A Gaza "c'est une lutte quotidienne pour avoir accès à l'eau, la nourriture, aux soins", alerte Médecins sans frontières
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:08OuverteRéponse directe
Trois ans après le 7 octobre, comment vit-on à Gaza et comment s'organise l'aide humanitaire ?
- 1:03OuverteRéponse directe
Pouvez-vous préciser combien de personnes vivent encore sur ce territoire aujourd'hui ?
- 1:14OuverteRéponse directe
À quoi ressemblent les conditions de vie, notamment le logement ?
- 1:56OuverteRéponse directe
Les approvisionnements en nourriture sont-ils insuffisants aujourd'hui ?
- 2:28OuverteRéponse directe
La situation des enfants est-elle catastrophique ?
- 2:58OuverteRéponse directe
Y a-t-il des impacts sur la santé mentale des enfants et des adultes ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On parle encore depuis le cessez-le-feu du 25 octobre de 1500 morts dans la bande de Gaza. »
- 1:07InvitéChiffre
« On estime qu'il y a encore 2 millions d'habitants sur aujourd'hui 30% du territoire puisque 70% est occupé par les forces israéliennes. »
- 1:24InvitéChiffre
« 80% du bâti a été détruit aujourd'hui ou est vraiment dans des conditions très précaires. »
- 1:34InvitéChiffre
« C'est plus de 100 000 familles qui seraient dans des logements encore à risque. »
- 2:05InvitéFait
« On a vécu la famine à Gaza. »
- 3:24InvitéFait
« L'eau n'est pas potable à Gaza. »
- 3:36InvitéChiffre
« Il reste deux usines de fonctionnement. »
- 4:18InvitéChiffre
« Sans eau, les gens ont 6 litres par jour d'eau potable et à peu près équivalent pour de l'eau domestique. »
- 4:59InvitéChiffre
« Il y a 20 000 personnes qui sont en attente d'évacuation médicale à Gaza. »
- 5:33InvitéChiffre
« Nous avons toujours 1500 personnels locaux qui sont sur place et nous soutenons des hôpitaux du ministère de la Santé. »
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Transinter, Evaroc, 6-9. Trois ans après le 7 octobre, comment vit-on à Gaza et comment s'organise l'aide humanitaire ?
C
'est la question de la matinale. Depuis mercredi, nous avons choisi de poser notre regard sur cette partie du monde pour tenter de comprendre le quotidien des populations. Direction Gaza ce matin. Bonjour Amande Bazereul. Bonjour. Vous êtes coordinatrice d'urgence à Médecins sans frontières. Vous avez été chef de mission à Gaza pendant plusieurs mois et aujourd'hui vous êtes en contact tous les jours avec vos équipes. Amande Bazereul, vit-on ou survit-on à Gaza aujourd'hui ?
Je ne
sais
même pas si on peut parler de survivre. On parle encore depuis le cessez-le-feu du 25 octobre de 1500 morts dans la bande de Gaza. C'est une lutte quotidienne pour toutes les populations. C'est une lutte pour pouvoir avoir accès à l'eau, à de la nourriture, aux soins. Tout est compliqué à Gaza aujourd'hui. On est vraiment dans un territoire qui est complètement détruit, anéanti, des enfances qui sont volées et pas de perspective d'avenir aujourd'hui.
On va revenir sur tous ces points. Est-ce que vous pouvez nous préciser combien de personnes vivent encore sur ce territoire aujourd'hui ?
Alors on estime qu'il y a encore 2 millions d'habitants sur aujourd'hui 30% du territoire puisque 70% est occupé par les forces israéliennes.
Et dans cet espace, à quoi ressemblent les conditions de vie ? Alors si on commence par le logement par exemple
? Alors
on est sur des camps, sur des kilomètres. En fait le bâti, 80% du bâti a été détruit aujourd'hui ou est vraiment dans des conditions très précaires. On a vu un bâtiment qui s'est effondré il n'y
a
pas longtemps. C'est plus de 100 000 familles qui seraient dans des logements encore à risque. Et tout le reste de la population, ce sont les deux tiers qui vivent dans des abris de fortune parce qu'il n'y
a
même pas assez de tentes qui rentrent à Gaza et qui sont toutes dans un état déplorable puisque sujet aux éléments, il fait très chaud, il fait très froid, on est au bord de mer. Donc évidemment tout se détériore extrêmement rapidement.
Les approvisionnements en nourriture j'imagine sont insuffisants aujourd'hui ?
Alors il y a de quoi nourrir la population. Le problème c'est qu'il n'y a aucun, ce n
'est
pas une nourriture nutritive. Donc on a vécu la famine à Gaza. Donc il a fallu renourrir les populations. Et aujourd'hui ce qui rentre, c'est ce qu'on appelle de la junk food. C'est vraiment des choses qui ne sont absolument pas nutritives. Ultra processed food, je ne
sais
pas comment on le dit en français. Et vraiment il n'y a rien pour le développement des enfants. Et voilà, les gens sont dans des conditions très très dures.
La situation des enfants est quand même catastrophique. On est dans une situation dramatique, ils ne vont pas à l'école. J'imagine, il n
'y a
pas d'école ouverte aujourd'hui ?
Il y a très peu d'écoles
ouvertes. Il y a l'agence des Nations Unies qui était en charge des réfugiés palestiniens qui a du mal à opérer, qui a été banni, comme les MSF d'ailleurs, par
les Israéliens.
Et donc aujourd'hui, c'est effectivement très peu d'écoles et de trouver où faire l'école.
Avec de la malnutrition, vous venez d'en parler avec ce problème de nourriture. Est-ce qu'il y
a
des impacts aussi sur la santé mentale de ces enfants
? Des
enfants, des adultes. Aujourd'hui, c'est 100% de la population qui aurait besoin de soutien en santé mentale. Le problème, c'est que les professionnels qui sont censés les prendre en charge, en plus, sont eux-mêmes atteints des mêmes effets.
Quelle est la principale difficulté au quotidien ? C'est l'accès à l'eau potable, on peut dire ça ?
Alors, c'est le plus essentiel, évidemment, puisque sans eau, aucun de nous ne survivrait. Et aujourd'hui, l'eau n'est pas potable à Gaza. Donc déjà, il faut la transformer pour qu'elle soit potable. Elle est saline, elle est salée. Et donc, il n'y a pas... Les usines ont été bombardées, il reste deux usines de fonctionnement. Et le reste,
c
'est de petites unités de dessalement. Nous, on a essayé d'en faire rentrer. On en a quelques-unes, mais qui existaient déjà. Il n'y
a
rien qui rentre. Ceci est interdit de rentrer aujourd'hui à Gaza. Et se délabrent au fur et à mesure, puisqu'il n'y a pas de moyens de les entretenir.
Alors,
j'imagine aussi que les conditions sanitaires sont déplorables, notamment avec ce manque d'eau. On a parlé de présence de rats, de vermines, des problèmes d'assainissement, de ramassage d'ordures. Vos équipes l'ont constaté et le constatent encore tous les jours ?
Évidemment. Donc, il n
'y
a plus de véhicules. Il n'y
a
pas de moyens. Il n
'y a
pas d'endroits où aller. Donc, c'est des charges absolument partout. Et effectivement, une prolifération des rats, mais de la gale, des poux et tout ça. Sans eau, les gens ont 6 litres par jour d'eau potable et à peu près équivalent pour de l'eau domestique. C'est-à-dire rien du tout.
Avec parfois des kilomètres à marcher pour atteindre un point d'eau ?
Absolument. Parce qu'il y en a très peu. Les camions-citernes qui vont pour distribuer l'eau sont, pareil, dans un état déplorable. Et donc, c'est de plus en plus de kilomètres à faire et porter l
'eau
pour la ramener à la maison. Que reste-t-il du système de santé aujourd'hui à Gaza ? C'est extrêmement compliqué. On le sait, la grande majorité des hôpitaux ont été en grande partie touchés. Et le personnel de santé. Aujourd'hui, les médicaments rentrent vraiment en très peu de quantité. Donc aujourd'hui, il y a 20 000 personnes qui sont en attente d'évacuation médicale à Gaza. Peut-être certains sont morts. On ne le sait pas puisqu'on ne fait pas un recensement. Très très peu sortent. Très très peu sont accueillis dans des pays tiers. Donc, c'est vraiment très compliqué. Et avec le risque de mourir bien avant de pouvoir avoir une place pour pouvoir sortir.
Vous le rappeliez, en décembre 2025, le gouvernement israélien a décidé d'interdire l'accès à Gaza à 37 organisations non gouvernementales, dont Médecins sans frontières. Si vous ne donniez pas la liste de vos employés palestiniens, comment faites-vous aujourd'hui concrètement pour travailler quand vous êtes empêchés comme ça
?
Alors, nous avons toujours 1500 personnels locaux qui sont sur place et nous soutenons des hôpitaux du ministère de la Santé. Donc,
il
y a toujours du personnel qui est capable de travailler. Le gros problème pour nous, c'était que les internationaux ne peuvent plus y aller. Je ne peux plus aller à Gaza aujourd'hui. Mais c'est surtout les médicaments. Faire rentrer les médicaments. Le personnel est extrêmement bien formé, peut prendre en charge. Mais si on ne
peut
pas faire rentrer les médicaments, nous allons arriver à bout de souffle au bout d'un moment.
Et comment vous faites pour le matériel aussi, au-delà des médicaments
? Alors,
il y
a
beaucoup de matériel qui a toujours été empêché,
qui a
été interdit. C'est ce que les Israéliens appelaient l'usage double. Et donc, on parle de tables d'opérations, de scalpel, ce genre de choses nous a toujours été interdites. Donc, on a survécu et continue à essayer de survivre avec tout ce qui était déjà présent dans la bande de Gaza. Et on parle également de générateurs pour pouvoir produire de l'électricité, pour faire fonctionner l'hôpital. Et tout ça étant à bout de souffle. Tout ça, il n
'y a
pas de pièces de rechange. Il n
'y a
pas d'huile de moteur. Il n
'y a
pas d'essence. Donc, c'est vraiment compliqué. Et alors, d'une
façon plus générale, vous diriez que l'aide humanitaire, elle évolue comment, depuis ces dernières semaines
?
En fait, même depuis le cessez-le-feu, c'est pire. Parce qu'en fait,
évidemment,
du coup, personne ne regarde Gaza aujourd'hui. Merci de refaire un éclairage sur ce qui se passe là-bas. Et en fait, tout continue de se délabrer. Et il n'y a plus de pression diplomatique aujourd'hui pour essayer de faire entrer l'aide humanitaire et soutenir les populations de Gaza.
Je crains de connaître la réponse à la question que je vais vous poser. Mais est-ce que le mot reconstruction signifie quelque chose aujourd'hui à Gaza ?
Aujourd
'hui, rien du tout. Il n'y a pas de reconstruction à Gaza. Il n'y
a
pas de reconstruction de processus à Gaza. Il faudrait d'abord déblayer, nettoyer. Il faudrait avoir accès au territoire. À nouveau, 30% seulement du territoire est encore accessible avec la population qui est complètement massée. Et puis, il n'y a pas de matériaux qui rentrent. Donc, c'est absolument impossible aujourd'hui de pouvoir reconstruire Gaza.
Merci, Amanda Bazerole, d'être venue au micro de France Inter ce matin. Je rappelle que vous êtes coordinatrice d'urgence à Médecins Sans Frontières. Nous reparlerons de Gaza dans le journal de 7h. Et puis, à 8h20, avec Quentin Laffey, nous recevrons le journaliste palestinien Nabil Diab et Thibaut Lefebvre, notre correspondant permanent à Jérusalem. Ensemble, ils nous ont raconté cette guerre pendant deux ans. Deux ans qu'ils ont choisi de retracer dans un podcast. à quitter Gaza après le 7 octobre.