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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 20 juillet 2018 22 min

Bruno Retailleau sur l'affaire Benalla : "Seul Emmanuel Macron sera en mesure d'endiguer les soupçons"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

C'est le scandale qui fait vaciller une république voulue exemplaire. Un collaborateur du président Macron s'en prenant, violemment, un manifestant le 1er mai dernier à Paris. Alexandre Benalla, mis à pied 15 jours, mais réintégré aujourd'hui dans les équipes de l'Elysée. Le parquet de Paris a ouvert une enquête. L'IGPN, la police des polices a été saisie, car Benalla agissait aux côtés des forces de l'ordre. Et puis le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, il sera auditionné à l'Assemblée et au Sénat dans les jours à venir. Bonjour Bruno Retailleau.

0:38
Bruno Retailleau

Bonjour Nabil Perrier.

0:39
Présentateur

Merci d'être sur Inter ce matin. Vous présidez justement le groupe LR au Sénat. Vous allez participer à cette audition du ministre Gérard Collomb d'abord ?

0:47
Bruno Retailleau

Non, puisque c'est la commission des lois. Voilà, je n'en fais pas partie, mais peu importe. Son président, qui est aussi un ami, Philippe Bas, nous rapportera les propos de M. Collomb.

0:56
Présentateur

Auriez-vous envie de lui demander au ministre aujourd'hui ?

0:59
Bruno Retailleau

C'est la réponse à un certain nombre de questions, mais il faut bien dire que le ministre, ce n'est plus le sujet. Le scandale a atteint de tels niveaux. Il suffit de regarder les unes des journaux, d'écouter les radios, la télévision, pour s'apercevoir que seul Emmanuel Macron sera en mesure d'endiguer le soupçon, le doute. Cette affaire, elle est très très grave. Et c'est parce que nous n'avons pas de réponse aux questions que nous nous posons que le soupçon est en train de naître et est en train d'envahir tout l'espace public. Pourquoi est-ce que cet énergumène a-t-il été recruté à l'Elysée compte tenu de ses antécédents ?

Pourquoi s'est-il retrouvé au cœur d'une opération de maintien de l'ordre avec ses faits de violence, d'usurpation, etc. ? Pourquoi ensuite n'a-t-il pas été sanctionné, une petite sanction ? On se souvient qu'il avait fallu quelques heures à Emmanuel Macron.

1:49
Présentateur

Qu'un jour de suspension, ce n'est pas assez.

1:50
Bruno Retailleau

Mais ça fait rire tout le monde. Vous vous souvenez, le général de Villiers, qui est un soldat, un chef d'état-major absolument remarquable, en quelques heures, il se retrouve limogé. Pourquoi est-ce que l'Elysée ne signale pas à la justice ces faits qui sont très très graves ? Et pourquoi, au jour d'aujourd'hui, on voit bien que cette formidable machine qui était l'Elysée à communiquer, à produire des images, est totalement enrayée, presque sans voix. Ça signifie que, derrière ces questions, pourquoi n'y a-t-il pas de réponse ? Parce que c'est quelque chose qui est gênant ? Parce qu'on cherche...

2:24
Présentateur

Vous pensez qu'on nous cache quelque chose aujourd'hui, du côté de l'Elysée ?

2:27
Bruno Retailleau

Mais c'est parce que, justement, moi je ne veux pas faire de procès d'intention. Simplement, je vois bien qu'on a en face de nous, habituellement, une machine à communiquer très méticuleuse, extrêmement bien guidée. Et il suffit de cet air d'irgumène pour que cette machine se bloque. Pourquoi se bloque-t-elle ? Pourquoi le Président de la République reste sans voix ? Pourquoi son directeur de cabinet, qui écrit dans un courrier, qu'il en a référé au Président de la République ? Donc, le Président de la République, désormais, ne peut plus se défausser sur des subalternes.

2:57
Présentateur

Édouard Philippe, hier à l'Assemblée, il dit que c'est à la justice de faire son travail. Maintenant, l'affaire, elle est aux mains de la justice. Le parquet a ouvert une enquête. Ce n'est pas aux politiques, c'est à la justice de faire son travail.

3:07
Bruno Retailleau

Mais il l'a dit... Non, ce n'était pas à l'Assemblée, c'était au Sénat. Il était embarrassé. Il n'a rien dit, en fait. Qu'est-ce qu'il a dit ? Il a dit, bien sûr, la justice. Mais la justice, elle s'est auto-saisie. Normalement, la règle, l'article 42e alinéa du Code de procédure pénale, c'est que dès que l'Elysée avait connaissance des faits, il aurait dû porter ces faits-là devant la justice. Et puis voilà, les choses s'éteignaient. Total, aujourd'hui, effectivement, on a une affaire qui devient extrêmement grave. Donc il faut qu'Emmanuel Macron réponde en toute sérénité, parce que c'est trop grave, parce qu'il est le responsable des institutions, de l'équilibre des pouvoirs en France.

Il doit donc répondre très très vite aux questions qu'on se pose.

3:47
Présentateur

Il doit répondre, mais il doit y avoir d'autres sanctions, à votre avis, politiques ?

3:50
Bruno Retailleau

Il doit y avoir des sanctions. En tout cas, je m'étonne que vous vous rendez compte, des heures et des heures après que le monde ait déclenché cette information.

3:59
Présentateur

C'est le monde qui a effectivement identifié Benalla sur la vidéo.

4:01
Bruno Retailleau

Comment se fait-il que rien, aucune décision n'était prise ? C'est proprement stupéfiant. Encore une fois, le doute est un poison en démocratie. Et on se demande, alors qu'Emmanuel Macron est en général sans pitié lorsqu'il s'agit de collaborateurs, je vous ai cité un certain nombre de cas, pourquoi cette indulgence ? Pourquoi vis-à-vis, encore une fois, de cet individu ?

4:23
Présentateur

Alors voilà une affaire Benalla qui rend la majorité fébrile. On l'a senti hier à l'Assemblée et au Sénat. Ça arrive à point nommé pour vous l'opposition au moment où la réforme constitutionnelle doit être votée à l'Assemblée, mardi ? Ça vous donne un peu de force vis-à-vis de la majorité ?

4:40
Bruno Retailleau

Non, il ne faut jamais profiter de ce genre de choses, parce que, croyez-moi, ça ébranle les institutions et je pense que nos sociétés européennes, notre société française n'a pas besoin de ça. D'ailleurs, vous savez, j'ai répliqué, moi, Emmanuel Macron, c'était au Congrès, c'était il y a quelques jours à Versailles. J'avais commencé mon intervention en lui disant, écoutez, en un an, l'ambiance a totalement changé. Le décorum, le palais de Versailles, est le même. Mais l'ambiance a changé. Les Français sont passés de l'espoir qui avait suscité l'élection d'Emmanuel Macron à un vrai doute. C'était bien avant ce scandale-là. Qu'est-ce qui a changé ?

Les Français se rendent compte qu'on a souvent affaire à de la communication, se rendent compte que des réformes sont injustes. D'un côté, on fait porter le poids des réformes aux retraités les plus modestes. Et puis, de l'autre côté, on s'apprête à supprimer l'exit taxe contre l'évasion fiscale. Comment voulez-vous que les Français puissent entendre ce genre de discours ? C'est compliqué. Et puis, il y a un certain nombre d'ambiguïtés de discours sur l'autorité de l'État. Une verticalité, vous voyez ? Mais une verticalité qui n'est pas mise au profit de tous pour faire respecter l'autorité de l'État. Et là, on a un cas. Comme si l'Élysée était au-dessus de tout.

Mais cette verticalité, elle n'est positive que si elle est tournée au service des Français. Et cette république exemplaire, on se demande où est l'exemplarité. On a seriné aux Français que désormais, le vieux monde était dépassé. Mais dites-moi, le monde nouveau, il est très daté.

6:02
Présentateur

Alors, revenons quand même sur cette réforme constitutionnelle. Vous parlez d'exemplarité dans la réforme. Il y a notamment la diminution d'un tiers du nombre de parlementaires qui est prévu pour que l'appareil coûte moins cher. Peut-être pour que les débats se passent plus rapidement. Vous, vous êtes contre cette diminution d'un tiers. Au Sénat, on passerait par exemple de 348 sénateurs à 244.

6:27
Bruno Retailleau

Non, non, non. Vous n'êtes pas contre la diminution du nombre de parlementaires ? Que disons-nous au Sénat ? Nous disons simplement que la loi de l'arithmétique, la loi des nombres, ne doit pas écraser la loi des hommes. Ce que je veux dire, c'est que oui, à la diminution des sénateurs, mais avec une juste représentation des territoires. On ne veut pas qu'il y ait plus de 20 départements où il n'y ait qu'un seul sénateur. Parce que dès lors qu'il n'y aura qu'un seul sénateur, pour faire le tour de certains départements, il faut plusieurs heures. Les gens ne le verront plus, le sénateur, ou ils ne verront plus leurs députés. Qu'est-ce qu'ils se diront ?

Ils diront, mais un député, un sénateur, ça ne sert plus à rien. Pourquoi est-ce qu'ils nous représentent finalement ? Et donc ce sont ces territoires, souvent faiblement peuplés, qui n'ont déjà plus d'instituteurs, de facteurs, de commerçants, qui n'auront même plus de voix pour les défendre à Paris. Donc oui, bien sûr, et je pense qu'on peut à 24 ou 25%, avec une baisse effective de parlementaires, on peut accorder la promesse présidentielle d'avoir moins de parlementaires.

7:25
Présentateur

Vous négociez en ce moment le nombre de sénateurs acceptable ?

7:28
Bruno Retailleau

Écoutez, Gérard Larcher, ça n'en est pas caché. Il a dit qu'il y a des lignes rouges. Parmi les lignes rouges, il y a notamment les droits du Parlement, parce que c'est important. Est-ce qu'il faut encore plus concentrer les pouvoirs, dans la République française, entre les mains d'un seul, c'est-à-dire Emmanuel Macron ? On voit que concentrer tous les pouvoirs, ça peut aboutir à des choses qui ne sont pas souhaitables. Et puis, il y a la représentation des territoires au moment où on parle de fractures territoriales. Est-ce que la révision constitutionnelle, ça doit accroître la fracture ou pas ? Combien ? Moi, je pense qu'autour de 260 sénateurs, par exemple, pour parler du Sénat.

8:00
Présentateur

Donc, une quinzaine de plus que ce que propose aujourd'hui le gouvernement.

8:03
Bruno Retailleau

Une vingtaine. Vous voyez, ce n'est pas un problème de nombre. C'est pour ça que je dis stop l'arithmétique. On en a marre des types qui calculent. Moi, je ne suis pas un inspecteur des finances. Ce qu'on veut, c'est que le territoire français, que les Français soient justement représentés. Ce n'est pas un problème de 30%, de 29%. On n'est pas des apothicaires, je veux dire. Il faut qu'il y ait une juste représentation. Et je pense qu'autour de moins 25%, moins 24%, c'est-à-dire 265 sénateurs, on parvient à la fois à cocher l'engagement présidentiel, mais à faire en sorte que la France, dans toute sa belle diversité, soit représentée.

8:37
Présentateur

Avant de passer aux questions des auditeurs, je veux quand même aborder avec vous cet autre sujet de friction avec la majorité, la PMA. On en a beaucoup parlé la semaine précédente, puisqu'il y a eu quelques frictions au sein de La République en marche. Guillaume Chiche, le député LREM, il a finalement renoncé à déposer une proposition uniquement sur la procréation médicale assistée. Il se range derrière le gouvernement. Il va attendre le projet de loi sur les lois bioéthiques, justement, où la PMA sera mélangée à l'euthanasie et à toutes les autres questions. Vous, vous êtes contre la PMA de toute façon.

9:09
Bruno Retailleau

L'euthanasie, je ne suis pas bien sûr qu'elle figure, a priori, les échos que nous avons. On a encore voté, vraiment, dans un grand consensus, il y a deux ans, une loi sur la fin de vie. Est-ce que légiférer, ça veut dire que tous les deux ans, on revient sur des lois qui ont créé un consensus ? Mais sur la PMA ? Sur la PMA, bien sûr, j'ai entendu la déclaration.

9:29
Présentateur

C'est une première victoire, ce renoncement du député Chiche ?

9:32
Bruno Retailleau

Écoutez, en tout cas, il y a du gafouillage. Qu'est-ce que signifie cette affaire ? Dans cette proposition de loi, ce député liait d'ailleurs la PMA et la GPA par l'intermédiaire d'une transcription automatique des documents d'État civil. Donc, on voit bien que les deux vont être liés. Pourquoi est-ce que les deux vont être liés ? Pour l'instant, on ne parlait que de la PMA, la procréation médicale assistée. Il n'y a rien à voir avec la GPA, les mères porteuses. Non, non, mais relisez cette proposition de loi. Elle lit les deux. La proposition d'Emmanuel Macron, c'est de permettre aux femmes, toutes les femmes, Oui, mais on parle de M. Chiche et de sa proposition de loi.

Bon, c'est peut-être ce qui a gêné, on verra, M. Macron et le gouvernement. Mais comment voulez-vous refuser ce que vous allez autoriser pour les couples homosexuels masculins, féminins ? Comment voulez-vous autoriser cela, avoir des enfants, à des couples homosexuels masculins ? On voit bien qu'il y a une limite. Et pour moi, la GPA, c'est franchement l'abomination. C'est la marchandisation du corps humain, de gauche et de droite, cette question-là.

10:28
Présentateur

Mais la GPA n'est pas dans le débat aujourd'hui.

10:30
Bruno Retailleau

Elle était dans la proposition, mais bien sûr, on avance toujours. La procréation médicale assistée. Pour ce qui concerne la PMA.

10:36
Présentateur

Qui est possible pour un couple hétérosexuel, mais qui n'est pas possible pour un couple de lesbiennes homosexuels. Là, il n'y a pas d'égalité devant la loi.

10:44
Bruno Retailleau

Simplement, ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut pas méconnaître la souffrance de ces femmes qui souhaitent avoir un enfant. Et moi, je respecte totalement. Mais, encore une fois, est-ce qu'au nom de cette souffrance, on doit, demain, envisager de faire naître des enfants qui sont délibérément privés de père ? Au nom du principe de précaution, ne faut-il pas s'encourager ? En tout cas, pardon, se questionner. Et, par ailleurs, il y a ce lien, encore une fois, que j'indiquais, entre, d'une part, la PMA, la GPA. Et je ne pense pas que ce soit quand la technique permette une chose, qu'il faille donner le dernier mot, nécessairement, à la technique.

Je crois que l'éthique, c'est aussi important. Ça doit être un moment de débat, un débat le plus serein possible, dépassionné, en envisageant, évidemment, toutes les questions qui sont nombreuses, qui touchent vraiment à l'intime de l'homme. Parce que, si on donne un pouvoir très important à la technique, on a derrière les questions qui concernent, par exemple, le transhumanisme, qui sont des questions extrêmement aussi importantes. Donc, il faut toucher d'une main tremblante à ces questions d'ordre éthique.

11:41
Présentateur

Bruno Retaille, président du groupe LR, au Sénat. On passe tout de suite aux questions des auditeurs.

11:47
Auditeur

France Inter. Le 6-9 de l'été. Intervenez.

11:51
Présentateur

Et au Standard, on rejoint Frédéric. Bonjour Frédéric.

11:54
Auditeur

Oui, bonjour à vous.

11:55
Présentateur

Votre question à Bruno Retailleau.

11:57
Auditeur

Oui, M. Retailleau, bonjour. Vous avez rappelé à Jésus-Christ que le Président de la République était garant des institutions. C'est même son rôle principal, pratiquement. On s'aperçoit aujourd'hui que ce n'est pas le gouvernement qui gouverne et qui détermine la politique de la nation, comme le veut l'article 5 de la Constitution, mais M. Macron, c'est-à-dire que M. Macron viole au quotidien la Constitution. Cinq personnes, apparemment, ne s'en offusquent alors qu'on parle de la, disons, de la modifier. J'aimerais savoir ce que vous en pensez, d'avoir un président de la République garant des institutions qui la viole au quotidien. M. Edouard Philippe n'existe plus.

12:34
Bruno Retailleau

Vous êtes un bon connaisseur de la Constitution, Frédéric. Le Premier ministre existe tellement peu qu'au Congrès, devant le Premier ministre, le Président de la République a pratiquement indiqué qu'il voudrait effacer encore un peu plus le Premier ministre puisqu'il voudrait prendre la parole devant le Parlement. Or, cette fonction-là, sous la Ve République, est réservée au seul Premier ministre. Le Premier ministre est responsable devant le Parlement et le Président de la République est responsable devant le peuple, bien sûr.

Donc, non, ce qui est préoccupant, vous avez raison, dans cette pratique très solitaire, très autoritaire du pouvoir, cette pratique auto-centrée du pouvoir, c'est que, vous voyez, on nous propose une révision de la Constitution. On nous propose d'affaiblir le Parlement alors que nous avons sans doute en France le Parlement qui est le plus faible parmi l'ensemble des pays européens.

Ce qui est préoccupant, c'est que, je ne pense pas qu'Emmanuel Macron soit un dictateur, je ne le crois pas du tout, mais imaginez demain qu'au gré d'une élection comme d'autres pays d'Europe ont connu en France, imaginez que ces institutions révisées, avec des contre-pouvoirs affaiblis, tombent entre de mauvaises mains. C'est ce que, nous, l'opposition, vous voyez, on essaie de porter comme message en disant, M. Macron, attention, vous vous passerez, demain, les institutions resteront, et si elles sont mal utilisées, ce sera finalement les Français qui perdront.

Donc, moi, la Constitution, j'y tiens, je pense, j'ai beaucoup d'admiration, d'ailleurs, pour le général de Gaulle, je pense que, pour l'instant, la Vème République nous a préservés de désordres que connaissent d'autres pays européens. Donc, encore une fois, attention, et vous avez raison de souligner, cet exercice de plus en plus jacobin, parisien, concentré, du pouvoir, vous savez, même du temps de Nicolas Sarkozy, où certains parlaient d'hyperprésidence, mais jamais le pouvoir en France n'a été aussi concentré.

14:17
Présentateur

On revient sur l'affaire Benalla, au standard Virginie, une affaire qui vous fait parler beaucoup. Votre question, Bruno Retailleau ?

14:26
Invité

Oui, bonjour. Voilà, en fait, j'avais une question, justement, au sujet de cette affaire. J'ai l'impression que le gouvernement se conforte dans une espèce de posture de com' presque totalitariste, où on dit, il faut à tout prix rendre public les actes et faits des membres du gouvernement. C'est une espèce de diktat de la transparence. Et je voulais demander à l'invité ce qu'il pensait de cette posture, parce que moi, j'assimile ça à une forme de posture de com', en sachant qu'il y a ce qui est dit, et puis ce qui existe dans la réalité, dans les faits, alors qu'on va mettre cette affaire, justement, gêne le gouvernement, gêne M.

Macron, et que tout est fait pour l'étouffer, alors qu'à côté, on a un discours qui essaie de s'imposer dans les médias, où on nous fait croire que rien ne sera caché aux Français.

15:22
Présentateur

Alors, transparence ou pas ?

15:23
Bruno Retailleau

C'est justement le problème. Le traitement de l'affaire Benalla montre qu'il n'y a pas de... Le slogan, en tout cas, de cette République exemplaire, de ce nouveau monde, est mis à mal. Et si le président de la République, très très vite, répondait à toutes ces questions, je pense que les Français se feraient leur opinion. Il n'y a rien de pire dans une démocratie de laisser aller dans tous les sens le soupçon. Et on voit bien qu'il y a quelque chose à cacher.

Moi, je ne vois pas pourquoi, encore une fois, on limoge un chef d'état-major aussi remarquable que le général de Villiers, en quelques heures, et que pendant des jours et des jours, on cache à la justice, on cache aux Français, on cache au Parlement, une affaire qui est quand même troublante. Pourquoi est-ce qu'il y a tant de cafouillages, alors que, je le disais tout à l'heure, l'Elysée est une machine à communiquer, à produire des images extraordinaires, en tout cas jusqu'à présent, mais cette affaire enraille totalement, totalement, cette mécanique.

16:18
Présentateur

Lui, Denis, sur l'application France Inter, il dit, arrêtons de faire monter un fait divers en affaires politiques.

16:24
Bruno Retailleau

Je suis assez d'accord, sauf que...

16:26
Présentateur

C'est une affaire politique ou c'est un fait divers ?

16:27
Bruno Retailleau

Mais ça devient une affaire, ce qui aurait dû être...

16:29
Présentateur

Parce que vous en faites une affaire politique ?

16:31
Bruno Retailleau

Non, non, c'est le traitement. Écoutez, on apprend quand même que le directeur de cabinet avait averti le président de la République. On apprend qu'il n'y a qu'un jour de mise à pied. Vous vous rendez compte ? Et que le porte-parole du président de la République, vous vous rendez compte, dit, mais jamais il n'y a eu une sanction aussi lourde. Je me souviens d'ailleurs qu'Aquilino Morel avait démissionné. Non, mais de qui se moque-t-on ? Donc, c'est ce manque de transparence. Moi, c'est vrai que la transparence peut devenir totalitaire. Mais que les faits divers, on ne doit pas laisser courir. Je suis toujours très prudent dans mon expression. Je n'aime pas utiliser le scandale d'État.

Je n'aime pas l'hyperbole. Mais ce qui, aujourd'hui, encourage le soupçon, ce sont les non-réponses. Parce qu'on a le sentiment que quelque chose a été caché à la justice. Ça, c'est clair. Mais quelque chose est aussi, aujourd'hui, caché aux Français. Résultat, on a une enquête de la police et des polices, une enquête du Parlement et une enquête de l'autorité judiciaire.

17:22
Présentateur

Justement, ce n'est pas un peu trop, toutes ces enquêtes-là ? Tout le monde veut enquêter ?

17:25
Bruno Retailleau

Mais pourquoi est-ce que c'est trop ?

17:28
Présentateur

Pourquoi ne pas laisser à la justice nous le temps libre ?

17:31
Bruno Retailleau

Parce qu'il y a une dimension politique et que le gouvernement, l'exécutif est responsable devant le Parlement et que le Parlement, c'est une institution importante, c'est un pouvoir important, un contre-pouvoir. Et donc, il a été saisi et la commission des lois de l'Assemblée va se transformer en commission d'enquête.

17:46
Présentateur

Retour au standard avec Gilles. Bonjour, Gilles. Oui, bonjour. Vous, vous voulez poser une question sur la réforme constitutionnelle à Bruno Retailleau.

17:55
Invité

Oui, je voulais simplement signaler pourquoi un tas de députés ne veulent pas changer la loi ne veulent pas aller vers la modernité, la diminution des coûts. Et que nous proposez-vous, monsieur le député, quand je vois des fois à l'Assemblée qu'il y a 30, 40, 50% de députés qui ne sont absents régulièrement, que d'autres ont 20, 30 mandats à l'extérieur ? Que nous proposez-vous ? Et vous nous dites que vous voulez représenter les Français, mais quand ils sont absents, ils ne les représentent pas.

18:27
Bruno Retailleau

Votre réponse, Bruno Retailleau ? Ma réponse, c'est que je ne suis pas député, je suis sénateur. Je vous ai dit que nous étions prêts à voter une révision constitutionnelle qui abaisse le nombre de députés et de sénateurs. Je veux vous dire aussi qu'il y a désormais la règle du non-cumul des mandats. Donc, il n'y a pas 30 ou 40 fonctions supplémentaires. Je veux vous dire qu'on travaille actuellement, députés comme sénateurs, dans des conditions exécrables. Pendant quatre mois, vous m'entendez, quatre mois, le gouvernement ne nous a soumis aucun texte, aucun texte important. Et en un mois et demi, on a tous les textes importants.

Au Sénat, actuellement, c'est toutes les nuits qu'il faut siéger. Vous voyez, c'est presque jour et nuit. On a arrêté hier, plutôt ce matin, à une heure et demie. Il faut faire les matinales le lendemain.

19:08
Présentateur

Merci d'être là, sur Inter.

19:10
Bruno Retailleau

Chacun, on ne doit pas se plaindre. On est là pour représenter les Français. Moi, je ne me plains pas. Simplement, il faut que, là encore, l'ordre du jour, il y a cette révision constitutionnelle. Le gouvernement, c'est ça le problème.

19:20
Présentateur

Non, mais il y a quand même une vraie question sur ces parlementaires qui sont accrochés à leur siège, qui ne veulent pas de diminution du nombre d'élus à l'Assemblée et au Sénat, des parlementaires qui ne siègent pas tout le temps, qu'on ne voit pas, lors de votes même importants.

19:34
Bruno Retailleau

Non, non, je pense que lors de débats importants, en tout cas, moi, pour ce qui concerne le Sénat, regardez, lors des votes solennels, lors des questions d'actualité, et je vous assure, l'hémicycle est rempli. Il y a des questions qui sont très techniques, et vous savez que ceux qui les suivent, d'ailleurs, c'est ceux qui sont des spécialistes dans les commissions, tandis que d'autres commissions se réunissent en même temps. On n'a pas le don d'hébiquité. Donc, moi, je ne veux excuser aucun absentisme, bien entendu. Mais je pense que, là aussi, il faut être conscient du travail que fait le Parlement.

Et je crains, d'ailleurs, qu'avec encore moins de parlementaires, ce soit encore plus difficile de réunir beaucoup, beaucoup de monde dans les hémicycles. Mais ce qu'il faut, vous voyez, c'est que les choses soient partagées, les efforts soient partagés. C'est ce que je reproche à Emmanuel Macron. Dans la révision constitutionnelle, il nous dit, faites plus vite la loi. Mais la loi, la moyenne, c'est 147 jours. Est-ce que vous savez combien de jours il faut pour prendre un décret d'application qui concerne l'exécutif ? Il en faut 11 jours de plus, 158. Donc, on nous dit l'ordre du jour. Il veut mettre la main sur tout l'ordre du jour. Bien, d'accord.

Mais s'il s'organise mieux, pourquoi est-ce que pendant de longs mois, on ne nous donne rien et pendant un mois, un mois et demi, il faut saturer l'ordre du jour ? Donc, ces efforts-là, il faut les partager. D'ailleurs, pourquoi est-ce qu'il ne faudrait pas plafonner à 20 ministres ? M. Macron a dit qu'il faut passer à la Commission européenne de 30 commissaires à 15. Il faut moins de députés, moins de sénateurs. Mais pourquoi est-ce qu'il ne s'applique pas cette règle aussi pour les membres de son propre gouvernement ?

21:00
Présentateur

Une dernière question au standard, celle de Charlie. Charlie, bonjour. Allez-y.

21:03
Invité

Bonjour. Oui, j'avais une question pour M. Retailleau. Vos propos sur la PMA pour les couples de lesbiennes, sur l'absence du père, avec l'argument de l'absence du père, qu'est-ce que vous pensez de toutes ces mères célibataires qui élèvent leur enfant seule, sans la présence du père, justement ?

21:20
Présentateur

Une réponse de Bruno Retailleau en quelques mots.

21:22
Bruno Retailleau

Non, il n'y a aucune question. C'est même d'ailleurs très, très différent. La question que je pose, et vous savez, je suis très prudent, et c'est pour ça que je parle avec un immense respect et je pense qu'il faut respecter toutes les opinions. Simplement, c'est autre chose. Avoir donc un enfant, avoir une situation particulière, on y fait face, très bien, il y a de l'amour, et tout le monde peut avoir de l'amour. Simplement, cette décision qui demande à la société d'enteriner le fait que des enfants naissent délibérément sans père, sans père, c'est autre chose. Il faut en discuter. Il y a un principe de précaution qu'on applique, moi je vois au Parlement, sur plein, plein, plein de choses.

Seule la question humaine échappe au principe de précaution. Moi, je pense que cet envahissement de la technique, cette artificialisation des choses, mérite en tout cas des questionnements. Je ne fais pas du tout la leçon au monde entier. Simplement, moi, j'ai mes convictions, j'essaie de réfléchir, et j'essaie de délibérer en fonction de mes convictions, de ces réflexions, et de ce que je crois être bien pour la société française.

22:20
Présentateur

Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, merci d'avoir été l'invité de France Inter ce matin.