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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 26 novembre 2024 25 min

Manuel Bompard : "Si le gouvernement tombe, M. Barnier ne pourra s'en prendre qu'à lui-même"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député LFI des Bouches-du-Rhône, coordinateur national de la France Insoumise. Questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Manuel Bompard, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter en cette semaine politique dense, chargée, incertaine. Et vous aurez à la France Insoumise votre niche parlementaire jeudi où vous proposerez notamment aux députés de voter l'abrogation de la réforme des retraites et du délit d'apologie du terrorisme. Non, ce n'est pas dans notre niche parlementaire, pardonnez-moi de le préciser.

C'est une proposition qui a déclenché une vive polémique depuis 48 heures, on va y revenir. Mais d'abord, le gouvernement Barnier tiendra-t-il jusqu'à Noël ? Jean-Luc Mélenchon disait il y a dix jours que le gouvernement tombera entre le 15 et le 21 décembre. Vous maintenez ce calendrier ? Pour vous l'affaire est entendu, ça ne fait aucun doute ?

1:07
Manuel Bompard

C'est effectivement l'hypothèse la plus probable puisque pour l'instant, M. Barnier s'entête à vouloir faire passer un budget qui est un budget injuste socialement, un budget dangereux d'un point de vue économique, un budget irresponsable d'un point de vue écologique. et il a ouvert il y a quelques jours la possibilité d'avoir recours à l'article 49.3 de la Constitution pour la prochaine lecture à l'Assemblée nationale, donc sans doute effectivement autour du 15 décembre. Et il est évident que si M.

Barnier cherche à passer en force son budget par le 49.3, alors nous déposerons une motion de censure et que cette motion de censure a des possibilités effectivement d'être votée et donc que le gouvernement tombe et que le budget de M. Barnier tombe avec.

1:47
Présentateur

S'il tombait, s'il venait à tomber, M. Barnier, ce serait grâce aux voix du Rassemblement national qui voterait cette motion de censure avec vous. Vous les remercieriez de voter avec vous ?

1:58
Manuel Bompard

Si le gouvernement M. Barnier devait tomber, c'est parce qu'une motion de censure aurait été adoptée par une majorité des députés à l'Assemblée nationale.

2:06
Présentateur

Et vous savez que sans les voix du Rassemblement national, elles ne passent pas ?

2:08
Manuel Bompard

Il faut qu'il y ait des voix qui ne soient pas uniquement des voix du Nouveau Front Populaire, ça c'est vrai. Mais si le gouvernement de M. Barnier tombe, M. Barnier ne pourra s'en prendre qu'à lui-même puisque ça sera la démonstration du fait que dans cette discussion budgétaire, il a refusé de prendre en compte, y compris les amendements que nous avions réussi à faire voter par une majorité des députés à l'Assemblée nationale en première lecture, qui étaient des amendements qui consistaient à faire reposer plutôt les efforts nécessaires sur les plus riches, les milliardaires, les multinationales, plutôt que sur les Françaises et les Français.

Donc nous, nous disons, il vaut mieux mettre en place une taxe de 2% sur le patrimoine des 147 milliardaires plutôt qu'augmenter les factures d'électricité pour les Françaises et les Français. M. Barnier préfère faire payer les Français, nous ne sommes pas d'accord.

2:52
Présentateur

Vous savez que M. Barnier a imposé dans le budget aussi de taxer davantage les milliardaires et les grandes entreprises qui font des profits, ce qui n'était pas le cas depuis 7 ans. Vous savez qu'il y a eu une avancée de ce point-là.

3:01
Manuel Bompard

M. Barnier provisoire, temporaire et de manière trop limitée, puisqu'il propose aussi de reporter la revalorisation des retraites, il propose aussi d'augmenter les taxes sur l'électricité.

3:09
Présentateur

M. Barnier, en fait, aujourd'hui, ce matin, vous attendez de savoir ce que Marine Le Pen va faire, en fait. Puisque vous, vous savez, il n'y a plus de troisième voie de compromis, globalement. Donc soit il passe en force en 49.3, de toutes les manières, il y a motion de censure que vous voterez. Là, maintenant, on attend de savoir ce que décide de Marine Le Pen. Est-ce que vous attendez, vous, Manuel Bompard, de savoir si Marine Le Pen y va ou pas ?

3:29
Manuel Bompard

Mme Salé, mais on attend d'abord de savoir ce que M. Barnier va faire. M. Barnier pourrait aussi décider que non, il change complètement d'avis, que finalement, oui, les amendements que nous avons réussi à faire déposer à l'Assemblée nationale sont justes, parce qu'ils permettent de ne pas faire reposer la charge sur tous les Français, mais plutôt de mettre à contribution ceux qui en ont les moyens. Mais je dois dire avec honnêteté que je vois bien que ce n'est pas le chemin que prend M. Barnier aujourd'hui. Je pourrais vous faire croire que M.

Barnier va reprendre notre budget, mais pour ça, il avait une possibilité, c'est à la fin de l'examen des amendements à l'Assemblée nationale, les députés macronistes auraient pu voter pour. Ils se sont alliés avec le Rassemblement national, là en l'occurrence, pour voter contre.

4:05
Présentateur

Manuel Bompard, si le budget n'est pas voté, ça veut dire qu'on ira vers une crise politique, mais aussi une crise financière dans un contexte tendu. La porte-parole du gouvernement dit que le risque, c'est un scénario à la grecque. Les fonctionnaires ne soient pas payés, ni les enseignants, ni les infirmières, ni les policiers. Vous répondez quoi ?

4:23
Manuel Bompard

Je réponds que cette manière de prendre les Français pour des imbéciles est juste insupportable et inacceptable. En France, vous savez, si le gouvernement de M. Barnier tombe autour du 15 décembre, qu'est-ce qu'il va se passer ? Il faut arrêter ces discours catastrophistes. En France, il n'y a pas de shutdown, comme on dit aux Etats-Unis. Il n'y a pas de shutdown, mais il y a un risque sur les salaires des fonctionnaires.

4:47
Présentateur

Non, pas du tout.

4:48
Manuel Bompard

Qu'est-ce qui va se passer si le gouvernement tombe au 15 décembre ? Il va y avoir la possibilité de mettre en place un nouveau gouvernement. Et ce nouveau gouvernement, il aura un grand avantage par rapport au gouvernement précédent, c'est qu'il ne sera pas tenu par le délai constitutionnel de 70 jours pour travailler son budget. Et donc, à partir de ce moment-là, il aura du temps pour mettre en place un nouveau budget, un nouveau budget qui permet d'avoir d'autres recettes, et une discussion ensuite pour décider de comment on dépense ses recettes, tout simplement.

Il n'y a aucun risque de conduire à une situation dans laquelle les fonctionnaires ne sont pas payés ou les services publics ne fonctionnent plus. Ce n'est pas vrai, c'est un mensonge pur et simple. Le calendrier parlementaire permet tout à fait, dans ce cas-là, de discuter et de mettre en place un autre budget. Si le gouvernement tombe, nous nous proposerons un gouvernement du nouveau Front populaire qui a fait la démonstration dans la discussion budgétaire qu'un autre budget est possible, tout simplement.

5:34
Présentateur

Mathilde Panot disait dimanche, le choix est simple pour les insoumis, c'est soit Lucie Casté, soit Emmanuel Macron doit partir. C'est ça vos deux solutions. Donc, probablement, puisque l'option Lucie Casté n'est même plus soutenue par tous vos alliés du NPF, pardon, mais Olivier Faure a dit, le Parti Socialiste et Boris Vallaud, d'ailleurs je vais vous faire réagir sur ça, ils sont en train de dire, parce que vous avez réagi sur ça, Boris Vallaud dimanche sur Question politique, dit qu'on voudrait une alliance avec tous les groupes de l'arc républicain pour poser les conditions d'une non-censure d'un gouvernement. Comment vous le prenez, quand vous l'avez entendu dire ça ?

6:09
Manuel Bompard

Je le prends honnêtement comme une rupture avec ce qu'a été, pour l'instant, la ligne du nouveau Front populaire, qui n'était pas juste la ligne de la France Socialiste, qui était la ligne du nouveau Front populaire, qui consistait quand même, parce que c'est important de le rappeler, à rappeler qu'au lendemain des élections législatives, le groupe politique, la coalition politique qui est arrivée en tête et qui dispose du plus grand nombre de députés à l'Assemblée nationale, c'est le nouveau Front populaire, et donc la légitimité démocratique, le respect du résultat des élections, c'est un gouvernement du nouveau Front populaire. Avec Lucie Casté.

Avec Lucie Casté, puisque c'est la candidate que nous avons choisie ensemble, qui a comme base programmatique le programme du nouveau Front populaire.

6:45
Présentateur

Donc c'est que le programme, rien que le programme.

6:47
Manuel Bompard

Attendez, parce que ça, ça a été beaucoup caricaturé. Ce que j'observe depuis...

6:50
Présentateur

C'est Jean-Luc Mélenchon a dit ça le soir même de la dissolution.

6:52
Manuel Bompard

Évidemment, mais je vais y revenir. Mais je veux juste vous dire que pour l'instant, ceux qui font tout le programme, rien que le programme, c'est M. Barnier, puisque quand nous on fait des propositions de compromis, parce qu'on prend le budget de départ de M. Barnier et l'amender comme on l'a fait à l'Assemblée nationale, c'est bien une recherche de compromis. Mais si demain le gouvernement de M. Barnier tombe et qu'il y a un gouvernement du nouveau Front populaire, sa base programmatique, évidemment, c'est celle que nous avons défendue devant les électrices et les électeurs, c'est le programme du nouveau Front populaire.

Et ensuite, on cherche à construire texte par texte des majorités à l'Assemblée nationale. Et on a fait la démonstration déjà à plusieurs reprises qu'on était capables d'avoir des majorités qui votent nos propositions de loi à l'Assemblée nationale. Et j'espère d'ailleurs qu'on fera une nouvelle démonstration jeudi,

7:32
Présentateur

puisque la réforme sur la brogation de la réforme des retraites,

7:35
Manuel Bompard

elle peut avoir une majorité des députés. C'est bien la preuve que des propositions issues du programme du nouveau Front populaire

7:40
Présentateur

peuvent réunir une majorité des députés à l'Assemblée nationale. Mettons que le gouvernement Barnier tombe, il se passe quoi exactement après, Emmanuel Bompard ? Vous espérez qu'Emmanuel Macron démissionne, qu'une présidentielle anticipée soit convoquée ? Jean-Luc Mélenchon dit qu'une élection présidentielle anticipée nous pend au nez. Au moins, vous avez votre candidat dans cette hypothèse, puisqu'il a dit lui-même, si c'est une élection qui a lieu tout de suite, sans doute que je peux être incité à y aller. Il est le mieux placé à gauche ?

8:13
Manuel Bompard

Oui, mais d'abord, je vais répondre à votre début de question. Si le gouvernement de M. Barnier tombe, je redis ce que je vous ai dit. La première chose que nous disons, c'est que nous sommes prêts à constituer un gouvernement du nouveau Front populaire.

8:26
Présentateur

Donc c'est plan A, Lucie Casté, plan B, Jean-Luc Mélenchon candidat.

8:30
Manuel Bompard

Non, mais ça ne vous a pas échappé que, malheureusement, sans doute, ce n'est pas moi qui décide de qui nous nous nommons comme Premier ministre. Il y a une personne qui le fait, il s'appelle M. Macron, il a un nom et une adresse, comme on dit, il habite à l'Élysée. Donc c'est lui qui peut décider de nommer Lucie Casté et un gouvernement du nouveau Front populaire. S'il ne le fait pas, s'il refuse à nouveau de le faire, alors oui, j'assume de vous dire que dans ce cas-là, je pense que la seule manière de débloquer une situation institutionnelle qui sera une situation institutionnelle instable, parce que vous pouvez renommer M. Barnier, mais ça va produire le même résultat.

Vous voulez une démission du Président de la République ? Je pense effectivement que dans ce cas-là, c'est le départ du Président de la République qui est souhaitable, tout simplement parce que c'est lui le responsable du blocage.

Et s'il doit y avoir une élection présidentielle anticipée, vous avez vu, je n'esquive aucune de vos questions, s'il doit y avoir une élection présidentielle anticipée, je rappelle que dans ce cas-là, le délai constitutionnel, parce que c'est quand même intéressant que tout le monde le sache, c'est entre 20 et 35 jours, entre le moment de la démission et le moment de l'élection présidentielle anticipée, et je dis que oui, il me semble que dans ce délai, la personne qui est la mieux placée aujourd'hui pour porter les couleurs de la France insoumise, mais je l'espère au-delà de ceux qui voudraient le faire avec nous, je pense effectivement que dans ce délai-là, c'est Jean-Luc Mélenchon qui est le mieux placé.

Voilà simplement ce que j'ai à vous dire.

9:43
Présentateur

Il y a eu une grande enquête électorale d'Ipsos publiée dans Le Monde en août, Jean-Luc Mélenchon est la personnalité politique de très loin la plus rejetée par les Français, avec 83% de jugements défavorables, 68% de jugements très défavorables, mais vous y croyez mordicus, c'est le meilleur.

10:01
Manuel Bompard

Nicolas Demorand, vous pouvez choisir si vous voulez les sondages qui vous intéressent, mais moi je peux vous en sortir d'autres si vous voulez, si vous voulez qu'on compare les sondages, et notamment tous les sondages qui disent qu'aujourd'hui, quand vous testez les différents candidats à l'élection présidentielle, à gauche c'est Jean-Luc Mélenchon qui fait le plus gros score au premier tour. Donc vous voyez, les sondages, il y a ceux que vous aimez bien, il y a ceux que vous aimez moins bien. Donc moi je vous dis que si c'était les sondages qui faisaient la politique et le résultat des élections, il y aurait un Premier ministre, aujourd'hui ce serait Jordan Bardella.

Attendez, parce que je rappelle que 27 sondages sur 27 qui ont été publiés pendant la campagne des élections législatives disaient que le Rassemblement National allait gagner et que c'est M. Bardella qui allait être à Matignon. Donc heureusement, dans notre démocratie, ce n'est pas les sondages qui font l'élection.

10:43
Présentateur

Donc pour vous, le meilleur candidat à ce stade, c'est Jean-Luc Mélenchon, ça vous semble une évidence ?

10:48
Manuel Bompard

Je vais vous dire, ce n'est pas très original, puisque en l'occurrence, j'ai tenu le même discours depuis plusieurs mois.

10:53
Présentateur

Alors avant cette présidentielle anticipée que vous espérez en 2025, il y a jeudi, à l'Assemblée Nationale. La proposition de loi, alors on va venir à la proposition de loi des retraites, mais c'est vrai qu'il y a cette proposition de loi qui a suscité un tollé ces 48 dernières heures. Vous souhaitez abroger le délit d'apologie du terrorisme dans le Code pénal, instauré par une loi de 2014, estimant qu'en la matière, la loi de 1881 sur la liberté de la presse suffit. Cette proposition a suscité de vives critiques. Pour Bruno Retailleau, c'est une proposition innommable. Le ministre de la Justice, Digné Migo, s'est dit extrêmement choqué.

Je ne comprends pas qu'on puisse baisser la garde devant la menace du terrorisme qui est aujourd'hui très présente, vous dit-il. Et c'est vrai qu'on peut se demander, pourquoi aujourd'hui, en plein procès Samuel Paty, alors qu'on vient de commémorer en ce mois de novembre les attentats du Bataclan et les attentats de Paris, qu'on va commémorer dans quelques semaines les dix ans de Charlie Hebdo, pourquoi vous proposez cela maintenant, dans ce contexte si sensible aujourd'hui pour les victimes du terrorisme en France ? Pourquoi ça maintenant ?

11:52
Manuel Bompard

D'abord, je vais vous dire que je trouve honteux et j'ai été estomaqué par la forme de trumpisme politique et médiatique qui a donné lieu au débat qui a suscité cette proposition de loi. On a le droit de débattre en France de la meilleure manière d'encadrer les problématiques et les délits d'apologie du terrorisme. Et moi, je ne dis pas seulement que la loi de 1881, la loi de la presse, suffit. Je dis que le fait d'avoir, en 2014, déplacé ce délit d'apologie du terrorisme pour le mettre dans le code pénal a produit des dérives qui sont des dérives qui, depuis, ont été largement documentées. Quand le juge antiterroriste, M.

Trévidic, dit que cette loi a été dévoyée, quand l'ex-défenseur des droits, M. Toubon, qui n'est pas issu de la France Insoumise, qui est issu de la droite, dit que cette loi, cette évolution législative, a été, je cite, un fiasco judiciaire. Et quand vous avez, le 7 novembre dernier, puisque je vais répondre à votre question sur le timing, le 7 novembre dernier, le comité des droits de l'homme de l'ONU a dit qu'il y a un problème d'instrumentalisation, aujourd'hui, en France, du délit d'apologie du terrorisme pour s'en prendre à des opposants politiques, à des syndicalistes, et a fait des recommandations. Et ces recommandations, c'était de revenir sur cette loi le 7 novembre dernier.

Donc, nous, dans la foulée, en suivant les recommandations de l'ONU, on a déposé cette proposition de loi. Mais je précise, par rapport à la question que vous avez posée tout à l'heure, que cette proposition de loi n'est pas inscrite dans notre niche parlementaire ce jeudi.

13:16
Présentateur

D'accord. Mais vous allez la défendre, quand même. Vous allez la défendre ou vous allez revenir ?

13:21
Manuel Bompard

Mais pas du tout. Elle a été déposée, il n'y a pas de problème. Parce que sur ce coup-là... Excusez-moi de rétablir la réalité des faits.

13:27
Présentateur

Sur ce coup-là, Emmanuel Bompard, vous êtes assez seul, puisque Renaissance, la droite, ne la votera pas, mais même le Parti Socialiste ne la votera pas. Pour Olivier Faure, la question de réécrire, de réécrire et de repréciser la définition d'apologie du terrorisme se pose, mais il ne faut pas le sortir du code pénal. C'est ce qu'il dit, notamment. Vous assumez d'être seul sur la question ?

13:45
Manuel Bompard

Non, nous ne sommes pas seuls, madame, mais d'abord, je vais vous dire si Olivier Faure...

13:48
Présentateur

Qui va voter la sortie du code pénal ?

13:50
Manuel Bompard

Je vais répondre à votre question, je ne vais pas parler à la place des autres. D'abord, Olivier Faure dit ça aujourd'hui, c'est qu'il reconnaît donc qu'il y a un problème avec la définition actuelle de la loi. Donc lui, sans doute, propose-t-il autre chose que la supprimée du code pénal allait le ramener dans la loi de 1881, mais lui-même reconnaît qu'il y a une difficulté et un problème. Ce qui n'était pas le cas, par exemple, de Boris Vallaud, puisque vous m'interrogez sur ses dernières déclarations, qui ne lui disaient pas la même chose. Il disait qu'il n'y avait pas de problème.

14:14
Présentateur

Oui, il disait qu'il n'y avait pas de problème et on ne bouge pas.

14:15
Manuel Bompard

Bon, maintenant, sur le fait que nous serions seuls, madame, dans les débats de 2014, au moment où cette proposition de loi a été faite, est-ce que vous savez que les sénateurs communistes avaient voté contre, avaient proposé des amendements pour les supprimer, que les écologistes s'y étaient opposés, qu'un certain nombre de voix s'étaient exprimées à l'époque, y compris j'ai retrouvé un amendement qui avait été déposé par deux députés, les Républicains à l'époque, pour dire qu'il ne fallait pas faire ça.

14:39
Présentateur

Oui, mais il avait été voté à la majorité, à part les voix des communistes du Sénat. Certes, madame, mais vous avez commencé

14:44
Manuel Bompard

en me disant que nous étions seuls sur ce sujet. Nous ne sommes pas seuls. Il y a eu une tribune qui a été publiée par 150 responsables syndicaux associatifs, notamment la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, le président de la Ligue des droits de l'homme, en début de semaine, qui disait qu'effectivement, il y avait un problème. Puisque vous êtes...

Et je veux quand même préciser, pardonnez-moi, parce que j'ai entendu pendant tout le week-end des propos qui consistaient à dire, et encore, pardon, hier sur certaines antennes de votre groupe, j'ai entendu l'avocat Richard Malka dire s'il y avait cette proposition des Insoumis qui était adoptée, on pourrait dire « Vive les terroristes, etc. » Mais ce n'est pas vrai. On ramène ce délit dans la loi de 1881. Dans la loi de 1881, les peines... Mais pourquoi il y a besoin ? Je vais répondre à votre question, mais les peines encourues dans la loi de 1881, pour des faits d'apologie de crime, de manière générale, c'est 5 ans de prison et 45 000 euros d'amende.

Donc ce n'est pas vrai de dire que ça permettrait d'avoir des propos d'apologie du terrorisme. Mais c'est parce que

15:38
Présentateur

Mathilde Panot et Rima Hassan ont été convoqués pour apologie du terrorisme, que vous voulez abroger ce délit du code pénal. Donc ça sert vos intérêts personnels ou les intérêts de certains de vos élus ?

15:49
Manuel Bompard

Mais ce ne sont pas les intérêts personnels que de considérer que dans une démocratie, il n'est pas normal qu'une présidente de groupe parlementaire puisse être convoquée au commissariat pour rendre compte sur des tracts. Ça, ce n'est pas possible. Ça ne peut pas fonctionner une démocratie. Vous me posez la question pourquoi ? Je vais aller vite. Pourquoi ? Parce que qu'est-ce que ça a changé de le mettre dans la loi en 2014, de le mettre dans le code pénal ? Ça a changé qu'on peut utiliser des méthodes de l'antiterrorisme aujourd'hui pour lutter contre la forme d'apologie du terrorisme. Mais parce que la menace de terrorisme est beaucoup plus élevée qu'avant 2014,

16:20
Présentateur

vous le savez, Manuel Bompard.

16:22
Manuel Bompard

Ça veut dire qu'on peut décider de faire des comparutions immédiates. Ça veut dire qu'on peut décider de mettre sur écoute des personnes parce qu'elles sont suspectées d'avoir fait un délit d'apologie du terrorisme. Ça veut dire que Mathilde Panot, la présidente du groupe parlementaire d'opposition insoumise parce qu'une association considère qu'un tract est une forme d'apologie du terrorisme pourrait être mis sur écoute. Et ça, ça ne vous pose pas de problème en démocratie. Vous êtes journaliste. Ça veut dire qu'un journaliste qui est soupçonné de faire de l'apologie du terrorisme pourrait être mis sur écoute. Il y a peut-être

16:48
Présentateur

des dévoiements de cet article. Mais de là à le sortir du code pénal alors que la menace terroriste n'a jamais été aussi grande et que c'est pour ça. Je veux dire, on n'est pas en situation près de 2014.

17:00
Manuel Bompard

Léa Salamé, ça ne change strictement rien.

17:02
Présentateur

Ça montre qu'on comprend la question de l'apologie du terrorisme plus au sérieux et plus gravement que les autres menaces. C'est comme ça. C'est de hiérarchiser les choses.

17:11
Manuel Bompard

Alors madame, je vais vous répondre quelque chose. La commission nationale consultative des droits de l'homme disait dans une publication il y a quelques mois quelque chose de très intéressant. Il disait pour lutter contre le terrorisme ce qu'il ne faut surtout pas faire c'est remettre en cause nos libertés fondamentales et remettre en cause l'état de droit. Parce que quand on fait ça on ne lutte pas contre le terrorisme au contraire on donne raison aux terroristes qui veulent déstabiliser nos démocraties qui sont des adversaires de la démocratie et qui veulent déstabiliser notre état de droit.

Et donc je pense qu'il faut lutter de manière implacable contre le terrorisme et que pour lutter de manière implacable contre le terrorisme il faut le faire en respectant toujours nos libertés fondamentales. Sinon on donne raison aux motivations des terroristes. Voilà ce que je pense. Encore un mot

17:52
Présentateur

Manuel Bompard sur le sujet vous avez écrit sur X que ce délit avait été inscrit dans le code pénal en 2014 parce que je vous cite Bernard Cazeneuve alors au gouvernement avait cédé en 2014 donc aux pressions des réseaux fascisants. Qu'est-ce que ça veut dire que Bernard Cazeneuve est sous influence fascisante ? Non attendez ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit

18:16
Manuel Bompard

mon tweet est très clair

18:17
Présentateur

avait cédé aux pressions des réseaux Bernard Cazeneuve avait cédé aux pressions des réseaux fascisants.

18:23
Manuel Bompard

Ça veut dire qu'il y a des pressions effectivement de réseaux plutôt inspirés et plutôt positionnés à l'extrême droite de l'échiquier politique qui en matière de respect des libertés fondamentales et de respect de l'état de droit mènent pression de manière générale pour essayer de rendre la loi moins protectrice de nos libertés fondamentales.

Et je vais vous dire peut-être qu'il y a une erreur dans mon tweet je vais vous dire laquelle c'est qu'il n'y avait pas à l'époque que les pressions des réseaux fascisants il y avait aussi des gens qui à l'époque étaient de bonne foi et ont considéré qu'il fallait faire cette évolution c'était le cas du juge Trévidi qui l'a dit lui-même ex-juge antiterroriste mais sauf que le juge Trévidi qu'aujourd'hui qu'est-ce qu'il dit ? Il dit il faudrait avoir le courage d'oser revenir en arrière et bien nous nous avons le courage d'oser proposer de revenir en arrière.

19:04
Présentateur

Donc vous allez retirer votre tweet ?

19:06
Manuel Bompard

Non pas du tout il ne dit pas quelque chose de faux mon tweet il dit quelque chose de juste mais peut-être

19:10
Présentateur

il est incomplet

19:11
Manuel Bompard

peut-être aurais-je dû le compléter en disant qu'il y avait aussi des gens de bonne foi qui avaient poussé à l'époque et qui finalement ont changé d'avis aujourd'hui.

19:17
Présentateur

Dans votre niche parlementaire de jeudi vous allez proposer d'abroger la réforme des retraites en ramenant l'âge de départ à 62 ans mais vous ne voulez pas vous arrêter à la réforme borne uniquement vous voulez aussi abroger la réforme touraine votée sous François Hollande et ramener la durée de cotisation de 43 à 42 annuités la réforme touraine votée par un gouvernement de gauche Manuel Bompard est donc une mauvaise réforme.

19:37
Manuel Bompard

Évidemment d'ailleurs nous étions nombreuses et nombreux à l'époque à avoir protesté contre y compris à avoir participé à des manifestations et à des mobilisations contre donc oui je souhaite qu'on revienne vous savez en plus le programme de la France Insoumise il est très clair c'est l'objectif de ramener l'âge de départ à la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisation et on décide de le faire par étapes la première étape c'est abroger la réforme des retraites d'Emmanuel Macron c'est-à-dire ramener l'âge de départ à 62 ans la deuxième étape c'est d'abroger cette réforme touraine c'est-à-dire revenir à 42 annuités de cotisation et ensuite avec l'espoir alors là vous êtes seul

20:09
Présentateur

parce que le parti socialiste ne veut pas revenir sur la réforme touraine

20:12
Manuel Bompard

et il faut que vous compreniez quelque chose c'est quand le parti socialiste n'est pas d'accord avec moi ça ne veut pas dire

20:16
Présentateur

que je suis seul donc vous allez être avec qui ? Qui va voter les communistes ?

20:20
Manuel Bompard

C'est simple le débat il a eu lieu en commission des affaires sociales mercredi dernier effectivement le parti socialiste a voté un amendement déposé par le groupe Liot pour supprimer la suppression de la réforme touraine de notre proposition de loi et cet amendement a été battu donc si je suis seul en étant majoritaire à l'Assemblée Nationale la salame ça me va

20:36
Présentateur

Si vous faites voter l'abrogation de la réforme des retraites qui sera un moment très fort ce jeudi si vous y parvenez c'est là aussi pardonnez-moi d'y revenir grâce aux voix du Rassemblement National

20:48
Manuel Bompard

Là pour le coup

20:50
Présentateur

vous pouvez les remercier

20:50
Manuel Bompard

Mais non mais je ne vais pas remercier qui que ce soit quand vous déposez une proposition de loi à l'Assemblée Nationale il se trouve qu'il y a 577 députés et dans ces 577 députés il y a des députés du Rassemblement National donc soit vous proposez de les exclure complètement et qu'ils ne puissent plus voter mais je ne crois pas que c'est ce que vous proposez donc à partir du moment où ils sont là il faut faire avec Maintenant je vais vous dire parce que c'est quand même le plus important ce qui est scandaleux aujourd'hui c'est que moi je souhaite que ça soit voté mais que vous avez aujourd'hui les députés macronistes qui ont déposé c'était hier soir à 17h la date limite de dépôt des amendements 1000 amendements sur une niche parlementaire avec des amendements très importants Celui qui consiste à modifier le titre pour modifier la loi en disant ce n'est pas la loi pour abroger la réforme des retraites mais c'est une loi démagogique pour abroger la réforme des retraites on peut mesurer je crois là la qualité du travail parlementaire fait par les groupes macronistes

21:33
Présentateur

mais c'est scandaleux c'est un hommage à ce que vous avez fait vous pendant la réforme des retraites en déposant des milliers et des milliers d'amendements pour jouer le temps

21:40
Manuel Bompard

Est-ce que vous connaissez la différence entre un débat qui dure 15 jours d'initiative gouvernementale le gouvernement a la maîtrise de l'agenda parlementaire donc le gouvernement quand il y a trop d'amendements il peut décider d'ouvrir des séances supplémentaires qu'on prenne un mois s'il faut pour débattre d'une proposition de loi là on est dans le cadre d'une niche parlementaire la niche parlementaire elle commence à 9h et elle se termine à minuit donc c'est inédit d'avoir une stratégie qui soit une stratégie d'obstruction parlementaire sur une niche parlementaire j'ai vu monsieur Bayrou qui est soi-disant président du mouvement démocrate démocrate assumé et revendiqué à la télévision qui voulait empêcher l'Assemblée nationale de voter sur une proposition de loi qui a été à l'époque rejetée par 90% des français par l'ensemble des organisations syndicales et qui n'avaient pas de majorité à l'Assemblée nationale on est en démocratie l'Assemblée elle doit pouvoir voter sur ce sujet moi j'appelle solennellement les députés macronistes à retirer leurs amendements d'obstruction parlementaire et sinon je les préviens nous ferons un travail d'affichage sur leur circonscription pour dire quels sont les députés macronistes qui sont à l'initiative d'avoir empêché l'Assemblée nationale de voter sur ce sujet et bien nous dirons les amendements qui ont été déposés par les députés macronistes nous le ferons sur leur circonscription pour que les françaises et les français et leurs électrices et leurs électeurs

22:48
Présentateur

vous prendrez la photo du député que vous collerez partout en disant il a voté

22:51
Manuel Bompard

il a déposé tel amendement je ferai un travail d'information c'est important que les électeurs y compris macronistes sachent à quel type de pratique se livrent

22:58
Présentateur

leurs parlementaires Manuel Bompard Boilem Sansal l'écrivain a été arrêté il y a plus d'une semaine maintenant en Algérie les prix Nobel de littérature Agnierno Leclésio Orane Pamuk Wole Sojinka ainsi que plusieurs écrivains dont Salman Rushdie et Roberto Saviano ont demandé sa libération immédiate dans une tribune publiée dans Le Point vous demandez aussi ce matin cette libération cette arrestation vous inquiète ? évidemment on ne peut pas être d'accord

23:30
Manuel Bompard

avec le fait qu'un écrivain soit arrêté en plus dans des conditions qui sont quand même des conditions très opaques donc vous demandez

23:39
Présentateur

sa libération

23:39
Manuel Bompard

immédiate ?

effectivement il y a cette tribune que j'appuie et que je soutiens signée notamment par Agnierno donc oui je demande sa libération mais je veux dire de manière plus générale qu'il y a d'autres cas aussi de restrictions ou d'arrestations arbitraires sur lesquelles nous nous sommes toujours mobilisés un chercheur Victor Dupont qui a été détenu pendant plusieurs semaines en Tunis on a obtenu sa libération c'est une bonne chose j'observe aussi parce que je ne veux pas avoir d'indignation à géométrie variable j'observe aussi que quand une universitaire se retrouve interdite de conférence au Parlement européen parce que Mme Maréchal Le Pen a demandé l'interdiction de sa conférence là j'entends moins les réseaux d'extrême droite se mobiliser sur ce sujet donc moi je n'ai pas d'indignation à géométrie variable un écrivain il ne doit pas être en prison en fonction de ses écrits et de ses opinions quel que soit ce qu'on peut penser par ailleurs de ses opinions

24:24
Présentateur

On est très en retard Anne Hidalgo annonce ce matin qu'elle ne briguera pas de troisième mandat à la mairie de Paris en 2026 un commentaire ? J'observe surtout

24:32
Manuel Bompard

qu'elle a double un successeur qui comme l'autre candidat qui s'est proposé avant disent tous la même chose il n'est pas question de travailler avec la France insoumise je trouve que pour des gens qui prétendent au niveau national défendre l'union à gauche ces initiatives de division qu'on observe à Paris mais qu'on observe partout en France sont insupportables

24:49
Présentateur

Et vous avez déjà votre candidat pour Paris ?

24:51
Manuel Bompard

Non, on n'a pas encore de candidat mais ce que j'observe c'est que M. Grégoire qui s'est présenté la semaine dernière et M. Ferro que adoube Mme Hidalgo disent tous les deux il n'est pas question de faire avec les insoumis C'est pas très NFP compatible tout ça

25:02
Présentateur

Merci en tout cas Manuel Bompard d'avoir été au micro d'Inter ce matin Sous-titrage ST' 501

Manuel Bompard : "Si le gouvernement tombe, M. Barnier ne pourra s'en prendre qu'à lui-même" — Manuel Bompard · Pourquijevote