Aurore Bergé : "Les syndicats sont plus responsables que leurs représentants à l'Assemblée nationale"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien la députée Renaissance des Yvelines, présidente du groupe Renaissance à l'Assemblée Nationale. Vos questions, amis auditeurs, réactions également au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Bonjour Aurore Berger. Bonjour. Et bienvenue sur Inter, une cinquième journée de mobilisation aujourd'hui avant celle du 7 mars. C'est un revers à l'Assemblée Nationale mardi soir sur l'index senior qui a été rejeté et toujours cette très large majorité de Français qui disent non à votre réforme des retraites dans les sondages. Aurore Berger, comment en êtes-vous arrivée là ?
Je crois qu'il faut être lucide sur le fait qu'à partir du moment où on présente une réforme des retraites, c'est une réforme qui demande des efforts à des millions de Français. Et donc c'est une réforme qui est difficile, difficile à accepter, difficile aussi à faire aboutir. Et on le voit bien, d'autant plus dans un climat qui est un climat où finalement l'Assemblée Nationale est devenue plus violente que la rue. On a le sentiment que ça se tient moins bien à l'Assemblée, que ça se tient dans les manifs, ce qui est un contraste qui interroge sur le fonctionnement de notre vie démocratique.
Et puis après, c'est notre responsabilité, encore une fois, de continuer à porter cette réforme parce qu'on est persuadé qu'elle est la seule qui permette demain de financer ce qui est en déficit. Il s'est passé quelque chose d'assez incroyable hier à l'Assemblée Nationale. Enfin, la NUPES, par la voix de Jérôme Gage, a reconnu au micro à l'Assemblée Nationale que oui, nous étions en déficit. Alors que ça fait des semaines que Jean-Luc Mélenchon dit l'inverse, mais les chiffres, eux, sont très clairs sur ce fait-là. Et après, la question, c'est de savoir comment on les finance. Nous, on considère qu'on doit les financer par plus de travail.
Alors, on va revenir sur la réforme et on va revenir sur ce qui se passe au Parlement puisqu'il reste 48 heures, là, avant la fin de l'examen de ce texte à l'Assemblée Nationale, avant qu'il parte ensuite au Sénat. Mais un mot encore sur la rue. Comme vous dites, les syndicats vont manifester non pas à Paris, mais symboliquement à Albi pour montrer que cette mobilisation est d'abord celle des petites et des moyennes agglomérations. La France des préfectures et des sous-préfectures, comme dit Jérôme Fourquet, c'est la France qui se lève tôt, qui a commencé à travailler tôt, qui n'a pas forcément fait de longues études et qui est la plus remontée, la plus mobilisée.
Qu'est-ce que vous pensez de ce symbole d'aller à Albi et qu'est-ce que vous dites à cette France-là ? Qui est celle qui ne veut absolument pas de votre réforme ?
Je ne sais pas si la France qui manifeste et que vous décrivez justement...
Jérôme Fourquet.
Oui, non, mais je vois bien à la fois ses écrits et je les lis, évidemment. Je crois que ce n'est pas uniquement sur la question de la réforme des retraites. Je pense que la réforme des retraites, elle interroge évidemment plus globalement notre relation au travail. On n'a évidemment pas la même réponse sur la réforme des retraites en fonction de la manière avec laquelle on travaille ou pas, la manière avec laquelle on a accès à un travail et à un travail dans lequel on s'épanouit ou pas. Ça interroge aussi d'autres sujets. Ça interroge la question de l'accès aux soins. On voit bien que dans les mots d'ordre des manifestations, il n'y a pas uniquement la question des retraites.
Il y a tout ce qui concerne finalement comment on réarme... C'est surtout les retraites au Roberge. Oui, mais il y a aussi comment on va se mentir.
Ça fait un mois et demi qu'il y a des millions de gens dans la rue, c'est sur les retraites qu'ils sont descendus. Non, mais je sais bien que le fait générateur... Il y a beaucoup de colère sinon générale.
Le fait générateur, oui, évidemment, c'est les retraites parce que le fait générateur, c'est de dire, oui, on a besoin que ceux qui le peuvent travaillent plus longtemps. C'est vrai, c'est un fait, c'est indiscutable. Je pense malgré tout que s'il y a ces mobilisations, notamment dans les villes que vous décrivez, c'est parce que ça va au-delà de la question des retraites et que ça doit, nous, continuer à nous réinterroger sur ce qu'on doit faire, notamment sur d'autres sujets. C'est aussi pour ça qu'on rouvre des sous-préfectures. C'est aussi pour ça qu'on avance sur la question de l'accès aux soins.
C'est aussi pour ça qu'on renforce les services publics parce que je crois que cette France-là que vous décrivez et qui considère qu'elle est mise parfois de côté sur un certain nombre de réformes, eh bien, c'est celle-là d'abord qu'on doit entendre.
Les syndicats appellent dans leur totalité à mettre la France à l'arrêt le 7 mars prochain. Est-ce que vous craignez que le mouvement se durcisse ?
Je ne l'espère pas et je ne crois pas d'ailleurs que ce soit le mot d'ordre des syndicats. Ça dépend de ce que vous entendez par durcir. Est-ce que durcir veut dire la question des blocages ? Est-ce que durcir voudrait dire des mobilisations qui pourraient dégénérer ? Ce qu'on voit depuis le début, c'est des syndicats qui finalement sont plus responsables que ceux qui sont supposés les représenter à l'Assemblée nationale. Ceux qui à l'Assemblée nationale s'opposent à la réforme sont ceux qui ont eu les comportements les plus insupportables en vérité depuis le début de la mobilisation et de la contestation. Ça n'est pas des syndicats que c'est venu.
Et dans ce que disent les syndicats, il y a d'abord un fait assez clair qu'ils attendent des parlementaires, que les parlementaires puissent voter et qu'à un moment en transparence, chacun des 577 députés que nous sommes se prononce sur la réforme. Il y a des fois de pouvoir se prononcer sur l'ensemble, se prononce sur de facto ce qui est le cœur de la réforme, c'est-à-dire l'allongement de l'âge départ.
Est-ce que vous pensez que vous arriverez à l'article 7 ? La NUP a décidé donc hier soir de retirer 90% de ses amendements jusqu'à l'article 7 pour pouvoir examiner ce fameux article qui est le cœur de la réforme, qui est les 64 ans. Est-ce que vous pensez que d'ici demain soir, vous y arriverez ?
Moi je l'espère, mais il reste 4000 amendements avant l'article 7, dont la quasi-totalité sont des amendements qui ont été déposés par LFI. Donc s'ils veulent, encore une fois, les choses elles sont claires et limpides, est-ce que oui ou non, ils souhaitent que nous votions sur l'article 7 ? Ils vous répondent à la même chose, ils vous disent que c'est vous qui jouez le temps, mais il suffit en une fraction de seconde qu'ils enlèvent tous leurs amendements, et ça veut dire que là, dès qu'on rentre à l'Assemblée nationale ce matin, on peut immédiatement voter sur l'article 7. Si c'était le cas, tiens, si c'était le cas,
si vous entrez, si tous les amendements étaient élevés, et que vous arrivez là dans deux heures, et que l'article 7 est voté, est-ce que vous êtes sûr de ne pas être mise en minorité ? Est-ce que vous êtes sûr que vous aurez les voix ?
Je crois que nous aurons les voix, parce que je crois qu'il y a une majorité à l'Assemblée nationale qui s'est exprimée publiquement, non seulement évidemment la majorité, les trois groupes de la majorité présidentielle, mais aussi chez les LR, mais aussi chez des députés liottes, on va dire indépendants, qui disent qu'à un moment, on n'a pas d'autre choix que d'assumer cette réforme des retraites. Et encore une fois, moi je souhaite qu'on ait un vote, parce qu'au-delà de est-ce que le vote est gagné et perdu, c'est un vote qui permet de clarifier les positions de chacun. Et là, il y a une forme d'ambiguïté qui continuerait à planer si on n'a pas la capacité à voter sur cet article 7.
Berger, le quotidien Le Monde rapporte qu'à l'annonce du résultat du scrutin sur l'index senior, vous avez demandé de recompter les voix. Sur l'article 2. Oui, tellement vous étiez halluciné d'être en minorité. Non, parce qu'on savait... C'est vrai ou c'est pas vrai ?
C'est pas vrai, puis ça se passe pas comme ça, il n'y a pas de recomptage qui existe à l'Assemblée nationale, sauf si jamais il y avait vraiment eu une difficulté, ça arrivait une fois sur un scrutin où le vote électronique n'a pas fonctionné, donc non. Et d'autant plus qu'on savait que les Républicains ne voteraient pas l'index senior. Ce qui est plus étonnant en vérité, c'est pas tant la position des LR sur l'index senior qui met plus de contraintes sur les entreprises, c'est que la gauche, par une volonté d'obstruction systématique, en vient à voter contre l'outil qu'on mettait en place à la demande des partenaires sociaux et de la CFDT notamment, pour créer de la contrainte.
Hier soir, ça a été le même cas à l'Assemblée nationale, je fais voter un amendement pour dire qu'on ne pouvait pas continuer à avoir des entreprises qui finalement étaient encouragées à faire des ruptures conventionnelles, plutôt qu'à garder leurs salariés jusqu'à l'âge de départ à la retraite. Qui vote contre ? LFI vote contre. C'est-à-dire que LFI, l'amendement a été adopté à une large majorité, mais la gauche se dit non, après tout, c'est pas grave, il vaut mieux continuer à avoir des gens qui partent en rupture conventionnelle à 55, à 57 ans, plutôt que de favoriser le fait que les entreprises...
Vous voyez bien que votre majorité est ultra fragile, vous voyez bien que LR, tous les jours, demande un peu plus, et vous voyez bien que sur l'article 2, vous avez été mise en minorité. Est-ce que vous êtes sûrs ce matin ? Vous voyez bien aussi qu'il y a deux, alors vous diriez qu'il n'y en a que deux, mais il y a deux députés horizon qui n'ont pas voté cet article 2. Est-ce que ces deux députés horizon voteront ou pas l'article 7 ?
Encore une fois, c'est le cœur de la réforme. Donc, celles et ceux qui auront à se prononcer sur l'article 7, en vérité, se prononcent sur la réforme en elle-même. Voter l'article 7 revient à voter la réforme. Moi, j'aurais aimé qu'on puisse aller sur d'autres sujets, parce qu'après l'article 7, on a des points qui sont importants, j'imagine qu'on va en reparler, notamment sur la retraite minimale, sur la question de la biodiversité des seniors. Mais, de facto, l'article 7 est le cœur de ce qu'on porte sur cette réforme, c'est le fait générateur de la réforme. Donc, celles et ceux qui se positionnent sur l'article 7 se positionnent sur la réforme.
Et c'est un peu pareil avec la motion de censure qui a été déposée par leur Assemblée nationale. C'est ce que j'allais vous dire.
Marine Le Pen, elle a une manière encore plus claire de faire les choses, si j'ose dire, c'est qu'elle dépose une motion de censure pour dire, maintenant, tout le monde doit sortir de ses ambiguïtés et décider si, pour ou contre, ils sont pour ou contre cette réforme.
Vous savez, une motion de censure ne vote que ceux qui souhaitent la voter. On n'a pas à s'y opposer. Donc, nous, c'est assez clair qu'évidemment, nous ne souhaitons pas censurer le gouvernement et que nous soutenons la réforme des retraites. Donc, la question se pose pour les LR, c'est ça ? Mais elle se pose surtout pour la NUPES. Est-ce que, oui ou non, ils sont favorables à cette réforme ou ils sont contre la réforme ? S'ils sont contre la réforme, la clarté, c'est de voter la motion de censure. C'est ça, en fait, qui se pose à eux.
Sauf qu'ils se sont embrigadés dans une espèce de stratégie jusqu'au boutiste d'obstruction systématique à laquelle les syndicats eux-mêmes leur demandent de renoncer. À laquelle leurs partenaires leur demandent de renoncer. Donc, à un moment...
Les syndicats, ils vous demandent surtout de renoncer à votre réforme. C'est ce que j'allais vous dire.
Mais, à défaut de renoncer à la réforme, ils demandent au moins qu'il y ait une clarté démocratique et que nous puissions voter. Si, d'ici demain minuit, nous ne votons pas, c'est parce qu'à un moment, LFI aura fait le choix qu'on ne vote pas parce qu'ils ont peur du vote.
Sur les Républicains, votre ancienne famille politique à qui vous avez tout de même accordé une série de concessions depuis un mois, des concessions coûteuses qui atteignent 3 milliards d'euros par an, diriez-vous tout simplement qu'ils abusent ? Que ceux qui réservent encore leur vote abusent encore et toujours ? Comme Aurélien Pradié, pour en citer un.
Je crois qu'il y a plusieurs catégories, on va dire, au sein des Républicains. Il y a ceux qui sont très clairs, qui sont très clairs et qui sont cohérents et qui disent, écoutez, on a porté nous-mêmes une réforme qui devait aller jusqu'à 65 ans. Donc, si demain, on n'est pas capable de voter une réforme à 64 ans, on perd complètement notre boussole.
Là, il y en a 35. Vous avez 35 députés qui sont assez clairs et qui voteront votre réforme.
Et ceux qui sont les patrons, quand même, des groupes politiques, que ce soit Gérard Larcher, que ce soit Bruno Retailleau, que ce soit Éric Ciotti, que ce soit Olivier Marlac. Mais il en reste presque 30 qui hésitent. Il y a ceux qui hésitent peut-être sincèrement et qui attendent de voir, à un moment, les bouger et les évolutions. Et les évolutions, elles ont existé. Vous l'avez rappelé, on a demandé que soit la majorité ou les Républicains. La retraite minimale, qu'elle concerne aussi les retraités actuels, c'est quelque chose sur lequel le gouvernement a bougé. Et puis, la question des carrières longues, là aussi, il y a eu des évolutions.
Et puis, il y a ceux, on va se dire les choses, ou à mon avis, quoi qu'il arrive, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, quoi que concède potentiellement la première mise, qui sont dans une volonté claire et nette de ne pas voter la réforme. Ça, c'est Aurélien Pradier. Et qui trouveront tous les prétextes pour ne pas la voter.
Ça, c'est Aurélien Pradier.
Xavier Bertrand ne vote pas, l'Assemblée nationale.
Oui, non, non, mais je sais, mais il nous a dit clairement, certes, il n'est pas député, mais il nous a dit clairement, il a quand même encore un peu d'influence, si j'ose dire, en tout cas une voix en tant que président de région des Hauts-de-France. Il nous a dit tout à l'heure que si vous ne changez pas sur les 43 ans pour tout le monde, en dessous de 21 ans, pour tout le monde, que vous ayez 14, 16, 18, 20, 21 ans, eh bien, il ne la voterait pas.
Mais ce qu'on a fait sur les carrières longues, c'est quand même important de le rappeler. Aujourd'hui, quelle est la situation actuelle ? Aujourd'hui, ceux qui ont commencé le plus tôt à travailler, à 14, à 15 ans, doivent travailler 45 années. Ça, c'est le système actuel alors que l'âge légal est à 62 ans. Dans la réforme, ils auront à moins travailler par rapport à la situation actuelle. Donc, on a mis des choses très claires. Ceux qui ont commencé à travailler tôt doivent pouvoir partir plus tôt. Et il y a deux conditions comme pour tous les Français.
Il y a une première condition qui est l'âge légal de départ à la retraite, qui est donc un âge légal anticipé pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, 58, 60, 62 ans, 63 ans. Et il y a une condition de durée de cotisation. Il faut avoir rempli, en effet, ces deux conditions.
Aurore Berger, vous parlez, on a été très clair. Alors, pardon, mais le Parisien, ce matin, les Echos lundi, ont publié un tableau que j'invite les auditeurs à consulter. Où, voilà, en fonction de votre âge, de l'âge où vous rentrez sur le marché du travail, eh bien, c'est... Hier, on avait un auditeur qui a dit à Olivier Dussopt, c'est imbitable. J'ai envie de vous dire, c'est très difficilement compréhensible. Votre tableau, c'est vraiment...
Des gagnants et toujours des perdants, dit le Parisien ce matin.
On a un système qui repose sur deux principes. Un principe d'âge légal à partir duquel vous avez le droit d'ouvrir vos droits à la retraite, à partir duquel vous avez le droit de partir à la retraite. Pour 6 Français sur 10, demain, si la réforme est votée, ce sera 64 ans. Ça veut dire que pour 4 Français sur 10, ce sera avant 64 ans, notamment ceux qui ont commencé à travailler tout. Et on a en plus une durée de cotisation qui est à minima, parce que c'est un plancher et pas un plafond, à minima, de 43 années. Ce qu'on a fait, c'est qu'on a amélioré dans la réforme, c'est ce que dit le tableau du Parisien, la situation de ceux qui ont commencé le plus tôt, avant 16 ans.
Ils devaient travailler 45 ans, ils travailleront moins si vous regardez le système actuel versus la réforme. Pour ceux qui ont commencé avant 16 ans, c'est flagrant et c'est normal. Et puis après, en effet, il y a cette double condition et l'âge légal anticipé, aucun d'entre eux n'aura à aller jusqu'à 64 ans et une durée de cotisation. Mais l'âge légal anticipé, ce n'est pas rien de se dire que là où les Français devraient normalement aller jusqu'à 64 ans, on devra aller maximum
jusqu'à 63. pour ceux qui ont commencé
avant 21 ans.
Je lis le tableau avec votre réforme à vous. Si j'ai commencé à travailler à 14 ans, c'est 44 ans. Si j'ai commencé à travailler à 15 ans, c'est 43 ans. Si j'ai commencé à 16 ans, c'est 44 ans. Si j'ai commencé à 17 ans, c'est 43 ans. Si j'ai commencé à 18 ans, c'est 44 ans. Mais c'est au petit bonheur la chance. En fait, la question que vous posent même des gens de votre majorité, c'est pourquoi vous ne faites pas 43 ans pour tout le monde en dessous de 21 ans ? Est-ce que ce ne serait
pas plus clair ? Et que ce soit plus simple à comprendre, j'en doute pas. Mais la question, elle n'est pas juste là. Elle est la question de l'efficacité à un moment de cette réforme parce que le principe même d'une réforme des retraites, c'est quoi ? C'est en effet de dire qu'il faut qu'on puisse pour toutes celles et ceux qui ont en capacité travailler plus longtemps pour financer ce modèle social, pour financer un régime par répartition ou alors on change de régime. Si on commence à faire financer nos retraites par autre chose que le travail, par le capital, par l'impôt, alors ça n'est plus un régime par répartition où ce sont ceux qui travaillent qui financent les retraités actuels.
Donc nous, c'est ce qu'on dit. Je ne dis pas que c'est simple à entendre pour celles et ceux qui sont concernés, mais je dis vraiment que l'âge légal anticipé, c'est quand même une mesure de protection parce qu'aucun de ceux qui ont commencé à travailler tôt n'aura travaillé jusqu'à 64 ans.
Un mot avant de passer au standard d'Inter. Convenez tout de même que ça peut sembler étonnant de voir que vous n'avez rien cédé devant des millions de manifestants, rien cédé aux syndicats, mais cédé à toutes les demandes d'un groupe de 61 députés LR pour avoir leur voix à l'Assemblée nationale. Ça fait cher un député de droite, non ? Et puis tout simplement, qu'est-ce que ça dit de la politique ?
Mais ce n'est pas exactement comme ça que ça s'est passé. Ou alors vous nous dites que les concertations n'ont servi absolument à rien et ce n'est pas le cas. C'est ce que disent les syndicats. Vous savez très bien que quand la réforme initialement a été présentée, c'était 65 ans. C'était 65 ans. Est-ce que c'est 65 ans aujourd'hui le débat à l'Assemblée nationale ? Non, elle a été présentée à 64 ans.
Emmanuel Macron a parlé de 65 ans pendant la campagne. Le 10 janvier, Elisabeth Borne présente sa réforme
officiellement et c'est 64. À l'issue des négociations avec les partenaires sociaux. À l'issue de moins de négociations avec les partenaires sociaux. Quand on a présenté la réforme aux Français dans la présidentielle et aux législatives, c'était 65 ans. Parce qu'on a été aussi à l'écoute des partenaires sociaux, on a fait le choix de ne pas rentrer dans le débat parlementaire à 65 ans, mais bien à 64 ans. Je crois que ce n'est pas une mince affaire pour les Français de se dire que c'est 64 et pas 65 ans. Sur les questions de pénibilité, on a écouté les syndicats.
Sur l'index senior où j'espère qu'à un moment le Sénat lui sera plus responsable justement que ce qui s'est passé avec la gauche à l'Assemblée nationale, c'était une demande de la CFDT et des syndicats. Donc on ne peut pas dire que rien n'a été fait parce qu'on a écouté aussi en amont. Ou alors dans ces cas-là, on ne fait plus de concertation avec les partenaires sociaux en amont, on ne fait que les partenaires et on voit ce qui se passe. Moi je crois que c'était utile parce qu'elles ont permis d'avancer sur l'âge légal, sur les carrières longues, sur la pénibilité, sur l'emploi des seniors, sur la question des femmes, sur la retraite minimale à 85%.
Aujourd'hui les syndicats vous répondent on va durcir le mouvement à partir du 7 mars et on va mettre le pays à l'arrêt.
Parce que les syndicats et vous le savez ne disent qu'une seule chose c'est qu'ils ne veulent pas du relèvement de l'âge légal. Donc peu importe en vérité finalement qu'on ait accepté d'aller à 64 ans et non pas 65, c'est leur seule condition. Or si nous ne faisons pas le relèvement de l'âge légal alors nous ne savons plus financer notre système de retraite par répartition ou alors encore une fois on sort de ce système actuel et on finance nos retraites par du capital ou par de l'impôt mais ce n'est plus le même système de solidarité.
Allez on passe au standard d'Inter où nous attend Olivier que je salue. Bonjour, vous nous appelez d'Orléans.
Bonjour.
Vous êtes chef d'entreprise.
Exactement. Alors un peu au nord je suis en bosse au milieu de nulle part. Alors moi j'ai une double question sous forme de remarque. La première, je vois dans mon usine des opérateurs extrêmement remontés contre la réforme des retraites et la raison elle est simple c'est que les régimes spéciaux ne sont pas considérés donc on leur demande de partir de plus en plus tard. C'est des gens qui ont bossé toute leur vie, qui sont fatigués pour certains et ils voient à côté des gens partir à 50, 55 ans en pleine forme. En pleine forme il faut dire les choses telles quelles sont.
Et je pense qu'il faudrait aborder quelque chose de très simple au travers des statistiques c'est quelle est l'espérance de vie en pleine forme. C'est ça qui doit être le curseur mais qui doit être le curseur pour tout le monde. Pour tout le monde. Ceci doit s'appliquer à tous et pas que à ceux qui peut-être se font moins entendre dans la haute.
Et vous aviez une deuxième remarque donc.
Ouais, deuxième remarque pardon, c'est sur l'emploi des seniors. Le droit du travail est extrêmement bien fait parce qu'il protège les salariés qui ont des soucis de santé. Et c'est fondamental il faut absolument le garder. Je vais juste vous donner un petit exemple très concret. Moi j'ai embauché une personne qui avait travaillé déjà une trentaine d'années au tri de pommes de terre dans une entreprise à côté. Elle s'est abîmée les mains à faire cela. Elle est venue travailler chez moi deux ans. Et pendant ces deux ans elle a été en absence maladie très régulièrement et au bout du compte je me trouve engagé en responsabilité sur ses soucis de santé. C'est l'application stricte de la loi.
C'est normal qu'elle est demandée à faire reconnaître son droit de maladie professionnelle. Mais c'est moi dernier employeur qui doit l'assumer. Cette règle-là fait que il ne faut pas embaucher des gens qui ont des risques d'être en mauvaise santé. Donc il ne faut pas embaucher des personnes âgées.
Merci Olivier pour cette question qui nous fait rentrer dans une usine celle que vous dirigez. Aurore Berger vous répond.
Oui bonjour et de réponse. Sur la question des régimes spéciaux ça a été abordé au tout début de l'examen du projet de loi et ça a été adopté. Donc on a bien acté par l'article 1er de ce projet de loi la fin et l'extinction de tous les régimes spéciaux et je pense que c'est en effet important parce que ça constituait une inéquité assez manifeste et qui n'était plus du tout comprise évidemment par les français puisqu'en pratiquant le même métier en fonction du régime qu'on avait on n'avait pas le même âge de départ à la retraite. Donc ça je crois que c'est une mesure essentielle de justice.
Ensuite sur la question de l'emploi des seniors moi je crois beaucoup à une mesure qui a été peu commentée finalement qui est la retraite progressive. La retraite progressive ça veut dire que vous pouvez commencer à prendre vos droits à la retraite tout en travaillant à temps partiel.
Ça permet à des personnes qui ont notamment été abîmées par un certain nombre de métiers et bien de continuer à avoir une activité professionnelle à la fois parce qu'elles le souhaitent en termes de dignité mais aussi parce qu'elles en ont besoin en termes de salaire tout en ayant déjà des droits à la retraite et quand vous avez eu des métiers pénibles que vous continuez à en avoir c'est pas la même chose si vous continuez à travailler 35 heures ou si vous en travaillez 20 parce qu'en parallèle vous avez vos droits à la retraite je pense qu'il faudra évidemment qu'on aille plus loin sur ces questions.
Sur l'application de France Inter Jean-Pierre vous pose la question suivante êtes-vous conscient qu'en agissant comme vous le faites vous propulsez le rassemblement national en tête pour les élections à venir pour ma part le front républicain au deuxième tour est mort j'ajoute les propos du politologue Brice Tinturier qui disait au Monde hier que laisser penser que le gouvernement a raison contre le peuple est une fabrique du populisme je vous livre à la fois la question et l'analyse de Brice Tinturier
Mais je partage ces mots je pense que ce serait d'une arrogance inouïe de venir sur un plateau pour dire que parce que nous portons une réforme ça veut dire que nous avons raison contre ce qui manifeste la question elle n'est pas là la question c'est est-ce qu'on est légitime ou non à porter cette réforme et est-ce qu'on considère que cette réforme elle est nécessaire et juste et ça dans ces cas-là c'est notre responsabilité de le faire vous pensez qu'elle est juste moi je pense que c'est juste de sauver un système encore une fois par répartition et de faire en sorte qu'on ne le fasse pas payer à d'autres et votre réforme
elle est juste malgré tout ce qui s'est passé tout ce qu'on dit des gens je crois que c'est juste vous continuez à dire qu'elle est juste
je crois que c'est juste de supprimer des régimes spéciaux que plus personne ne comprenait je crois que c'est juste de mettre en place un fonds de 1 milliard d'euros de prévention pour ceux qui ont des métiers pénibles je crois que c'est juste que ceux qui commencent plutôt partent évidemment plutôt à la retraite et je crois que ce qui fait le lit du rassemblement national et de l'extrême droite aujourd'hui c'est l'attitude absolument invraisemblable qu'on a à l'Assemblée nationale ou encore une fois je le dis on a des partis politiques à l'Assemblée nationale qui sont indignes par rapport à ceux qui manifestent et qui eux le font la dignité et le calme
Brigitte sur la plaie d'Inter en tant que femme vous n'êtes pas gênée de l'injustice de cette réforme pour les femmes ?
Non je ne suis pas gênée parce que je considère que notre combat d'abord ça doit être un combat pour l'égalité salariale tout au long de la carrière ça doit être un combat pour la mobilité professionnelle et dans nos générations Léa Salamé je crois qu'on a eu la démonstration et tant mieux quand même qu'on avait le droit d'avoir des enfants ce qui n'est en effet pas le cas de générations qui nous ont précédées et pour ces générations-là on a justement le bénéfice qu'on maintient pour celles qui ont eu des enfants c'est-à-dire qu'elles ont des trimestres supplémentaires parce qu'elles ont eu des enfants et parce qu'en effet dans les années 70 dans les années 80 qui sont évidemment pris en compte il y a 4 trimestres pour la maternité 4 trimestres au titre de l'éducation je pense que c'est important mais on peut quand même considérer que la situation n'est pas la même pour les femmes qui ont bossé dans les années 80 et qui ont eu des enfants à ce moment-là et celles qui les ont aujourd'hui et heureusement parce que ça veut dire que l'égalité salariale a progressé dans notre pays
Qu'est-ce que vous pensez des politiques des amendements des LR ou du RN qui veulent pousser la politique nataliste la baisse de la CSG pour les femmes qui ont fait plus de 2 enfants ça s'était débattu hier ça a énervé certains dans votre groupe quel est votre avis vous ?
Deux choses je pense qu'on ne fait pas plus ou moins d'enfants en fonction du taux de CSG je pense que ce n'est pas là je pense qu'il y a des freins qui peuvent exister dans notre société des freins sur la garde d'enfants des freins sur la carrière et la vie professionnelle un accompagnement social qui doit exister mais vous ne faites pas plus ou moins d'enfants en fonction des impôts que vous payez de la CSG que vous payez et puis c'est en vérité un débat qui est je trouve assez culpabilisant pour les femmes qui est de dire si vous voulez sauver le système de retraite faites des enfants et après tout on nous ramène quand même à ce rôle-là c'est ce qu'on a exprimé assez nettement je crois hier en rejetant ces amendements je crois que la question de notre système par répartition qui doit être sauvé n'est pas uniquement la question du fait que les femmes devraient ou non faire plus ou moins d'enfants
Elliot sur l'application France Inter Madame vous n'avez toujours pas compris le rejet massif de votre réforme je vous livre cette phrase il n'y a même pas de point d'interrogation c'est un constat
je l'entends je ne peux pas lui dire autre chose je peux comprendre qu'évidemment c'est ceux qui nous écoutent et qui sont opposés à la réforme n'attendent qu'une chose c'est que je vienne ce matin à votre micro en disant on va retirer cette réforme mais je ne peux pas avoir défendu le gouvernement le président de la république on ne peut pas avoir défendu pendant des semaines pendant des mois pendant une campagne présidentielle la nécessité absolue de la réforme et puis vous dire en un claquement de doigts écoutez finalement cette réforme elle n'est pas si importante renonçons-y on serait totalement irresponsable et vous nous diriez vous me diriez ce matin dans ces cas-là ça veut dire que vous avez menti parce que si vous êtes prêts à y renoncer en un claquement de doigts ça veut dire que cette réforme elle n'était pas si importante elle est importante
Hier Olivier Dussopt à la fin de l'interview je ne sais pas si vous l'avez écouté il a confié qu'il avait la nostalgie de la première réforme que vous avez présentée que celle-ci et qu'il aurait peut-être aimé défendre celle-là plutôt que celle que vous défendez aujourd'hui Olivier Dussopt l'homme qui porte
la réforme et qui nous dit à la fin oui j'ai la nostalgie de l'ancienne réforme j'ai trouvé ça assez étonnant
ce qui est assez cocasse c'est qu'aujourd'hui on a l'impression que si on portait la réforme universelle et bien tout le monde la voterait c'était pas franchement le cas en 2019 où quand même toutes les oppositions je me demande si vous la remettez
sur la table je me demande si vous ne la ferez pas et vous savez quoi
il y a eu un test on a fait voter un amendement dans notre groupe qui disait que nous souhaitions continuer à réfléchir sur la réforme universelle toutes les oppositions ont voté contre l'amendement est passé grâce à la majorité mais toutes les oppositions vous avez la nostalgie vous aussi ou non ? moi j'ai pas de nostalgie je pense qu'il faut continuer à regarder de l'avant
merci Aurore Berger d'avoir été à notre micro
Aurore Bergé