fort omniprésente dans le discours d'Alexander Procranov.

Est-ce que c'est un des faits marquants en saillant de ces de des idéologies de ces foncusses que vous avez étudié ? Oui, tout à fait. Alexandre Proanov, vous l'avez dit, il est vraiment au cœur de mon travail puisque il a aujourd'hui plus de 80 ans et donc toute sa trajectoire personnel et professionnel traverse en fait de la la fin de l'Union soviétique jusqu'à aujourd'hui traverse cette fameuse rupture de 1991. Euh et l'on voit à travers la carrière de Prohanov que euh il y a une continuité quand même dans les élites euh de le de l'Union Soviétique jusqu'à la Russie post-soviétique que la rupture de 91 n'a pas réussi complètement à abolir.

Et donc il y a un réinvestissement en Russie post-soviétique de tout un tas de de schémas de pensée de de type de langage idéologique que typiquement Prochanov Chari. Euh donc c'est quelqu'un qui est euh depuis le départ en fait un un fervant défenseur de l'état fort de l'état de l'état centralisé de type stalinien impérial. Euh et il est effectivement marqué par des expériences communes de mobilisation au moment de 91 puis en 93. toute une série de de dates qui ont marqué la la transition post-soviétique. Il insiste, il rabâche sa longueur de de journée et de et de production à la fois littéraire et journalistique l'ensemble de ce qu'il considère des traumatismes de l'histoire de la Russie.

et il se présente un peu comme le porte-parole de ces griefs qu'il associe en fait à l'ensemble de la société russe euh contre notamment ce qu'il appelle les élites libérales démocratiques qui auraient saccagé le pays. En fait, ce qui est intéressant si on lorsqu'on on vous lit et que vous cherchez à qualifier cette idéologie que vous vous parlez vous parlez de conservatisme modernisateur, c'est que ce ne sont pas des idéologues réactionnaires de du point de vue de leur rapport à la modernité. Il ne réfute pas une modernité, il réfute une modernité occidentale.

Comment est-ce que vous décriririez ce conservatisme modernisateur de ces de ces personnages et en particulier celui de Alexander Prohanov ? Oui, c'est ça en fait le fil continu de de ce discours idéologique, c'est l'opposition à la libéralisation de l'Union soviétique puis de la Russie post-soviétique. Et donc, il s'oppose au fait que la modernisation doit aller de pair avec une libéralisation notamment politique. Pour autant, il ne s'oppose pas à une modernisation technologique, militaire, industrielle, mais il considère que cette modernisation, elle peut être mise au service d'un état fort de nature impériale.

Ils insistent beaucoup sur la continuité, en tout cas ce qu'ils perçoivent comme la continuité de la nature impériale de l'État en Russie. Euh et il considère que ce cette éthore impériale expansionniste peut s'appuyer doit s'appuyer sur euh une modernisation technologique en particulier militaire euh très euh très abouti. Et donc effectivement, ils ne sont pas euh conservateurs dans le sens réactionnaire d'une sorte de passéisme nostalgique de la Russie impériale paysane. Mais bien plutôt, il y a toute une dimension de projection de futurisme aussi qu'on retrouve chez eux.

euh une projection du futur de la Russie qui serait un futur très militarisé, très très technologique, mais au service aussi de valeurs orthodoxes, traditionnelles, spirituel euh qu'ils associent en fait à l'identité nationale du pays. Est-ce que c'est la fusion entre la euh Russie prèsoviétique et la Russie soviétique ?

Oui, c'est euh un effectivement une tentative de montrer qu'il n'y a pas de rupture dans l'histoire de la Russie, qu'il y a une continuité euh de l'empire impérial à l'empire soviétique et qu'aujourd'hui, c'est en tout cas la théorie, la fameuse théorie de Prohanno le 5e empire, on assisterait notamment avec la centralisation du pouvoir effectué par Vladimir Poutine à la résurgence d'un 5e empire qui renaît donc de ses cendres et qui montre bien selon eux la continuité de cette forme impériale à travers l'histoire de la Russie. et ils se considèrent eux comme étant vraiment les idéologues en chef de cette vision de l'avenir de la Russie, un avenir impérial euh et moderniste selon eux.

Mais le débat entre les occidentalistes et les slavophiles, c'est quelque chose qui est le plus important pour maintenant. Donc euh le slavophile a affirmé que la Russie n'est pas le pays européen mais c'est l'État civilisation. Et il euh affirmé que disons l'église orthodoxe euh l'héritage euh de Bance euh la spiritualité russe était le centre de notre identité et qu'il faut s'éloigner de l'Occident, il faut se concentrer sur la vie intérieure de la civilisation russe, restaurer les valeurs traditionnelles et quelque peu de revenir dans l'époque avant le Pierre Legrand. Voilà, ça c'est la voix d'un autre de ces faucons, Alexandre Dougin.

Il était l'invité de France Culture l'année dernière dans l'émission Soft Power de Frédéric Martel et il parle lui de slavophilie mais il recoupe un peu ce que vous nous expliquiez à l'instant Juliette Fort. Il faut peut-être contextualiser cette vision du monde. Est-ce que ce sont des personnages isolés ? Est-ce qu'ils sont organisés ? Comment se constitue cette ce cette ces idéologies au sein de la société russe ?

Alors peut-être pour commencer un petit commentaire sur l'extrait que vous avez passé euh puisque je dois quand même mentionner qu'on avait écrit avec un un collectif de collègues spécialistes de la Russie et de l'Ukraine un texte pour dénoncer justement les effets euh euh pervers de cet entretien qui avait été diffusé sur France Culture sans contradiction en tout cas sans mise en contexte et perspective des propos de d'Alexandre Dougin.

On a commencé l'émission parlant de Gary hybride et justement il faut je pense être très vigilant dans l'étude de ces discours russes, des discours de propagandistes, d'idéologue en chef de la guerre qui appelle au à des crimes de masse contre les Ukrainiens. Il faut être vigilant, je pense, quand on véhicule ces discours en direct sur sur les ondes du service public français et on avait donc montré parfois les effet de valorisation de de d'héroïation qu'avait fait en fait c cette émission en présentant Alexandre Dogin comme un autodidacte qui parle bien français qui maîtrise mal l'armée. Donc voilà, il y avait en tout cas quelque chose à redire là-dessus.

Mais est-ce que justement le fait que Dougin, que ce soit un média français, un média allemand, peu importe que Alexandre Dougin ou Alexander Prohanov soit connu en dehors des frontières russes alors que justement il défendent une forme d'isolationnisme culturel, qu'est-ce que ça raconte de la manière dont ces réseaux d'idéologues s'organisent ? Jug de fort ? Alors justement euh euh Alexandre Dougin est un des pionniers de de la mise en place d'un réseau international conservateur. Il a pris contact rapidement du fait effectivement de son aisance dans plusieurs langues européennes notamment le français, l'italien.

Il a pris contact avec des membres de la Nouvelle droite européenne en Italie, en France avec Alain de Benoît, en Belgique également. Euh mais il a des des relations aussi avec par exemple euh l'idéologue brésilien Olavo de Carvalo qui était proche de Bolsonaro avec euh Steve Banon qui l'a rencontré. Donc il a tissé un réseau qu'on pourrait dire d'une internationale conservatrice euh qui euh qui effectivement peut paraître contradictoire dans la mesure où lui il appelle à un traditionnalisme russe replié sur l'histoire de la disjonction historique entre la Russie et l'Occident. C'est ce qu'il veut on a entendu à l'instant. Oui, tout à fait.

Euh mais on remarque aussi hein le côté totalement stratège euh tactique aussi du discours de d'Alexandre Dogin qui n'est pas un simple intellectuel, c'est quelqu'un qui contribue à mettre en place un discours qui se veut euh déstabilisateur pour les démocraties occidentales libérales et qui donc a vocation justement à investir toutes les façons de pouvoir déstabiliser ces démocraties en en en prenant contact avec des personnes qui partagent un peu son ses objectifs. Alors, revenons en Russie si vous le voulez bien. Vous vous attardez longuement dans votre livre sur un club comme on pourrait penser à un think Tank, un laboratoire d'idées qui est le club disborsque euh né en 2012.

Comment ce club est-il né Juliette de Fort ? Et pourquoi est-il important pour comprendre la manière dont circule et dont se sont constitué ces idées et puis leur influence politique sur Vladimir Poutine sur la manière dont sur les politiques publiques russes ? Alors le club disbor qu' a été créé en 2012 mais il est l'aboutissement d'une série d'initiatives qui avaient été prises déjà depuis les années 2000, même on peut remonter jusqu'aux années 90 mais ce qu'il permet de voir c'est la professionnalisation de ces idéologues qui sont des des idéologues qui en fait n'appartiennent pas aux institutions étatiques officielles.

ce sont des journalistes, des économistes, des universitaires, des religieux et qui donc créent ce groupe pour on est dans un contexte posté élection 2012 qui ont été très contesté en Russie au moment des manifestations de Balautaya à l'hiver 2011-212 qui ont montré la fraude massive au moment des élections législatives et ensuite qui ont été un moment difficile pour Vladimir Poutine pour se faire réellir en 2012. Donc c'est ce contexte un peu de déstabilisation des assises du régime autoritaire russe qui va donner lieu à une contremobilisation incarnée par le club d'borsque qui souhaite lui à l'inverse des manifestants qui souhaiteraient des réformes libérales.

Le club disbor que dit non non non, il faut au contraire asseoir le caractère autoritaire et impérial de l'État russe notamment en proposant une idéologie d'état donc construite à partir de ce fameux conservatisme dynamique qui associe impérialisme, conservatisme et modernisation. Et donc ce club en fait, il est il va commencer à exercer une influence non pas en influençant directement les décisions politiques, mais en produisant tout un tas de doctrines, de manifestes, de discours qui vont être relayés progressivement dans l'espace public russe. Donc en travaillant l'espace public russe, en investissant par exemple des forums d'expertise en politique publique, le forum économique de Moscou.

Euh et puis en en tissant un réseau aussi d'élite au niveau régional en Russie mais aussi à l'étranger avec des contacts par exemple avec des avec des thinking tongs en Chine, en Iran euh et qui va donc s'imposer un peu de plus en plus comme étant un des une des sources d'inspiration de la consolidation autoritaire du régime russe et de sa consolidation aussi d'une politique expansionniste qu'on va voir à l'œuvre avec l'annexion lacrimée en 2014. Mais vous avez parlé de idéologie d'état et c'est une des premières choses que vous précisez dans votre livre que il y a un principe dans la constitution russe de 1996, aucune idéologie ne peut être érigée en idéologie d'État.

Bien évidemment, c'est le traumatisme de du communisme comme idéologie d'État qui est souligné ici. Est-ce que cela a été comment est-ce que ces idéologues se rapportent à cette à cette à cette idée constitutionnelle et quelle est l'acceptabilité d'un point de vue politique en Russie de reconstituer une idéologie qui serait une idéologie d'État ? Juliette For ?

Alors justement, ça c'est un point de contention entre les idéologues du club disborsk et puis la politique officielle de l'État russe qui est toujours un point de contention majeur puisque même dans le contexte actuel de d'une mobilisation d'une idéologie de guerre à laquelle le club disborsque contribue activement, il reste plein de de de sujets de de de confrontation entre ces ces idéologues là et puis la politique de l'État russe qui est considérée à leurs yeux comme étant trop modéré notamment sur cette question de l'idéologie d'État, il souhaiterait changer l'article 13 de la Constitution pour faire adopter une idéologie d'État officielle, ce que se refuse à faire la Cour constitutionnelle de la Russie, mais aussi les élites politiques au pouvoir.

Il y a d'autres choses aussi qu'il contestent. Ils sont depuis très longtemps euh ils revendiquent depuis très longtemps ce qu'ils appellent une rotation totale des élites en Russie, des élites politiques qui considèrent encore trop influencé par les réseaux et les lobby libéraux que ce soit sur la politique économique de la banque centrale russe ou même sur la politique de l'éducation qui considère encore trop influencé par des idées libérales.

Donc on voit vraiment qu'il s'agit d'un d'un groupe de gens très radicaux qui se situe à l'extrême encore enfin en tout cas qui est aux extrême par rapport à la politique de l'État russe et qui demande toujours plus une mobilisation toujours plus forte, une militarisation de la société toujours plus forte et qui a donc aussi un un une dimension déstabilisatrice pour l'État russe. Est-ce que quel rapport avec Vladimir Poutine ? Quel intérêt trouve Vladimir Poutine en élevant ses personnages au rang de dignitaire idéologique du régime ?

Donc ça c'est cette stratégie qu'il a mise en place de manière vraiment très active depuis 2012 au moment où il a été contesté pendant la les élections législatives de de l'hiver qui a précédé et où il a eu dû au moment de son élection en 2012 reposer en fait sur une majorité conservatrice en Russie. Donc faire le choix en fait d'un programme ouvertement, explicitement conservateur euh qui mettait en valeur donc euh une partie du discours du club disb à savoir euh euh défendre les valeurs traditionnelles de la Russie.

Ça s'inscrit aussi dans un contexte postrévolution de couleur, donc la révolution orange en Ukraine, ensuite les printemps arabes euh qui ont en fait agité la menace d'un scénario de révolution domestique en Russie qui serait possible. Euh et donc face à ce scénario-là, Vladimir Poutine a décidé de s'appuyer et de mobiliser les forces de contremobilisation vis-à-vis d'un scénario révolutionnaire. Et donc c'est pour ça qu'il a mis en valeur ce discours par des financements, par des le par un accès au médias qui a été beaucoup plus large qu'auparavant, mais avec des phases à chaque fois de de d'intensification, d'expansion, puis parfois de reflus aussi de leur influence.

C'est ce que j'essaie de montrer, c'est que rien n'est fixe et qu'il y a un pluralisme en fait dans les idées admises par le régime. Et on a pu le voir tout à l'heure en entendant la voix d'Alexander Pranov volant au-dessus de l'Ukraine bombardée l'enthousiasme vis-à-vis de cette opération militaire qu'il appelait de ses vux. Est-ce qu'on peut comprendre aujourd'hui les attaques de drone, les campagnes de désinformation, les sabotages, les cyberattaques comme une étape de plus dans l'application de la doctrine promue par les faucons ? F.

C'est intéressant parce qu'il y a toujours un décalage entre la doctrine des faucons qui est toujours extrémiste, qui devance souvent les la mise en place de la politique officielle. Par exemple, avant l'annexion de la Crimée, il existait déjà des textes produits par ces faucons, par exemple la doctrine russe ou en 2016 après l'annexion euh la doctrine du monde russe qui prévoyait de mettre en place des sphères d'influence dans les Balkans, dans la mer noire pour protéger euh ce qui considère comme étant les droits des populations russophones à l'étranger.

Donc il y a un effort de réflexion qu'on pourrait dire stratégique dans le sens où ils essayent de de concevoir de façonner une politique étrangère, une politique de sécurité pour la Russie. euh qui n'est pas en phase avec la politique officielle au moment où il produisent ses idées. Et donc effectivement, ça nous interroge sur euh leur capacité ensuite à faire diffuser ces idées. Actuellement, par exemple, depuis 2022, le club disborsque promeut des idées comme le fait de construire un espace unique, c'est leur terme, avec les étabaltes ou de mener des des actions offensives dans le Caucas ou en Eurasie. Et il faut bien resituer ces ces discours dans l'écosystème plus général.

Ce ne sont pas des discours officiels, mais il faut bien les prendre en compte quand même pour comprendre l'état du débat d'idée en Russie. Merci beaucoup Juliette Fort. Je rappelle le titre de votre livre Les faucons russes des idéologues au service de l'empire paru aux presse universitaire de France. Livre qui nous a paru passionnant à l'équipe de questions du soir. Merci également à toute l'équipe qui m'a permis de préparer cette émission. Roxane Poulin, Bruno Barada, Rodier Ken et Berdy Bourdon. À la réalisation et à la prise de son, c'était l'ami Vincent Tvenné. rester à l'écoute. Tout de suite, c'est à vo.