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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 19 janvier 2022 27 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsImmigration & asileÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Présidentielle : "Les socialistes ne se sont pas préparés comme ils auraient dû le faire"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 35 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 75 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteÉludée

    Est-ce que c'est un retraité de la politique ou un homme d'expérience qui attend qu'on le rappelle pour 2022 ?

  • 1:07OuverteÉludée

    Vous n'avez pas des fourmis dans les jambes aujourd'hui comme d'autres ?

  • 1:28OuverteRéponse directe

    Certains se le disent, hein ?

  • 1:49OuverteRéponse directe

    Vous n'y avez pas pensé à un moment, juste avant la candidature d'Anne Hidalgo ?

  • 2:05FerméeRéponse directe

    A aucun moment vous n'avez songé à une candidature ?

  • 3:27OuverteRéponse directe

    Vous l'avez considéré ou ils vous l'ont dit clairement ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:17Invité politiqueFait
    « j'ai pensé, c'était dans le cours de l'année 2019, sentant que les choses étaient quand même très difficiles et compliquées, que je pourrais mettre cette expérience au service de mon parti dans la perspective des échéances se présentant à lui. »
  • 3:21Invité politiqueFait
    « les socialistes pensaient que la ligne que je proposais n'était pas la leur »
  • 3:39Invité politiqueFait
    « le sérieux, la responsabilité, la République en partage, et l'écologie réaliste ne sont pas les orientations autour desquelles la gauche a décidé de faire campagne, me semble-t-il. »
  • 4:23Invité politiqueFait
    « lorsque je lis dans les propositions des socialistes, et parfois dans certains propos de tribunes, de campagnes, qu'on pourrait sortir du nucléaire immédiatement, et qu'on pourrait se tourner vers 100% d'énergie renouvelable »
  • 5:40Invité politiqueFait
    « les socialistes ne se sont pas préparés comme ils auraient dû le faire à cette échéance, que pendant cinq ans, le travail sur le fonds qui devait être fait de réorganisation, de projection d'un projet, de mise en évidence de talent, n'a pas été fait. »
  • 6:46Invité politiqueChiffre
    « c'est quand même pas la même chose de supprimer 80 000 emplois dans l'éducation nationale et d'en créer 60 000, de mettre en place le dispositif plus de maîtres que de classes »
  • 6:55Invité politiqueChiffre
    « de créer 13 000 emplois dans la police et d'en supprimer 13 000 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. »
  • 9:23Invité politiqueFait
    « J'ignore encore aujourd'hui qui a soufflé cette idée à François Hollande. Nous sommes tombés dans un piège que nous nous sommes tendus nous-mêmes. »
  • 10:09Invité politiqueFait
    « Moi-même, je n'étais pas contre le principe de la déchéance de la nationalité. J'en avais fait lorsque j'étais ministre de l'Intérieur à l'égard d'individus qui avaient proféré des menaces à l'encontre de notre pays. »
  • 10:18Invité politiqueFait
    « ce qui me choquait, c'était le principe de sa constitutionnalisation avec les débats de fond que cela engendrait et qui demeurerait dans l'esprit et dans le cœur de beaucoup de républicains comme une blessure. »
  • 20:29Invité politiqueChiffre
    « On a créé 570 centres d'accueil et d'orientation partout en France pour pouvoir mettre à l'abri ceux qui relevaient de l'asile en France. »
  • 20:44Invité politiqueChiffre
    « on a multiplié par deux le nombre de places en centres d'accueil pour demandeurs d'asile par deux. »
  • 21:33Invité politiqueFait
    « on offrait une prime roumain aux bulgares qui étaient membres de l'Union Européenne au moment de Noël qui rentrait chez eux et qui revenaient on comptabilisait tout ça dans les reconduites à la frontière. »
  • 24:35Invité politiqueFait
    « je pense notamment aux décisions qu'il a prises au moment de la crise sanitaire sur le plan économique pour permettre aux entreprises de faire face à une situation difficile et inédite »
  • 25:39Invité politiqueFait
    « l'ISF, l'IFI, la flat tax qui renforce considérablement les inégalités et donne le sentiment à tous les français de l'injustice »

Temps de parole

  • Didier Cazeneuve76 %
  • Présentateur8 %
  • Invité8 %
  • Invité 26 %

4,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Bonjour Bernard Cazeneuve, vous publiez aujourd'hui chez Stock le sens de notre nation, récite votre passage au ministère de l'Intérieur, puis à Matignon, sous le quinquennat de François Hollande, vous y racontez les coulisses du pouvoir, la difficulté à gérer le pays, l'importance également de chaque décision prise au sommet de l'État, on va en parler avec vous ce matin, d'abord un mot qui est là, qui est devant nous ce matin, est-ce que c'est un retraité de la politique ou est-ce que c'est un homme d'expérience qui attend qu'on le rappelle pour 2022 ?

0:28
Didier Cazeneuve

Non, rien de tout ça, je suis un citoyen engagé, j'exerçais des responsabilités publiques que vous venez de rappeler, dans un contexte particulièrement difficile, qui nous a conduit à affronter des crises, une crise économique et financière au sein de la zone euro, j'étais ministre des Affaires européennes et ministre du budget à ce moment-là, puis une crise migratoire, une crise terroriste, et bien entendu dans ce contexte de tensions particuliers que nous avons eu à affronter, j'ai été amené à prendre des décisions, à participer à un processus interministériel, et parfois avec le président de la République et le Premier ministre, à affronter des événements qui avaient une dimension de tragédie.

Vous n'avez pas des fourmis dans les jambes aujourd'hui comme d'autres ? Et il compte pour moi, et donc je viens devant vous, à travers ce livre, avec une expérience et puis un regard porté sur l'actualité. Sans fourmis dans les jambes ? Ah non, aucune, non. Aucune ? Aucune envie d'y retourner ? Non mais, on ne fait pas de la politique en se disant à chaque instant qu'on est indispensable, ou alors sinon...

1:28
Invité

Certains se le disent, hein ?

1:29
Didier Cazeneuve

Oui, d'accord, mais quand ils se le disent trop souvent, et d'ailleurs ils en font la démonstration quand ils l'expriment de façon trop nette, ils cessent de se poser la question de savoir comment ils peuvent être utiles. Or, en politique, la seule question qu'on doit se poser, c'est de savoir si on peut servir à quelque chose modestement là où on est, ce n'est pas de se projeter tous les jours devant de la scène...

1:49
Invité

Vous n'y avez pas pensé à un moment, juste avant la candidature d'Anne Hidalgo ? Beaucoup de personnes au Parti Socialiste ont pensé à vous, ont misé sur vous, tout était prêt ?

1:57
Didier Cazeneuve

Non, non, non, tout était prêt. Vous pouvez t'en lire, dans la presse ? Oui, oui, d'accord, mais ça, le papier ne refuse pas l'encre, et les journalistes ne manquent pas d'imagination. A aucun moment vous n'avez songé à une candidature ? Non, vous me posez une question, voici, je vais vous répondre. A un moment donné, j'ai pensé, c'était dans le cours de l'année 2019, sentant que les choses étaient quand même très difficiles et compliquées, que je pourrais mettre cette expérience au service de mon parti dans la perspective des échéances se présentant à lui.

Bon, mais j'ai très envie de constater que la ligne sur laquelle j'étais, c'est-à-dire la République entièrement, pleinement, fermement, face aux risques que représentait pour le pays la confrontation souhaitée par un certain nombre d'organisations radicales, et notamment à l'extrême droite, mais pas seulement.

Deuxièmement, la social-démocratie comme une obligation de réalisme, de responsabilité, et de sérieux sur les questions économiques et sociales, nous obligeant d'ailleurs à refonder la démocratie sociale, à redonner aux corps intermédiaires de la force, et puis une écologie qui soit à la fois résolue, responsable, praticable, et nous obligeant, par exemple, sur les questions de la politique énergétique, à faire des choix équilibrés. J'ai considéré que sur ces trois orientations très précises, sur lesquelles je me suis exprimé, à travers des articles... On attend la fin de la phrase.

Des articles précis dans un certain nombre de revues, j'ai considéré que les socialistes pensaient que la ligne que je proposais n'était pas la leur, et donc j'en ai tiré des conclusions. Voilà.

3:27
Invité

Vous l'avez considéré ou ils vous l'ont dit clairement ?

3:28
Didier Cazeneuve

Non, certains me l'ont dit clairement, je l'ai senti, j'ai un peu d'intuition politique, et d'ailleurs ce qui se passe aujourd'hui, globalement à gauche, montre bien que ce que je préconisais n'est pas ce qui a été retenu comme orientation, car le sérieux, la responsabilité, la République en partage, et l'écologie réaliste ne sont pas les orientations autour desquelles la gauche a décidé de faire campagne, me semble-t-il.

3:51
Invité

Mais pourtant vous faites campagne, vous pour Anne Hidalgo ?

3:53
Didier Cazeneuve

Oui, parce que précisément, Anne Hidalgo, sur ces sujets, me paraît avoir une position beaucoup plus équilibrée, beaucoup plus juste et beaucoup plus responsable que tous les autres, même si, bien entendu, il m'arrive, avec Anne Hidalgo, d'avoir sur un certain nombre de sujets, des débats où je lui dis ce que j'ai à lui dire en confiance. Vous n'êtes pas d'accord avec tout son programme ?

Non, mais par exemple, là aussi, ce n'est pas la peine de tourner autour du pot, lorsque je lis dans les propositions des socialistes, et parfois dans certains propos de tribunes, de campagnes, qu'on pourrait sortir du nucléaire immédiatement, et qu'on pourrait se tourner vers 100% d'énergie renouvelable, alors même que la population française va augmenter, que nous sommes dans une situation où il faut assurer l'indépendance énergétique de notre pays si nous voulons assurer sa réindustrialisation, moi je ne suis pas sur ces lignes-là. Ça vous l'avez dit donc à Anne Hidalgo ? Je dis à Anne Hidalgo ce que j'ai à lui dire, à chaque fois que l'occasion s'en présente.

De la même manière, je pense que la question évoquée par Anne Hidalgo de l'augmentation du SMIC, de la politique salariale, est fondamentale dans un pays au sein duquel les Français souffrent énormément, avec l'augmentation du prix de l'énergie, avec les inégalités qui se creusent, mais qu'il faut sur ces sujets-là une conférence sociale, et c'est au terme de cette conférence sociale que nous déterminons les conditions dans lesquelles nous nous engageons vers l'objectif que je partage, qui est celui de l'augmentation du SMIC et de la réduction des inégalités salarielles.

5:20
Invité

Vous pensez qu'elle peut gagner, Anne Hidalgo, quand vous voyez la situation à gauche ? Vous pensez qu'elle peut gagner ? Vous y croyez, même si vous faites campagne pour elle ?

5:26
Didier Cazeneuve

Non, mais je suis lucide, et je pense qu'il est préférable de l'être, surtout si on veut atteindre l'objectif de crédibilité. C'est plus difficile pour Anne Hidalgo que ça ne l'a été pour d'autres candidats socialistes à d'autres époques. Pourquoi ? Parce que les socialistes ne se sont pas préparés comme ils auraient dû le faire, à cette échéance, que pendant cinq ans, le travail sur le fonds qui devait être fait, de réorganisation, de projection d'un projet, de mise en évidence de talent, n'a pas été fait. Et ensuite, après la phase d'impréparation, nous sommes, avec le contexte que nous connaissons, dans une phase d'improvisation.

Et précisément, Anne Hidalgo a eu raison de sortir son projet, et elle a raison désormais de faire campagne autour de son projet, pour essayer d'inverser la tendance.

6:13
Présentateur

Vous dites qu'on n'a rien fait, nous les socialistes, depuis cinq ans. C'est vous exonérer du quinquennat précédent ? Et dans le quinquennat précédent, on a fait beaucoup de choses. Et qui, pour beaucoup d'électeurs de gauche, aujourd'hui, reste celui des lois travail et de la déchéance de la nationalité. Il y a un droit d'inventaire à faire aussi là-dessus, ou pas, Bernard Cazin ?

6:29
Didier Cazeneuve

Sur ce sujet, si les socialistes avaient été un peu fiers de ce qui a été fait, non seulement pendant le quinquennat de François Hollande, mais pendant tous les quinquennats et toutes les périodes où les socialistes ont gouverné, c'est-à-dire sous François Mitterrand, puis sous Lionel Jospin, s'ils avaient été fiers de ce qui a été fait sous le quinquennat de François Hollande, c'est quand même pas la même chose de supprimer 80 000 emplois dans l'éducation nationale et d'en créer 60 000, de mettre en place le dispositif plus de maîtres que de classes, de créer 13 000 emplois dans la police et d'en supprimer 13 000 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Et pourquoi c'est ce qui reste aujourd'hui ? C'est pas pareil que de mener la politique actuelle en matière d'environnement et de réussir la COP21. Et je pourrais comme ça multiplier les exemples. Mais quand on prend une posture, qui est une tendance à gauche, qui la conduit à la situation dans laquelle elle est, qui consiste à considérer que la gauche n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle commente avec le souci de sa pureté et l'action de ceux qui osent affronter le réel, sans jamais avoir la moindre fierté de ce qui a été fait de pertinent, et bien à ce moment-là, elle se retrouve dans la situation dans laquelle elle est. Pourquoi ?

Parce que quand on n'est pas capable d'expliquer ce que l'on a fait de bien quand on gouvernait, lorsqu'on prétend à gouverner de nouveau, c'est vers d'autres que l'on se tourne. Parce que c'est ce que les socialistes n'ont pas suffisamment compris au cours des cinq dernières années. Je vais faire quelque chose que je ne fais jamais.

7:45
Présentateur

Je vais tenter de couper la parole à Salia Bracuilla pour mieux lancer le fil info à 8h40 et pour mieux vous la redonner, Salia, dans un instant, avec notre invité, ça j'en doutais pas, un instant, Bernard Cazeneuve. Lisa Guyenne pour le fil info.

7:57
Invité

Grand témoin de France Info ce matin. Le directeur de la Banque de France prévient les candidats à la présidentielle. Attention aux fausses promesses de dépenses et de baisses d'impôts. Le quoi qu'il en coûte n'est plus justifié selon lui. La situation de la dette est inquiétante. Elle atteint aujourd'hui 115% du PIB français. Il dit regretter la symbolique de sa destination. Jean-Michel Blanquer reconnaît qu'il aurait dû choisir un autre lieu qui visa pour passer ses vacances de fin d'année. Chez les enseignants, le syndicat FO maintient son appel à manifester à Paris demain, malgré l'interdiction de la préfecture de police qui dit avoir reçu la déclaration trop tard.

Arnaud Montebourg jette l'éponge. Il abandonne la course à la présidentielle et ne rallie aucun autre candidat de gauche. L'ancien ministre du redressement productif était donné entre 0,5 et 2% des intentions de vote. Pour mieux lutter contre la pornographie et la violence sur internet, les députés valident une proposition de loi sur le contrôle parental. Elle vise à obliger les fabricants de tablettes, de smartphones et de consoles de jeu à rendre les options de contrôle plus accessibles sur les écrans. C'est maintenant au sénateur d'examiner ce texte. France Info

9:06
Présentateur

Le 8.30 France Info Salia Bratia, Marc Fauvel

9:11
Invité

Toujours avec l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans votre livre « Le sens de notre nation » que vous publiez aujourd'hui chez Stock. Vous revenez sur l'épisode de la déchéance de nationalité sous le plan de François Hollande. Vous dites « J'ignore encore aujourd'hui qui a soufflé cette idée à François Hollande. Nous sommes tombés dans un piège que nous nous sommes tendus nous-mêmes. » Ça veut dire que ça reste une cicatrice chez vous ?

9:33
Didier Cazeneuve

En tout cas, ça reste une erreur. À partir du moment où vous avancez une idée ou une intention qui se termine dans les conditions que l'on sait, c'est-à-dire par un échec politique, par une confusion, et puis aussi par un sentiment de malaise parmi ceux qui vous soutiennent, c'est que vous avez commis une faute.

9:53
Invité

Mais vous savez aujourd'hui qui lui a soufflé l'idée à François Hollande ?

9:56
Didier Cazeneuve

Non, je n'ai pas...

9:57
Invité

C'est Emmanuel Valls.

9:57
Didier Cazeneuve

Non, écoutez, Emmanuel Valls avait une position sur ce sujet que l'on connaît, qu'il a réaffirmé d'ailleurs à l'occasion de la sortie de son livre sur votre plateau. Moi-même, je n'étais pas contre le principe de la déchéance de la nationalité. J'en avais fait lorsque j'étais ministre de l'Intérieur à l'égard d'individus qui avaient proféré des menaces à l'encontre de notre pays. Ce que je pensais, c'est qu'il n'était pas nécessaire de procéder à la constitutionnalisation de cette mesure et que l'état du droit tel qu'il était nous permettait de procéder à des déchéances si nous estimions qu'il était nécessaire de le faire. Et d'ailleurs, j'avais procédé à des déchéances de nationalité.

Donc, ce n'était pas la mesure qui me choquait. Ce qui me choquait, c'était le principe de sa constitutionnalisation avec les débats de fond que cela engendrait et qui demeurerait dans l'esprit et dans le cœur de beaucoup de républicains comme une blessure. Je pense qu'il était inutile d'engager des débats dont l'issue

10:51
Présentateur

était ce que nous avons connu. Vous racontez que François Hollande, président, vous a demandé d'aller voir Manuel Valls pour tenter de le dissuader et de continuer à penser qu'il fallait faire la déchéance de nationalité. On a quasiment le sentiment que le vrai patron, c'était Manuel Valls. Non, le président n'arrivait pas à lui faire changer d'avis sur ce point.

11:13
Didier Cazeneuve

Les choses ne se passaient pas ainsi. Il y avait sur ces questions et dans un contexte extraordinairement difficile pour le pays qui était la question du terrorisme, du risque de fracturation que le terrorisme pouvait engendrer avec une parole publique qui n'était pas toujours à la hauteur de ce qu'elle aurait dû être de la part d'un certain nombre d'acteurs politiques. Souvenez-vous qu'au moment de la manifestation du 11 janvier qui était un grand moment de rassemblement et d'unité républicaine, dès le lendemain, vous avez un certain nombre d'acteurs politiques qui expliquaient que tout le monde n'avait pas manifesté, que dans le pays, il y avait des fractures.

Il y avait Charlie qui ne manquait pas exactement. Donc, nous étions dans ce contexte-là. Et ce qui s'est passé au sein de l'État à ce moment-là, c'est une très forte unité entre le président de la République, le Premier ministre et moi-même pour faire en sorte que cette unité ne soit jamais brisée. Effectivement, il y a eu à un moment donné des débats sur la déchéance de la nationalité. Il y a eu des débats entre le président de la République, le Premier ministre, la garde des Sceaux, moi-même, d'autres membres du gouvernement. Et à ce moment-là, la volonté qui était celle du président de la République, c'était de faire en sorte que cette unité gouvernementale demeura toujours.

Lui-même a fait savoir quelle était sa doctrine.

12:25
Présentateur

Christiane Taubira, qui est démissionné à cause de ça. Vous comprenez qu'elle soit candidate aujourd'hui ?

12:30
Didier Cazeneuve

Non, mais moi, je ne vais pas... Je vous l'ai dit à plusieurs reprises dans nos échanges, lorsque je suis venu sur votre plateau et à d'autres endroits, je ne suis pas là pour commenter l'actualité. Je ne suis pas un commentateur de l'actualité. J'ai des convictions politiques. Ces convictions politiques me conduisent à considérer que si l'on veut que la gauche s'unisse, il faut qu'il y ait une force politique. La force politique, c'est une organisation, c'est un parti qui, autour d'un discours de responsabilité, de crédibilité et une volonté de transformation du pays, c'est-à-dire un idéal, décide de créer autour de lui un élan.

C'est ce qu'a fait François Mitterrand en 1971 lorsqu'il a décidé de rénover le Parti Socialiste au Congrès d'Épinay. Et c'est ce travail de rassemblement et de réflexion sur le fond que nous aurions dû engager au cours des cinq dernières années. Je ne crois qu'à cela. C'est-à-dire, je crois aux corps intermédiaires, je crois aux partis, je crois à la crédibilité, je crois à la responsabilité. Je vais vous citer, Bernard, je préfère les partis populaires aux primaires populaires.

Et enfin, je considère que si l'on veut avoir un rassemblement, il faut plus d'idées et moins d'égo et qu'on ne peut pas à la fois vouloir le rassemblement et créer les conditions de candidature supplémentaire tous les jours. Et moi, je forme le vœu qu'à gauche, on commence à sortir de l'égosphère pour entrer progressivement dans l'atmosphère. Ce serait vraiment utile pour nos électeurs qui sont un peu perdus.

13:59
Présentateur

Page 194, à propos justement des candidatures multiples à l'élection présidentielle. Je vous cite. Ceux qui se projettent ainsi sur le devant d'une scène déjà surpeuplée n'ont pas conscience qu'ils sont comme des statues antiques et amputées, peinant à demeurer debout au milieu d'un champ de ruines. Un champ de ruines. La gauche. Non, non, je parle de paysage politique, là. C'était général.

14:19
Didier Cazeneuve

Non, parce que si vous avez dans le paysage politique global un parti qui se porte bien, vous me dites lequel il est.

14:26
Invité

La majorité, en marche.

14:27
Didier Cazeneuve

La majorité, non ? Non, vous avez l'impression qu'en marche, c'est un parti puissant, organisé, organisé, structuré avec des leaders reconnus. Non. Marine Le Pen. La maison commune de laquelle Edouard Philippe vient de sortir. Bon, donc la confusion est partout. Pourquoi est-ce que la confusion est partout ? Parce que la politique en France se vit désormais comme une juxtaposition d'aventures individuelles. Et lorsque vous projetez au devant de la scène dans ce champ de ruines, vous le faites généralement, on l'évoquait au début de notre émission, en expliquant que vous êtes indispensable, mais sans la préoccupation de savoir comment vous pouvez être utile au pays.

Et souvent, d'ailleurs, vous le faites en vous adressant à une succession de segments que vous considérez comme autant de clientèles. Et ce n'est pas du tout la conception que j'ai de la politique. Quand vous parlez aux Français et à la nation, vous avez infiniment plus d'impact que lorsque vous parlez à des catégories successives. Lorsque vous avez une vision de ce qu'est le pays, vous intériorisez le fait qu'à certains moments de son histoire ou selon les circonstances, vous pouvez être amené à vous effacer pour servir parce que la politique est une abnégation.

Ce n'est pas un exercice narcissisant à l'occasion duquel des égaux se projettent au devant de la scène avec la seule et unique pensée d'eux-mêmes. Et c'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle nous sommes confrontés à cette profonde crise de confiance.

15:47
Invité

Donc vous ne savez pas pour qui vous allez voter.

15:49
Didier Cazeneuve

Vous n'avez pas l'air

15:51
Invité

très enthousiaste.

15:52
Didier Cazeneuve

Non, je vous ai dit tout à l'heure pour qui j'allais voter et je le ferai avec la conscience de ce qu'est l'histoire de ma famille politique et la préoccupation de ce qu'est son avenir. Un enthousiasme, on va dire,

16:05
Présentateur

mesuré. Écoutez, sur le bilan que vous venez de faire aujourd'hui, sur la situation politique en France, dans votre camp et en dehors... M. Fauvel, si vous trouvez

16:14
Didier Cazeneuve

des raisons d'être enthousiaste, c'est que vous êtes totalement inconscient. Moi, je suis lucide. Je vois la situation... Ben oui, la situation, elle est grave et sérieuse. Et c'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, je considère que nous devons avoir un objectif absolu de responsabilité, de crédibilité et de sérieux. Je remarque d'ailleurs que les pays dans lesquels les sociodémocrates gagnent les élections sont des pays dans lesquels il y a des organisations politiques structurées, des candidats qui sont dans la responsabilité et le sérieux. Je pense à Olaf Scholz en Allemagne. Et des règles qui ne sont pas les mêmes, qui sont celles d'une coalition. Et oui, bien entendu.

Et qui sont capables de faire autour d'eux des coalitions, mais qui sont capables de faire des coalitions parce qu'avant de faire des coalitions, ils ont créé les conditions de forces politiques structurées. Et la démocratie, ce sont des forces politiques structurées au sein desquelles on débat avec la volonté de porter des projets sérieux qui sont incarnés par des leaders crédibles.

17:11
Invité

Je vous écoute depuis tout à l'heure, vous parlez de forces politiques structurées, de l'importance des partis. Ça veut dire quoi ? Que vous considérez aujourd'hui que le Parti Socialiste est mort ?

17:19
Didier Cazeneuve

Je considère que le Parti Socialiste et la gauche sociale-démocrate doivent s'engager dans une reconstruction.

17:27
Invité

Donc il est mort ?

17:28
Didier Cazeneuve

Je ne vous ai pas dit qu'il était mort. Non, mais écoutez, vous pouvez faire les questions et les réponses. Non, mais vos questions vous appartiennent, mais vos réponses ne sont pas les miennes. Je considère qu'il y a un avenir pour la social-démocratie et qu'il y a un espoir possible pour la gauche en France, mais que cet espoir implique responsabilité, crédibilité, sérieux et le refus de la radicalité au marge de ce qu'est le paysage politique. Parce que, à force de penser que la reconstruction se fera au marge dans la radicalité, vous faites des scores marginaux. Se placer au marge, c'est se condamner

18:04
Présentateur

à la marginalité du score. Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre invité de France Info. Il est 8h51, le fil info avec Lisa Guyenne.

18:11
Invité

Et ce nouveau record absolu de cas positifs au Covid, 465 000 en 24 heures et plus de 300 000 en moyenne sur les 7 derniers jours. Pour autant, la pression sur les soins critiques continue de baisser avec 3 900 malades du Covid en réanimation. Soupçonné d'avoir détourné 18 millions d'euros des caisses de l'assurance maladie. Un pharmacien parisien est en détention provisoire pour une fraude massive aux tests de dépistage. De septembre à début décembre, il aurait établi de fausses factures pour des millions d'antigéniques soi-disant vendus à des médecins.

Quatre soldats français blessés, dont un gravement au Burkina Faso, victimes d'une explosion sur le passage de leur voiture dans une zone fréquentée par plusieurs groupes djihadistes. Des militaires, membres d'une unité de Barkhane qui était en mission de reconnaissance sur place. La France Insoumise demande à retirer Jean-Luc Mélenchon de la primaire populaire prévue à la fin du mois. Il n'a jamais donné son accord selon son directeur de campagne qui dénonce une démarche insincère. Pour l'instant, près de 290 000 votants sont inscrits à ce scrutin d'initiative citoyenne. France Info

19:17
Présentateur

Le 8.30 France Info Salia Brakia Marc Fauvel

19:22
Invité

Toujours avec l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve qui publie aujourd'hui Le sens de notre nation aux éditions Stock. Éric Zemmour est à Calais aujourd'hui pour parler immigration. Sujet que vous avez dû traiter lorsque vous étiez à Beauvau sous le quinquennat de François Hollande. Les migrants à Calais, 28 000 départs vers le Royaume-Uni l'an dernier. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Est-ce qu'il faut les empêcher de passer ?

19:44
Didier Cazeneuve

Je pense que la meilleure manière pour éviter que les passeurs continuent à faire leur travail funeste d'exploitation de la misère des migrants et prélèvent près de 15 000 euros pour les engager sur un chemin qui est le plus souvent celui de la mort et de la tragédie. Il faut continuer à démenter les réseaux de passeurs et envoyer très clairement le signal qu'à Calais on ne peut pas passer. Car si ce signal-là n'est pas envoyé alors c'est le travail des passeurs qu'on encourage. C'est le rassemblement des migrants qu'on organise et les difficultés humanitaires qui s'instaurent. Qu'est-ce que j'ai fait à Calais ?

Bien entendu j'ai maintenu ce signal mais j'ai surtout créé les conditions pour que nous puissions dans les meilleures conditions accueillir ceux qui devaient l'être et qu'on les mette dans le dispositif national d'asile. On a créé 570 centres d'accueil et d'orientation partout en France pour pouvoir mettre à l'abri ceux qui relevaient de l'asile en France. On l'a fait avec le concours des maires on l'a fait avec l'appui des préfets on l'a fait avec le soutien des associations on a multiplié par deux le nombre de places en centres d'accueil pour demandeurs d'asile par deux.

Nous avons mobilisé l'OFI et l'OFRA pour pouvoir faire en sorte que les migrants qui relevaient relever du statut de réfugié en France soient convaincus de quitter Calais pour aller vers ces centres d'accueil et d'orientation. Et on a démantelé la jungle de Calais ce qu'on appelait la jungle de Calais en 15 jours sans l'intervention d'une force de l'ordre avec le concours d'organisation non gouvernementale pour mettre ceux qui devaient l'être à l'abri parce qu'ils relevaient du statut de réfugié en France et reconduire à la frontière fermement tous les autres.

21:20
Invité

Sauf que les éditions et Valérie Pécresse disent qu'on ne renvoie personne en fait finalement dans leur pays.

21:26
Didier Cazeneuve

Non, non, ce n'est pas vrai. A l'époque où Valérie Pécresse était au gouvernement on disait renvoyer ceux qui devaient l'être en réalité on offrait une prime roumain aux bulgares qui étaient membres de l'Union Européenne au moment de Noël qui rentrait chez eux et qui revenaient on comptabilisait tout ça dans les reconduites à la frontière. Ce n'est pas du tout la politique que j'ai menée lorsque j'étais ministre de l'Intérieur.

Lorsque j'étais ministre de l'Intérieur j'ai mené une politique simple créer les conditions de l'accueil de ceux qui doivent l'être en faisant en sorte que cet accueil soit humanisé en donnant les moyens à l'OFI et l'OFPRA dont nous avons augmenté les effectifs en créant des places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile et en créant les conditions de l'accueil dans des communes de ceux qui relevaient du statut de réfugié par la création de centres d'accueil et d'orientation.

Ceux qui n'avaient pas vocation à être accueillis étaient reconduits et c'était parfois effectivement difficile parce qu'il fallait obtenir les laissés-passés consulaires et ça impliquait une action diplomatique intense mais cette politique équilibrée a permis de régler le problème de Calais en liaison avec les élus locaux sans l'intervention des forces de l'ordre et dans un contexte qui était humanitaire.

J'aurais aimé d'ailleurs que la gauche et notamment mon parti qui ne fait jamais référence à ce qui s'est passé à cette époque puisse valoriser ce qui a été fait parce que compte tenu de ce que dit la droite compte tenu de ce que fait l'actuel gouvernement ce que j'ai fait très loin de l'esprit des circulaires prises par mes successeurs Gérard Collomb très très loin des circulaires Collomb et ce que nous avons fait a été conforme à ce qu'est la tradition d'accueil de notre pays mais en même temps extrêmement clair extrêmement ferme à l'égard de ceux qui n'avaient pas vocation à être accueillis en France parce qu'ils ne relevaient pas du statut de réfugié

23:16
Présentateur

la France la gauche si elle arrive au pouvoir a-t-elle vocation à régulariser les sans-papiers qui se trouvent en France depuis plusieurs années sur son territoire je ne pense pas

23:25
Didier Cazeneuve

qu'il faille arrêter une politique de régularisation massive de tous les sans-papiers je pense que si nous faisons cela alors nous rendons l'équilibre de la politique que je viens d'indiquer comme souhaitable illisible en revanche lorsque des situations humanitaires se présentent qui justifient que l'État prenne la décision de régularisation au cas par cas il peut bien entendu le faire en toute transparence il ne le souhaite pas

23:52
Invité

Bernard Cazdeuve on arrive à la fin du quinquennat vous vous avez connu la difficulté de gérer un pays la difficulté de gouverner est-ce que vous diriez qu'Emmanuel Macron a quand même été un bon président

24:03
Didier Cazeneuve

je crois qu'Emmanuel Macron a été confronté à une situation extrêmement difficile comme nous-mêmes avons été confrontés à une situation difficile une crise politique d'ailleurs parfois par ses propos ses choix il avait contribué à cristalliser je pense à la crise des gilets jaunes et une crise qu'il a subie sans en aucune manière s'en trouver à l'origine qui est la crise sanitaire bon je trouve que pendant cette crise le président de la république a été amené à prendre beaucoup de décisions qui ont été utiles au pays je pense notamment aux décisions qu'il a prises au moment de la crise sanitaire sur le plan économique pour permettre aux entreprises de faire face à une situation difficile et inédite je pense aux décisions qu'il a prises pour protéger les français de ce virus et faire en sorte que nous puissions le plus rapidement possible sortir de la pandémie et vous savez que je sais être sans concession à l'égard du gouvernement et du président de la république lorsque j'ai des choses à dire mais ce n'est pas parce que vous êtes dans l'opposition que vous devez sur tous les sujets être dans une posture de critique donc vous l'avez trouvé

25:09
Invité

plutôt bon en fait

25:10
Didier Cazeneuve

je l'ai trouvé à certains moments tout à fait bon et efficace et pertinent sur la crise sanitaire et puis il a pris toute une série de décisions et parfois a convoqué des formules dans lesquelles je ne me suis pas reconnu et des décisions que j'ai contestées et que je combats je pense par exemple que lorsque le président de la république prend des décisions à travers une réforme de la fiscalité

25:36
Invité

notamment sur la capitale

25:39
Didier Cazeneuve

l'ISF l'IFI la flat tax qui renforce considérablement les inégalités et donne le sentiment à tous les français de l'injustice parce que sa politique est en faveur des très riches je ne saurais en aucun cas soutenir cette politique lorsqu'elle va s'exprimer sur les universités en préconisant que la gratuité de l'accès à l'université puisse être mise en cause je ne pense pas que ce soit une bonne idée lorsque candidat à l'élection présidentielle il explique que la politique migratoire que je mène n'est pas la bonne alors qu'elle est ce que je viens de vous indiquer et qu'une fois arrivé au gouvernement il mène une politique dure parfois brutale à travers la politique menée par son ministre de l'Intérieur je ne suis pas d'accord lorsqu'il refuse le rapport en fait si vous voulez que je vous explique il va être 9h pour lesquels je suis dans l'opposition il y en a de nombre mais ça ne m'empêche pas en même temps de reconnaître au président de la république des qualités que si je ne les reconnaissais pas me mettrait en situation de ne pas être politiquement honnête

26:41
Présentateur

le sens de notre nation c'est le titre du livre d'entretien avec François Bazin que vous publiez aujourd'hui c'est chez Stock merci beaucoup Bernard Cazeneuve c'est moi qui vous remercie d'être venu ce matin sur le plateau de France Info et cet échange extrêmement dynamique c'est moi qui vous remercie

26:57
Locuteur

c'est moi qui vous remercie