Future motion de censure et budget 2026... Le 8h30 de Manuel Bompard
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Bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin dans le 8.30 France Info. Tout à l'heure à 16h, François Bayrou passera son grand oral budgétaire et dévoilera son plan de redressement des finances publiques avec un objectif de trouver 40 milliards d'euros d'économies pour le budget 2026. Vous en attendez quoi concrètement ? Est-ce que vous demandez au Premier ministre de mettre tout sur la table cet après-midi ?
J'en attends effectivement des précisions puisque dans notre constitution, c'est aux parlementaires d'élaborer le budget de l'État. Donc en tant que député, évidemment, j'attends de savoir quelles vont être les propositions du gouvernement. Maintenant, on va se parler franchement. Moi, je me fais assez peu d'illusions. Je vois que dans toutes les pistes qui sont évoquées pour l'instant comme pouvant être celles sur lesquelles pourrait avancer le Premier ministre cet après-midi, ce sont des pistes qui s'inscrivent dans la même logique économique que celle qui est à l'œuvre depuis 2017 en France.
et ce sont des pistes qui risquent de faire reposer les efforts budgétaires nécessaires sur la population, sur le peuple et en particulier sur les plus modestes d'entre nous. Et donc, si effectivement, c'est dans cette direction que va le Premier ministre cet après-midi, il faut qu'il s'attende de notre part à une opposition, qu'il soit une opposition ferme et résolue.
Il y a une piste qui tient à la corde, c'est celle de l'année blanche. L'année blanche, c'est-à-dire geler en 2026 les dépenses publiques à leur niveau de 2025. Est-ce que quand même, ça ne serait pas la meilleure des solutions, la plus équitable en tout cas ? Les dépenses publiques n'augmenteraient pas, qu'il s'agisse des crédits des ministères, des collectivités locales ou des prestations sociales, et ça reviendrait à économiser à peu près 24 milliards d'euros, soit à peu près ce dont a besoin le gouvernement, pour amener le déficit de 5,4 à 4,6% du PIB en un an. Ce ne serait pas si mal ?
Non, ce serait une très mauvaise solution. Et pour le dire franchement, ce ne serait pas une année blanche, ce serait une année rouge pour les Français. D'abord parce que si vous gelez l'ensemble des prestations sociales, des pensions de retraite, pour prendre ces exemples-là, et le barème de l'impôt sur le revenu, c'est des mesures qui vont d'abord avoir un impact sur les plus modestes et les plus pauvres. C'est un impact qui serait deux fois plus important pour les 10% les plus pauvres que pour les 10% les plus riches. C'est une étude de l'Institut des politiques publiques qui a été faite il y a quelques jours qui le démontre.
Donc contrairement à ce qu'on entend, ce ne serait pas du tout une mesure équitable. Parce que si vous gelez en particulier les prestations sociales, c'est celles et ceux qui en ont besoin le plus pour pouvoir vivre tout simplement, qui vont être confrontés à l'effort. Quant au fait de geler le budget des ministères, alors là il faut dire lesquels. Mais je pense que tous les gens qui nous écoutent comprendront que si vous gelez le budget du ministère de l'Éducation nationale, ça veut dire moins de professeurs. Si vous gelez le budget du ministère de la Santé, ça veut dire encore plus de difficultés pour se soigner.
Et si vous gelez le budget de l'écologie, après une année assez exceptionnelle, cette année c'est la première fois qu'on a réduit les investissements dans la transition écologique, alors que je pense que chaque jour montre les impacts désastreux du changement climatique sur nos sociétés, ça veut dire encore moins de préparation et d'adaptation au changement climatique. Donc je pense que ça serait une mesure très très mauvaise. En tout cas c'est une mesure que nous combattrons fermement, pied à pied.
L'année blanche pour vous c'est non. Il y a une autre piste qui tient la compte, c'est celle de la suppression d'un ou plusieurs jours fériés. On en a 11 aujourd'hui dans le pays. Qu'en pensez-vous ?
De la même manière. En fait on peut faire la collection, si vous voulez, des annonces qui sont envisagées. Pour être franc et pour être clair, si vraiment M. Bayrou voulait apporter une réponse à la difficulté budgétaire du pays qui ne repose pas sur l'ensemble des Françaises et des Français ou qui ne dégrade pas encore la qualité des services publics, la seule option possible, c'est celle qui consiste à mettre davantage la contribution les plus riches d'entre nous, les 1% des plus riches du pays qui eux ont largement profité de la politique d'Emmanuel Macron depuis qu'il est au pouvoir.
Les 500 plus riches ont vu leur fortune doublée depuis 2017, qui ont profité largement des cadeaux fiscaux qui ont été faits par Emmanuel Macron. C'est-à-dire, pour être clair, Emmanuel Macron a distribué des cadeaux aux plus riches aux grandes entreprises et maintenant vient nous voir et nous dit « Maintenant c'est à vous de payer la facture ». Ben non, ce n'est pas à nous de payer la facture. Donc la seule mesure qui serait raisonnable, ce serait celle qui consisterait par exemple à mettre en place ce qu'on appelle la taxe Zuckman, c'est-à-dire un impôt sur les 2%. Mais est-ce qu'il est possible ?
Le gouvernement peut très bien en effet supprimer un jour férié par exemple et aussi proposer de mettre en place la taxe Zuckman.
Donc tout ne serait pas à jeter dans ce budget. Mais pour l'instant, je n'ai pas l'impression qu'il s'apprête à reprendre cette proposition de taxe Zuckman.
Et si c'est le cas, vous soutiendrez cette démarche ?
Si le Premier ministre François Bayrou décidait en se réveillant comme ça d'avoir une révélation et de mettre un terme et de changer complètement de politique et de mettre en place cette taxe-là par exemple qui revient à mettre en place une taxe de 2% sur le patrimoine des plus riches de plus de 100 millions d'euros dans un patrimoine supérieur à 100 millions d'euros, je soutiendrai cette mesure évidemment. Après, est-ce que ça m'amènerait à accepter dans le même temps que dans le budget, il y ait d'autres mesures qui impactent les plus pauvres ? Évidemment non, mais il n'y en aurait pas besoin en vérité.
Vous savez, si vous mettez en place cette mesure, vous faites la moitié de l'effort nécessaire. Puisque M. Bayrou dit qu'il cherche 40 milliards d'euros, Taxe-Zucman, on estime son rendement à à peu près 20 milliards d'euros. Donc ce qui serait pas mal, c'est ce que vous nous dites quand même. 50% de l'effort pourrait être fait par une mesure qui peserait sur 1800 personnes. Je préfère ça que de faire reposer des mesures qui vont peser sur l'ensemble de la population.
Alors sur la réforme de l'assurance chômage, en incitant les demandeurs d'emploi à reprendre plus rapidement le travail, un emploi et en restreignant le champ de la rupture conventionnelle. Le gouvernement dit qu'il y a des abus. Ça, c'est non aussi.
On est à la combien ? Troisième ou quatrième réforme de l'assurance chômage envisagée. Et le chômage est reparti à la hausse. Donc à un moment, moi je veux bien, si vous voulez, qu'on continue à mettre en œuvre des mauvaises solutions en essayant de faire croire qu'elles vont produire aujourd'hui des résultats différents de ce qu'elles ont produit hier. Mais ça ne fonctionne pas. Aujourd'hui, le problème, y compris en termes de chômage, c'est que quand vous avez une personne qui a un emploi dit non pourvu, vous avez une vingtaine de personnes qui recherchent un emploi. Donc en fait, ce n'est pas la solution.
Et on nous l'a présenté initialement, ces réformes de l'assurance chômage, comme des mesures qui visaient à faciliter le retour à l'emploi. Maintenant, on nous le présente comme des mesures budgétaires. Donc vous savez, les gens qui sont au chômage aujourd'hui ou les gens qui sont au minima sociaux, ce n'est pas vrai de dire qu'ils roulent sur l'heure. Ils ont déjà beaucoup de difficultés. La fin du mois, elle commence bien souvent le 5 ou le 6 du mois pour eux.
Donc s'il s'agit de dire, alors que les prix ont augmenté, que les loyers ont augmenté, qu'on a atteint un record historique du nombre de pauvres dans notre pays, que c'est encore sur les gens qui n'ont pas beaucoup qu'on va faire reposer l'effort, c'est une idée qui est tout simplement inacceptable. Et donc, évidemment, nous nous y opposerons.
Est-ce que l'effort doit reposer sur les retraités ? On entend aussi cette piste-là. Il y a cet abattement fiscal dont il bénéficie de 10%. Est-ce que ça, ça peut permettre de trouver une piste d'économie ?
Mais l'effort sur les retraités de manière générale, il ne peut pas en être question. Vous savez, parmi les retraités, il y a des gens qui ont des ressources raisonnables et solides. Et puis, il y a plein de gens et l'essentiel d'entre eux qui n'ont pas suffisamment de moyens. Donc, faire reposer l'effort de manière générale sur les retraités, ça n'a pas de sens. Vous devez faire reposer l'effort sur celles et ceux qui ont les moyens d'être mis davantage à contribution. Il peut y en avoir parmi les retraités, mais ce n'est pas à travers les retraites que vous devez les mettre à contribution. Il faut le faire à travers les outils classiques de la fiscalité.
Si vous supprimez l'abattement, puisque c'est ça la question qui est posée, par ailleurs, il y a un effet de bord qui est aussi très largement documenté, qui est que si vous supprimez l'abattement de 10% sur la fiscalité pour les retraités, en fait, vous avez des aides au logement qui sont aussi calculées sur les revenus après abattement. Donc, en fait, ça se tradurerait par un impact, y compris sur ceux qui ne payent pas d'impôt sur le revenu. Donc, non, je suis désolé. Moi, j'ai des propositions à faire parce que j'ai l'impression de dire beaucoup non aux propositions qui sont posées sur la thème, mais parce qu'elles sont mauvaises.
Mais j'ai parlé de la taxe Zuckman, j'ai parlé, par exemple, de l'impôt universel sur les entreprises. Avec ces deux mesures-là, juste, la taxe Zuckman, c'est à peu près 20 milliards d'euros de recettes, on en a parlé. Et ce qu'on appelle l'impôt universel sur les entreprises, c'est-à-dire une mesure qui consiste à contraindre les multinationales à payer l'impôt qu'ils doivent payer en France. Ce n'est pas leur demander de payer davantage d'impôts, c'est juste les contraindre à payer l'impôt qu'ils doivent payer en France. C'est plus de 20 milliards d'euros aussi. Juste avec ces deux mesures, on a les 40 milliards d'euros nécessaires.
Il n'y a pas besoin d'aller faire souffrir encore plus les Françaises et les Français qui souffrent déjà beaucoup.
Donc vous faites ces deux propositions, mais dans tous les cas, on connaît le fonctionnement de la France insoumise au Parlement en tout cas, vous allez censurer le gouvernement quoi qu'il arrive à l'automne.
Si M. Bayrou arrivait et disait voilà les deux mesures qu'on va mettre sur la table et reprenait ces propositions, évidemment on ne le ferait pas. Mais bon, on ne va pas être hypocrite et évidemment ça ne se passera pas.
Donc ce que vous nous dites c'est motion de censure à l'automne pour faire tomber le gouvernement ?
Évidemment qu'à partir du moment où M. Bayrou inscrit sa politique dans la droite ligne de ce qui a été fait depuis plusieurs mois et depuis plusieurs années, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Et nous avons déjà à tenter à cette reprise de censurer le gouvernement de François Bayrou. S'il est encore en place aujourd'hui, c'est parce que le Rassemblement national la semaine dernière a décidé de le sauver, il faut quand même le dire, et parce qu'au mois de janvier et de février, c'est le Parti Socialiste qui cette fois n'avait pas censuré le gouvernement. Nous, on a toujours été cohérents. On conteste la politique de M. Bayrou, on cherche à le censurer.
Donc évidemment qu'à la rentrée, nous déposerons une nouvelle motion de censure.
Manuel Bompard, est-ce qu'il ne faudrait pas quand même sortir en permanence de cette opposition frontale au gouvernement et chercher peut-être des compromis pour faire avancer le pays ? Parce qu'on est en situation de blocage, quand vous censurez, c'est un nouveau gouvernement qui est nommé. Mais pour faire des compromis,
il faut être deux. Et vous avez en face de vous un gouvernement qui ne fait aucun compromis. Enfin, pardon, mais les mesures dont je suis en train de vous parler, par exemple. Expliquez-moi de manière raisonnable, rationnelle, pourquoi le gouvernement ne peut pas les reprendre ? Pour quelles raisons ? Parce qu'il est dans une forme d'obsession qui consiste en fait à protéger une toute petite minorité qui s'en met plein à l'épaule sur le dos du plus grand nombre. Donc moi, je veux bien faire des compromis. D'ailleurs, ces mesures-là, on les avait proposées dans le débat parlementaire l'année dernière. Elles avaient été adoptées par une majorité de députés à l'Assemblée nationale.
Si le gouvernement était dans une logique de compromis, il aurait dit je prends acte du vote de l'Assemblée nationale et je les reprends. Ce n'est pas ce qu'il a fait. Il a balayé tout ça d'un revers de la main et il a convoqué un 49-3 pour faire passer en force son budget. Donc puisqu'il va y avoir un 49-3, parce qu'on ne va pas se raconter d'histoire, il y aura un 49-3. Alors notre devoir, notre responsabilité et notre droit constitutionnel, c'est de nous y opposer en déposant une motion de censure.
Manuel Bonpart, vous êtes toujours avec nous coordinateur de la France Insoumise, député LFI des Bouches-Duraux. Nous avons parlé à l'instant de la censure du gouvernement, en tout cas de votre souhait de voir tomber le gouvernement à l'automne. Est-ce que vous souhaitez également une dissolution comme le Rassemblement national ? Alors,
pas comme le Rassemblement national. Moi, je souhaite un retour aux urnes le plus rapidement possible parce que je pense qu'on est dans une situation de blocage politique. On atteste d'ailleurs ces derniers mois à l'Assemblée nationale. Et je pense qu'en démocratie, en dernier ressort, quand il y a une situation de blocage, c'est au peuple de trancher. C'est quand même le principe de la démocratie. Sauf que sans le RN,
la censure ne passe pas et donc il faudra bien voter main dans la main avec le RN une fois de plus. Attendez.
Moi, d'abord, je pense que la solution, elle passe et elle devrait passer par le départ du président de la République. Je pense que c'est lui qui est responsable. Donc une démission
d'Emmanuel Macron.
Oui, je pense qu'il faudrait organiser une élection présidentielle anticipée. Tout le monde a compris dorénavant que c'est lui le point de blocage. C'est lui qui, l'année dernière, après avoir dissous l'Assemblée nationale, a refusé de tenir compte du résultat des élections législatives. Et c'est lui qui a mis le pays dans cette situation qui est une situation de blocage. Donc c'est à lui d'en assumer la responsabilité. Pour le reste, pour qu'une motion de censure soit adoptée, il faut qu'il y ait une majorité de députés qui votent cette motion de censure.
Si des députés de courants politiques différents votent cette motion de censure, ça ne veut pas dire qu'ils sont d'accord sur la politique à proposer et sur la politique alternative à mettre en place. Donc ça, après, chaque député prendra ses responsabilités. Vous savez, il y a même des députés dits du socle commun, puisque c'est comme ça que ça s'appelle dorénavant, qui sont censés être dans le soutien au gouvernement de M. Bayrou, qui, en fait, aimeraient bien que ça en finisse assez rapidement. Donc vous savez, il n'y a pas que le Rassemblement national. Et pour l'instant, c'est même plutôt l'inverse. Si M.
Bayrou est encore au pouvoir, c'est parce que le Rassemblement national l'a protégé. Nous, comme je l'ai dit tout à l'heure, nous avons été cohérents. D'abord, nous avons été cohérents pour protéger les Français et les Français de l'impact d'une mauvaise politique. Mais nous avons été aussi cohérents parce que cette logique-là, la logique qui est à l'œuvre et que va présenter cet après-midi le Premier ministre, c'est une logique qui nous amène dans le mur. Parce que l'austérité budgétaire, ça produit de la récession économique.
Précisément, non seulement ça fait souffrir les gens, mais en plus, ça ne règle pas les problèmes parce que c'est moins de dépenses publiques, donc c'est moins d'activités économiques et donc c'est moins de recettes fiscales. C'est un cercle vicieux. Il faut sortir de ce cercle vicieux. Et pour ça, il faut changer de politique économique et ça, ça passe par des élections.
Et donc, il faut changer de président de la République ce que vous dites. Justement, Emmanuel Macron, il appelle à la responsabilité des parlementaires dans ce contexte de conflits mondiaux. Il l'a dit lors de son discours devant les armées. Ça vous agace quand il dit ça, Emmanuel Macron ?
D'abord, moi, j'appelle à sa responsabilité à lui, vous savez, mais il est assez mal placé, je pense, pour donner des leçons de responsabilité. Mais en tout cas, le chantage qui consiste à dire on est dans une situation internationale compliquée et donc, en gros, ne discutez pas et acceptez ce que moi, Emmanuel Macron, je vais vous proposer. C'est un chantage qui est tout simplement inacceptable. Je voudrais quand même dire que c'est Emmanuel Macron qui nous a mis dans cette situation. Vous savez, on dit beaucoup où il y a une situation budgétaire compliquée parce que, en gros, les dépenses publiques se seraient envolées, etc. Ce n'est pas du tout vrai.
Depuis 2017, les dépenses publiques, elles sont restées à peu près stables en proportion du PIB. Ce qui a diminué depuis 2017, c'est les recettes. Et si les recettes en pourcentage du PIB étaient restées au même niveau aujourd'hui que ce qu'elles étaient en 2017, on aurait aujourd'hui un déficit inférieur à 3% du PIB. Je pense que c'est quand même important parce que le diagnostic sur lequel repose l'essentiel des commentaires médiatiques sur ce sujet, c'est un diagnostic erroné. Le problème, ce n'est pas c'est les recettes de manière inacceptable, de manière injuste, de manière inéquitable et qu'aujourd'hui, on se retrouve dans cette situation. C'est à ça qu'il faut répondre. Et M.
Macron, comme M. Bayrou, manifestement refuse d'y répondre.
Manuel Bompard, on parlait d'Emmanuel Macron et de cette menace existentielle russe et d'autres menaces envers notre pays, comme le dit le chef de l'État. Il souhaite doubler le budget des armées en 10 ans, 2017-2027, Emmanuel Macron, et il faut trouver 3,5 milliards d'euros pour le prochain budget. De plus, pour le prochain budget 2026 et 3 milliards encore en 2027. Quand même, face à cette menace, il a raison d'engager. Ça se trouve, l'histoire lui donnera raison, Emmanuel Macron, si un jour, on est engagé dans un conflit mondial.
Mais attendez, d'abord, je trouve ça juste stupéfiant que le président de la République annonce des chiffres d'augmentation de budget sans à aucun moment dire pourquoi faire. Et la vérité, pourquoi il ne le dit pas, c'est parce que... Alors,
il y aura des annonces à l'entône. Peut-être services militaires, volontaires,
les réservistes... Je ne sais pas, un principe de base, c'est qu'on fait une évaluation des besoins en matière de défense. Moi, évidemment, je suis pour qu'on protège notre pays, pour qu'il soit capable de faire face à d'éventuelles menaces externes. Mais pour ça, on fait une revue des besoins, une évaluation des besoins.
La revue stratégique qui est sortie fait cette évaluation des besoins.
Non, elle ne chiffre pas la nécessité budgétaire qu'a annoncée le... Attendez, soyons pas... Donc il se trompe, il se trompe Emmanuel Macron sur le budget des armées et de la défense. Il se trompe, c'est pire qu'il se trompe. La vérité, c'est qu'il masque, il cherche des prétextes pour ne pas dire la vérité. La vérité, c'est qu'il cède aux injonctions de Donald Trump. Donald Trump est arrivé au mois de janvier, il a dit, en gros, il faut que les pays de l'OTAN mettent 5% de leur PIB dans le budget de la défense. Sans aucune explication.
Juste parce que Donald Trump veut un tribut sur les économies européennes puisque 50% des dépenses militaires en Europe viennent abonder l'industrie d'armement américaine. A l'époque, le ministre Le Corneux disait 5% de PIB à horizon 2035, c'est irréalisable. Aujourd'hui, maintenant, ils ne le disent plus. Pourquoi ? Juste parce qu'ils ont cédé aux injonctions de Donald Trump. Donc pardon, nos politiques en matière de défense, elles doivent répondre à nos besoins, pas aux injonctions qui viennent du président américain.
Manuel Bonpar, parlons de Donald Trump justement. Les Etats-Unis ont signé un accord avec l'OTAN hier pour la livraison d'armes américaines à l'Ukraine. Est-ce que vous avez l'impression cette fois-ci qu'il a changé de ton Donald Trump vis-à-vis de Vladimir Poutine ?
Pardonnez-moi, mais il faut préciser, l'accord, la discussion qu'a eu entre Donald Trump et le secrétaire de l'OTAN, Marc Rutte, ce n'est pas que les Américains vont livrer des armes à l'Ukraine. C'est que les Américains proposent de vendre des armes américaines aux pays membres de l'OTAN pour qu'ils les livrent à l'Ukraine. C'est quand même extrêmement différent.
Mais est-ce que c'est un changement quand même de paradigme de la part de Trump vis-à-vis de Poutine ?
Est-ce qu'on peut le croire ? Il met un chantage et il dit si d'ici 50 jours, il n'y a pas de paix, alors on va utiliser l'outil commercial pour mettre des sanctions économiques. Donc ça va plutôt dans le bon sens quand même ? Non mais moi, ça ne va pas dans le bon sens de dire que le président américain va prélever un tribut supplémentaire sur les pays européens qui vont acheter des armes américaines. C'est juste fou en fait. C'est juste fou. On est en train... Donald Trump vient de nous donner l'autorisation de lui acheter des armes pour les livrer à l'Ukraine et on devrait être content. Il fait du business sur le dos des ukrainiens ? Il est très cohérent Donald Trump.
Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, il essaye de relancer la machine industrielle américaine et de le faire sur le dos de l'économie européenne. Et il le fait avec les 5% de PIB dans le budget de la défense et il le fait avec cette mesure sur l'Ukraine.
Et les droits de douane à partir du 1er août, 30% de taxes sur les pays européens. Est-ce que l'Union européenne doit réagir ? Parce qu'elle veut encore
négocier un accord. Mais qu'est-ce qu'il faut faire ? Ça fait depuis des mois et des mois qu'elle aurait dû réagir. De mon point de vue, il faut taper là où ça fait mal. C'est-à-dire, il faut cibler ce qui crée la balance exportatrice américaine et ce qui est au cœur du pouvoir américain, c'est-à-dire les services numériques. À mon avis, c'est dans cette direction qu'il faut aller. Parce que si vous réagissez par des droits de douane, vous vous tirez une balle dans le pied parce que les droits de douane, ça produit aussi de l'inflation dans votre propre pays et donc c'est la population qui en paye le prix.
Donc je pense qu'il faut aller des mesures de rétorsion qui sont des mesures ciblées sur ce qui fait le cœur aujourd'hui de la puissance économique américaine et notamment les services numériques. Vous pouvez aussi avoir des mesures, je m'arrête là, vous pouvez aussi avoir des mesures de protection par exemple de vos marchés publics. Mais pour ça, il faut faire monter en puissance notre propre capacité de production en Europe. Merci Emmanuel Bonpart. Merci à vous.
Merci de m'avoir répondu aux questions du 830 France Info.
Manuel Bompard