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ChroniqueLCI· 11 juillet 2026 24 minActualité / polémiqueDéfenseÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

Bataille navale en mer d'Azov, la Crimée étouffée|LCI

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    « 130 pétroliers et cargos touchés ces dernières 48 heures »

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Regardez ces images, elles sont impressionnantes, c'est une véritable bataille navale. On vous emmène d'ailleurs au cœur de cette guerre que se livrent l'Ukraine et la Russie. Une guerre à coups de drones navals et aériens, 130 pétroliers et cargos touchés ces dernières 48 heures.

Je vous laisse découvrir ces images, on est en mer d'Azov. La suite de cette vidéo, c'est une explosion. On va partir à Kiev retrouver nos envoyés spéciaux Marianne Kotonoff et Loïc Georgibus.

Bonjour, merci à tous les deux. Une nuit des records, on peut dire ça comme ça, 30 bâtiments détruits. Une véritable stratégie de la part des Ukrainiens frappés là où ça fait mal.

Et on le verra, Moscou qui ne peut marier à ne riposter. L'objectif des Ukrainiens, c'est effectivement de mettre le plus de pression possible sur les ports de la mer d'Azov. C'est ce qui s'est passé la nuit dernière avec une attaque de drones sur le port de Taganrog.

Ce port, évidemment, abrite des infrastructures pétrolières qui ont été visées et notamment deux stocks d'hydrocarbures qui sont toujours en train de brûler. Alors, non seulement ils mettent la pression sur les ports de la mer d'Azov, mais également sur la flotte fantôme russe. En quatre jours, ce sont 36 bateaux, selon les autorités ukrainiennes, de cette flotte fantôme qui ont été visées, et notamment des pétroliers.

L'objectif est simple, c'est tout à fait de bloquer le ravitaillement et l'approvisionnement de la Crimée, mais également de la Russie. Et on voit que ça fonctionne. Il n'y a qu'à voir effectivement les problèmes de pénurie de carburant que la Russie est en train de connaître pour voir que c'est une stratégie qui fonctionne tout à fait.

Et puis, il faut se rappeler que les Ukrainiens ont quand même réussi à dominer plus ou moins, et même plus que moins, la mer Noire. Ils veulent faire la même chose, même si ce n'est pas du tout la même configuration, avec la mer d'Azov. Merci beaucoup Marianne et merci Loïc Georgibus qui vous accompagne.

Xavier, une vraie bataille navale, je vous le disais, avec des Russes qui, sur ces sites, que ce soit la mer d'Azov ou la mer Noire, ne peuvent riposter, et qu'on le veuille ou non, un cargo ou un pétrolier. C'est une cible fragile. Une cible fragile, une cible très facile, surtout lorsque ces cargos ou pétroliers sont en fait en convoi quasiment en file indienne à la queue leu-leu dans la mer d'Azov pour aller faire quoi ?

Pour aller ravitailler la Crimée, qui manque cruellement de carburant. Vous vous souvenez de l'escorte du bateau attribué à Vladimir Poutine depuis le nord de la Russie jusqu'à Bodrum. Il y en a eu deux.

Il y avait une escorte militaire très impressionnante. Et il y a beaucoup de mille blogueurs russes qui se demandent pourquoi on ne protège pas aussi les pétroliers qui tentent de ravitailler la Crimée. Regardez ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz, on a du mal à les protéger.

Alors vous imaginez, il y a moins de drones dans le détroit d'Ormuz qu'il y en a dans Mer d'Azov. Le bateau est exceptionnel parce que c'est le seul moment où en fait les russes ont essayé d'intercepter le Sea Baby. En fait c'est un Sukhoi qui a attaqué le drone naval ukrainien.

On voit d'abord dans un premier temps un bombardement à la droite de l'image, voilà on vient de le voir. Et ensuite voyant qu'il n'y arrive pas avec ses bombes, il a tiré avec ses canons, il n'a jamais réussi à la voir. Et le Sea Baby s'est écrasé contre le flanc arrière-babord du bateau, exactement là où il y a la salle des machines en fait.

C'est important à souligner que quand même la flotte maritime russe était beaucoup plus présente même en Crimée que la flotte maritime ukrainienne. Et maintenant les ukrainiens sans avoir autant de moyens que les russes, même au début de cette guerre à l'échelle, oui ils ont quand même réussi à presque détruire cette flotte maritime russe. Et pendant ces derniers six jours, Kiev a détruit quand même 76 pétroliers.

Donc cela montre vraiment une initiative qui a été prise par le gouvernement ukrainien. Et il faut le noter aussi que 95% des drones que les forces armées ukrainiennes utilisent actuellement sont produits, ont été produits en Ukraine. On voit ces images, elles sont quand même impressionnantes.

Je le disais, cible relativement facile. La mer Noire, la mer d'Azov qui a fait à peu près ce qu'elle veut. Et encore une fois, c'est par la mer que la Russe subit ses coups les plus durs.

Oui, vous parliez de bataille navale tout à l'heure Christophe. Les ukrainiens ont remporté la bataille navale sans le moindre navire de surface. Ce qui est exceptionnel et ce qui doit faire réfléchir d'ailleurs tous les marins du monde concernant les futures batailles sur les flots.

C'est important ce qui se passe en mer d'Azov parce que pour le moment, le seul moyen pour les russes de ravitailler la Crimée, c'est par la voie maritime. Puisque le pont de Kertsch est en partie entravé, vous savez qu'il est interdit aux poids lourds notamment, pour des raisons de sécurité. Donc il n'y a plus que par la mer d'Azov que le ravitaillement pour l'instant arrive en Crimée, sachant que les routes nord sont coupées ou du moins elles sont en permanence harcelées par les moyens aériens ukrainiens.

Donc à l'heure actuelle, vraiment, les ukrainiens sont en train d'étouffer la Crimée par tous les moyens. Ce qu'on voit, c'est une transformation complète du champ de bataille contemporain qui fait qu'aujourd'hui, la guerre se fait avec de la recherche et développement, petits moyens mais beaucoup d'ingénierie, beaucoup de drones. Ce qu'ont réussi les ukrainiens, c'est quand même à fermer les deux mers principales, la mer Noire, la mer d'Azov.

On sait que la mer Baltique est fermée par les Européens, puisqu'on appelle ça la mer Otanienne. C'est-à-dire qu'en fin de compte, la Russie, là, a perdu ses trois ouvertures vers l'extérieur. Ce que la Russie avait construit d'un point de vue impérial et après, post-URSS, c'était ses ouvertures vers l'extérieur.

C'est fini. L'ouverture qu'elle avait même sur la Syrie avec ses deux bases, notamment à Tartouz, c'est fini. Donc ça veut dire qu'aujourd'hui, ils vont devoir reconstituer ce capital stratégique.

Ce que réussissent aujourd'hui les ukrainiens, c'est effectivement à faire en sorte d'isoler la Crimée. La question, c'est au-delà de ces attaques, au-delà de l'inflexion économique, comment les ukrainiens demain pourraient-ils, et je mets tout au conditionnel, faire en sorte que peut-être Poutine lâche une partie de la Crimée ? Est-ce que c'est envisageable ?

Je ne sais pas. Est-ce le but tout simplement, général ? Parlons de planification.

Alors, il y a aussi, il reste quoi, 25-26 jours, le fameux ultimatum du président ukrainien à Poutine. On est à peu près dans ces eaux-là. Mais au-delà de ça, on a vraiment le sentiment, général Chauvincy, que tout est planifié.

Il y a ces frappes, on verra des images, on écoutera des témoignages. Même les propagandistes les plus proches du Kremlin annoncent quand même aux Russes qu'il va falloir se serrer la ceinture. C'est quand même un comble.

Mais là, ces frappes, tout semble orchestré, organisé. Vous avez le terrain, vous avez le naval, vous avez l'aérien. Tout est...

Alors, c'est une opération, mon avis, planifiée de longue date. C'est quoi, longue date ? Tiens, c'est intéressant.

Combien de temps on met pour...

Parce qu'il y a les frappes en profondeur. Zelensky, d'ailleurs, a annoncé la création d'un...

Ça a commencé il y a plus de deux ans et demi. ...d'un centre pour pouvoir contrôler les frappes sur la longueur.

Alors, je n'irai pas jusqu'à deux ans et demi quand même. Parce que quand même...

Mais si, parce que tous les systèmes antiaériens en Crimée, toutes les stations sur les...

Xavier, laissez répondre le général. Non, je ne te laisse pas d'accord avec lui. Justement, quand vous n'êtes pas d'accord, allez-y.

C'est un plaisir. Qu'il y a eu un affaiblissement de la défense solaire, sans aucun doute. A mon avis, on n'était pas à un tel niveau de planification et d'opération.

Qui aurait pu penser, il y a deux ans, que des drones pourraient frapper à 2000 km en Russie ? Qui ? Personne.

Qui pourrait penser qu'en mer d'Azov, là, on est capable de couler un certain nombre de navires avec les drones disponibles ou même, d'ailleurs, les drones marins qui ont quand même été éliminés du système pendant quelques temps. On ne les a pas vus. Donc, on est bien dans une planification dans les moyens.

Mais avant les moyens, il y a les objectifs. Ensuite, il y a du renseignement important qui a dû être fait parce que tout est bien ciblé. C'est-à-dire qu'on a quand même frappé tous ces navires.

Ce n'est pas innocent. C'est qu'on s'est bien renseigné. Ce qui se passe aussi sur toutes les graffineries, le capital énergétique de la Russie, ça a été bien aussi travaillé.

Et puis après, il y a eu l'affaiblissement progressif, effectivement, de la défense solaire avec surtout une réflexion. C'est que le territoire est tellement grand qu'il y avait forcément des vulnérabilités. Donc, si on met tout ça ensemble, à un moment donné, quand est-ce qu'on y va ?

Et en fait, quand est-ce qu'on y va ? Là, c'est le discours politique. Le chef d'état-major ou peut-être un conseiller proche de Zelensky lui dit « On est prêt à... » Et après, c'est le choix à quel moment on y va.

Et en fait, l'opportunité a été bonne. Et puis, on donne un message avec. Le message, d'abord, pendant plusieurs jours, vous avez vu quand même des déclarations de Zelensky en permanence, annonçant quand même la couleur.

Et puis, à un moment donné, on vous donne, monsieur...

Notamment aux alentours du sommet d'Ankara, de l'OTAN, où il a rencontré Donald Trump. Mais un peu avant, quand même, on vous donne 40 jours. 40 jours, c'est le 1er août.

Donc, on en a encore 19. 19 jours où, tous les jours, et là, je reviens à la planification, il y a des frappes sur des zones sensibles avec le message qui va bien avec, que c'est que toute la com' accompagne tout ça. Tout est bien raconté, de telle façon qu'on crée un environnement informationnel tout à fait, je dirais, anxiogène pour Vladimir Poutine, aussi de positivité vis-à-vis des Occidentaux, et notamment de Donald Trump, dont on a quand même beaucoup parlé de son changement d'attitude il y a quelques jours à Ankara.

Donc, tout est bien planifié. Alors maintenant, la question, ou les questions, est-ce que dans 19 jours, les résultats seront obtenus ? Bon, je pense que la Russie sera fortement affaiblie.

Ensuite, est-ce que...

Oui, mais pas certain que Poutine...

On ne connaît pas trop son prologue. Il a dit non, d'autres raisons. Voilà, il a dit non.

Dans 19 jours, ça va toujours. Est-ce que la société russe dira, il y en a assez ? Ça, c'est aussi une des cibles.

Il n'y a pas que le matériel. Donc, on a la population, on a le politique, et puis, au point de vue militaire, maintenant, est-ce que les Ukrainiens sont capables de dépasser les 40 jours avec tous les moyens qu'ils ont mis en place ? Et là, on verra dans 40 jours où l'objectif politique est atteint.

Là, il y a négociation potentielle, on verra. Ou alors, ce n'est pas atteint et il y a des munitions, et on peut continuer. Et s'il n'y a plus rien, par contre, là, on se retrouve devant un vide.

En tout cas, en ce qui concerne les munitions et notamment les missiles, un certain nombre d'annonces sont faites. Je vous laisse la parole, Xavier, mais je voudrais qu'on avance quand même. Oui, mais c'est quelque chose qui est frappant quand même.

Non, on n'avancera pas. Effectivement, ça n'a pas été planifié il y a deux ans et demi, mais tout a été fait pour ramollir la défense pour arriver à ce résultat-là. C'est ça que je voulais dire.

En revanche, ce qui est étonnant quand on voit les images, un drone Seababy, donc un drone naval ukrainien, est passé sous le pont de Kertsch. Parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de rentrer dans la mer d'Azov, au vu et au su des Russes. Et ça, à mon avis, pour les Russes, ça doit être un énorme problème.

Et alors, attendez...

Prochain objectif, c'est le pont. Ça, c'est une...

Attendez, parce que là, on a cette vidéo. À l'issue des 40 jours, ce sera peut-être ça. Extraordinaire.

Mais tout à l'heure, vous avez vu, il y a d'autres bâtiments qui ont été touchés. Nul doute qu'ils l'ont été avec ce type 130. Pour l'instant, selon Kiev, bien évidemment, et un dernier comptage.

Je vous le disais, cette nuit a été exceptionnelle. 30 cargos et pétroliers ont été touchés. Alors, conséquence de cette campagne de frappe massive des Ukrainiens, les infrastructures pétrolières russes sont au plus mal.

Pénurie monstrueuse de carburant qui touche l'ensemble du pays. Personne n'est épargné. Mais il y a des secteurs, vous allez voir, où la situation est catastrophique.

Les agriculteurs dont les machines sont à l'arrêt, les récoltes ne peuvent plus se faire. Et puis, bien évidemment, il y a l'armée des chars, des camions. Ça consomme beaucoup.

Regardez cette image, ces images, ces photos. Elles nous sont fournies par les Ukrainiens. Regardez, ce char, c'est un Bladerus capturé sur le front.

La particularité, c'est qu'il est intact. En fait, il a juste un problème, ce Bladerus, c'est que ces réservoirs étaient totalement à sec. Une situation qui commence, vous allez le voir, a énervé passablement les blogueurs militaires de Moscou.

On va en écouter un. C'est peut-être l'un des plus célèbres à l'heure actuelle. Ils nous disent que l'économie est en pleine croissance.

Mais le fait est qu'ici, nos chaînes de magasins ferment les unes après les autres. Entre 60 et 80 magasins ont déjà fermé et tout le monde s'en fout. En réalité, la situation est vraiment difficile.

C'est juste un véritable bordel. L'économie est en train de plonger dans l'abîme, quoi qu'on en dise. Ça y est, c'est fini.

Bientôt, il ne restera plus d'argent. Je vous avais dit de planter des pommes de terre. Je ne sème pas la panique, je suis juste toujours prêt à affronter des conditions de vie difficiles.

Bande d'idiot. Extraordinaire que ce sonore. Alors la suite, pour bien comprendre, je vous laisserai tous réagir, bien évidemment.

C'est qu'il s'en prend à celles et ceux, surtout ceux, qui cachent la vérité à Poutine. Que ce soit en termes économiques, mais également en termes militaires, en disant, pardon, bordel, ayez, vous voyez ce que je veux dire, et oser parler à Poutine. Et peut-être qu'on avancera, que ce soit pour nos hommes sur le terrain ou que ce soit pour la réalité économique du pays.

Oui, ça fait déjà plusieurs semaines, je pense, que ce blogueur est à la une des réseaux russes aussi. Et oui, il s'en prend au gouvernement russe. On voit bien comment il les traite dans ce message.

Et on peut dire que c'est un avis assez répandu et de plus en plus répandu. En Russie, on voit cette critique. Et c'est justement le cible, en fait, je pense, de ce programme de communication aussi des actions ukrainiennes.

C'est justement de cibler les besoins vitaux de la population russe pour qu'ils prennent conscience que, quand même, c'est la Russie qui a attaqué l'Ukraine, qu'il y a la guerre, que ce pays, la Russie, est en guerre et qu'il faut que la population agisse aussi. Alors ce qui est intéressant, c'est qu'on va continuer de commenter cette image. D'ailleurs, parce que ça dit quelque chose, ce char qui n'a plus de carburant, que les soldats sont obligés d'abandonner sur le terrain.

Mais cette situation, on parlait des agriculteurs aussi. Vous savez comment ça consomme, un char comme ça ? Je ne sais pas, une centaine de litres. 100 litres de gasoil à l'heure. 100 litres de gasoil.

Non, 300 à 400 même. Ça dépend lesquels. Moi, je suis modèle français, je ne connais pas les autres.

On va dire que le char russe consomme un peu plus que le char français. Alors au-delà de la consommation, l'idée que ça fait, et puis revenons sur ce qu'a dit ce blogueur militaire. Je voudrais qu'on commente ce qui est diffusé à l'antenne.

Non, ce qui est frappant, c'est que la liberté d'expression en Russie est conférée aux mille blogueurs. C'est ça qui est extraordinaire. Ils sont les seuls à pouvoir s'exprimer à peu près librement.

Ensuite, sur la théorie selon laquelle on ne dirait pas la vérité à Poutine. Poutine lui-même s'est volontairement enfermé aussi dans une bulle informationnelle dont il ne parvient plus à sortir. C'est un ancien agent de renseignement.

Un agent de renseignement, ou un ancien agent de renseignement, normalement, il essaye d'avoir au moins un point de vue sinon équidistant, au moins subjectif, pour faire la part des choses. Ce qu'il n'a plus d'ailleurs depuis 4 ans. Sinon, il n'aurait jamais cherché à envahir l'Ukraine.

Mais il semblerait que Poutine n'admette pas, quand on lui dit que cette situation économique, désastreuse pour le pays, l'économie, le prix des patates. Ça ne paraît rien, mais les patates, c'est un bontagne pour la Russie, pour dire si ça va ou si ça ne va pas. Et ça, il va bien falloir que du côté du Kremlin, on l'entende.

Oui, et d'ailleurs, quand les patates sont prêtes à être récoltées, on ne peut pas attendre. Là, il n'y en aura pas de patates. Donc c'est maintenant ou c'est perdu.

Non, mais les agriculteurs n'ont pas de gasoil pour pouvoir les récupérer. Justement, donc c'est maintenant ou c'est perdu. Donc il y a cet élément de temps.

Et là, on revient à cette discussion qui était ici tout à l'heure. Combien de temps les Ukrainiens ont planifié cela ? Donc là, on peut dire qu'il y avait les moyens, il n'y avait pas les moyens.

Ils connaissaient la capacité des drones, ils ne connaissaient pas. Mais ce qui est clair, c'est que ce que les Ukrainiens ont visé, ils continuent à viser. Et ça, c'est clair qu'il y avait un plan depuis très longtemps.

C'est la question de l'économie russe et la question de la société russe. À quel moment, justement, ils pourront mettre assez de pression sur la société russe pour faire bouger le président Poutine ? Et là, on revient à cette question.

Est-ce qu'il est conscient ou conscient pas des faits autour du pays ? Il semblerait, selon des indiscrétions du côté du Kremlin, alors bon, ça vaut ce que ça vaut, qu'à chaque fois que quelqu'un essaye de lui dire, et notamment les financiers, de lui dire, ça va pas bien, il faudrait peut-être desserrer les taux, il faudrait peut-être repartir sur une forme de négociation qui le prenne mal et qui dise, il est hors de question, j'arriverai à conquérir l'Ukraine. Non, mais qu'il ait comme obsession de conquérir l'Ukraine et qu'il ne veuille pas renoncer au fait de conquérir l'Ukraine, on peut aussi entendre que du côté ukrainien, on est peut-être prêt aussi à s'infléchir.

Il faut voir quand même qu'il y a une porosité des deux sociétés, qu'elles se connaissent parfaitement et qu'à ce niveau-là, je crois que les uns comme les autres voient leur faiblesse réciproque. Je crois que si aujourd'hui...

Zelensky a touché à un point sensible, c'est peut-être là qu'il fallait toucher la Russie ? Non, mais c'est...

Oui, enfin je pense que c'est là où il fallait toucher la Russie pour Zelensky pour ramener d'une manière ou d'une autre Vladimir Poutine à la table des négociations avec Trump. La question après c'est qu'est-ce qu'ils vont négocier et qu'est-ce que les Ukrainiens aujourd'hui et que la société civile ukrainienne est prête à négocier. Moi je pense, de mon côté, que l'opinion publique ukrainienne bougera plus que ce que l'opinion publique russe bougera.

Aujourd'hui, en Russie, ça ne bougera pas. L'opinion publique ne fera pas d'inflexion. Je pense que pour Poutine, ça suffit juste de dire qu'on a terminé avec succès l'opération spéciale militaire, tout va bien, même s'il sait tous les territoires, s'il rend tous les territoires ukrainiens qu'il avait occupés pendant cette guerre, mais il annonce ça à la population russe.

Ça suffira ? Ça suffira. Ils ne connaissent même pas les territoires ukrainiens.

Il n'y a pas de pilote. Quand on leur demande vraiment les frontières de la Russie, assez souvent, ils ne sont pas au courant où ça se trouve. Donc c'est surtout les messages qui sont à la télé.

Certains, alors...

Ça suffit pour la population russe. On en a rigolé, mais certains de ces Russes qui ont découvert que le pays pouvait être privé d'essence, qui ont fait des heures et des heures de queue. Certains se disaient, on les a diffusés à l'antenne, qu'est-ce qui se passe ?

Les missiles qui passaient. Mais que fait notre défense aérienne ? Pourquoi on n'a plus d'essence ?

Vous dites que, en fait, la plupart des Russes ne connaissent rien à cette opération militaire spéciale. On en est encore là, en fait. Ben oui, mais c'est une humiliation suprême.

Rendez-vous compte, la Russie, c'est le deuxième ou troisième producteur mondial de pétrole. 10 millions de barils le jour. C'est la première fois dans son histoire que la Russie importe de l'essence, des produits raffinés, et qu'ils sont en train de courir après l'essence un petit peu partout dans le monde, en catastrophe, depuis maintenant une semaine.

Donc c'est une humiliation absolument totale. Sur les raffineries, la pression, elle monte sur la raffinerie depuis deux ans, on voit bien. Mais là, en une semaine, 17 raffineries sur 40 ont été touchées par les Ukrainiens.

Et non plus superficiellement comme auparavant, avant ils tapaient une cuve ou deux, maintenant ils tapent tout le système productif de la raffinerie. Donc ça signifie pour les Russes, pendant un an au moins, pendant de très longs mois, ne plus pouvoir compter justement sur ce raffinage. Je vous laissais un document qui disait que la Russie aujourd'hui, à partir d'aujourd'hui J0, ils ont entre 3 et 5 ans quand même de résilience pour tout ce qui est hydrocarbures.

Ça laisse de la marge. Non mais de résilience, de stock certes, mais de capacité de raffinage. Pourquoi les stocks, ils ne les libèrent pas ?

Comment annoncer à ces centaines de Russes qui font la queue que...

C'est un problème de carburant, c'est pas raffiné. Non mais c'est un problème de capacité de raffinage. Ah oui, mais parce que l'Ukraine a frappé...

Là, on en revient avec ce que nous disait le général Chauvincy, c'est la planification. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que les stocks ou les dépôts ou les pétroliers qui ont été touchés, c'est le système de raffinage. Alors, on a entendu...

Il n'y a plus de capacité de production en fait. On a entendu le blogueur star, le blogueur militaire qui dit tout ce que beaucoup pensent, tout baron. On va voir combien de temps il réussira, sauf s'il est télécommandé ou téléguidé, on en a déjà vu par le passé.

Mais vous vous souvenez de Margarita Simonian, la propagandiste en chef, celle qui avait été décorée par Vladimir Poutine au Kremlin. Vous allez voir que physiquement, elle a un peu changé. C'est bien elle, elle prend la parole.

Mais aujourd'hui, elle-même est obligée d'annoncer au peuple russe qu'il va falloir sacrément se serrer la ceinture. Écoutez bien. Il n'y a pas d'essence.

Je m'en souviens encore, ma génération se souvient que la nourriture était distribuée avec des cartes de rationnement. On oublie, mais dans ma ville à Krasnodar, en 1992, il y avait des coupons pour aller chercher de l'eau. Moi personnellement, à 11 ou 12 ans, j'allais chercher de l'eau avec des sots.

Je n'allais pas chercher du Coca-Cola ou autre, mais de l'eau, parce qu'il n'y en avait pas. On a tenu bon et on tiendra bon aujourd'hui. Je n'ai aucun doute là-dessus.

Ils feront tout pour que, comme en 1917, nous nous précipitions pour renverser le Tsar, notre père. J'appelle tout le monde au calme. Oui, c'est dur, très dur.

Elle, dont la fortune est colossale. Non mais c'est dingue, parce que ça veut dire que là, c'est un message du pouvoir aux Russes en disant « Attendez-vous à vous serrer la ceinture très longtemps ». On parle de 1917, ce n'est quand même pas une grande période.

Oui, c'est intéressant que justement, cette femme qui parle de cette période, on se souvient de la transition de l'Union soviétique vers la Russie aujourd'hui, comment elle était battue, la Russie d'aujourd'hui ? Nous, notre génération, on se souvient de tous ces oligarques qui ont commencé justement, c'était des mégas d'énergie. Et c'est sur ça que la nouvelle Russie s'est bâtie, avec ces oligarques qui, justement, qui contrôlaient toutes les ressources de pétrole et d'autres ressources d'énergie.

Et là, on est dans une situation où Poutine, il perd la main sur cette ressource qui est peut-être la plus importante, qui a tenu cette Russie depuis la chute de l'Union soviétique jusqu'à maintenant. C'est un signe, ces oligarques...

Ah oui, c'est très important ce que vient de dire Rina. Parce qu'il y a un pacte entre Poutine et les oligarques. C'est-à-dire, vous continuez à me soutenir, je vous fous la paix.

J'ai distribué des rentes aux uns et aux autres. Vous pouvez aller vivre votre vie d'ailleurs à l'extérieur, en Occident. Vos enfants peuvent aller faire leurs études à Paris ou à Los Angeles ou je ne sais où.

Mais néanmoins, là, le pacte va être rompu parce que les oligarques ont commencé à perdre beaucoup d'argent. Et tout le monde est frappé, que ce soit à Rosneft, à Homsk, c'est une raffinerie de Gazprom, donc une compagnie d'État. Et tout le monde est touché.

Donc à partir du moment où ils vont être pris à la gorge financièrement aussi, là, ça va peut-être bouger. – Marianne, quand Margarita Simonian appelle les Russes à se souvenir de ce passé difficile et se serrer la ceinture, ça dit quand même quelque chose du message envoyé par le Kremlin. Et parle sur comment, on en est bien d'accord ? – C'est aussi quand même un contraste et un vrai changement de narratif si on compare ses discours en février 2022 où elle disait qu'Yiv va le prendre en trois jours et maintenant elle se plaint que c'est très compliqué à vivre.

En tout cas, en Russie, c'était toujours le fait que la population avec moins de ressources, la population qui devient de plus en plus pauvre, est plus facile à être gérée par le Kremlin. Mais quand même, j'espère qu'il y aurait vraiment cette prise de conscience de la population russe, justement cette prise de conscience aussi des oligarches et qui vont aussi influencer sur le fait qu'il faut arrêter cette guerre. – Alors, on vous comprend bien évidemment, ça ne sera peut-être pas officiel, mais c'est ce que vous disiez, il suffirait que Poutine dise « on a gagné » pour que tout le monde comprenne qu'on a gagné. – Merci.