Souveraineté alimentaire et inflation : l'industrie agroalimentaire "résiliente" mais "sous tension"
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Questions et réponses
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- 0:47OuverteRéponse directe
Si on compare l'assiette d'un Français en 2026 versus 1976, quelles sont les principales différences ?
- 1:46OuverteRéponse directe
Avec une proportion de viande qui a baissé ?
- 2:17OuverteRéponse directe
Ces changements sont-ils liés uniquement à des modifications d'habitudes ou à des contraintes de pouvoir d'achat ?
- 3:11OuverteRéponse directe
L'agroalimentaire est le premier secteur industriel en France en chiffre d'affaires. 250 milliards d'euros. Comment l'agroalimentaire fait face à l'inflation ?
- 5:35OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a un enjeu de souveraineté alimentaire aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:57InvitéChiffre
« la consommation de bœuf a baissé de 30% sur les 50 dernières années, alors que celle de volaille a été multipliée par 3 »
- 3:16PrésentateurChiffre
« C'est le premier employeur industriel. On parle de 520 000 salariés dans 20 000 entreprises »
- 4:24InvitéChiffre
« on a perdu 10 milliards d'euros depuis 2022 en contribution au commerce extérieur »
- 3:50InvitéFait
« le premier fléau dont vous êtes victime en 2026, c'est évidemment la sécheresse »
- 5:51InvitéFait
« le commerce extérieur, on importe plus de produits alimentaires qu'on en exporte »
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Et
à 6h20, il est temps de se poser la question de la matinale. Baisse du pouvoir d'achat, changement climatique, conflits internationaux, comment l'agroalimentaire s'adapte à ses bouleversements et comment nos assiettes évoluent dans ce contexte. Des interrogations qui se posent alors que ce 16 octobre est la journée mondiale de l'alimentation et que le Cial, salon international de l'agroalimentaire, ouvre ses portes demain à Paris. Bonjour Rodolphe Lamez.
Bonjour. Vous
êtes directeur général de la branche agroalimentaire chez Comexposium. En fait, c'est l'organisateur du Cial, mais aussi du salon de l'agriculture, du salon du chocolat. Je viens d'énoncer quelques-uns des défis auxquels est confronté l'agroalimentaire aujourd'hui, mais je vous propose un petit exercice pratique, si vous le voulez bien. Pour commencer, si on compare l'assiette d'un Français en 2026 versus son assiette en 1976, c'est-à-dire 50 ans auparavant, quelles sont les principales différences qu'on remarque tout de suite ?
C'est une excellente question pour commencer la journée. Tout simplement,
en
fait, la structure de l'alimentation a énormément changé. En 1976, dans les années 80, on avait une cuisine qui était cuisinée, j'ai envie de dire, avec des matériaux, des produits bruts. 50 ans plus tard, on est plus sur des aliments qui seront déjà préparés. On
va
chercher de la simplicité, de la praticité, et puis aussi, ce qui a l'air du temps, de la mondialisation.
On
va chercher des produits qui sont un peu plus exotiques que ce qu'on avait il
y
a 50 ans. Donc, c'est un reflet de la société, plus pratique, plus sain pour la santé. On cherche aussi des produits bio, développement durable, et puis également plus facile à préparer.
Et avec une proportion de viande qui a baissé, ou pas tant que ça, finalement ? On change nos habitudes de goût, c'est-à
-dire
qu
'on
va plus vers de la volaille plutôt que le bœuf
? C'est tout à fait ça. En fait, si on prend les chiffres en données brutes, on va dire que la consommation de bœuf a baissé de 30% sur les 50 dernières années, alors que celle de volaille a été multipliée par 3. Donc, en fait, on consomme des protéines, désolé pour ça si tôt, on consomme des protéines différemment.
Oui. Ces changements, ils sont liés uniquement à des modifications d'habitudes alimentaires, de comportements, de changements de vie ? Ou est-ce qu
'ils
répondent aussi à des contraintes de pouvoir d'achat
? Les
deux, mon capitaine. En fait, la société, l'évolution de la société, comment on vit, changent nos habitudes de consommation. On est beaucoup plus dans la rapidité, dans l'exécution, dans le mouvement. En fait, on va chercher les produits préparés, on en a parlé. Et puis, également, les contraintes des cinq dernières années avec les conflits, la crise au Moyen-Orient depuis l'année dernière, fait qu'en fait, il y a une vraie pression sur le pouvoir d'achat des Français
qui
vont donc mettre en place quelques arbitrages. Et forcément, le premier arbitrage, on va le retrouver dans l'assiette. Et l'alimentation est un besoin vital. Donc, on ne peut pas se permettre de s'en abstenir.
On
parlait du Ciel, qui est le Salon international de l'agroalimentaire. C'est l'occasion de rappeler que l'agroalimentaire,
c
'est le premier secteur industriel en France en chiffre d'affaires. 250 milliards d'euros. C'est le premier employeur industriel. On parle de 520 000 salariés dans 20 000 entreprises. Aujourd'hui, Rodolphe Lamès, comment l'agroalimentaire fait face à l'inflation ?
Alors, elle est résiliente. Elle est résiliente. Ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est que l'agroalimentaire,
c
'est aussi l'agriculture. Et c'est évidemment les industriels de l'agroalimentaire. C'est
toute la chaîne de
fabrication de l'alimentation.
Absolument. Et cette industrie, elle est résiliente. Mais elle est comme toute industrie. Elle est confrontée aux enjeux du moment. On a parlé de la crise au Moyen-Orient. Mais quand vous êtes agriculteur, le premier fléau dont vous êtes victime en 2026, c'est évidemment la sécheresse. Avec un impact sur les volumes récoltés, la qualité. Mais également sur la perte des volailles qui va avoir forcément une incidence, malheureusement, sur les prix en 2027. Vous disiez, c'est le premier poste. Ce qu'il faut savoir, c'était l'agroalimentaire, jusqu'à il y a 10 ans, était un très très gros contributeur à l'export dans la balance du commerce extérieur. Ce n'est plus le cas. Ce n'est plus le cas.
Aujourd'hui, on a perdu 10 milliards d'euros depuis 2022 en contribution au commerce extérieur. Ça veut dire donc qu'on importe plus de produits de l'étranger que l'on en exporte. Ça
veut dire
que c'est un secteur qui est en tension aujourd'hui ? C
'est un secteur qui est en tension. C'est un secteur qui a besoin de se remettre en mouvement pour aller à l'export. Mais pour revenir sur votre question initiale, pour aller à l'export,
il
faut dégager les marges de manœuvre. Or, quand vous êtes vraiment prise en étau entre les attentes légitimes des consommateurs que nous sommes tous, de pouvoir acheter des produits à un coût, j'allais dire, pas faible, mais raisonnable, la nécessité de devoir payer plus cher vos coûts d'approvisionnement,
transport,
emballage, logistique, forcément vos marges de manœuvre et vos marges financières se réduisent et ne vous permettent pas de dégager l'investissement nécessaire pour aller à
l
'étranger. Donc, c'est une péréquation compliquée. Oui,
on mesure l'équilibre que ça requiert entre tous les acteurs de cet immense champ industriel. Est-ce qu
'il y a
un enjeu de souveraineté alimentaire aujourd'hui et avec cette nécessité notamment de consommer français ?
Je pense que c'est la question fondamentale qu'il va falloir se poser en 2027. Encore une fois, le commerce extérieur, on importe plus de produits alimentaires qu'on en exporte. Le sujet de la souveraineté va être notre sujet d'ici 5 à 10 ans. Ce qui est une anomalie quand on regarde la France, c'est le panorama de la France. La France,
c
'est un pays agricole,
c
'est un pays de transformation alimentaire. Et en fait, on a une culture française qui est aussi très forte sur justement l'art de vivre.
Et paradoxalement, vous le disiez en début d'interview, dans notre assiette aujourd'hui, on cherche le produit exotique, celui qui va arriver à plusieurs milliers de kilomètres de là.
Exactement, c'est un petit peu la schizophrénie que l'on a tous. Alors en même temps, on cherche des produits un peu exotiques. On va chercher de l'umami, on va chercher des sauces soja asiatiques. Mais qu'on va s'approprier et on va faire ce qu'on appelle la cuisine fusion. On va la mélanger avec notre tradition française pour se l'approprier et en faire quelque chose de très particulier et très français.
J'imagine que vous parlerez de tout ça lors du Cial, le salon international de l'agroalimentaire qui ouvre ses portes demain et qui se poursuit jusqu'à mercredi, c'est à Paris-Nord-Ville-Pinte. Merci Rodolphe Lamès. Je rappelle que vous êtes directeur général de la branche agroalimentaire chez Comexposium, l'organisateur du Cial.