Anne Genetet : "Le Premier ministre australien nous a trahis"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 6h20. Plusieurs élus de l'opposition demandent une commission d'enquête parlementaire à propos de l'affaire des sous-marins australiens. Ils veulent démêler le vrai du faux. La France dit qu'elle n'était au courant de rien et dénonce une trahison. Alors que les autorités australiennes l'ont encore redit hier. Elles avaient alerté le gouvernement français. Bonjour Anne Jeanneté. Bonjour Mathilde Munoz. Vous êtes députée La République en Marche des Français d'Europe orientale, d'Asie et d'Océanie. Et c'est à ce titre que vous allez régulièrement en Australie. Vous l'avez vu venir vous cette rupture de contrat. Il y avait des signes avant-coureurs ?
Si je m'en réfère au communiqué conjoint de la réunion que l'on appelle 2 plus 2 qui a eu lieu le 30 août entre les ministres des affaires étrangères des deux côtés Australie-France et la défense Australie-France. C'était donc le 30 août dernier. Ils ont encore souligné l'importance du programme des futurs sous-marins. Donc c'est vous dire que s'il y avait eu la moindre ombre dans ce contrat, jamais, jamais il n'y aurait eu un tel communiqué. C'était le 30 août, c'est-à-dire il n'y a même pas trois semaines. Donc non, on peut dire qu'on ne l'avait pas vu. Ça ne veut pas dire que le contrat filait des jours heureux sans aucune difficulté.
Comme tout contrat, il y a des hauts, il y a des bas, il y a des moments un petit peu plus difficiles, mais le contrat poursuivait son cours au point qu'il y ait eu ce communiqué il y a trois semaines.
Mais vous, quand vous alliez en Australie, vous rencontriez des parlementaires qui vous disaient qu'il y avait quand même du plomb dans l'aile ?
Alors, du plomb dans l'aile, non. Des difficultés, oui. Moi, je suis allée en Australie le plus récemment, en janvier 2020. J'ai rencontré différents interlocuteurs australiens. Certains, c'est vrai qu'il y avait déjà politiquement en Australie une petite musique chez des parlementaires australiens plutôt du parti travailliste, donc pas celui du présent Premier ministre, qui trouvait que ce contrat n'était pas forcément plus adapté, coûtait cher, etc. Mais c'était une petite musique que, du côté français, nous connaissions et nous savions gérer et voir avec eux. Et puis, il ne faut pas oublier la véritable francophilie des Australiens. Ça, je veux le souligner.
Quand vous allez en Australie et que vous êtes français, vous êtes extrêmement bien accueillis. Mais il est vrai que j'avais rencontré notamment un parlementaire australien du même parti que Scott Morrison, qui m'avait fait un entretien d'une violence inouïe contre ce contrat, et terminant son propos en me disant « je ferai tout ce qu'il faut pour casser ce contrat ». Ça, c'était quand ? Ça, c'était en janvier 2020. J'étais assez surprise par sa position qui contrastait avec l'accueil, par ailleurs, tout à fait chaleureux des Australiens que j'ai reçois à chaque fois. Et donc, j'en avais fait part, évidemment.
J'avais partagé cette violence des propos avec le ministère des Affaires étrangères et notre poste sur place. Voilà. Après, qu'en ont-ils fait ? Ça, c'est leur travail. Mais j'avais, bien entendu, comme je le fais toujours, rapporté la violence de ces propos.
Mais d'après vous, il y a deux choses. L'une, soit le gouvernement français n'a rien vu et ça pose la question de l'efficacité des services diplomatiques qui doivent lui faire remonter ce genre d'informations. Soit le gouvernement savait et donc n'a pas agi pour améliorer ce contrat, visiblement, que les Australiens critiquaient. Est-ce qu'on peut résumer l'affaire ainsi ?
Non, je crois que ça serait un petit peu court. Je crois que vraiment, moi, je peux en témoigner. Il y avait une vraie relation de confiance entre la France et l'Australie, très profonde, vraiment très profonde. Je n'ai aucun doute là-dessus. C'est toujours ce que j'ai vu et dans tous les domaines. Et la Chambre de commerce en ce moment à Sydney, qui est extrêmement active, notre Chambre de commerce franco-australienne, vraiment insiste sur l'importance des relations et qu'il faut continuer à la nourrir. Il y a des relations profondes d'amitié qui vont bien au-delà des simples relations commerciales. Donc là, vraiment, je veux souligner ce point.
Là, vraiment, on voit bien avec ce communiqué du 30 août que les Australiens ont œuvré seuls de leur côté sans du tout. C'est à très haut niveau. Ce n'est pas au niveau des ingénieurs qui travaillent sur place, des sous-traitants qui peuvent travailler sur place. On voit bien que c'est une décision politique australienne à très haut niveau qui, d'ailleurs, au sein de l'espace politique australien, je sais, pose question et fait du remue-ménage car le choix qui a été fait, qui a été annoncé, en tout cas, n'est pas du tout dans la ligne stratégique habituellement choisie par les Australiens.
Donc non, vraiment, en tout cas, il est certain que jusqu'au 30 août, le gouvernement français ne savait rien.
Donc quand vous dites qu'en Australie, on aime beaucoup les Français, qu'il y a une vraie relation d'amitié, ça vaut pour tout le monde, sauf pour le Premier ministre australien, c'est ça ?
Là, j'avoue qu'en effet, le Premier ministre australien, son ministre de la Défense et de l'Industrie, qui nous ont trahis. Je crois qu'il faut dire les choses comme elles sont et qui laissent tout le monde dans la perplexité des deux côtés, côté français. Je sais qu'il y a un certain nombre d'Australiens qui sont également perplexes. Je rencontrerai l'ambassadrice d'Australie en France dans les prochains jours. Nous sommes absolument stupéfaits de cette décision qui trahit une amitié profonde et ancienne et qui est contraire à la doctrine australienne habituellement suivie.
Ce qui a changé la donne, c'est quoi ? C'est l'arrivée de Joe Biden au pouvoir ? C'est son lobbying ? Finalement, on a été trop naïf ? La France a été trop naïf vis-à-vis de lui ?
Alors, il faudra leur demander, les interroger directement, ce qui a pu changer la donne côté australien. Il faut souligner quand même, et je crois que c'est important, et il semblerait que les Australiens savent ce qui m'étonne. Les Australiens ont toujours compris que la France était un acteur majeur de l'Indo-Pacifique et elle nous demande à être présents parce qu'elle travaille à beaucoup d'échanges, notamment avec la Nouvelle-Calédonie. Donc, il faudra rappeler à l'Australie et rappeler notamment à M. Biden que la France est 1,6 million Français dans cette zone Indo-Pacifique. C'est 7 000 soldats constamment présents.
C'est une marine française qui patrouille régulièrement dans le secteur. C'est la deuxième puissance maritime au monde. Nous sommes un acteur majeur de l'Indo-Pacifique et il semble que M. Biden ne l'ait pas bien perçu.
Et est-ce que la France peut du coup se tourner vers d'autres partenaires dans cette région maintenant ?
Alors, nous avons de nombreux partenaires dans cette région. Nous avons l'Inde. Le président de la République l'avait bien expliqué lors de son discours à Garden Island en 2018 en Australie. Nous avons donc l'Inde. Nous avons l'Indonésie, avec lequel nous nous avons une relation très construite et qui avance extrêmement bien. Un partenaire, c'est un pays de la circonscription qui est extrêmement intéressant également. Nous avons le Japon, nous avons la Malaisie, nous avons le Vietnam. Donc on peut se passer de l'Australie ? Il ne s'agit pas de se passer de l'Australie. Il s'agit de construire un axe indo-pacifique dans lequel la France est un acteur majeur avec d'autres.
Merci Anne Genetet. Députée La République En Marche des Français d'Europe orientale, d'Asie et d'Océanie. Vous étiez l'invité du 5-7. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Anne Genetet