Pénurie de carburant, affaire Bayou, protection policière… Ce qu'il faut retenir de l'interview de Sandrine Rousseau
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Bonjour Sandrine Rousseau, la grève touche désormais 6 des 8 raffineries de métropole, est-ce que le gouvernement a raison de vouloir réquisitionner les grévistes ?
Non il n'a pas raison et par ailleurs il devrait faire pression sur la direction totale plutôt que sur les grévistes et on dit depuis maintenant des années que les mouvements sociaux ne servent à rien, là on s'aperçoit que ça sert à quelque chose, moi j'espère que ce sera l'étincelle qui déclenchera un mouvement de grève générale parce que là la colère dans le pays est telle que je pense qu'il y a vraiment matière à bloquer et à changer les politiques libérales qui sont mises en place par le gouvernement.
Votre objectif aujourd'hui c'est la grève générale dans la France, le blocage du pays.
J'aimerais bien que quelque chose émerge dans le débat politique parce que là la colère est telle qu'il faut que le gouvernement entende à quel point ces politiques libérales de casse de l'assurance chômage, de casse des retraites ne sont plus supportables aujourd'hui par les Français et Françaises et je rappelle quand même que tout le débat qu'il y a eu avant l'été dans l'Assemblée nationale consistait à augmenter les salaires ou à donner des primes aux salariés et que si on avait augmenté les salaires, c'est-à-dire si on avait voté les amendements que nous proposions à la NUPES et bien probablement que nous ne serions pas dans cette situation-là puisque là ce qui est demandé c'est une augmentation des salaires.
Sandrine Rousseau, là on parle de grève préventive, c'est ce que dit aussi Laurent Berger, le patron de la CFDT. Vous dites, malgré tout, ces blocages, ces grèves de salariés, elles sont justifiées ? Oui, elles sont justifiées parce que... Alors que les négociations vont avoir lieu, chez Total elles ont même été avancées. Elles devaient avoir été en janvier, ce sera le mois prochain.
Total fait des super profits depuis des mois, là. Depuis des mois. Donc maintenant il faut... C'est incroyable que tout cet argent parte aux actionnaires de Total. C'est incroyable parce que ces actionnaires...
Vous savez que les augmentations ont déjà été actées. Oui. Elles arrivent autour de la table avec des augmentations.
Très bien, mais la question qu'il y a derrière, c'est le partage de la valeur ajoutée, le partage des bénéfices supplémentaires qui est fait entre capital et travail. Qu'en l'occurrence là, il s'agit de gens qui travaillent dans les raffineries pour des salaires qui sont extrêmement faibles. Enfin, ce ne sont pas des salaires, ce ne sont pas des hauts salaires. Et par ailleurs, encore une fois, ce qu'on propose face à cette crise incroyable de l'inflation qui touche de manière, mais vraiment frontale, des familles qui vont être en demeure de choisir entre leur facture d'électricité ou la nourriture de leurs enfants. Ce qu'on propose, ce sont des primes, ça n'est pas à la hauteur.
Mais qu'est-ce que vous auriez fait à la place du gouvernement aujourd'hui ? Entre les millions de Français qui galèrent tous les jours ?
J'aurais convoqué le PDG Total dans mon bureau depuis un moment déjà.
Pour lui dire quoi ?
Pour lui dire déjà qu'il va être soumis à une taxe sur les super-profits et qu'il serait bon qu'il partage la valeur ajoutée avec le travail et non pas qu'il donne tout. Vous savez que Total va être taxé davantage sur ses raffineries ? Alors, ça n'est que le droit européen qui va être... Oui, mais ça va se faire au final. Oui, d'accord, mais on a refusé la taxe sur les super-profits en France alors qu'il y avait des pays européens qui la mettaient en place. Et là, ça n'est que la traduction du droit européen dans le droit français. Donc vraiment, on est à minima. Bruno Le Maire ne veut pas entendre parler de taxes supplémentaires, y compris sur les entreprises qui s'enrichissent éhontément.
Juste vous dites quoi au Conseil qui galère tous les matins
pour aller prendre de l'essence à la pompe ?
Moi, je leur dis... Écoutez, vraiment là, on est dans une situation qui est catastrophique, dans une situation qui vous met vous-même en danger. Essayons de changer radicalement nos politiques publiques. Et pour ça, il va peut-être falloir bloquer un tout petit peu les choses.
Un tout petit peu ou beaucoup, puisque vous appelez à la grève générale en France. Que doivent devenir, Sandrine Rousseau, les deux ristournes sur les carburants, celles du gouvernement et celles de Total, qui sont censées diminuer le mois prochain et disparaître entièrement en janvier ? Est-ce que vous dites qu'il faut les maintenir pour aider les Français qui aujourd'hui n'arrivent pas à faire le plein, ou il faut les supprimer car elles subventionnent une énergie fossile ?
Je dis que là, aujourd'hui, ces ristournes favorisent autant ceux qui ont des 4x4 et qui habitent en plein cœur de ville où il y a des transports en commun que ceux qui ont absolument besoin de leur voiture pour leur travail. Et c'est ça qui ne va pas. C'est-à-dire que là, il nous faut avoir une politique ciblée vers ceux qui ont absolument besoin de leur voiture, où il n'y a pas d'alternative, et faire comme en Espagne, comme en Allemagne, des politiques d'accès aux transports publics avec des tickets gratuits, avec les transports en commun gratuits, avec des tickets de train gratuits ou à 9 euros comme en Allemagne.
Et que c'est vraiment la politique manquante, l'aspect manquant de notre politique de mobilité. Le gouvernement, aujourd'hui, ne fait que de la suite. Les transports en commun ne sont pas aussi développés ? Pardon ? Oui, c'est pour ça qu'eux, par exemple, il faut la ristourne et que par contre, en ville, pour les personnes qui habitent en ville, il faut des transports en commun qui soient gratuits. Et qu'on voit en Allemagne, quand ils font les transports en commun gratuits ou les tickets de train à 9 euros, eh bien, il y a une personne sur cinq qui sont dans les transports en commun qui n'avaient jamais pris les transports en commun avant.
Donc là, c'est maintenant qu'il nous faut faire ce tournant-là. Et par ailleurs, on parlera sans doute du plan sobriété. Mais ce plan sobriété est un scandale. C'est-à-dire qu'on est uniquement sur des comportements individuels. Aucune politique publique n'est mise en œuvre pour permettre aux gens de ne plus consommer d'énergie. Il n'y a pas d'argent suffisamment mis.
C'est-à-dire que les administrations doivent donner l'exemple puisque c'est l'une des priorités de ce plan. Pour vous, ce n'est pas une bonne idée ?
Si, les administrations doivent donner l'exemple. Mais enfin, quand on met dans un plan de sobriété qu'on limite la vitesse à 110 km heure sur les autoroutes, uniquement quand on utilise une voiture de service en dehors des heures de travail, comprenez quand même qu'on se moque des gens.
Vous, vous auriez souhaité des mesures plus strictes ? C'est-à-dire, par exemple, la limitation 110 à l'heure ?
Je pense que la limitation à 110 km heure sur les autoroutes est une mesure que nous devrions prendre en urgence. Un, parce que ça limite les émissions de carbone. Deux, ça limite la consommation d'essence. Et puis trois, par ailleurs, ça limite l'accidentologie.
Vous savez qu'il y a un candidat qui défendait cette mesure, un seul, à la présidentielle ?
Et c'était qui ?
C'était le vôtre.
Et bien voilà ! Vous le découvrez aujourd'hui.
Yannick Jadot, il avait fait cette proposition sur ce plateau.
Raison pour laquelle nous sommes dans le même parti politique.
Oui, pourquoi vous avez aussi des points communs avec Yannick Jadot, même s'il y a aussi quelques différences. Salia, pardon.
Aujourd'hui, 25 réacteurs nucléaires sont à l'arrêt. Sandrine Rousseau, est-ce que vous espérez que les centrales reprennent le plus vite possible pour qu'on puisse passer l'hiver plus sereinement ?
Je pense que le nucléaire est en fin de vie et qu'on voit à quel point on est en tension. C'est-à-dire que la plupart des réacteurs ont été arrêtés soit pour entretien, corrosion, soit parce qu'il y avait des niveaux d'eau qui étaient insuffisants pour les refroidir. Et dans le cadre du dérèglement climatique et du réchauffement climatique, la question du niveau d'eau devient centrale. C'est-à-dire les usages de l'eau, à qui sert cette eau ? Et y aura-t-il suffisamment d'eau pour refroidir des réacteurs nucléaires ? Là, vous parlez du futur. Aujourd'hui, vous êtes au pouvoir.
Mais de toute façon, aujourd'hui, on n'a que ça, puisqu'on a refusé depuis des années d'investir sur les énergies renouvelables au motif que c'était moche.
Mais vous voyez qu'un pays qui a investi, que vous citez souvent comme modèle chez les écologistes, qui est l'Allemagne, est en train de réfléchir, et même un peu plus que réfléchir, à prolonger la durée de vie de ces centrales nucléaires, alors même que vos alliés écologistes allemands sont dans la coalition.
Pourquoi ? Parce que l'Allemagne nous fournit de l'électricité. Et parce qu'on n'a même plus les capacités de nous fournir nous-mêmes.
Mais les écologistes allemands sont dans une coalition qui prolonge la durée de vie des centrales nucléaires.
Oui, très bien. Sauf que là, c'est parce qu'ils doivent fournir de l'électricité au reste de l'Europe. En fait, notre indigence et notre faiblesse... Parce que nos centrales sont à l'arrêt. Mais oui ! Parce que nos centrales sont à l'arrêt. Et précisément parce que nous n'avons pas anticipé les effets du dérèglement climatique sur des centrales et que nous n'avons pas entretenu les centrales parce qu'on a estimé que des centrales nucléaires, eh bien, c'était tellement bien que ça allait fonctionner comme ça.
Donc on aurait dû investir davantage dans le nucléaire pour mieux les entretenir et les faire durer plus longtemps.
Moi, je pense qu'on aurait surtout dû anticiper le fait qu'on ait une crise énergétique et qu'on investisse dans les énergies renouvelables, ce qui n'a pas été fait. Nous sommes le canard boiteux de l'Europe de ce point de vue-là. Nous sommes le dernier élève de l'Europe. Nous sommes le plus mauvais élève. Nous avons repoussé tout ce qui était énergie renouvelable parce que nous avions cette espèce de fierté du nucléaire et qu'aujourd'hui, on en paye le prix. Et qu'il est vraiment incroyable de penser que c'est parce que les écologistes étaient opposés au nucléaire, parce que je sens bien que telle est votre question derrière, que c'était...
Non, mais vous pouvez faire la question si vous voulez, mais non.
En fait, on reproche aux antinucléaires la situation, alors que précisément, c'est parce qu'on n'a jamais fait d'énergie renouvelable que nous sommes dans cette situation.
À défaut de poser les questions que vous attendez de moi, Sandrine Rousseau, je vais donner l'heure, 8h41. Le fil Info avec Maureen Sunier, on poursuit juste après.
Il s'agit d'une demande du président ukrainien. L'Allemagne livre son premier système de défense antiaérienne aux pays en guerre contre la Russie. Le G7 promet de son côté de demander des comptes à Vladimir Poutine, notamment après les bombardements du début de semaine qui ont fait 19 morts et 105 blessés. Cette guerre, la situation internationale au cœur de l'intervention du président de la République ce soir. Interview sur France 2 d'Emmanuel Macron que vous pourrez suivre en direct sur France Info, édition spéciale dès 20h. C'est le début d'un nouveau jour de grève pour les salariés dans les dépôts de carburant. Les raffineries françaises, 6 raffineries sur 8 sont concernées.
Total Energy propose une réunion cet après-midi, même avec la CGT. Si les blocages sont levés, la CFDT prévient la direction de Total. Sur France Info, on ne négociera pas les salaires sans la CGT. En marquant face au Belfica hier soir, Kylian Mbappé devient le meilleur buteur du PSG en Ligue des Champions. Match nul hier, un partout. L'attaquant star qui veut quitter rapidement son équipe, déçu par la direction. Ce soir, l'Olympique de Marseille joue à 21h face au Sporting Portugal. France Info
Sandrine Rousseau, les Insoumis organisent dimanche une marche contre la vie chère.
Est-ce que vous serez dans la rue aussi ? Oui, je serai dans la rue, bien sûr. Est-ce que toute la gauche sera ensemble ? Olivier Faure, Jean-Luc Mélenchon, vous les écologistes, côte à côte ? Je pense et j'espère. Quel est le message de cette manifestation ?
Le message de cette manifestation, c'est de dire qu'il y a une opposition à Emmanuel Macron, à ce gouvernement, au fait qu'il n'y a pas de fatalité dans les problèmes que connaissent les Français et Françaises aujourd'hui pour remplir leur frigo autant que pour payer leur facture. Et c'est pour ça qu'une autre politique est possible. Il y a de l'espoir, il y a vraiment quelque chose d'autre à faire pour que le pays aille mieux. Et c'est l'objet de cette marche contre la vie chère.
La France est le pays en Europe qui a dépensé le plus en bouclier énergétique. 100 milliards d'euros entre 2022 et le prochain budget, celui de 2023. C'est aussi celui où l'inflation est la moins élevée des 27 pays de la zone euro. Pour vous, il n'y a rien de bon dans les mesures qui ont été décidées ?
Ah ben si, ça a ralenti le rythme, mais ça ne permet pas de prendre le virage qui est indispensable.
Parce que vous nous dites, depuis une dizaine de minutes, on est dans un pays ultra-libéral, l'inflation est la plus faible, y compris plus faible que dans des pays dirigés par la gauche aujourd'hui qui ont mis moins d'argent dans le bouclier.
Oui, mais c'est un bouclier qui est une espèce de fond perdu. C'est ça que je reproche, moi, au gouvernement. Et d'ailleurs, c'est très bien vu dans les débats à l'Assemblée nationale, c'est que plutôt que de prendre des mesures, typiquement, par exemple, si vous prenez un appartement, vous pouvez faire un bouclier sur le gaz. Dans ces cas-là, en effet, votre facture de gaz ne va pas augmenter autant qu'elle aurait dû augmenter. Mais il y a quelque chose d'encore plus intelligent à faire qui serait d'isoler ce logement sans que la personne qui l'occupe ait à payer quoi que ce soit, de sorte qu'elle n'ait plus jamais de facture à payer. Avec ma prime générale, qui a été rehaussée ?
Non, mais si on garde ce rythme-là, on en a pour plusieurs centaines d'années avant que juste les passoires thermiques soient isolées. Donc, on n'est pas du tout dans le bon rythme. On n'est pas du tout dans le bon rythme. Et par ailleurs, dans ces logements qui sont mal isolés, souvent vivent des familles, souvent des familles précaires avec des enfants et qui ont subi la canicule cet été et qui subiront le froid cet hiver. Donc, c'est aussi une mesure sociale que de protéger la vie et la qualité de vie de ces personnes.
Centrine Rousseau, pour appeler les Français à se mobiliser, Jean-Luc Mélenchon a tweeté « Le 5 et 6 octobre 1789, les femmes marchent sur Versailles contre la Vichère. Elles ramènent le roi, la reine et le dauphin de force à Paris sous contrôle populaire. Faites mieux le 16 octobre. » C'est le tweet de Jean-Luc Mélenchon. Comment vous l'interprétez ?
Je pense que Jean-Luc Mélenchon n'a pas du tout l'intention de couper quelques têtes que ce soit, mais par contre, de montrer que le pouvoir est dans la rue, dans la contestation, et on le voit avec le total. Non, je ne crois pas que ce soit un appel à la violence, ou du moins, il faut lui poser la question à lui. C'est un appel à la révolte. Et ça, il y a besoin, je pense, aujourd'hui, de canaliser cette colère.
Ça veut dire quoi, le pouvoir est dans la rue ? Le pouvoir, il n'est pas à l'Elysée ? Il n'est pas à l'Assemblée ? Ou vous êtes députée du peuple ?
Eh bien, aujourd'hui, il est bien trop à l'Elysée. Il n'est trop peu à l'Assemblée. Et il est vraiment négligé dans la rue. Et à chaque fois qu'il y a eu des mouvements sociaux, on l'a vu avec les Gilets jaunes, mais on l'a vu avec d'autres mouvements sociaux ensuite, eh bien, la seule réponse du pouvoir, c'est la violence face à ces...
Est-ce que ce n'est pas un peu étrange de dire ça alors qu'on sort d'une succession d'élections ? L'élection présidentielle et législative ? Vous-même, vous êtes élue.
Ce qui me marque, là, dans la séquence, c'est qu'Emmanuel Macron a décidé de faire sa majorité avec LR, avec les Républicains, alors qu'il aurait pu décider de faire avec nous, avec la NUPES, et donc l'orienter à gauche, en fait. Et de voir quelle a été la puissance, aussi, de cette NUPES dans les urnes, qu'il le renie complètement. Il ne veut pas la voir, il ne l'accepte pas, il n'accepte pas que nous soyons, aujourd'hui, en nombre à l'Assemblée. Et je pense que c'est son dernier mandat et qu'il aurait pu aussi faire un virage et arrêter cette politique libérale pour aller vers quelque chose de plus respectueux, de plus social et de plus écologique.
Et que, finalement, il y a un petit truc un peu, j'ai l'impression, de mauvais perdant, là-dedans.
De mauvais perdant ?
Bah oui, je pense que la majorité... Oui, mais il n'a pas gagné la majorité absolue à l'Assemblée nationale, et je pense que depuis, il cherche sa voix.
Vous venez...
Et je lui dis, elle peut être à gauche, venez.
Vous, voilà, à peine entendu, on ne sait pas jusqu'à l'Élysée. Sandrine Rousseau, vous venez, depuis plusieurs semaines, de faire la une de l'actualité avec ce qu'on a appelé l'affaire Bayou. Est-ce que vous avez des regrets, aujourd'hui, après tout ce qui s'est passé ?
Je n'ai pas de regrets d'avoir protégé l'espace dans lequel une femme devait s'exprimer.
De cette façon-là ? C'est-à-dire en donnant le nom de Julien Bayou, en direct, à la télévision ?
C'est incroyable, cette affaire. Déjà, ce n'est pas moi qui le donne, c'est la journaliste qui me pose la question. Et par ailleurs, c'est Julien Bayou qui lui-même avait sorti cette affaire trois mois avant, en juillet.
La question lui avait été posée, vous avez raison, dans une interview au Figaro, où il avait été interrogé sur ses soupçons de violence. Il avait dit, une enquête est en cours. Vous, la question vous est posée également sur le plateau de France 5.
Non, il avait dit, c'est une rupture douloureuse.
Rupture douloureuse, une enquête est en cours. J'attends d'être interrogée par la cellule interne des écologistes. Vous, vous êtes allée bien plus loin dans cette interview. Vous avez dit, il a commis des faits de nature apportés. Pardon, je n'ai plus le...
Non, je n'ai pas dit, il a commis. J'ai dit, j'ai vu une femme
qui allait très mal.
Son ex-compagne. Son ex-compagne qui allait très mal et qui se plaignait de comportements ayant porté atteinte à sa santé mentale. Voilà, j'ai dit les faits tels que je les avais vus.
Quand vous parlez, vous parlez avec l'accord de cette femme que vous avez vue alors qu'elle avait déjà saisi la cellule ou avant ?
Non, je l'ai vue avant. Avant ? Je l'ai vue avant, je pense. Oui, je l'ai vue avant, oui.
Et elle vous donne son accord pour que vous parliez d'elle dans cet entretien ?
Oui, tout à fait. Je ne l'aurais jamais fait sans ça.
Vous avez de ses nouvelles aujourd'hui ?
Oui, j'ai de ses nouvelles. Alors, pas aujourd'hui, mais dans les jours précédents. Oui, oui, j'ai de ses nouvelles. Elle ne va pas très bien. Et elle a été très marquée et choquée, ce que je peux très bien comprendre d'ailleurs, par l'espèce de reprise vraiment sans mesure des éléments de langage posés par la défense de Julien Bayou. Et il a le droit de... Enfin, je veux dire, je respecte tout à fait sa défense.
Il a le droit de se défendre ?
Évidemment, et heureusement. Mais qu'il n'y ait pas eu d'équilibre dans le traitement de cette parole, l'a marquée, et moi aussi d'ailleurs.
De quoi est-il accusé exactement ?
Mais ça, je laisse sa parole à elle se poser.
Est-ce qu'il y a un délit dans ce qui lui est reproché pour vous ?
Je rappelle qu'il y a du pénal et qu'il y a du civil et qu'il y a plusieurs juridictions et que tout ne passe pas par le pénal. Et ça, je laisserai son avocate répondre. Je vous pose la question
parce que dans cette émission de France 5, une fois que le direct a été terminé, vous avez dit aux journalistes autour de la table, il n'y a rien de pénalement répréhensible dans ce qui lui est reproché. C'est exact. Il n'y a rien de pénalement répréhensible.
Alors, visiblement, ça a évolué. Donc là-dessus, je ne m'engage pas.
C'est ce que vous avez dit, vous, hors caméra.
Je dis ça, en effet. Je ne m'engage pas aujourd'hui là-dessus parce que, visiblement, les choses évoluent, mais que moi, je ne suis pas juriste. Donc voilà. Mais que le pénal ne résout pas tout. C'est-à-dire qu'il y a le civil et puis, par ailleurs, il y a une question d'éthique en politique. Et en fait, la question que pose cette affaire, d'une manière générale, mais d'autres affaires et d'une manière générale, à l'intérieur des partis politiques, nous devrions nous poser cette question qui est qu'est-ce que le respect des femmes ? Il faut une présomption de vérité. Qu'est-ce que... Ah non, non ! C'est-à-dire que... Mais non, ce n'est pas une présomption de vérité.
Une femme qui s'exprime, elle doit être crue sur parole sans que l'accusé, l'homme, ne puisse donner sa version ?
Absolument pas. Mais il n'y a pas non plus de présomption de vérité d'aucun des partis là-dedans. Par contre, il y a une présomption absolue de respect de cette parole, c'est-à-dire de lui offrir un cadre dans lequel cette femme peut parler de manière sereine et de manière indépendante du numéro 1 du parti puisque c'est lui qui est l'objet de son témoignage. Donc, voilà. Moi, je pense que c'est ça la réflexion que nous devons mener. C'est lorsque ça touche des personnes qui sont haut placées dans un parti politique. Vous savez que les partis politiques sont des lieux de loyauté, évidemment.
Quand ça touche quelqu'un de haut placé dans un parti politique, il nous faut un cadre qui assure totalement à la personne qui parle une sécurité. Mais vous n'avez pas cassé ce cadre en en parlant en direct
à la télévision ?
Ça faisait trois mois. qu'elle fasse son travail ? Déjà, je rappelle quand même que moi, je ne suis pour rien dans cette affaire.
Si c'est vous qui l'avez révélé.
Non, je ne l'ai pas révélé. Ça faisait trois mois que Julien Bayou l'avait dit. Au détour d'une question posée fatiguée au Figaro, que honnêtement personne n'a vu. Quelle est votre définition du terme révélation, en fait ?
Parler devant 3 millions ou 4 millions.
Dans ces cas-là, le Figaro, je ne sais pas quelle est l'audience du Figaro, mais dans ces cas-là, c'est Julien Bayou qui l'a fait. Vous avez dit
l'ex-compagne de Julien Bayou ?
Non, je n'ai pas révélé ce qu'elle m'avait dit. J'ai dit l'état dans lequel je l'ai trouvé.
La tentative de suicide, c'est vous qui la mettez sur la place publique ?
Oui, la tentative de suicide, ça je suis d'accord avec son accord et c'est elle qui m'avait dit dis-le parce que comme ça, ils comprendront l'importance de ce qui s'est passé.
Une toute petite pause, Sandrine Rousseau. 8h51, le fil d'infos, Maurent et le Suneir ont poursuit cet entretien juste après.
Le mouvement est reconduit ce matin. Grève pour une augmentation des salaires qui touche notamment six raffineries sur les huit que compte la France. Le gouvernement a annoncé hier la réquisition des salariés dans les deux dépôts ESSO mais les difficultés perdurent dans les stations-services, pénurie dans plus de 30% des sites. J'espère que ce sera l'étincelle qui déclenchera un mouvement de grève général, affirme Sandrine Rousseau, la députée Europe Écologie-Les Verts, invitée du 830 France Info ce matin. Après près de huit mois de guerre en Ukraine, le président américain Joe Biden ne dit pas non à une rencontre avec Vladimir Poutine, le président russe.
Elle pourrait intervenir en marge du G20 le mois prochain. Le nombre de nouveaux cas quotidiens de Covid continue d'augmenter en France. Près de 57 000 nouveaux cas en moyenne chaque jour, 19% de plus que la semaine dernière. Plus d'admission aussi à l'hôpital en soins critiques. Des invitations à dîner, à porter des jupes, des mains sur les cuisses. Voici les nouvelles accusations des femmes visant Noël Legrette, le patron de la Fédération française de football. Témoignage révélé ce matin par la cellule Investigation de Radio France. Ce dernier conteste tout comportement déplacé avec ses salariés. France Info
Le 830 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel.
Toujours avec Sandrine Rousseau, la députée écologiste de Paris. Est-ce que vous considérez que la vague féministe qui se déroule en ce moment va faire des dégâts collatéraux et que c'est normal qu'il y ait quelques innocents qui soient pris dans cette vague ?
Ce qu'il y a en creux, c'est est-ce qu'on desserre la cause ? Les vagues féministes ont toujours été accusées d'aller trop loin et ont toujours été accusées d'exagérer. Pourtant, elles ont toujours permis l'avancée des droits des femmes et le respect des femmes. Nous sommes dans ce moment-là. Il n'y a pas d'innocents qui sont mis au bout d'un pic. Par contre, il y a tellement de femmes qui n'obtiennent pas justice et qui n'obtiennent pas le respect de la reconnaissance de ce qu'elles ont vécu. Aujourd'hui, on est dans ce questionnement-là. On est dans les 5 ans de MeToo et depuis 5 ans, j'ai l'impression qu'on a certes évolué sur certains aspects mais pas complètement sur tout.
Il y a toujours cette espèce de soupçon sur la parole des femmes qui pèse. Vraiment, je voudrais dire aux femmes que c'est dur. On sait que c'est dur mais il faut qu'on continue à se soutenir et à porter la parole parce qu'il n'y a que comme ça que nous ferons avancer nos propres.
Sur la cellule interne à votre partie, est-ce que vous trouvez normal par exemple que l'une de ses membres soit l'une des ex de Julien Bayou ?
Mais ça, ça fait partie des choses... Est-ce qu'on peut être juge et partie ? C'est ce que je vous disais sur le cadre de la parole. Est-ce que cette cellule
fonctionne sereinement aujourd'hui ?
Là, déjà, je pense qu'ils ont pris des mesures récentes pour que ça fonctionne normalement et sereinement.
C'est-à-dire, ils ont pris quoi comme mesures ?
Je ne sais pas, ils ont travaillé entre eux pour assurer que la parole soit correctement instruite, que ça soit sa parole à elle Vous voulez dire qu'ils vont entendre Julien Bayou et son ex-compagne ? Oui, oui, je pense qu'ils vont le faire. Mais en fait, ça pose exactement cette question. Quand je vous disais qu'on est dans un espace où il n'y a que des loyautés ou des non-loyautés, on n'est pas dans un espace où quand il s'agit d'un numéro 1 d'un parti, on peut sereinement instruire cette parole. C'est pour ça que je pense qu'il y a trois mois... Vous avez à la fois parce qu'on parle du numéro 1
et à la fois parce qu'on parle de son ex qui est donc amené à juger. Oui, exactement,
mais de la même manière. Quand je dis que depuis trois mois, cette cellule avait été saisie et que rien ne s'était passé, notamment la parole de cette femme n'avait pas été recueillie, je pense que la direction d'un parti politique qui est Europe Écologie aurait dû s'interroger pour savoir quelles sont les bonnes conditions pour traiter une situation comme ça qui ne s'est jamais produite dans aucun autre parti. Et en fait, c'est ça, cette réflexion qui n'a jamais eu lieu à Europe Écologie Les Verts. Dans la mesure où c'était le numéro 1, c'est comme si tout... Voilà, on n'en avait jamais parlé au sein de la... On n'en a jamais parlé au sein de la direction.
On ne s'est jamais posé la question de savoir comment respecter la parole de cette femme, mais aussi le contradictoire, mais aussi l'indépendance de cette cellule par rapport à toutes les loyautés internes. Et en fait, pour moi, c'est un problème de direction davantage d'ailleurs que de cellule, de savoir pourquoi ce thème n'a pas été abordé alors que c'est la direction d'un parti politique et qu'il savait qu'il y avait un sujet politique.
Sandrine Rousseau, en ce qui concerne l'insoumis Adrien Quatennens, l'affaire est tout autre. Lui-même a reconnu avoir giflé son ex-compagne et elle a déposé plainte. Jean-Luc Mélenchon explique que ce n'est pas parce qu'on met une gifle un jour qu'on est violent. Est-ce qu'il peut rester député Adrien Quatennens ?
Alors aujourd'hui, en fait, il n'y a pas de possibilité entre juste la démission ou la mise en retrait ou la présence. Donc moi, ce que j'aimerais beaucoup, c'est qu'on travaille sur le règlement de l'Assemblée nationale pour permettre que dans des cas comme celui d'Adrien Quatennens, il puisse se retirer le temps de l'enquête et de l'instruction et que ce soit son suppléant ou sa suppléante qui prenne sa place et que lui n'ait pas d'indemnité pendant ce temps-là et à l'issue du processus de justice alors qu'il réintègre ou pas. Donc là, aujourd'hui, on est dans un tout ou rien qui complique les choses.
Moi, je pense qu'une gifle est un délit et qu'on ne peut pas minimiser ses gestes et en l'occurrence, oui, il l'a reconnu et d'ailleurs, c'est quand même un des rares à avoir reconnu les faits. Les insoumis doivent l'exclure ? Il s'est retiré de la... Il est dans le groupe, toujours. Je ne sais plus comment ça s'appelle mais enfin, de la coordination de LFI. Il n'est pas présent à l'Assemblée parce qu'il a un arrêt maladie. Voilà, moi, je pense qu'il y a vraiment quelque chose.
En fait, là, on est dans une nouvelle ère là-dessus et il faut aussi adapter nos règlements pour que les femmes soient respectées et qu'il n'y ait pas de jeu politique parce que là, en fait, s'il démissionne, il va y avoir une partielle, etc. Donc, voilà, je comprends que pour LFI, ils ne veuillent pas. Moi, je vous dis juste, là, il faut respecter la parole des femmes et il ne peut pas représenter les femmes dans l'état actuel des choses. Pourquoi ce sera un problème
de retourner devant les électeurs ?
Parce que, dans ces cas-là, vous savez bien que la majorité se joue un peu, etc. Il y a toujours un risque donc je pense que ça participe de la réflexion à LFI.
C'est la démocratie ?
Oui, mais bien sûr. Vous soutenez LFI
quand ils soutiennent eux-mêmes à la caténence ? Non,
je dis, là, la parole des femmes, il ne peut pas à l'Assemblée nationale me semble pouvoir être évoluée pour permettre de gérer toutes les situations.
En un mot, s'il vous plaît, réponse très rapide, Sandrine Rousseau, ce combat que vous portez aujourd'hui pour le féminisme, pour l'éco-féminisme, est-ce que vous envisagez de le porter un jour ailleurs qu'à l'Assemblée nationale ?
C'est-à-dire ?
Je ne sais pas, ailleurs, step by step, comme on dit, à une autre échelle nationale, peut-être ?
Ah, écoutez, j'ai l'impression de le mener au niveau national quand je suis à votre antenne et quand je le fais...
Vous me posez la question de savoir si je suis candidate à l'élection
présidentielle de 2027 ? Alors la réponse est non, nous sommes en 2022
et je vais mener le combat jour après jour. Juste une question de dernière minute, selon le journal L'Opinion, le ministère de l'Intérieur étudie la possibilité de vous accorder une protection policière. C'est vous qui l'avez demandé,
vous êtes menacée ? Non, je ne l'ai pas demandé, mais oui, je suis menacée et j'ai déjà eu trois plaintes, il y a eu une comparution immédiate d'une personne qui menaçait ma vie. Oui, je pense qu'il est bien l'évaluation du risque que j'encours. Après, je ne sais pas si ça méritera protection policière ou pas, mais en tous les cas, l'évaluation du risque me semble indispensable.
Merci Sandrine Rousseau, bonne journée à vous.
Merci.
Sandrine Rousseau