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interviewThinkerview· 3 octobre 2023 159 min

Jean-Luc Mélenchon : Bataille de civilisation dans un monde en ruine ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:16
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, bonsoir.

0:18
Jean-Luc Mélenchon

Bonsoir.

0:19
Présentateur

Nous vous recevons pour une chaîne internet qui s'appelle Sinkerview. Nous sommes en direct. Est-ce que vous pouvez vous présenter succinctement ?

0:26
Jean-Luc Mélenchon

Alors, je m'appelle Jean-Luc Mélenchon. Je suis né le 19 août 1951 à Tangier, au royaume du Maroc, ce qui veut dire que j'ai en ce moment 72 ans. J'ai été sénateur, conseiller général, sénateur, député européen, puis député national. Et maintenant, je suis en retrait, mais pas en retraite.

0:51
Présentateur

On a décidé de vous faire venir ce soir pour parler de fonds, parler de géopolitique, parler peut-être de finances, d'économie, parler de sujets vraiment qui vont toucher les jeunes générations. On parlera un peu de votre bouquin, même certainement...

1:08
Jean-Luc Mélenchon

J'ai le droit de le montrer, là.

1:09
Présentateur

Faites mieux. Première question, c'est un testament.

1:14
Jean-Luc Mélenchon

Alors, je ne sais pas ce qu'il y a en ce moment, parce que j'ai une tête de mort, mais l'autre jour, on m'a fait pareil dans une émission, à la fin, on me dit, qu'est-ce que vous pensez ? Vous avez peur de la mort ? Ce n'est pas un testament au sens... Oui et non, allez, pour être... Ça veut dire, c'est une vision sur une période historique dont je ne verrai pas le bout. Le dire, ce n'est pas être désespéré, c'est juste être réaliste. Compte tenu de l'âge que je viens de vous rappeler, il est certain que si vous ne changez rien et que vous laissez les choses aller comme elles sont, bon, à la fin du siècle, la boutique sera fermée.

Bon, moi, la fin du siècle, c'est quand même dans un moment, donc je n'y serai pas, vraisemblablement. Mais je reste quand même un optimiste sur la science, sur la capacité des êtres humains à surmonter les épreuves, les difficultés. Peut-être parce que j'ai beaucoup lu de science-fiction. Alors, ça donne à la fois de la confiance dans l'imagination humaine, parce que je sais que vous aussi, vous lisez de la science-fiction, et franchement, ce qui continuera toujours à nous scotcher, c'est la capacité qu'ont eu des gars à raconter ce que nous sommes en train de vivre.

Et pour ce qui me concerne, il y a même des épisodes que j'ai vécu personnellement, comme l'hologramme, dont j'ai emprunté l'idée à un roman de science-fiction d'Isaac Asimov, qui s'appelle Fondation, Fondation et Empire, la seconde fondation, qui était un roman, à l'époque, je ne t'ai pas vu, alors, j'étais marxiste, déjà, je pensais qu'avec ça, j'avais la clé qui ouvrait toutes les portes, et puis je tombe sur ce roman de science-fiction, et l'auteur parle de la psycho-histoire. Donc la psycho-histoire, c'est, compte tenu de la psychologie de chacun, comment ça s'organise et quel résultat ça va donner.

Alors là, pour moi, c'était grandiose, parce que j'avais un rapport un peu critique à l'idéal, à la description marxiste, et que je trouvais que, comment dire, la partie culturelle existait, mais qu'elle ne jouait pas un rôle. Et moi, j'ai toujours pensé que les êtres humains, ça c'est un propos d'aujourd'hui, accèdent au réel par un filtre qui est leur pensée. Et vous ne pouvez pas dire, ben oui, c'est un filtre. Non, non, alors, qu'est-ce qu'il y a dedans ? Comment ça marche ? Comment ça s'accumule ? Et, alors, j'en profite, parce que j'abuse de la situation. Donc, vers, tu vois, 13, 14 ans, je n'étais pas un gamin comme tous les autres, un peu bizarre.

Et donc, je découvre à la fois une histoire de la Révolution française, qui va fixer mes convictions politiques, et puis, je tombe sur un auteur, c'est un curé, un jésuite, qui s'appelle Teilhard de Chardin. Et Teilhard de Chardin parle de quelque chose qui, à l'époque, a un truc purement mystique. Il dit, voilà, tous les êtres humains pensent, tous les êtres humains échangent des pensées, et ce filtre-là, entre eux et le réel, ça porte un nom, ça s'appelle la noosphère. La noosphère, c'est noos pour l'esprit, la sphère, la sphère de l'esprit.

Alors, bon, lui, pour lui, c'est un mystique, hein, donc, il croit en Dieu, il voit la perspective de l'histoire, et il dit que la noosphère se dirige, tu vois, petit à petit, elle se condense, et à la fin, elle arrive à l'idée pleine et entière de Dieu. Je ne vous le raconte pas en détail, parce que je ne suis pas le mieux placé pour vous raconter un truc pareil. Mais moi, ça m'avait impressionné, cette idée du mouvement des êtres humains pensant, et leurs pensées se joignant. Et pendant que j'écrivais le livre, j'étais sur cette idée de la culture cumulative, et ça, ça, comment ça marche, et tout. Puis, elle est toute numérisée aujourd'hui.

Et il y a une interface qui s'appelle, on met des grosses guillemets, l'intelligence artificielle, qui brasse tout ça. Vous avez un énorme stock de données, tous les jours un peu plus grand, et puis il y a une machine qui sait chercher, en quelques secondes, au bon endroit, et assembler. Et je me dis, mais ce truc, paf, ça me revient, je me dis, mais c'est la noosphère. Ah, la noosphère, il faut absolument que je mette ça dans le livre, je le mets. J'étais un peu embarrassé, quand même, un gars comme moi, qui m'a cité un jésuite. Pour être franc, je sais que ce jésuite a été réhabilité par l'actuel pape, qui lui-même est un jésuite.

Et je me dis, bon, je vais quand même chercher, parce que peut-être que ce n'est pas lui qui avait trouvé le mot noosphère. Je cherche et je trouve, ouf, je suis sauvé, un savant chimiste soviétique, qui, lui, a découvert le concept de biosphère, qu'on utilise aujourd'hui, à partir d'une idée, qui, si on me l'avait dit plus tôt, j'aurais compris plus vite ce que ça voulait dire, biosphère, lui dit, tout organisme vivant est vivant parce qu'il est dans un échange chimique avec son environnement. Et tous, nous transformons de l'oxygène en CO2, et les plantes transforment du CO2 en oxygène, donc, nous sommes tous nécessairement dans la même bulle. Waouh !

Alors, il trouve ça, et puis, il trouve l'idée de noosphère. Alors, c'est vers les années 30. Donc, à ce moment-là, c'est une vue de l'esprit. Et pendant que je suis en train de bosser ça, je me dis, mais si, il y a quand même une nouveauté, je vous rappelle, je suis un amateur de science-fiction, il y a une nouveauté terrible, ce n'est pas que le savoir humain qui est mis dans la sphère numérique. Bien sûr, tout y est, ils scannent tout, ils mettent tout, mais maintenant, jusque-là, la culture cumulative, c'est de la culture d'être humain. Vous, moi, ce qu'on a écrit, ce qu'on a calculé, ce qu'on a pensé, ce qu'on a fait, ce qu'on a vu, les photos, allez en avant !

Mais là, il y a une nouveauté unique, nouvelle, stupéfiante. La culture cumulative, la noosphère, comporte le savoir des objets. Les objets connectés envoient des millions d'informations qui sont dans les bases des métadonnées et qui rentrent dans la culture collective des êtres humains. Or, ni vous, ni moi, nous ne savons utiliser ce savoir. Moi, je saurais quoi faire d'un verre, je saurais quoi faire d'une photo, je saurais quoi faire d'un mot, d'un verbe, mais qu'est-ce que je peux faire dans ma tête du nombre de pas que vous faites tous les jours ou du nombre de vos battements de cœur ? Qu'est-ce que ça m'apprend ? J'en sais rien.

7:18
Présentateur

Ça apprend aux assureurs.

7:19
Jean-Luc Mélenchon

La mince magna, elle le sait. Je dis la mince magna parce qu'il y a un roman de science-fiction qui s'appelle Le lendemain de la machine. C'est un mec qui a déclenché une catastrophe mondiale. Et quand il sort de, par hasard, de l'opération à laquelle il était, chaque fois qu'il converse quelqu'un, les gens pour le saluer disent « Bonjour, maudit soit Mantlerhausen ! » Alors, le Mantlerhausen, c'est lui. Alors, il ne dit rien, quoi. Il part. Puis, il découvre que ce Mantlerhausen a pris la mauvaise décision, c'est-à-dire un tir nucléaire. Et il va, il s'aperçoit que les gens s'arrêtent à des cabines téléphoniques pour téléphoner. Il se dit « À qui ils téléphonent tous ces gens ?

» Il y va, il décroche. Et quand il décroche, il y a quelqu'un qui lui dit « Bonjour, c'est la Mince Magna. De quoi avez-vous besoin ? » Donc, si vous voulez, c'est Tchadjipiti. Chacun d'entre nous la croise dans la rue, en quelque sorte. Je dis Tchadjipiti parce que c'est ce que tout le monde connaît, mais il y en a un autre qui est français. Alors, donc, tirer, il y aurait des cabines et il y aura un problème, genre « Ah ! Combien il faut mettre de pincés de sucre dans le gâteau que je vais faire tout à l'heure pour le gamin ? » « Alors, pour farter le gâteau, tu ferais quoi, Mince Magna ? » Alors, elle répondrait « C'est Tchadjipiti. » Alors, ça pourrait être n'importe quoi.

Je me demande, tu peux me rappeler le nom de cette équation qui dit comment les chiffres du début sont transformés par la conclusion de la fin ? Tu peux me le dire, me l'expliquer ? Bref, voilà comment, en écrivant le livre, j'ai pataugé dans le XXIe siècle et pour être franc, bien sûr, mon livre, il est terrible. Il vous dit, si vous ne faites rien, si vous ne faites pas mieux que ce qu'on a fait, vous êtes tous morts. Le capitalisme à 1 milliard, c'est immoral, à 8 milliards, c'est suicidaire. Et à 10 milliards, c'est mortel. Or, vous allez être 10 milliards. Si vous ne faites rien, si vous n'avez pas trouvé une idée pour changer ce truc-là, c'est foutu.

Mais donc, c'est assez terrible comme diagnostic. Mais quand même, je ne peux pas m'en empêcher, peut-être parce que je suis un homme d'un autre temps, d'être plein d'enthousiasme. Tu vois, ça me fascine. J'aimerais tellement voir la suite.

9:19
Présentateur

L'action est sort du rêve, c'est ça ? Tu connais le poème de Saint-Pierre ? Pourquoi on se prend de Saint-Pierre ?

9:25
Jean-Luc Mélenchon

Écoute, j'ai évolué dans la vie parce que, pour rester sur ce registre, quand j'étais petit à petit, en mûrissant, plus jeune, je m'en foutais en réalité, j'avais été croyant, je ne l'étais plus, bon, ce n'était pas le sujet, il y avait autre chose à faire, on allait faire la révolution socialiste. Bon, très bien, et à partir de là, tout changeait. Ce n'est pas ce qui s'est passé du tout. Alors, bon, il y a eu toutes sortes de gens qui sont tombés à genoux, et certains au sens littéral, c'est-à-dire qui sont devenus des adorateurs du système, et qui sont devenus aussi férocement libéraux et sectairement libéraux qu'ils étaient avant staliniens, ou je ne sais quoi.

Et puis des gens qui ont posé les armes. Mais en gardant quelque chose en eux, qui fait que, quand un gars comme moi, enfin, un certain Jean-Luc Mélenchon, apparaît dans la sphère politique, des tas de gens qui n'ont rien à voir, forcément avec moi, ils se sont dit, ça, je suis d'accord. Allez, on essaye encore un coup avec lui. Et dans la manière de voir, je m'étais fait une, comment on va dire, la religion républicaine, ok ? Et puis en même temps, tu essayes d'en trouver une version personnelle, parce que, bon, encore une fois, la religion républicaine, c'est tout le monde.

Mais moi, moi, moi, moi, tout seul dans mon coin, quand j'ai peur, quand j'ai soif, quand j'ai faim, quand j'aime, quand je suis désespéré, moi, qu'est-ce que je fais ? Comment je m'en sors de ce monde bouclé ? Alors, je fais de l'Albert Camus. Il faut imaginer Sisypheureux. Je roule le rocher. Alors, Albert a décrit ça magnifiquement. Et peu importe, l'effort qu'on fait pour pousser la pierre suffit. Alors, il dit, la lutte pour les sommets suffit à remplir le cœur d'un homme. D'accord ? Alors, bon, ce n'est pas la crape à hu pour le sommet de la hiérarchie.

C'est la lutte pour remonter le caillou en haut, puis comme il a été condamné par les dieux, parce qu'il a donné aux hommes le savoir, quand il arrive en haut avec sa pierre, tchouc, la pierre redescend, il redescend et la remonte. Bon, tu y réfléchis, tu te dis, d'accord, c'est bien, c'est beau. Puis après, tu te dis, mais remonter une pierre ? Alors, Camus décrit, tu pousses la pierre, tu sens la pierre dans ta main, tu es une fois ou deux peut-être, mais dix fois, vingt fois, trente fois, et je ne sais pas pourquoi, je m'imaginais que c'était la nuit.

Tu vois, un monde où il n'y a pas de, où il y a une pénombre en quelque sorte, il n'y a jamais, il n'y a pas le soleil, il n'y a pas d'oiseau, il n'y a pas de, tu es là, tu pousses ta pierre, ça ne me va pas, c'est pas moi, ça. Et alors, j'ai tranché. Et c'est le moment de ma vie, je pense toujours que le monde est vide de sens, je pense toujours qu'il est habité par l'absurde, comme le décrit Albert Camus. Je fais ma petite synthèse avec Sartre, je pense que c'est, l'existence précède la conscience, que c'est la, bon, tout ça. Mais, je me dis, la vraie réponse à l'absurde, ce n'est pas de pousser une pierre, c'est d'introduire du sens à un endroit où il n'y en a pas.

La vraie réponse à l'absurde de l'existence, c'est le quichotisme. C'est qu'il shot sur son bourrin crevard avec sa lance et qui affronte des dragons, comme tu le sais, dont certains disent que ce ne sont pas des dragons, mais seulement des moulins. Prouve-le. Ça n'a aucun rapport avec le sujet, là.

12:51
Présentateur

Non, mais c'est une bonne introduction. Il y a quand même plein de sujets où on va pouvoir rebondir dessus, de dragons, de moulins, d'intelligence artificielle, de conscience. Quand j'entends Christine Lagarde dire qu'on va introduire de l'intelligence artificielle pour comprendre d'où vient l'inflation, quand tu entends ça, ça te fait penser à quoi ?

13:10
Jean-Luc Mélenchon

Je pense que, et je n'en suis pas surpris, elle n'a pas une conscience très claire de ce qu'est l'intelligence. Et si c'est au point qu'elle ne sait pas d'où vient l'inflation, il y a vraiment un très grand problème de l'avoir nommée bancaire centrale du deuxième PIB du monde. Elle sait, en fait, qu'est-ce qu'elle fait quand elle fait ça ? Elle se moque de où ? Elle se moque de toi. Quand tu es là, tu te dis, bon, l'intelligence artificielle, moi je pourrais dire, attendez, attends copain, j'ai trouvé une autre idée. On va jouer à pile ou face. Ou bien on va lancer des dés. C'est à peu près aussi stupide.

La source de l'inflation, à cet instant, c'est évidemment le fait que toute une série d'acteurs qui n'ont plus de limites, qui ne sont plus limitées par rien, abusent d'une situation pour augmenter des prix et augmenter des marges. Et ils le font et leur comportement nous rappelle que dans la vie des êtres humains, tout est rapport social et tout rapport social contient un rapport de force. C'est à dire, si j'ai le pouvoir de vous faire payer plus cher, je le fais. Alors je peux recevoir une limite. Dire à mon pote, c'est tellement cher, plus personne n'achète. Ben, c'est pas le cas. Et tu peux te dire, oui, jusqu'à présent, je faisais des bons profits en vendant beaucoup.

Eh ben là, je vais peut-être vendre moins. C'est le cas en France. Mais, ça va y aller parce que je me prends des marges comme ça. Ça dure un temps, le temps de la saigner. Alors, peut-être que tu seras mort à la sortie, peut-être que tes gosses ne sauront pas manger assez et que par conséquent, ils seront moins bien développés, que vous ne serez plus malade. Mais quoi ? Tout ça, c'est la vie. C'est du commerce pour eux. C'est tout le temps du commerce. Ce qu'il y a de terrible dans le capitalisme, parce qu'il a des secrets, le capitalisme, il a une dynamique interne. Ça ne sert à rien de dire le contraire. Qu'on le discute, c'est normal.

Toutes les étapes de l'histoire de l'humanité, tu discutes ce qu'on est en train de faire. Bon, c'est normal. Mais on a cru un temps, nous autres, dans notre famille idéologique, il y a eu un grand débat. Est-ce que les contradictions internes, parce qu'il y a des contradictions, ce capitalisme, il faut qu'il produise plus, il faut qu'il augmente sans arrêt les moyens matériels qu'il met en mouvement et en même temps, bon, il faut qu'il augmente la part de la richesse qu'il capte pour lui. C'est très malin. Le capitalisme vit du travail gratuit des gens. C'est-à-dire, tu produis pendant 10 heures, ben, naturellement, on n'a pas de filet la valeur de ce que tu as produit pendant 10 heures.

Bon, alors, tout le monde va dire, oui, il faut d'abord retirer l'investissement, les matières premières. Ok, ok, on a compris, mais ça laisse un beau reste. Ce reste, c'est quoi ? C'est du travail gratuit qu'un protagoniste s'approprie. Donc, c'est un rapport de force. Si tu te laisses faire, il en prend beaucoup. Si tu ne te laisses pas faire, bon, voilà, il y a un compromis. Le capitalisme, il a des limites internes. Mais celle à laquelle on n'avait pas pensé, c'est maintenant qu'elle arrive. En tout cas, il a montré qu'il a une capacité à rebondir et que le grand débat sur est-ce que la crise allait venir d'une contradiction interne et plaf, le capitalisme allait s'écrouler.

Il y a un débat au début du XXe siècle dans le mouvement socialiste, enfin, à l'époque, tout le monde est socialiste, il y a un grand débat là-dessus avec des thèses différentes, comment on s'y prend, bon. Alors, évidemment, chacun avait un peu tendance à avoir midi à sa porte suivant le pays. Si on était dans un pays de capitalisme assez avancé, on voyait bien les contradictions ailleurs, alors on disait il n'y a qu'à attendre, ça tombe bien, comme ça, il n'y a pas besoin de faire trop d'efforts, on va marchander, on va discuter. Les autres pays, on disait non, non, il faut un raccourci, alors ça te donne des putsch. Bref, il y avait un débat.

Mais le capitalisme a survécu à toutes les crises qu'il a déclenchées. Et pas des petites, hein. La crise de 1914, celle qui va conduire à la guerre mondiale, c'est avec une tuerie de masse, une guerre mondiale. On a à peine fini avec ça, que, bon, à part qu'on s'est tapé la grippe espagnole, qui a tué plus de monde que toute la guerre, derrière arrive la crise de 1929, on rebolote une guerre mondiale.

Et puis, une crise tous les 10-12 ans, là, actuellement, c'est tous les 10-12 ans, on a une grosse crise, et comme le système est maintenant des centaines de fois plus imbriqué et globalisé à l'intérieur de la sphère numérique, c'est d'une violence totale, hein, comme ça patte, tchouf, ça part d'un bord, ça arrive à l'autre, la crise de 2008 a failli tout en... Mais à chaque fois, hop, il rebondit. Pourquoi ? Parce qu'il détruit et la reconstruction, il se refait du gras dessus. Ça, c'est déjà... On est obligé de tenir compte de sa capacité à rebondir.

17:47
Présentateur

Tu crois en Ricardo, la destruction créatrice ?

17:50
Jean-Luc Mélenchon

Ben, la preuve, ça s'est produit. Donc, c'est plus un article de foi, c'est des choses qu'on voit. Mais à chaque fois, on peut dire que les contradictions sont élevées à un niveau supérieur. Je l'ai dit à cette fois, mais maintenant, je dis bon, ok, la crise est de plus en plus grave. Elle est tellement grave que tu te demandes comment appeler un truc pareil depuis le temps qu'on dit qu'elle est de plus en plus grave. Mais là, ce qu'on n'avait pas prévu, nous, je termine rapidement avec ça avant de revenir à la crise elle-même, telle que je viens de la décrire, il a surmonté. Ce qui devrait nous donner un signal d'alerte, il a surmonté en exploitant les destructions qu'il occasionnait.

et aujourd'hui, ce qui fait qu'il n'a pas de limite, c'est qu'il tire profit des dégâts qu'il produit. Je donne dans le bouquin un exemple que tout le monde connaît, enfin, beaucoup de gens connaissent, pas tout le monde, mais c'est l'histoire des abeilles. Alors, à cause des pesticides, il n'y a plus d'abeilles. Bon, alors, c'est tout en cycle, il n'y a plus d'abeilles. Il n'y a pas que. Bon, il y a plein de trucs, plus d'abeilles. Normalement, il devrait y avoir une crise majeure puisque 90% des légumes qu'on mange et des fruits, ils doivent être pollinisés. Il ne se passe rien. Que fait le capitalisme ? Il dit, mais les abeilles. Oui, oui, c'est sympa les abeilles.

Mais nous, on vous vend des drones pollinisateurs. Alors, écoutez bien, les drones pollinisateurs, ce qu'il y a de bien, c'est qu'ils travaillent le jour mais aussi la nuit, pas les abeilles. Deuxiots et ne mange rien. Donc, ça fonctionne. Tertiaux, ils mettent le pollen bien mieux que les abeilles. C'est très précis et donc, vous avez plus de récoltes. Et bon, bref, tant et si bien qu'à la fin, on est presque content de ne plus avoir d'abeilles puisque grâce à pas d'abeilles, tu as des drones pollinisateurs. Oui, mais si tu n'as pas d'abeilles, tu connais la suite, les oiseaux, le machin, etc.

Et comme l'écosystème est en tout, le détruire à un point, le détruit à des dizaines d'autres qu'on ne voit pas forcément tout de suite. Mais enfin, c'est quand même comme ça qu'a commencé la sixième extinction du vivant sur cette planète. Donc, la difficulté pour nous, c'est de comprendre, attends, que ce système ne connaîtra pas de limites internes. Ce n'est pas à cause des dégâts qu'il produit qu'il va dire « Ah là là, les dégâts que j'ai faits, il faut arrêter, on est en train de tout casser, de tout pourrir. » Parce que tout ce qui casse, tout ce qui pourrit trouve le moyen de te vendre le moyen, bon, alors, de le réparer ou de mettre autre chose.

Et ça répand une idéologie, c'est-à-dire une sorte de confiance absolue dans la technique. Tout ce qui est technique, on va tout régler comme ça, de manière aveugle. Là, dans les gens qui font la critique de mon bouquin, d'ailleurs, je suis content qu'ils fassent la critique de mon bouquin, y compris comme c'est vraiment des gens d'accord et ce que j'aimerais, c'est que quand même, ils critiquent ce que je raconte et pas ce qu'eux croient. Mais pourquoi pas ? Je regarde la critique et il y en a un, par exemple, qui dit que mon livre, c'est un livre qui ne croit plus au progrès. Alors, je me suis dit, c'est frappant, c'est, pour lui, l'idéologie du progrès, c'est, allez, on fait ! Quoi ?

On produit ! Quoi ? N'importe quoi, n'importe quand, n'importe où, n'importe comment, c'est pas un sujet. Du moment que ça tourne, c'est bon, ça fait de la vie, ça va aider, il y a du boulot ! Bon, évidemment, ça fait du fric. Ça, tout le monde le comprend, mais ce n'est pas écrit dans l'article critique. Mais moi, je pense que la difficulté maintenant à affronter, un, c'est de dire, si vous n'arrêtez pas ce système-là, il contient en lui-même la catastrophe. Il la contient. Pourquoi ? Parce qu'il a besoin sans cesse d'accélérer le rythme interne qui est le sien. L'argent se transforme en marchandise qui se transforme en argent. Et il faut que ça tourne de plus en plus vite.

Si bien que le capitalisme produit son propre espace-temps. Vous comprenez, les gens, ce que c'est un espace-temps ? C'est quelque chose qui lie les rythmes et les distances. Par exemple, je résume. J'ai habité Massy. À quelle distance Massy est-il de Paris ? Massy-Palaiso ? C'est deux communes différentes. Ne faites pas la bêtise de nous confondre. Massy-Palaiso. C'est deux communes différentes. Je dis Massy, pourquoi ? Parce que je connais la distance. 20 km. 20 km. 20 km dans une bagnole, c'est rien. D'accord ? 20 km à vol d'oiseau. Vous ne mettez pas un oiseau ? Moi non plus. Conclusion. Quelle est la distance Massy-Palais ? Si c'est à 3h du matin, 25 minutes.

Si c'est à 6h du soir, 1h30. 1h30. Donc, la distance n'existe pas en kilomètre, elle existe en temps de transport. D'accord ? Un espace-temps, c'est quelque chose qui lie l'espace et le temps. Et le capitalisme a créé son espace-temps. Alors, toi, tu passes ta vie à courir pour aller chercher tes gosses à l'heure. Ici, tout le monde s'en fout. La boîte, elle ne se soucie pas de ça. Ensuite, quand tu arrives à le service administratif, il est fermé. C'est normal, la personne qui y est, il faut bien aussi qu'elle vive. Bref, vous, vous êtes les résidus de l'espace-temps capitaliste. Débrouillez-vous. Lui, il obtient ce qu'il veut.

C'est-à-dire, livrez les choses à temps pour que le truc tourne. En avant, en avant, en avant. Bon. Et dans cet espace-temps, c'est ça à quoi je réfléchissais. Comment on peut essayer de rendre ça concret pour le comprendre et peser dessus ? En fait, cet espace-temps, c'est juste un rythme. Le temps n'est qu'un rythme. Par exemple, tu as ton anniversaire. Ça veut dire, il y a un an. Le prochain. Ouais. Hein ? Un an. Non, c'est juste le rythme. Si la Terre se met à tourner plus vite, ça met à moins d'un an. Donc, en réalité, c'est un rythme. Le temps n'existe que par rapport à un référent et par rapport à un cycle.

Quand tu réfléchis comme ça, tu comprends ce que veut dire le mot la règle verte. On ne prend pas la nature plus que ce qu'elle peut reproduire. C'est moi qui ai fait la formule, donc je la connais. Sauf qu'il y a un problème. De quoi tu parles, mon gars ? Pas plus qu'elle ne peut reproduire. Dans quel délai ? Et c'est là qu'on s'aperçoit en quoi consiste réellement la crise écologique déclenchée par le capitalisme. C'est une collision des rythmes. Je donne un exemple, comme ça, tout le monde comprend. Il faut une seconde pour produire un sac en plastique. Il faut quatre siècles pour que le sac en plastique se dissolle.

Ce rythme-là, ce choc de rythme, fait que tu as des sacs en plastique partout. Et comme ça ne paye pas de les dissoudre, ils sont là. Mais je pourrais donner d'autres cycles où on voit que le capitalisme a inversé le temps. Toi, moi, tout le monde. On aime tous le sucre. Pourquoi ? Parce que nos ancêtres, il y a 390 000 ans, ceux qui avaient le goût du sucre, d'abord, ils recevaient, ils reçoivent la petite récompense. Quand tu manges du sucre, tu es content. Mais ceux qui mangeaient du sucre avaient une meilleure énergie, donc ils vivaient mieux et ils avaient plus d'enfants. Donc, c'est cette caractéristique génétique qui s'est reproduite.

C'est donc un critère d'évolution depuis 390 000 ans, positif. Et le capitalisme, il vient, il te met du sucre partout pour que tu aies envie d'en bouffer. Dans la charcuterie, dans les pâtes, bien sûr, dans les gâteaux, mais dans tout. Des quantités telles qu'ils ont déclenché une... Alors, c'est des quantités, il faut avoir idée, hein. C'est 40 kg par an qu'on en mange chacun, 60 kg quand tu es aux Etats-Unis, c'est quelque chose. Et résultat, le cycle humain s'est trouvé renversé. Ce qui était un facteur de progrès biologique devient un facteur morbide. C'est-à-dire, tout le monde est malade, diabète, obésité, etc.

Voilà une inversion de cycle qui est liée à la contagion de l'espace-temps capitaliste. Pourquoi ? Parce que toi, avant, tu mangeais deux tranches de mortadelle. Comment arriver à te convaincre d'en bouffer une troisième, une quatrième et une cinquième ? Du sucre ! Donc, pour que le cycle de ma vente et de l'accumulation du capital se fasse, il faut que tu manges du sucre. Voilà comment un espace-temps explose tous les autres cycles et les domine. Et voilà pourquoi ça va être difficile d'arrêter tout ça.

25:44
Présentateur

Je me fais l'avocat du diable. Le capitalisme, on l'entend souvent, a sorti énormément de gens de la pauvreté. C'est une question de facteur temps, de failles spatio-temporelles, c'est un argument commercial. Est-ce que ça tiendra dans le temps ? Est-ce que ce n'était pas simplement un coup de boost à force de taper dans les énergies fossiles ? Certes, ça a sorti beaucoup de gens de la pauvreté, mais quand on va inverser la tendance de consommation énergétique, ça risque de remettre beaucoup de personnes dans la difficulté ?

26:17
Jean-Luc Mélenchon

Attends, là, il y a trois idées. La dernière étant, ça va nous mettre dans la mouise. La seconde était, il y a quand même des gens qui vivent mieux. et la première c'était, c'est grâce au capitalisme. Bon. Donc, on pourrait dire, on pourrait être comme ça pour dire oui. Mais, c'est un peu comme si quelqu'un qui est en train de s'arracher les cheveux ou de se peler la peau, à la fin, elle n'a plus de peau. en quoi tu vas dire c'est génial ? C'est-à-dire, avoir tout saccagé, on dirait, waouh, le pied ! Il y a des gens qui ont pu aller boire du Coca-Cola. Ah, génial ! Ne me dis pas qu'on peut tous boire du Coca-Cola. Ouais !

Et tu peux en plus, tu peux monter dans une bagnole et dans ta bagnole, tu peux faire un bouchon de 2 km et faire 3 heures de plus de transport. Ah bon ? Ne me dis pas qu'on peut être aussi heureux que ça. C'est-à-dire, quand tu mets bout à bout tous les dysfonctionnements innombrables, le saccage, l'appauvrissement intellectuel et tout que ça comporte, tu peux te dire au minimum, ça mérite discussion. On peut faire le bilan. Après, tu regardes en quoi consiste la fameuse richesse. Alors, c'est là que je discute ce concept. Ce n'est pas vrai. Pourquoi ? Par exemple, tu vas prendre un pays et on va dire M. Mélenchon, regardez ce pays.

Avant, il avait un PIB, produit intérieur brut, de, allez, j'ai dit n'importe quoi, on va dire 1 million de dollars. Et maintenant, regardez, il en fait 50. Vous ne pouvez pas dire que ce n'est pas bien. Alors, toi, tu es là, tu te dis, merde, mais qui c'est qui les a les 40 de plus là ? Ah, ce n'est pas tout le monde. C'est juste un petit nombre, primo. Ah oui ? Et les autres, avant, qui ramassaient les 10, ils sont où ? Ah, pas de bol, il a bien fallu qu'on prenne leur terre. pour planter du maïs. Du maïs ? Ils mangent du maïs ces gens-là ? Ah non, non, pas du tout, ils mangent du sorgho.

Alors, les gens qui mangent du sorgho, vous leur faites planter du maïs, qu'est-ce que vous faites avec le maïs ? Ah ben, on le vend pour nourrir des poules en Chine. donc, vous êtes en train de me dire que tous ces gens ne peuvent plus vivre de leur culture, il n'y a plus d'agriculture vivrière, mais ils doivent être contents parce qu'on vend du maïs et qu'il y a des poules chinoises qui le bouffent. Alors, si tu es de bonne foi, tu es obligé de dire, ben ouais, c'est ça le système. Et puis, tout le monde, il trouver son compte, le gars qui porte le sac de maïs, celui qui plante, mais ce n'est pas vrai.

Donc, tu as eu un appauvrissement général des millions de gens dans des taudis, vivant de combines de toutes sortes parce qu'il y a peu de travail et une économie qui n'est pas tournée vers ce qui compte, c'est-à-dire nourrir des gens. Je rappelle que l'agriculture, en principe, le but, c'est de manger. Ce n'est pas de produire, bon, tu ne manges plus. Et puis, si par hasard tu manges, c'est dans une situation inouïe. C'est que les poules chinoises nouillent avec ton maïs, elles te coûtent moins cher quand elles reviennent dans un bateau qui les a transportées que la poule que tu as en bas de chez toi.

Celle qui est en bas de chez toi, elle a mangé plus que, donc, tu ne peux même pas espérer t'en sortir parce que tu pourrais te dire « Ah ben écoutez-moi, vos histoires, j'en ai assez, les poules, je m'en occupe moi-même. Pas de bol, tu ne peux pas. » Donc, le système a mis toute une économie en impasse et il se donne l'apparence de fonctionner. Mais ce n'est à chaque fois que par transfert. Ceux qui ne mangent plus ici font manger quelque chose d'autre ailleurs qui fait manger d'autres gens et ainsi de suite. Et le circuit, comme ça, tourne en produisant non pas plus de richesse mais plus de misère.

Le nombre de misérables est toujours plus grand en valeur absolue et en valeur proportionnelle la plupart du temps, tu ne sais pas de quoi tu parles parce qu'on te divise un PIB par tête de pipe. Or, diviser un PIB par le nombre d'habitants d'un pays, c'est sympa pour les maths mais sociologiquement, ça ne veut rien dire du tout. Il n'y a plus que 390 000 paysans dans notre pays. Il y a 3 millions d'étudiants. Il y a 390 000 paysans. Quand moi, je suis né, des paysans, c'était la première classe sociale du pays. Bon. Tu crois que tu expédies du maïs ? Tu le crois, hein ? Eh bien, tu te trompes. Ce n'est pas du maïs que tu exportes, c'est de l'eau. L'eau dont tu manques.

Parce que pour faire pousser ton maïs dans des terres qui n'étaient pas prévues pour ça, il faut arroser, arroser et arroser. Donc, tu exportes gratuitement de l'eau dont tu as besoin. Alors, c'est quoi le bilan ? À la sortie, tu peux dire, oui, mais quand même, bon, ça a fait marcher les bateaux, ça a fait marcher je ne sais pas quoi, mais en réalité, ça nous a tous appauvris. Et la meilleure des preuves que ça nous appauvrit tous, c'est qu'on est un petit nombre à vivre dans des conditions telles que si tout le monde vivait contre nous, comme nous, nous serions instantanément tous morts. Donc, c'est bien la preuve que le système ne marche pas.

31:05
Présentateur

Si je te dis, guerre économique, ça te fait penser à quoi ? Est-ce que tu peux me donner des exemples de guerre économique à l'heure actuelle ?

31:15
Jean-Luc Mélenchon

Oh, il y en a tellement. Il y en a tellement. Mais ça revient toujours à une idée. La guerre économique, on parle de guerre économique souvent entre les nations. Mais tu as aussi la guerre économique entre les entreprises. Donc, c'est vrai que c'est un monde qui est basé sur la compétition. Moi, la compétition, je n'ai rien contre. À condition que ça n'empêche pas la solidarité. Puis le gars qui est vraiment de droite, il va me dire « Ah, moi, la solidarité, je n'ai rien contre, je ne suis pas une bête. »

31:41
Présentateur

C'est vrai que ce soit les mêmes pour tout le monde.

31:43
Jean-Luc Mélenchon

Oui. Oui, déjà, mais je veux dire dans les sentiments personnels. Bon. Mais, essayons de réfléchir à un argument qui vient tout le temps sur la table. On prétend que la puissance, c'est la puissance économique. La puissance économique te donnerait le droit de faire ce que tu veux. Si tu y réfléchis, d'être libre, quoi, comme tu es puissant, tu fais ce que tu veux. C'est important la définition. En réalité, tu t'aperçois que pour être puissant et le rester, tu es obligé de déployer toute une armada pour protéger ton rapport de force. Changer les lois, mettre des armes, inventer des frontières, des gardes-frontières, des bons.

Changer les règles du jeu à intervalles réguliers pour que tu puisses continuer à en profiter et pas les autres. Donc, la compétition porte une idée de la puissance que moi, je juge dépasser. C'est-à-dire, mon pays, la France, quel est l'intérêt pour la France ? Pourquoi devrait-elle vouloir être puissante pour pouvoir rester libre ? C'est quoi, libre ? Libre, ça veut dire je fais ce que je veux. En gros, hein. Tu fais ce que tu veux. Tu t'es trompé, les gars, là. Tu ne dis plus la même chose. Faire ce que tu veux, ça veut dire que tu es indépendant. Tu es autonome. Donc, tu veux être indépendant et autonome. C'est une autre affaire. Tu es indépendant et autonome. Pourquoi faire ?

Pour que ta population ait mieux. indicateur de développement humain. Autonome et indépendant, tu as besoin de science, tu as besoin de savoir-faire, tu as besoin de plein de choses. Énergie. Oui. Mais tu as besoin, donc, commence par discuter des moyens dont tu as besoin pour voir comment tu peux te les procurer. C'est pourquoi, moi, je pense que dans la diplomatie internationale, surtout quand on n'est pas 70 millions, c'est-à-dire, on est, allez, trois gros quartiers de Shanghai, quoi. Hein ? Bon. Ou on pourrait prendre New Delhi, puisque maintenant, c'est la première population du monde, elle est en Inde. Donc, il vaut mieux miser au bon endroit.

Si tu comptes être puissant en faisant plus de bagnole que les Chinois, tu as perdu. Si tu veux être puissant, tu ne peux pas. Donc, il faut être, si tu veux être autonome et souverain, il faut procéder autrement. Donc, tu as besoin de coopération, pas de conflit. Donc, il faut coopérer et donc définir une stratégie politique des causes communes. Je viens te voir et je te propose de faire un truc ensemble. Ça fait basculer plein de concepts. Je ne dis même pas que je vais être solidaire avec toi. Mettons que tu n'es rien. Je viens te voir, vous êtes juste nombreux. Ah, d'accord, vous êtes nombreux, pas nous. Ah, vous êtes jeunes, pas nous. Nous, on est de plus en plus vieux, notre pays.

Ah, vous, vous êtes jeunes. Alors, les jeunes, ça pulse, ils ont envie, ils ont envie d'apprendre, de savoir, etc. Donc, on va faire, non pas de la solidarité, on pourrait dire solidarité, mais j'aime mieux un autre concept, c'est l'entraide. Parce qu'il y a un copain, un copain m'a dit, dans la solidarité, il y a toujours un qui tend la main. Dans l'entraide, on a besoin les deux, l'un de l'autre, quoi. Alors, après, on est là, comme tu dirais, dans une famille ou je ne sais pas quoi, moi, ou dans un couple, c'est de l'entraide.

Donc, une stratégie, une diplomatie, une nouvelle diplomatie correspondant au problème du 21e siècle qui fait qu'on est tous dans la même mouise du changement climatique. Peut-être qu'on a perdu la partie, hein, mais si on veut s'en sortir, je ne vois pas comment on peut faire autrement que de dire, bon, on en commence par accrocher ce qu'on peut faire ensemble. Alors, exemple, aujourd'hui, le monde entier se créolise, c'est-à-dire qu'on vit tous de plus en plus d'une manière semblable. Il y en a qui, ça peut hurler, hein, et puis d'autres qui se disent, ben, si c'est comme ça, voyons ce que ça donne, hein, puis de toute façon, tu n'as pas le choix, alors donc, ça se fait tout seul.

Alors, tant qu'on les créolise en anglais, ça leur va, hein, ils ne s'en rendent même pas compte. Ils se baladent dans les rues de Paris, la moitié des boutiques ont des noms en anglais, dans la conversation, maintenant, il y en a une quantité incroyable, et après, ils viennent dire, oui, Mélenchon veut nous créoliser, attends, je m'excuse, vous êtes déjà créolisés, les petits, vous en rendez même pas compte. Bon, donc, cette créolisation, il faut être habile, puisque c'est un phénomène universel, comment je fais pour y trouver mon compte dedans ? Je peux couper avant ça. Vas-y.

35:49
Présentateur

Parlez de solidarité, d'entraide, alors que ça fait 250 ans qu'on a planté dans la tête d'autres puissances, de la rancœur, de la peine, de la vengeance. Quand on voit la politique extérieure chinoise, ce qu'elle a subi, ce qu'elle a... Ce qu'elle fait...

36:10
Jean-Luc Mélenchon

T'as vu comme l'histoire... Pardon, je t'interromps dans l'interruption. Il y a un humour noir dans l'histoire. Les anglo-saxons ont abattu la puissance chinoise au 19ème siècle. Par la dope. La dope. Et les ont obligés à se droguer. Et maintenant...

36:26
Présentateur

Ce sont des prétextes de liberté du commerce.

36:30
Jean-Luc Mélenchon

Mais regarde le clin d'œil de l'histoire. Les deux... Les États-Unis qui aujourd'hui affrontent la Chine, sont en proie à la plus grande crise liée à la drogue que personne n'ait jamais connu jusque-là. C'est-à-dire, je crois qu'ils en sont à 120 000 morts par an de produits de drogue. Et chez les Chinois, pour l'instant, on a l'impression que ce n'est plus leur problème. D'accord ? Bon. Non, mais c'est pour dire... On m'a raconté ça cet après-midi. J'en discutais à quelques-uns à propos des trafics internationaux et de la masse de fric qui circule par les trafics illégaux qui structurent des secteurs du capitalisme dans le monde entier.

Et des discussions de certains copains, mais peut-être que ça vient d'un autre moment dans notre échange à tous les deux, d'un gars, un président de la République, il m'a dit « Tu le sais Mélenchon que chez moi c'est la guerre de la drogue ? » Je lui dis « Oh, je le sais président. » Et alors ? Il me regarde, il dit « Tu sais que je ne peux pas la gagner ? » Silence. Alors j'ai dit « Ben, je ne sais pas, ça dépend, je ne sais pas quoi dire. En fait, intimement, je pense qu'il a raison. Tu ne peux pas la gagner. » Et il me regarde, il me dit « Alors, si je ne peux pas la gagner, pourquoi je la continue ? » « Ben, tu ne sais plus quoi dire. » Il me dit « Tu comprends ?

» « Si je continue, j'ai droit au trafic de drogue, l'armée, les commandos paramilitaires, ceux qui s'y opposent, leurs commandos, il me dit « Sur le terrain, ça me fait 5 armées qui se tapent dessus. » Je fais quoi, moi, là-dedans ? Je lui dis « Ben, écoute, écoute, président, tu feras bien ce que tu voudras, mais je te préviens, nous, on n'acceptera pas. » Il me dit « Je sais, mais ça sera ton problème, pas le mien. » Réfléchissez les gens.

D'avoir laissé des secteurs du capitalisme sauvage, cruel, comme ça, accumulés, mais ce n'est pas la première fois, avant c'était l'esclavage, le coup d'avant, il n'y a pas un vice qui n'ait pas produit une accumulation du capital qui lui est permis de se répercuter. Bref, trafic de drogue, trafic des armes, en France, 11 millions d'armes circulent. Alors, tu t'imagines ce que c'est aux Etats-Unis. Trafic des êtres humains, alors de ça, motus, très peu. Par contre, les révoltes urbaines, le magasin qui a brûlé, alors ça, en avant, des heures du rang, à la télé, regardez, c'est insupportable, c'est inacceptable, c'est bon. Oui, c'est vrai, c'est pénible.

Mais pendant que vous faites les mariole à vous occuper de sujets qui sont epsilon de la réalité, parce que si tu soupçonnes qu'il y a des bandes, tu peux toujours courir après le type que tu as attrapé au pied de l'immeuble, tu vas recommencer tous les jours, parce que tous les jours, il y en aura un autre, tant que tu ne t'es pas attaqué au trafic lui-même. Et tu ne t'attaques pas au trafic si tu ne réponds pas pourquoi les gens font ça au point de départ. Voilà. Et donc...

39:35
Présentateur

Pourquoi les gens font ça ?

39:37
Jean-Luc Mélenchon

Parce que c'est la pas du gain, parce que c'est de l'argent facile au prix de la mort d'un paquet d'autres.

39:42
Présentateur

Et quand on veut cibler le consommateur, c'est les gens se droguent parce qu'il y a un mal-être, les gens se droguent parce qu'ils ont besoin

39:49
Jean-Luc Mélenchon

de s'évader. Non, parce que les êtres humains sont faits comme ça. Parce que, au début, pour rêver, tu proposes des chansons et des peintures sur les murs. Et puis après, tout d'un coup, il y en a un qui a bu, je ne sais pas quoi, il a laissé les fruits, ça a pourri, ça a fait de l'alcool, tu picole, waouh, tu pars ailleurs. Tu as vu un autre monde. Au début, tu ne sais pas, tu te dis, mais il existe sans doute. Tu as des civilisations où on me dit, il y a le monde du rêve, les gars. Il y a le monde là, et puis il y a le monde du rêve et dedans, j'ai fait ci, j'ai fait là, j'ai vu les dieux, ils m'ont parlé, ils m'ont dit de faire ci, ils m'ont dit de faire là, je le fais.

Bon, les êtres humains sont des rêves, des êtres d'imaginaire et de mal-être. Parce que, un être humain, il est équipé d'un équipement qui est la meilleure des choses et la pire, un cerveau. Et ton cerveau, il ne fait qu'une seule chose. Ton cerveau, il est paranoïaque à ta place. Il passe son temps à calculer qu'est-ce qui va arriver. moins intense d'angoisse du futur. Celui qui a l'angoisse la plus basse est celui qui est le plus en harmonie avec le monde dans lequel il vit. Parce que, les choses sont en place, tu les repères, c'est l'automne, c'est l'hiver, il y a des signes très clairs et il se passe ceci, puis moi je ferai ça et puis comme c'est l'automne, je fais ça.

Ta vie, tout d'un coup, elle est sécurisée par ce cycle-là que tu maîtrises. Hein ? Bon. Et puis après, ben voilà, on boit un coup. Ah ben, ça fait de l'effet. Et puis après. Et celui qui a le plus grand malaise dans une existence qui n'a pas de sens ou dont le sens, c'est de pousser un rocher gris et où tu n'as même pas un seul dragon à combattre qui pourrait y mettre... Bon. Alors je ne suis pas en train de dire que se droguer est une attitude naturelle mais ce que je voudrais dire c'est que nous sommes tous portés à aspirer au rêve et que si pour notre malheur nous touchons un produit qui nous rend dépendant de lui parce que c'est ça la drogue, ce qu'on lui reproche.

C'est de rendre les gens dépendants de quelque chose qui les détruit. Eh bien à ce moment-là quand tu as mis le doigt dans l'engrenage ça y est tout y passe. Et jusqu'à ce que tu sois broyé et déchiqueté. La preuve, les Etats-Unis d'Amérique. Vous avez vu les images des gens qui consomment la dernière drogue là ? Les zombies. Ah ! Mon Dieu ! Comment c'est possible ? Bon. Alors on était sur... Moi j'ai interrompu l'interruption.

42:11
Présentateur

Revenons à...

42:12
Jean-Luc Mélenchon

La compétition on était.

42:13
Présentateur

Oui, c'est presque ça. Depuis 250 ans, 300 ans, je dirais, ces graines de rancune, d'agressivité, de compétition, je dirais, est-ce que maintenant on n'a pas dépassé un point de non-retour en termes de coopération, de stand de la main, de confiance ?

Est-ce que derrière on n'a pas tellement armé, mentalement, on a tellement braqué des puissances, des populations entières avec des phénomènes de guerre économique, on les a mis sous sanction, on s'est démerdé pour faire tomber leur économie, pour mieux exploiter leurs ressources, est-ce qu'on ne se retrouve pas maintenant avec tellement de haine les uns envers les autres que pour faire redescendre la pression, on va être obligé de se foutre sur la gueule une bonne fois pour toutes ?

43:06
Jean-Luc Mélenchon

Alors ça fait partie des risques, alors commençons d'abord par voir que la compétition, pardon, ce n'est pas tout le monde qui la veut, il faut quand même se rappeler de ça, la compétition est organisée par ceux à qui elle profite, on n'est pas en train de parler d'un match de foot où c'est le meilleur qui gagne, là on parle de compétition économique qui brasse des milliards, qui brasse du pouvoir, bon, il y a ceux qui l'organisent, bon, il ne faut pas l'oublier, les guerres ne sont pas déclenchées par les peuples, c'est des gens qui les déclenchent, qui se connaissent très bien entre eux et qui ne se font pas la guerre, et puis ils chauffent les autres à blanc, alors ils tombent sur la possibilité ou non de chauffer les gens à blanc, rappelons-nous les guerres internes qu'ils déclenchent, par exemple en montrant du doigt toute une population à cause de sa religion, et on t'explique du matin au soir qu'à cause de leur religion ils sont dangereux, on a fait ça avec les juifs, maintenant avec les musulmans, à chaque fois, il y a toujours une bonne raison, ou bien c'est la couleur de peau, ou bien c'est...

donc le puissant, lui, il sait qu'il est en petit nombre, il faut donc toujours qu'il trouve le moyen de diviser les autres en petit nombre, mais je viens à la question culturelle, et je suis d'accord pour dire qu'elle est centrale. Il ne suffira pas de dire aux gens « dis donc, je vais t'expliquer pourquoi la baisse tendancielle du taux de profit oblige le capitaliste à diminuer les payes et pour pouvoir y arriver, il faut qu'il divise les travailleurs, et quand je te l'ai expliqué, tu as tout compris, et c'est le messianisme, tu as tout compris, tant que tu deviens révolutionnaire, ce n'est pas vrai.

Les êtres humains négocient leur rapport à l'exploitation à travers un filtre qui s'appelle la dignité.

44:39
Présentateur

Tu connais la phrase d'Alexandre Astier ?

44:41
Jean-Luc Mélenchon

Vas-y.

44:42
Présentateur

Sur les leaders, il y en a un qui émerge parce qu'il se bat pour la dignité des plus faibles.

44:51
Jean-Luc Mélenchon

Moi, je crois à ça. Je pense que c'est un puissant ressort. Donc, en tout cas, c'est un exemple qui nous montre, personne ne va se faire tuer pour un différentiel d'inflation, pourtant c'est meurtrier, mais par contre, pour une idée aussi confuse que la liberté ou la fraternité, il y a des gens qui se font tuer. Les êtres humains ont heureusement pour eux une capacité à inclure des paramètres qui sont sensitifs, sentimentaux et autres. Alors, tu me dis, est-ce que on a tellement poussé les gens qu'ils sont devenus incapables de solidarité, on va dire, pour faire bref ?

45:28
Présentateur

Par angoisse. Je te prends un exemple.

45:31
Jean-Luc Mélenchon

Oui.

45:31
Présentateur

Là, en ce moment, on est en train de se castagner avec les Russes. La génération qui est au pouvoir et la génération qui est aux manettes, c'est la génération qui a subi l'effondrement de l'ex-Union soviétique avec plus rien dans les supermarchés, pas de chewing-gum, les jeux des gamins à collectionner des papiers de chewing-gum venant d'autres pays parce qu'ils n'avaient plus rien. Le fait que la grand-mère fasse nourrir toute la famille en banlieue de Moscou parce que c'était la seule affaire encore qu'à avoir des patates, on retrouve les souffrances des pays à travers leur art culinaire.

Quand on voit cette jeunesse qui est maintenant au pouvoir angoissée de revivre ça, comment on peut lui faire passer le message « On ne va pas vous la refaire à l'envers, ne vous inquiétez pas, ayez confiance. »

46:22
Jean-Luc Mélenchon

Surtout pas. Moi, je ne leur dirais pas « Ayez confiance » parce que comme ils se sont fait avoir la dernière fois, ça va. Tout le monde...

46:28
Présentateur

Pareil pour les Chinois,

46:30
Jean-Luc Mélenchon

pareil pour les Indiens... Oui, oui, mais en Europe, là, c'est l'interruption dans l'interruption encore, en Europe, on a une sorte d'arrogance, on se croit tellement intéressant, tellement... Bon, et alors les autres... La fin de l'URSS, peu de gens savent que ça a été un désastre humain immense. Un recul de l'espérance de vie, des milliers de gens qui se sont suicidés, le piccolo comme jamais, etc., etc. Mais je veux rester sur la question comme vous la formulez il y a un instant... Comment refaire du lit ? Parce que c'est la question cruciale. On ne peut pas séparer les êtres humains de la culture qui les lit.

Donc, si on les dresse continuellement à dire « Chacun pour soi » et ça sera bien pour tout le monde, c'est-à-dire ce que disait Margaret Thatcher, elle dit « La société n'existe pas, il n'y a que des individus » et si les individus se font une bonne vie, ils la feront pour tout le monde. Ça ira. Bon, voilà, c'est Margaret Thatcher. Mais c'est une idéologie, ça. On est tous comme ça, on a une idée dans la tête. Bon, Anthony Giddens qui était le théoricien qui collait à Prébler, tu te rappelles de ça ? Quand on a dit à Mme Thatcher, la grande championne du libéralisme, on lui a dit « Quelle est votre plus grande victoire ?

» Elle aurait pu dire « Oui, j'ai cassé la tête aux mineurs, j'ai défoncé le syndicalisme anglais. » Elle aurait pu dire ça. « J'ai défoncé les Argentins ? » Oui. C'est la réponse qu'elle fait. Elle dit « Ma plus grande victoire, c'est Tony Blair. » C'est-à-dire un socialiste qui fait la politique de droite. Et elle disait « J'ai gagné. » Parce que je lui ai pourri la tête et il est persuadé que c'est comme ça qu'il faut faire. Là, la plus grande victoire du capitalisme, c'est chaque personne qui se dit « Moi, je vais gagner et je m'en fous des autres. » Débrouillez-vous, que chacun fasse son bonheur et ça ira bien pour tout le monde.

Et il y a un très beau livre qui s'appelle « La Loi de la Jungle ». Le gars, il est plutôt anarchiste. Il n'est pas trop de... Moi, j'ai des accointances avec les anarchistes, mais je ne le suis pas de culture... Bon. Mais il est magnifique, son livre, Pablo Servigne, ça s'appelle « La Nouvelle Loi de la Jungle, l'entraide ». Et lui, il démontre que contrairement à ce qu'on raconte, le vivant vit beaucoup plus d'entraide que de n'importe quoi d'autre. Alors, les champignons qui font les liens entre les arbres, les animaux, un animal ne tue que pour manger et la quantité dont il a besoin. Il n'y a que les êtres humains pour tuer des milliers de bestioles et s'en foutre.

Il n'y a que des êtres humains pour mettre 50 millions d'oiseaux dans une broyeuse parce qu'ils ne sont pas du bon sexe, c'est des poulets. On a 50 millions, tu te rends compte ce que c'est, dans une broyeuse. Quich, quich, quich, des trucs vivants. Bon. Il n'y a que les êtres... C'est une culture de pouvoir faire ça. Bon. Et Servigne nous dit une chose que je crois, moi, qui m'a guidé à partir du moment où j'ai lu son livre. Je me suis dit, il m'apprend une chose. Un type de comportement est une contribution directe au rapport de force sociale.

Autrement dit, si j'entre dans la logique de l'entraide, un, je serai plus fort, deux, au cas où la civilisation vienne, ce qui va se produire, à s'effondrer par morceaux, parce que c'est comme ça que ça va se passer, eh bien, on sera plus fort. Et lui, Servigne, dit si vous y entrez avec la mentalité néolibérale, vous allez encore plus souffrir de ce qui va vous arriver. Et ça m'a vraiment, il m'a convaincu. Et dans le bouquin, j'évoque à la fin quelque chose que je n'aurais pas osé faire autrefois. Il y a un chapitre sur la morale. Et je dis, la politique et la morale ne peuvent pas être dissociées, parce que nos motivations pour agir sont des motivations morales, individuelles.

La peine, l'empathie pour les autres, la souffrance que tu ressens quand tu vois souffrir. Et je dis, le mal, c'est un modèle, un comportement économique dont tu sais qu'il est nuisible à un très grand nombre et tu le fais quand même parce que ça l'arrange toi. Le bien, c'est tout ce qui va permettre d'être ce que j'appelle la vertu. C'est-à-dire, ce qui est bon pour toi, c'est ce qui est bon pour tous. C'est dur, hein, comme idée. Attention, je ne suis pas en train de prôner la sainteté, là. Mais je dis, ça, c'est des repères qui peuvent vous aider à agir. Ne dites pas que vous vous en fichez. Et ça m'amène à des critiques par rapport à ce que j'ai pu croire dans ma jeunesse, hein.

Bon, il y avait un livre de Léon Trotsky quand j'avais 20 ans qu'on lisait qui s'appelait Leur morale est la nôtre. Et Léon, bon, explique que bon, la morale, tout ça, c'est aussi un rapport de force, blablabla, etc. Et puis ça se termine par, en gros, il dit la fin, dans certains cas, dit-il, ça, c'est... justifie dialétiquement les moyens. Alors moi, je dis non. Aucun moyen ne peut être pensé indépendamment de la fin. Les moyens, c'est de la fin tout de suite. Donc, pas question. Et il y a un très beau livre maintenant, trop tard, il n'est plus en circulation, ça s'appelait Les militants et leur morale. Mais donc, dans mon livre, à la fin, je dis ça. Voilà.

La vertu, c'est-à-dire ce qui est bon pour tous et ce qui est réellement bon pour moi. Et ce qui n'est bon que pour moi, hum, hum, hum, hum, c'est Abord qui coupe. J'aborde la question de la morale comme j'ai pu aborder comme une composante de la manière de vivre ensemble. Alors, tout à l'heure, il y avait dans la question un truc à quoi je n'avais pas répondu. Tu as dit oui, mais si jamais on doit se passer de tout ça, on va avoir une drôle de vie. Oui, je ne sais pas en quoi elle consistera, toi non plus, je ne sais pas pourquoi tu en parles.

Parce que on aurait dit aux petites bandes il y a 390 000 ans qui erraient et qui se divisaient parce que les êtres humains, c'est des singes, nus, spéciaux, mais c'est des singes. Les singes, chaque fois qu'ils sont plus de 25, ils se séparent en deux bandes. Bon. Alors nous, on a dit les êtres humains, c'est 150. Mon oeil, ce n'est pas vrai. La séparation se fait avant. Ça continue encore aujourd'hui. Moi, j'ai vu de mes yeux une tribu se couper en deux. Et quand tu vas pour discuter avec les gens, pourquoi ils ne se séparent, ils ne te le disent pas parce que c'est un secret, tu vois, c'est quelque chose qui tient à plein de petits paramètres.

Bref, si on avait dit à ces gens-là, il va y avoir une époque où, l'époque que tu vis, ils ne l'auraient pas cru. Qu'est-ce que nous allons devenir, nous autres, les êtres humains, à 10 milliards ? D'abord, est-ce qu'on va y arriver ? Est-ce que, je vais te donner maintenant des exemples, je ne veux pas que ça fasse peur, ce n'est pas mon truc, de faire peur aux gens. Mais quand tu te dis, en Australie, le feu prend, ils ont vendu la flotte à une boîte. Ils disent, il y a le feu, on veut la flotte. Le gars, il dit, moi, la flotte, je vous la vends. Il fait quelle taille, votre feu, là ? Il vous faut combien de litres ? Ça fait tant. On peut pas. Il brûle la surface de la Belgique.

Et la flotte, elle reste dans la poche du mec. Au Canada, il brûle l'équivalent, si j'ai bien compris, de la Grèce. Et ainsi de suite. Et qu'est-ce qui... Regarde comment ça se passe. Le feu prend. Je vais prendre Hawaï. Le feu prend. Il dit, ah ben, formidable, tout est prévu. Alerte, il y a le feu. Oui, au début. Alerte, il y a le feu. Eh, mince, il va plus vite que prévu. Allô ? Il n'y a plus d'électricité. Il n'y a plus de poteau. Il n'y a plus de téléphone. Donc toi, tu vois le feu qui arrive, mais ce n'est pas ça qu'ils nous ont dit. Tu sautes dans ta voiture, tu te mets à rouler, tu te dis, mais la voiture, c'est une bombe, si jamais le feu me rattrape.

Tu poses ta bagnole au bord de l'eau et toi, tu sautes dans la mer. Voilà comment ça s'est fini. L'effondrement, le secrétaire général de l'ONU vient de dire ça. L'effondrement est commencé. Vous n'allez pas le voir tout de suite, mais déjà ça avance. Comment ça se passe ? Eh ben, le feu prend, plus ligne électrique. Le talon d'Achille de notre société, c'est l'électricité. Enlève l'électricité, qu'est-ce que tu fais ? Réponse, rien. Rien, tout simplement, rien. Tu ne peux plus rien faire.

54:04
Présentateur

Enlève le pétrole. Je reviens...

54:09
Jean-Luc Mélenchon

Non, tu peux fonctionner sans le pétrole. Tu ne peux plus fonctionner sans l'électricité. Fais le tour de chez toi et demande-toi qu'est-ce que tu fais marcher au pétrole et qu'est-ce que tu fais marcher de l'électricité. Tu vas voir, t'as vu, tu fais le bilan.

54:20
Présentateur

L'agriculture avec le pétrole, quand même beaucoup. Je reviens sur ma première question, de remettre le temps contre les puissances alors qu'elles ont été chauffées à blanc pendant des décennies. Les Arméniens sont en train de se faire... C'est une épuration. Ils se font virer... On voit les mémés, les gamins...

54:41
Jean-Luc Mélenchon

C'est l'épuration ethnique.

54:43
Présentateur

C'est dramatique.

54:44
Jean-Luc Mélenchon

C'est ce qu'on a laissé faire en Europe, alors.

54:46
Présentateur

Et il y a les Turcs d'un côté qui poussent un côté, il y a les autres de l'autre qui poussent de l'autre côté. Mais in fine, c'est les populations civiles qui morphe encore.

54:55
Jean-Luc Mélenchon

Bon vieux, si vous voulez comprendre les guerres de notre époque, suivez les pipelines. Il n'y en a jamais eu autant. Là, tout le monde fait des phrases et du bruit avec sa bouche. Ah, il faut arrêter. Il faut décarboner. D'accord. 177 projets de pipelines dans le monde. Il n'y en a jamais eu autant. C'est-à-dire que... C'est ce que je disais tout à l'heure. Le système ne peut pas se corriger. Ce qu'il y a de plus fabuleux, c'est de sortir du pétrole et de le vendre à des gens qui n'ont pas d'autre choix que de l'utiliser. Mais je viens sur Arménie et Azerbaïdjan.

D'abord, il faut y aller mollo parce que ce n'est pas les gens à qui on a dit « Eh les gens, vous êtes d'accord pour faire la guerre ? » Non. C'est des gens qui dirigent, qui se sont dit « Tiens, nous, pour des raisons x, y, z, qui sont liées à l'histoire profonde, à des intérêts matériels, au passage des pipelines. Pourquoi tu crois qu'on a été en Afghanistan ? » La liberté du monde. Je me rappelle, à l'époque, j'étais socialiste. Les écoles pour les petites filles, non ? Oui, les écoles pour les petites filles et puis la liberté du monde qui se jouait à Kaboul. Non. Le pipe foutait le camp envers la Chine et les Américains ne pouvaient pas supporter un truc pareil.

Et comme on avait vendu le passage du pipe à une compagnie argentine et américano-argentine et que les types ont changé d'avis, au début, ça baignait comme dans l'eau entre les talibans qui avaient le pouvoir et les Américains. Du jour où ils changent de compagnie, alors là, c'est terminé, c'était la guerre, les petites filles et le reste. Bon, je dis ça avec... Moi, j'ai de l'amertume, ça a duré 20 ans, cette guerre. D'accord ? Les Américains, quand ils savaient plus quoi faire d'une arme, ils l'achetaient là-bas. Comme ça, elle explotait et terminait, t'as pas besoin de la démonter. Ils ont jeté la plus grosse bombe conventionnelle de l'histoire de l'humanité, l'équivalent d'un Hiroshima.

Ils l'ont balancée là-bas. Personne n'a jamais su. Pour quoi faire ? Quelles avaient été les conséquences ? C'était la guerre en tant qu'activité correspondant à un cycle de la marchandise. C'est terrifiant. Là, quand on parle de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan, ce ne sont pas les gens qui ont décidé de faire la guerre. C'est des dirigeants qui tous sont impliqués par des intérêts, bon, et puis, évidemment de l'argent. Mais le monde est cul par-dessus tête et tout le monde s'en fout. Les Ukrainiens qui se plaignent d'être envahis par les Russes, à juste titre, vendent des armes à l'Azerbaïdjan qui vient d'envahir l'Arménie. Où tu en entends parler ? C'est quoi ta source ?

C'est ma source, c'est ma source, il n'y a qu'à regarder. C'est facile à savoir. Les Ukrainiens vendent des armes. Bon, alors, et le résultat, c'est ça. L'Azerbaïdjan envahit...

57:28
Présentateur

C'est quoi ta source ?

57:30
Jean-Luc Mélenchon

Là, je ne l'ai plus, là. Mais je veux bien la donner, ce n'est pas un problème. Je ne veux pas dire de conneries et l'attribuer à une source plutôt qu'à une autre. Vous ne le saviez pas ? Ah bon, j'ai peut-être dit révéler un secret sans me rendre compte. Parce que j'ai beaucoup de choses qui passent... Tu sais, les Insoumis, il y en a partout. Donc, quelque chose que je ne sais pas. Bon. En tout cas, l'univers entier est scandalisé par une invasion à juste titre. Moi, qui ne suis pas spécialement un ami des Américains, j'avais dit l'OTAN n'entre pas en Ukraine, les Russes n'entrent pas non plus. Les Russes sont entrés. Bon, deux heures après, moi, j'ai condamné.

Donc, c'est pour dire que je comprends de quoi il s'agit et je ne peux pas accepter comme Français qu'on recommence en Europe à régler les problèmes en passant les frontières. Donc, c'est à la fois toute ma sympathie pour ceux qui sont envahis, mais en même temps, je suis membre et j'ai été élu d'un pays envahi quatre fois dans un siècle. D'accord ? Donc, nous autres, dans notre histoire nationale de Français, bon, alors nous-mêmes, on en a envahi d'autres. Alors, ça n'avait pas tout à fait la même signification quand c'était la Grande Révolution, mais les pays qu'on a envahi pour les coloniser, si, ça avait bien la même signification.

On entrait chez des gens et on disait dorénavant, c'est nous qui commandons. Et cette mentalité, on ne l'a pas vraiment perdue. Si on regarde comment ça se passe, on va peut-être en parler dans un instant, comment M. Macron a réussi à nous foutre à d'eau toute l'Afrique. Mais enfin, pour revenir à l'Arménie, il est clair que quand tu regardes cette situation...

59:09
Présentateur

Aux Arméniens.

59:11
Jean-Luc Mélenchon

Pardon ? Pour revenir aux Arméniens. Oui, à l'Arménie, aux Arméniens. Moi, je ne cache pas que ma sympathie va du côté des Arméniens. Pourquoi ? Parce qu'on a une histoire commune. On se dit, ben, Mélenchon, alors qu'est-ce que... Il faut avoir une histoire commune pour s'entendre avec toi. Ben ouais, déjà, ça aide. Un. Deux. Je vois bien qui est l'agresseur. Trois. Je suis conscient de la difficulté. Parce que le territoire du Haut-Karabakh est dans les frontières reconnue internationalement de l'Azerbaïdjan. D'accord ? Donc, il ne faut pas raconter d'histoire.

Mais l'engagement qui avait été pris par tout le monde, c'est, écoutez, cette situation n'est pas claire, donc, cessez le feu, on ne se tape pas dessus, on discute. Et on finira par régler le problème. Et puis, à un moment donné, les dirigeants, M. Alièf, qui est le fils de son père, qui était lui-même Alièf, membre du bureau politique du parti communiste de l'URSS, puis premier président de ce pays, et c'est son fils qui est le second président. Bien. Dit, ben, la situation m'a l'air bonne, personne ne regarde, il n'y a pas trop de problèmes, et... Le camp est affaibli, voilà, les russes sont censés faire la maintien de la paix. Oui. Et tout le monde...

Il y a un groupe qui a été constitué, où il y a les russes, les américains, les français, les français, on oublie, ça compte plus, les américains et les russes, ils ne se parlent pas entre eux, les russes vont me donner un petit coup de main, et puis il y a mes amis turcs qui vont m'aider. Donc, il se dit, c'est une bonne occasion de récupérer l'autorité sur mon territoire. Et comme disait l'autre, une fois que tu es arrivé jusque là, pourquoi tu t'arrêtes, vu que la résistance est faible ? Peut-être que les arméniens ont surestimé leur capacité de résistance parce que la dernière fois, c'est eux qui avaient gagné.

Et non seulement, l'Azerbaïdjan a récupéré, effondré la structure administrative et politique de cette région, mais a envahi l'Arménie elle-même. Donc là, on est dans une situation où normalement, on devrait voler au secours de l'Arménie, en disant, et alors ? C'est là que tout un récit sur le monde s'écroule. J'ai pris l'exemple de l'Ukraine il y a un instant, mais jusqu'à présent, le récit c'était le choc des civilisations. Ça, c'est les Américains qui racontaient ça. Alors, il y a la civilisation occidentale et puis les musulmans. Alors, ils en faisaient un paquet et les musulmans étaient des ennemis sur la Terre entière. Alors là, il y a un problème, ça ne colle pas.

Alors, on a dit, oui, mais c'est des musulmans par paquet, sunnites et chiites. Zut, ça ne colle pas non plus. Pourquoi ? Les Iraniens aident les Arméniens qui sont chrétiens et les Turcs aident l'Azerbaïdjan qui est musulman comme eux, mais pas tout à fait de la même branche. Donc, ça veut dire que la grille de lecture à partir du choc des civilisations et du choc à l'intérieur des religions, elle ne correspond à rien. Et c'est de ce qu'on n'a pas cessé de dire que ce qui constitue les intérêts communs d'un groupe humain qui aujourd'hui sont tous organisés en nation va toujours être plus important que n'importe quel autre paramètre.

Et que ce qui va jouer, c'est ce qui sert cette communauté et les dirigeants en disant voilà pourquoi il faut envahir, voilà pourquoi il ne faut pas faire ci, voilà pourquoi. Et c'est pourquoi moi, je n'ai jamais cru à la salade le monde multipolaire. Alors, on disait, c'est formidable, le monde multipolaire, vous comprenez, avant, il y en avait deux, il y en avait un de trop et maintenant, c'est bien parce qu'il y a les Etats-Unis, donc enfin, on sait à quoi se référer. Et d'ailleurs, M. Bush père avait dit, nous, nous venons faire la guerre en Irak parce que c'est le nouvel ordre mondial et maintenant, il y a un patron et c'est nous. Bon.

1:02:53
Présentateur

Bon, il n'a pas vraiment dit ça, mais...

1:02:55
Jean-Luc Mélenchon

si, il a dit ça, il a dit, c'est le nouvel ordre mondial et c'est nous qui allons vous expliquer pourquoi il faut faire comme ça. Bon. Alors, la vérité, derrière, il y a eu tout, on a sorti les violons pour dire, il nous faut un monde multipolaire parce que deux, quand même, c'est un peu trop visible, un, c'était pas supportable, mais moi, j'ai toujours dit, partout où je suis passé, vous rêvez, un monde multipolaire, nous, les Européens, on est inconnu. 1885, on s'est partagé le monde avec les Allemands, d'accord, et les Anglais et on s'est découpé tous les territoires à coloniser. C'était les Allemands qui avaient trouvé cette idée pour qu'on se les répartisse.

Bon, alors, comme on était déjà sur le terrain et pas eux, on a pris le plus gros bout. Ils ont pris ce qui restait, ce qui les intéressait. Ils ont d'ailleurs commencé à expérimenter les méthodes de massacre de masques et ensuite, on prospérait. Bon, tout ça, on l'a vu, mais ça s'est passé, le monde multipolaire, on l'a vu, le monde multipolaire, c'est les plus puissants se mettent d'accord entre eux et qu'rabouillent les autres et puis après, se tapent entre eux. Moi, je n'ai jamais été pour ça. Je suis pour un monde ordonné et un monde ordonné, c'est un monde où il y a des lois consenties en commun et une force qui appuie cette loi. Voilà.

Donc, on n'a pas besoin de l'OTAN qui est le bras armé d'une puissance. L'ONU a tous les défauts du monde, on est d'accord, mais elle existe. Et je rappelle à ceux qui regardent ça avec du mépris que l'ONU, c'est la suite de la Société des Nations qui s'était cassée la figure. Et la Société des Nations, on la crée après la guerre de 1914 en disant, plus jamais on se fait la guerre pour régler un problème. Donc, moi, je continue à dire, on ne règle aucun problème de frontière par la force, ni celle de la frontière de l'Ukraine et de la Russie, ni celle de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, ni aucune frontière.

Raison pour laquelle j'avais dit en Europe, si j'avais été élu, nous ferons une conférence des frontières. Alors, évidemment, 4 ou 5 bien intentionnés qu'on dit, ah, Mélenchon, on met en cause des frontières. Non, Mélenchon vous dit, les frontières en Europe seront remises en cause. Les frontières à l'intérieur des nations et entre les nations. Et si vous ne le comprenez pas, vous n'avez qu'à regarder quels sont les intérêts qu'opposent les gens. Comment ça se fait qu'aujourd'hui, les Polonais décident de ne plus exporter d'armes aux Ukrainiens ? Alors qu'il paraît que tout le monde était ami contre les Russes. À cause du marché des céréales. Eh bien oui, et le marché des céréales...

1:05:07
Présentateur

Parce qu'il y a les élections bientôt et qu'il faut avoir le vote des agriculteurs.

1:05:10
Jean-Luc Mélenchon

Nous y voilà. Donc, si nous n'avons pas les règles du jeu, si nous n'avons pas le moyen de les faire respecter, alors nous aurons un monde en guerre. Et il est possible qu'en effet, ça se termine par la guerre générale. Ça pourrait être le cas en Europe. En Europe, les frontières fragiles. Je ne souhaite pas qu'il y ait l'attention. Je ne suis pas en train de dire qu'elles sont tellement fragiles que j'ai un souhait sur la question. Mais je vous ai dit au début de la querelle, au début de l'invasion russe, vous verrez ce que vous allez voir. Parce que ce n'est pas clair entre Polonais et Ukrainiens. Et j'ajoute, ce n'est pas clair entre Hongrois et Ukrainiens. Et ça, c'est des histoires.

Il faut un peu lire l'histoire pour comprendre pourquoi c'est comme ça. Après, on pourrait dire mais j'espère qu'il ne leur arrivera rien. L'État belge est un état fragile entre Flamand et Wallon. La Grande-Bretagne est un état fragile entre les Écossais qui pourraient bien revoter une nouvelle fois sur l'indépendant. Sans oublier l'Irlande où la majorité est passée au Sinn Féin. Des deux côtés. Donc, un jour ou l'autre, la question de la frontière qui les sépare, elle va être posée. La Catalogne, on en a entendu parler à un moment donné. Ils ont même fait, ils ont voulu faire un référendum. Et l'Europe avait répondu si vous votez l'indépendant, vous n'êtes plus en Europe.

Ah ben voilà qui est nouveau. en Europe. Ils ne seraient plus dans l'Union. Et ainsi de suite, nous les Français, on est en train de discuter. Nous les Français, on est les champions du pipeau. C'est-à-dire, nous on est la République française unitaire. Ouais. Depuis toujours. Ouais. Grâce à la Révolution. En effet. Pas de bol. La Polynésie française, elle a un gouvernement. C'est plus un État unitaire. La Nouvelle-Calédonie, qu'en a qui pour certains, Nouvelle-Calédonie pour le vote, elle a un statut spécial avec un congrès du territoire et un gouvernement. La Martinique a une collectivité locale. La Guadeloupe en a deux. La Guayane a une collectivité locale. La Réunion en a deux.

La Corse ? Attends, j'y viens. Mais c'est pour dire. La Polynésie, il y a bien marqué, française. Polynésie française. Elle dépend de l'article 74 de la Constitution qui délègue toute une partie de l'autorité de l'État. En plus, tout le monde arrive à comprendre que quand tu es à l'autre bout du monde décalé de 13 heures, bon, peut-être que ce n'est pas depuis Paris qu'on va prendre les décisions les plus intéressantes sur un territoire dont les Français ne savent pas qu'au total d'île en île, il est aussi étendu que toute l'Europe. Rien que la Polynésie française, la surface et toute l'Europe. Bon. Donc, nous ne sommes plus un État unitaire. Et dans ces conditions, qu'est-ce qu'on fait ?

Soit on peut le nier ou bien dire ben je pars de la nouvelle réalité, pourquoi c'est nouveau, etc. La Corse, vous prenez le problème par le bout que vous voulez et vous arrivez toujours au même résultat. A savoir que majoritairement, la population corse, si vous croyez à la démocratie, fait confiance aux autonomistes, aux indépendantistes. Et ils ont élu trois députés de ce côté. Donc, moi je suis allé écouter ce que disent les trois députés. Imagine que je suis président de la République, j'aurais pu l'être. Alors on me dit il y a un problème encore. Il a manqué combien de votes ? Pour arriver au deuxième tour, déjà il m'en manquait 410 000. Rien quoi.

C'est comme ça, tu vois l'histoire qui te passe au bout des doigts. Bon. Qu'est-ce que j'aurais fait ? Alors on me dit il y a un problème encore, ça ne peut plus durer. Bon. On fait quoi ? Tu envoies la troupe ? Non, je ne fais pas ça. Je ne fais pas ça. Ce n'est pas ma conception. Ce n'est pas ma vision du monde. Et ce n'est pas ce que veulent les Corses. Ils ne veulent pas le choc, la violence. Donc, que demandent les Corses ? Je dis donc, c'était pour moi, ce n'était pas rien d'aller voir l'ancien président de l'Assemblée qui était un indépendantiste et puis après, bon, le... le... le...

Gilles Simeoni qui est un homme qui facilite les choses par la qualité du contact qui s'est créé avec les gens et puis, les députés corses qui étaient à l'Assemblée se disaient, assis au-dessus de nous du Bloc Insoumis, là, on était 17 à l'époque et les trois Corses, ils étaient au fond derrière. Donc, j'allais souvent bavarder avec eux. à quoi vivent Michel Castellani qui, bon, on parle, on parle et... Des choses descendent. Eux, ils me voyaient comme un horrible Jacobin qui allait mettre tout le monde au pas, suivant la caricature qui est faite de moi et moi, je me disais, mon oeil, oui, autonomiste, en fait, en fait, bon, bref, on parle et on... on parle.

Et, je me dis, je vois ces hommes, je vois qu'on vote pour eux, qu'ils regagnent l'élection suivante et la suivante et je me dis, ces gens-là, ils portent quelque chose qui est la vérité du moment et de l'histoire en ce moment en Corse. Qu'est-ce qu'ils demandent ? L'article 74. Ah, l'article 74. La Polynésie française a l'article 74. Qu'est-ce qu'il y a de commun entre les deux ? Une chose fondamentale, l'insularité. C'est des îles. Une île, il y a un ensemble de conditions qui se réunissent dès que tu as une île. Tu as une mentalité, tu as une culture. Tu as des relations avec le continent. Une solidarité aussi. Absolument.

Et en plus là, c'est une île qui est faite aussi de beaucoup de la montagne. Alors la mentalité du montagnard, c'est quelque chose. Tout autour de la Méditerranée, tu fais le tour. Si tu traverses la Méditerranée, tu vas tomber sur les berbères qui sont dans les montagnes. Vu qu'il y a mille ans de ça, les arabes sont arrivés par en bas et les berbères qui étaient là sont montés dans les montagnes. Bref, il faut comprendre l'histoire et la culture des gens pour savoir quoi faire. Donc moi, à ce moment-là, j'ai réuni les plus jacobins des miens, les plus dur de dur. Il y en a, hein ? Et je leur dis, bon, écoutez, les amis, si on gouverne, qu'est-ce qu'on va faire ? Ben, pas...

Il vaut mieux savoir maintenant qu'attendre d'être dessus. Bon, on discute entre nous, c'était un peu chaud. Et moi, je dis, écoutez, je vous propose de faire comme moi. Allez les voir discuter avec eux, parler, regarder, et après, on reparle. Ils l'ont fait. On se retrouve et je viens avec mon argument, l'article 74, etc. On parle de la nation française et de son éventuel démembrement. Et on tombe d'accord. Tous, on dit, ben, nous, on va être d'accord avec eux, l'article 74. Si nous gagnons les élections, l'article 74 s'appliquera. Mais c'est des choses qu'il faut manier avec précaution. La Corse, c'est pas la Bretagne. C'est pas la même situation.

Et quand je vois qu'à peine les Corses ont réussi à entrebâiller la porte de l'autonomie, aussitôt, t'as les autres qui disent, ben, nous, on veut pareil, et ben, la réponse est non. Je ne suis pas d'accord pour qu'il y ait aussi l'article 74 dans le cas de la Bretagne parce qu'on est dans une autre situation. Et alors, encore moins pour la collectivité européenne ou prétendue telle d'Alsace. Bon, parce que, alors là, ça bat tous les records de ce que moi, je ne peux pas supporter. du point de vue de l'histoire de France et de la nécessité, quand même, de faire peuple en commun. Alors, il y en a des sujets difficiles à ce sujet.

Là, on parle de la France, mais on peut parler du démembrement des États-Unis d'Amérique, etc. Mais là, on reste sur la France. On a des discussions. Moi, je suis un membre de gauche, donc je ne peux pas être d'accord pour le droit à la différenciation comme l'a vendu Macron. La question de l'unité de la loi est une question qui n'est pas simple à régler, mais qu'on doit régler. Moi, je préviens tout de suite, je ne serai jamais d'accord pour qu'il y ait une différenciation au niveau de la loi sociale, les droits sociaux, etc.

Ou alors, ou alors, seulement dans un cas qu'on appellerait le principe de faveur, c'est-à-dire, on rétablit, comme c'était avant, tu ne pouvais pas avoir un accord de branche moins bon que la loi. Plus bon, oui. Meilleur. Tu ne pouvais pas avoir un accord d'entreprise moins bon que l'accord de branche. Meilleur, oui. Donc, je serai d'accord pour qu'il y ait de la différenciation à condition que ça soit meilleur. Exemple. Exemple. Avec l'Alsace. Chaque fois que je dis ça ne peut pas aller le concordat, tu as toujours un gros malin pour dire oui, mais M. Mélenchon est contre le droit social alsacien. Tu m'as mal écouté. Je n'ai pas dit ça. J'ai dit le concordat.

Je ne suis pas d'accord pour qu'on finance la religion. Mais la loi sociale de sécurité sociale de l'Alsace, je suis pour qu'elle soit appliquée à toute la France parce qu'elle est bien meilleure que la loi sur la sécurité sociale pour le reste du territoire de notre pays. Donc, on pourrait dire le droit à la différenciation à condition que ce soit meilleur que la loi commune. Si c'est meilleur que la loi commune, ok. Si c'est moins bon, non. Alors ça, c'est pour la France. Après, je ne sais pas si les Écossais votent ce que ça va donner. Je ne sais pas ce que ça va donner si les Irlandais votent aussi sur leur unité. voilà.

1:14:07
Présentateur

On revient à comment pacifier les nations qui ont été chauffées à blanc par le commerce, par les haines, instrumentalisées par X ou Y. la diplomatie, on en est où ? La diplomatie française, la diplomatie entre les peuples, est-ce que c'est pour maintenir le vernis ? Est-ce que ça sert réellement à quelque chose ? Est-ce qu'on a un corps diplomatique qui a failli ? Est-ce qu'on a un renseignement qui a failli ? Est-ce qu'il faut que tu te marres ? Vas-y. Je te laisse commencer, alors. Non, non, non, mais je me marre

1:14:45
Jean-Luc Mélenchon

pour la même raison que vous, parce que, bon, sur le plan du renseignement, on a battu quelques records de mal renseignement. Bon, mais commençons par le début, parce que c'est une question grave et sérieuse. D'abord, il faut être clair sur ce qu'on veut, sinon on ne peut pas y arriver. Si c'est juste développer du catéchisme du genre « Oui, oui, il faut être bon », bon, ça ne marchera jamais un truc pareil, ça ne marche jamais. Non, il faut s'y prendre par le bon bout. D'abord, il faut un cadre. Je le redis, je le répète, quitte à rabâcher, on a besoin de l'ONU.

Deuxièmement, vous avez raison de dire « On est arrivé à un tel point que c'est un renversement complet du discours que de dire « On arrête la compétition pour faire autre chose ». Moi, j'ai réfléchi à ça et essayé d'y répondre en me disant « Si je présidais le pays, comment je m'y prendrais ? » Commençons par où est notre... Là, je parle en français, hein ? Bon.

1:15:40
Locuteur

Bah,

1:15:40
Jean-Luc Mélenchon

notre première zone, comment dire, de bonne entente, bah, c'est là où on parle la même langue. C'est-à-dire, là où il y a la langue commune, la francophonie. J'y insiste, c'était pas l'Europe. Pourquoi ? Parce que tu coopères, tu peux coopérer avec tout le monde, mais tu coopères plus facilement là où tu parles la même langue parce que l'échange est direct, la mise en commun est directe. Et puis, c'est un espace de, comme j'ai dit, de créolisation. La créolisation, ça veut dire qu'on mélange. C'est imprévisible la créolisation, ce que ça donne. Donc, nous, les Français, on a un intérêt pour notre pays particulier pour les endroits où on parle français.

Parce qu'ils sont plus jeunes que nous, parce qu'ils sont plus nombreux, parce qu'ils sont plus imaginatifs. Nous, on sait faire plein de choses et on pourrait donc avoir une logique d'entraide. Comment on s'entraide ? Si tu t'amènes en disant on vient s'entraider, tout le monde doit dire très bien, on est au courant la dernière fois que vous êtes venus, on s'est entraidés comme des fous, vous avez embarqué tout avec vous. Donc, bon, non. Il faut qu'on vienne avec ce que moi j'appelle un projet de cause commune. Bon. Si tu réfléchis bien, tu t'aperçois qu'il y a de la matière. On va prendre un exemple. Nous, les Français, on entre en crise de l'eau. On a prévenu.

Moi, j'ai marré ma compagne comme ça. Ils s'en foutent complètement comme de leur première chemise. Ouais, l'eau, t'as qu'à en acheter. Le marché va régler le problème. T'as plus d'eau, t'as qu'à l'acheter. Bon. Mayotte, ils n'aiment pas trop là. Ah non, mais Mayotte et puis la Guadeloupe. D'accord ? Et puis partout les réseaux ont été à l'abandon. Alors, je prends l'exemple de l'eau parce qu'il y a des pays qui peuvent nous apprendre des choses. Par exemple, là, demain, je vais au Maroc. Le Maroc pourrait nous aider à faire face à la crise de l'eau parce qu'eux, ils ont mis dans leur constitution le droit à l'eau. Ils savent travailler ça. Ils ont mis au point des choses.

Des tas de gens ont des tas de choses à nous apprendre et c'est pas la peine qu'on fasse les prétentieux où c'est tout mieux que tout le monde. C'est pas vrai. À l'inverse, on peut dire nous, on a des choses à mettre. Quand je dis des causes communes, c'est ça. Par exemple, on dit il y a une cause commune, l'eau. Très bien. Tous les pays du petit bassin méditerranéen, on se met d'accord pour dire les gars, les filles, on parle de ça. Comment on purge notre eau parce qu'on met tout dans la Méditerranée comme dans un cloac ? Qu'est-ce qu'on fait ? Comment on s'y prend ? Deuxiots, il y a un incendie qui aide qui ? Dans quel ordre on le fait ? Qui sait qu'achète des avions ?

Nous, les Français, entre-temps, on parle toujours de l'hypothèse où c'est un insoumis ou une insoumise qui préside. Donc, moi, je sais une chose, la lever en masse dans le pays pour faire face à la catastrophe climatique. Donc, nous, on aura chez nous une garde nationale ou je ne sais pas comment on appellera ça, une garde citoyenne et au coup de sifflet, quand il y a trop d'eau qui est tombée et que tout est parti dans le truc, tout le monde y va, creuse, pète, pose, bref, ce qu'on fait dans les... Pourquoi ?

Parce que sinon, jamais t'arriveras la première fois qu'il y a une catastrophe où tout le monde fait face, la deuxième fois, ça commence à être lourd, la troisième, il y a qui veut, et puis la quatrième, débrouille-toi Polo. Bon, tu manques d'électricité, pète-toi un groupe électrogène. Tu manques d'eau, ben, mets une citerne. Ouah, deux, c'est mieux, deux qu'une. Voilà, c'est-à-dire chacun, en fonction de ses moyens, fera face à la catastrophe. Ce n'est pas du tout l'idée que je m'en fais. Donc, on met en commun, on dit, on a des causes communes. Quelles sont nos causes communes ? Et là, on est à égalité.

C'est-à-dire, chacun amène quelque chose, l'autre, bon, l'autre amène son truc, toi, t'amènes ton truc, ton savoir-faire, ton matériel. Alors, nous, les Français, on sait faire des avions mieux que tout le monde. Bon, ben, peut-être que c'est nous qui allons proposer l'avion dont on a besoin et puis on va le fabriquer autant de fois qu'il faut pour que tout le monde en ait pour faire du bombardement de flotte sur les incendies. Peut-être qu'il y a d'autres méthodes pour juguler les incendies, notamment des méthodes préventives. Ben, il faut y aller, les gars, va taper la forêt, la déblayer dedans, faire des coups de feu, tout ça.

S'il faut payer tout ça, bon, le temps qu'on paye, c'est fini, tout a brûlé. Donc, la stratégie des causes communes. Là, j'ai pris des exemples un peu simples, mais ça peut aller dans de nombreux domaines. Et puis, nous, les Français, on peut mettre quelque chose sur la table. On dit, écoutez, voilà, les deux nouvelles frontières de l'humanité, c'est 1, la mer, ça y est, c'est parti. On est entré en mer, on va l'exploiter, etc., etc. Bon, moi, je ne suis pas pour ça, mais bon, c'est parti. Il y a des pays qui n'ont pas accès à la mer. Il y a des pays qui ont accès à la mer et ils ont déjà tout vendu.

C'est-à-dire, tous les poissons qu'il y a dedans, ils l'ont vendu à l'Union européenne, laquelle vend ça à des compagnies qui viennent avec des trucs, ramassent tout ce qu'il y a dans l'eau. Tout ! Jusqu'au fond du fond du fond du machin, le pauvre plus petit escargot du coin, quick, il est pris. Alors, il y en a une partie, ça ne se mange pas, on fait de la farine avec, on donne à manger aux poissons d'élevage. Est-ce que vous savez que, bon, tous dans votre imaginaire, vous avez l'idée que quand l'humanité est passée de la chasse à l'élevage, il y a eu un petit mieux, et quand on est passé de la cueillette à l'agriculture, pareil.

Donc, on est d'accord, c'est une date forte dans les histoires de l'humanité. Eh bien, en 2013, il y a eu une date forte dans l'histoire de l'humanité, on a mangé plus de poissons d'élevage qu'on en a pêché dans la mer. C'est-à-dire qu'on est passé de la cueillette à l'élevage. Bon, ils ont tout vendu, ce n'est pas comme ça qu'on va gérer la ressource. Donc, nous, les Français, il y a des tas de choses qu'on sait faire à propos de la mer. Des techniques, des bateaux, des installations, de toutes sortes. Autre exemple, l'espace.

Il y a une série de nations, y compris du continent africain, parce que moi, je suis polarisé en ce moment sur le continent africain pour une raison très simple, c'est là que va se faire le plus gros essor de population de l'humanité. Donc, on est intéressé, c'est à notre porte, et en plus, on a une langue commune avec une partie d'entre eux si on arrête de faire les imbéciles et les arrogants qui fait que du coup, plus personne ne peut nous supporter et que dans tous ces pays, les gens se disent qu'il n'y a qu'à apprendre à parler anglais parce que c'est ça la nouvelle langue de la cryolisation. Bref, je viens à ce que je disais. Cause commune, l'espace.

l'Afrique s'est fait voler le 19ème siècle à cause de l'esclavage, le 20ème siècle à cause de la colonisation et le 21ème siècle, tous ceux qui n'accèdent pas à l'espace ou qui n'ont pas les moyens d'accéder à l'espace se font voler le futur. Le futur de l'humanité, il a lieu dans cette direction. On peut discuter, dire oui, il faut d'abord s'occuper des gens, mais les amis, c'est la même chose, s'occuper des gens et entrer dans l'espace. Tous les jours, d'une manière, 4000 applications qui partent des satellites sont utilisées sur le plancher des vaches. Donc, la distinction entre ce qui vient de l'espace et ce qui vient de la Terre, c'est relatif maintenant, c'est déjà relatif.

Alors, nous, on peut avoir des causes communes. On sait faire les fusées, les Français, on a l'endroit où les envoyer, on a des mauvais amis, des faux amis, les Allemands, qui ont mis... Pourquoi tu dis ça ? Parce que les Allemands, on va accepter...

1:22:47
Présentateur

Ils nous ont plombé le nucléaire, c'est ça ?

1:22:48
Jean-Luc Mélenchon

Ils ont plombé la filière en traînant les pieds pour payer, puis en décidant de faire eux-mêmes des petits lanceurs qui vont tirer depuis la Suède et pas depuis le centre de Kourou. Bref, on s'est partagé les domaines, par exemple, pour les satellites, nous, on faisait l'optique et eux, ils faisaient le son. Qu'est-ce qu'ils ont fait dès le lendemain matin ? De l'optique et du son. Comme ça, l'accord... Ce n'est pas des bons partenaires. Ils nous ont fait le même coup pour les chars, ils nous ont fait le même coup pour à peu près tout. Et là, il paraît qu'on va faire un avion avec eux, j'espère que ce n'est pas vrai, parce que ce n'est vraiment pas la bonne idée.

Heureusement, du temps où il y avait Dassault, Serge Dassault, il ne voulait pas entendre parler de ça. Alors peut-être que maintenant, ça a changé. Mais pour dire, je reviens à ce que je précisais. Les causes communes, on part des causes qu'on a ensemble. Les causes, c'est par exemple, comment on fait ensemble, alors on fait une université de l'espace, elle serait francophone. C'est-à-dire la langue commune. Et puis on viendrait.

Alors donc, on arrête de bloquer les visas des étudiants des pays francophones, parce qu'il vaut mieux que des étudiants viennent en France que des Français aillent dans des pays d'Afrique francophone, à l'université, que nos profs, on se les échange, que l'année scolaire, peut-être, on la mette en roulement. Bref, il y a plein de choses qu'on peut faire ensemble. Mais ça, ça suppose qu'on arrête de donner des ordres à tout le monde et de mal parler à tout le monde. Bon. Là, il faut dire ce qui est. Macron nous a fait reculer d'une manière incroyable. Des fois, c'est des petites choses. Il va au Burkina. Tout le monde s'en rappelle. Le Burkina, il y avait eu une élection présidentielle.

Le président est élu et l'opposition, il y a beaucoup de copains là-dedans, n'a pas à discuter le résultat de l'élection. En disant, ça ne nous plaît pas tant que ça, mais bon, il est élu. Et le gars, il respecte la situation. Bon. Le président Macron, il va. ils vont à l'université. D'abord, ils commencent par trier ceux qui rentrent dans l'université. Ceux qui étaient dehors et qui voulaient rentrer, poum, poum, poum, les lacrymaux. Et pendant la soirée, le président Macron dit déjà un truc pas sympa. Quelqu'un lui pose une question sur le fait qu'il faisait trop chaud. Et lui, il dit, je ne plus crois. Enfin bon, une connerie. Il est parti réparer sa clim.

Attends, c'est quand le président, à un moment donné, se lève, quand il ne pouvait plus le gars, parce que c'était très irrespectueux pour lui, tout ce qu'il disait. Et à ce moment-là, Macron dit, mais où il est parti ? Il est parti réparer la clim. Bon. Tu le vois en train de faire ça avec Trump ? Il aurait osé ? Non. Trump, lui, il lui est poussé les épaules. Mais pourquoi il parle comme ça ? Quelle que soit le bord, la sensibilité politique d'un Burkinabé, il est outré. Il est indigné. Comme moi, quand j'ai vu Trump enlever les pellicules sur les épaules de Macron, je dis, mais pour qui il se prend ? Pour qui il nous prend ? Tu nous touches ? Ça ne va pas, non ? Bon. Bref.

La même chose après, en République démocratique du Congo. Tu en penses que tu veux, mais tu es invité chez les gens. Tu vas pas être mal poli. Qu'est-ce qu'il fait ? Il dit, ah, vous avez fait un arrangement électoral. Ah, là, il y aurait mieux qu'ils se taisent. Parce que la République démocratique du Congo, ils ont su gérer pacifiquement des transitions. Qui on est, nous, pour leur dire comment ils doivent faire ? Hein ? Qui on est ? De quel droit on parle comme ça ? Et surtout, quand on arrive en RDC, de quel droit on tient les arguments d'un agresseur de la République démocratique du Congo qui est le pays voisin ? D'accord ? Bon. Eh bien oui.

Et tout ça, ça nous a fâché que tout le monde. Quand on arrive au Maroc, alors là, c'est le pompon. Il y a un tremblement de terre. Les Marocains, vus par les élites, soi-disant telles, françaises, au fond, bon, c'est des pauvres petits malheureux, quoi. Hein ? Alors, on vient vous aider. Qu'est-ce qu'il y a ? Vous ne voulez pas ? Pourquoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Et en avant, les émissions. Sur le Maroc, peut-il bénéficier de l'aide des Français ? Et en avant, l'arrogance. Mais, vous n'avez pas l'air de vous rendre compte. Un, que tous les Marocains, immédiatement, se sont mis en mouvement. Va faire ça en France, tu vois, si tout le monde va se mettre en mouvement.

Tout le monde se met en mouvement pour aider. Deux, ils ont une élite administrative, organisationnelle, sans faire de bruit, sans faire de tam-tam, sans la jouer à Macron qui s'en va dans les Alpes-Maritimes, il arrive en hélicoptère, il bloque tous les secours, c'est une pagaille indescriptible, à cause, justement, de son passage. Là, rien de tout ça. L'ordre, la discipline, pas de pagaille, le tremblement de terre a lieu, la nuit, le lendemain matin, déjà, tout le monde est au boulot, en train de dire de quoi on a besoin, on a besoin de ceci, on a besoin de cela. Qu'est-ce qu'on nous propose ?

Pas, venez tous, allez, tout le monde arrive avec son camion, son machin, son hélicoptère, la pagaille, non. Ah, ceux-là, ils nous amènent ceci. Oui, on les connaît, non, on n'en veut pas. Eux, oui, ok, on prend, voilà. Ils ont travaillé, ils ont trié, ils ont sélectionné. Et tout le monde dit qu'ils s'en sortent mieux que tout le monde. Voilà. Il y a eu d'autres tremblements de terre. Je te prends l'exemple de la Covid. La gestion par les Marocains de la crise Covid, j'espère qu'ils nous envoient des spécialistes en France pour nous aider. Parce qu'eux, ils n'ont pas eu de pénurie de masques et ils ont su comment traiter quand il y avait des cas individuels quelque part.

Tandis que nous, ça a été, tout le monde reste à la maison. Et résultat, on s'est tapé quand même la crise avec les pics de mortalité de la Covid.

1:28:12
Présentateur

Les Marocains aussi, ils ont peut-être refusé notre aide parce qu'on est un peu diplomatiquement en bisbis avec eux, parce qu'on est avec les Algériens, parce que si le sud du Maroc, on n'était pas clair avec eux. Qu'est-ce que t'en penses ?

1:28:30
Jean-Luc Mélenchon

Que de toute façon, ça ne nous donnait pas le droit de leur faire des leçons. D'accord ? Le Maroc est un pays indépendant, souverain, et il fait ce qu'il veut. Et quand on propose son aide, d'accord ? On ne commence pas à s'amener en faisant beaucoup de bruit et de tam-tam. Genre, toi, de toute façon, tu ne saurais pas le faire. Donc le Maroc, il faut se mettre ça dans la tête, appartient aux Marocains. Et ils font ce qu'ils veulent. Et ils avaient des offres, c'est ce qui a été dit tout de suite. Il y avait des offres qui étaient faites par toutes sortes de pays. Tant mieux qu'on dit, on vient donner un coup de main. Ils ont regardé ce dont ils avaient besoin.

Et ils se sont dit, peut-être qu'ils se sont dit, je n'en sais rien. Maintenant, tout ça, c'est des choses qu'on découvre en lisant dans la presse. En ce moment, c'est super chaud entre les deux pays. Bon, alors là, c'est pareil, chacun a une responsabilité. Moi, je ne suis pas d'accord pour que ça dégénère avec le Maroc. Je ne suis pas d'accord. Tu as d'accord pour que les Marocains, j'espère qu'ils le savent, croient que toute la France, c'est Macron. Moi, jusqu'à présent, j'ai pratiqué une manière de faire à l'ancienne. Je disais, bon, ben, on ne critique pas son pays à l'étranger et tout. Mais lui, Macron, quand il y allait, il s'en prenait aux Français.

Gaulois réfractaires depuis la Roumanie, machin. Partout où il passe, il s'en prend à tout le monde. Il se fâche avec les gens qu'il y a là, plus avec nous qui sommes ici. Bon, donc, je ne suis pas d'accord pour que les Marocains pensent que, au fond, la France, eh bien, ce sont ces donneurs de leçons qu'on a pu voir dans les chaînes d'information en continu. Il y a eu une belle soirée à laquelle, moi, j'étais très heureux d'être invité, qui était sur France 2, qui était respectueuse, qui écoutait, qui donnait des exemples, qui montrait, bon, bref. Mais tout le reste, quand même, ça va, quoi. Pendant deux jours, comment se fait-il qu'ils ne veulent pas de notre aide ?

Eh oh, vous allez vous calmer un peu ? Qui vous êtes pour parler comme ça ? Vous vous en rendez même plus compte de comment vous parlez.

1:30:20
Présentateur

La presse, la presse a un rôle dans les tensions qu'il y a entre les peuples ?

1:30:25
Jean-Luc Mélenchon

Ah ben ouais, on l'énorme. On l'énorme. Il y en a, tu as du mal à croire que c'est la presse. Tu as l'impression que c'est directement l'ambassade qui a écrit l'article, quoi. Il y a eu des articles sur le roi du Maroc. Bon, il n'y avait pas un autre moment pour faire ça. Bon, le monde, une tartine sur le roi du Maroc, très hostile, très... J'ai vu un autre papier. Alors, il y avait des gens, les malheureux, il y avait tout perdu. Tu sais, un tremblement de terre, c'est l'horreur. Tout tombe sur la tête, tu ne sais pas. C'est... Mechtoube, hein. C'est pour toi, ce n'est pas pour l'autre. Cette maison tombe, pas celle d'à côté, tu ne sais pas pourquoi. Bon. Donc, des gens qui ont tout perdu.

Et alors, les gens racontaient ça dans une détresse. Et à la fin, il y avait un témoignage. C'était, mais est-ce qu'on est vraiment des Marocains, nous ? Tu dis, mais attends, hé, ce n'est pas le gouvernement qui a fait le tremblement de terre. Tu dis, ah, oh, stop. Et je relis le papier, je me dis, est-ce que les gens protègent ? Je veux savoir. Non, pas du tout. Ils protestaient contre le malheur qui leur a été fait. Et le gars qui parlait de ça, il parlait d'autre chose. Mais c'est ces manières de monter, bon, de renvoyer dos à dos. C'est le truc du journaliste, ça. 5 minutes pour la victime, 5 minutes pour le bourreau. Tout le monde a parlé. Voilà.

J'ai encore lu des papiers, là, il y a une série dans le monde qui est particulièrement crapoteuse, qui consiste à essayer d'exciter les uns contre les autres. Bon. Moi, je trouve ça lamentable. Alors, moi, j'ai décidé que j'irais. Bon, ça, c'est su. Je suis l'invité d'une université à Casablanca. Je vais aller présenter mon bouquin. Je crois que c'est jeudi que je fais ça. Avant, je vais aller faire un petit soin à Marrakech, mais discret, tu vois. Je ne viens pas pour voir. On va m'emmener. C'est des gens qui ont dit on t'emmène pour voir, mais je ne veux pas le moindre... Tu vois, poussez-vous, Blamélenchon. Ils ont déjà assez de trucs à faire.

Et ceux qui m'invitent, ce sont les maires du coin. C'est tellement, tellement... Enfin, bon, moi, j'ai des relations spéciales avec eux. Tout le monde le sait. Je suis né là-bas. Donc, c'est un peu... J'ai un lien qui ne s'explique pas. Comme toi, avec peut-être ton village natal, ici, là, dans le Périgord, je ne sais pas où. Mais bon, moi, c'est Tangier. Qu'est-ce que tu veux ? Il n'y a pas de ville comme ça dans le monde. Donc, voilà. Mais pas seulement. Peut-être que si ça avait été à un autre endroit, bon, mais j'avais besoin, je ne sais pas comment dire ça, j'avais besoin, je ne sais pas comment vous dire, de le faire.

Quand il y a eu le tremblement de terre d'Agadir, tous les hommes de ma famille se sont mobilisés dans la nuit. D'accord ? À l'époque, on avait tous le téléphone. Vous, vous ne l'aviez pas ici, mais nous, on l'avait. et ici, vous étiez à faire des signaux de fumée et nous, au Maroc, on avait le téléphone. Bon, et alors, tout le monde, tac, tac, tac, ça s'appelait d'un côté et de l'autre. Des bagnoles, on a commencé à remplir le matos et les hommes sont partis. Mon père...

1:33:15
Présentateur

Qui c'est qui avait mis le téléphone à Agadir ? Hein ? Qui c'est qui avait mis le téléphone à Agadir ?

1:33:20
Jean-Luc Mélenchon

Pas à Agadir, c'était à Tangier, parce qu'on allait partir. Qui c'est qui avait mis le téléphone à Tangier ? Je crois que c'était les Espagnols, c'est la Telefonica, ou peut-être les Marocains, je ne m'en rappelle plus. Mais à l'époque, comme ce n'était pas loin de l'indépendance, ils n'avaient pas encore bien tout en main. Alors, on avait le téléphone. Et donc, mon grand-oncle, mon cousin, mon père, toute la famille, tous les hommes, je suis dans les bagnoles, à descendre à Agadir. Alors, mon père et mon grand-oncle, pour contribuer à mettre en route la station de radio-télécommunications maritimes, et les autres, alors, comme ils ont fait là.

Là, on m'a raconté, on m'a raconté à Oujda et à des autres endroits, les gens, la nuit, je remplisse la bagnole, deux fringues, deux bouffes, etc. Ouf, on y va, on va donner le coup de main. Magnifique. Si tu veux, la plus grande force, c'est là que tu vois que la plus grande force, c'est l'entraide. C'est l'entraide. Et les gens disciplinés, sérieux. J'ai vu à la télé, je n'ai pas vu moi ça, j'ai vu à la télé, les gens qui faisaient la queue, mais en kilomètre pour donner le sang. Personne bronche, bien en rentre, tu vois, un après l'autre, dans l'ordre, ça se fait. Magnifique. Vraiment, ils ont été magiques à apprendre d'eux. Donc, Le roi a donné le sang aussi. C'est bien possible.

Oui, il paraît, alors moi, je ne suis pas assez proche pour savoir qu'il fait quoi. Il paraît que c'est en personne, lui, qui dirigeait les opérations avec son fils, Moulaye Hassan, qui est un jeune homme qui jouit d'une très grande admiration dans le peuple marocain, parce qu'il paraît qu'il parle 5 langues, ça m'impressionne beaucoup, moins qu'il n'en parle que 2, et encore, en balbutiant l'anglais, ça fait 3. Et, bon, et puis, il y a tout un personnel politique, administratif, culturel, bon, ils savent se débrouiller, quoi. Je dis tout ça pour un petit peu que le ton baisse en France.

Il faut apprendre à nouveau à respecter les autres, à comprendre que du temps a passé, que la population marocaine s'est multipliée par 4 depuis la période de l'indépendance, que les gens ont été à l'école, qu'il y a une élite, des toubibs, des architectes, des ingénieurs, qu'eux, ils ont mis l'eau dans la Constitution, pas la France. Il y a des idées à cœur. Il y a de tout, il y a de tout. Tout ce que tout le monde sait faire, les Marocains aussi, ils savent le faire. C'est vrai pour les Marocains, mais pas que pour eux. C'est vrai pour plein d'autres peuples où il faut avoir un autre mode relationnel. Il faut arrêter avec l'arrogance. Ah, c'est pas difficile à comprendre, quand même.

Si tu viens en disant à faire des choses ensemble, par exemple, quand je suis allé au Burkina, moi, je suis allé voir les mouvements avec lesquels j'étais en phase. Le balai citoyen, etc. Après, on m'a amené, on m'a dit, on vous invite à l'université, M. Mélenchon, venez nous présenter votre vision du monde. Bon, c'est super, non ? La même université où avait été Macron. Alors, j'ai développé ma vision du monde.

Bon, là, je vais peut-être me poser la même question, je développerai ma vision du monde, c'est-à-dire une France non-alignée, et je recommande à tout le monde d'être non-aligné, une France alter-mondialiste, une France des causes communes, et une France qui met sur la table une offre de travail commun avec des causes communes. Je te coupe.

1:36:32
Présentateur

Une France non-alignée, ça vaut quand on a un EDF avec un parc nucléaire qui tient le choc. Une France non-alignée, ça vaut quand on a l'armes nucléaires. Une France non-alignée, c'est quand elle a une agriculture qui nourrit son peuple. Une France non-alignée, c'est quand elle a des universités qui rayonnent dans le monde. Là, à l'heure actuelle, le système énergétique français est claudiquant. Je te vois c'est les sourcils. Les universités françaises sont déclassées ? Non, attends. L'agriculture française est sous perfusion, que ce soit de subvention ou pas de subvention, d'hydrocarbures, pas d'hydrocarbures, de fertilisants qui ne viennent pas de chez nous. Et j'en passe.

Donc, pour être non-aligné, il faut être aussi souverain chez soi, il faut être aussi rayonnant. Là, à l'heure actuelle, est-ce que la France n'est pas l'ombre d'elle-même ?

1:37:32
Jean-Luc Mélenchon

D'abord, je pars du point numéro 1 et on va y revenir. Le non-alignement a pour vocation l'indépendance. Bon, on va y revenir. L'État de la France. Bon, clairement, mais il y a un responsable. C'est le néolibéralisme. L'État, non, non, c'est pas bien. L'État, le mammouth, le machin, ah bah, vive le marché, l'entreprise libre, en avant. Il n'y a rien qui marche. D'accord ? Il n'y a plus rien qui marche. Nous sommes maintenant en situation de ce qu'on aurait dit autrefois de tiers-mondisation. On avait le meilleur système de santé du monde, il est à moitié par terre si ce n'est pas trois quarts.

On avait le système énergétique parmi les plus performants à une époque où on pensait que c'était bien le nucléaire, etc. Je ne jette pas la pierre à ceux qui ont une idée. Mais depuis, il y a eu Tremel Island, il y a eu Tchernobyl, il y a eu Fukushima, et nous, on est la France, les amis, la France, sur le territoire, tu vois, un accident nucléaire terminé. Un. Un seul. Vous prenez le risque. Vous avez décidé de continuer. Et non seulement de continuer, mais de fabriquer des centrales dont vous ne savez même pas si elles marchent. la preuve, vous essayez d'en faire une et elle ne marche pas. Celle qui afflame la ville. D'accord ? Alors, stop les bêtises. On peut faire d'autres choses.

L'agriculture, elle dépend de subventions. Commençons par dire une chose. Le fric qui revient dans l'agriculture française qui vient d'Europe, c'est le nôtre. D'accord ? Ne commencez pas à dire « Ah, merci, l'Europe nous a donné des sous. » On donne des sous et l'Europe les redonne. Et au passage, il prend 9 milliards de plus. Pardon ? Réparti. Oui, oui. Non, mais attend, il faut voir le coût. Je raconte ça à la tribune de l'Assemblée nationale. Il y avait une dame qui était là, qui était ministre, qui dit « Ah, M. Mélenchon, vous n'êtes pas capable de comprendre ce qu'est la solidarité ? » Je dis « Mais madame, mille fois oui, faisons de la solidarité.

Mais quand vous n'avez rien, vous n'êtes pas solidaires. Enfin, vous commencez d'abord de la capacité. » Elle me traite de tous les noms. Ils me traitent tous de nationalistes, bornés, gna, gna, gna, gna. La dame en question, elle s'appelle Loiseau. Elle dirige la campagne des macronistes aux européennes. La première chose qu'elle dit, elle dit « C'est un scandale, on donne plus que ce qu'on reçoit. » Eh bien, il fallait écouter ce que je disais, madame. Et depuis, qu'est-ce que vous avez changé ? Je ne vais vous le dire, rien. Si, on paye plus qu'avant.

Puisque les Français, comme nous sommes la France, alors nous payons à la place des Allemands, ce qu'ils ne voulaient pas payer leur part de ce qu'ils auraient dû payer pour les Anglais. Enfin bref, je ne vais pas ici raconter l'histoire interminable de la façon avec laquelle sont calculées la part de chacun. On réussit cet exploit d'avoir M. Macron qui dit « Formidable, l'Europe a accepté de s'endetter au nom de toute l'Europe. » Oui, formidable. Le commentaire

1:40:26
Présentateur

d'un internaute, Tchernobyl, la zone d'exclusion, c'est 2600 km², 1% de la France, c'est une superbe réserve naturelle.

1:40:35
Jean-Luc Mélenchon

On peut le voir comme ça, mais je crains que... Alors, l'exemple de Tchernobyl est intéressant parce que tu prends un compas et tu vas dans la vallée du Rhône. Je ne vais pas donner des mauvaises idées, d'accord ? Mais c'est au même endroit que tu as je ne sais combien de réacteurs plus toute l'industrie chimique française. Imagine-toi un petit Fukushima dans ce coin-là. Autre que comme il y a un fleuve, on est d'ailleurs dessus pour prendre la flotte, comme les têtes d'œufs n'ont pas réalisé que le réchauffement climatique frais que l'eau, il y en a moins et deux yeux, elle est chaude et qu'on ne refroidit pas une centrale avec de l'eau chaude.

Donc, de temps à autre, on l'arrête et de temps à autre, on a des problèmes. Mais tout le temps, tout va direct dans la mer Méditerranée, ce qui est un des problèmes avec l'Ukraine. Pendant ma campagne présidentielle, j'ai proposé les casques bleus. Alors, août qu'à l'époque, personne ne répondait rien à quoi que ce soit de ce que je racontais, M. Macron lui téléphonait à Poutine. Donc, il n'avait pas le temps de répondre à Mélenchon. Donc, il n'a jamais répondu.

1:41:32
Présentateur

Pour comprendre la défense de Macron, Poutine lui a dit « Moi, je ne veux pas avoir quelqu'un en face de moi qui soit contre mon plan. »

1:41:38
Jean-Luc Mélenchon

Ils sont d'accord, les Russes et les Ukrainiens. Et les Ukrainiens ont voté pour demander des casques bleus autour de leur truc. Moi, je me disais « Va expliquer à un Russe qui vient d'envahir. Monsieur, on ne peut parler de rien si vous n'avez pas retiré tout le monde d'abord. » Ben, l'autre va dire « Attends, mon poste explique, c'est la guerre ici. Alors, je retirerai quand j'aurai gagné. » Si tu prends le problème par ce bout-là, tu n'arrêtes rien. Par contre, si tu viens et tu dis « Écoutez, on a un intérêt commun tous, les causes communes. Vous les Russes, vous les Ukrainiens et nous les Français, on a un intérêt commun. »

1:42:09
Présentateur

On évite se foutre sur la gueule.

1:42:12
Jean-Luc Mélenchon

Ben, ce n'est même pas le sujet. Le sujet, c'est juste qu'on n'a pas besoin que les centrales sautent. Donc, est-ce que vous êtes d'accord ? Oui, oui, vont dire les Russes. Parce que Tira a retrouvé 3 ou 400 000 types qui sont prêts à mourir comme ils l'ont fait pour isoler la centrale de Tchernobyl. Tu ne les as plus en Europe. Nulle part. Donc, il faut arrêter de raconter des salades. Si on a un problème, on aura Fukushima. C'est-à-dire, rien, ni personne. Tu prends les gens et tu leur dis « Allez, vous partez. » Ben, va essayer de les faire partir. Donc, on a intérêt à mettre des casques bleus partout. Mais suppose que tu viens.

Tu dis « Écoutez, voilà, là, il y a la centrale de machin, la centrale de truc, on va mettre des casques bleus. » Ah bon ? Tu prends ton compas et tu commences à dire « Bon, ben, c'est quoi la zone d'exclusion ? » D'accord ? Alors, combien de kilomètres carrés autour ? Ah ben, les casques bleus, on les met 1,5 km autour de chaque... Allez, 2 ! De chaque centrale. Alors, tu as une grosse bulle. Donc là, il n'y a plus de guerre. Là-bas, il n'y a plus de guerre. Là, tu n'as pas mis de canon. Ça y est, tu es parti. Tu es dans la discussion sur comment on arrête la guerre. Mais si c'est seulement des grandes déclarations, tu n'arrives à rien. Ce n'est pas de la diplomatie de faire ça.

C'est de la gesticulation. La diplomatie, c'est comment j'attrape un problème par un angle concret d'intérêt commun qui fait que même des gens qui veulent s'entrégorger se disent « Bon, là, d'accord, on peut faire... À cet endroit-là, on fait une pause. Tu fais une pause à cet endroit-là, tu la fais à côté, on a gagné. Je veux dire, on peut faire avancer les choses parce que si on y réfléchit bien, les Ukrainiens veulent que les Russes s'en aillent de là et les Russes sont quand même conscients du fait que maintenant qu'ils ont tout cassé suivant leur méthode de guerre habituelle, bon, qu'est-ce qui se passe là-bas ? Il y a des discussions sur...

1:43:54
Présentateur

Selon la méthode de guerre de tout le monde d'ailleurs. Les Américains ont tout cassé,

1:43:57
Jean-Luc Mélenchon

les Russes ont tout cassé... Mais eux, ils ont quand même... Ça y va, quoi. Vraiment, ils pètent tout. Les Américains aussi, mais si tu veux, les Américains, ils ne pètent pas toujours le bon endroit, ils bombardent depuis dix mille kilomètres de haut. Les Américains,

1:44:10
Présentateur

ils commencent avec les avions d'abord. Les Russes n'ont pas fait ça. Pourquoi les Russes ne sont pas envoyés les avions ?

1:44:14
Jean-Luc Mélenchon

De toute façon, ils perdent toute leur guerre. Donc, les gens prennent cher pour rien. Parce qu'à la sortie, l'Afghanistan, on n'a même point qu'au début. Et ainsi de suite. Mais revenons à... Le concept, cause commune, non-alignement. Quand tu es non-aligné, les gens ne se disent pas celui-là, il vient pour me faire les poches. Non-aligné, ça ne veut pas dire neutre. J'ai vu... Parce que Macron, il dit, nous sommes équidistants entre les Chinois et les Américains. Ah, pas du tout. Nous ne sommes pas du tout équidistants de qui que ce soit. Si ça dépend qui a raison et qui a tort. Si c'est les Américains qui envahissent les Chinois, eh bien, on ne sera pas équidistant.

On dira, vous foutez le camp. Si c'est l'inverse, on dit, bon, non-aligné, eh bien, on dira pareil. On dira, vous n'avez pas allé là. Comme j'ai fait moi, alors que je pensais que la Russie devait être intégrée dans l'Europe, qu'on devait tout faire pour intégrer la Russie dans l'Europe. Et il y a plus malin que moi, vous avez vu, ils ont réussi une manœuvre formidable. Ils ont collé la Russie avec les Chinois. Grandioses réussites. Comme les Américains se pèlent entre eux sur les Russes.

1:45:18
Présentateur

Oui, les Russes, ils ont quand même réussi un truc extraordinaire. Ils ont agrandi l'OTAN.

1:45:22
Jean-Luc Mélenchon

Ah ben oui. Non, mais je veux dire, en matière de conneries, il y a eu quelques records de battus dans toute cette période. Parce que c'est là qu'on voit d'ailleurs le caractère absurde de cette stratégie. Moi, je n'étais pas pour que l'OTAN rentre en Ukraine. Mais alors, il y avait mille raisons pour ne pas le faire. Mais ne pas intervenir, ne pas envahir. Alors ça, pardon, pardon, mais c'était quand même à la portée de n'importe qui de comprendre qu'à partir du moment où il passait la frontière, tous les voisins diraient oh, nous sommes tous menacés. Il n'y a pas besoin d'être un aigle pour comprendre ça. Et surtout que ça allait coller toute l'Europe aux États-Unis d'Amérique.

C'est un désastre diplomatique total ce qu'a fait Poutine. Ça ne vaut pas un clou. Et d'ailleurs, et par conséquent... Par un copec. Par un copec. Oui, un copec, on va dire. Bon, moi, je sais que mes camarades et moi, on a accueilli des opposants à la guerre. C'est ça qui est le plus, tu vois, le plus pourri dans la vie politique. C'est que tu as tous ceux qui bavardent. Oui, oui, l'Ukraine, machin, qui m'accusent d'être poutinien. Je pense les Verts. Alors, ils battent tous les records, ceux-là. On leur a dit mais écoutez, c'est très bien. Venez avec nous. Donnez votre part pour payer le loyer des réfugiés qu'on a là, qui sont des réfugiés russes socialistes.

C'est les insoumis qui payent personne d'autre. Ils ne sont même pas occupés de savoir où ils sont. Alors, c'est pour dire... Ça, c'est pour parler du concret. Mais je reviens à la diplomatie et aux stratégies diplomatiques. Il faut passer par du concret. On est au XXIe siècle. Tous les peuples savent lire et écrire. Tout le monde regarde la télé. Ce n'est pas la peine d'essayer d'en fumer les gens. Donc, mieux vaut partir de choses simples, concrètes que tout le monde comprend. Là, on va avoir des gros problèmes. À l'instant, on vient d'évoquer Poutine et la Russie.

Il y avait beaucoup de gens, dont moi, qui pensaient qu'il ne fallait pas laisser la Russie filer et qu'on avait intérêt à arrêter de leur raconter des salades, à arrêter de les encercler parce qu'ils s'en rendaient parfaitement compte et qu'il fallait prendre les choses par un autre bout. Bon, très bien. On oublie. C'est perdu. On est passé à autre chose. Mais là, regardez ce qu'on va avoir. Un problème qui va nous arriver qui, pour quelqu'un comme moi, va être un gros problème. Les BRIC, tout le monde sait ce que c'est, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud se sont re-regroupés, dynamisés.

Lula est revenu au pouvoir, donc on n'a plus Bolsonaro qui était un agent des Américains. et... T'as des sources de ça ? C'est gratuit. Non, je veux dire, il faisait la politique des Américains, on va dire. C'est quand même une petite différence. Oui, oui, c'est vrai. Mais bon, quand je dis un agent, c'est au sens...

1:48:01
Présentateur

Comique du terme.

1:48:03
Jean-Luc Mélenchon

Politique, du terme. C'est pas le seul, d'ailleurs, parce qu'il y a des personnes, il y a des journaux, les Américains ont le bras long, comme dirait l'hôtel français aussi, dans leur domaine, on fait pareil. Et donc, ces gens-là, ils se remettent en mouvement et ils disent, écoutez, on en a marre de faire les échanges en dollars. Parce que, pourquoi on ferait des échanges dans une monnaie qu'on ne contrôle pas ? Et qui a cette caractéristique, c'est que les États-Unis en sortent autant qu'ils veulent. Alors, pourquoi on remonte 15 août 1971, Richard Nixon dit, maintenant, un dollar, ça valait 25, je crois, 25 grammes ou d'or, c'était un rapport avec une matière première.

Les gens, il faut faire un peu d'économie, mais la monnaie remplace le troc. Mais une monnaie reste toujours un équivalent entre deux valeurs réelles, sinon elle ne représente rien.

1:49:01
Présentateur

trop maintenant, quand même.

1:49:02
Jean-Luc Mélenchon

Alors, eux, ils disent, ce jour-là, en août, ils disent, écoutez, vous ferez ce que vous voulez, mais nous, on s'en fout. Maintenant, il n'y a plus d'or en échange de dollars. Il faut dire que les Français avaient abusé aussi. Le général de Gaulle avait demandé à transformer tous ces dollars en or qui étaient pour casser les pieds aux Américains. Il était assis...

1:49:18
Présentateur

Il a demandé aussi de faire rapatrier des réserves d'or françaises en France.

1:49:21
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, c'est la vie. Bon. Donc, les BRICS. Alors, les BRICS sont là et disent, écoutez, les Américains vivent à crédit du reste du monde parce que depuis le 15 août, ils appuient sur un bouton et sortent les dollars dont ils ont besoin. Et alors, ils avaient un truc, les Américains, qui était très au point, qui a fonctionné longtemps. C'est, par exemple, toi, tu es de l'Arabie Saoudite, alors vous êtes un petit nombre, et vous avez du pétrole. Mais beaucoup de pétrole. Alors, le Qatar, l'Arabie Saoudite, les Émirats, Bahreïn, tout ça. Bon. Chacun avec son tas d'or. Alors, au début... Le pétrole. Oui, mais son tas d'or après parce qu'il avait ses dollars.

Et que je te construis un immeuble et que je fais ci et que je fais là. Parce que le problème numéro un du capital, c'est de se réinvestir. Ça ne sert à rien de faire des tas d'argent. Donc, il faut lui... Oui, il faut commencer à dire je te protège. Alors, attends, tu vas voir. Donc, je t'achète ton pétrole. Peut-être que tu n'en as pas besoin. Tu n'as pas besoin de tout ça. Donc, tu le vends. Et moi, je te le paye en dollars. Toi, une fois que tu as mis... Tu as mis des diamants sur tes mitraillettes, mis des dents dorées à tes chameaux, créé une autoroute, bâti des immeubles, tu as encore des milliards. On se comprend. Envoie les milliards.

Achète des bons du trésor des États-Unis d'Amérique. Ça tombe bien. Je m'endette. Je te paye. Tu m'achètes de la dette. Et à tous les deux, toi, tu n'en as pas besoin. Moi, j'en ai besoin. Là, j'en ai besoin. Toi, tu n'en as pas besoin. Tu n'as pas besoin de pétrole, mais tu as besoin de dollars. Tu as compris le coup. Ça marche.

1:50:52
Présentateur

Les Saoudiens, ils ont compris que les Américains pouvaient répudier leur dette. C'était dans la Constitution.

1:50:56
Jean-Luc Mélenchon

Alors, attends, tu vas voir. Les Saoudiens, ils ont mis le temps qu'il fallait. Et puis, donc, ce système a fonctionné avec les Saoudiens et avec les producteurs de pétrole. Ensuite, avec les Japonais qui achetaient à tour de bras tout en produisant pour le compte des États-Unis. Et enfin, Richard Nixon, à l'idée du siècle, c'est d'aller voir Mao. La Chine était, comment dire, avait fait toutes sortes d'expérimentations qu'on va qualifier d'audacieuses.

1:51:20
Présentateur

Ou délétères pour la population.

1:51:22
Jean-Luc Mélenchon

Et c'était ruiné. Et donc, ils mettent au point un truc d'échange. Et les Chinois se mettent à être ce qu'on appelait l'atelier du monde. Et en Europe, tous les arrogants, moi, je l'ai entendu, le discours, c'était « Ouais, ouais, eux, ils fabriquent les ombrelles et nous, on va fabriquer les produits haute valeur ajoutée. D'accord ? » Donc, maintenant, ils produisent en effet les ombrelles, mais aussi les produits haute valeur ajoutée et nous, rien. Comme ça, on en est à pleurer sur des tarmacs d'aéroports pour récupérer des marques en tissu qu'on n'est même plus foutus de faire. Bon. On connaît cette situation. Donc, ça marche comme ça.

Et les Chinois se mettent à accumuler une masse de dollars comme jamais ça s'était vu dans l'histoire. Et puis, un jour, tout le monde finit par... Les Chinois, c'est d'abord des réalistes, d'accord ? Donc, ils sont devenus très puissants. Ils fabriquent tout. Et ils commencent à dire « Écoutez, il y a un truc... » Ils sont devenus eux-mêmes un pays capitaliste. C'est le capitalisme en Chine. D'accord ? Il y a une économie mixte, il y a un secteur étatique, mais ils sont pris dans les contradictions du capital. L'accumulation, la baisse des salaires, l'impossibilité de diffuser et puis, la production de bulles énormes.

Alors, par exemple, vous avez une ville en Mongolie, je ne sais pas si ça se sait, dans les gens qui nous écoutent. J'ai oublié le nom de la ville.

1:52:35
Présentateur

Tu peux enlever ton morceau de scotch qui te dérange là ou tu le colles...

1:52:38
Jean-Luc Mélenchon

Il est moche, hein ? Oui, oui. Non, mais ça fait un moment que j'essaye de l'enlever pour quand même être plus beau, tu vois ?

1:52:43
Présentateur

Non, mais t'inquiète, on a dit que c'était du scotch.

1:52:45
Jean-Luc Mélenchon

Bon. Vas-y, continue. Oui, les gens croient que j'ai fait couler que je ne sais pas quoi de ma poche.

1:52:49
Présentateur

Non, où t'as un 357 plantes

1:52:51
Jean-Luc Mélenchon

de monge. Donc, les Chinois ont... Ils ont une situation qui est typique d'une économie de cette nature, c'est-à-dire d'une économie capitaliste où il faut que ça circule. Ils ont fait comme ont fait tous les autres, c'est-à-dire des endroits où tu te mets à construire et à faire une dynamique. Est-ce que vous vous rendez compte que l'année 2010, la moitié du ciment qui se consommait dans le monde, c'était en Chine ? Vous pouvez vous rendre compte de ce que ça veut dire ? Alors, ils ont fait, par exemple, une ville entière où il n'y a personne. Parce qu'on ne vend pas. Des fois, ils abattent eux-mêmes les immeubles qu'ils ont construits.

Ils ont des problèmes rudes et en même temps, ils sont ultra performants. Ils ont posé un satellite sur la face obscure de la Lune. Ils ont une station internationale dont on n'entend jamais parler, mais ils vont et ils reviennent. Ils sont la pointe de la technique de notre époque et aussi la pointe du fonctionnement d'un capitalisme extrêmement bien organisé, mais qui ne peut pas s'émanciper des crises qui sont liées au capitalisme lui-même. Donc, ces gens, ils ont des problèmes qui sont liés à ça. Alors, qu'est-ce qu'ils ont commencé à faire ? À dire, écoutez, ça ne peut pas aller qu'on échange, et c'est eux qui ramassent le plus, dans une monnaie qu'on ne contrôle pas.

Progressivement, ils ont mis au point la diffusion mondiale des chaînes de compensation. Et puis, ils disent, bah, écoutez, maintenant, le dollar, ce n'est pas une bonne idée. Donc, nous vous proposons une monnaie commune. À l'ONU, une monnaie commune, ce n'est pas possible. Une monnaie commune égale fin du dollar. Fin du dollar égale catastrophe pour les États-Unis d'Amérique qui ne produisent plus rien. Parce que c'est quand même ça. Il y en a qui ont essayé. Oui, tu vas voir. Attends, les mecs n'ont pas lâché prise. Ah, personne ne veut de la monnaie connue. Très bien. Arrivent les BRICS.

Dilma Rousseff, ancienne présidente du Brésil, de gauche, elle dit, écoutez, on vous fait une remarque. Les pays qui sont dans les BRICS, ils représentent plus du PIB mondial que ce que vous avez dans le G7. Peut-être des autres qui disent, ah non, non, c'est pas vrai. C'est un petit calcul. Si, c'est vrai. Là-dessus, il y a presque 20 pays qui veulent entrer dans le système des BRICS. Et ils n'en prennent que 6. De Dante à l'Arabie Saoudite. Tout d'un coup, miracle, l'Arabie Saoudite dit, oui, ben, pendant qu'on y est, ça serait le moment de dire que nous, on peut envisager d'échanger notre pétrole en monnaie nationale et plus en dollars. Alors là, alerte générale.

Alors, réfléchissons, ça, c'est la situation qu'on a. Ils sont réunis cet été. Ils sont revenus à la charge avec l'affaire de la monnaie commune. Mais ils ont pris une décision. Dorénavant, ils échangent entre eux en monnaie nationale. Ah, 42% du PIB mondial va s'échanger en monnaie nationale et plus en dollars. La crise est garantie d'avance pour les États-Unis d'Amérique. Le jour où tu paieras avec des dollars qui représenteront quelque chose de produit aux États-Unis, t'es pas sûr d'avoir la valeur du papier sur lequel il y a écrit « Nous croyons en Dieu » et c'est un dollar qui est marqué dessus. D'accord ?

Donc, ça, c'est un des plus grands facteurs de déstabilisation du monde, c'est la dédollarisation. Alors, des gens, comme moi, qui jusque-là, on dit « On a ras-le-bol de l'impérialisme américain. » On ne peut pas... On a quand même un... Moi, je ne suis pas pour le chaos. Donc, on a un gros problème. Nous ne pouvons pas accepter que, comment dire, sans rien faire, des gens décident de foutre par terre tout l'équilibre sur lequel fonctionne le monde. Donc, on a intérêt et c'est vraiment intérêt à ce que le dialogue avec les Chinois, avec les Brésiliens, il ne soit pas sur la base de l'arrogance et qu'on écoute ce qu'ils disent.

Comment pourrait-on passer du système dollar universel à une monnaie commune de référence commune dans des conditions telles que tout le monde ne s'effondre pas ?

1:56:27
Présentateur

J'ouvre une parenthèse. Les Chinois, ils ne sont pas si gentils que ça. Ils ont exporté au détriment de leur population des choses pour rendre dépendants les Occidentaux, pour faire venir les industries occidentales chez eux. Ils ont pratiqué ça, cette guerre économique-là. Ils pratiquent l'espionnage, l'espionnage économique. Ils ont un système de valeurs très spécial. Alors là, on est en train d'y venir. Le crédit social, le fliquage par caméra, l'intelligence artificielle. Oui, tout ce qu'on est en train de faire en France. C'est ça. Donc,

1:57:03
Jean-Luc Mélenchon

ils ne sont pas si gentils que ça, les Chinois. Mais, attends, personne ne dit qu'il y a des gentils. dans la politique internationale. D'accord ? Tout le monde est en compétition. Donc, tout le monde est méchant. Le problème, c'est comment on trouve un point d'équilibre qui fait qu'on évite de s'écraser les uns les autres. Donc, moi, je ne dis pas... C'est pas trop tard, ça ? Ah bah, si c'est ça, je cours me pendre. Mais, le propre de l'action politique, c'est que tu crois toujours que tu peux arranger les choses.

1:57:29
Présentateur

Quand t'étends ton vélo, que t'as descendu ta pente de ta montagne et que tu commences à vouloir freiner, que tu vois que tes freins ils chauffent et que ça freine plus ?

1:57:36
Jean-Luc Mélenchon

Oui.

1:57:36
Présentateur

Qu'est-ce que tu fais ? Tu mets les pieds ?

1:57:38
Jean-Luc Mélenchon

Tu mets les genoux ? En général, c'est ça. Tu gestes sur le côté ? Non, mais en général, tu mets les pieds et puis après, tu vois, ça m'est arrivé un compte deux fois parce que je n'étais pas très malin, du temps où j'en faisais. Tu freines avec les dents ? Non, mais bon, attends, il ne faut pas non plus... Donc, la situation à l'heure actuelle,

1:57:53
Présentateur

on rentre dans une pénurie énergétique...

1:57:55
Jean-Luc Mélenchon

Non, mais attends, tu voulais dire quoi avec les Chinois ? T'avais démarré sur ils ne sont pas gentils. Bon, ok, mais bon, tu connais un gentil ? Raconte-le-moi. Raconte-moi. Les Etats-Unis d'Amérique, c'est les gentils, c'est les Français ? Ils espionnent tout le monde, espionnent tout le monde. Regarde. Les Etats-Unis d'Amérique, ils ont espionné la France. Le président français, Hollande, cette carpette, il n'a même pas... Non, ça c'est gratuit, c'est non. Non, non, non, moi je... Alors, je vais t'expliquer pourquoi c'est une carpette. Un autre mot, peut-être. Non, l'Amérique espionne le président français. Il y a une réunion qui a lieu juste l'été suivant.

Des gens disent on ne peut pas aller à une réunion pareille tant qu'ils n'ont pas présenté d'excuses et qu'est-ce qui se passe ? Rien. On y a été, on a fermé notre grande bouche et on se fait espionner. Ils ont espionné Bruxelles. Tout le monde espionne, tout le monde. Les Français espionnent. Il y a un réseau mondial d'espionnage américain et il y en a un français avec des stations de télécommunications dans le monde entier.

Et moi, je félicite ceux qui font marcher tout ça parce que nous avons besoin de bons renseignements et quand on a des renseignements, mieux vaut les utiliser parce que pour l'instant, ce n'est pas merveilleux comment on a réussi à avoir passé trois pouces dans un pays comme le Mali où on avait 5000 militaires et on ne l'a pas vu en seuls se préparer. Peut-être qu'on aurait pu être, comment dire, moins naïfs et en particulier ce que nous, on aurait dû faire les Français, ce n'était pas de s'indigner que des militaires maliens veuillent faire ceci ou cela parce que le pays est à eux, aux Maliens.

Mais nous, les Français, on y va, on fait quelque chose, on vote une fois au Parlement et ensuite, terminé. Pendant neuf ans, plus de débat. Un type tout seul décide si on envoie du matériel, si on n'en envoie pas, si on envoie des soldats. 54 personnes, on a perdu. Je vais te donner un autre exemple. Tu vas voir, les gentils. Les Américains décident un jour, tout seuls, que dorénavant, oui, il y a un traité très intéressant sur l'espace qui dit que l'espace est un bien commun, que c'est à toute l'humanité, Américains disent oui, oui, d'accord, ça n'appartient à personne, sauf à celui qui arrive le premier. Alors, tout le monde dit on y allait fort quand même, ça revient à dire quoi ça ?

Ben oui, ça veut dire que si on le trouve, c'est pour nous, c'est pas pour vous. Ah bon ? C'est pas tout, attends, tu vas voir la suite. Et puis alors, ils disent, ben vous êtes d'accord ? Bon ben, on est d'accord, oui, on n'est pas d'accord, les Américains font le tour. Vous êtes d'accord, signé ? Vous êtes d'accord, signé ? Ça tombe bien, t'as pas de fuses des signes, et ainsi de suite. Ok ? Ça s'est passé comme ça. Une fois qu'ils ont eu tout ça, ils disent, et alors écoutez, non, il faut être sérieux, hein ? Bon, supposons que je trouve quelque chose et que c'est à moi, sur la planète, il faut pas qu'il y ait de malentendus.

Donc, il faut qu'on ait le droit de sécuriser l'endroit où on a trouvé. Tu vois comment c'est dit ? Sécuriser. Ça veut dire que, un, premier arrivé, premier service, c'est la colonisation qui recommence. Deux, j'arrive, je peux installer une base militaire pour taper celui qui viendrait dire à propos, il y en a un bout qui est à moi. Moi, je serai le responsable français, hein ? Il y en a un bout qui est à moi. Il y en a un qui a eu un culot comme ça, pas possible, c'est quand les Espagnols et les Portugais se sont partagés, les Amériques, c'est François 1er. Tu sais ce qu'il a dit, le gars ?

Il dit, il dit, moi, je voudrais voir le testament d'Adam qui dit que les Amériques, c'est pour vous deux et pas pour nous, les Français. Tel quel. C'est le mot de François 1er. Bon, donc, nous, on est en droit de dire, attendez, premier arrivé, premier servi, en plus, il met des bases. Normalement, qu'est-ce que tu fais ? Tu protestes. Là-dessus, t'as le Luxembourg. Ils sont toujours là dans les bons coups, ceux-là. Ils arrivent, ils disent, nous aussi, on reconnaît ça. Et d'ailleurs, si vous voulez installer votre société d'exploitation d'un astéroïde, vous pouvez l'installer au Luxembourg. Donc, le Luxembourg, grande puissance spatiale, autorise l'implantation sur son territoire.

Ce qui prévoit la suite. Mais nous, les Français, qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait ? Un, on n'en parle pas au Parlement. On a des fusées, on a des droits, comme tout le reste de l'humanité, à avoir un avis sur le sujet. Qu'est-ce qu'on fait ? Rien. Et on envoie un type qui est responsable d'un des organismes français de l'espace pour signer un accord dont personne n'a jamais entendu parler, naturellement, il s'appelle Artemis. Les Français ont signé que, un, premier arrivé, premier servi, deux, on a le droit d'installer des bases pour sécuriser une zone.

Nous, les Français, nous avons accepté qu'on mette un point final à la démilitarisation de l'espace et nous avons, nous les Français, accepté que l'espace ne soit plus un bien commun sans en parler une seule seconde. Un type tout seul a décidé ça dans un bureau, le Président de la République, et il a demandé à un autre d'aller signer à sa place parce que lui-même, sans doute, il devait avoir trop honte d'aller signer un truc pareil. Donc,

2:02:37
Présentateur

on est reparti comme en 14 ?

2:02:39
Jean-Luc Mélenchon

La même chose. Ça veut dire que l'espace peut être un lieu d'affrontement terrible. C'est pour ça que, comme je te dis, écoutez, on pourrait s'entendre, nous autres, là. On va voir les Marocains, on va voir les Sénégalais, on va voir tous ceux d'Afrique avec qui on parle la même langue, on dit, on pourrait se mettre d'accord tous ensemble pour faire quelque chose, notamment par rapport à l'espace. Parce que, par exemple, les Marocains, ils font fabriquer des satellites. Parce que, par exemple, l'Afrique du Sud, qui n'est pas spécialement liée à la France, mais qui n'a pas la même langue que nous, eh bien, eux aussi sont présents dans l'espace.

Le Nigeria, vous ne savez pas où c'est, regardez sur une carte parce qu'il y aura un milliard d'habitants là-dedans. D'accord ? Donc, tous les autres francophones autour, il faut qu'ils commencent à se poser des questions. Vous allez être entourés d'anglophones qui vont arriver, avant vous, sur les endroits indispensables. Donc, on pourrait peut-être s'entendre. Vous voyez, quand je vous ai parlé tout à l'heure d'une université de l'espace, il y en a quelques-uns parmi vous qui se sont dit, il est sympa, Mélenchon, mais est-ce que vous comprenez que je suis en train de vous parler de comment faire en sorte qu'on ne soit pas rayé de la carte ?

Parce que, comme on est en train d'agir là, on va se faire rayer de la carte. Tout ça, parce qu'on se croit très important et qu'on n'est pas capable de prendre le bon pli du bon côté, c'est-à-dire en respectant les gens. Ça ne coûte que ça, de respecter. Il y a des centaines de gens intelligents. Pourquoi on les empêche de venir étudier en France ? Pourquoi nous, on ne va pas là-bas ? Pourquoi on est dans cette relation de fou, d'arrogance et vous êtes tous là à dire, oui, les immigrés ici, les immigrés là ? Est-ce que vous êtes au courant que si vous ne les avez pas, vous ne pouvez pas vivre ? Est-ce que vous avez compris ça ?

Est-ce que vous êtes prêts à payer à leur place 30 milliards d'impôts qui payent sur la consommation, sur les cotisations sociales ? Où on va avec tant de bêtises, d'aveuglement, de mépris pour les autres ? Peu importe, mais bon, ça vaut la peine.

2:04:31
Présentateur

Le réchauffement climatique, ça me rappelle un colloque de 2008, je crois bien, à l'école de guerre, anciennement collège interarmé de défense, qui étaient les implications du réchauffement climatique sur le livre blanc de la défense française.

2:04:46
Jean-Luc Mélenchon

Oui.

2:04:47
Présentateur

Allez trouver les DVD. Et donc, on se retrouve à l'heure actuelle avec un réchauffement climatique qui bouleverse tout un tas de zones habitables. la température, le taux d'humidité, ça tue les gens quand ça monte. On va se retrouver avec beaucoup de gens qui vont migrer et des pays qui vont être déstabilisés. Là, on se rend compte qu'il y a des populations de l'Afrique noire, de pays qui sont en guerre,

2:05:15
Jean-Luc Mélenchon

d'Asie,

2:05:16
Présentateur

d'Asie, de gens qui sont migrants économiques, qui sont créolisés avec la culture du téléphone portable à regarder les influenceuses qui roulent en Bugatti Veyron et que tout se passe bien, que c'est facile la vie.

2:05:30
Jean-Luc Mélenchon

Ils ont les leurs aussi.

2:05:31
Présentateur

De quoi, les Bugatti Veyron ?

2:05:32
Jean-Luc Mélenchon

D'influenceuses.

2:05:34
Présentateur

Oui aussi, bien entendu, mais elles ne roulent pas en Bugatti Veyron. Ou d'une autre marque, d'ailleurs. Donc, ils sont aussi créolisés dans le bon sens ou dans le mauvais sens ou ils sont occidentalisés.

2:05:44
Jean-Luc Mélenchon

Tout le monde aspire au même mode de vie, c'est ça que vous êtes en train de décrire. Je suis d'accord.

2:05:48
Présentateur

Et donc, il y a beaucoup de gens qui bougent et Lampedusa, 6500 personnes qui arrivent le même jour, des Zodiacs, des tout ça. Il y a des gens en Europe qui commencent à s'inquiéter.

2:06:02
Jean-Luc Mélenchon

Ah ben, il faut dire qu'on fait ce qu'il faut pour qu'ils s'inquiètent parce que quand tu vois Lampedusa, on te dit il y en a 10 000 ! Bon, très bien. Pourquoi ? Personne n'en parlera. Ben, si, il y en a 10 000 parce qu'une grosse partie vient des Libys où on a tout cassé et où il y a... d'accord, ils sont là, 10 000. Très bien. Alors, vous prenez votre calculette et vous divisez 10 000 par 28 États de l'Union Européenne et ça vous donne 250 pingouins à accueillir chacun. Ça va quoi, hein ? Vous avez accueilli 4 800 000 Ukrainiens sans pousser un soupir. 120 000 dans ce pays, en France, c'est-à-dire l'équivalent d'une année entière de migration.

2:06:46
Présentateur

J'ouvre une parenthèse. Les Suédois qui avaient une politique migratoire très accueillante là disent « Ouh là ! » Ça commence à pas aller, là.

2:06:58
Jean-Luc Mélenchon

Ah bah oui, mais partout. Partout. Alors, nous, là, évidemment, comme on est européo-centré, qu'on pense qu'il n'y a que nous qui intéressons le monde, on regarde pas la vérité. 80% des mouvements de population se font dans le sud, c'est-à-dire des gens qui passent les frontières et qui désorganisent tout à mesure qu'ils avancent. Donc, t'as deux solutions. Ou bien, tu crois que tu vas empêcher ce phénomène. Donc, tu te demandes comment tu fais. Après tout, pourquoi pas ? Moi, j'ai dit « Au mieux que les gens restent chez eux. » Quand t'as du développement, tu peux rester chez toi. Mais il y a des situations où ça ne sera pas le cas. Tout simplement parce que chez soi, n'est plus habitable.

N'est plus habitable. Donc, les gens se mettent en mouvement. Tu n'y peux rien. Donc, soit tu fais face. Alors là, pour l'instant, ce qu'on a, nous, ce qui nous arrive en Europe, c'est rien, c'est epsilon par rapport à la masse des gens qui se déplacent. On parle de 250 millions de gens qui vont se mettre à se déplacer. À mon avis, ça sera plus important. Ça, c'est la phase visible des choses. Celle qui énerve tout le monde. Puis alors, tu peux y avoir tous les jours. Les immigrés ceci, les immigrés cela, etc. Tu pourrais poser le problème autrement. De dire, bon, je ne sais pas, on va être 70 millions. Bon, à 100 millions, en France, on peut faire plein de choses.

2:08:14
Présentateur

On a des infrastructures qui vont avec.

2:08:16
Jean-Luc Mélenchon

Tu les crées. Je te blague. Créer des infrastructures en essayant d'y raisonner, de les faire, pas comme avant, c'est-à-dire en imperméabilisant tout, mais c'est du boulot. Comment on a fait après-guerre ? En reconstruit. Comment on a fait quand un million de pieds noirs sont arrivés en France ? Après-guerre. On s'est mis à construire, à faire, à refaire les routes, etc. Donc, quand tu as du monde, le monde n'est pas une charge. C'est l'inverse. Plus tu as de monde, plus tu as de gens qui font des choses, qui font du commerce, qui échangent.

2:08:43
Présentateur

Jean-Luc, quand tu étais jeune,

2:08:45
Jean-Luc Mélenchon

il n'y a pas si longtemps que ça. Quand même. C'était un autre monde. Il y avait 2,5 milliards d'habitants sur la Terre. On disait que l'Afrique, ça s'appelait le continent vide. C'est-à-dire qu'il n'y avait personne et très peu de monde. Bon, maintenant, imagine-toi qu'un pays comme l'Inde, pour que tu arrives à faire le même nombre de gens, tu prends toute l'Afrique, toute l'Europe et la Russie. D'accord ? C'est ça l'ordre du monde aujourd'hui.

2:09:13
Présentateur

La Russie, ils ne sont pas beaucoup.

2:09:15
Jean-Luc Mélenchon

Peut-être bien, mais il y en a quand même 110 millions ou 120. 150. Ça doit être ça. J'ai un peu perdu le compte parce qu'à un moment donné, ça s'est contracté d'une manière abominable. Mais donc, je vais terminer sur une idée parce que sinon, ça ne sert à rien que je vienne pour redire des choses que j'ai pu dire. Mais ce qui m'a frappé, un soir, j'écoute le journal de France 2. C'est le service public, c'est la voix de son maître. Donc, ils racontent ce qu'on leur a dit de dire. Tu es vilain. Il y a des salles de rédaction. Non, non, non, non. Je donne mon avis, j'en suis libre et je dis, c'est la voix de son maître. Voilà. Ils servent le maître ou le capital, l'un ou l'autre.

Mais le peuple, jamais. Bon, je dis ce que je pense. Voilà. Ça ne plaît pas aux gens qui m'écoutent. Ils ont le droit. Ça ne l'engage que toi. Ils ont le droit, mais je ne me tairai pas pour que ça soit sympa. Voilà. Alors, j'en viens, là, le gars, je crois que c'est Delahousse qui dit, oui, il parle d'un truc, 45 degrés aux Etats-Unis, oh là là, catastrophe. Alors, c'est là-bas qu'il y a le record des climato-sceptiques, les mecs, ils sont servis. 45 degrés. Sauf qu'à 47 degrés, tu ne peux plus vivre. Et à 50, tu es cuit. Donc, tu peux choisir d'être un Américain cuit ou bien tu t'en vas.

Et d'ailleurs, le Delahousse dit, on se demande si dans 10 ans, la ville de Phénix va encore être habitable. Non, mais attends, il a raison de poser la question. C'est bien qu'il le dise. Bon, là, ce n'est pas la voix de son maître. C'est quelqu'un qui réfléchit, qui parle à haute voix. Et il a raison. Mais toi, tu réfléchis en face. Et tu te dis, on en est là. On est au journal de 20 heures. Et on est en train de dire aux gens, on n'est pas sûr que cette ville que vous voyez là, sur la carte, elle sera encore habitable dans 10 ans. Mais maintenant, pose-toi la question. Combien de monde ? Un million ?

Les Américains vont déplacer un million de personnes pour les emmener dans un coin où il ne fait plus frais. Quand est-ce qu'ils font ça ? Où ? Ils ont eu une tempête qui leur est tombée dessus en Louisiane. 10 ans après, il n'y a toujours rien à régler. C'est la pagaille. C'est le désordre. Pourquoi ? Parce que c'est une société libérale. Il n'y a pas d'État qui vient intervenir pour venir à la rescousse. Il n'y a pas de... Et alors, là, on a appris tellement de choses. Dans le bouquin de Servigne, justement, elle raconte ça. Les types se sont dit dans l'administration centrale, si jamais on ne contrôle pas ce qui se passe là-dedans, ça va être les meurtres, les pillages et les viols.

Donc, on envoie l'armée. Resultat, les seuls problèmes qu'il y a eu, c'est avec l'armée. Pourquoi ? Parce que les gens s'aidaient. Ils s'entraidaient. Ils ne se pillaient pas. Ils ne s'incendiaient pas. Ils s'entraidaient. L'entraide a été la plus forte. Tout à l'heure, la question m'a été posée. On me dit, comment on va faire ? J'ai dit, c'est les circonstances qui vont nous pousser. Vous devrez choisir. Ça sera une affaire idéologico-concrète. Chacun d'entre vous devra se demander. Chacun pour soi ou tous ensemble. C'est de la philosophie, c'est de la morale, mais c'est de la politique concrète.

Donc, les années qui viennent, vous n'allez pas seulement voir des gens qui viennent d'Afrique, d'Asie, que vous ne savez pas où c'est, que vous trouvez ça très exotique et que vous ne voulez pas les voir. Vous allez commencer à voir des Napolitains parce qu'on ne peut pas habiter Naples à 50 degrés. Vous allez commencer à voir des gens du monde entier qui vont à l'intérieur des pays se déplacer. 75% du territoire de l'Espagne pourrait se transformer en désert. Est-ce que vous comprenez qu'il faut changer de méthode ? Vous appelez ça comme vous voulez. Mais si vous ne changez pas, la suite est certaine. C'est ça qui va vous arriver.

Et ça ne viendra pas un jour en vous disant « Début de la catastrophe ! » Non, ça va être par morceaux. Si vous êtes en train de le vivre, l'effondrement, quand votre service public d'hôpital ne marche plus, c'est que l'État n'y est plus. Et s'il n'y est plus pour l'hôpital, il n'y sera plus non plus pour l'incendie. Et ainsi de suite. Tout ce que vous désorganisez sera désorganisé pour affronter la crise. Et moi, j'ai pointé du doigt dans mon bouquin. Il dit « Attention ! Regardez ce qui s'est passé ! » Très vite ! Vous autres, les plus jeunes, vous avez le nez dessus, vous ne le voyez plus. Je vous ai parlé du monde où il y avait 2 milliards d'habitants.

Maintenant, on est 8 milliards depuis novembre dernier. 8 milliards. Vous serez 10 milliards. Comment vous faites ? Croisez les doigts pour que ça... Si ça double deux fois, moi, je serai la seule génération qui aura vu deux doublements. Vous avez un terrain et qu'il n'y en ait pas une autre. Ça veut dire qu'on passerait de 8 à 16 et de 16 à 32. Bonjour tout le monde ! À 32 milliards d'habitants si vous voulez vivre comme vous voulez là. Deuxième élément. Je vous ai raconté tout à l'heure le coût des poissons. J'ai dit « Vous en mangez plus d'élevage que d'avoir été cherché dans la mer. » Je vais vous dire aussi une autre chose qui est nouvelle.

En 2008, pour la première fois, il y a plus d'habitants en ville qu'à la campagne. Ça veut dire que quelque chose comme 3 900 millénaires, non, pas millénaires, en tout cas, 390 000 ans, pardon, d'histoire humaine, c'est la campagne. Et encore, si tu ne comptes pas les hominidés avant. Bon, c'était la campagne et la ville, c'était rien, c'était 20%. En 1951, quand on commence tous les emmerdements à commencer par ma naissance, eh bien, vous aviez le 20% de la population mondiale vivait en ville. Ok ? Nous, on était, c'était déjà plus concentré à cause de la façon dont nos sociétés s'étaient développées dans le cadre du capitalisme. Maintenant, c'est plus de la moitié. Vous avez compris ?

Ça veut dire que vous avez maintenant une majorité de l'humanité qui ne peut pas vivre sans accéder au réseau du collectif. Le réseau collectif devient, c'est les veines de l'humanité. T'enlèves le réseau, tu ne peux plus vivre. Ni vous, ni moi, on est capable de vivre en élevant notre jardin sur notre balcon. Ce n'est pas possible. Il y a une génération, d'accord, tu avais les toilettes au fond du jardin, mais bon, tu avais ton potager, tu avais ton machin. Je ne dis pas que c'était l'idéal. Je dis juste que tu pouvais le faire. Aujourd'hui, tu ne peux plus. C'est clair ? Tu ne peux plus.

Donc, tu es obligé de faire face à cette nouvelle condition humaine et de trouver une solution et d'arrêter de faire des phrases comme celles que j'entends, comme je vois Macron, qui me prend l'idée. Il me prend l'idée de la planification écologique. Le gars, il n'a rien compris. Il en déduit que c'est de la gestion prévisionnelle, comme une entreprise. Et c'est quoi sa planification écologique ? Tu as vu l'exemple qu'il a donné ? On va faire des piles au lithium. Tu vas le trouver où, lithium, bonhomme ? Où il est ton lithium ? Tu n'as rien compris. Tu recommences. Tu vas faire des batteries à nouveau avec des matériaux rares, etc.

Tu vas faire de l'électricité et tu vas vouloir la stocker et tu vas vouloir la faire avec des centrales nucléaires alors qu'on te dit sur tous les tons que tu as une énergie gratuite qui est là, qui est celle des mouvements de la mer. Je n'ai pas si gratuite que ça. J'ai raison, tu peux y aller. J'ai étudié mon dossier. C'est plus facile de faire ça que de faire de l'hydrogène. Croyez-moi. Enfin bon, en attendant, pour ne pas transformer notre rencontre en une discussion sur les avantages techniques. Laisse-moi terminer.

2:15:52
Présentateur

Quand tu étais jeune, vous étiez moins, il n'y avait pas le sida, c'était un peu un truc de bitnick. Vous aviez des ressources énergétiques à portée de main, il y avait encore les colonies, il y avait...

2:16:08
Jean-Luc Mélenchon

Oh non, non, non, quand même, quand j'étais jeune, il n'y en avait plus de colonies. Ah bon, ça va. C'était fini.

2:16:13
Présentateur

Donc, le pétrole, il y en avait encore beaucoup, facilement accessible, facilement exploitable. Là, ta génération, elle nous laisse un monde en roue.

2:16:23
Jean-Luc Mélenchon

C'est clair. C'est clair.

2:16:25
Présentateur

Quand les jeunes se vengeront...

2:16:28
Jean-Luc Mélenchon

De quoi ? On me déterrait pour disperser mes os ?

2:16:31
Présentateur

Non.

2:16:33
Jean-Luc Mélenchon

Bien sûr que cette génération-là, elle laisse... Alors d'abord, je veux dire un truc, il ne faut pas non plus...

2:16:37
Présentateur

Tu veux te faire un cinéry ?

2:16:39
Jean-Luc Mélenchon

Pourquoi pas ? Je veux dire, je n'y ai pas pensé. Je suis encore dans... Tu as fait ton testament ? Il reste en moi de l'adolescent, tu vois, je continue à croire que je suis immortel des jours, bon, bref. Mais pour venir à... Il ne faut pas non plus raconter d'histoire. Le monde dans lequel moi, j'ai vécu, c'était un monde dans lequel il y avait des guerres. On sortait d'une guerre abominable, la guerre mondiale. Ensuite, il y avait des guerres. Il y avait une dose de misère équivalente ou supérieure à celle d'aujourd'hui. Il y avait la colonisation qui n'avait pas été un bienfait, contrairement à ce que certains racontent. Il y avait une société très tendue. Il y avait des inégalités.

Alors, comme tout homme, si tu veux, n'importe quel homme ou n'importe quelle femme qui pense à sa jeunesse, il dit, ah, c'est formidable. En fait, c'est ta jeunesse que tu regrettes. Ce n'est pas le monde qui y était. Il était tendu, il était violent, on s'y insérait, il y avait une difficulté. Mais là où, là où, oui, tu as raison, c'est qu'on était sûr que demain, ça serait mieux. Alors là, on se battait, on voulait faire le socialisme, ça doit être mieux pour tout le monde. D'autres disaient, ouais, ben, ça ne sera peut-être pas mieux pour tout le monde, mais ça va être mieux pour moi, ma famille, mon machin. C'est vrai que c'était un monde d'optimisme.

Moi, ce que j'essaye de faire, c'est un désastre se profilant, comment nous, on réagit d'une manière positive. C'est-à-dire, le choix, ça ne doit pas être. On continue comme avant et advienne que pourra, on verra bien. Ou bien, alors, cri et lamentation, pleurnicherie et gémissement, on ne sait pas quoi faire, on a peur, bon, il faut trouver un chemin humain. Et un chemin humain, c'est toujours un chemin qui te fait dire, bon, pour moi c'est cuit, mais pour mon gosse, non. C'est-à-dire, tu te projettes sur les autres, tu te projettes sur la jeune génération.

Alors moi, je me dis à ma place, à moi, bon, je suis comme tout le monde, j'ai une famille, enfants, petits-enfants, donc, évidemment, je pense à eux, mais j'ai été toute ma vie un homme de combat, engagé dans un combat collectif. Donc, je me dis, qu'est-ce que je peux faire ? Bon, ben, voilà, qui vendent beaucoup de choses et qui donnent des clés. Alors, c'est le moment, et je vous signale, c'est pas moi qui abuse, c'est lui qui m'a fait signe, mais j'en profite pour faire de la pub. Je vous signale que ce livre est actuellement en tête des ventes. Combien c'est vendu, ça ? Ça, c'est vendu 20 balles. C'est cher.

2:18:57
Présentateur

Et tu récupères combien dessus ? Ou tu donnes...

2:19:00
Jean-Luc Mélenchon

Je ne sais pas. Je ne dois pas dire tous mes secrets, mais non seulement...

2:19:03
Présentateur

Tu as un avaloir ?

2:19:04
Jean-Luc Mélenchon

Non, je n'ai pas eu d'avaloir.

2:19:06
Présentateur

Un pourcentage ? Il part où, le pognon ?

2:19:09
Jean-Luc Mélenchon

Je ne sais pas encore. Sans doute qu'il va aller... Je pense que ça va aller à l'Institut La Boétie, que j'ai créé. Si tu veux, ça va, moi je vis... Je n'ai besoin de rien. Puis tu as vu mon âge, je n'ai pas de bagnole, je m'en fous. Je n'ai pas de chevaux. Je dis ça, pourquoi je n'ai pas de chevaux ? Parce qu'il y a un truc qui circule depuis 10 ans sur l'Internet qui raconte ma fortune. Alors j'ai des chevaux, j'ai des bagnoles, je ne conduis pas qu'il faut que j'en fasse... Combien de femmes ? Hein ?

2:19:36
Présentateur

T'as combien de femmes ?

2:19:37
Jean-Luc Mélenchon

Dis donc. Tu me dis qu'il était à combien de chevaux ? Non mais ça n'a rien à voir. Attends, tu te rends compte de ce que tu viens de dire ? Vous avez entendu là ce qu'il a dit ? Bon, non, alors je...

2:19:47
Présentateur

Parce que les milliardaires, ils ont souvent beaucoup de...

2:19:48
Jean-Luc Mélenchon

Attends, moi sur ma feuille, d'accord, ça me coûte, il y a marqué célibataire. Je paye les impôts dans célibataire. D'accord ? Donc, s'il vous plaît, mon état civil, c'est le suivant. Pour les impôts et dans la vie célibataire. Après ce que je fais de ma vie, bah, j'en fais ce que je veux.

2:20:06
Présentateur

C'est ton profil sur mythique ? Célibataire ?

2:20:08
Jean-Luc Mélenchon

Je ne sais pas ce que c'est. Sur quoi tu dis ?

2:20:10
Présentateur

Un mythique, un site de rencontre.

2:20:12
Jean-Luc Mélenchon

Qu'est-ce que c'est ? Ah d'accord.

2:20:13
Présentateur

T'es pour l'euthanasie ou t'es pas pour l'euthanasie ? Quand tu seras en Youpala, est-ce que tu préférais qu'on te balance de la falaise ou tu préférais crever dans un Ehpad ?

2:20:22
Jean-Luc Mélenchon

C'est un peu dur de parler comme ça. Il faut penser aux gens que ça concerne. Moi, je ne peux parler que pour moi. Il y a deux domaines où l'expérience ne se partage pas. Jamais. Entre êtres humains. L'amour et la mort. D'accord ? C'est les deux moments où tu ne sais pas. Tu peux raconter ce que tu veux à ton fils ou à ta fille. De toute façon, il fera n'importe quoi. Parce qu'il y a un principe, il y en a plusieurs qui sont à l'oeuvre, mais il y en a un le plus fou de tous les principes qui met la vie des êtres humains en mouvement. C'est le désir. Le désir est aveugle. Tu ne sais pas pourquoi il va d'un côté ou d'autre. Que ce soit... Et ce désir, il se... Il est... Bon, on le connaît.

On connaît le désir sexuel. Ça, c'est ce qu'il y a de plus... le contact le plus immédiat avec quelque chose de tellement fort. Mais après, tu as d'autres formes du désir qui s'emparent de toi. Le désir de comprendre, de savoir, et t'es là, bon, t'as beau rien comprendre, tu te fais expliquer trois fois le truc pour quand même arriver à comprendre. Donc, c'est une grande puissance créatrice, féconde. C'est... L'explosion. Mais, tu racontes ce que tu veux, chacun mène sa vie et ses amours. Je n'ose même pas dire d'après ses règles parce que je ne sais même pas s'il y a des règles. Et puis, la mort, c'est pareil. Alors, ça fait un moment que ça dure, hein, qu'on en discute.

On est tous pareils. On n'arrive pas à concevoir l'idée qu'on ne soit plus. D'abord, parce que dans notre programme, c'est vissé dedans, tu feras tout pour survivre. Bon, voilà, c'est comme ça. C'est un principe auto-organisateur. Numéro 1, je ne dois pas mourir. Numéro 2, s'il faut choisir entre moi et mon gosse, c'est moi qui meurs. Numéro 3, et ensuite, je n'en sais rien, j'invente des règles comme ça, c'est pour la science-fiction, en quelque sorte. Donc, moi, je ne peux répondre que pour moi-même. Figure-toi que l'autre jour, je ne sais pas pourquoi, je suis à une émission, un petit jeune homme qui m'interroge, il s'appelle Benjamin Duhamel.

Et alors, à la fin, ils font parler Juppé, je ne sais pas pourquoi, ils lui disent qu'est-ce qu'il pense de sa mort, et le gars, il commence à dire j'ai peur de la déchéance, enfin, des trucs qui sont émouvants et respectables, on en est tous là. Comme disait Brel, hein, mourir, d'accord, mais vieillir, non, bon, d'accord, on en est tous là. C'est la chanson de Brel. Alors, il me dit « Et vous, la mort ? » Pourquoi tu me demandes ça à moi ? Parce que j'ai 72 ans, mon gars, mais tu n'es pas au courant, tout le monde meurt. Une fois, le président Mitterrand, il n'aimait pas qu'on l'appelle le vieux. Moi, ça ne me dérange pas du tout, on m'appelle aussi le vieux.

Et nous, on l'appelait le vieux parce qu'on avait été trotskistes dans notre jeunesse, et Léon Trotsky, on l'appelait le vieux. Tu t'imagines le truc, cette histoire à tiroir. Donc, le vieux, c'était le vieux, non, c'est moi le vieux. Je vois dans les commentaires, tu sais, sur les réseaux sociaux, il marque « Ah, le vieux, bon, ceci, le vieux, cela. »

2:23:15
Présentateur

Il y a 25 chevaux, c'est ça ?

2:23:16
Jean-Luc Mélenchon

Non, mais, bon, je ne parle pas des cons qui racontent ça, mais je parle des gens sympas qui se marquent, qui se font qu'un peu de bois. Le vieux. Et François Mitterrand dit « Vous savez, on est toujours le vieux de quelqu'un. » Bon, évidemment, il n'était pas content. Puis il dit « On finit tous pareil. » Il fait comme ça avec la main, tu vois. Et puis il dit « Et on ne sait pas à quel âge. » Ça, c'est pour moi. Alors, à mon tour de dire, vous savez, on est toujours le vieux de quelqu'un. Et on finit tous pareil. Et il y avait... Alors, je lui raconte, mon tour, il me dit « Ah, la mort, quoi, la mort. » Moi, je suis stoïcien. Donc, la mort, ça ne me concerne pas.

Quand je serai mort, je ne serai plus là pour en parler. Et avant de l'être, je serai vivant. Donc, de quoi on parle d'un truc qui n'existe pas pour moi ? Réfléchis-le, attention à ce que je suis en train de dire là. Bon. N'existe pas pour moi. Mais pour vous, oui. Alors, je n'ai pas fini ma phrase. J'ai dit « Donc, moi, quand j'estimerai que c'est plus supportable, comme un stoïcien, c'est moi qui étais en la lumière. » Bon.

2:24:15
Présentateur

Donc, tu es pour l'euthanasie, ta propre euthanasie ?

2:24:17
Jean-Luc Mélenchon

Le suicide assisté, oui. Il ne faut pas entourer les... Moi, je n'aime pas le mot euthanasie. Il fait peur. Le suicide assisté. Appelons les choses comme elles sont. Le suicide assisté. Oui. Je suis un stoïcien. Je suis un romain. Je m'occupe les veines quand j'estime que... Bon. Je ne sais pas si j'aurai le courage de le faire. Mais en tout cas, dans mon esprit, je ferai ça. Un copain qui est médecin, il m'a dit « Tu peux toujours parler. C'est un truc de mec qui se porte bien. Parce que quand tu es mal, par-dessus tout, tu veux vivre. Mais je ne sais pas. Je ne l'ai pas vécu. Je fais une réponse abstraite.

Mais la vraie réponse que j'aurais voulu faire et que je n'ai pas fait, juste pour l'embêter. Puisqu'il me parlait de ma mort, tu ne suis quand même pas poli. Tu as quitté, toi. Tu as 40 ans de moins que moi et tu viens me parler de ma mort. On pourrait parler de la tienne pour voir, pour mettre de l'ambiance sur le plateau. Donc, qui pour me parler comme ça ? Un peu de respect, là. Je pourrais être ton grand-père. Bon. Bref. Tu vois le genre. Chacun fait comme il est fait. Moi, voilà. Je fais comme ça. Je me dis quand même mais la vraie réponse, je lui dis je ne la ferai pas.

Tu vois, ma manière de te montrer que ce n'est pas bien ce que tu viens de faire, je ne te fais pas la vraie réponse qu'il faut faire. Écoutez-moi bien. La seule mort qu'on a à craindre, la seule, c'est celle des autres. La mort, c'est une affaire de vivant. C'est ceux que tu n'as plus là. Sans partie. Et c'est fini. Pour toujours. Des gens qui sont ton frère, ta sœur. Tu sais, des fois, ce n'est même pas ta famille. Tu vois, ce n'est pas ta famille. Ta famille, c'est douloureux. Pourquoi c'est douloureux ? Parce que on s'est fabriqués ensemble dans une famille.

Alors, bien en mal, je ne suis pas non plus en train d'idéaliser, mais les humains, ce qui compte, c'est tout ce qui se déchire, tout ce qui est brisé et surtout ce qui est irrémédiable. Alors, c'est une discussion curieuse que tu as engagé. Fure-toi que cet été, je vois un documentaire. C'est un type, c'est un amerlot qui a trouvé une grotte dans laquelle il y a des hominidés. Alors, ils ont trouvé des os, des os, c'est encore des os. Ils n'ont plus trouvé à propos de cette hominidée qu'Homo Sapiens. D'accord ? C'est une belle série, je crois que je l'ai vue sur Netflix ou sur Arte. Je ne me rappelle plus quel était.

2:26:25
Présentateur

C'est sur Arte.

2:26:26
Jean-Luc Mélenchon

Hein ? Sur Arte, peut-être. C'est peut-être sur Arte.

2:26:28
Présentateur

Ou peut-être sur Apple TV.

2:26:31
Jean-Luc Mélenchon

Non, non, non. Sur Arte ou Netflix. Alors, en tout cas, bon, c'est Arte, Arte. Et alors, le gars, bon, il est là, il ne peut pas descendre dans le trou parce qu'il faut passer dans un boyau 18 mètres de fond. Puis le mec, il est un peu confortable donc il ne passe pas dans le trou. Donc, c'est les autres qui passent. Et notamment des femmes parce qu'elles ne sont plus menues et elles sont là-bas au fond du trou et qu'on est en train de fouiller avec le pinceau, tout ça. Ils mettent la lumière. Ils ramassent les os et tout. Puis au bout d'un moment, lui, il est en haut, il regarde. Il y a un rond autour du squelette. Merde, c'est une tombe. Ce n'est pas juste des os.

Et il se trouve que ce n'est pas un homo sapiens. Ce n'est pas un homo sapiens. C'est une créature qui a un cerveau qui est 30% plus petit que le nôtre. D'accord ? Et ils ont une tombe. Et s'il y a une tombe, ça veut dire qu'il y a un au-delà. Dans leur conviction, il y avait un au-delà. Alors, peut-être que la croyance dans l'au-delà a à voir avec l'émergence de la conscience. Quel que soit le niveau de la conscience, viendrait la sensibilité, la conscience de soi, et puis, tu ne sauras jamais ce qu'un éléphant pense de sa mort. Tu ne sauras jamais ce qu'un singe pense de sa mort. Mais il y a une chose qui est sûre. C'est qu'il comprend la mort de l'autre. Il comprend la mort de son maître.

Il comprend la mort d'un autre animal comparable. Si tu lui montres un miroir, il voit qu'il s'est fait une tâche sur le front. La conscience de soi amène la conscience de sa limite et tu n'en as conscience que par celle des autres. Donc, tu as besoin absolument des autres pour savoir que tu es toi. Méditez.

2:28:07
Présentateur

J'ouvre une parenthèse.

2:28:08
Jean-Luc Mélenchon

Et là, tu as vu l'heure qu'il est ? Ça fait deux heures qu'on parle.

2:28:11
Présentateur

T'as envie de faire pipi ou quoi ? Deux heures trente-quatre minutes. Combien ? Deux heures trente-quatre. Tu parlais que la mort, c'était un truc de vivant, que tu pleurais ton frère, que c'était irrémédiable. Est-ce que tu inclues le chat, le chien, l'âne, l'animal de la famille ? Ça fait partie de la famille.

2:28:28
Jean-Luc Mélenchon

Évidemment. Pas de la même manière, il faut dire les choses, pour une raison qui tient sans doute...

2:28:34
Présentateur

Le deuil est le même ?

2:28:36
Jean-Luc Mélenchon

La souffrance est comparable. La souffrance. Pourquoi ? Parce qu'avec un être humain, ton intrication va être très, très puissante. Mais il y a des gens qui ont un lien aux animaux qui est extrêmement profond. Peut-être des fois plus profond qu'avec d'autres humains. Et par conséquent, il est absolument certain que pour ces humains-là, la souffrance doit être comparable à celle de la perte d'un ami, d'un frère, d'un... Quand je dis d'un... Moi, quand je dis d'un frère, c'est parce qu'évidemment, j'ai dans l'esprit la mort d'un de mien, un de mes plus proches, qui était Bernard Pignerol, qui me manque, et d'autres avant lui, François de Lapierre, qui est mort, et d'autres copains, bon...

Tu sais, une vie de militant, les militants sont ta famille. Autant que ceux à qui tu es, comme on dit, lié par le sang. Tu as une drôle d'idée. Tu es lié par le sang. Quel sang ? Bon, bref. Mais tu es lié. Donc, les animaux, d'abord, sont doués de sensibilité. Et ils te manifestent leur sensibilité. Les animaux sensibles se socialisent tous, sans exception, à leur manière. Qui, des fois, est indéchiffrable par les humains qui n'ont pas le temps, qui ne voient pas, qui ne regardent pas. Alors, bon, l'affect d'un singe, tout le monde le voit. L'affect d'un chien aussi, et ainsi de suite. Et puis, il y en a d'autres, nous, on ne le voit pas. Et pourtant, il est certain qu'il doit exister.

2:29:57
Présentateur

Est-ce qu'il y a un sujet que tu souhaiterais aborder avec nous ?

2:30:01
Jean-Luc Mélenchon

Tout ce que vous voulez, mais il faut bien que ça s'arrête à un moment ou à un moment. Non, le sujet, c'est a-t-on des raisons ? Je voudrais dire l'importance de vouloir, l'importance de choisir d'être optimiste, l'importance de la vertu. La vertu, comme j'ai défini tout à l'heure, tu vois, c'est-à-dire ce qui est bon pour tout, c'est bon pour moi. Ça vaut la peine. Et le monde contient de la beauté. Et se mettre en harmonie avec lui, c'est juste essayer de faire un truc comme danser, tu vois. Je ne sais pas si tu t'essaies de danser. Moi, je ne savais pas danser. Un jour, je me lève, j'invite une femme à danser. J'ai su danser. Tout. Comme ça.

J'avais regardé les autres, je ne sais pas comment ça m'était rentré. Je sais danser. Eh bien, quand tu danses, tout d'un coup, comment tu vas appeler ça ? Ça s'appelle l'harmonie. C'est-à-dire, qu'est-ce qui se passe ? Ton rythme devient celui de ton partenaire de danse. Et plus les figures vont être mouvantes et que ça va se faire dans le rythme, plus tu vas être envahi du sentiment du rythme. Sa beauté va t'envahir. Tu vas être de mieux en mieux. Tu vois ? Si tu sais valser les pieds à plat, c'est un exploit. Moi, je vais valser là, sur la pointe. Bon. Mais tu peux faire d'autres trucs, par exemple, je ne sais pas quoi, moi. Une danse à deux, toujours.

Je ne parle pas de la danse tout seul. Tu vas faire un beau tango ou tu vas faire un beau... Bon, quelque chose comme ça. Plus tu vas entrer dans la danse, plus le sentiment de l'harmonie va t'envahir et te donner une sorte de jouissance par soi-même. Assieds-toi au bord de l'eau. Regarde la mer. Il ne se passe rien. Si, il se passe. La mer moutonne. Tu vois ? La flotte. La mer scintille. Le mouvement... Non, moi, je ne l'entends pas. Il me fait signe comme ça, mais il est sourd comme moi. Donc la mer, moi, j'entends la vague quand elle arrive, tu vois. Mais il y a des gens, ils entendent, ils entendent de loin la mer bouger. Mais moi, je la vois scintiller. Je la vois bouger.

Eh bien, tu sauras une chose. Si tu regardes la mer assez longtemps, tu te guéris le cœur. Juste parce que ta tête va te mettre en harmonie avec ce mouvement qui parcourt l'eau. L'harmonie, c'est un objectif dans la vie.

2:32:32
Présentateur

Exceptionnellement, on va demander un conseil pour les vieilles générations et un conseil pour les jeunes générations.

2:32:38
Jean-Luc Mélenchon

Je ne connais pas les vieilles générations. Moi, je ne peux rien me dire sur le sujet.

2:32:43
Présentateur

Montre-moi le livre.

2:32:44
Jean-Luc Mélenchon

Et regarde, un conseil pour ma génération. Trouvez-vous un bon coiffeur. Voilà. Moi, j'en ai un dans ma rue. Il est turc. La vérité, c'est que je ne comprends rien à ce qu'il me dit et lui, il ne comprend rien à ce que je lui dis. Mais on s'entend très bien. Non, je blague. Mais c'est pour dire, la vie est faite de rencontres, tu sais, comme ça, incroyable. Là, quand j'ai fait la photo, je vous raconte ça pour vous faire marrer. il m'avait tellement bien assaisonné qu'on a dû attendre 8 jours que ça repousse un peu pour que je puisse faire la photo. Donc, conseil, trouver un bon coiffeur.

2:33:17
Présentateur

Tu fais 10 ans de moins sur la couverture.

2:33:19
Jean-Luc Mélenchon

On n'a pas photoshopé, jurez. Je ne veux pas. Je suis bien dans ma peau. Je n'ai pas envie d'avoir 20 ans. Tu vois ?

2:33:28
Présentateur

Un conseil pour les jeunes générations et n'oublie pas, je veux 3 bouquins entre les deux.

2:33:33
Jean-Luc Mélenchon

Et mais la vie...

2:33:34
Présentateur

Quoi ? Donne-moi 3 livres à lire et un conseil pour les jeunes générations.

2:33:40
Jean-Luc Mélenchon

Attends, conseil pour les jeunes générations qui je suis pour donner des conseils aux autres, moi. Je n'en sais rien, j'ai fait ce que j'ai pu, j'ai tâtonné, je vous conseille de faire pareil. Avancez-vous, avancez-vous, avancez-vous, avancez-vous. Faites. Changez le monde. Il faut avoir des ambitions à la hauteur du besoin. D'accord ? Il faut avoir des rêves. Je vais te donner un exemple. Les gars qui jouent au loto. Alors, si tu gagnais un million, pourquoi un million ? S'il s'agit de rêver de gagner au loto, je veux dire, des milliards, si tu veux, à tout prix. Donc, mettez vos rêves, alors. En plus, gagner trop d'argent est immoral. Mais, si vous voulez avoir des rêves, voyez en grand.

Vous voulez un monde propre. Tu veux retrouver Paris où il y a des moineaux ? Il n'y en a plus. Bon, tu voudrais qu'il y ait des papillons dans les champs. Il n'y en a plus. Si, chez moi, parce que comme je n'y suis jamais, les papillons, ils se disent on est peinard, là. Rêvez en grand. Et maintenant, malheureux, vos rêves, c'était des choses que nous, on avait comme ça. Mais on ne savait pas que c'était important. On ne savait pas qu'avoir des papillons dans son champ, c'était vachement important. C'est maintenant seulement. Trop tard, hélas, il n'y en a plus. Bon, ça, c'est le truc. Aimez la vie, ça vaut le coup. Ayez des grands, grands, grands, mais maudits. Il passera.

L'histoire, l'humanité a changé, je ne sais pas combien de fois de mode de production. Finissez-en avec ce truc. Alors après, des livres, alors là, c'est le début de la fin pour moi. Trois, je ne sais pas combien j'en ai aimé qui ont changé ma vie. Il y en a un que, bon, un quand même, tarif minimum. Michel Tournier, Vendredi ou Les Lames du Pacifique. Version intégrale, pas la version pour les plus jeunes. Ça, oui. Ça, c'est bien. Ça, c'est un beau livre qui va vous apprendre plein de choses sur la vie. Surtout les garçons. Les garçons ne parlent jamais de choses... Il y a une culture viriliste. Peut-être que maintenant, ce n'est plus comme ça.

Mais quand moi, j'étais jeune homme, il y avait une culture viriliste qui rabotait la réalité. Tu vois ? On t'interdisait presque d'avoir des sentiments, de pleurer, d'avoir de la sensibilité. Ça ne se faisait pas. Voilà. Bon, ça, c'est un livre. Après, bon, qu'est-ce que vous pourriez lire qu'il vous soit utile en politique à part mes propres livres ? Il faut quand même que je recommande un... Moi, mon moment de contact avec le marxisme, c'était à travers un bouquin qui a un titre affreux, l'idéologie allemande. Mais ça m'a bouleversé. Après, moi, je ne peux pas. Trois, je vais être heureux, j'arrive au bout. D'accord ? Mais j'en aime des milliers, mais pauvres, c'est...

Mes livres, c'est des personnes, tu ne te rends pas compte, toi ? C'est des... Je vis avec... Aucun de science-fiction ? Ah, de science-fiction ? Deux. Attends, science-fiction, bon... Il faut... Alors, je vais te dire... Pour l'écriture, le berceau du chat, Kurt Von Ergut, Tu te marres trop, c'est trop bien écrit, et j'ai utilisé des techniques d'écriture de ce bouquin. Le berceau du chat, Kurt Von Ergut. Tu pourras regarder Abattoir numéro 5 aussi, c'est bien. Après, il faut lire un peu d'Azimov, sinon, c'est pas sérieux. Lis le cycle fondation. Après, le, à mon avis, l'auteur immense de la fiction délirante, c'est Philippe Cadic.

Tout le monde a vu Blade Runner, je suppose, dans ceux qui m'écoutent. Et quand vous regardez Blade Runner, vous touchez du doigt, à quoi sert la science-fiction ? Pas à anticiper. Un peu. Un peu. Mais surtout, la science-fiction, c'est une allégorie. Ça raconte la vie différemment. Dans Blade Runner, tu as des robots qui veulent savoir quand ils vont mourir. De quoi on a parlé il y a un instant. C'est une allégorie. Mais l'histoire, elle est bien faite. Donc, tu suis l'histoire des robots qui veulent savoir. Alors, ils font ci, ils font ça pour le savoir. Ils vont retrouver le gars qui les a créés, tout ça. Mais, oh, oh, oh, c'est juste une allégorie. Vous êtes pareil.

Vous courez partout pour essayer de savoir qu'est-ce qui va vous arriver demain. Pas de bol, vous ne saurez pas.

2:38:00
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, merci.

2:38:03
Jean-Luc Mélenchon

Ah, tu vois, il faut bien que ça s'arrête à un moment ou à un autre. Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon : Bataille de civilisation dans un monde en ruine ? — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote