Médecine, mathématiques, sciences, quel est l'impact de l'intelligence artificielle ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:08OuverteRéponse directe
En quoi l'IA vous est-elle utile dans votre travail de médecin ?
- 3:29OuverteRéponse directe
Comment fonctionnent les algorithmes d'aide au diagnostic ?
- 4:23OuverteRéponse directe
L'IA fonctionne-t-elle comme l'intelligence humaine ?
- 6:17OuverteRéponse directe
Quels sont les secteurs où l'IA est la plus utilisée aujourd'hui ?
- 7:07OuverteRéponse directe
Peut-on imaginer un diagnostic médical par IA sans intervention humaine ?
- 8:05OuverteRéponse directe
Quels sont les risques de biais dans les algorithmes médicaux ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:11PrésentateurFait
« Il y a 26 ans, la victoire pour la première fois d'un ordinateur Deep Blue face à un champion d'échec. »
- 0:32PrésentateurFait
« L'intelligence artificielle aide déjà aujourd'hui nos médecins à soigner, les magistrats américains à rendre des jugements, les policiers français à enquêter. »
- 4:48InvitéChiffre
« Sur des choses telles que le diagnostic de cancer du sein, aujourd'hui, les meilleurs algorithmes font mieux statistiquement que les meilleurs humains. »
- 5:19InvitéFait
« Le premier, c'est le défi en termes d'éthique et de responsabilité. »
- 12:20InvitéFait
« L'objectif n'a pas été atteint. »
- 13:46InvitéFait
« Nous avons un vrai problème de fuite des cerveaux qui participe à ce problème de souveraineté. »
- 16:40InvitéFait
« Les meilleurs experts en éthique de l'intelligence artificielle, l'expérience a montré que c'est des femmes. »
- 19:20InvitéFait
« Personnellement, je n'étais pas si inquiet du fait que Microsoft soit là-dedans. »
- 20:50InvitéFait
« La question de la consommation énergétique c'est quelque chose d'une question d'aujourd'hui. »
Temps de parole
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Le grand entretien ce matin consacré aux défis que nous posent les dernières avancées de l'intelligence artificielle. Voilà plusieurs dizaines d'années maintenant qu'on nous promet des changements majeurs dans nos vies. Grâce à l'IA, il y a 26 ans, la victoire pour la première fois d'un ordinateur Deep Blue face à un champion d'échec. Gary Kasparov était une étape symbolique, mais les applications concrètes semblaient encore éloignées de nos vies jusqu'à l'arrivée ces dernières semaines de ChatGPT, le générateur de textes de la société américaine OpenAI qui a marqué les esprits autant qu'il a caricaturé le débat.
Car l'intelligence artificielle aide déjà aujourd'hui nos médecins à soigner, les magistrats américains à rendre des jugements, les policiers français à enquêter, entre autres. Alors pourquoi est-on aujourd'hui un tournant ? Quels sont les espoirs soulevés par l'intelligence artificielle dans la santé notamment ? Les risques en matière de liberté par exemple ? Ce 7-9-30 sera-t-il présenté dans quelques années par une intelligence artificielle ? Pour répondre à ces questions et au vôtre au 01-45-24-7000 et via l'application France Inter. Trois invités sont avec nous ce matin. Cédric Villani, bonjour à vous. Bonjour Jérôme Cadet.
Vous êtes ancien député et mathématicien, professeur à Lyon 1 et à l'Institut des Hautes Études Scientifiques. Vous avez publié en 2018 un rapport intitulé « Donnez un sens à l'intelligence artificielle ». Avec nous également Isabelle Rille, bonjour à vous.
Bonjour Jérôme Cadet.
Vous êtes directrice de l'Institut de Recherche en Intelligence Artificielle. C'est l'un des trois centres qui a été créé justement après le rapport rendu par Cédric Villani. Vous avez publié « Géopolitique de l'IA », c'est aux éditions « Le Cavalier Bleu ». Également avec nous Cécile Badoual, bonjour.
Bonjour Jérôme Cadet.
Vous êtes médecin en anatomie pathologie à l'hôpital Georges Pompidou à Paris. Qu'est-ce que c'est l'anatomie pathologie, Cécile Badoual ?
Alors l'anatomie pathologie, c'est une spécialité qu'on ne connaît pas très bien. À vrai dire, quand il y a des biopsies, des prélèvements d'organes ou des examens de liquide, ça part dans un laboratoire et ce n'est pas l'IA qui regarde tous ces prélèvements. Ce sont des médecins qui sont anatomie pathologistes et qui vont regarder au microscope et puis maintenant sur écran les lésions pour faire un diagnostic.
Et en quoi aujourd'hui l'intelligence artificielle vous est-elle dans votre travail de médecin ? Est-ce que vous pouvez nous expliquer concrètement ?
Alors il y a plusieurs niveaux. Vous l'avez compris, on travaille sur des images. Donc les images, on les voit au microscope et de façon traditionnelle, quand on nous imagine, on est derrière nos binoculaires et on va scruter les cellules et faire des diagnostics, puis des pronostics. Avec, vous le savez, une médecine de précision qui est de plus en plus importante, avec la détection de marqueurs qui vont nous aider à faire des diagnostics et puis aider à des prises de décisions thérapeutiques. Alors ce qui va changer à l'heure actuelle dans notre quotidien, c'est qu'on est déjà sur une révolution numérique.
Comme les radiologues, au lieu de regarder autrefois au négatoscope les radiologies, on se met à voir nos lames qui sont en glace directement sur des écrans puisqu'on va les transformer en lames virtuelles. Et à partir du moment où ça devient un objet numérique, l'IA arrive avec la nécessité de développer des algorithmes d'aide au diagnostic.
Et comment ça fonctionne ? Il y a des spécialistes qui rendent des algorithmes sur quoi ? Des connaissances médicales, avec des connaissances médicales ? Et ça vous aide ensuite à votre diagnostic, c'est ça ?
Pour l'instant, les algorithmes qui sont retrouvés sont extrêmement rares et pour l'instant, ils sont dans le domaine plutôt massivement de la recherche. Mais l'idée, c'est par exemple nous aider sur des tâches répétitives ou qui peuvent être, avec une seule question, nous aider à faire ce qu'on appelle un screener, c'est-à-dire voir rapidement les lames, pour pouvoir aller directement les lésions et être efficace. Gagner du temps ? Gagner du temps et de l'efficacité. Par exemple, chercher des cellules anormales dans une cytologie, donc des examens de cellules d'urine. Donc on voit des urines et puis on va chercher les cellules.
Donc s'il y a nous aide et nous permet d'aller les trouver plus vite, on gagne du temps. Mais derrière, il faut toujours un médecin pour aller valider.
Concrètement, Cédric Villani, comment ça fonctionne l'IA ? C'est une intelligence qui fonctionne comme la nôtre, qui est différente de l'intelligence humaine ?
On va dire très clairement que ce n'est pas de l'intelligence.
D'accord.
Ça s'apparente plus aujourd'hui dans les formes qui sont les plus utilisées à de la statistique. À partir du moment où on a vu beaucoup de compositions ou données qui sont de telle catégorie, l'algorithme sait automatiquement reconnaître que c'est de telle catégorie. Et dans certains domaines, reconnaissance d'image, diagnostique, avec des performances supérieures à celles des humains. Sur des choses telles que le diagnostic de cancer du sein, aujourd'hui, les meilleurs algorithmes font mieux statistiquement que les meilleurs humains. Font moins d'erreurs. Moins d'erreurs. Et on peut dire qu'il y a déjà des personnes qui ont eu la vie sauve grâce à l'aide de tel ou tel algorithme.
Je ne vous prétends pas que c'est une révolution, mais qu'on a vu déjà des avancées significatives symboliquement hautement intéressantes. Maintenant, dans ce que vient de dire Cécile Badoil, je vais m'appuyer là-dessus pour insister sur certaines des caractéristiques de l'intelligence artificielle. Le premier, c'est le défi en termes d'éthique et de responsabilité. Vous imaginez bien que s'il y a derrière des choses aussi sérieuses que faire un diagnostic de cancer ou de maladie grave, évidemment, il y a une forte responsabilité qui vient avec. On va y revenir. Vous évoquiez les questions de police prédictive ou de justice prédictive.
Il y a déjà eu tant et tant de scandales aux Etats-Unis en particulier, tels que dénoncés par Cathy O'Neill là-dedans. Et puis, la deuxième chose qu'on voyait très bien dans l'exposé de Cécile Badoil il y a quelques instants, c'est la façon dont ça ne vient pas remplacer la spécialité, mais s'interconnecter avec. Cécile Badoil demandant une collaboration entre le spécialiste de données et d'algorithmiques et le spécialiste de santé. Et cette collaboration, c'est quelque chose qu'il y a à construire dans la durée, de façon dynamique, dans la confiance entre les institutions, dans une expérimentation renouvelée, avec les enjeux de formation, avec des enjeux de sensibilisation.
Et après, c'est du capital humain. Nos jeunes, nos hommes, nos jeunes femmes, bien trop peu nombreuses dans ce sujet.
Alors, vous avez embrassé beaucoup de sujets, Cédric Villagnon, on va y revenir en détail. Je voudrais d'abord qu'on élargisse un peu le spectre avec vous, Isabelle Riel, on a parlé de la santé. Quels sont les secteurs dans lesquels l'intelligence artificielle est la plus utilisée aujourd'hui ?
C'est une très bonne question, j'ai envie de répondre tous. Tous ? C'est-à-dire qu'aujourd'hui, l'intelligence artificielle a eu un essor très très important dans les 10-15 dernières années et a vraiment, commence à percoler dans tous les secteurs. C'est-à-dire qu'elle, c'est un outil qui se met au service des autres domaines scientifiques et qui percole dans toutes les applications, dans toute la vie. Tout ce qui peut être optimisé, traité, comme le disait Cécile Badoile, tout ce qui permet de simplifier les tâches, c'est-à-dire de remplacer l'humain dans les tâches automatiques de manière à ce qu'il puisse se concentrer sur sa vraie valeur ajoutée à peu près dans tous les métiers.
Si je poursuis sur l'exemple de la santé pour qu'on prenne la mesure des changements à venir, est-ce qu'on peut imaginer que demain, on parle beaucoup de la question des déserts médicaux, on échange à distance avec une intelligence artificielle, qu'elle pose un diagnostic et qu'elle nous prescrive un traitement sans passer par une intervention humaine ? Est-ce que ça vous paraît envisageable ?
Alors ce n'est pas du tout la posture qui est choisie en France et en Europe, c'est bien de garder un être humain quelque part dans les cycles de décision, surtout sur des sujets très importants comme la santé. Par contre, il y a déjà des choses qui sont à distance, en particulier il y a des gens par exemple chez un médecin sans frontières qui travaillent sur la lecture à distance d'imagerie. Mais il ne s'agit pas de remplacer le médecin, c'est-à-dire de lui apporter à proximité des appareils qu'il n'a pas sur le terrain. Donc c'est toujours un outil, un outil de lecture, un outil d'analyse, mais qui ne remplace pas le médecin.
Il faut toujours un médecin, Cécile Badoil, parce qu'il peut y avoir des biais dans les algorithmes. Si je reprends l'exemple de l'intelligence artificielle qui prescrirait un traitement, il pourrait y avoir un biais qui fait qu'il prescrirait plus de médicaments qu'un autre, ou qui serait, pourquoi pas, infiltré par un laboratoire pour prescrire davantage de médicaments de ce laboratoire ?
Alors, en fait, il y a plusieurs points extrêmement importants. D'abord, la responsabilité. Un médecin est responsable de son diagnostic. Qui est responsable d'un diagnostic fait par une machine ? Est-ce que c'est le médecin qui va le rapporter sans y apporter son propre jugement et sa propre validation ? Est-ce que c'est le constructeur de l'algorithme ou le revendeur de ces algorithmes ? Donc là, il y a un point essentiel qui est sur la responsabilité et ce que ça veut dire dans l'engagement de poser un diagnostic. Donc, vraiment repositionner le rôle du médecin et de l'accompagnement sur un diagnostic. Ensuite, et on le voit...
Alors, bien sûr, les algorithmes sont de plus en plus efficients et de plus en plus intéressants. Pour autant, pour une question donnée, on va avoir un algorithme donné. Un patient, c'est une complexité d'informations qui vont être traitées par des algorithmes, par exemple, d'aide à la décision, qui vont cumuler, par exemple, on parlait de liquide. Donc là, ça sera des taux sanguins, divers et variés, une radiologie et puis un examen clinique qui sera rapporté par un médecin et puis qui va en faire quelque chose d'aide au diagnostic. Mais pour autant, toutes ces données, elles sont avec des médecins et il va falloir les valider à un moment donné. Donc...
Y compris contre l'avis formulé par l'intelligence artificielle, c'est-à-dire que vous, vous pouvez vous dire « Moi, je pense que ça ne va pas dans la bonne direction. » L'IA me dit ça, mais moi, j'ai la conviction qu'il ne faut pas aller vers ce traitement-là ou vers ce diagnostic-là.
Les IA, elles sont faites à partir de données qu'on leur donne. Donc, elles ne sont que... Alors, ce n'est même pas « i » si on suit... Cédric Villani, à l'instant. Cédric Villani, mais il a raison. En fait, c'est des performances machines qui vont aider à partir de choses qu'on leur a données. Donc, c'est là l'importance aussi des données. Quand on va utiliser un algorithme, donc on ne sait pas comment il a été validé, fait, et donc, c'est ce qu'on dit en ce moment, c'est des applications sur des cohorts de vraie vie. Parce que les données dans des projets avec des données lissées, ce n'est pas tout à fait la même chose que d'utiliser la vraie vie. Isabelle, tu voulais dire...
Je pense que Cédric Villani avait dit le bon mot, c'est la statistique. Il ne faut pas oublier qu'un algorithme qui est statistique, s'il est prouvé avoir 2% d'erreur, dans 2% des cas, il se trompe.
Pour revenir, et c'est aussi la question du contrôle de cette technologie aujourd'hui, Isabelle Rille, d'où est-ce qu'elles viennent, ces technologies ? Elles sont produites en France ou elles sont produites majoritairement en Chine ou aux Etats-Unis, par exemple ?
Ça dépend desquelles. Les plus populaires de nos jours, les plus diffusés dans la presse, sont plutôt de pays hors Europe. Parce qu'on est en train de parler de modèles gigantesques et qui nécessitent de grandes ressources de calcul. Il ne faut pas oublier qu'on en fait aussi en Europe. Si on parle, par exemple, des modèles de langue, il y a un modèle ouvert qui a été fait par un consortium de chercheurs, dont une grande partie basée en France, qui n'a pas les équivalents de ceux d'OpenAI, mais quand même.
OpenAI, c'est l'entreprise qui a réalisé ChatGPT, dont on a beaucoup parlé ces dernières semaines.
Le modèle est de taille similaire. Il a des performances inférieures pour l'instant, mais pas complètement ridicules. Il s'appelle Bloom. Et si vous avez suivi la presse, il y a un modèle qui a été publié par un autre grand groupe méta il y a quelques jours. L'article est co-signé par, je pense, une quinzaine de chercheurs. La plupart d'entre eux sont issus de Polytechnique ou de l'UNES.
Donc, la place de la France existe dans l'intelligence artificielle. Vous aviez rendu un rapport, je l'ai dit, Cédric Villani, c'était en 2018. Vous pointiez à l'époque le nombre d'étudiants insuffisants dans ce secteur. L'objectif, c'était de tripler le nombre de personnes formées d'ici 2020. Cinq ans après, où est-ce qu'on en est ? L'objectif n'a pas été atteint,
très clairement. Et je voudrais dire que d'abord, sur ce rapport, il y a eu un vrai travail qui a été fait. Par exemple, le ministre Cédric Ho s'est beaucoup investi là-dessus. Mais à l'arrivée, quand on regarde les dix objectifs principaux, disons qu'il y en a deux qui ont été remplis complètement, trois en partie, cinq non. Est-ce que c'est grave
que ces technologies, elles viennent des Etats-Unis ou de Chine et pas d'Europe ? Quel est le problème, au fond ?
Il y a, je vais vous répondre dans un instant, mais d'abord, je voudrais dire aussi que sur la question des formations, en ce moment, il y a une prise de conscience qui a été faite, par exemple, au niveau de France 2030. Pour en avoir discuté avec Bono Bonnel, je sais que l'enjeu des formations et cet enjeu du triplement a été bien identifié et va continuer à l'être.
Maintenant, on est là sur une question de souveraineté, au sens où si ces logiciels, ces algorithmes, ils vont venir changer la façon qu'ont les médecins de travailler, la façon que nous avons de nous déplacer, de nous guider de prendre certaines décisions sont des questions de société et nous ne voulons pas pour ces questions de société être dépendants de choix qui sont imposés par tel ou tel multinational, telle ou telle puissance, tel ou tel pays. D'autant que, comme le disait Isabelle Rille il y a quelques instants, la recherche française et européenne en la matière est très forte.
Certes, au niveau du développement technologique et de la mise en œuvre économique, l'Europe est aujourd'hui à la traîne derrière les Etats-Unis ou derrière le continent asiatique. Mais, en ce qui concerne la recherche, les atouts sont considérables et nous avons un vrai problème de fuite des cerveaux qui participe à ce problème de souveraineté. Autre chose sur laquelle je voudrais insister, c'est la question de la confiance et du narratif. Année après année, suivant ce sujet, j'ai été frappé de voir que, par exemple, quand telle start-up avait des performances extraordinaires en matière de reconnaissance automatique de diagnostic de cancer, personne n'en parlait.
Ça faisait un entrefilé dans la presse si c'était une start-up française. Ça faisait les gros titres de toute la presse si c'était un géant américain. Le même algorithme au sens où nous avons pour l'instant été à la traîne dans la bataille du narratif, dans la bataille culturelle sur un sujet
qui est éminemment
un sujet des bouffes aussi. Et ChatGPT, c'est là-dessus. Sans qu'il y ait de révolution particulière dans les algorithmes qui ont été là sur ChatGPT, le fait d'avoir su tellement le mettre en avant. Quand Google sort son propre algorithme, Bar, dès que suite à un bug au moment de la démonstration, elle perd 100 milliards de valorisation, on est dans l'irrationnel complet qui est juste sur les effets d'annonce. et les messages à Marthe Télé aussi, c'est toute l'excellence, la compétence qu'il y a dans nos jeunes là-dessus, dans nos écoles de chercheurs et qui est à valoriser.
De plus en plus de jeunes qui s'orientent vers ces études, ce travail autour de l'intelligence artificielle, mais je lis ce matin dans les échos, vous en avez dit un mot, Cédric Villanique, ce sont surtout des hommes. Je cite l'édito du journal « Le monde de la tech et de l'IA est un monde sans femmes ou presque. Comme l'ont écrit deux chercheuses, le secteur de l'IA est aussi masculin qu'un bar des sports un soir de match de Ligue 1. Est-ce que vous partagez ce constat, Isabelle Rille ?
Alors, il est vrai que...
Et quel problème ça pose ?
Nous avons un problème d'attractivité des jeunes filles, des femmes dans nos disciplines. Je pense que ça commence bien avant les études en IA, c'est-à-dire l'attractivité vers les sciences, les maths, y compris pour les collégiennes. Et on voit qu'il y a vraiment un biais de présentation. Cette année, l'Université Paris-Dauphine-PSL a ouvert une licence double cursus, sciences des organisations et intelligence artificielle. Ce sont vraiment deux licences à faire en parallèle. Mais le fait qu'elle ne s'appelle pas Math Info, je ne sais pas si elle est. Elle a accueilli 50% de femmes. Il y avait 50% de candidates, 50% de filles qui ont intégré la licence et qui s'en sortent très bien.
Juste parce que l'intitulé était différent ?
L'avenir nous le dira, mais en tout état de cause, l'expérience est là.
Mais quel problème ça pose selon vous s'il n'y a que des hommes au-delà de la parité, mais même dans la réalisation de ces algorithmes ? Est-ce que ça peut amener l'intelligence artificielle vers des chemins et pas vers d'autres si les réalisations ne sont pas paritaires ?
Et d'une, je rappellerai que peut-être les meilleurs experts en éthique de l'intelligence artificielle, l'expérience a montré que c'est des femmes. Je pense à Cathy O'Neill, je pense à la Tania Swiné, je pense à d'autres. Et que ça a été étudié et réétudié, la mixité en tant que telle. Et quand vous avez au moins 30% par exemple de femmes, ça change l'état d'esprit dans lequel les choses se font. Vous parliez de barres de sport il y a quelques instants. Ce sont deux chercheuses qui l'écrivent. Oui, elles ont raison.
J'ai ce souvenir il y a quelques semaines de m'être retrouvé à présider un jury d'intelligence artificielle sur les questions de mobilité avec une dizaine de très grandes entreprises qui avaient fourni des ingénieurs pour le jury, etc. Le jury était 100% masculin, les candidats étaient 100% masculins. Peut-être qu'il y avait une femme sur les 60 personnes de la journée.
Ce qui pose problème évidemment.
Ce qui pose un problème. Je recommande un très joli ouvrage écrit par deux chercheuses Haute Bernheim et Flora Vincent qui s'appelle l'intelligence artificielle sans elle et qui vous rappellera d'une part qu'il y a de l'excellence et mine à tous les niveaux y compris depuis la fondation de l'informatique avec des personnes comme Ada Lovelas et d'autre part que c'est un sujet dans lequel il faut accompagner et en proximité encourager nos jeunes femmes nos étudiantes à se lancer dans l'intelligence artificielle aussi parce que c'est un sujet qui ouvre les portes vers toutes sortes de sujets de société et d'application.
Beaucoup de questions sur l'application de France Inter et au standard 01, 45, 24, 7000. Sophie nous appelle de Lyon. Bonjour à vous.
Oui, bonjour. Merci de prendre ma question. C'est une question pour Fédéric Villani. Si je ne me trompe pas, je crois que nos données de santé sont stockées chez Microsoft Azure. est-ce que ce n'est pas un petit peu sensible de confier nos données de santé françaises à un grand groupe américain ? Et que pensez-vous du projet Gaia X qui est censé être le garant de notre souveraineté sur ces sujets et qui laisse entrer les mêmes Gafami ?
Merci à vous, Sophie, pour cette question. Gaia X, qu'est-ce que c'est ? Gaia X, projet européen
pour assurer un service de cloud aux entreprises européennes qu'ils souhaitent. Je vais répondre très rapidement que d'une part, je ne suis pas un fan de Gaia X parce qu'il n'aborde pas le vrai sujet qui est faire monter la compétence technique de nos entreprises et leurs compétences économiques en faisant monter en compétences et en marchés des acteurs comme OVH ou d'autres marchés. sur ces sujets-là, si on pense juste en termes de services et de contrats, on loupe l'enjeu qui est les savoir-faire et les métiers.
Sur la question du Health Data Hub, de la plateforme de données de santé telle qu'elle a été mise en avant à partir de mon rapport et sur laquelle Cécile Badoil a beaucoup travaillé aussi, je dois dire que personnellement, je n'étais pas si inquiet du fait que Microsoft soit là-dedans. C'est un acteur auquel je fais, qui me fait moins peur que d'autres acteurs dans la partie. En revanche, ce qui est sûr maintenant, c'est que pour des raisons qui sont en partie politiques et en partie la crainte du bad buzz, le gouvernement aujourd'hui n'a pas donné les moyens à la plateforme nationale de données de santé pour qu'elle puisse travailler de façon correcte et efficace et je le regrette.
Cécile Badoil sur ce point ? Ah oui, mais alors, la conservation des données, la protection des données, il ne faut pas oublier que toute information est une donnée de santé. Donc, on parlait de formation, il faut former aussi les médecins, les data scientists à comprendre que ces informations sont extrêmement sensibles et nous sommes et nous devons nous positionner en gardien du temple. Donc, alors après, toutes les différentes... Mais gardien du temple, ça veut dire quoi
une fois que les données, elles sont possédées par un grand groupe ? Ça veut dire avoir un droit de regard ?
Alors, moi, j'avoue que je ne sais pas toutes les interférences possibles mais il est de notre devoir d'interroger l'État pour savoir et garantir toute la protection de ces données.
Question de Baptiste sur l'application de France Inter. Pourquoi personne ne parle de la consommation énergétique liée à ces outils ? Est-ce un progrès de faire une recherche Internet avec chaque GPT qui consomme 100 ou 1000 fois plus qu'avant ? Isabelle Rille ?
La question de la consommation énergétique c'est quelque chose d'une question d'aujourd'hui. C'est-à-dire que tout le monde se pose sur la question. C'est déjà très difficile de définir la consommation énergétique de l'IA et à savoir est-ce qu'un très gros modèle qui a été entraîné de manière très coûteuse mais qu'on interroge après est plus coûteux qu'un petit modèle qu'on va réentraîner plusieurs fois, etc. La mesure fine de cette consommation énergétique on ne sait pas le faire.
Par contre, il est vrai que c'est extrêmement coûteux en général et il y a beaucoup de recherches actuellement qui justement s'orientent vers la manière de faire des modèles plus petits donc avec moins de paramètres, moins de données, etc. qu'on entraîne moins longtemps et dont on espère qu'ils vont être évidemment beaucoup plus performants en utilisant pas seulement justement les grandes masses de données mais en utilisant des choses un peu hybrides et en utilisant la connaissance a priori du monde physique pour les rendre plus petits et plus performants.
Alors je voudrais qu'on pose la question de l'impact de cette généralisation ou de ces avancées de l'intelligence artificielle sur l'emploi. On a commencé à dire un mot sur le secteur de la santé. Dernier exemple en date, c'est dans le milieu de la presse avec des suppressions de postes qui ont été annoncées en Allemagne avant-hier par le groupe de médias Axel Springer.
Le patron du groupe a écrit aux journalistes pour leur dire ceci la création journalistique donc les reportages les scoops les éditoriaux ça c'est le coeur du métier mais la production va devenir un sous-produit de plus en plus automatisé en raison de l'importance croissante de l'intelligence artificielle c'est ce qu'il dit d'où réduction d'emploi. Est-ce que ça veut dire qu'on aura moins besoin d'hommes et de femmes pour faire tourner l'économie et que les machines vont petit à petit nous remplacer ?
Alors j'avoue que votre métier n'est pas celui que je maîtrise le mieux donc je ne sais pas quelles sont les subtilités de chaque poste je pense que dans beaucoup de métiers on a vu des transformations mais on ne parle pas de suppression d'emplois sèches on parle de modification des pratiques exactement comme le disait Cécile Badoil au début l'idée n'est pas de remplacer les humains c'est de concentrer leur temps sur les tâches à haute valeur quand vous imaginez dans une usine quelqu'un qui en bout de chaîne doit vérifier que les pièces qui sortent doivent scruter les pièces qui sortent d'une chaîne de montage pour vérifier qu'elles n'ont pas de défaut ça n'est pas un métier très intéressant en soi c'est une tâche rébarbative si vous remplacez ce scrutage par une IA qui va utiliser la vision artificielle pour le voir et que vous réaffectez cette personne à des tâches à haute valeur ajoutée tout le monde est gagnant l'idée n'est pas de faire du remplacement mais de l'amélioration
je vais citer le groupe Feu Chatterton qu'on écoute régulièrement sur France Inter un monde nouveau on en rêvait tous mais que savions-nous faire de nos mains zéro Cédric Villani
je vais en profiter pour parler d'un métier où les mains et la tête sont importants et qui sera fondamental pour le monde de demain c'est le métier d'agriculteur et c'est un si vous avez l'occasion d'aller au salon d'agriculture aller faire un tour au stand de la ferme digitale où on parle d'innovation et de numérique en lien avec des métiers agricoles et il est clair que dans le monde à venir si on veut faire la transition agroécologique nous aurons besoin de beaucoup beaucoup plus d'agriculteurs que maintenant et que ces métiers c'est un sujet où l'intelligence artificielle sera associée à des choses qui sont des pratiques je veux dire sortir des pesticides je veux dire mais concrètement
quels sont les apports pour l'agriculture Cédric Villani
par exemple de l'aide à diagnostic par exemple je prends juste un exemple sur les soixantaines de jeunes pousses qui étaient présentes au salon à la ferme digitale telle que j'ai pu visiter avant-hier qui s'appelle Mycophito et qui s'occupe d'utiliser des champignons pour travailler sur la performance des plantes pour qu'elles demandent moins d'eau pour qu'elles soient plus résistantes à telle ou telle maladie et ainsi de suite c'est de l'agroécologie avec des méthodes de biologie et pas des intrants chimiques et avec une aide algorithmique pour à partir d'images satellitaires pour à partir de données statistiques avoir une idée deviner en fonction du type de sol quels sont les organismes qui peuvent être présents et éviter la multiplication des prélèvements et des analyses en laboratoire ici comme dans beaucoup de sujets l'IA n'est pas la révolution mais quelque chose qui va aider le métier qui est mis à l'honneur et dans lequel le savoir-faire technique reste majeur
on a beaucoup de questions toujours autour de la consommation énergétique liée à tous ces outils Clara qui nous dit vous avez beaucoup parlé d'éthique quels sont les enjeux liés à la frugalité à l'éco-conception de l'IA souvent gourmande en ressources est-ce que ce sont des questions que vous vous posez Cécile Badoil ?
Alors c'est vrai que ce sont des questions que nous nous posons et il faut je pense aborder le soin dans sa globalité c'est-à-dire la mobilité des personnes de regarder comment l'IA pourra apporter éventuellement des informations directement sans faire déplacer le patient parce que un déplacement coûte aussi sur le plan énergétique et puis il y a beaucoup beaucoup beaucoup de choses qui sont autour de nos actions à l'hôpital et bien évidemment la question de l'IA est une question centrale
Merci d'être venu en parler ce matin sur France Inter de répondre aux questions qui sont très nombreuses de nos auditeurs Merci à vous Cédric Villani Isabelle Rille Cécile Badoil Excellente journée
Merci