Olivier Paccaud : « Nous devons regagner l’électorat qui est parti au Rassemblement National »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Olivier Paco. Bonjour Aurélien. Merci d'être notre invité, sénateur à l'air de l'Oise. On va évidemment revenir avec vous sur la déclaration de candidature du président de votre parti, Bruno Retailleau, et ses conséquences politiques. Mais d'abord, on regarde les unes de la presse régionale. On en a sélectionné trois, la une du Télégramme. Les nouveaux produits de luxe, café, chocolat, viande de bœuf, pèsent de plus en plus lourd dans le budget des Français. La deuxième une, c'est celle de l'Est Républicain sur le déclin historique de l'automobile. L'industrie automobile française qui s'essouffle en 13 ans.
La filière, doucement transformée par l'électrique, a perdu un tiers de ses emplois et vu ses ventes chuter de 20%. Alors est-ce que le virage électrique peut apporter un nouvel espoir ? C'est la question en une du journal. Et puis la dernière une, c'est celle du courrier Picard. C'est l'enduro du Touquet ce week-end. Les entreprises Picardes au rendez-vous. Cinq courses sur trois jours, des milliers de passionnés rassemblés, 700 000 spectateurs attendus. C'est la cinquantième édition de la mythique compétition qui démarre aujourd'hui. De quelle ligne avez-vous envie de nous parler ?
En dépit du fait que vous ayez eu la gentillesse de me présenter le courrier Picard et l'enduro du Touquet me fait penser à un maire de l'Oise formidable qui s'appelle Romuald Sels qui était motard. Non, je vais choisir le déclin historique de l'automobile parce que la France est un des pays de l'automobile, historiquement. On a eu et on a encore des marques extraordinairement réputées pour la qualité de leur production. Et aujourd'hui, effectivement, c'est un secteur économique qui se porte mal, qui compte beaucoup de sous-traitants.
Et il y a eu un rapport sénatorial il y a peu de temps, produit notamment par mon ami Alain Cadec, qui montre qu'effectivement, on a pris du retard et notamment dans le domaine de l'électrique.
Et ça vous inquiète ?
Bien sûr que c'est très inquiétant parce que ça emploie énormément de gens et c'est un domaine dans lequel on a toujours un savoir-faire remarquable. Et c'est vrai que la volonté européenne de mettre fin au thermique, entre guillemets, en 2035, s'est révélée une erreur historique qui est corrigée mais qui a fait du mal.
On va parler de la qualité politique qui concerne votre parti. Le président de votre parti, Bruno Retailleau, qui s'est donc déclaré hier officiellement candidat à la présidentielle. Vous y attendiez ?
Alors, c'était un petit peu dans les tuyaux. Maintenant, je crois qu'il y a eu une annonce, je ne dirais pas précipitée, mais peut-être un petit peu accélérée. Bruno a son timing. Alors, colline après colline, ça y est, il a franchi la première colline.
C'était pas le bon calendrier ?
Je ne sais pas. C'est trop tôt ? Écoutez, c'est trop tôt, l'avenir le dira.
Mais faire ça à un mois des municipales, ça interroge. Est-ce que quelque part, ce n'est pas un peu une forme d'affront pour les candidats à l'air qui sont sur le terrain en campagne à essayer de gagner ou de conserver des villes ?
Valait mieux le faire un mois que 15 jours avant, certainement. Donc là, pour l'instant, les municipales battent leur plein au cœur des communes. Et peut-être que les candidats qui sont effectivement en pleine campagne sont moins intéressés par l'actualité nationale.
Est-ce que ça ne fait pas un peu président de parti qui la joue perso, qui pense à son avenir présidentiel, plutôt que de penser à la campagne des candidats et à aller les soutenir ?
Écoutez, l'élection présidentielle ayant dans notre système de la Ve République une telle importance, tout découle de la présidentielle. On peut dire malheureusement, mais c'est comme ça. Il était peut-être temps d'effectivement marquer, non pas seulement les esprits, mais marquer son temps politique. Et c'est le choix qu'a fait Bruno Retailleau.
Il vous avait prévenu, il avait prévenu les sénateurs, puisqu'ils siègent au sein du groupe Allard ?
Il ne nous avait pas dit, puisque nous l'avons vu mardi matin, en réunion de groupe, où nous avons évoqué certaines problématiques. Il n'avait pas dit « je vais me déclarer ». Mais nous savions qu'il y avait des réflexions.
Mais vous n'avez pas prévenu qu'il allait le faire jeudi, sous quelle forme ? Vous n'attendiez pas à ce que ce soit hier ?
Personnellement, moi non.
Vous le regrettez ? Il n'est pas plus consulté ? On l'a vu hier, juste un mot sur la forme. Il s'est présenté seul, face à un pupitre, personne autour de lui. Est-ce que du coup, c'est le candidat d'un parti ou c'est le candidat de lui-même ?
Alors c'est vrai que la forme aujourd'hui prend beaucoup d'importance. Vous avez Jupiter avec ses Ray-Ban, vous avez Jacques Villerey avec son col. Et là, on avait quelqu'un de beaucoup plus classique, je suis tout à fait d'accord. Mais la présidentielle, c'est le rendez-vous d'un homme avec un peuple. Alors qu'il y ait un drapeau tricolore, un fond bleu et quelque chose de peut-être un petit peu austère et sobre, qui correspond à la personnalité de Bruno Rotailleau, ça ne me choque pas du tout.
Mais lui qui prône le rassemblement, est-ce que ça ne fait pas une déclaration de candidature un peu isolée ? D'autant plus si vous nous dites qu'il ne vous avait pas prévenu, pas consulté.
Il n'a pas besoin de me consulter ou de consulter. Vous les fondateurs à l'air. Je suppose qu'il avait consulté des gens. Maintenant, le temps de la campagne viendra et je ne doute pas qu'il sera entouré de la plupart de ses amis politiques. Et vous savez, un chef est fait pour chef, mais aussi pour rassembler. Et donc, il va effectivement rassembler le plus largement possible, je l'espère. Bruno Rotailleau, c'est le retour du gaullisme. Moi, c'est ce qui m'a frappé dans sa déclaration de candidature, que j'ai relue attentivement, que j'ai surlignée. C'est une déclaration très gaulliste et qui m'a beaucoup plu. C'est le retour d'une certaine idée de la France, d'une certaine idée de l'État.
C'est le candidat du courage, le candidat de la clarté, le candidat des convictions. Et il a insisté beaucoup sur un mot, la vérité. Il n'est pas là pour effectivement raconter tout et n'importe quoi, avoir des postures théâtrales, comme il dit, mais pour effectivement dire des choses qui peut-être parfois vont déplaire, mais qui sont indispensables pour le redressement du pays. Exemple, le travail. Il ose dire que si on veut retrouver la prospérité, il faudra travailler plus.
Et dans notre société où on nous fait croire qu'on peut, et on est le seul pays au monde, maintenir notre système de retraite en revenant éventuellement à 60 ans à l'âge de départ, eh bien au moins lui, il a du courage. Il dit, ben oui, non, il faut travailler plus. Il faut aussi, peut-être pour moins imposer fiscalement, que nos entreprises soient plus compétitives. Et ça passe par un aménagement des normes, par effectivement plus de travail aussi. C'est le candidat du courage.
Il dit que, il a redit, que l'immigration n'est pas une chance pour la France. Est-ce que vous, vous approuvez cette phrase ?
Alors, il n'a pas dit uniquement ça. Mais il l'a dit. Est-ce que cette phrase, vous l'approuvez ? Disons que quand elle est développée, oui, je l'approuve. Effectivement, aujourd'hui, l'immigration, parce qu'elle n'est pas encadrée, parce qu'elle aboutit à une déstabilisation du corps social, effectivement. Il y a eu trop d'immigration incontrôlée. Et dans votre question, d'ailleurs, il y a presque un problème pour y répondre, parce qu'on se sent presque attaqué. Vous semblez presque dire que cette phrase sous-entend un relant de racisme. Mais pas du tout.
Non, pas du tout. Il dit que l'immigration n'est pas une chance pour la France. Est-ce que vous, vous diriez la même chose ? Ou est-ce qu'il aurait dû la nuancer ?
Mais il l'a nuancée, en fait. Mais oui, l'immigration, aujourd'hui, incontrôlée, n'est pas une chance pour le pays, bien sûr.
Est-ce que ce n'est pas aussi une manière de draguer les électeurs du RN que de dire ça ?
Draguer, je ne sais pas. Mais ne nous racontons pas d'histoire, surtout quand on est à droite. Une bonne partie de notre électorat est partie du côté du Rassemblement national. Peut-être parce qu'il avait senti, dans la famille LR, moins de courage dans ses expressions, moins de fermeté. Oui, bien sûr.
Que vous pensez pouvoir les ramener chez les LR, ces électeurs qui sont partis au RN ?
On a un modèle électoral. C'est 2007. Nicolas Sarkozy, qu'on ne peut pas qualifier de raciste ou de fasciste, avait réussi à ramener énormément d'électeurs qui, en 2002, en premier tour, avaient voté pour Jean-Marie Le Pen. Alors, 2007 et 2027, il y a 20 ans d'écart. Il y a beaucoup de choses qui se sont passées.
Surtout, il y a 5 ans de sarkozisme. Est-ce que le bilan de son quinquennat, justement, ne va pas faire dire à ses électeurs « Ok, Nicolas Sarkozy, il avait ce discours de campagne, mais qu'est-ce qu'il a fait en 5 ans ? »
Ce qu'il a fait en 5 ans, c'est le travailler plus ou le gagner plus. Moi, j'en suis très fier et je pense que c'était peut-être la meilleure mesure politique de ces 30 dernières années. Voilà. Donc, le bilan de Nicolas Sarkozy, on n'a pas à en rougir. Alors, il n'a pas permis d'être réélu. C'est une évidence. Et quand on est battu par François Hollande, c'est qu'il y a un petit problème quand même. Mais sur la philosophie de Nicolas Sarkozy, moi, j'adhère à 100%.
Sur le fonds, comment on départage ? Bruno Retailleau, hier, il va tout droit vers 2027. Il ne parle pas de primaire. David Lissnard, par exemple, lui, qui est aussi dans votre parti, il appelle à l'organisation d'une primaire. Comment on départage tous ces candidats ?
Alors, il y aura au sein du mouvement lui-même, les LR. Parce que le vrai problème, ce n'est pas les LR. C'est les LR et leurs alliés potentiels d'horizon. Au sein des LR, il y aura effectivement un mode de désignation, très probablement par les militants. Bon. Après, quand il y aura un seul candidat LR, il y aura peut-être Édouard Philippe, d'un côté. Il y aura peut-être Gérald Darmanin. Et il faut à l'arrivée qu'il n'y en ait qu'un seul. Parce que s'il y a une multiplicité de candidatures, c'est l'échec assuré pour ne pas arriver au second.
Et là, comment vous les départagez, les candidats du Bloc central ?
Alors, personnellement, je n'ai pas de méthode, moi. Mais il faut qu'ils se parlent. Éventuellement, qu'ils aillent vers une primaire ouverte. Je ne sais pas où qu'ils trouvent une modalité. Alors, on parle des sondages en disant, voilà, celui qui est en tête dans les sondages, tout le monde va se ranger derrière lui. C'est bien gentil, mais les sondages peuvent bouger. Donc, celui qui est numéro 2 pourra dire, mais dans 3 semaines, je serai numéro 1. Donc, il faut trouver la bonne méthode, il faut faire…
Mais pour vous, il faut un candidat d'Edouard Philippe à Bruno Retailleau, il faut un seul candidat ?
Je dirais même de Gérald Darmanin à Edouard Philippe. Ah, Bruno Retailleau, en passant par Edouard Philippe, oui.
Mais ça s'arrête à Bruno Retailleau. Vous ne vous dites pas, comme Laurent Wauquiez, ça doit aller jusqu'à Sarah Knafow.
Alors, Sarah Knafow, je la mets un petit peu à part, mais en tous les cas, ça n'ira jamais jusqu'à Marine Le Pen, puisque le Rassemblement National est un parti socialiste au niveau économique. Ils nous l'ont démontré jour après jour. Mais Sarah Knafow, oui. Sarah Knafow, c'est un ovni politique. Elle est particulièrement habile. Elle sait faire bouger les lignes. Et j'avoue que par moment, je ne la situe pas bien.
On va voir, puisqu'on le disait, cette déclaration de candidature, elle se situe à un mois des municipales. On va aller chez vous, dans l'Oise, à Compiègne. Bonjour Vincent Gérard, merci beaucoup d'être avec nous, directeur de Oisebdo. Et Vincent, vous avez-vous une question sur l'enjeu pour les Républicains des prochaines échéances électorales ?
Oui, bonjour M. le Sénateur, bonjour Public Sénat. Je suis inquiet pour vous, M. le Sénateur. Je suis inquiet pour votre prochaine réélection. Alors, peut-être pas spécialement votre réélection, mais l'élection de votre liste, vous aviez passé deux sénateurs. Les élections municipales vont désigner le corps électoral des grands électeurs qui votent pour les sénatoriens. Alors, il ne vous aura pas échappé que dans l'Oise, il y a six députés RN sur sept. Et que des villes importantes comme Noyon, Chambly, Compiègne, Crépillon, Valois, Soirandis, risquent de tomber aux mains du RN, que Beauvais risque de tomber à gauche.
Est-ce que vous êtes inquiet que cette nouvelle donne laisse passer un sénateur RN pour l'Oise et que votre bloc de droite et de centre risque de perdre un siège ?
Merci Vincent Gérard. Alors, Vincent Gérard est toujours gentil avec moi. Il pense que je vais toujours perdre les élections. En 2023, au sénatorial, il pensait que je ne serais pas élu. J'ai fait deux sièges sur ma... Donc, merci Vincent. Alors, non, je rassure... Moi, je n'ai pas une presse complète. Ah oui, alors, Oisebdo ne m'a jamais fait de cadeau. Mais j'aime beaucoup Vincent Gérard qui a une vraie connaissance du terrain. Sauf que, mon cher Vincent Gérard, vous parlez effectivement de la puissance du RN dans l'Oise. Et c'est une évidence. Ils ont six députés sur sept. Ils ont énormément d'électeurs.
Par contre, ils ont une difficulté incroyable à créer des lisses aux élections municipales. Ils voulaient faire des lisses dans toutes les villes de plus de 3 500 habitants. Ils ont dû rabattre leur ambition à toutes les villes de plus de 9 000. Il y en a une quinzaine et ils ne seront présents que dans la moitié. Que dans la moitié. Vous avez cité 100 lisses, M. Gérard. Il y a un candidat tête de lisse RN à 100 lisses. Je pense qu'il n'y a pas de lisses pour l'instant. Je pense qu'il n'y a pas de lisses. Et alors, pour être très clair, à mon avis, les élections municipales dans l'Oise vont aboutir à une relative stabilité du corps sénatorial. Il ne va pas y avoir de grands changements.
J'en souhaite. Je souhaite que Creil quitte le marécage socialiste. Mais je n'en suis pas totalement sûr. Et vous parlez de Beauvais. Je ne suis pas sûr que Beauvais va repasser sous la bannière rose.
Vincent ? Très bien. Merci. Vous aurez rassuré vos électeurs de l'Oise. Merci.
Merci, Vincent Gérard. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Directeur de Oisebdo. On regarde la une de Oisebdo. Merci beaucoup, Vincent, d'avoir été là. On passe au reste de l'actualité. Et le gouvernement dévoile aujourd'hui sa feuille de route énergétique jusqu'en 2035. La PPE, programmation pluriannuelle de l'énergie. D'abord, avant de parler du fond, un mot sur la forme. Elle a été publiée par décret aujourd'hui. Elle ne sera donc pas débattue au Parlement. Les débats ont largement eu lieu, a dit Sébastien Lecornu à la presse régionale. Il a tort ?
Évidemment. Sébastien Lecornu s'était présenté comme le chantre du parlementarisme. Souvenez-vous-en. Plus de 49.3. Le gouvernement proposera. Nous débattrons. Vous voterez. Et là, qu'est-ce qui se passe ? Le sénateur Stéphane Piennoir a posé une question d'actualité à ce sujet. Et sa conclusion, c'était de quoi avez-vous peur ? Bon, on n'a pas compris, effectivement, sur la forme. À l'arrivée…
Il a peur de l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, en fait.
Il a toujours peur, en fait. Et il a peur de devoir éventuellement céder une nouvelle fois au Parti Socialiste ou peut-être aux écologistes, je ne sais. La feuille de route en elle-même ne me choque pas. Cette réaffirmation de la primauté, de la nécessité de la primauté du nucléaire, c'était une évidence. Ça ne l'était pas du côté d'Emmanuel Macron, qui est le roi de la volte-face, qui nous a dit il y a six ans, écoutez, on va revenir sur le nucléaire.
Oui, la précédente PPE.
Pardon ? La précédente PPE, bien sûr.
Qui prévoyait la fermeture de 14 réacteurs. Exactement. Pour ramasser plus granulaires de l'énergie.
Mais oui, le nucléaire, c'est une chance française qu'on a gâchée pendant quelques années à cause de François Hollande et des écologistes. Emmanuel Macron a hésité. Et puis aujourd'hui, effectivement, on a une ambition nucléaire qui est renouvelée. Je m'en félicite. C'est une énergie décarbonée. C'est une énergie propre. Peut-être, par contre, que sur les énergies renouvelables, et notamment sur l'éolien terrestre, on a manqué d'ambition, entre guillemets, pour un retour en arrière ou un moratoire. Parce que je fais partie d'un territoire où, dans certaines communes, dans certains secteurs, à 360 degrés, vous avez des éoliennes, avec donc un rachat de l'électricité à un coût délirant.
Juste sur le nucléaire, on va écouter ce qu'en dit le sénateur écologiste de Paris, Yannick Jadot. Il est au micro de Gaspard Bunet.
Sur le fond, on voit bien qu'il y a une obsession nucléaire dans notre pays qui devient totalement déraisonnable, puisque les derniers chiffres sur les projets de 6 EPR, c'est plus de 100 milliards. Donc on est sur des chiffres absolument astronomiques que les contribuables et les consommateurs vont payer.
Qu'est-ce que vous lui dites, Olivier ?
Je lui dis, très cher Yannick, que tu es meilleur quand tu parles de foot. Le nucléaire, c'est la souveraineté... C'est pas très gentil, ça.
Pardon ? C'est pas très gentil, ça.
C'est ce que je pense ? Non, mais j'aime beaucoup Yannick Jadot. Mais le nucléaire, c'est la souveraineté industrielle énergétique française. Et dans un monde où nous n'avons pas beaucoup de production de matières fossiles, où il faudrait acheter du pétrole ou du gaz à des pays qui ne nous veulent pas forcément du bien, cette indépendance, elle est plus que précieuse. Et il parle du coût. Effectivement, c'est un coût, le nucléaire. Mais l'importation de ces produits... On avait vu le prix du gaz atteindre des taux délirants. C'est une bonne chose ? Non. Et le rachat des énergies renouvelables à des prix totalement déraisonnables, c'est une bonne chose ?
Faire produire des panneaux photovoltaïques en Chine, des pales éoliennes en Chine ou en Inde, c'est une bonne chose ? Non.
Juste, M. Pacan, un dernier mot. Est-ce que le fait que ce soit publié par décret, ça vaut censure ? Est-ce que les députés LR vont déposer une motion de censure ou s'associer à celle du Rassemblement national ?
Écoutez, les députés LR sont censurophobes. Et puis, ils ont déclaré avec leur président qu'ils ne censureraient pas dès l'automne 2025. Et donc, M. Lecornu peut dormir sur ses deux oreilles.
Vous le regrettez ?
Ah oui.
Là, vous souhaitez une motion de censure sur ce sujet ?
Surtout sur le budget. Surtout sur le budget. Pas là ? Non, parce que là, la feuille de route en elle-même, elle n'est pas si mauvaise que ça. Mais à partir du moment où on avait dit on ne censurera pas, on ne sert plus à rien, Olivier Faure, lui, a pu être maître chanteur parce qu'il a fait peser la menace de la censure. Et il a obtenu ce qu'il souhaitait.
Parler du budget, ou tout du moins de la polémique autour de la nomination de celle qui a porté le budget. C'est la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, nommée à la tête de la Cour des Comptes. Et la polémique, Quentin, elle a été vive cette semaine. Vous allez nous refaire le feuilleton.
Oui, effectivement, la nomination est officielle depuis mercredi midi. Le Conseil des ministres qui se tenait à l'Elysée, elle ne sera effective qu'à partir du 23 février. On a donc vu Amélie de Montchalin siégée en séance au Sénat avant-hier. Elle est arrivée comme ça, on le voit ici, au palais du Luxembourg. Depuis quatre jours, l'opposition dénonce cette décision du chef de l'État. C'est une première sous la Ve République qu'un ministre passe directement de ses fonctions au budget à la Cour des Comptes. notamment un chargé d'évaluer les politiques publiques en matière de finances. Les LR au Sénat qui sont donc interrogés, qui ont interrogé le gouvernement à ce propos.
Écoutez, mercredi, le sénateur LR Raymond Hugonnet.
Jean Raymond.
Même si on ne s'étonne plus de rien en ce bas monde, confier le contrôle du budget à la personne qui l'a élaborée semble tout de même une option assez hardie. De là à parler de verrouillage eu égard au caractère inamovible de la charge ou bien même de défiance vis-à-vis des magistrats de la rue Cambon, il n'y a qu'un pas que je ne saurais franchir, bien sûr. Voilà l'extrait de cette question de Jean-Raymond Hugonnet. À ce moment-là, on a vu Orianne, Amélie de Montchalin rester impassible sur son siège, les bras croisés, semblant ignorer la polémique. C'est la porte-parole du gouvernement qui a répondu, évoquant la collégialité de la prise de décision à la Cour des Comptes.
Écoutez-moi de Bréjean. C'est précisément cette collégialité qui fonde l'impartialité de la Cour des Comptes. Amélie de Montchalin sera et a été nommée aujourd'hui première présidente de la Cour des Comptes, mais elle sera entourée de sept présidents de chambre. C'est une juridiction, chacun porte serment. Je ne m'en rappelle pas personnellement, mais François Mitterrand avait en son temps nommé Pierre Jox qui en quatre jours est passé du ministère de la Défense à la Cour des Comptes sans que ça pose de difficultés, d'indépendance ou d'impartialité.
Voilà, cette question d'élimination à un an d'élection présidentielle est particulièrement sensible, d'autant que d'autres désignations doivent intervenir dans les prochains mois. La présidence du Conseil d'État en mai, également, qui sera à la tête de la Banque de France, on le saura en juin. Alors Olivier Paco, ses nominations, c'est du ressort du président de la République, sans le contrôle du Parlement, c'est dans la Constitution. Pourquoi vous en offensez ?
Parce que certaines personnalités effectivement posent un petit peu problème. Alors vous ne l'avez pas cité, mais je pense que la nomination de Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, c'était déjà le pompon, mais alors on a cherry on the cake, voilà la cerise sur le gâteau, c'est Amélie de Montchalin qui va effectivement passer directement du ministère des Comptes publics à l'instant chargé, justement, de vérifier, de critiquer, de légitimer les décisions du ministère des Comptes publics. – Sauf que pardon,
la nomination de Richard Ferrand, elle était soumise au contrôle du Parlement.
– Oui, et elle a été validée grâce à l'abstention bienveillante du Rassemblement national, il me semble. – Ça s'était joué à une voix. – Eh bien voilà. Alors concernant Amélie de Montchalin, je pense qu'elle a les compétences, soyons honnêtes, mais qu'elle passe immédiatement de l'un à l'autre, il aurait fallu un sas de décompression, parce que là, on ne peut pas approuver cette nomination sans y voir le fait du prince et la volonté effectivement de verrouiller. C'est non pas le recasage, c'est la République des Copines là. Et c'est très gênant, c'est très très très gênant.
– Alors qu'est-ce que vous répondez aux arguments de la porte-parole du gouvernement ? Ça s'est déjà passé par le passé et également la Cour des Comptes travaille en collégialité. Il y a cet autre président ?
– Je lui réponds qu'il y a un président de la République qui s'appelait Nicolas Sarkozy qui a mis en place d'autres systèmes un peu plus vertueux par exemple la direction de la Commission des Finances par l'opposition. Je suis à la Commission des Finances, nous avons un président socialiste qui s'appelle Claude Rennal avec lequel nous travaillons très bien et il y a un rapporteur général LR. C'est une bonne mesure. Donc comme quoi, un président de la République n'est pas forcément dans le recasage et dans le verrouillage. Il faut avoir un tout petit peu de vertu dans la façon d'agir.
– Oui, c'était ma question suivante, cette question du verrouillage. Il y a selon vous la volonté de verrouiller certaines institutions à un an de l'élection présidentielle. le président de la République qui comme ça essaierait de placer ses proches aussi pour sauver son bilan, vous le croyez ?
– Sauver son bilan, il va y avoir du mal parce que les Français ont un tout petit peu de mémoire, ils savent compter et ils voient qu'il y avait eu quelques petites choses entre 2017 et 2022. 2022, 2027, c'est le néant ou la nullité. Donc non, les Français seront très sévères. Après, la volonté de verrouiller, d'empêcher peut-être certaines mesures d'être prises, notamment je prends le cas du Conseil d'État ou du Conseil constitutionnel, c'est une évidence. C'est une évidence.
Et pour revenir à la candidature de Bruno Retailleau, il est évident qu'il va falloir faire évoluer notre Constitution pour que certaines instances aient peut-être moins de pouvoir et que le référendum, par exemple, puisque Bruno Retailleau en parle, puisse être utilisé beaucoup plus facilement et que ce soit le peuple français, une vraie démocratie, c'est la parole au peuple et ne pas avoir peur de recourir à la parole populaire.
À quelles institutions vous voulez donner moins de pouvoir ?
Par exemple, au Conseil constitutionnel, on a trop d'exemples de décisions qui ont été retoquées, d'amendements qui ont été déclarés cavaliers par le Conseil constitutionnel. Oui, je le dis clairement.
Et Bruno Retailleau l'avait aussi dit à l'époque. J'ai une dernière question. Est-ce que vous diriez que la Cour des comptes aujourd'hui est affaiblie par cette nomination ?
Vous savez, quand Mme Monchalin va venir devant nous pour nous tenir un discours peut-être inverse de celui qu'elle a tenu trois mois avant, effectivement, elle va prendre une salve de Katyusha donc oui, elle est affaiblie mais elle a l'habitude parce qu'elle nous a souvent changé de discours d'une semaine à l'autre sur le budget. Ça a été assez extraordinaire sur certains impôts qui devaient disparaître et qui finalement ont réapparu avec un aplomb extraordinaire. Elle a toujours su justifier la position du gouvernement. Elle le fera à la Cour des comptes mais nous ne serons pas des bénis-oui-oui pour louanger son action.
Merci Olivier Paco. Merci beaucoup d'avoir été notre invité.
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Olivier Paccaud