Entretien avec bruno retailleau
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Come on boys ! Président du Conseil Général de Vendée, ancien vice-président du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers. Vous êtes l'homme qui a donc fait basculer la région Pays-la-Loire de la gauche à la droite. C'était en décembre, je l'ai dit. Et nous allons venir ensemble sur ces deux mois et demi à la tête de la région, deux mois et demi de début de mandat. Les sujets ne manquent pas, on ne va pas tous les aborder. On va quand même parler de beaucoup de choses et pas des petits dossiers de l'aéroport, évidemment, de votre pétition pour demander l'évacuation de l'Azade.
On parlera du plan d'urgence que vous avez annoncé et présenté pour soutenir l'agriculture régionale, le Grenelle de l'appréhentissage qui est en cours, le tout sur fonds de préparation budgétaire, bien évidemment, et tout ça 18 mois avant l'échéance présidentielle de 2017. Voilà le programme Bruno Retailleau. Alors je suis allée sur le site du Conseil Régional ce matin, j'ai cliqué sur la pétition « Évacuons l'Azade » et j'ai vu que 19 949 personnes l'avaient signée. Quelle valeur ? Près de 20 000. Près de 20 000.
Près de 20 000.
Voilà, près de 20 000. Quelle valeur a cette pétition Bruno Retailleau ?
Vous savez, cette pétition, nous avons décidé de la lancer comme un coup de colère parce que j'avais reçu M. et Mme Lamis accompagnés d'un certain nombre de voisins et de riverains de Notre-Âme-des-Landes, de l'Azade notamment. Et j'avais été absolument stupéfait des exactions dont il y avait été les victimes. Ils avaient lancé donc leur propre pétition, 1700 signatures je crois, et quelques jours après l'avoir lancée, Mme Lamis, qui était à la tête, si j'ose dire, de ce mouvement-là, de protestation, de colère, voyait sa maison saccagée. Incroyable quand même.
Elle brise la loi du silence en faisant une pétition pour dénoncer ceux que les riverains, que beaucoup de riverains vivent de façon hebdomadaire et régulière, et on lui saccage sa maison. Je prends mon téléphone.
Ça, ça vous a mis en colère.
Je vais vous dire ce qui m'a mis en colère encore plus. Je prends mon téléphone et je lui dis que je veux lui témoigner mon soutien, que je me déplacerai, que je viendrai voir la maison. Et évidemment, les services de l'État, la préfecture m'appellent, l'appellent mon directeur de cabinet en disant surtout qu'il ne doit pas y aller parce qu'on n'est pas en mesure d'assurer sa sécurité.
Vous vous y êtes allé quand même ?
Je suis allé à Notre-Dame-des-Landes.
Dans la commune, dans le Beaumont. Dans la commune.
Mais je n'ai pas pu me rendre, vous voyez, dans la maison qui a été saccagée. Je suis président de région. Je suis un élu de la République. Nous sommes dans notre département de la Loire-Atlantique, en région, et je ne peux pas me déplacer là où je veux. Il y a un forfait qui est commis et je ne peux pas aller, par ma seule présence, montrer mon soutien.
En tout cas, le préfet vous l'a fortement déconseillé.
Bien sûr.
Pour autant, vous le savez, l'évacuation de la ZAD, tout le monde la redoute aussi. On sait que c'est une opération sensible et risquée d'évacuer cette ZAD. On le sait. Mais pourquoi ? Donc est-ce que c'est une grosse responsabilité de lancer une pétition sur le site du Conseil régional demandant l'évacuation ?
Moi, je suis du côté des victimes. Alors là, je ne suis pas aux côtés des délinquants. Je ne suis pas aux côtés, comme le Premier ministre l'a dit, des ultra-violents. Et quand on me dit « mais la violence, mais la violence, elle est de quel côté ? » Elle n'est pas du côté des forces de l'ordre. Et moi, je voudrais redire mon soutien le plus total aux forces de l'ordre. Les Français ont oublié d'ailleurs une image. Au mois de janvier 2015, des Français sur la place de la République applaudissaient des CRS. Ce n'est pas souvent que ça arrive. Mais vous savez, les forces de l'ordre, ils sont là pour préserver la paix civile. La violence, elle vient de ce que des individus sont prêts à tout.
Absolument à tout.
Pas longtemps après votre arrivée à la tête de la région, vous êtes donc saisi, ressaisi de ce dossier de l'aéroport. Est-ce une bonne idée quand on sait que finalement la région n'a pas vraiment de levier d'action, si ce n'est le lobbying politique, puisque l'aéroport est un projet d'État ? Pourquoi avoir fait le choix d'emblée de vous saisir de ce dossier et d'en faire une de vos priorités ?
Parce que c'était un engagement de campagne. Vous vous souvenez, on a eu l'occasion à l'époque de faire des débats. Et j'ai été parfaitement clair pendant la campagne. Cette campagne, nous l'avons gagnée, comme vous l'avez dit, et nous l'avons gagnée sur un certain nombre de thèmes. Ça donne une légitimité à la force démocratique. Pourquoi est-ce que je me suis engagé ? Parce que je crois fondamentalement que le futur aéroport, c'est quelque chose d'essentiel pour l'avenir de notre région. Pas seulement, j'ai vu longuement Jean-Yves Le Drillon, nous en avons beaucoup parlé.
C'est un projet, il est président du Conseil régional de la Bretagne, deux régions qui marchent ensemble, même si on n'a pas la même étiquette politique. Mais vous voyez, c'est ce qui est positif. Pourquoi est-ce qu'il y a eu trois présidents de la République qui ont soutenu ce dossier ? Pourquoi il y a eu six premiers ministres ? Pourquoi Jean-Yves Le Drillon ? Jacob Céde, votre prédécesseur, qui n'a vraiment pas économisé ses efforts sur ce dossier ? Tout simplement parce que c'est l'intérêt général. Pourquoi est-il d'intérêt général ? Parce qu'on est au bout du bout de l'Europe et qu'on a besoin d'une plateforme aéroportuaire.
On sait parfaitement que Nantes-Atlantique ne pourra pas être étendue. C'est absolument clair.
Il peut être transformé si on en croit les opposants.
Ah oui, non, non.
Puis là, on ne va pas refaire vous et moi ce débat.
Non, parce qu'avec le site de Grandlieu, avec une zone nature à 2000, et vous ne transformerez pas l'alignement de la piste. La piste, quoi que vous fassiez, elle survolera à moins de 300 mètres les avions qui décollent ou qui atterrissent.
Mais non, mais est-ce que ça reste un projet d'État ? Et c'est l'État qui va décider.
Le projet d'État, c'est l'État qui décide, absolument. C'est un projet d'État puisque c'est l'État qui a obtenu la déclaration d'utilité publique. Pourquoi ? Parce que c'est bon pour demain. Vous savez, la France, elle avait une qualité, c'est les infrastructures. On est passé du quatrième rang au dixième rang. Pour les aéroports, du cinquième rang au quinzième rang mondial. Ça veut dire que le déclassement économique, ça veut dire que la perte de compétitivité, nous l'avons là aussi parce que nous ne sommes plus capables de faire des grandes infrastructures.
Et les pays qui ne sont pas capables de faire des grandes infrastructures, ce sont des pays qui vont finalement être déclassés dans la compétition économique mondiale. Donc l'aéroport, je le soutiens pour une bonne raison, c'est l'économie, c'est l'avenir, pour une raison aussi qui tient aux nuisances. Aujourd'hui, plus de 40 000 Nantais avec les nuisances sonores et demain, beaucoup plus. Mais vous savez aussi, rappelons aux auditeurs, que depuis dix ans, c'est l'aéroport régional qui a connu en Europe la plus forte croissance du trafic.
C'est aussi un bel outil politique aujourd'hui, ce dossier d'aéroport, quand on est sénateur des Républicains, pour aussi pousser le gouvernement dans ses retranchements ? Non, je vous assure. Le président lui-même ? Non. En refusant, par exemple, le référendum ?
Ce que je voudrais vous dire, c'est qu'entre la révision constitutionnelle, la loi El Khomri, croyez-moi, j'ai beaucoup d'autres sujets. J'ai beaucoup d'autres sujets. Le gouvernement m'en donne beaucoup, beaucoup d'autres, comme opposant au Sénat, pour me saisir. Il n'y a pas besoin de ce sujet-là. Non, ce sujet-là, il faut essayer de le porter au-delà des clivages partisans, comme d'autres. D'ailleurs, la loi El Khomri, moi j'avais dit d'ailleurs que j'étais prêt à voter avec mon groupe au Sénat.
Un peu moins de si elle est allégée, du coup.
Oui, peu importe, on pourra en parler. Ce n'est pas le sujet du jour. Ce n'est pas parce qu'un gouvernement de gauche propose des choses qu'on doit forcément s'y opposer. Et en tout cas, sur l'aéroport, si on a des personnalités très différentes, au tempérament un peu trempé quand même, mais avec des clivages, là encore, très différents, qui supportent, je pense que c'est parce que c'est un bon projet.
Mais alors, pourquoi refuser le référendum ?
Écoutez, c'est tout simplement parce que moi j'estime que le président de la République a toutes les cartes pour décider et pour trancher. Pourquoi ? Parce que le projet, il est légitime. Il est légitime sur le plan juridique. Nous avons une déclaration d'utilité publique. D'utilité publique, c'est l'intérêt général.
– Pendant que vous parlez, excusez-moi, je vous interromps, on revoit les images de la manifestation montre sur les opposants.
– Oui, bien sûr, j'y reviendrai. Beaucoup, beaucoup venaient de toute la France et d'ailleurs. Écoutez, les opposants, les manifestations, c'est normal, c'est un processus démocratique. Ça ne mème pas. – Ça fait partie de la vie. – Ça ne mème pas et que dans la démocratie, il y ait des manifestations pour des comptes, c'est absolument normal. Simplement, simplement, le processus démocratique, c'est un, la légitimité juridique. – Voilà. Deux, la légitimité démocratique, il y a eu un processus démocratique. Le fait qu'on a tous fait campagne, moi au régional, Johanna Roland aussi pour les municipales, c'est en même temps…
– Vous allez pour les départementales, vous êtes tous pour ce projet.
– Voilà, ça donne une légitimité démocratique et il y a une légitimité environnementale. Je voudrais simplement…
– Donc vous dites, pas de référendum, ce n'est pas nécessaire.
– Je dis qu'on a, en tout cas, le Président de République à toutes les cartes pour pouvoir trancher. Et je redis pour ceux qui ne le savent pas que le transfert à Notre-Dame-des-Landes, c'est bon pour l'environnement. Ce sera demain un aéroport qui consommera trois fois moins d'énergie par voyageur parce que ce sera le premier conçu. Ça sera le premier conçu de façon à obtenir la haute qualité environnementale avec beaucoup de moins de nuisances, notamment pour les riverains.
– En tout cas, on devrait en savoir plus rapidement puisque rappelons que le Premier ministre, Manuel Valls, a dit qu'il voulait que cette consultation référendum ou autre ait lieu avant l'été. – On change de sujet et on va passer à la crise agricole, si vous voulez bien, qui occupe beaucoup l'actualité. On va regarder ce tweet qui date du 2 mars, c'est votre tweet, Bruno Retailleau, où vous disiez « ne jamais avoir connu de crise aussi massive et profonde », cela veut dire qu'on est face à une crise structurelle, selon vous, de l'agriculture française ?
– Vous savez, ça fait 28 ans que je suis élu et je vis dans une ferme entourée d'amis qui sont des exploitants agricoles, donc je vis au milieu d'eux, vraiment en milieu rural, je n'ai pas quitté ce lieu depuis ma naissance, si j'ose dire. Et je vois bien, on en a connu, et l'agriculture, les agriculteurs ont connu beaucoup, beaucoup de crises, mais celle-ci, elle est complètement différente. En quoi est-elle différente ? Elle est massive et elle impacte pratiquement toutes les filières. La filière bovine, la filière laitière, la filière un peu avicole aujourd'hui, la filière porcine, y compris d'ailleurs les céréales, même si ça n'est pas la première de nos productions.
– Donc c'est profond ?
– C'est profond, mais c'est à la fois économique, c'est-à-dire qu'il y a des gens qui travaillent plus de 70 heures par semaine.
– Et qui ne vivent pas de leur production, finalement.
– Pour pas un euro. Et en plus, elle est morale, parce qu'on a trop souvent désigné les agriculteurs, on les a stigmatisés, on les a désignés comme des boucles émissaires de tout ce qui n'allait pas sur le plan environnemental.
– Est-ce que c'est tout un système, l'agriculture française, et européenne en fait, parce que l'agriculture française… – Non, il y a plusieurs agricultures. – Est-ce qu'il faut rénover ce système-là ? Vous avez annoncé un plan d'action, Bruno Rotaillot, qui comporte 16 mesures. – Bien sûr. – Alors, quel est le budget consacré à ce plan d'urgence ?
– Il y aura 11 millions d'euros consacrés, 4 qui viennent directement de la région et en actif des fonds européens.
– Qui sont conséquents, les fonds européens disponibles, accordés pour 2014-2020.
– Grâce à ce plan, on est parvenu à débloquer à peu près 60 millions d'euros, notamment sur le deuxième pilier de la PAC, tout ce qui concerne les mesures agro-environnementales. Les agriculteurs, vous voyez, qui veulent faire des efforts, étaient les premiers pénalisés puisqu'on ne leur donnait pas les aides auxquelles ils avaient droit depuis des mois et des mois. Ce que je veux dire, c'est qu'on est la première agriculture de France, l'agriculture des pays de la Loire, pour les signes de qualité. Ça veut dire que, moi j'en ai marre des gens qui disent, mais les agriculteurs, c'est des pollueurs.
Faux, regardez, en pays de la Loire, vous avez 40% des exploitations agricoles qui ont au moins une production, un produit, sous signe de qualité. Des labels, des IGP, des AOC, de nos vignerons à nos éleveurs et aux autres, on a une agriculture de qualité. Et pour autant, elle est impactée.
– Au fond, la région, ce qu'elle peut faire, c'est aider financièrement. Vous pensez que c'est vraiment la priorité ?
– On n'a pas tous les leviers. Je vais vous dire, il y a des leviers…
– Sachant qu'il y a déjà beaucoup, beaucoup d'argent consacré au niveau régional à l'agriculture.
– Bien sûr, il y a des leviers qui sont des leviers européens, bien sûr. L'Europe est partie dans un vent ultra-libéral de folie. Et j'espère qu'on ne signera pas en l'État les traités avec le Canada et puis les États-Unis. Ça serait terrible pour nos éleveurs. Et en plus, on a d'un côté l'ultra-libéralisme de l'Europe et on a l'ultra-administration française. Ça ne peut pas marcher. Donc la région, très concrètement, qu'est-ce que l'on va faire ? On va soulager les agriculteurs en difficulté. Par exemple, prendre notre partie de l'année blanche. L'année blanche, c'est quoi ? C'est un tiers, un tiers.
Par exemple, un tiers pour les agriculteurs, un tiers pour l'État, un tiers pour les banques. Le tiers pour les agriculteurs qui le reviennent, c'est nous qui ferons.
– L'année blanche, c'était une des mesures d'aide proposées par le gouvernement.
– Ça fait partie des mesures du gouvernement, absolument.
– Donc vous dites, ça c'est une aide à la trésorerie en fait. C'est très concret, c'est pour le quotidien de ces exploitants.
– Pour des gens qui sont sous l'eau, il ne s'agit pas d'appuyer la tête. – Ensuite, l'approvisionnement local. Je veux demain, dans les deux ans, je veux avec un objectif de 100% d'approvisionnement en produits français dans nos lycées, dans les CFA.
– Français, pas que local, on ne peut pas ?
– Non, non, 50% des pays de la Loire et 20% bio ou sous signe de qualité. Et ça, vous vous rendez compte que déjà, par an, vous avez 10 millions de repas dans les seuls lycées.
– Donc c'est un appel à la responsabilité finalement des collectivités, des consommateurs aussi, pour dire qu'il faut soutenir la production locale.
– Absolument, j'ai réuni à la région, c'était inédit, les 5 présidents de départements, les présidents des associations, des maires de nos 5 départements, et on s'est dit, allez, on y va, on va donner un grand coup de rein, il faut aider nos agriculteurs, et c'est positif en plus pour nos jeunes, ils mangeront des bons produits locaux.
– Cette crise agricole, elle s'inscrit selon vous aussi dans une crise plus globale de la ruralité. La ruralité, c'est un thème qui vous tient à cœur, c'est pas que l'agriculture. Vous avez là aussi dit, c'est une priorité, plan d'action, c'est quoi du coup défendre la ruralité ? C'est par exemple les enclaver, en construisant des routes pour faire court, c'est soutenir le commerce de proximité, l'emploi de proximité ?
– Vous avez raison, ça faisait partie de mes engagements. Dans mes engagements, dans la campagne, j'avais dit, je ferai un plan d'action prioritaire pour l'agriculture. Un mois après notre séance d'installation, le 25 janvier, il a été voté. Il a été voté à l'unanimité, puisque même les écologistes se sont abstenus. Ils n'ont pas voté contre, pas une voix contre. Et les trois syndicats agricoles, qui sont souvent très opposés, nous ont dit, voilà, ça va dans le bon sens.
– Il n'est pas rare, c'est vrai que c'est intéressant pour les téléspectateurs qu'en conseil régional, beaucoup de projets sont votés à l'unanimité. – C'est positif, c'est positif. – C'est-à-dire que les gens travaillent ensemble.
– Et j'ai annoncé un plan, notamment sur l'apprentissage, on y viendra sans doute tout à l'heure, et sur la ruralité. Il y a une excellente étude qui est parue ce matin dans un journal national qui s'appelle L'Opinion, et qui montre quelque chose d'extrêmement intéressant. C'est qu'ils ont pris des critères, notamment la présence du service public, la poste, la présence en même temps de boulangerie, c'est-à-dire de commerce, et au fur et à mesure que vous avez moins de services, marchands ou non marchands, vous avez le vote protestataire qui augmente, notamment du Front National.
Moi j'estime que le mal rural et le mal français sont ces territoires de la France d'à côté, la France périphérique, la France des oubliés, ils se sentent abandonnés, c'est ça le malaise rural. Alors dans le malaise rural, il y a le malaise agricole, donc on le traite, mais nous traiterons avant, disons, au moment du printemps, et avant l'été, nous ferons un plan pour la ruralité qui va essayer de prendre en compte, alors la ruralité c'est à la fois des activités, c'est à la fois être capable de se déplacer.
– Donc ce sont les réseaux, ce sont les transports collectifs.
– Les réseaux de transports, et la région est compétente sur un certain nombre de… Alors il n'y a pas des gares partout, donc il y a des routes, il peut y avoir des bus à haut niveau de service, il peut y avoir le numérique, c'est fondamental, moi j'en ai marre. Vous voyez, ici à Nantes comme ailleurs, dans nos métropoles, les opérateurs ont déployé la 4G, bientôt ils vont déployer la 5G, qui ira encore plus vite, et dans nos campagnes, il n'y a même pas la 2G, il n'y a même pas la 3G.
– C'est compliqué, donc la région là, mais c'est encore une question de budget ça, de priorité ?
– C'est une question de budget, c'est la raison pour laquelle j'ai demandé au préfet de région, dès que je suis arrivé, de pouvoir renégocier le contrat de plan entre l'État et la région, et j'ai dit monsieur le préfet, je veux dans ce nouveau contrat de plan, quelque chose sur notamment la téléphonie mobile, sur le très haut débit mobile, pour que les territoires oubliés puissent être connectés, c'est fondamental.
– On avance si vous voulez bien, mais il y a du lien en tout, on va parler de l'emploi, et on va commencer, parce que c'est une de priorité, de vos priorités affichées, l'emploi, celle de tous les responsables politiques, normalement, aujourd'hui, et en particulier, vous attaquez à l'emploi des jeunes, on va regarder ces chiffres, un petit rappel, alors c'est janvier 2016, sur les demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A sur la région, 189 019 personnes, dont les moins de 25 ans, plus de 33 000 personnes demandeurs d'emploi ayant moins de 25 ans.
Vous avez lancé un grenelle de l'apprentissage, que vous avez décidé, qui est en cours, un grenelle, on imagine, grosso modo, qu'on réunit tous les acteurs concernés, et puis que ça aboutit sur les actions concrètes. J'ai envie de vous demander lesquelles, alors vous allez me dire, c'est trop tôt, j'annoncerai tout le 24 mars, c'est ça ?
– J'ai annoncé un certain nombre de propositions. – Il y a quand même deux, trois trucs. – Non, j'ai annoncé des propositions. – Ça c'est pour l'apprentissage, on le redit. – Allez-y, allez-y. – Sur l'apprentissage, bon, les choses sont claires. En France et même en Pays de la Loire, on a eu quand même une progression spectaculaire, malheureusement, des jeunes au chômage. Et ça, c'est pas tolérable, c'est un gâchis collectif. Et en même temps, vous avez une voie, qui n'est pas une voie de garage pour moi, qui est une voie d'excellence, où lorsque vous faites cette voie, à 70 à 80%, vous avez une insertion professionnelle. C'est l'apprentissage.
Eh bien, c'est comme en Allemagne, je l'ai souvent dit, vous avez trois fois plus de jeunes qui sont en apprentissage et trois fois moins de jeunes qui sont au chômage.
– Mais l'apprentissage, pour que ça marche, il faut aussi des entreprises qui jouent le jeu. – Voilà, exactement.
– Et qui disent, c'est trop lourd aujourd'hui l'apprentissage, c'est trop compliqué. – Eh bien voilà, c'est pour ça que le grenet de l'apprentissage, c'est précisément réunir l'État aussi, mais en même temps tous les acteurs et en premier chef, premier lieu, les entreprises, petites, moyennes et même grandes, pour prendre un certain nombre d'objectifs et d'engagement et de dire comment est-ce que collectivement on y va, comment les pays de la loi redeviennent une grande région pour l'apprentissage pour que enfin notre jeunesse puisse avoir une espérance et qu'elle voit les portes de l'avenir professionnelles s'ouvrir devant elle.
– Donc on va patienter un peu.
– Il y a un certain nombre, on a déjà, j'ai tout à l'heure, un comité de pilotage, ce sera le second, qui est chargé de préparer le 24 mars prochain ce Grenelle, mais ce ne sera pas simplement un coup, il va y avoir tout un processus et c'est un engagement sur le long terme, parce que je pense qu'il faut aussi changer l'image, changer la culture, revoir l'orientation, vous savez, les enfants ne sont pas en même situation, quand ils naissent dans une famille qui a des relations, ils s'orientent facilement, quand ils naissent dans une famille qui n'a pas forcément ses relations sociales, c'est beaucoup plus difficile.
Eh bien c'est aussi ce maillon-là que je veux regarder précisément et que je veux changer.
– L'emploi c'est aussi bien sûr, ce n'est pas que l'apprentissage à l'emploi, on se doute bien à soutenir l'emploi dans la région, ça passe souvent, dit-on, par un soutien aussi aux entreprises, pour les aider à se développer et donc à embaucher, il existe déjà beaucoup de dispositifs régionaux. – Il y en a trop. – Alors, si j'ose dire, il y en a trop,
parce qu'il y en a tellement que plus personne ne s'y retrouve, donc il faut simplifier. Mais pour moi, l'emploi, c'est bien sûr l'apprentissage pour les jeunes, mais c'est en même temps la formation professionnelle. Je vais vous donner un exemple très concret. J'ai réuni à la région, il y a quelques jours, les acteurs de la filière navale autour de STX. Pourquoi ? Vous savez, il y a eu de nouvelles commandes, avec des commandes des chantiers qui vont être accélérés d'ici 2020, il y a des centaines d'emplois. Eh bien moi, je veux que ce soit des demandeurs d'emploi d'ici.
– Sachant qu'il n'est pas rare que sur le bassin industriel, les chefs d'entreprise nous disent, on a du mal à trouver de la main d'œuvre, parce qu'on manque de personnes qualifiées. – Il y a quelque chose qui est choquant,
c'est qu'on fait appel à ce qu'on appelle des travailleurs détachés. Moi, je n'ai rien contre les Polonais, nos amis européens.
– C'est tout à fait légal en l'occurrence.
– Oui, à condition que… pas toujours.
– Si les droits sont respectés.
– Pas toujours, je tiens à le dire. Et j'encourage l'État d'ailleurs à ce que les contrôles, c'est des contrôles précis. – En tout cas, ça veut dire qu'on manque de personnes qualifiées ici. – Et qu'est-ce qu'on va faire ? Exactement, qu'est-ce qu'on va faire ? On va former, mais pas pour rien. On va former et on va dépenser de l'argent pour former des demandeurs d'emploi, mais qui auront été présélectionnés par des entreprises. On est sûr, parce qu'il y a une motivation, parce qu'il y a un profil, des qualités personnelles foncières dont ils disposent. Et ensuite, on va les former sur une période courte dans l'entreprise ou à l'extérieur.
Ça sera selon, ça sera très simple pour les entreprises. Et on sera sûr que ce que nous financerons, ce ne sera pas des stages garage, ce sera vraiment l'entrée dans l'insertion professionnelle.
– Vous disiez, il y a trop de dispositifs d'aide aujourd'hui. Vous prévoyez vraiment de faire le ménage dans tous ces dispositifs ?
– Oui, j'ai même nommé une vice-présidente qui est spécifiquement en charge de ce dossier, Samia Sultani. C'est une élue de Laval, elle est maire adjointe de Laval. Et on va bien sûr, on va préparer dans le deuxième temps de cette année, là encore, un certain nombre de projets pour les PME, un contrat de croissance qui sera plus simple.
– Donc voilà, pour les thèmes, on en vient un peu plus à un thème plus politique, si vous voulez bien. Vous me voyez venir, je suppose, en 2017. – Non, non, je ne vous vois pas venir. – En 2017, Bruno Retailleau, on ne pourra plus être à la fois sénateur et président d'une région. Comment vous allez faire ?
C'est la loi qui va être appliquée. – Non, parce qu'il y a un certain nombre…
– Quel est le scénario où ça sera possible ?
– Ah, il y a un certain nombre de candidats présidentiels qui disent non, il faut absolument que nos élus nationaux puissent avoir les pieds dans la graisse.
– Il y a une loi dont vous êtes pour qu'on approche cette loi.
– S'il y a une loi, on verra.
– Elle existe, elle rentrera en application, elle le dit.
– Elle est choquante cette loi. Elle est choquante parce qu'il y a des gens qui cumulent plusieurs fonctions. elles interdisent simplement à un parlementaire d'avoir un exécutif local. Ce qui est absolument stupide parce que demain, je vais vous dire, on n'aura que des appareils chics au Sénat et à l'Assemblée nationale. Si demain, vous voulez avoir des élus complètement déracinés, complètement en dehors de tout… – Hors sol comme on dit. – Hors sol, exactement, qui obéiront au petit doigt et à l'œil aux partis politiques, faisons cela.
Maintenant, ce qui est choquant, c'est qu'on pourrait donc cumuler, par exemple, d'avoir un métier dans le privé plus un mandat dans le public, mais surtout pas être parlementaire et président de région. Ce que je veux dire, c'est que cette affaire de cumul, pour moi, elle est importante. Pas pour moi, Bruno Retailleau, mais on est en France. En France, la plupart des décisions se prennent à Paris. Et si vous n'avez pas de poids à Paris, eh bien, vous ne pouvez pas défendre votre collectivité.
– Mais comment font tous les maires, par exemple, de métropole, qui n'ont pas de poste, on en connaît ici, qui ne sont ni députés, ni sénateurs ? – C'est leur choix, mais je connais, je connais. – Ils vous diront, mais ils se consacrent à 100% à leur territoire.
– Est-ce que Jean-Marc Ayrault, je l'ai souvent dit, a été un mauvais maire de Nantes, alors qu'il était en même temps député ?
– Député et président de groupe, comme vous êtes aujourd'hui sénateur et président de votre groupe au Sénat.
– Regardez souvent dans la vie, par exemple, pour ceux qui s'engagent dans les associations, dans les communes, on dit souvent, parce qu'on s'engage, mais il y a une vraie logique, et moi, demain, je ne veux pas avoir une classe politique qui sera parisienne et qui sera coupée des racines et qui sera coupée vraiment du local.
– Donc il faudrait qu'en 2017, on revienne sur cette loi, je suis désolée d'insister, ça a tombé en 2017, il y a des présidentielles, comment sentez-vous votre famille politique ? On a 18 mois, on parle de primaire pour les mois à venir, il va falloir commencer à se mettre en ordre de marche, vous avez toujours dit que votre candidat favori était François Fillon, vous lui êtes fidèle, absolument fidèle, certains disent que s'il était le candidat et s'il était élu, vous seriez ministrable, ça fait beaucoup de si, je vous l'accorde. Comment va votre famille politique, là, à 18 mois ? Vous la sentez comment ?
– Bon, en tout cas, moi, ce que je sais, c'est que la France ne va pas bien, donc c'est ça qui m'importe, et dans tous mes engagements, c'est ma ligne de conduite, voilà, quelle que soit l'appartenance politique. Après, il va y avoir une compétition, ça c'est la respiration démocratique, je souhaite qu'il y ait une alternance, parce que si la France ne va pas très bien, c'est parce qu'il y a des mauvaises décisions qui sont prises, voilà, je n'ai même pas besoin de le dire, c'est tellement évident aujourd'hui. – Donc vous voulez que la droite gagne, que votre famille politique… – Non, je veux un vrai projet.
– Pour vous, c'est François Fillon qui l'incarne, il nous reste 50 secondes.
– Je suis de ceux qui pensent que la politique, ça ne doit pas être que le choc des ambitions, ça doit être la promotion de projets. Il nous faut des idées nouvelles pour un monde qui est en train de naître. Il faut que les gens comprennent aujourd'hui qu'il y a un vieux monde qui est en train de mourir, et il y a une compétition. L'Occident a eu les manettes de l'histoire, a eu le monopole de la conduite des affaires du monde entier. Aujourd'hui, il y a des pays émergents, des continents émergents, et dans cette compétition qui devient une compétition mondiale, il faut s'adapter comme beaucoup d'autres grands pays européens l'ont fait.
J'observe que depuis un an, sur les 28 pays européens, il y en a 4 seulement où le chômage n'a pas vraiment baissé, dont la France. Donc il faut se réformer. J'espère que ma famille politique va être à la hauteur. Évidemment, pour moi, le projet c'est important. Je pense que c'est François Fillon qui porte le meilleur projet pour le redressement national, pour le redressement de la France. Maintenant, il y a des primaires, c'est une compétition.
Et il faudra passer par là. Et probablement que vous ferez campagne auprès de votre candidat favori. On va le dire comme ça.
En tout cas, j'ai du travail et je m'applique déjà à assumer mes engagements, notamment pour notre région des Pays de la Loire, que j'aime.
Merci beaucoup Bruno Retailleau d'avoir accepté l'invitation et d'avoir passé ce moment-là avec nous. Merci à vous d'être fidèle à Télénante. On se retrouve également sur télénante.com. À très bientôt.
Bruno Retailleau