David Amiel, député Ensemble pour la République de Paris | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mon invité a été le plus jeune stratège de l'Elysée sous le premier quinquennat d'Emmanuel Macron et l'un des inspirateurs de son programme. Depuis, il est passé de l'ombre à la lumière et poursuit le combat des idées. A l'Assemblée, il est député Renaissance de Paris.
Générique --- --- Bonjour David Amiel. -Bonjour. Parfois, la politique commence par hasard.
L'histoire de votre rencontre avec Emmanuel Macron est digne d'un roman. Elle débute en 2015, vous avez 22 ans. Vous rentrez des Etats-Unis où vous venez d'étudier l'économie à Princeton.
Vous pensez devenir chercheur, vous vous donnez un an pour entamer votre thèse de doctorat. Quelques mois plus tard, vous êtes sur cette photo, aux côtés d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie. Racontez-nous ce qui s'est passé, comment s'est fait cette rencontre qui a changé votre vie. -Un peu par hasard, vous l'avez rappelé, il se trouve que j'avais eu en classe préparatoire, hypokhâgne et khâgne, littéraires, un professeur d'anglais qui s'appelle Christian Monjou, qui était un professeur extraordinaire, extrêmement cultivé, charismatique, avec qui les élèves restaient, c'est bien lui, souvent en lien des années après.
Ca avait été mon cas, mais aussi d'un autre de ces anciens élèves, qui s'appelle Emmanuel Macron, qu'il avait eu plusieurs années auparavant. Et donc, moi, vous l'avez rappelé, je fais des études d'économie, je m'intéresse à ce qui se passe, évidemment, au niveau de la politique française. Je vois ce jeune ministre qui correspond à un certain nombre d'idées qui me tiennent à coeur.
Et Christian Monjou nous met en relation. Et c'est comme ça que je commence ce stage au ministère de l'économie au mois de septembre 2015, qui, rapidement, va se transformer en emploi de tout jeune conseiller. Sur la photo, on voit Philippe Martin, qui était son conseiller économie auprès de qui je travaillais.
Qui avait fait votre entretien d'embauche. Très vite, vous rencontrez Emmanuel Macron. Comment ça se passe ?
Il y a une forme de coup de foudre ? Ca existe en politique ? -Emmanuel Macron a quelque chose d'assez incroyable que j'ai très rarement vu dans la vie, pas seulement politique d'ailleurs, académique et générale en France, qui est qu'il a un tempérament profondément méritocratique.
Et donc au fond, pour lui, peu importe les distinctions de salon, les grades, les âges, les diplômes, c'est ce que vous faites qui compte et ce qui fait qu'il peut s'adresser avec le même sérieux, le même respect à un jeune de 22 ans qui a débarqué là un peu par hasard, vous l'avez rappelé, mais qui essaye de travailler jour et nuit qu'avec des personnes beaucoup plus âgées, plus installées. Et ça rend la discussion avec lui extrêmement facile et agréable. -Alors vous hissez très vite dans le premier cercle.
Et lorsqu'Emmanuel Macron crée En Marche en 2016, et se lance dans la présidentielle, vous le suivez, vous coordonnez l'élaboration du programme du futur président. Vous étiez économiste, vous voilà au coeur de la machine politique. Tout ça était une sorte d'enchaînement.
Vous n'aviez pas prévu de faire de la politique ? -Non, pas du tout. J'ai été déjà engagé dans la vie intellectuelle, militante.
Il y avait des combats qui me tenaient à coeur, mais moi, je me destinais professionnellement à être chercheur. Puis quand il lance sa campagne en septembre 2016, il me propose de faire la petite main pour le programme, de pouvoir coordonner un certain nombre de groupes de travail. Il n'y a pas grand-monde à l'époque qui croit à cette aventure et j'accepte.
Et c'est comme ça que la vie va dériver, loin de ce que je pensais être la mienne, même six mois avant. -En remontant le fil de votre parcours, je suis tombé sur une autre personnalité tout aussi décisive pour vous, l'économiste Daniel Cohen. Je voudrais qu'on l'écoute. *-La production de richesse est devenue beaucoup plus inégalitaire que par le passé, c'est-à-dire que chaque fois qu'on produit un franc dans les années 50 et 60, on est à peu près assuré que ce franc sera distribué plus ou moins au prorata de la population qui participe à ce processus de fabrication. *Aujourd'hui, quand on fabrique un franc, celui qui va l'emporter n'a absolument aucune chance d'être le producteur représentatif. *C'est un de nous qui va gagner le franc et les autres ne vont rien gagner du tout. -Daniel Cohen avait été votre professeur d'économie à l'Ecole Normale supérieure quand vous étiez étudiant dans les années 2010.
Un mot sur ces paroles et cet homme. Ca a été une source d'inspiration importante pour vous ? -Oui, d'ailleurs, ça m'émeut toujours de voir des images de Daniel, il est décédé il y a maintenant un peu plus d'un an.
C'était une personnalité extraordinaire. Extraordinaire par sa culture, par son intelligence, sa vivacité, son sens de la pédagogie. On le voit dans l'extrait que vous montrez, mais aussi par son humanité.
Il y a des personnes qui sont tellement intelligentes qu'elles vous écrasent quand vous êtes à côté d'eux. Et il y a des personnes encore plus intelligentes qui vous élèvent. Et Daniel donnait à tous le sentiment d'être plus intelligent en sa présence.
Quand je rentre à l'Ecole Normale supérieure, je pense faire de l'histoire parce que c'est ma passion depuis que je suis tout petit. Je me rends à des séminaires d'histoire à Normale Sup. J'en sors un peu décontenancé.
C'était un peu poussiéreux. Et puis, je me rends, aussi, presque un peu par hasard, à ce cours d'économie, je me dis que c'est quand même intéressant de savoir ce qui se passe dans le monde. Et je tombe sur Daniel Cohen qui nous dit : "Laissez tomber les équations, les manuels, etc.
Aujourd'hui, on va se poser une question, c'est pourquoi il y a des pays riches et des pays pauvres ?" Et c'est un fil de toute sa réflexion, et je pense qu'il doit être au coeur de ce qu'on porte politiquement. -Daniel Cohen était catégorisé économiste de gauche, un soutien de François Hollande en 2012.
Vous, avant la rencontre avec Emmanuel Macron, vous militiez aussi pour le PS pendant vos années d'étudiant. Vous étiez même secrétaire de section à l'Ecole Normale sup. Qu'est-ce qui vous détourne du PS ?
La rencontre avec Emmanuel Macron ? Il vous a séduit aussi sur le plan des idées ? -Ce qui m'a troublé quand j'étais au sein du Parti Socialiste, c'était le grand écart.
C'était le grand écart entre un Parti Socialiste où coexistaient des gens qui, comme à l'époque François Hollande, comme Dominique Strauss-Kahn, comme Manuel Valls, étaient proches de ce que je défendais, s'inscrivaient dans la construction européenne, s'inscrivaient dans l'idée d'une économie de marché régulée dans les alliances internationales de la France. Et puis vous aviez d'autres qui voulaient sortir de l'Union européenne, voulaient sortir du capitalisme. On n'était pas loin de l'époque où Jean-Luc Mélenchon était encore adhérent du Parti socialiste.
Il y avait cette espèce de grand écart permanent que je trouvais insupportable. -Donc pour vous, c'était une clarification. -Oui, exactement.
Ce que j'ai apprécié avec Emmanuel Macron, c'est cette transparence et cette honnêteté sur les combats, le fait de ne pas faire semblant, d'être plutôt anti-européen quand on était en opposition pour ensuite avoir une politique très pro-européenne, au pouvoir de mépriser les questions de production économique quand on était dans l'opposition et ensuite de faire une politique de l'offre quand on était au pouvoir, ce que M. Hollande a fait à partir de 2014-2015, mais sans vraiment l'assumer. Donc ce que j'ai aimé avec Macron, c'est ce côté très franc et courageux dans l'explicitation des idées. -En 2017, Emmanuel Macron est élu président de la République, vous le suivez à l'Elysée.
Vous devenez le plus jeune des conseillers du président. Vous avez 24 ans. Vous êtes le bras droit du secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler.
Vous allez le rester deux ans. Quel était votre rôle et quels souvenirs gardez-vous de l'Elysée, aussi jeune ? -Il y avait énormément de conseillers, donc je veux quand même rassurer les gens qui nous écoutent.
J'étais le plus jeune, mais il y en avait beaucoup, heureusement, des plus âgés et plus expérimentés. J'avais surtout un rôle de pouvoir faire le lien entre ce qui avait été le programme de la campagne sur lequel j'avais sué sang et eau pendant un an et puis sa mise en oeuvre dans les deux premières années, veiller à ce que ce qu'on avait promis pendant la période 2016-2017, se mette en place le plus fidèlement possible aux engagements. Et donc ça a été mon rôle sur les questions économiques.
Je travaillais déjà beaucoup sur la préparation des projets de loi de finances, ceux de 2018 puis de 2019. Donc voilà quel était un peu mon rôle à l'Elysée. -Vous quittez l'Elysée le 25 mars 2019.
Que s'est-il passé à ce moment-là ? Vous décrivez une sensation d'étouffement. -Oui, mais d'ailleurs, on me pose toujours cette question.
Je trouve ça assez symptomatique de la France. Effectivement, je n'avais pas envie de passer ma vie à écrire des notes dans un bureau. Aussi doré puissent être les salons de la République.
Ca faisait quatre ans que je faisais ça. Un an au ministère de l'Economie, un an pendant la période de la campagne, deux ans à l'Elysée et j'avais envie de voir autre chose, de voir plus le terrain. Je crois que Lacan disait : "Le réel, c'est quand on se cogne." J'avais envie de me cogner...
J'ai fait la campagne des municipales à Paris, j'ai été exaucé au-delà de mes espérances... -En 2019, avec Benjamin Griveaux... -Mais ça m'a permis de respirer après ces années-là.
J'ai beaucoup appris à l'Elysée. Vous avez mentionné Alexis Kohler, qui était un patron formidable. Mais je pense que c'est sain de pouvoir aussi voir autre chose et de ne pas s'installer dans ce confort-là. -On avance dans le temps.
En 2022, Emmanuel Macron est donc réélu. Vous voilà candidat aux législatives à Paris. Vous faites du tractage, des réunions publiques.
C'est la première fois que vous faites campagne en votre nom. Cinq ans plus tôt, vous aviez, je crois, refusé une circonscription, ne vous estimant pas prêt à devenir député. Qu'est-ce qui avait changé ? -Je ne me sentais pas légitime quand, en 2017, on me propose ça.
Je suis toujours très étonné quand des émissions comme la vôtre, où il y a des politiques qui vous disent : "Depuis mes 6 ans, je voulais être président de la République, député", empereur romain, je trouve ça presque effrayant, c'était pas du tout mon cas, et même en 2017, je ne le pensais pas. Ma bascule se fait en 2020, lors des élections municipales, parce qu'au début je viens pour donner un coup de main à Benjamin Griveaux, qui est le candidat à Paris, et c'est lui qui me dit : "Présente-toi sur une liste aux élections municipales", ce que je fais, dans le 15e arrondissement, et je vois que ça me plaît beaucoup. Et donc dans cette campagne, qui se finit par une défaite terrible pour nous, j'ai appris ça.
J'ai appris que j'aimais faire du terrain, passer du temps avec les gens, avoir, ce qui est très particulier avec un mandat local ou avec un mandat localisé, comme avec celui de député, c'est dans la même journée de pouvoir parler avec un flic, un prof, un ministre, un maire, une aide-soignante. Et je trouve que c'est extrêmement enrichissant, ça vous apprend beaucoup. Et donc voilà, c'est ce qui m'a conduit ensuite, en 2022, un peu naturellement, ça faisait deux ans que j'étais conseiller municipal à m'engager pour les législatives. -Dans votre rôle de député, dans votre vie, vous gardez un lien avec Emmanuel Macron ? -Oui, je garde bien sûr un lien avec le président.
J'échange beaucoup avec lui. Et là où il n'a pas changé par rapport au moment où on s'est rencontrés en 2015 c'est que c'est quelqu'un qui reste très libéral dans le tempérament. Et donc vous pouvez tout lui dire.
Vous pouvez lui dire quand vous êtes d'accord, quand vous n'êtes pas d'accord avec franchise, c'est plutôt quelque chose qu'il valorise. Ce n'est pas quelqu'un qui va donner des consignes aux députés, ce n'est pas son tempérament, mais c'est quelqu'un qui échange beaucoup, par SMS, pour prendre la température, donc bien sûr je continue à échanger avec lui. -Je vous propose de terminer, David Amiel, par notre quiz.
Vous allez devoir compléter les phrases qui vont s'afficher. Un quiz un peu particulier, en votre honneur, avec une thématique imposée. Conseiller contre député.
On a le plus de pouvoir... -En majorité absolue, le paradoxe en France, c'est qu'on a plus de pouvoir en étant conseiller.
C'est un problème. Et je pense qu'on a besoin de pouvoir redonner plus de pouvoir au Parlement. Quand vous êtes conseiller, vous avez des instruments que le Parlement n'a pas.
Vous avez à votre disposition les administrations, des expertises techniques en temps réel, vous avez une avalanche de chiffres. Et quand on est député, on est démuni. -On a les nuits les plus courtes. -Alors là, je trouve que ça se vaut.
Conseiller et député, ça se vaut. Et dans les deux cas, c'est par phase. Vous avez des phases extrêmement intenses.
Quand vous êtes député à la Commission des finances, le budget, vous dormez très peu pendant de très nombreux mois. Vous avez des moments de crise politique. Quand vous êtes conseiller, c'est pareil.
Vous avez des moments où les dossiers suivent leurs cours et des moments où vous avez une catastrophe qui vous tombe dessus. -Et enfin, on se sent finalement le plus utile... -Là, je dirais député parce que quand vous êtes député, vous avez une chose que vous n'avez pas quand vous êtes conseiller, c'est la capacité à parler en votre nom.
C'est très utile dans le débat d'avoir des députés qui portent une parole libre, qui défrichent de nouveaux sujets, qui ont plus de liberté que ce qu'ont des conseillers ou même que ce qu'ont parfois les ministres. -Merci David Amiel d'avoir été notre invité dans La Politique et moi. Générique de fin
David Amiel