Emmanuel Macron "utilise l'autoritarisme comme moyen et le populisme comme discours", selon Yannick Jadot
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9-30.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien un eurodéputé Europe Écologie, les Verts. Vos questions au standard d'Inter 0145 24 7000 ou sur notre application mobile. Yannick Jadot, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. On va évoquer avec vous dans quelques instants la situation du pays, la situation de la gauche. Mais pour commencer, après trois semaines de contestation, la réforme des retraites a donc été promulguée. Elle entrera en vigueur à partir de septembre. Diriez-vous ce matin que d'une certaine manière, Emmanuel Macron a gagné, réussi à faire passer tout simplement cette réforme ?
Non, il a perdu et c'est le pays qui est en train de perdre. C'est le pays qui est en train de s'enfoncer dans une crise qui n'est pas simplement une crise sociale, qui est une crise démocratique profonde. On voit un président de la République qui est dans la jouissance de lui-même, dans la jouissance de son pouvoir, dans le mépris à peu près de tout ce qui constitue, de tout ce qui construit une démocratie et les forces vives de la société. On voit un président de la République qui continue avec un agenda très dur, un agenda assez libéral, mais qui aujourd'hui, parce que ce modèle est dans l'impasse, au fond, utilise l'autoritarisme comme moyen et le populisme comme discours.
Simplement, on le voit, l'autoritarisme, c'est marcher sur la démocratie sociale, marcher sur la démocratie parlementaire, c'est contester même le Conseil d'orientation des retraites parce qu'il n'a pas dit ce que le gouvernement souhaitait, c'est contester les agences de sécurité sanitaire et environnementale parce qu'elles veulent interdire les pesticides, c'est contester les experts indépendants sur le nucléaire, c'est la dérive antirépublicaine du maintien de l'ordre, et puis le populisme, c'est quand, au fond, il n'y a plus de solution, il n'y a plus que des coupables. On a un problème de chômage, c'est le problème des chômeurs qui sont des profiteurs.
On a un problème de la jeunesse, c'est nos gamins qui sont gâtés. On a un problème sur les retraites, ce sont les travailleurs seniors qui sont des fainéants. On a un problème sur l'écologie, et pour masquer l'inaction, dans le premier quinquennat, on avait les amiches, maintenant on a les terroristes qui sont les écologistes. Tout ça est une dérive extrêmement grave. Alors certes, on n'est pas la Hongrie ni la Pologne, mais c'est une dérive illibérale.
Quand on vous écoute ce matin, on a l'impression qu'on n'est pas loin de Viktor Orban, parce qu'autoritarisme, populisme, vous avez même parlé de dérives illibérales.
Ah vous dites bien sûr, illibérales.
Pardon, j'entends votre opposition à Emmanuel Macron et à la réforme des retraites, mais vous parlez de crise démocratique, lui répond à la crise démocratique que le processus démocratique a été respecté. Le 49-3, c'est constitutionnel. Vous ne l'aimez pas, sans doute, mais c'est constitutionnel. En quoi, à un moment, le processus démocratique a été enfreint dans toute cette histoire ?
Mais vous pouvez considérer qu'en Hongrie, en Pologne, et encore une fois, je n'ai pas dit que la France était devenue la Hongrie, la Pologne. Je parle de dérive illibérale. C'est fort quand même, dérive illibérale. Orban, il s'appuie aussi sur la constitution, il s'appuie aussi sur les lois qu'il fait voter pour remettre en cause les contre-pouvoirs. C'est quand même assez rare en France d'avoir, par exemple, un gouvernement, y compris sa première ministre, qui remet en cause la Ligue des Droits de l'Homme. Parce que, simplement, c'est un contre-pouvoir. D'un seul coup, il faudrait le dissoudre. Vous avez les soulèvements de la terre. Donc, vous avez des luttes locales.
On a entendu l'éditorial sur les sécheresses et la canicule en Asie du Sud-Est. On a des mers, aujourd'hui, qui sont tétanisées dans les Pyrénées-Orientales. Il n'y a déjà plus d'eau. On est au mois d'avril. Regardez la situation de l'Espagne. C'est absolument catastrophique. Et donc, celles et ceux qui luttent pour la survie, pour une planète habitable, il faut les dissoudre ou il faut les disqualifier en disant que ce sont des terroristes.
Pour ce qui est des soulèvements de la terre, parce que là, vous parlez de tout en même temps. Pour le soulèvement de la terre, effectivement, le Conseil des ministres pourrait prononcer demain la dissolution de ce mouvement né à Notre-Dame-des-Landes, présent à la manifestation contre la méga-bassine de Sainte-Séline, et ce week-end contre le projet d'autoroute Castres-Toulouse. Gérald Darmanin leur reproche, je cite, plusieurs envahissements d'entreprises, des exactions fortes contre les forces de l'ordre, des destructions de biens, des centaines de gendarmes, de policiers blessés, plusieurs appels à l'insurrection.
Non, enfin, je dirais, les soulèvements de la terre, y compris sur l'enjeu majeur des méga-bassines, que le gouvernement continue de soutenir, malgré la sécheresse, malgré les canicules, malgré y compris l'opposition d'une forte partie des paysans, c'est le soulèvement qui organisait localement des débats, y compris avec les agriculteurs qui veulent ces méga-bassines pour irriguer. Donc ce sont des outils de construction démocratique. À un moment donné, une démocratie, ça n'est pas le président qui décide tout seul.
Donc il va falloir à la fois remettre les difficultés, les grands défis auxquels nous sommes confrontés dans l'agenda politique, ce que refuse de faire le président de la République, et puis il va falloir sacrément changer nos institutions si on veut sortir par le haut de cette crise démocratique. Vous voyez bien quand même que si demain il y avait des élections, on pourrait avoir Marine Le Pen présidente de la République, Éric Ciotti premier ministre. La faute à qui ? Mais la faute aujourd'hui à celles et ceux qui gouvernent ce pays depuis un moment.
Seulement ? Ou la faute au manque d'alternatives à gauche notamment, ou à droite ?
Bien sûr qu'on a travaillé. Vous avez parfaitement raison. Nous devons travailler à un projet qui, à la fois, répond à ce qui est la crise majeure, selon moi, de notre société, ce que j'appelle la crise de l'avenir. On n'arrive plus à se projeter. Les chocs climatiques, les chocs pandémiques, la précarité sociale fait que nos sociétés sont prises de vertige aujourd'hui. Et quand une société est prise de vertige, elle a tendance à répondre par les tripes, par la peur, par l'appel du vide, ce qui est quand même l'extrême droite, cette sorte de passé fantasmé, plutôt que de fonctionner avec son intelligence et de regarder devant.
Pourquoi a-t-elle pris 10 points Marine Le Pen en un mois dans les sondages, alors qu'on a vu la NUPES à la manœuvre pendant toute la séquence sur les retraites ? Comment d'ailleurs avez-vous jugé l'attitude de la gauche des insoumis depuis le mois de janvier ? La stratégie d'obstruction, de confrontation parlementaire, très musclée d'ailleurs ? Écoutez, il y a eu toute une période où, effectivement,
il y a eu le spectacle que donnait à voir l'Assemblée nationale, au fond, créé un fort décalage avec la mobilisation dans la rue. Les Françaises et les Français restent très fiers de la mobilisation sociale, du travail qu'a réussi à faire l'intersyndicale, et il faut aller manifester le 1er mai. Et puis, à un moment donné, l'Assemblée nationale apparaissait plus comme un lieu du broie que de la construction ou du relais de cette mobilisation sociale. Et puis, vous avez vu à quel point, finalement, ils ont travaillé. Alors moi, je ne vais pas vous dire que je ne regrette pas qu'on n'ait pas voté le fameux article 7 sur le report de l'âge de la retraite.
Il n'a pas été voté à l'Assemblée, cette loi n'a pas été votée, au regard des votes, peut-être qu'on aurait gagné à l'Assemblée. Bon, voilà, on ne va pas refaire l'histoire. Mais, encore une fois, nous sommes dans une situation qui m'apparaît extrêmement grave du point de vue de la cohésion sociale et du point de vue du pacte républicain. Donc, moi, j'appelle...
Alors, je vous pose la question, juste, la décision d'Emmanuel Macron de redescendre dans l'arène, comme il dit dans Le Parisien, de se réengager dans le débat public. Il dit, j'aurais dû sans doute me mouiller davantage sur les retraites. Il y a les moi-même, le fait d'aller à la rencontre des Français sur le terrain, malgré les casseroles et les huées, de se donner 100 jours pour apaiser la France. Tout ça, pour vous, c'est quoi ? C'est que de la com', c'est rien, c'est quoi ?
Écoutez, à chaque fois que le Président de la République... Enfin, si vous voulez, j'ai parlé un peu de cette concentration ultime du pouvoir. Vous avez même un Président de la République qui, maintenant, méprise son gouvernement. Je veux dire, sa déclaration, c'est quand même de dire, au fond, ils ont été incapables de vendre une réforme invendable, y compris du fait des ambiguïtés du Président de la République. C'est quand même lui qui déclarait, il y a quelques années, il ne faut surtout pas reculer l'âge de la retraite, ça serait la réforme la plus injuste. Donc, aujourd'hui, il n'assume aucune part de responsabilité dans la situation du pays.
Et ça, c'est quand même extrêmement dangereux. Moi, j'appelle notamment, du point de vue de la réforme des institutions, à ce qu'on mette enfin en place, dans notre pays, un mode de scrutin proportionnel pour les législatives. Ça, on a le temps d'ici 2027. Il faut absolument qu'on fasse la politique différemment dans notre pays. Pas simplement pour qu'il y ait la représentativité des votes et des forces politiques, mais c'est surtout pour qu'on fasse de la politique différemment. Quand vous voyez dans les autres démocraties européennes, le scrutin à la proportionnelle permet de faire des compromis, permet de faire des coalitions.
Et parfois, c'est ingouvernable. Regardez l'Italie avec les combinaisonnés, les gouvernements tombent tout rapidement.
Écoutez, un, il n'y a pas parce qu'il y a un contre-exemple qu'il faut rester là-dedans. Mais aujourd'hui, on a certes des institutions qui permettent au Président de la République de contourner l'esprit des institutions sur la démocratie parlementaire. Mais on n'avance plus sur rien. Et notre pays est aujourd'hui bloqué de la responsabilité du Président de la République.
Yannick Jadot, dans son interview au Parisien, Emmanuel Macron était interrogé par les lecteurs du journal sur l'écologie. Et sur l'écologie, il dit, je tiens à le dire, j'ai un bilan. Et là, on accélère, je le cite, sur l'éolien en mer, sur le nucléaire, la décarbonation de notre industrie. Ensuite, on crée une filière de production de véhicules électriques sur notre sol. On investit massivement sur le rail. 100 milliards d'euros, c'est historique. Comment avez-vous reçu ces mots ? Est-ce que sur l'écologie, vous reconnaissez un bilan ?
Non. Ou un bilan qui n'est pas à la hauteur des crises que nous traversons. Regardez sur l'énergie, ça a été quoi la politique du Président de la République ? Pour l'hiver, ça a été le col roulé sur la sobriété. Ce sont effectivement les véhicules électriques, mais on laisse se développer des SUV, des véhicules très chers, très lourds, dont l'empreinte écologique n'est pas bonne. Et c'est le fantasme de l'abondance de l'électricité nucléaire à l'horizon 2040-2045. Ça ne résout en rien les problèmes que nous avons maintenant. On parlait du travail de l'Assemblée nationale avec les écologistes.
On avait obtenu, et ça a été voté à l'Assemblée nationale, 10 milliards d'euros, donc on multipliait par 4 le budget sur la rénovation thermique. C'est la mère de toutes les batailles.
Il veut la lancer, la rénovation des bâtiments des écoles. Il veut toujours lancer quelque chose.
C'est extraordinaire. Interview après interview, il parle de planification écologique. En fait, la seule planification qu'on ait, c'est la planification de la planification écologique. On ne rentre jamais dans le dur, on ne rentre jamais dans l'action. Il y a un déni de l'urgence environnementale. S'il y a un beau projet pour rassembler les Françaises et les Français, pour qu'il y ait une forme de sursaut républicain, de mobilisation des forces vives, c'est bien cette question du climat, parce qu'elle est fondamentalement consensuelle dans son diagnostic et dans l'urgence.
Et donc, il nous faut, en investissant massivement sur le logement, sur les transports collectifs, sur un autre modèle agricole, sur la façon de bien manger, de bien habiter en ville ou à la campagne, voilà un grand projet dans lequel on pourrait investir et qui mobiliserait tout le monde.
Mais vous parlez du déni, est-ce qu'il n'y a pas aussi un déni de la part des écologistes et de vous sur le nucléaire ? Je rappelle que pendant la campagne présidentielle, vous défendiez, vous vouliez sortir totalement du nucléaire d'ici 2040 à 2050. Quand vous voyez les conclusions de la commission d'enquête parlementaire qui parle d'une politique inconsciente et inconséquente de la gauche de François Hollande avec les écolos au pouvoir sur le nucléaire, quand vous voyez les résultats de l'Allemagne, où aujourd'hui 32% de l'électricité allemande est produite à partir du charbon, vous ne vous interrogez pas ?
Pas du tout, au contraire. Regardez l'Allemagne, ils sont effectivement sortis du nucléaire. D'ici 2030, ils vont sortir du charbon. Et leur grand projet, c'est d'avoir un mixte essentiellement avec des énergies renouvelables et d'investir sur les économies d'énergie. Ils avancent, ils créent des emplois. Cette commission dont vous parlez, c'est quand même extraordinaire. On a des patrons d'EDF.
EDF, c'est le deuxième électricien mondial qui nous explique que s'ils ont échoué, ce n'est pas de leur responsabilité, ce n'est pas de la stratégie internationale d'EDF qui a conduit à un endettement, ce n'est pas la faillite des EPR et le fiasco industriel, ce n'est pas la dette absolue, c'est le complot des écologistes. C'est le complot des écologistes. Ils ont trouvé. C'est soit l'Europe, soit le complot des écologistes. On n'a jamais gouverné ce pays. Mais d'un seul coup, le dérèglement climatique, c'est de notre faute. La sécheresse, c'est de notre faute. La faillite du nucléaire, c'est de notre faute.
Nous aurons à faire coexister le nucléaire et les énergies renouvelables pour l'électricité, pour les 25 années qui viennent. Le seul sujet sur lequel on doit prendre une décision forte, c'est est-ce qu'on construit des nouvelles centrales nucléaires à l'horizon 2040-2045, très chères, avec évidemment un risque sur les délais, ou est-ce qu'on investit massivement maintenant sur les énergies renouvelables ? Eh bien moi, je préfère agir maintenant sur des énergies propres que parier à l'avenir sur une énergie risquée et très coûteuse.
Allez, on file au standard d'Inter. Bonjour Benoît. Oui, bonjour. Je vous en prie, vous nous appelez de Bordeaux. On vous écoute Benoît.
Écoutez, plutôt une remarque qu'une question et je ne vais pas m'adresser personnellement à votre invité, mais c'est plutôt par rapport à ce qu'il représente, c'est-à-dire le monde politique français actuel. Je pense qu'on est dans une situation assez tendue en France, mais quand les gens qui ont la capacité de savoir parler et bien parler et argumenter emploient des termes comme extrêmement dangereux, comme autoritarisme extrême, eh bien je crois qu'on donne aux gens qui n'ont pas cette capacité mais qui n'ont que le physique pour parler la violence des actes physiques.
Et je trouve qu'on devient une société très, très violente et plutôt que d'entendre votre invité, mais ça pourrait être un autre parti politique, ça pourrait être un autre homme politique, employer ces termes-là, je pense qu'on aimerait entendre de la retenue, des propositions avec plus que des idées, des projets qu'on les met en œuvre et que les hommes politiques se servent de ce qui se passe actuellement pour monter des projets et qu'on puisse voter en tout état de cause aux prochaines élections.
Je crois que je fais partie d'un certain nombre de Français qui ne sont pas extrêmes et qui aimeraient entendre plutôt des idées, des choses constructives plutôt que des discours qui ne font que stresser les gens et qui rendent la société de plus en plus violente.
Merci Benoît pour cette remarque. Beaucoup d'auditeurs, notamment sur l'application de France Inter, vont dans le même sens, Yannick Jadot. Comment recevez-vous les propos de Benoît ?
faire baisser la violence verbale ? J'y adhère totalement. Je veux dire, ce que proposent les écologistes, c'est justement de retrouver un projet... Il vous critiqueait, tout de même. J'y arrive, j'y arrive. Il y a un éléphant dans la pièce, là. Non, non, non. Il dit, vous ne proposez rien ou on attend davantage de propositions. Moi, ce que j'aimerais, c'est qu'on mobilise la société française, qu'on la réconcilie sur son avenir, qu'on recrée de l'affiliation politique, de l'affiliation sociale, le goût de participer à la vie de la cité autour de ce qui nous concerne, c'est la vie, donc l'écologie, l'école, les services publics, l'hôpital.
Mais, moi, ce qui m'inquiète terriblement, et on le voit quand même dans notre société, c'est que quand un président de la République considère qu'un mouvement social, c'est une foule, que les manifestants sont des factieux, que, je l'ai dit, les chômeurs sont des profiteurs, les travailleurs seniors, des fainéants, les jeunes, des gaffés...
Pour vous, c'est lui qui clive, c'est lui, la violence, c'est lui, c'est ça que vous essayez d'esprimer ?
C'est lui et le modèle qui défend. Je pense que ce modèle libéral, à force de prédation sociale et environnementale, de concentration des richesses, et au fond, qui est un modèle qui tient aujourd'hui sur la technocratie et McKinsey, plutôt que sur les forces vives du pays, crée une tension extrême. Moi, je vais en sortir. Quand je propose de mettre la proportionnelle au cœur de la réforme de nos institutions, c'est justement pour retrouver de l'apaisement, c'est justement pour retrouver une capacité de compromis dans notre pays.
On vous rétorquera que la violence, elle est partout. La violence, elle est quand un député insoumis traite un ministre d'assassins.
Mais je critique ces débordements. Je veux dire, je ne vais pas vous... Je trouve que la politique, y compris à travers les réseaux sociaux, et c'est une sorte de politique Instagram, ou quasiment maintenant, ce film en train de parler à l'Assemblée nationale ou dans n'importe quel endroit, au fond, pour faire le buzz autour de l'invective. On a besoin de remettre de la pensée complexe dans notre pays. On a besoin de débats publics. On a besoin de débats qui... Il n'y a pas de solution simple aux crises que nous traversons. Je veux dire, s'il y a une solution simple, c'est la mauvaise.
Et donc, si on veut affronter les défis du futur, et bien oui, il va falloir que les écologistes, c'est ce qu'ils font, travaillent avec les paysans sur le modèle agricole, avec les citoyens, sur toutes les grandes transitions, avec les entreprises. C'est ça, le projet des écologistes. C'est un projet d'apaisement. Monique, au Standard Inter, bonjour.
Bonjour.
Bienvenue.
Bonjour, France Inter, bonjour, M. Jadot. Alors, M. Jadot, j'ai voté pour vous aux dernières présidentielles, et je vous appelle parce que j'aimerais vous demander quand est-ce qu'enfin vous allez travailler à un vrai projet de gauche alternatif plutôt que de tirer à boulet rouge sur ce gouvernement dont nous n'attendons plus rien. Ne voudrait-il pas mieux se mettre au travail vraiment et se débarrasser aussi d'un certain angélisme de gauche et vraiment être réaliste et proposer vraiment des choses à nos compatriotes qui n'attendent que ça.
C'est quoi l'angélisme de gauche, madame, à vos yeux ?
L'angélisme de gauche, c'est de penser, M. Jadot l'a un petit peu esquissé au départ, penser que s'il y a des problèmes dans l'éducation, c'est forcément de la faute des enseignants, c'est forcément de la faute de ne pas admettre que oui, nos enfants sont un peu trop gâtés, les parents les soutiennent trop, de ne pas admettre qu'il y a effectivement de la fraude parfois aux allocations. ce n'est pas la plus importante, je suis d'accord, mais je pense que ça, ça exaspère une partie de nos compatriotes et qu'il faudrait vraiment le dire et puis travailler, simplement travailler.
Ouvrir les yeux et se mettre au boulot. Merci Monique. Yannick Jadot
vous répond. Je peux vous dire qu'on travaille tous les jours, week-end compris. On a des maires qui sont en train de changer la façon dont on vit dans leurs agglomérations, dans leurs municipalités, pour qu'on s'adapte aux dérèglements climatiques, pour qu'il y ait plus de vie culturelle, sportive, qu'il y ait plus de commerce de proximité au Parlement européen. On a gagné sur la fin des produits qu'on importerait et qui participent de la déforestation. Moi, je suis en charge au Parlement européen pour sortir les camions des moteurs thermiques, pour lutter contre le travail forcé dont on sait qu'il participe du génocide des Ouïghours.
Voilà, c'est plein de sujets sur lesquels on travaille tous les jours parce qu'il va nous falloir un sursaut de projet à gauche et écologiste. C'est incontestable mais aujourd'hui, il nous faut un sursaut républicain. Sinon, encore une fois, l'extrême droite comme dans d'autres pays européens gagnera la prochaine élection.
Un mot sur les européennes. Vous aviez conduit la liste aux dernières élections en faisant un bon score de 13% à ce micro. La nouvelle patronne de votre parti, Marine Thondelier, avait martelé en décembre dernier son opposition à une liste nube pour les européennes. Quand c'est non, c'est non, il faut arrêter de faire les forceurs, avait-elle répondu à l'insistance des insoumis. Alors, depuis, d'autres voix comme Sandrine Rousseau, Julien Bayou font entendre un son de cloche différent. Je suis pour qu'on aille sur une union aux européennes quand bien même il y a des discussions sur le fond. Ça, c'est ce que dit Sandrine Rousseau sur France Info mercredi dernier.
Êtes-vous favorable à une liste commune pour les prochaines européennes ? Non.
J'ai dit plusieurs fois à votre micro déjà que j'étais pour la proportionnelle. C'est quoi la proportionnelle ? C'est la représentation des idées, c'est la possibilité pour chacune et chacun, chaque formation politique, d'aller chercher le maximum de ces électrices et de ces électeurs et d'avoir le maximum de députés. On a fait la NUPES aux élections législatives, y compris pour contrer le scrutin majoritaire et ça a été utile. Je pense qu'il faudra une candidature commune en 2027 pour espérer l'emporter. Mais quant aux européennes, vous avez la proportionnelle à un tour qui fait vivre la diversité des positions, il faut embrasser ce système.
Et les écologistes, effectivement, ils ont cette particularité qui est une fierté d'être absolument pro-européens, de combattre les complaisances économiques et politiques vis-à-vis de la Russie, vis-à-vis de la Chine. C'est-à-dire des sujets
où vous n'êtes pas tout à fait d'accord avec les insoumis, c'est ça ?
Exactement. Et voilà, c'est la vie démocratique. Je ne dis pas que mes idées sont supérieures aux autres, mais je les défends avec conviction. Je veux dire, moi, par exemple, le dernier débat qu'on a eu sur Taïwan et la Chine, le mot-clé qui est censé tout résoudre, c'est non-alignement et on se réfère à De Gaulle comme si on avait répondu à tout. Je veux dire, utiliser des mots de la guerre froide pour se mettre prétendument à équidistance d'une des petites démocraties comme Taïwan et d'une dictature énorme comme la Chine populaire, je trouve que c'est une forme de renoncement. C'est un mot facile.
Pourtant, Olivier Faure du Parti Socialiste semble ouvrir la voie à une liste commune. Son numéro 2 l'a dit dans le journal du dimanche ce dimanche. Et Sandrine Rousseau aussi ne ferme pas la porte. Alors Manon Brice ce matin dit les socialistes nous ouvrent la porte, les écolos ne sont pas si unanimes, faisons l'alliance.
Écoutez, qui est une personne qui est une position différente que celle qui a été y compris adoptée. Encore une fois, l'enjeu, ce n'est pas la défiance des avis des autres forces de gauche. L'enjeu, c'est de dire le combat européen mérite d'être mené en tant que tel. Et je vois dans ses réactions trop d'instrumentalisation nationale du scrutin européen. En fond, ce que nous disent beaucoup de responsables politiques à gauche, c'est qu'on a fait la nupesse aux législatives. Pour nous, c'est important de continuer. Peu importe, au fond, ce qu'il adviendra au Parlement européen. Eh bien, je ne suis pas d'accord. Au Parlement européen, on obtient des victoires.
Pas souvent, mais on obtient des victoires. Et l'enjeu européen mérite en tant que tel d'être défendu.
Question rapidissime, vous êtes candidat au sénatorial à Paris en septembre prochain, plutôt donc qu'aux européennes de 2024. Vous en aviez marre de l'Europe ?
Non, mais j'ai fait déjà quasiment trois mandats au niveau européen. Et puis, je l'ai dit, moi, je veux contribuer à ce qu'il y ait ce sursaut républicain, à ce qu'il y ait ce projet écologiste et de gauche pour 2027. Donc, je veux m'investir pleinement à l'échelle nationale parce que je pense que notre pays est en danger et que quand on se bat au niveau européen, on n'obtient pas tout, mais on obtient des victoires sur l'environnement.
Et quand on voit que la France est condamnée à peu près sur tous les sujets environnementaux, les renouvelables, l'efficacité, l'eau, la protection des dauphins, eh bien, j'ai envie d'agir sur les politiques législatives, d'agir sur les politiques publiques nationales pour que notre pays sorte de l'inaction écologique.
Ça veut dire que vous êtes déjà candidat pour 2027 ?
Non, je vais être au Sénat !
Ça peut être un tremplin, vous savez.
On ne sait jamais. Merci en tout cas, Yannick Jadot, d'avoir été à notre micro. Sous-titrage Société Radio-Canada
Yannick Jadot