Iran, Gaza, Ukraine, droits de douane américains... Jean-Noël Barrot invité de LCI|LCI
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mesdames, messieurs, bonsoir. Interview exceptionnel dans un cadre exceptionnel dans ce salon de l'horloge du quedé. Monsieur le ministre Noël Barreau, bonsoir.
Bonsoir et bienvenue au Kor. Merci beaucoup. Je suis ravie de faire cette interview dans ce cadre exceptionnel à vos côtés.
Nous sommes seulement quelques jours après ces frappes américaines ciblées sur le territoire iranien. Donald Trump dit que le programme nucléaire iranien a été totalement détruit. La IEA est un peu plus dubitatif.
Qu'en est-il de la position française ? Est-ce que vous avez un regard clair sur la situation ce soir ? Les États-Unis comme la France considèrent que le règlement durable de ce problème du nucléaire iranien passera par la négociation, par un accord comme celui que nous avons obtenu il y a 10 ans qui permettra de contraindre les activités nucléaires, les activités balistiques relatives à la production de missiles, mais aussi les activités de déstabilisation régionale de l'Iran.
Dans cette négociation qui s'ouvre, la France se tient prête à apporter sa compétence, son expérience et sa constance sur ce dossier qu'elle suit très attentivement depuis le Kedoret depuis 10 ans. Également pour aller chercher du renseignement sur les dégâts causés sur le territoire iranien. Alors de ce point de vue-là, il est essentiel et il est même vital que l'Iran permette aux inspecteurs de l'AIEA, l'Agence internationale pour l'énergie atomique de continuer leur travail.
Une décision a été prise par les instances politiques hier euh de suspension de la coopération avec cette agence. Il est indispensable que la coopération puisse reprendre parce que c'est la seule manière que nous puissions engager des discussions en bonne foi. Les Américains disent qu'ils sont prêts à prendre le relais de la IEA.
Vous êtes pour Je crois que il est essentiel néanmoins que la IA soit présente parce qu'elle dispose d'une connaissance très fine du programme euh nucléaire iranien qu'elle suit depuis de très nombreuses années et que l'A est désunié comme je dirais l'instance de vérification dans le cadre d'un traité qui est plus large que celui que nous avons obtenu avec l'Iran il y a 10 ans qui est ce qu'on appelle le traité de non prolifération. Ce traité qui a été signé à la fin des années 60 et qui a permis d'éviter au monde une course alarmement nucléaire qui prévoit que cinq nations sont dotées de l'arme nucléaire dont la France fait partie et que les autres nations ont l'interdiction d'accéder à cette arme mais qu'elle bénéficie en contrepartie de l'expertise des cinq pays dotés en matière d'accès au nucléaires civil. La IEA est si l'on veut la vigie le gardien de ce traité.
Il est donc essentiel euh que l'Iran puisse maintenir sa coopération avec l'agence. Emmanuel Macron a dit craindre que l'Iran sorte du TNP, du traité de non prolifération. Est-ce que c'est une véritable crainte du côté du qued d'orsais également ?
Oui, nous exhortons l'Iran à ne pas quitter le traité de non prolifération qui, je le répète, est l'un des des des piliers de ce qu'on appelle la sécurité collective, de la sécurité du monde. Fragiliser le traité de non prolifération, ça conduirait beaucoup d'autres pays dans le monde à s'interroger sur l'opportunité pour eux-mêmes de se doter de l'arme nucléaire. et nous entrerions nous entrerions alors dans une ère beaucoup plus instable, beaucoup plus incertaine, beaucoup plus dangereuse.
Et c'est pourquoi nous considérons que l'Iran doit rester dans le traité de non prolifération, qu'elle que l'Iran doit engager avec nous une discussion très franche, très approfondie sur l'encadrement strict et durable de ces activités nucléaires et balistiques comme je le disais en contrepartie d'une levée des sanctions qui s'appliquent aujourd'hui à son économie. Avec quelques jours de recul, monsieur le ministre, est-ce que vous qualifieriez la menace sur Israël portée par l'Iran, par son programme nucléaire iranien comme existentiel ? Nous l'avons toujours dit, euh l'Iran ne peut se doter de l'arme nucléaire.
C'est un principe général de respect de ce traité que nous venons d'évoquer, mais c'est lié aussi à notre attachement indéfectible à la sécurité d'Israël, à notre volonté de voir la la région cheminer vers la paix et la stabilité. Et c'est lié aussi à nos propres intérêts de sécurité. Et les frappes qui ont eu lieu ces pendant les 12 jours du conflit ont certainement détruit, ont certainement retardé ce programme nucléaire.
Elles étaient donc nécessaires. Mais elles euh elles n'ont certainement pas empêché l'Iran de reconstruire demain une capacité nucléaire qui à nouveau soulèverait un danger pour Israël, pour la région et pour nous-mêmes. Et c'est pourquoi il est indispensable que nous p que nous puissions comme nous l'avons fait il y a 10 ans, retrouver les voies d'une négociation très exigeante avec l'Iran qui nous permettra d'écarter le danger.
Mais est-ce qu'elles étaient nécessaires ces frappes ? Les Israéliens vous direent "Ça nous a permis d'avoir un temps de répi, c'est-à-dire de gagner du temps sur ce programme nucléaire iranien." Vous leur répondez quoi ?
Ce que nous leur réponds, le président de la République l'a dit, c'est que ces frappes n'étaient pas conformes au droits international, que frapper comme ça a été fait ces ces derniers jours, ça soulève toujours des des risques importants d'embrasement régional. Et à ce moment, je veux avoir une pensée pour les victimes civiles de cette escalade militaire qui heureusement a été interrompue 12 jours à après son démarrage. Victime civile en Israël comme en Iran d'ailleurs.
Euh mais ce que nous disons nous et nous en parlons régulièrement avec nos interlocuteurs israéliens qui savent que la France est l'interlocuteur le plus exigeant s'agissant du nucléaire iranien. Ils nous font pleinement confiance mais nous leur disons que c'est par un encadrement très strict que nous parviendrons à régler durablement ce problème. Donald Trump dit l'a dit face caméra, "Nous n'avons pas besoin des Européens dans ces négociations." Il a raison.
Dans ces négociations, les Européens disposent d'un levier extrêmement puissant. Je m'explique. Si l'Iran qui n'a pas respecté les engagements qu'il avait pris il y a 10 ans lorsque nous avons trouver cet accord avec avec lui, se refuse à négocier de bonne fois un encadrement strict et durable de son programme nucléaire.
Alors la France avec ses partenaires européens peut tout simplement et par une simple lettre à la poste réappliquer à l'Iran l'embargo mondial sur les armes, sur les équipements nucléaires et sur les banques et les assurances qui avaient été levées il y a 10 ans. Nous avons ce pouvoir là. C'est pourquoi d'une manière ou d'une autre, nous jouerons un rôle central dans ces négociations comme nous l'avons démontré d'ailleurs puisqu'il y a 10 jours, j'étais moi-même à la demande du président de la République à Genève avec mon collègue allemand et mon collègue britannique pour amorcer ces négociations face- à face avec le ministre iranien des affaires étrangères.
Vous l'avez dit, vous étiez à Genève alors que Donald Trump avait déjà préparé son intervention sur les sites nucléaires iraniens. Est-ce que vous avez l'impression d'avoir été dupé d'une certaine manière ? Pas du tout parce que l'expérience euh m'instruit que euh souvent la France ouvre la première les chemins de la négociation vers la paix.
C'est ce qu'on a vu l'année dernière au Liban où la première au mois de d'avril, la France a mis sur la table un un un un un plan de cesser le feu qui au début n'a pas été saisi par les partis. Il a fallu attendre l'escalade militaire et c'est au mois de novembre de l'année dernière qu'avec les États-Unis, la France, nous avons garanti cet accord de cesser le feu qui a permis d'éviter l'effondrement au Liban. Eh bien de la même manière cette réunion qui s'est tenue à Genève il y a 10 jours et d'une certaine manière la première étape vers ce ce qui sera j'en suis certain un règlement négocié de cette crise garantissant la sécurité d'Israël, la sécurité de la région et nos propres intérêts de sécurité.
Ces mesures de rétorsion dont vous parliez à l'instant, le mécanisme de snapback, pourquoi ne pas l'avoir mis en place avant ? parce que nous avons engagé il y a euh de il y a 1 an maintenant euh des discussions avec l'Iran. Pourquoi ?
Parce que ce mécanisme de réapplication de l'embargo mondial qui a été levé il y a 10 ans, il expire au 18 octobre et donc l'année dernière, au mois d'octobre et même avant, nous avons pris contact avec l'Iran pour détailler ce que nous attendions de l'Iran pour ne pas réappliquer cet embargo. Quelques mois plus tard, les États-Unis ont souhaité engager des discussions directes ou quasi quasi directes avec l'Iran. C'est ce qui s'est passé ces derniers mois.
À ce moment-là, plutôt que de multiplier les canaux de conversation, j'ai voulu que nous puissions donner à la fois à l'Iran, mais aussi aux États-Unis les paramètres de ce que nous considérons comme un accord équilibré, préservant la sécurité d'Israël et et la nôtre. Ce n'est que après le début des frappes que j'ai souhaité avec mes collègues européens que nous réengagions une discussion directe, même s'il est essentiel que les États-Unis puissent évidemment se saisir de de cette question, les États-Unis, mais également d'une certaine manière les autres membres permanents du Conseil de sécurité des Nations- Unies. ces cinq pays dotés de l'arme nucléaire qui sur le nucléaire iranien il y a 10 ans s'étaient accordés pour contraindre le programme iranien et qui d'une manière ou d'une autre vont devoir là encore se s'accorder d'une manière ou d'une autre pour obtenir le même résultat.
Vous le dites vous-même, il y a une date d'expiration 18 octobre 2025. Que faire si ça expire ? Il ne faut pas attendre que ça expire.
Et c'est pourquoi les jours qui viennent et les semaines qui viennent sont si critiques parce qu'elles doivent nous conduire à à obtenir un règlement négocié, durable, strict des activités de l'Iran, du régime iranien qui soulève des difficultés et des dangers majeurs pour Israël, la région et nous-même. et nous y sommes prêts parce que ça fait 10 ans que nous travaillons sur ce dossier avec les équipes du Kai d'Orset notamment parce que c'est un dossier que le président de la République connaît parfaitement bien et parce que depuis un an, nous savons que cette date d'expiration approche. L'Iran connaît parfaitement les l'Iran, Israël, les États-Unis, tous les acteurs connaissent parfaitement les les exigences qui sont les nôtres.
Nous souhaitons qu'un dialogue puisse s'engager entre l'Iran et les États-Unis. Nous souhaitons qu'il tiennent compte de ces exigences qui sont les nôtres et qui conditionnent en réalité notre décision ou non de réappliquer l'embargo mondial qui avait été levé il y a 10 ans. Quand était votre dernier appel avec votre homologue iranien ?
Un peu plus tôt cette semaine, on a échangé un certain nombre de messages aujourd'hui encore. Euh euh il euh il s'agit d'un interlocuteur que la France connaît bien puisqu'il était déjà présent il y a 10 ans euh lors de la négociation du nucléaire iranien. Mais je dois dire que ces derniers mois, c'est singulièrement le sort de nos otages et plus récemment de nos ressortissants qui a été au cœur de nos discussions puisque j'ai appelé à de nombreuses reprises à la libération immédiate de Cécile Color et Jacques Paris que ces derniers jours, j'ai demandé à ce qu'un contact puisse être établi avec eux soit par notre consulat soit par leur famille.
J'attends toujours de sa part un retour clair et je dois dire que je commence à m'impotenter. Justement, est-ce que ce n'est pas là la limite de la diplomatie, monsieur le ministre, quand vous voyez que ces otages que vous essayez de ramener sur le territoire français depuis des années sont toujours dans cette prison des vines qu'il n'y a pas d'avancé avec ce régime autoritaire. Est-ce que les régimes autoritaires parlent le même langage que nous ?
D'abord, je voudrais qualifier ce que vous avez dit parce que nous avons obtenu, et c'était une grande fierté pour la diplomatie française et pour moi-même, la libération d'Olivier Grondo qui lui aussi était au tage de l'Iran depuis bientôt 3 ans. Et puis par ailleurs euh comme vous l'avez peut-être constaté, j'ai décidé de porter plainte contre le régime iranien devant la Cour internationale de justice pour violation par l'Iran, de son obligation de permettre à nos compatriotes retenus en Iran d'avoir accès à nos diplomates sur place. Cette plainte a provoqué a permis la tenue de deux visites consulaires qui a permis, même si elles étaient courtes et insuffisant, à nos diplomates sur place d'avoir un contact direct avec Jacques et Cécile pour s'assurer de leur état de santé physique et morale.
Maintenant, étant donné le trouble qui s'est installé en Iran, nous ne pouvons plus attendre. Je rappelle que une frappe israélienne a touché la prison desvine. Une frappe qui est à mes yeux inacceptable puisque nous avions prévenu le gouvernement israélien de la présence dans cette prison de deux de nos compatriotes.
Mais la responsabilité la plus lourde revient à l'Iran qui continue de détenir détenir dans des conditions indignes nos deux compatriotes. Je souhaite que qu'il le qu'il soit libéré immédiatement et je crois que c'est l'intérêt de l'Iran. Et s'ils ne font pas, vous faites quoi ?
On continuera d'accentuer la pression et comme vous avez sans doute pu le constater, nous disposons s'agissant de l'Iran de leviers considérables. Donc vous les utiliseriez si euh ils ne sont pas libérés dans les mois à venir. Vous comprendrez que c'est pas sur le plateau de LCI et même s'il est délocalisé au Kedor qu'on détaille la stratégie que nous poursuivons pour pour obtenir la libération de nos otages de la même manière que nous n'avons pas dévoilé la manière dont nous y sommes pris pour obtenir infiné la libération d'Olivier Grondau.
Mais ce dont je veux vous faire part, c'est de notre détermination, celle du président de la République, du Premier ministre et de moi-même à obtenir cette libération. Restons dans la région, monsieur le ministre. Du côté de Gaza, Donald Trump dit qu'un cesser le feu est proche.
Qu'en est-il de la France ? Donald Trump dit qu'un cesser le feu est proche et je le souhaite. Je souhaite que ce qui s'est produit ces derniers jours dans la région conduise à accélérer le le processus menant au cesser le feu puisque il n'y a pas de justification à la poursuite de l'opération militaire israélienne à Gazal.
Il y a pas de justification à ce que le Hamas détienne des otages. Il n'y a pas de justification au blocage de l'aide humanitaire. Et donc nous appelons au CC le feu immédiat à la libération de tous les otages du Hamas et à l'accès sans entrave de l'aide humanitaire.
Et sur ce sujet, je veux exprimer euh ma ma colère face au système de distribution militarisée d'aide humanitaire à Gaza par le gouvernement israélien. Une décision qui a été prise il y a un mois. En un mois, ce sont 500 personnes qui ont perdu la vie et près de 4000 personnes qui ont été blessées dans des distributions alimentaires alors qu'il se pressaient affamé pour aller chercher un sac de farine.
C'est un scandale, c'est une honte et c'est une atteinte à la dignité de la personne humaine. Et la dignité de la personne humaine n'est jamais négociable. Alors, il faut que ça cesse.
Il faut que ça cesse immédiatement. Et la France se tient prête. l'Europe aussi à concourir à la sécurité des distributions alimentaires pour je dirais traiter de la question qui préoccupe les autorités israéliennes, c'est-à-dire le détournement par des groupes armés de cette aide humanitaire.
Nous sommes prêts à participer mais il faut que ça cesse. On ne peut plus risquer sa vie en allant chercher un sac de farine à Gaza. Le journal israélien à Ars a dévoilé des témoignages directs de soldats israéliens dans la bande de Gaza disant que leur commandant leur avait dit de tirer sur la foule qui allait chercher de l'aide humanitaire pour la disperser.
Comment qualifiez-vous ces actes-là à Gaza ? Certains parlent de crimes de guerre, d'autres de crimes contre l'immunité, d'autres vont jusqu'à dire génocide. Vous dites quoi ?
Je ne veux pas me me faire procureur, me faire magistrat. Ce que je vous ai dit euh c'est la la colère sincère d'un ministre des affaires étrangères mais aussi d'un simple citoyen et d'un père de famille qui refuse qu'on puisse accepter désormais que des civils, des femmes et des enfants puissent être pris pour cible lorsque il lorsqu'ils se pressent dans des distributions alimentaires. Ça n'est pas possible.
On ne peut pas accepter ça ni à Gaza ni nul part ailleurs. Ça n'est pas possible. Ça n'est pas ce que nous sommes et c'est une trahison de l'héritage puisque cette semaine on a célébré le 80e anniversaire de la création des Nations-Unies.
Cet héritage que la génération qui nous a précédé nous a transmis, nous avons une responsabilité. On ne peut pas le piétiner et donc tout ça doit cesser. Qu'en est-il de la reconnaissance de l'État palestinien Jean- Noël Barreau ?
Emmanuel Macron avait promis fin juin, nous sommes le 28. Est-ce qu'il y aura une reconnaissance de l'État palestinien avant la fin du canken d'Emmanuel Macron ? Nous sommes déterminés à reconnaître l'état de Palestine.
Le président de la République l'a dit dans le cadre d'un mouvement collectif entraînant toutes les parties prenantes à créer les conditions de l'existence d'un état de Palestine et la création de garanties de sécurité pour Israël. Parce que nous sommes profondément convaincus que seul cette solution a deux états, celle qui repose sur un état de Palestine et un état d'Israël vivant côte à côte en paix et en sécurité est susceptible de ramener durablement la stabilité dans la région. Et donc, nous sommes pleinement déterminés.
Une conférence devait se tenir euh le 18 juin qui a dû être reporté pour des raisons logistiques et sécurité. l'Arabie Saoudite et et et nous souhaitons qu'elle puisse se tenir au plus vite, je l'espère, au mois de juillet, pour pouvoir avancer dans cette direction. Vous aurez constaté que ce mouvement que nous avons initié, que la France a initié est désormais inarrêtable, qu'il a d'ors et déjà conduit un certain nombre de ses parties prenantes à prendre des engagements.
Je pense en particulier à Mahmoud Abbas, le président de l'autorité palestinienne qui dans une lettre au président de la République et au prince héritier d'Arabie Saoudite, les deux coprésidents de cette conférence a pris des engagements inédits en condamnant pour la première fois l'attentat terroriste du 7 octobre pour ce qu'il est, en annonçant la tenue d'élection sous un an, en s'engageant à des réformes, des réformes scolaires conduisant à la déradicalisation de la société palestinienne en affirmant que cet état de Palestine serait démilitarisée. Nous avons accueilli par ailleurs le 13 juin, quelques jours avant la conférence à la date à laquelle elle devait se tenir, une rencontre inédite des sociétés civiles palestiniennes et israéliennes qui ont dialogué sur la manière de sortir de cet état de guerre permanent par une solution politique reposant sur deux états avec notamment Olmert qui était présent. et et où de HMLt était présent, le ministre Alkidois également un certain nombre de figures des deux sociétés civiles qui veulent s'en sortir et qui savent que ça ne peut passer que par une solution politique.
Tout cela est inarrêtable et je souhaite qu'effectivement la la conférence en elle-même puisse se tenir dès que possible parce que je crois qu'aujourd'hui cette perspective politique à laquelle la France croit, à laquelle la France est attachée depuis bien longtemps, elle est aujourd'hui menacée. Elle est menacée par la colonisation extrémiste et violente en 6 Jordanie qui en quelque sorte fragilise la la continuité physique du territoire palestinien et donc la possibilité d'un d'un état. Elle est fragilisée par les la destruction de Gaza et puis par une forme de résignation des acteurs en présence.
Et nous nous voulons la réactiver, la rendre crédible, la rendre possible. Mais justement Jean-Noël Barre, est-ce que la crédibilité n'émane pas aussi de Mahmou Abas ? Certains disent qu'il n'a plus de crédibilité sur le territoire palestinien et que ça vient de là l'effondrement de l'État palestinien mais également de la montée en puissance du Hamas.
En tout cas, il n'y aura pas d'état palestinien sans une autorité palestinienne profondément réformée dans sa gouvernance. une gouvernance renouvelée, une une autorité palestinienne qui met en œuvre les réformes fondamentales, notamment la réforme scolaire euh et et une une autorité palestinienne qui organise des élections prochainement pour assurer ce renouvellement. Tout cela euh c'est une condition de la crédibilité de l'autorité palestinienne et c'est euh l'une l'un des éléments essentiels que nous attendons en quelque sorte au moment où nous créons où nous déclenchons cette dynamique.
Mais soyons précis, monsieur le ministre, vous parlez de la création d'un état palestinien de discussion autour des configurations pour reconnaître cet état palestinien. Emmanuel Macron a été beaucoup plus précis en parlant de juin de cette conférence. Est-ce qu'il va y avoir oui ou non une reconnaissance de l'État palestinien avant la fin du quinquena du président ?
Vous le savez, le droit public vous propose même vous de reconnaître l'État palestinien ce soir si vous souhaitiez le faire. Il n'y a pas de code vraiment clair sur une reconnaissance d'un état et vous pouvez le faire en tant que ministre des affaires étrangères. Le président peut le faire.
Pourquoi attendre autant de temps ? Vous m'interrogez directement. Je je vous réponds, je travaille d'arrache-pied à ce que cette reconnaissance, décision qui appartiendra au président de la République, elle puisse avoir un un un effet d'entraînement inarrêtable sur le terrain.
Mais pour ça, il suffit pas simplement d'envoyer un télégramme diplomatique en disant la France reconnaît l'État de Palestine. Pour cela, il faut convaincre d'abord un certain nombre de pays qui souhaitent s'engager dans la même démarche que la France de le faire. Il s'agit ensuite de convaincre, de démarcher les pays arabes et notamment ceux qui qui entourent les le futur État palestinien et Israël de leur demander à eux de prendre des engagements pour la sécurité d'Israël, de qu'il puissent à l'occasion de cette conférence s'engager à établir des relations diplomatiques avec Israël qui puissent s'engager le moment venu à entrer dans une architecture régionale de sécurité comme on en a en Europe avec l'État de Palestine et l'État d'Israël. qui puisse s'engager pour ceux qui en ont les moyens à financer ou à contribuer financièrement au redressement de de Gaza, à sa reconstruction et puis ensuite à à la reprise économique de l'État de Palestine.
Ce sont tous ces engagements que la France et quelques-uns des pays qui l'accompagnent tentent d'obtenir pour que cette décision que le président de la République prendra ouvre un chemin clair et irréversible vers l'existence d'un État de Palestine. Donc l'Espagne, la Norvège, l'Irlande sont allé trop vite selon vous. L'Espagne, la Norvège, l'Irlande, la Slovénie ont pris une décision d'ordre symbolique, ce qui peut se comprendre.
La responsabilité de la France comme membre permanent du Conseil de sécurité des Nations- Unies, ça n'est pas seulement de prendre une décision d'ordre symbolique, mais c'est d'utiliser cette décision pour réouvrir un un chemin qui est en train de s'obstruer et pour rendre possible une solution politique à une crise qui dure depuis bien trop longtemps maintenant et dont pâtisse toutes les sociétés civiles dans la région. Hubert Vedrine qui était sur notre plateau hier soir nous disait "Le droit international n'apporte pas de solution dans un monde où il y a Donald Trump." Très clairement, l'exemple flagrant, ce sont les droits de douane.
Certains pays ont décidé de discuter directement avec le président américain. C'est le cas des Allemands sur le secteur automobile notamment. Est-ce que la France va utiliser les mêmes méthodes ?
Alors, vous savez, les les droits de douane, c'est la Commission européenne qui les négocie en notre nom. Euh et donc la position qui est celle de la France est très claire. Nous n'avons pas intérêt à une guerre commerciale avec les États-Unis d'Amérique qui sont nos premiers partenaires commerciaux et réciproquement.
Si nous augmentions les droits de douanes de de chaque côté et bien nous appuvrions et les droits de douane qu'est-ce que c'est sinon ? un impôt sur les classes moyennes et donc ni les classes moyennes européennes ni les classes moyennes américaines ne veulent de guerre de guerre commerciale. Et donc notre position, elle est claire.
Soit nous parvenons à revenir en arrière et on s'emportera beaucoup mieux, soit les États-Unis persistent et signent et souhaitent appliquer à l'Europe des droits de douanes et alors nous appliquerons les mêmes. C'est un principe de réciprocité, c'est un principe de crédibilité. Mais le chancelier allemand dit clairement la commission c'est trop compliqué donc on va le faire directement.
Ah, je crois pas qu'on puisse le faire directement malheureusement parce que c'est la commission euh qui a la responsabilité de ses droits de donne parce que comme vous le savez, c'est d'ailleurs un atout dont on ne parle pas suffisamment souvent, nous formons avec euh l'Allemagne et les 25 autres pays membres de l'Union européenne un marché unique. D'ailleurs, le plus grand marché économique du monde, c'est un attribut de notre puissance et la contrepartie, c'est que nous avons les mêmes droits de douane et que c'est la Commission européenne qui les négocie. Ce qui ne nous empêche pas de passer des messages à la Commission européenne.
Vous dire qu'ici on passe notre notre temps, notre journée à envoyer des messages à la Commission européenne pour lui dire comment on voit les choses et pour défendre les intérêts français. Vous seriez pour une zone de libre échange. Ce que je crois c'est que nous avons tout intérêt à éviter les guerres commerciales.
Et comme dans cette même salle où nous nous trouvons euh aujourd'hui, Robert Schummann qui était ministre des affaires étrangères en 1950, alors que les les périls revenaient, alors qu'entre la France et l'Allemagne, ce n'est pas le cas aujourd'hui, mais la France et l'Allemagne, le ressentiment 5 ans après la deuxième guerre mondiale était en train de revenir. Et bien, il a fait cette proposition euh extraordinaire, insensée presque de dire eh bien euh plutôt que de de de partir dans une guerre commerciale, créons une communauté de destin autour du charbon et de l'acier. Ça s'est passé le 9 mai 1950.
C'est à ce moment-là dans cette pièce que l'Europe en quelque sorte est née parce que nous sommes les héritiers de cette démarche initiale de Robert Schuman. Et je crois que nous avons intérêt effectivement dans un moment où se réveillent les empires euh qui euh qui veulent faire emploi usage de la force, que ce soit dans le domaine militaire ou dans le domaine commercial. et bien à reprendre ce flambeau parce que si nous le faisons nous la France et l'Europe et bien nous serons suivis par l'immense majorité des pays du monde qui n'ont pas envie d'être les vassaux ni des uns ni des autres qui ont qui tiennent à leur indépendance, qui tiennent à leur souveraineté et qui répondront à l'appel.
Certains disent qu'il est impossible d'y arriver à 27, qu'il faut un format beaucoup plus restreint comme le format E3 Royaume-Uni, France, Allemagne. Vous dites quoi ? Oui, il y a des choses qu'on peut faire à à moins de 27.
Regardez notre monnaie, l'euro euh on ne le fait pas à 27. Et euh comme Robert Schummann, pardon de le citer à nouveau, je suis euh tout à fait convaincu du principe de subsidiarité euh qui est au au aux fondations de le de l'Europe. L'Union européenne, il y a des sujets dont elle s'occupe mieux que nous ne pouvons le faire au niveau national.
Euh et puis il y en a d'autres euh que euh que nous ne que que traités lorsqu'ils sont gérés au niveau national que lorsqu'ils le sont au niveau européen. Ben c'est un peu la même chose pour la monnaie par exemple. la monnaie, on le fait avec un groupe plus restreint de pays.
Il y a peut-être d'autres dimensions, d'autres politiques qui peuvent être traitées dans des cercles plus restreint. Alors évidemment, faut pas jeter l'eau le bébé avec l'eau du bain ou l'Union européenne avec l'eau du bain. Cette Union à 27 est un acquis extraordinaire qui nous renforce, qui est notre assurance vie face à tous les désordres du monde à condition bien sûr de nous assumer pour ce que nous sommes, c'est-à-dire une superpuissance.
Nous sommes le plus grand marché économique du monde. Nous avons les meilleurs talents du monde. Nous sommes la démocratie ou les démocraties les plus avancées du monde.
Donc assumons ce que nous ce que ce que nous sommes et renforçons-nous. Développons de la force du muscle, de la force militaire pour dissuader les menaces, de la force économique pour dépendre que de nous-mêmes et puis de la force morale pour défendre nos intérêts mais aussi notre vision de l'homme et du monde euh dans une dans un concert des nations qui est aujourd'hui marqué par le retour des empires. Autre guerre sur la scène internationale, Jean-Noël Barreau, la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
Est-ce que vous avez eu vent de nouveaux cycles de négociation à venir ? Et si oui, est-ce que vous y serez ? D'abord, ce que je constate, c'est que Vladimir Poutine s'essouffle sur le plan militaire depuis le début de l'année 2025 et il n'a réussi à grignoter que 0,25 % du territoire ukrainien.
Et pendant ce temps-là, ses caisses se vident, son économie est en surchauffe, il est au bord du claquage. Et donc, je crois que le moment est venu de forcer Vladimir Poutine à cesser le feu, ce que l'Ukraine a accepté depuis le début du mois de mars, c'està-dire depuis plus de 4 mois. Et c'est pourquoi nous nous apprêtons avec les Européens à prendre les sanctions les plus lourdes que nous ayons prise depuis 2022 avec des embargots sur les produits de pétrole raffiné en provenance de pays qui continuent à apporter du pétrole russe avec l'interdiction de commercer avec ces ces grands pipelines Norstream avec l'interaction de transaction avec justement ce fond souverain qui est en train de se vider de ces ressources avec de très nombreuses désignations d'entreprises, d'entités qui participent au contournement des sanctions quand dans les prochains jours puisque les négociations sont en train de se terminer et vous constaterez que nous avons coordonné nos efforts avec ceux des sénateurs américains qui dans leur immense majorité presque à l'unanimité ont conçu un paquet de sanctions lui aussi massif avec un objectif forcer Poutine à cesser le feu pour engager des des discussions amenant à une paix durable mais qui n'a pas encore été adoptée au Congrès. qui n'a pas encore été adopté au Congrès mais qui va tout prochainement y être présenté.
Autre sujet, l'aide militaire américaine à l'Ukraine doit s'arrêter cet été. Est-ce que la France est prête à prendre le relais d'une certaine manière ? Et dans quelle mesure est-ce que vous annoncez ce soir une nouvelle aide pour l'Ukraine ?
Alors, d'abord, je crois qu'il faut se retourner sur le chemin parcouru. Nous avons évité le scénario du pire. Quel était-il ce scénario du pire ?
C'était une capitulation forcée de l'Ukraine. Et souvenez-vous après l'altercation dans le bureau oval, après cette période de quelques jours pendant laquelle les États-Unis ont retiré un certain nombre de dispositifs de soutien à l'Ukraine, on s'est dit que l'Ukraine allait devoir capituler ce qui aurait représenté pour nous une une catastrophe et un vrai danger pour les années qui viennent. Nous sommes parvenus en facilitant une discussion constructive entre les Ukrainiens et les Américains, y compris à Paris où nous les avons reçus.
Euh nous sommes parvenus à éviter ce scénario. Celui qui est devant nous, le risque qui est devant nous effectivement, c'est un retrait progressif des Américains dans leur soutien à l'Ukraine. Pas nécessairement un retrait brutal puisque je vous ai dit que à sa quasi unanimité, le Sénat américain soutient des sanctions contre la Russie.
Personne n'est dupe. Tout le monde voit bien aux États-Unis comme en Europe que c'est Vladimir Poutine qui se refuse à à cesser le feu. Mais les Ukrainiens ont besoin de matériel, les les Ukrainiens ont besoin de soutien.
Pour cette année, euh nous avons réussi en mobilisant les revenus tirés des actifs russes que nous avons immobilisés au début de la guerre. Nous sommes parvenus à leur donner les ressources financières pour faire face à tout ce dont ils ont besoin. Désormais, ce qu'il est important que nous puissions faire, c'est continuer à à permettre à l'Ukraine à développer sa capacité à produire ses propres équipements.
Et c'est ce que la France va faire en coproduisant avec l'Ukraine, le ministre des armées l'aé il y a quelques jours, des drones avec l'entreprise Renault en Ukraine. Puisqueaujourd'hui, il faut bien se s'imaginer que cette guerre est une guerre des drones et que les soldats se font face par drones interposés. Donc c'est une dimension très importante dont le président de la République a parlé avec Volodimir Zelenski lors de ce sommet de l'OTAN qui s'est début tenu en début de semaine.
Nous allons accélérer dans nos coopérations sur les drones notamment euh pour permettre à l'Ukraine de continuer à tenir le front. En parlant de ce sommet de l'OTAN, l'Ukraine très peu abordé sur le le sommet de l'OTAN. Euh on a vu un secrétaire général de de l'OTAN, Marc Ruteux, appeler le président américain Daddy papa.
Est-ce que ça vous a choqué ? Alors, je reviens de ce sommet moi aussi puisque j'y accompagnais le président de la République. J'ai bien vu que tout le monde était fasciné, quand je dis tout le monde, c'est les observateurs, les journalistes, tout le monde était fasciné par Donald Trump au point que tout cela a éclipsé ce qui s'est vraiment passé pendant ce sommet.
Qu'est-ce qui s'est passé pendant ce sommet 5 % ? Ben oui, les Européens ont décidé de prendre en main leur sécurité et leur propre destin. Mais Donald Trump l'a dit lui-même, l'Espagne ne veut pas le faire.
Les les les Européens ont pris l'engagement de relever le niveau de leurs dépenses militaires à 3,5 % de leur richesse nationale, ce qui est un sursaut. Si on nous avait dit il y a quelques années encore que nous nous en viendrons là, on ne l'aurait pas cru. Alors bien sûr, ça s'explique.
Ça s'explique par quoi ? Bah par la course à l'arme dans laquelle Vladimir Poutine a précipité la Russie qui consacre quant à elle de sa richesse nationale à son armée qui vient de lancer une conscription de 160000 soldats, la plus importante depuis 14 ans. Nous avons une menace à nos frontières.
Ce n'est pas pour apaiser Donald Trump que vous avez fait ça. Ah certainement pas. Si nous sommes arrivés à ce chiffre de 3,5 %, c'est parce que nous avons considéré que le niveau de menace s'est élevé.
Et quand la menace s'élève, soit on continue avec les bonnes vieilles habitudes et alors on devient une proie. Et alors Vladimir Poutine est tenté de tester la solidité du principe dont vous savez qu'il est à la fondation. Oui.
Qui est un principe simple. Si l'un d'entre nous est attaqué, tout le monde vient à son secours. C'est pas automatique, monsieur le ministre.
En tout cas, si l'Europe est désarmée, alors le principe de solidarité vacille. Et la tentation pour un Vladimir Poutine, c'est de le tester. C'est d'aller chercher si oui ou non lorsqu'il agresse l'un d'entre nous, tous les autres viennent à son secours.
Évidemment, la France est dans une position un peu différente puisqu'elle a capacité de dissuasion nucléaire. Mais mais voilà, lorsqu'on dit d'ici 2035, on aura relevé nos défenses nos dépenses militaires de 3,5 % du PIB parce qu'on va construire des capacités pour dissuader la menace, c'est pas pour aller conquérir d'autres territoires, c'est pour dissuader la menace. et bien on prend en main notre destin.
On dit qu'on va développer nos propres capacités, nos propres visions dans l'OTAN. Au fond, c'est ce que la France appelle de ses vœux depuis bien longtemps. Brièvement, dernière question sur le rapport de force que peut imposer la France.
Vous vous êtes exprimé sur les otages en Iran, vous êtes exprimé sur la flottille à Gaza. Pourquoi n'y a-t-il pas de mots sur Boem sans sal ? Le procureur a requis 10 ans ces derniers jours.
Pourquoi ce silence ces dernières heures ? Le procureur a requis 10 ans dans le procès d'appel comme il l'avait fait lors du procès de première instance. Euh nous l'avons toujours dit, il n'y a pas de fondement à la détention de notre compatriote.
Euh nous avons toujours dit euh que nous appelions les autorités algériennes à un geste d'humanité qui prenne en considération son âge et son état de santé. Et j'espère que c'est ce qui se produira. Son avocat est arrivé à Alger.
Il assistera au procès qui se tiendra mardi et et je vous l'ai dit, j'espère qu'à l'issue du procès, un geste d'humanité pourra être fait. M.
Jean-noël Barrot