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Podcast / conversationSébastien Gobert· 8 mai 2026 18 minDivertissementEurope & internationalInstitutions & électionsDéfense

Pourquoi la parade du 9 mai à Moscou est si importante? // Évolutions de cette date dans l'histoire

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    « la parade du 9 mai sur la place rouge à Moscou pour commémorer la victoire de l'URSS sur l'Allemagne nazi »
  • 0:30Sébastien GobertFait
    « la réduction de la taille de la voilure cette année puisque non seulement il ne va pas y avoir de char ou d'équipement technique pour le défilé du 9 mai »
  • 11:00Sébastien GobertFait
    « la manifestation des vétérans a été de plus en plus incorporée dans les manifestations officielles »

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Vous avez évidemment entendu parler de la parade du 9 mai sur la place rouge à Moscou pour commémorer la victoire de l'URSS sur l'Allemagne nazi. Et vous avez évidemment entendu parler de la réduction de la taille de la voilure cette année puisque non seulement il ne va pas y avoir de char ou d'équipement technique pour le défilé du 9 mai. Mais en plus de ça, dans un contexte de paranoï sécuritaire, la rediffusion ne va pas être en direct.

Euh l'essentiel de Moscou va être complètement coupé de l'internet mobile et de l'internet en général pendant euh ce 9 mai. Et la liste des invités euh s'est réduite comme de chagrin à quelques dirigeants autoritaires et des leaders d'entités non reconnu et la plupart d'entre elles étant des régions des facto contrôlées par la Russie. Et tout ça est évidemment intéressant et ça s'incrit aussi dans un effet d'optique pour remettre en question la solidité du régime de Vladimir Poutine.

Mais en fait, pourquoi est-ce que on accorde autant d'importance à cette date du 9 mai ? Il y a une explication qui est évidente, c'est parce que Vladimir Poutine lui-même a rendu cette date particulièrement importante. Mais sinon dans l'histoire, ce qu'il faut voir c'est que cette date du 9 mai, elle a été construite et déconstruite au gré des évolutions du régime soviétique et russe et que elle n'est en rien une date qui est gravée dans le marbre.

Alors justement, parlons-en. Bonjour à tous, c'est Sébastien et bienvenue dans cette nouvelle vidéo que j'arrive cette fois-ci à enregistrer euh très rapidement après ma [raclement de gorge] précédente. C'est précisément pour saisir cette opportunité du 9 mai et pour vous offrir une perspective historique sur la manière dont cette date a été construite et déconstruite au fil du temps parce que ce 9 mai, donc rappelons-le, qui est la date à laquelle la capitulation de l'Allemagne nazie a été enregistrée à Moscou, c'était 23h heure de Berlin et 1h du matin à Moscou.

Et donc c'est pour ça qu'il y a cette différence entre le 8 mai et le 9 mai. Et bien entre 1945 et 1947, le 9 mai a bien été euh un jour férier en URSS et donc c'était un jour de congé payé. Mais malgré ça, il n'y avait pas de commémoration officielle et les autorités soviétiques étaient plutôt concentrées sur des idées de reconstruction et sur des idées de construction du futur communiste.

Ce qui fait que les millions de soldats soviétiques et bien ils étaient rentrés chez eux, pas forcément commémorés, pas forcément fêtés et la plupart du temps assez appauvri et laissé à eux-mêmes. En 1947, Stalin décide que ça y est, on peut passer à autre chose. Et donc il supprime le 9 mai comme jour férier.

Et ça, ça n'est rétabli que en 1965 par Léonid Brenef qui vient tout juste d'arriver au pouvoir et Léonid Brejnef qui réalise que ben le communisme c'est difficile à édifier et en tout cas la promesse du communisme devient de plus en plus difficile à vendre et que il faut se raccrocher à un autre récit. Et quel autre récit positif de l'URSS que celui de la victoire sur l'Allemagnaie ? En plus de ça, ça tombe sur les 20 ans de la victoire sur l'Allemagnaie.

Et donc c'est non seulement la date à laquelle il restaure le 9 mai comme jour férier, ce qu'il restera jusqu'à la fin de l'URSS, mais c'est aussi la date à laquelle il organise la première parade militaire sur la place rouge. Et là sur ces photos d'archives, vous pouvez voir donc cette première parade. Et ça c'est quelque chose qui a été vraiment bien étudié hein selon l'historienne Marlène Laruelle.

Euh donc au cours des années euh qui suivent la prise de pouvoir de Brejnef, et bien il y a un espèce de relâchement doctrinal tandis que la répression n'a plus l'intensité qu'elle avait sous Staline. D'où le recours au passé pour tenter de créer du consensus comme pour renforcer le prestige de l'URSS sur le plan international en rappelant donc qu'elle avait gagné en 1945. Et c'est aussi selon un autre historien Nicolas Verse une prouesse idéologique voir un grand écart.

Puisque non seulement le mythe de la victoire devient un élément essentiel du vaste système de propagande soviétique, mais en fait on opère une reconfiguration identitaire de l'homo soviéicus qui devient moins communiste mais par contre plus patriote. Et donc là, il y a une grande innovation avec cette unité entre le peuple, le parti et l'armée, ce qui n'était pas du tout le cas dans les premières années de l'URSS. En cela, juste pour prendre un peu de perspective, l'URSS n'a fondamentalement pas grand-chose de différent puisque dans l'essentiel des pays du monde, les fêtes nationales, les grands marqueurs de la vie d'une nation et bien ils ne sont pas euh décidés tout de suite.

Par exemple, en France le 14 juillet, 1789 la prise de la Bastille, 1790 la fête de la Fédération. Et bien en fait, il n'a été intronisé comme fête nationale que par la 3e République entre 1879 et 1880. Aux États-Unis, le 4 juillet, donc le jour de l'indépendance, a été commémoré et fêté par des États fédérés dès la fin du 18e siècle.

Mais par contre, il n'est devenu un jour férier pour les employés fédéraux qu'en 1870 et pour l'ensemble des citoyens américains qu'en 1941. Et donc l'URSS en se saisissant de cette date du 9 mai 20 ans après la victoire sur l'Allemagne nazie et bien fondamentalement elle n'est pas une exception. Mais ce qu'il faut voir, c'est que même si le mythe de la victoire est monté en puissance à partir de 1965 et donc notamment sous l'air Brejnef pour accompagner donc cette perte de récit de l'URSS, et bien la parade elle-même, [raclement de gorge] elle n'a pas été tenue chaque année et donc en tout et pour tout, elle n'a été organisée que quatre fois avant la chute de l'URSS.

Donc évidemment en 1945, en 1965 comme je viens de le dire et puis ensuite en 1985 et en 1990. Donc on voit là qu'on donne une préférence nette aux chiffres ronds. Donc pour le 20e, 40e et 45e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Mais par contre, il y a rien nu pour le 30e anniversaire, c'est-à-dire en 1970. Et donc on voit à quel point ça a pu être évolutif et pas du tout gravé dans le marbre. À partir de la chute de l'URSS, il n'y a pas eu de parade sur la place rouge entre 1990, donc 1991 et 1994 et les parades ont repris seulement en 1995.

Et à partir de 1995, là elles se sont imposées comme un événement annuel à l'exception de 2020 à cause de la pandémie de Covid-19. Mais seulement à partir de la chute de l'URSS, il y a eu beaucoup de questions qui se sont posées sur la manière de commémorer et aussi sur les mémoires divergentes entre la Russie et les autres Républiques héritières de l'URSS. Alors d'abord sur la manière de commémorer, ce qu'il faut voir c'est que la première parade en 1995, elle était scindée en deux.

Il y avait le défilé militaire officiel sur la place rouge et puis un peu plus loin dans le centre de Moscou, il y avait une manifestation de vétérans qui ensuite s'est mué connaît aujourd'hui comme la manifestation du régiment immortel. Et petit à petit, et ça s'est vraiment accéléré à partir du moment où Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir et a consolidé son emprise sur la Russie, ces deux manifestations se sont plus ou moins jointes. C'est-à-dire que la manifestation des vétérans a été de plus en plus incorporée dans les manifestations officielles et elles ont été de plus en plus encadrées par la vision que le régime a imposé à ces commémorations du 9 mai.

Ce qui a alimenté une contradiction inhérente à ce genre de commémoration, c'est que effectivement le 9 mai, c'est une mémoire familiale, c'est une mémoire intime, c'est une mémoire authentique et douloureuse mais en même temps c'est une mémoire qui est récupérée et instrumentalisée par l'État. Et c'est d'autant plus délétaire que ces 20 dernières années, ça a été récupéré à des fins de révisionnisme impérialiste. Et cette récupération, on peut la voir aussi dans la manière dont le régime dont le Kremelin a fait de cette mémoire soviétique une mémoire quasi exclusivement russe.

En tout cas pour tout ce qui est positif, hein, parce que évidemment les Russes mettent beaucoup l'accent sur la victoire. Il n'aime pas beaucoup mettre l'accent sur le pacte molotoprientrop, catine, les déportations ou encore l'occupation des pays d'Europe centrale après la reconquête. Et ça combiné à la remontée en puissance du projet impérialiste russe donc à partir des années 2000-210 évidemment incarné par les discours de Vladimir Poutine, ça a eu un effet repoussoir pour l'essentiel euh des Républiques héritières de l'URSS qui tentent de plus en plus de se dissocier de cette mémoire soviétique et donc de cette mémoire de la seconde guerre mondiale.

Ça, je vais revenir dans le cas de l'Ukraine à la fin de cette vidéo. Et donc dans le cas de la Russie, ça a aussi mené un espèce d'enfermement dans un discours de plus en plus russe et de plus en plus exclusif à des autres contributions. Évidemment, j'ai parlé des ex Républiques soviétiques, mais il faut aussi voir que ce discours sur le mythe de la victoire soviétique exclut quasi totalement les contributions occidentales à la victoire sur le nazisme, mais surtout dans les abus de langage du Krémelin.

Ça a fait de cette victoire soviétique et russe. donc dans la Grande Guerre patriotique, un fondement quasiment sacré et indiscutable du régime de Vladimir Poutine. Et ça a fait par effet de glissement que le régime a justifié de plus en plus ses actions et sa politique par une lutte contre le nazisme comme un espèce de prolongement avec ce que l'URSS avait fait entre 1941 et 1945.

Et donc c'est assez naturellement que par exemple en 2022 Vladimir Poutine a justifié son invasion l'Ukraine par une lutte contre les nazis. Étant donné que les Ukrainiens voulaient se détacher de la Russie et bien lui les voyait comme le mal absolu, c'est-à-dire des russophobes. Et donc le mal absolu, ce sont des nazis.

Donc ça ne veut pas forcément dire que Vladimir Poutine voit les Ukrainiens comme avec des croix gamés tatoués sur le sein gauche, mais par contre, il les associe vraiment au mal absolu. Et lutter contre le mal absolu, ça ne peut être que une entreprise positive, voir une entreprise sainte. Et donc ça justifie l'agression et tous les excès queon connaît depuis déjà plus de 4 ans.

Et ça c'est vraiment fondamental et ça nous donne un peu une idée du malaise qui peut s'établir cette année alors que la parade est clairement réduite et elle n'aura pas l'éclat des années précédentes. On peut dire que en faisant ça, Vladimir Poutine revient à une tradition soviétique que fondamentalement, il n'y a que les chiffres ronds qui sont célébrés avec des grandes parades. On peut aussi dire que Vladimir Poutine fait le pari de la sobriété pour ne pas trop concentrer de ressources sur cette parade alors que le front a énormément besoin à la fois d'homme et d'équipement.

Mais le fait est que c'est Vladimir Poutine lui-même qui a orchestré cette parade comme une démonstration de force et comme un fondement idéologique de son régime. Et donc si cette parade est bien plus modeste que celle des années précédentes, et bien c'est bien qu'il y a un réel problème. Alors en disant ça, moi je n'entre pas du tout dans les spéculations sur une éventuelle chute du régime ou un coup d'état.

Euh là pour le coup, il y a des experts bien plus avisés que moi qui nous rappellent que probablement on n'y est pas. et que la politique du Kremelin vis-à-vis de l'Ukraine ne va pas s'infléchir de sitôt. Mais en tout cas, ça me semblait très intéressant et très à propos de revenir là-dessus justement avec cette perspective historique et justement pour mettre bien en évidence le malaise qui doit régner actuellement au Krémelin.

Alors, je termine avec un petit volet ukrainien justement sur la manière dont les Ukrainiens réagissent face à cette appropriation par le cremelin de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Ce qu'on a vu sur les deux premières décennies de l'indépendance ukrainienne, c'est que il y avait une coïncidence des mémoires ukrainiennes, russes et aussi d'autres Républiques soviétiques et que ce 9 mai était resté vraiment très soviétique avec évidemment cette spécificité ukrainienne d'une concurrence des mémoires qui est montée peu à peu entre la mémoire des combattants de l'armée rouge et celle des combattants de Loupa, les nationalistes radicaux des années 1940. Mais ça c'est déjà un autre sujet.

À partir de 2014 et l'annexion de la Crimée et le début de la guerre du Donbas, il y a eu là pour le coup un virage mémoriel qui s'est traduit par une dissociation progressive de cette mémoire de la Seconde Guerre mondiale ukrainienne vis-à-vis de la mémoire russe et par une européanisation de cette mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Donc ce qui fait que dans un premier temps, le 8 et le 9 mai ont été célébrés donc sur l'espace de deux jours. le 8 mai devenant le jour de la victoire, donc européanisation et le 9 mai devenant le jour de la mémoire, le jour de la commémoration.

Donc pour donner une place à ces millions de familles qui voulaient continuer à commémorer la victoire soviétique sur l'Allemagne nazie. À partir de 2022, le 9 mai a été clairement abandonné. Euh tout est passé sur le 8 mai, donc selon le calendrier européen.

Et le 9 mai n'est plus du tout euh commémoré en lien avec la Seconde Guerre mondiale, mais bien plus avec le jour de l'Europe. Donc encore une fois, européanisation de ces commémorations et dissociation là pour le coup totale vis-à-vis du calendrier russe. Et pour autant, et là c'est particulièrement intéressant, l'Ukraine n'a pas non plus tout réglé puisque des millions de familles, comme j'ai dit ont quand même une histoire qui est ancrée dans l'héritage soviétique et ils ont des grands-pères, des arrière-grands-pères, des grands oncles ou en tout cas des ancêtres qui ont été directement impliqués dans la victoire contre l'Allemagne nazie.

Et ça c'est quelque chose bon en ce moment, on comprend que en période d'invasion généralisée, ce n'est pas vraiment le moment de mettre en avant euh cet héritage soviétique. Mais il y a quand même des questions qui se posent et il y a d'ailleurs des débats. Moi, j'ai interviewé un historien euh qui s'appelle Alexander Sapronov et qui parle là de schizophrénie.

C'est particulièrement intéressant puisque selon lui donc 362 363 jours par an, les Ukrainiens considèrent l'URSS comme un régime d'oppression totalitaire, de répression et il l'associe très clairement à une expérience négative. Mais par contre, un ou deux jours par an, donc là évidemment on parle du 9 mai mais aussi potentiellement du 27 janvier qui est le jour de la libération du camp d'chwitz. Et c'était un corps d'armée ukrainien qui a libéré le camp d'chwitz donc en 1945.

Et bien dans ce cas-là, les Ukrainiens se réasscient à cette mémoire soviétique pour faire partie de cette nation, de ce peuple de vainqueur sur l'Allemagnaie. Et donc cet historien Alexander Saprenov, il parle là de schizophrénie et il entretient donc à son échelle une certaine réflexion pour essayer de trouver une cohérence sur cette question. Je vous cite encore un autre chercheur qui s'appelle Anton Shertsov euh qui lui dit que l'Ukraine, en particulier dans le contexte de l'invasion généralisée, devrait prendre les devants et réclamer l'héritage soviétique que euh la Russie a monopolisé, que la Russie s'est accaparée, sur laquelle Vladimir Poutine a fait une OPA, hein, parce que c'est vraiment de ça dont on parle et que en tant que République fondatrice de l'URSS, en tant que République qui a énormément contribuer au développement et à la prospérité de l'URSS et dans ce cas précis à la victoire de l'URSS sur l'Allemagne nazie.

Et bien l'Ukraine devrait au contraire réclamer cet héritage, se positionner comme héritière de l'URS, justement vainqueur de l'Allemagne nazie et donc vraiment embrasser cet héritage que les Ukrainiens essayent plutôt de rejeter. Et là où c'est encore plus intéressant, c'est que Anton Chirovstof, il va encore plus loin en invitant Kiev à présenter ses excuses en tant que héritière de l'URSS. Donc présenter ses excuses pour les crimes euh soviétiques et en particulier présenter ses excuses aux pays d'Europe centrale pour leur occupation par l'armée rouge pendant quatre décennies.

Et donc à ce titre que Kiev se fasse le chentre d'une espèce de catarscis post-soviétique et que elle puisse poser les bases d'un tribunal pour juger les crimes soviétiques de la même manière qu'il y a eu euh le tribunal de Nuremberberg, les procès de Nuremberberg pour juger les crimes nazis et que ainsi l'Ukraine prenne les devants pour arriver à rétablir une justice historique. Et donc à travers ça, l'Ukraine arrive à s'inscrire sur la carte de l'Europe comme un pays tout particulier