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interviewC à vous· 3 octobre 2024 11 min

Depuis les législatives, Glucksmann discret et silencieux - C à Vous - 03/10/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Je critique vertement ce que font les insoumis et J.-L.Mélenchon, mais la vérité nous oblige.

La vérité, c'est qu'ils ont travaillé à un projet, à une identité politique. On devrait faire la même chose. On doit le faire maintenant.

On doit lancer des assises où on construit un projet enthousiasmant, qui pourra être radical sur certains points, mais qui sera crédible. On ne va pas inventer ce projet en 2 jours dans le chaos politique du mois de juillet. Nous n'avons pas le droit d'être pris de court.

Le 9 juin, qu'on soit pris de court, car personne n'avait anticipé la décision folle d'E.Macron de dissoudre, tout le monde peut le comprendre. Par contre, en juin prochain, il faut qu'on soit prêts. - A.-E.Lemoine: En cas de nouvelle dissolution. - R.Glucksmann: La situation politique est tellement instable qu'on ne sait pas quelle sera la prochaine élection.

Il faut qu'on soit prêts. Pour cela, il faut aller partout en France, écouter les acteurs de la vie économique, sociale. Il faut aller discuter, aller dans les endroits où les gens ne peuvent plus sacquer la gauche.

Vous pouvez vous faire engueuler. "Vous n'aimez plus la France." Je l'ai entendu dans les usines, les fermes.

A chaque fois, on nous faisait le reproche du désamour pour notre nation. Il faut produire un projet, mais aussi un récit. Nous inviterons à suivre ce projet toutes les forces qui peuvent se reconnaître dans ce projet. - P.Cohen: Vous n'imaginez pas une sorte de fusion... - R.Glucksmann: On est libres vis-à-vis des accords d'appareils qui existent aujourd'hui.

J'inviterai l'ensemble des socialistes à nous rejoindre. Je suis convaincu que si on montre un chemin, les socialistes au sens large, qui ont fait campagne pendant les européennes, toutes et tous réunis autour d'un projet qui était clair, qui assumait ses divergences avec une autre partie de la gauche, qui assumait un cap extrêmement clair pour l'Europe...

Pourquoi ça a marché? On avait bossé pendant un an et demi avant de faire ce projet. Quand on arrivait, c'était limpide.

On avait une réponse sur tous les sujets qui pouvaient concerner l'Europe. Cette fois, il faudra faire la même chose pour la France, y compris sur des sujets que la gauche n'aborde pas. Qu'est-ce qu'on pense de la sécurité?

C'est un sujet essentiel. Parler des sujets qui sont aujourd'hui captés par la droite, ce n'est pas nécessairement apporter des réponses de droite. Il faut une réponse de gauche à la question migratoire.

Ce n'est pas singer la droite. Quand on n'apporte pas de réponse, les réponses de droite s'imposent. Au-delà, il y a quelque chose d'essentiel qui n'est pas touché par la gauche: qu'est-ce que c'est que l'identité française?

Qu'est-ce que c'est que ce récit qu'est la France? La gauche a toujours été le fer de lance de ce récit. C'était la continuation de la longue histoire française qui vous légitimait dans vos désirs de réforme de la société.

Il va falloir qu'on reprenne ce récit des mains des héritiers de Barrès et de Maurras. - A.-E.Lemoine: M.Bernier est à Matignon.

Il y a un gouvernement qui doit son existence à l'absence de culture de compromis des partis français et il y a une gauche qui n'était pas prête. M.Barnier a annoncé... - R.Glucksmann: Le président de la République n'était pas prêt non plus.

Et le centre, on ne savait pas s'il était prêt ou pas. Il aurait fallu au moins poser la question sur la table de l'Assemblée nationale pour laisser aux autres la responsabilité de rendre ce gouvernement de centre gauche possible. - A.-E.Lemoine: B.Cazeneuve, sa nomination ne devait pas être proposée? - R.Glucksmann: Elle aurait pu être acceptée.

Si E.Macron voulait vraiment un gouvernement de centre gauche, il l'aurait nommé. Les insoumis étaient contre.

Les socialistes l'avaient proposé. Je ne vois pas les écologistes s'opposer à madame Toubiana. Les écologistes étaient d'accord.

C'est une coproduction, ce fiasco. LR est la seule force non RN à avoir refusé le front républicain et domine aujourd'hui. On a monsieur Retailleau ministre de l'Intérieur. - A.-E.Lemoine: M.Barnier a annoncé des hausses d'impôts ciblées pour les contribuables les plus fortunés, certaines grandes entreprises.

G.Darmanin le désapprouve. - G.Darmanin: Il veut rétablir les comptes publics.

On est tous d'accord. Là où je ne suis pas d'accord avec lui, c'est la trajectoire budgétaire. Je me suis engagé pour pas d'augmentation d'impôts.

Je ne voudrais aucune augmentation d'impôts. - Il y a 20 milliards qui sont prévus. - G.Darmanin: Pour l'instant, le budget tel qu'il est annoncé me paraît inacceptable. - A.-E.Lemoine: Vous auriez donné votre voix à M.Barnier et à des augmentations d'impôts? - R.Glucksmann: Ce que dit G.Darmanin, sérieusement...

Est-ce que ses électeurs à Tourcoing seraient contre une augmentation des impôts sur les plus hauts patrimoines français et sur les entreprises qui font des bénéfices record dans une situation budgétaire catastrophique? C'est se moquer du monde, sérieusement. Sur quel marché on vient vous voir pour vous dire "n'augmentez pas, ne rétablissez pas l'ISF et n'augmentez pas les impôts sur les superprofits de Total"?

Personne ne lui a dit ça, à mon avis. - P.Cohen: C'est plutôt courageux, s'il était à contre-courant. - R.Glucksmann: Il prend comme prétexte le fait qu'il a expliqué aux électeurs du Pas-de-Calais qu'il n'allait pas augmenter les impôts.

Mais il y a une grande mystification. Ce n'est pas les impôts qu'on augmente, mais les impôts des plus hauts patrimoines. Quand un Premier ministre qui n'est pas de ma famille politique propose une contribution, je ne vais pas dire que je suis contre.

Sinon, on va se coucher et on arrête de faire de la politique. - A.-E.Lemoine: Vous dites qu'il faut aller plus loin. - R.Glucksmann: Oui.

Je ne vois pas en quoi cette contribution est exceptionnelle. Il faut qu'elle soit pérenne et plus large. C'est un pied posé dans la porte qui était fermée à triple tour par E.Macron.

Si vous voulez une raison fondamentale de ce refus, que ce soit B.Cazeneuve, L.Tubiana ou les autres, c'est qu'ils ne voulaient pas toucher à cela.

Ils savaient qu'un gouvernement de gauche poserait ça sur la table. La droite arrive peut-être avec une contribution exceptionnelle sur les impôts. Elle va aussi arriver avec monsieur Retailleau à l'Intérieur.

Ce n'est pas un programme de centre gauche. S'il y a une mesure qui va dans le sens de ce qu'on prône contre le pouvoir en place depuis des années, on ne va pas dire haro sur lui. On dira que monsieur Darmanin a des soucis qui ne sont pas vraiment pour les électeurs les plus populaires. - E.Tran Nguyen: Monsieur Retailleau est bien à l'Intérieur.

Il veut une nouvelle loi immigration. Il souhaite prolonger jusqu'à 210 jours la durée maximale de rétention des migrants. C'est le genre De règle, de loi que vous redoutiez?

Quand il dit qu'il veut rétablir l'ordre, c'est un moyen d'y arriver? - R.Glucksmann: On a fait campagne sur le front républicain pour faire barrage au RN en expliquant...

C'était la citation que je sortais partout où j'allais. Je disais que le RN allait marcher sur l'Etat de droit et que c'était un danger. La France risque de devenir une démocratie libérale.

J'allume mon poste de radio et j'entends le ministre de l'Intérieur, qui est issu de cette victoire contre le RN, nous expliquer que l'Etat de droit n'est pas sacré et qu'il n'est pas intangible. - E.Tran Nguyen: Il est un peu revenu dessus, en disant que ce n'était pas des faux débats. - R.Glucksmann: Là, il nous annonce une nouvelle loi immigration. - P.Cohen: Ce n'était pas dans le discours de politique générale de M.Barnier.

Ce n'est pas avalisé par le Premier ministre pour l'instant. - R.Glucksmann: J'espère qu'il ne l'avalisera pas. - P.Cohen: La suppression de l'aide médicale d'Etat n'a pas été retenue dans le discours de Barnier. - R.Glucksmann: Le discours portait sur monsieur Retailleau et sa nouvelle loi immigration. - E.Tran Nguyen: Certains Français le demandent.

Ca fait partie des priorités des Français, l'immigration. - R.Glucksmann: L'immigration est un sujet, mais ce n'est pas une priorité d'avoir une nouvelle loi immigration.

Il y a eu une loi immigration qui a tourné à la farce il y a quelques mois. On va faire à chaque fois une loi qui sera une loi spectacle pour flatter le débat dans un sens toujours plus de repli nationaliste. C'est finalement une opération de com.

On va lancer des assises...

J'ai parlé, pendant les européennes, d'immigration. Un des problèmes...

La question des OQTF et du refus des pays de provenance de délivrer des laissez-passer consulaires...

On peut allonger toutes les durées de détention qu'on veut, s'il n'y a pas de laissez-passer consulaire à la fin, il n'y a pas de laissez-passer consulaire. Il faut un grand deal avec les pays de provenance et ce que l'Europe pourrait proposer... - P.Cohen: Ce qu'a fait G.Meloni.

C'est le modèle G.Meloni. - R.Glucksmann: Non.

Pour intéresser ces pays, il faut proposer des possibilités de migration pendulaire. L'immigration légale est nécessaire. Nos économies, nos pays ne survivraient pas sans.

On a besoin de faciliter la migration pendulaire. En échange de ce système qui facilitera ces allers-retours, il y a la nécessité de délivrer ces fameux laissez-passer consulaires. Ca nous permettra de respecter notre Etat de droit et de faire en sorte que les gens arrêtent de mourir en Méditerranée.

On a un projet, mais pour ça, il faut admettre que ce ne sera pas