Eric Ciotti: "il y a un problème de l'immigration en France"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:11OuverteÉludée
François Hollande, hier au musée de l'immigration, a-t-il bien parlé de la France ?
- 1:14OuverteRéponse directe
L'immigration n'est pas un gros mot, ne pas laisser la place à ceux qui instrumentalisent la peur.
- 3:30OuverteRéponse directe
Pensez-vous, comme Nicolas Sarkozy, que l'immigration menace notre façon de vivre ?
- 6:06FerméeRéponse directe
Les 200 000 qui arrivent chaque année, c'est trop ?
- 7:47FerméeRéponse directe
Vous voterez quoi sur la réforme du droit d'asile ?
- 9:31RelanceRéponse partielle
C'est un chiffre qui n'existe pas, qui n'est pas confirmé par le ministère de l'Intérieur.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:55PrésentateurFait
« L'immigration est un problème. »
- 2:57PrésentateurChiffre
« Plus de 5 millions de Français au chômage. »
- 2:59PrésentateurFait
« L'immigration qui arrive en France n'est plus une immigration économique, mais essentiellement une immigration familiale. »
- 6:09PrésentateurChiffre
« 250 000 titres de séjour, 210 000. »
- 6:17PrésentateurChiffre
« Il y a aujourd'hui plus de 350 000 clandestins, enfin, un peu moins de 300 000 clandestins qui sont inscrits à l'AME. »
- 6:30PrésentateurChiffre
« Le solde migratoire, si on enlève les départs, c'est au moins 150 000 personnes de plus en France. »
- 6:55PrésentateurPromesse
« 100 000 titres de séjour dans notre pays, 150 000 suffiraient. »
- 8:43PrésentateurChiffre
« La France, c'est le troisième pays au monde en matière de demandeurs d'asile. »
Temps de parole
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Il est 8h21.
Le 6-9, Patrick Cohen, sur France Inter.
Bonjour Éric Ciotti. Bonjour. François Hollande, hier au musée de l'immigration, a-t-il bien parlé de la France ?
Écoutez, on était dans les artifices de communication qui s'adressaient d'abord à la majorité socialiste. C'était un discours qui, avant de s'adresser à la France, s'adressait à une majorité. On voit bien que le président de la République est dans une opération reconquête entre ses sorties nocturnes, non médiatisées, mais enfin, on le voit partout sur les télés, dans le Lot, ce discours hier. Ça, c'est la communication. Il veut reconquérir un électorat de gauche, donc il utilise des vieilles ficelles.
A-t-il bien parlé de la France ?
Parler de la France, aujourd'hui, aimer la France, la servir, conduirait à une autre attitude de sa part. Je crois qu'il a abîmé la France depuis qu'il est au pouvoir, depuis deux ans et demi. Alors, les discours, aujourd'hui, les Français en sont lassés, ce qu'ils attendent, ce sont des actes concrets. Et pour le coup, en matière d'immigration, on ne peut pas dire que les actes soient au rendez-vous de l'action du président de la République.
Vous ne voulez pas me répondre sur le fond du message présidentiel hier, l'apport des immigrés à la République. L'immigration n'est pas un gros mot, ne pas laisser la place à ceux qui instrumentalisent la peur de la disparition, de la dissolution. Ceux qui rêvent d'une France en petit, une France en repli.
C'est un discours très politicien. C'est politicien, ça. Le président vouloir rassembler, au contraire, dans ses propos, c'est lui qui crée une fracture en niant les difficultés aujourd'hui. Ça ne sert à rien de dire l'immigration est une chance ou a été une chance, ou l'immigration aujourd'hui est une menace ou pourrait être une menace. Aujourd'hui, il y a un constat. L'immigration est un problème. Moi, je ne suis ni adepte d'une immigration zéro, ni adepte de cette théorie immigrationniste qui considère que la France doit être ouverte à tous les vents. Vous le prenez comme un fait, l'immigration. Et que l'immigration est une chance absolue.
Il faut regarder l'immigration par rapport à la période où l'on se trouve. Il y a des périodes dans l'histoire de France où l'immigration a apporté à la République où des étrangers sont venus en France, travailler, s'y sont intégrés, ont donné à notre pays, à notre patrie, beaucoup d'eux-mêmes. Et ça a été positif.
C'est quelqu'un de votre camp qui avait écrit l'immigration, une chance pour la France, il y a 30 ans.
Mais il faut regarder ça de façon relative. On n'est pas dans la même situation quand on est dans une période de plein emploi. Quand on a besoin d'une immigration de main-d'oeuvre qualifiée, quand on a un problème démographique, la France n'est pas dans ce cas aujourd'hui. Elle renouvelle ses générations avec un taux de fécondité qui est important. Elle a un taux de chômage qui atteint des records. Plus de 5 millions de Français au chômage. Et l'immigration qui arrive en France n'est plus une immigration économique, mais essentiellement une immigration familiale. Donc on n'est pas du tout dans la même situation.
Et je conteste, je regrette que le Président de la République ait nié cette situation. Il y a un problème d'immigration en France. Et il ne sert à rien de tenter, comme il l'a fait hier, de l'occulter avec des grandes phrases, des discours. Vous pourrez les qualifier ou les apprécier de dire de beaux discours. En tout cas, moi je dis que c'est un discours qui n'est pas adapté à la situation actuelle de notre pays.
À rebours de François Hollande, pensez-vous, comme Nicolas Sarkozy, qui l'a dit d'ailleurs chez vous à Nice, que l'immigration menace notre façon de vivre ?
Il y a, naturellement, Nicolas Sarkozy a raison. Il y a aujourd'hui, dans notre pays, une peur très majoritaire chez nos concitoyens. Qui est justifiée ? Que nos modes de vie, que notre culture, que notre identité soient bouleversés, soient modifiés. Et ils ont raison, vous savez. Ça ne sert à rien de contester le sentiment aujourd'hui que nourrissent les Français. Quand on est responsable public, notre rôle, c'est d'agir, c'est de prendre en compte ces peurs, ces inquiétudes. Elles sont là. C'est de les prendre en compte ou d'essayer de les apaiser ? Je les côtoie tous les jours. Comment on peut les apaiser ? Bien sûr qu'il faut apaiser ces peurs. Mais comment on peut les apaiser ?
Soit avec des discours très politiciens, qui, avec le droit de vote aux étrangers notamment, ne font qu'attiser le problème. Soit on essaie d'y apporter une vraie réponse.
On peut les exacerber en exagérant les dangers ou les menaces aussi ?
Non, pas du tout. Je crois que les dangers, les menaces, elles sont là. C'est pas ce que fait le Front National ? Moi, je ne me situerai jamais par rapport au Front National. C'est un discours qu'on entend beaucoup. Le Front National est un parti qui, sur le plan économique, a les mêmes thèses que M. Mélenchon. Le Front National est un parti qui n'a rien à voir avec l'UMP. Nous sommes très clairs sur cette question. Nous l'avons encore dit. Nicolas Sarkozy l'a dit, c'était un de ses axes essentiels de son discours, samedi devant les cadres. Aucune alliance. Parce que nous n'avons rien à voir avec des membres d'un parti qui a considéré que la Shoah était un détail.
Parce que nous n'avons rien à voir avec un parti qui considère que la torture pourrait être excusable. Donc, les choses sont claires. Et il faut arrêter de mettre le Front National comme le curseur de la vie politique. Nous avons nos convictions. J'ai mes convictions. Aujourd'hui, il y a un constat sur l'immigration. L'immigration, aujourd'hui, pose d'immenses difficultés à notre pays. Il y a un problème. Le modèle d'intégration ne fonctionne plus. J'entends... Le Président de la République n'a pas parlé hier de cette question d'intégration. Pourquoi ? Alors que pendant des décennies, on a intégré des étrangers avec succès dans notre pays.
Aujourd'hui, ce modèle d'intégration, ou je préférerais même d'assimilation, est en panne. C'est ça, la question. Pourquoi ? Parce qu'il y a aujourd'hui trop d'immigrés qui arrivent dans notre pays. Et il faut avoir le courage...
Les 200 000 qui arrivent chaque année, c'est trop ?
250 000 titres de séjour, 210 000. Si on ajoute les demandeurs d'asile, on dépasse les 250 000. Les clandestins, il y a aujourd'hui plus de 350 000 clandestins, enfin, un peu moins de 300 000 clandestins qui sont inscrits à l'AME. Donc c'est un critère objectif, il y en a sans doute plus. Ça veut dire que le solde migratoire, si on enlève les départs, c'est au moins 150 000 personnes de plus en France. Il n'y a pas de travail. Il n'y a pas de travail pour ces personnes. Il n'y a pas de logement. Est-ce qu'on a le droit de continuer à lancer ces appels d'air à l'immigration comme l'a fait hier M. Hollande ? On peut descendre en dessous des 100 000 ? Bien sûr. Quel objectif ?
Il faut réduire le nombre de titres de séjour, 210 000 l'année dernière. C'est trop, je pense, qu'aujourd'hui, 100 000 titres de séjour dans notre pays, 150 000 suffiraient. Il ne faut plus augmenter ce solde migratoire parce que c'est une question aussi de dignité pour les immigrés qui viennent en France. Quelle dignité pour notre pays de ne pas offrir un travail, un logement, une vie décente à ces personnes ? On leur vend du rêve. D'ailleurs, des passeurs leur vendent du rêve. C'est ça qu'il y a derrière souvent ces drames humains. Bien sûr, on a des flux migratoires qui sont associés aux crises géopolitiques. Le monde bouge naturellement. Il y a ce continent européen qui fait rêver.
Mais il faut aussi dire la vérité, rendre notre modèle social moins attractif, être plus lucide, moins naïf sur ces questions. Parce qu'on vend du rêve qui souvent se transforme en cauchemar pour ces immigrés.
Encore un mot sur l'immigration. Aujourd'hui, l'Assemblée nationale va voter la réforme du droit d'asile qui vise notamment à raccourcir les délais pour les demandeurs. Vous voterez quoi ?
Je voterai contre et je le dirai au nom de mon groupe puisque je suis l'orateur du groupe UMP cet après-midi. Ce texte est un faux semblant. Aujourd'hui, l'asile est dévoyé. L'asile est un principe fondamental et je veux redire mon attachement à l'asile. Depuis le Moyen-Âge, la France a été un des pays qui a accueilli ceux qui dans leur pays étaient victimes de violences politiques, étaient torturés, étaient victimes de leurs idées. Il y a eu les immunités au Moyen-Âge. Il y a eu la Révolution française qui a installé dans nos premières constitutions l'accueil des opprimés. Et ce n'est pas le cas aujourd'hui. Ceux qui arrivent ne sont pas... Il y a eu la constitution de 46.
Ne fuient pas des situations impossibles pour eux. Une partie d'entre eux, naturellement, est dans ce cadre. La France, c'est le troisième pays au monde en matière de demandeurs d'asile.
En 2010, c'était le premier.
400 000 les Etats-Unis, 100 000 l'Allemagne, 60 000 en première demande. Il y a 4 ans, on était les premiers. On est donc parmi les pays qui reçoivent le plus de demandeurs d'asile. Par rapport à la population, non. On est très loin parmi ceux qui accordent le statut de réfugié. Il y en a environ 11 000 par an. Cela veut dire que l'asile est devenu aujourd'hui une voie légale pour l'immigration illégale. Ce qui est dangereux, et je l'ai dénoncé dans ce texte, et c'est la principale lacune du texte de M. Cazeneuve, aujourd'hui, pour les déboutés du droit d'asile, 95% d'entre eux qui se voient refuser ce statut de réfugié ne sont pas éloignés.
C'est un chiffre qui n'existe pas, qui n'est pas confirmé par le ministère de l'Intérieur.
Absolument, c'est un chiffre, M. Cohen, qui est pointé par le rapport des trois inspections qui a fait un rapport sur l'asile en 2013, l'Inspection Générale des Finances, de l'Administration et des Affaires Sociales. C'est ce rapport qui dit qu'uniquement 5% des déboutés sont éloignés. Lorsqu'on place sur le même temps les réfugiés qu'on doit protéger, je pense aux Chrétiens d'Orient, j'étais à Erbil il y a quelques semaines avec François Fillon. On a vu leur détresse. Naturellement qu'il faut accueillir ces réfugiés, les Érythréens qui dans leur pays sont torturés, mais en même temps placer ceux qui sont les victimes de passeurs où on vend les récits de vie.
Je suis allé à l'OFRA en tant que rapporteur de l'asile. On voit qu'il y a les mêmes récits de vie dans certains pays, au Bangladesh, au Kosovo, vendus par des filières de passeurs. C'est ça qu'il faut lutter. Il faut dire aujourd'hui, pour sauver le système de l'asile, il faut que les déboutés du droit d'asile ceux qui n'ont pas droit à ce statut de réfugiés après des procédures longues soient renvoyés vers leur pays d'origine.
Éric Ciotti, député UMP des Alpes-Maritimes, on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs de France Inter et puis on va parler aussi, si on a un peu de temps, d'un autre sujet parce que vous prendrez demain la présidence d'une commission d'enquête à l'Assemblée sur les conditions du retour en France des djihadistes. A tout de suite pour la revue de presse.
Éric Ciotti