JUGES : COMMENT RESTER INDÉPENDANTS ET IMPARTIAUX
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Fait
« On définit pas autrement le rôle de la justice. Mais si on a écrit ça et c'est très c'est encore interprété par le Conseil constitutionnel, c'est pour valider le pouvoir qu'on les juge d'enfermer, de porter durablement atteinte à la liberté. »
- 6:00Fait
« C'est le ministère de l'intérieur qui dicte sa conduite au ministère de la justice. »
- 8:00Fait
« Quand je suis arrivé en septembre 1973 comme juge d'instruction, j'étais la première juge instruction femme, j'avais 28 ans »
- 10:00Fait
« La procédure c'est le souci de l'équilibre parfois à l'extrême mais en tout cas c'est une garantie indépassable. »
- 12:00Fait
« La procédure est la mère des libertés. »
- 19:00Fait
« En France, nous sommes sur la 5e République, le pouvoir judiciaire n'existe pas. Il s'appelle l'autorité judiciaire. »
- 23:00Fait
« La Cour européenne des droits de l'homme ne cesse et la CJE, la Cour de justice de l'Union européenne ne cesse de donner des coups de boutoir dans le parquet à la française. »
- 25:00Fait
« La justice espagnole est devenue forte après propos. La justice italienne a eu des moyens après les opérations impropres. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Qui d'entre nous n'a pas dans sa tête un petit tribunal ? Un petit tribunal où nous jugeons des proches, des amis, des collègues, des personnes publiques ? Qui d'entre nous ne les a jamais condamné ou a quitté en quelques instants ?
Cela semble si facile de juger ? une minuscule poignée d'entre nous en a fait son métier. Un étrange métier.
Nous n'en savons pas grand-chose si ce n'est que notre soif de justice n'est jamais satisfaite et que leur jugement souvent nous les trouvons injustes. Cela semble si facile d'être juste. Cette série documentaire va à la rencontre de di magistrat et magistrats qui ont accepté [musique] plusieurs années durant de donner de leur temps une ressource rare pour parler en toute franchise de ce que rendre la justice signifie aujourd'hui.
Toutes et tous sont membres du syndicat de la magistrature, le premier syndicat à voir le jour dans l'entreçoi feutré du corps judiciaire. Depuis sa naissance en 1968, il ne cesse de bousculer les idées reçues. [musique] Appartenir au syndicat de la magistrature, c'est s'engager pour un idéal de justice sociale [musique] et d'égalité devant la loi.
Comment faire vivre cet idéal au sein d'une institution qui défend et maintient l'ordre établi ? [musique] [musique] [musique] Dans la Constitution, c'est écrit le gardien de la liberté, c'est c'est écrit noir sur blanc. C'est même la seule fonction qui qui est écrite.
On définit pas autrement le rôle de la justice. Mais si on a écrit ça et c'est très c'est encore interprété par le Conseil constitutionnel, c'est pour valider le pouvoir qu'on les juge d'enfermer, de porter durablement atteinte à la liberté. C'est c'est ça le vrai le vrai paradoxe.
C'est-à-dire que la justice est tellement en mesure d'attenter aux libertés que si elle n'a pas des gardes fous que lui pose d'ailleurs le législateur, elle devient extrêmement dangereuse. Et dans ces gardes fous, il y a évidemment le juge et ça c'est à peu près compris par tout le monde, mais il y a aussi le magistrat. On est le garant de la liberté individuelle et on est du coup les seuls à pouvoir ordonner une mesure privative de liberté.
Voilà, on est les gardiens du principe et euh ceux qui mettent en œuvre l'exception, quoi. C'est vrai qu'en tant que juge d'instruction, on a la possibilité euh d'autoriser des écoutes téléphoniques, mais d'autoriser des choses qui sont encore bien plus invasives, hein, des sonorisations de véhicules. Donc là, c'est vrai qu'on est en permanence en train d'écouter quelqu'un qui dans son véhicule, parce que c'est un lieu clos peut imaginer être à l'abri effectivement de tous les regards, de toutes les oreilles.
Euh, on peut installer des dispositifs de captation d'images dans les domiciles des gens. C'est des choses qui sont voilà extrêmement invasives. Euh et donc le contrôle du juge est nécessaire.
Parfois même il faut un double contrôle he il y a le contrôle du juge d'instruction et puis du juge des libertés de la détention si on doit effectuer la pose de ces dispositifs de nuit. En tout cas c'est des choses qui sont extrêmement encadrées parce que là on va dans l'intimité de la vie des gens. On va vraiment au cœur de leur liberté individuelle.
Moi, il m'est arrivé de refuser des mesures. D'ailleurs, c'est souvent très mal vécu par les services de police parce que évidemment voilà, ça les freine dans leur action. Mais je leur rappelle, ça m'est arrivé de le rappeler que voilà, mon rôle, il est celui-là, il est voilà d'estimer s'il est opportun ou pas d'aller aussi loin dans l'intrusion, dans la vie de quelqu'un.
Est-ce que vraiment ça vaut la peine eu égard aux éléments de preuve qu'on pourrait recueillir compte tenu de l'atteinte quand même qui est portée à l'intimité de la vie des gens ? C'est le ministère de l'intérieur qui dicte sa conduite au ministère de la justice. C'est pour ça que la phrase selon laquelle la justice le pire ennemi de la police et la justice.
Ça a un sens là-dedans. C'estd c'est le pire ennemi parce qu'on fait pas fait pas ce qu'on attendait. Moi, je le ressens depuis quelques années parce que je le regarde, mais peut-être que c'est antérieur à ma perception.
Il y a un phénomène de caporalisation de la justice parce que c'est l'intérieur qui donne le tempo. Quand je suis arrivé en septembre 1973 comme juge d'instruction, j'étais la première juge instruction femme, j'avais 28 ans et euh les juges d'instruction qui étaient à Bordeaux, c'était des vieux barbons dans l'ensemble. Euh bon et que déjà et bon la police, il y en avait pratiquement pas de femmes euh dans la dans la police et donc j'arrive à me présenter.
C'est ce qu'on fait. On se présente toujours avec tous ceux avec qui on va travailler. Et alors très gentiment, très courtoisement on dit "Non madame, on sait pas à quoi vous servez parce que les juges d'instruction il y a pas besoin de juge.
De toutes les façons, nous on pourrait très bien on arrête les gens et puis hop, on fait prononcer les pees." Bon c'est voilà et c'est le rêve. Quand on voit les discours de Dharmana, il nourrit ce rêve là de la police.
Quand il y a eu ces manifestations de la police, le problème de la de la police, c'est la justice qui a qui a été soutenue manifestation par de très nombreux élus et par des soutiens politiques. Bon, alors forcément, si on nourrit cette ce fantasme là, euh ben ça sert à rien. quand ces syndicats de police disent que le problème de la police est la justice, bah oui, évidemment qu'on est votre problème puisqueen fait c'est le principe des pouvoir en fait, c'est que chacun se contrôle, chacun s'équilibre.
Évidemment que je vais être un problème pour vous parce que je vais contrôler si vous respectez le cadre, je vais contrôler que tout a été fait selon le code de procédure pénale. Et oui, je vous empêcher de faire certaines choses et et oui, donc même si ça m'a fait absolument grincer des dents cette phrase, en même temps, je veux dire bah oui, je il y a pas de problème. J'assume parfaitement le fait que je contrôle le travail de la police mais ça se fait en bonne intelligence.
Alors que j'ai jamais eu de Ils le savent de toute façon, ils appellent, ils disent "Allême le procureur vous avez pas aimé. On sait que bah on a oublié de faire la vie magistrale pour la garde à vue." Bon bah terminé, la garde à vue sort.
Même le procureur, vous avez pas aimé. Bon, ils font voilà, il y a une erreur de procédure, ça sort et c'est le jeu, c'est comme ça, ils le savent très bien. Donc c'est pour ça que ce discours là, il est quand même il fait quand même il est tenu par une certaine partie de la police qui est souvent par ailleurs hors du terrain et euh et sur le terrain en fait chacun connaît le truc hein.
Et puis si c'est pas respecté, bah nous on est là pour dire ça s'arrête. Ils disent bah oui, le respect des libertés, ça prend du temps dans une garde à vue, notification des droits, on attend personne pour une perquisition, le médecin est pas disponible, l'avocat, ça répond pas, c'est empoisonnant hein, c'est long, c'est et le temps de garde à vue n'a pas été rallongé pour autant. Donc tout ça dans les procédures compliquées euh ça nécessite ça nécessite d'être nombreux, ça nécessite d'être rigoureux.
Euh là la culture euh la culture policière je pense a pas mal changé. Il y a eu des maintenant dans les commissariats, il y a les procéduriers, c'estàdire des policiers qui sont spécialistes de pour construire une procédure qui [raclement de gorge] tiennent compte de toutes ces exigences. Mais c'est à ce prix qu'on a effectivement une procédure pénale encore une fois respectueuse des libertés et dans un état de droit qui digne de ce nom. dans la fiction et dans la fiction policière notamment, les figures de policiers et y compris certaines figures de magistrat euh ceux qui sont rendus sympathiques et ce qui est valorisé, c'est plutôt euh les fonctionnaires qui se mettent en marge du système effectivement et qui vont par des moyens un peu baroques finalement évidemment toujours réussir et on les trouve sympathiques parce que justement ils s'affranchissent y compris du côté magistrat d'un certain nombre de règles.
Alors ben je pense que la diffusion dans la culture populaire de ce genre de choses contribue quand même à faire queon pense que un papier est là pour un papier pour rendre hommage aux 12 travaux d'Astérix. Voilà où le formulaire B12, il va falloir monter trois étages, redescendre quatre étages. Tout ça n'estant le but peut-être d'embêter la personne qui doit faire la formalité.
Moi, je crois que dans le fond euh au-delà de préoccupations politiciennes, syndicalistes et cetera, je crois que quand même avant tout les services de police, ils ont envie de pouvoir faire leur travail dans des bonnes conditions. Voilà, ils font des choses extrêmement précieuses et dans des conditions quand même très très dégradées. Et je crois que ils aspirent à pouvoir faire les choses bien.
Et je crois que si on leur donne les moyens de faire les choses bien, la question de la simplification se posera assez peu. Après les préoccupations des organisations syndicales de police, il y a d'autres enjeux mais qui relèvent pas forcément du du fond de l'enquête. Voilà.
Oui, bien sûr que un policier qui est en filature, qui s'aperçoit que un gars prend un véhicule nouveau qu'il avait pas identifié auparavant et puis qu'il va partir mais du coup on sait pas où, bien sûr qu'il va être tenté tout de suite de poser une balise sur la voiture pour pouvoir la géolocaliser et dans l'instant parce que ça va permettre comme ça qu'il continue sa filature sans perdre de vulga. Donc en terme d'efficacité réactive de de l'enquête euh évidemment que la procédure ça c'est c'est une emmerde, disons-le, parce que bah là autre il va falloir qu'il appelle le juge parce que maintenant il y a des nouvelles exigences parce queavant il pouvait poser une balise en urgence comme ça, paf, et puis le juge devait régulariser euh dans les 24 heures. Bon là maintenant on impose que effectivement le juge régularise dans les 24 heures mais que au moment de la pause de la balise il y ait quand même un avis qui soit donné au juge.
Alors pourquoi pas ? Mais nous juge d'instruction on n pas de système de permanence de nuit. Euh donc si c'est le soir un peu tard ou même juste avant 21h, c'est l'horaire légal qui est considéré comme étant celui de la nuit. même si c'est à 20h euh bon bah en fait ils nous appelle, nous on n'est pas de permanence.
Bien sûr qu'ils vont nous appeler mais nous on n'est pas de permanence. On n'est pas censé être de permanence. On peut être chez nous et on n'est pas censé être au travail.
On peut même être injoignable, je veux dire parce qu'on a le droit à une vie privée aussi. [rires] Donc ça ça pose des vraies questions mais c'est des exigences qu'on nous rajoute sans faire évoluer pour autant nos fonctions, nos métiers sans qu'on soit plus nombreux, sans voilà. Euh et bien sûr que pour le policier Oui.
Bah oui, ça va être pénible de devoir appeler le juge, dire "Oui, alors là, je suivais monsieur machin, je m'aperçois qu'il a un véhicule Citroën immatriculé euh BX 60 rien. Est-ce que vous m'autorisez la pose d'une balise et cetera ?" Euh bien sûr que ça va prendre plus de temps que euh [rires] de devoir euh de pouvoir voilà très librement, paf !
Mais voilà, c'est c'est une emmerde nécessaire, je dirais, parce que la vraie efficacité, celle que nous on recherche, nous juge, euh c'est que au bout du compte, la procédure, elle tienne et elle tiennent suffisamment pour que l'implication des personnes qu'on juge dangereuses pour la société, en tout cas, j'aime pas ce mot dangereuse mais c'est pour faire comprendre un peu voilà les enjeux. Il y a quand même des personnes qui parfois préparent des assassinats dans les dossiers qu'on suit ou pour que ces personnes-là, elles soient mises hors d'état de nuire ensuite pour queon aboutisse à une condamnation ou pour que en tout cas il ait voilà un équilibre qui soit rétabli. fameux équilibre qu'on recherche.
Bon, donc l'efficacité procédurale, elle est en fait aussi importante que l'efficacité des investigations sur le terrain. Évidemment, s'il n'est pas la procédure, bah voilà, on pourrait surveiller tout le monde tout le temps sans contrainte. Voilà.
Mais ce serait une société de contrôle, ce serait une société invisivable quoi. Il y a trop d'exemples dans l'histoire où la procédure n'était pas celle qu'on a aujourd'hui et qui ont amené à des catastrophes industrielles. Moi, j'ai toujours en en mémoire c cette image de Patrick Dills qui enfin cette image je l'ai pas vu mais je me la représente qui a été interrogé je sais plus pendant combien d'heures d'affilé sans aucune respiration pour voilà sur un entretien à qui on a fini par dire écoute si tu vous tu vas finir par sortir et je ne sais pas si c'est une légende mais on m'avait dit que voilà il y avait un crochet sur le sol et que la menotte était accrochée sur le sol donc c'est plusieurs heures le bras comme C'est ça c'est ça a l'air d'être une autre époque mais pour moi c'est 150 ans en arrière.
C'est pas on n'est pas à horizon 30 ans 40 ans quoi. La procédure c'est ce qui vient dire à un moment donné voilà comment vous allez devoir appliquer le droit pour que chacun voit sa liberté garantie et l'ensemble de l'exercice de ses droits garantis. Euh voilà, c'est juste une règle de fonctionnement.
C'est comme si on joue à un jeu de société et puis en réalité il y a pas de règle du jeu. Chacun joue quand il veut et puis c'est la loi du plus fort. Donc voilà, la procédure c'est le souci de l'équilibre parfois à l'extrême mais en tout cas c'est une garantie indépassable.
Je pense que si on n'est pas extrêmement exigeant et rigoureux en terme de procédure, y compris pour garantir la liberté individuel, si on commence à s'autoriser même au magistrat en tant que magistratquet des aménagements avec ça, ben là on a plus de limite. Et effectivement, c'est là que je dis que la procédure est la manière de garantir les libertés individuelles parce que c'est la procédure qui garantit les équilibres et que parce que on ne peut priver les gens que dans le respect de règles précises. Sinon, c'est les lettres cachées.
Sinon, c'est je décide queil peut rester en prison parce que je décide qu'après tout euh je veux pas le perdre ou c'est grave ce qu'il a fait. Et c'est cette procédure qui est vue effectivement comme les argus. de gens qui s'emparaient d'une espèce de langage secret qu'ils ont entre eux.
Enfin, dans le public, c'est vu comme ça. Cette procédure à laquelle on ne comprend rien, elle est en fait la seule qui est à même de garantir l'égalité des armes dans le procès, l'exercice des droits de la défense. C'est parce qu'il y a des délais, c'est parce qu'il y a des façons d'introduire les demandes.
Mais aussi pour la partie poursuivante et aussi pour le parquet, je fais pas n'importe quoi non plus. Je suis aussi soumise à des convocations dans les délais et cetera. C'est ça qui va effectivement finir par garantir la liberté individuelle des gens dans le procès pénal civil.
D'ailleurs, hein, la procédure est la mère des libertés. C'estàd que si on respecte pas la procédure qui est mis en place, on est dans la l'arbitraire. Et l'arbitraire, c'est plus la liberté.
Donc la procédure est la mère des libertés. Respecter la procédure. Alors respecter, ça veut dire la procédure pas n'importe laquelle. celle qui aboutit à du contradictoire, de la motivation, la droit d'appel, enfin bref, toutes ces c'est le droit à la défense, le droit à un procès équitable, tous ces éléments-là, si on la respecte, bien effectivement, on garantit la liberté et la procédure est nécessaire d'autant plus que la procédure doit prévoir l'existence d'une défense organisée.
Quand il n'y a pas de défense, pas d'avocat de la défense, il n'y a pas de juge. Si le juge juge sans défense alors qu'il devrait y en avoir une, il n'est plus juge. pas mon avis, c'est ma position.
Alors, parfois je déteste parfois les avocats me répilent, parfois je suis pas d'accord avec ce qu'ils disent, parfois ils sont de mauvaise foi, parfois mais c'est pas grave, c'est leur rôle. Leur rôle c'est de défendre leurs clients. Ils ont un mandat pour ça.
Euh le rôle du juge, c'est de de faire de faire le tri et d'essayer de trouver ce que la raison lui dit de faire. Si je dis que dans un dossier, j'ai autorisé 200 écoutes téléphoniques, ça va sembler invraisemblable. Euh sauf que pour chacune d'elles, voilà, je vais avoir pesé le pour, le compte, je vais l'avoir motivé.
Euh il faut imaginer le nombre de mesures euh identiques qui sont autorisées sur le plan administratif sans que personne ne soit au courant, pas même nous. Il y a des écoutes qui sont autorisées euh sur la demande du ministère de l'intérieur qui sont autorisés alors par une commission hein qui a une commission mixte au sein de laquelle d'ailleurs il y a des magistrats euh mais c'est une commission pour en avoir discuté euh qui euh avalise euh voilà 98 % des des demandes qui lui sont soumises. Euh il y a un grand nombre d'écoutes qui échappent à un vrai contrôle judiciaire qui ne sont pas motivés spécialement et en tout cas derrière il y a pas de contrôle rétroactif qui peut s'exercer sur la légalité de la mesure sur sa proportionnalité à la situation.
Et c'est vrai que l'ensemble des dernières lois qui ont pu être voté dans le cadre de l'état d'urgence vont vers un un un désengagement du judiciaire de de ces questionsl mais précisément parce que c'est lourd. hein, c'est sûr que c'est lourd de soumettre au contrôle du juge l'opportunité, la proportionnalité d'une décision en matière pénale. Souvent le contournement du juge, il a juste pour pour but de pouvoir porter plus facilement atteinte à la liberté individuelle.
Et ça c'est ça c'est vraiment problématique aujourd'hui. Normalement c'est le juge qui est garant des libertés fondamentales. Or un certain nombre de d'outils et de pratiques se sont développées à la faveur de ces lois sécuritaires et notamment antiterroristes vers le pouvoir administratif.
Et ça c'est une dérive qu'on a connu euh que toutes les démocraties ont connu euh suite notamment au aux attentats terroristes. On a on a créé des lois d'exception retirant un certain nombre de contentieux euh donc au euh à la sphère judiciaire euh pour la la confier la sphère administrative et et là très clairement tous les spécialistes disent que sur le terrain des libertés ça constitue un recul un recul notable. [musique] On peut jamais être sûr qu'on est impartial, mais on peut être conscient qu'on risque d'être partial et du coup se surveiller pour l'être le moins possible.
L'impartialité, c'est de tenir compte de du point de vue de chacun. C'est c'est un peu l'inverse de ce que dit renoir. Renoir dit le malheur dans ce monde c'est que c'est que chacun a ses raisons.
Pour le juge, c'est pas un malheur. C'est ça c'est l'important dans ce monde c'est que chacun a ses raisons. Quand j'étais auditeur de justice, un juge des enfants qui on était en voiture, on se transportait dans un tribunal un peu lointain [grognement] qui m'a dit "Pour ce métier, faut être en peu avec soi-même." Et au début, je me suis dit euh qu'est-ce que c'est que cette formule ?
Euh pour qui se prend un peu euh grand sage Yoda. Euh voilà. Et en fond, en réfléchissant, moi j'ai interprété ce qu'il a dit en disant bah voilà, essaie de mettre à distance ce qui t'est arrivé et de pas considérer que c'est l'alpha et l'oméga de toutes les situations.
Essaie de de juger les choses sans en en faisant abstraction de ce que toi tu as vécu. Et au fond, quand on a ce warning, cette alerte, ça rentre dans le domaine du possible quoi, de se mettre à distance des choses. Impartialité, c'est donner à chacun sa part.
Alors souvent euh bon c'est présenté comme étant la neutralité du juge, mais c'est une hérésie totale. Le juge est tout sauf être neutre. Qu'est-ce qui doit se prononcer quand quelque chose est chimiquement neutre ?
C'est que ça ne joue pas un rôle. Et bien on n'est pas chimiquement neutre puisque à un moment donné, on va devoir se prononcer. C'est pas comme le juge américain qui est là euh j'en ai vu quelques audiences, il est là tranquille, euh bon les jurés délibèrent et tout, lui il pose jamais des questions, il est objection retenue, pas obj enfin bon on n' pas cette conception-là.
C'est pas marqué neutralité dans les obligations d'ontologie du magistrat. C'est dans les développements qu'on fait de ces obligations ontologiques que on met sur le même plan neutralité impartialité. Un peu comme si c'était des synonymes.
En fait, les mots ont un sens. Euh c'est pas du tout la même chose. Mais évidemment qu'on n'est pas nutre.
Je veux dire, on tranche, hein. Et ce mot, il est il est terrible, hein. Il est douloureux, on tranche, quoi.
Donc non, on n'est pas neutre, on prend bien des décisions, on choisit bien un parti plutôt qu'un autre. On essaie de trouver parfois des compromis, mais enfin la balance, elle est jamais complètement à l'équilibre. Non, il y a un moment où ben oui, on va prendre une décision qui est contraire à ce que pense ou aux intérêt d'une des personnes présentes dans la salle.
Voilà. Donc non, on n'est pas neutre par essence. On n'est pas neutre.
On applique une loi qui est une loi politique qui a été votée par un parlement qui est composée de députés élus par le peuple. Enfin voilà, on on applique une loi qui n'est pas neutre et ne pas avoir conscience de ça, c'est passé pour moi à côté de son métier. Cette neutralité n'existant pas, moi je crois toujours qu'il vaut mieux avoir conscience de des biais que pourrai introduire ce qu'on pense personnellement par rapport aux décisions qu'on prend.
Parce que si on en a conscience, alors on peut le mettre à distance. Et quand certains magistrats euh prétendent être à politique, j'ai envie de dire, mais même encore que tu es quelqu'un qui t'abstient aux élections, tu penses, tu as un avis et donc personne n'est à politique. Euh donc prétendre qu'on l' est d'abord dangereux à mon avis parce que du coup on manque de réflexion sur ce qui nous constitue et est un mensonge euh un mensonge en tout cas dissimule la vérité.
Euh à nos justiciables, on peut me concilier à la fois le métier de juge et ce devoir d'impartialité avec des engagements associatifs éventuellement militants. Et ça c'est quelque chose qui est pas très bien compris par une majorité de magistrats qui est plutôt sur ce devoir d'impartialité doit poursuivre le magistrat sur l'ensemble de ses comportements sociaux et ça amène beaucoup d'entre eux à être extrêmement réservé pour vivre heureux vivant caché et à être très réticent à tout engagement toute toute participation à la vie citoyenne. Le magistrat, c'est un être humain qui est dans la vie et c'est d'ailleurs pour ça qu'il va pouvoir rendre la justice parce que s'il était pas dans la vie et ben il aurait pas d'empathie, il connaîtrait pas le monde qui l'entoure et donc il pourrait pas juger les gens parce que quand même pour juger les gens, il y a pas besoin d'avoir traversé chacune des situations que l'autre a traversé mais pour autant il y a quand même un peu besoin d'être dans la vie et dans le réel et ça au syndicat de la magistrature et ailleurs.
La partialité, c'est aussi examiner les moyens qu'on vous développe devant vous les uns après les autres sans a priori. Alors, sans a priori, ça voudrait dire qu'on a pas d'idée politique et qu'on est on est un verre de terre et que on est on mange les racines des tomates. Non, c'est pas le cas.
C'est pas comme ça que ça se présente. L'impartialité, c'est pas ne pas avoir de vision politique de la vie, la société, de la cité. Moi, j'ai j'ai au contraire, je revendi que le juge ait une position politique sur la cité.
Bon, alors peut-être que du fait que je milité au niveau national, j'ai écrit plein de choses, j'ai écrit des bouquins qui sont connus, qui sont référencés et cetera, les gens me posent même plus la question quoi. Ils savent ce que je pense quoi. Quand je vais quelque part, on sait qui je suis.
C'est voilà. Mais c'est pas pour ça d'ailleurs que au contraire je trouve que j'ai pas de problème avec personne euh dans ma dans ma activité juridictionnelle. Chacun Après, ce sont des gens que je respecte profondément qui sont parfois des avocats d'affaires et cetera.
Il y a aucun problème. Ils font leur job, je fais le mien. aucun problème.
Quand j'arrive dans un ressort et que je me présente ou que je rencontre nos partenaires divers et varié, euh maintenant je je vois que la plupart des gens ont pu chercher qui j'étais sur Google et il est évidemment sorti que j'ai eu des responsabilités au syndicat de la magistrature. Je leur dis toujours enfin ça ne va pas nous empêcher de travailler et moi dans mon exercice professionnel et heureusement j'espère avoir été capable de travailler avec des gens mais comme je suis capable de vivre avec des gens qui ne pensent pas comme moi. [rires] Je travaille au quotidien euh avec des policiers des gendarmes notamment dont la majorité ne se caractérise pas par un engagement à gauche.
Là encore qu'il y a évidemment des policiers et des gendarmes de gauche, mais c'est c'est pas l'essence de leur corps. Voilà. Euh bah oui, et je travaille quand même avec eux.
Euh et j'espère que certains en tout cas peuvent considérer que je travaille quand même normalement. Quand on arrive au syndicat de la magistrature, la première cotisation s'accompagne pas d'une mallette prête à penser avec des livrets en disant voilà dans tous les contentieux que vous aurez de cette nature, jamais jamais jamais vous ne faites autre chose que ça. Je veux dire sur les sur les plus de 1200 adhérents au syndicat de la magistrature, j'ai parfois envie de croire qu'il y a 1200 avis différents.
Moi, je trouve ça très important qu'on puisse justement afficher clairement dans le débat et puis derrière en juridiction, c'est là qu'on retrouve sa parfaite impartialité et et de traiter une affaire comme doit être traité une affaire. Je vois pas pourquoi on fait un procès en partialité aux juges qui dans leur vie de citoyen se décrivent comme de gauche et pas à ceux qui dans leur vie de citoyen ne se décrivent pas comme de droite parce que moi c'est moi je suis juste normal quoi. qui me pose toujours problème, c'est que moi on puisse me considérer comme une une juge rouge alors que on va jamais demander à un collègue si c'est un juge bleu ou si c'est un juge blanc à politique qui s'en fout de la la société dans laquelle il vit.
Euh voilà, on a tous un regard là-dessus, on a tous eu une éducation, on a tous des convictions et on a un regard d'ailleurs qui change parfois hein avec l'âge. Voilà. Donc euh est-ce que je vais juger différemment euh parce que je suis une femme ?
Est-ce que je vais juger différemment parce que j'ai grandi dans tel milieu ? Est-ce que je vais Bah oui en fait non mais il faut oser se le dire. Euh oui en tout cas on va avoir un ressenti différent, une appréhension des choses différentes et c'est la richesse du débat de la collégialité et c'est très important.
Oui là on sera représentatif. Donc voilà, je suis pas un juge euh partial, je suis un juge euh sensible. Je j'aime bien voilà, je préfère ce mot-là, la sensibilité.
Je vais euh être sensible et des fois ça va me surprendre moi-même. Je vais pas forcément être sensible à ce à quoi je m'attendais, hein. Euh euh je crois que c'est c'est le propre d'être dans la complexité, d'accepter aussi la contradiction, d'accepter de changer de regard, d'entendre ce que peuvent dire d'autres personnes.
Je trouve que c'est beaucoup plus riche et et riche de sens, fructueux et c'est voilà ça ça nous invite à une pensée davantage en mouvement, d'être dans cette complexité euh plutôt que de se penser euh neutre et à l'abri de toute influence. Parfois, j'ai des avocats qui me font des demandes dont il pensent que forcément je vais les accepter parce que quand même la juge grande, voilà, la détention provisoire, c'est moins son dada que d'autres. Et pour autant, je fais pas droit à leur demande parce que dans mon dossier, j'estime que la détention provisoire, elle est parfaitement justifiée à la fois par les nécessités de mon enquête et puis de profil de leurs clients.
Bon, donc voilà. Donc peut-être que des fois ils espèrent certaines choses en raison d'eux et puis voilà. Mais là encore, c'est une preuve de mon impartialité justement, c'est que mes convictions euh elle elle s'applique de manière mesurée.
Enfin, je veux dire, je suis pas une révolutionnaire, je vais pas remettre dehors n'importe qui. Enfin, voilà, si j'ai choisi ce métier, c'est que je ne suis pas une révolutionnaire, sinon je serais pas là. c'est que je crois quand même au droit à la justice.
Ce qu'on nous oppose pas mal de l'extérieur, en tout cas dans les professions, surtout les avocats, c'est la connivance siège parquet et ce qui est surtout très présent dans les petites juridictions, enfin moyenne et petites juridictions parce que on va pas se mentir, on se connaît tous hein. C'est sûr que mais on est dans des locaux restreints. Euh on arrive dans des villes où on connaît personne.
Bon, je veux bien faire semblant qu'on se parle pas et qu'on se voit pas, mais de fait on se parle et on se voit. Mais j'entends que du côté avocat ça fasse hurler en fait que que le parquet des jeunes avec l'instruction al pas le même jour d'une ouverture d'info hein, ça on respecte quand même mais en tout cas je comprends que ça fait sur lui parce qu'on sait pas ce qui s'y passe et on sait pas ce que ça a comme enjeu et clairement je comprends que ça soit pas suffisant qu'on dise t'inquiète de notre côté tout va bien on respecte tous les principes maintenant que je suis en Martinique euh je réalise combien Euh cette exigence est plus importante encore ici dans une société qui est très cliée et dans laquelle il n'est pas envisageable qu'on imagine que j'ai [grognement] en tant que procœur de la République des accointances, des connexions avec les béqués, avec tel corps de métier. Enfin voilà, il faut [raclement de gorge] vraiment ici peut-être plus encore qu'ailleurs et dans une île qui n'est pas grande se tenir à une juste distance.
Après, faut vivre aussi. Donc effectivement ça n'interdit pas non plus. Euh voilà, on est humain, on fait ses courses, on rencontre des gens, on peut aller à une exposition, on peut enf voilà quand même quoi.
On est effectivement sur une île où où le poids de l'histoire est énorme et c'est bien normal. euh avec une société très clivée entre les entiers évidemment majoritaires, les béqués euh descendants de colombe et les métros euh venus de métropole pour souvent prendre des postes à responsabilité. Évidemment que c'est une question.
Les magistrats sont majoritairement métro, les fonctionnaires sont répartis mais majoritairement entiers. Euh les gendarmes sont métro, les policiers sont entiers. Euh tout ça est quelque chose qui existe dans une société où euh où le le le problème est prignant et douloureux.
L'autre jour, ça a carrément été évoqué devant un débat dans devant le JLD où j'ai une collègue qui a dit "Monsieur, je ne vous laisserai pas dire que ma décision est prise en fonction de votre couleur de peau. Elle ne l'est pas. Elle ne l'a jamais été.
Elle ne le sera jamais. Voilà, peut-être qu'elle l'avait tout à fait bien fait de le formuler comme ça. Est-ce qu'on les convainc ?
C'est une autre chose ? Oui, des fois je me suis posé la question. Je me suis dit quand on est tout un tribunal de femmes, une procureur femme, que des femmes qui siègent et puis que on juge un homme pour des agressions sexuelles ou un viol ou peut-être que il va se dire que notre regard est induit quoi par notre condition de femme, par peut-être euh c'est bien possible [grognement] sans doute qu'on souffre d'un manque de mixité dans ce qu'on va renvoyer d'impartialité objective justement sans doute qu'on n'est pas un corps très représentatif des gens qu'on juge.
Ça c'est évident. il y a un faossé, hein. Euh mais euh je pense, j'en reviens à ce qu'on a déjà pu dire, que ce qui est important dans ces moments-là euh ça va être le langage.
Voilà. Euh et cette impartialité objective, elle passe par ça. Euh le respect, l'estime qu'on doit à chacun, quoi qu'il est commis.
Je crois que c'est c'est voilà c'est pas simplement une posture, c'est la conviction très profonde que voilà quel que soit l'appartenance de l'un ou de l'autre, du justiciable ou du juge, quel que soit son appartenance politique, son appartenance familiale, son appartenance raciale, son appartenance, quelle que soit l'appartenance parce que on appartient tous [rires] à des racines, à voilà ce qui nous tient. Euh ça ça n'entre pas en ligne de compte que le moment de l'audience, c'est le moment de voilà la rencontre d'un juge avec une personne qui est là pour prendre une décision de justice et que ça passe par un langage qui doit être le même pour tous. Je crois que j'ai même plus envie, j'ai même plus envie de répondre à ça.
C'est que je suis tellement c'est qu'ils étaient entre copain quoi depuis depuis toujours et puis ils se posait pas de questions quoi. Et et surtout il se posait pas la question de savoir qui était derrière ce juge masculin, si c'était quelqu'un de bien ou pas, s'il tapait sa femme ou pas. Ça ça ne posait aucun problème.
À partir du moment où le juge en face, enfin la juge a eu euh a eu un vagin quoi grosso modo, ça a commencé à poser questions. C'est marrant. C'est et en fait bah je m'en fiche quelque part je m'en fiche un peu.
Cro croyez ce que vous voulez. Euh euh si vous pensez que je prends cette décision parce que je suis une femme euh non. Et puis par ailleurs, en quoi des violences conjugales et en viol sur mineur euh atteindrait plus une femme qu'un homme ?
Enfin, si un homme n'est pas atteint et un magistrat homme trouve moins grave des violences conjugales parce qu'il est un homme, il y a il y a un problème. On est censé et oui, il va y avoir une transition, c'est pas facile. Il va falloir accompagner ces messieurs dans cette compréhension que les femmes sont des magistrats comme les autres et qu'en fait on est guidé par exactement les mêmes principes.
Moi ça ça m'a ça m'a marqué lance ces questions autour de la féminisation. C'est un constat, faut le comprendre. Mais euh mais de là en fait un phénomène, je j'ai trouvé ça ouais un peu rud quoi.
Enfin en fait on se pose. C'est c'est comme nous. Enfin je veux dire c'est quand on parle de euh ça atteint quelque chose qui qui est moi, quoi.
Je suis une femme donc on se pose la question de ma présence quoi. Qu'est-ce que vous faites là ? Pourquoi vous êtes là ? [musique] [musique] C'est très particulier de voir des présidents de la République qui sont normalement garants hein de l'indépendance des des magistrats.
Enf en tout cas, c'est notre constitution qui qui le prévoit. avoir des propos accompagnés assez rapidement de rétropédalage mais et puis alors c'est toute obédience politique confondu. On peut on nous a traité de petits poids.
Après on a dit euh non mais c'est voilà vous inquiétez pas, j'ai pas voulu dire ça [grognement] euh exactement. Après on nous a traité de lâche mais au fond c'était pas exactement ça. Moi, ça me questionne beaucoup.
Il y a jamais eu de soutien mais au-delà de ça, il y a eu vraiment des attaques très virulentes de la part de des personnes qui ont vocation à garantir euh l'indépendance des des magistrats. En France, nous sommes sur la 5e République, le pouvoir judiciaire n'existe pas. Il s'appelle l'autorité judiciaire.
Euh et qui est garantité judiciaire ? Le président de la République, donc l'exécutif. Donc l'exécutif est garantind de la justice, ça pose un problème fondamental et notamment il n'est pas garanti que les procureurs soient indépendants puisque les procureurs dépendent du ministère de la justice et leur nomination évidemment du ministère de la justice qui est l'exécutif et les procureurs de la République, c'est eux qui engagent les poursuites au pénal sur en tout cas et donc manifestement donc dans certains dossiers ben ils peuvent recevoir des directives qu'elles soi écrite qu'elle soit orale.
Il reste beaucoup à faire pour l'indépendance des procureurs. La Cour européenne des droits de l'homme ne cesse et la CJE, la Cour de justice de l'Union européenne ne cesse de donner des coups de boutoir dans le parquet à la française euh dont on se revendique parce [grognement] que il est vrai que parmi les autres pays d'Europe, nous sommes le parquet qui a actuellement le plus de pouvoir et le moins de garantie d'indépendance. dira que dans les autres pays, quand les parquets ont beaucoup de pouvoir, ils sont libres et quand euh ils ne sont pas indépendants, ils ont moins de pouvoir et ils doivent saisir davantage des juges du siège.
Cette indépendance, elle est plus confortable quand on est au siège bien sûr puisque on a un exercice juridictionnel qui est normalement hein à l'abri de toute pression, de toute injonction, de toute directive. Elle est garantie par le fait que on a quand même euh bah une paye qui est suffisamment confortable pour pas être tenté d'accepter des pots de vin ou je ne sais quoi. Bon, c'est basique mais des fois faut le rappeler aux gens, ça sert aussi à ça.
Donc cette indépendance, elle est statutaire, elle est euh économique et puis euh ensuite elle doit être garantie dans le quotidien de l'exercice de nos missions. Et c'est là que c'est souvent plus difficile. [musique] Lorsqu'on prend une décision, on est totalement indépendant.
Quand on a un mitige, que on a un dossier, qu'on le lit et qu'on rédige notre jugement, il y a pas de pression extérieure, on est indépendant. En revanche, c'est plus sur notre environnement de travail, l'organisation, les moyens qu'on donne dans nos conditions de travail que là, il peut y avoir des atteintes à l'indépendance. Des fois, on peut nous le dire très clairement.
Alors, on nous l'écrira jamais. Jamais on nous l'écrira. Mais on fonctionne en mode dégradé.
On doit fonctionner en mode dégradé. Donc, on fait ce qu'on peut. Des fois, c'est en mode survie, hein.
Donc bah oui, bah j'ai un stock donc il faut que ce stock diminue et donc les piles doivent être décalées. Bah parfois on prend beaucoup moins de temps et c'est là où l'indépendance, elle est attaquée. Évidemment que d'avoir dans ce pays une justice pauvre euh voire misérable la maintient sous le boissau.
On a ce flow de procédure de divorce de la permanence y compris routière qu'on prend dans la figure et dont on sort exangle soir. Je on a pris la vague et le soir la journée est passée et on n' pas été faire de l'initiative pour gratter comme on dirait sur tel sujet d'affaires qui pourraient aller nous amener à toucher à des contentieux sensibles. La justice espagnole est devenue forte après propos.
La justice italienne a eu des moyens après les opérations impropres. C'est-à-dire que il y a eu dans certains pays européens européens pardon euh est apparu la nécessité impérieuse d'avoir une justice forte parce que c'était un défondement de la démocratie et que la mais d'abord c'est fragile et lui couper des vivres est une façon de la remettre pas évidemment les conditions dans lesquelles on travaille les les statistiques qu'on doit rendre voilà les délais auxquels on est contraint la masse sous sous laquelle on se noie parfois, c'est des choses qui nuisent à notre indépendance parce que on va être amené à rendre des décisions dans des conditions qui sont pas satisfaisantes plus rapidement qu'on le voudrait ou alors en dégradant la qualité de ce qu'on ferait. On intériorise aussi une forme de discipline euh de rendre des comptes, de satisfaire, de plaire.
Voilà, c'est plutôt ça qui menace l'indépendance du magistrat. Il y a des magistrats qui sont ambitieux dès le départ. Ils ont peut-être eu d'autres motivations pour entrer dans la magistrature, mais ils y sont et ils veulent devenir euh président de cours d'appel ou procureur général ou euh bah ceuxlà ils vont leur priorité ça va être de ne rien faire, qu'il puisse les faire mal noter dans leur notation écrite ou dans le bouche à oreille. l'évaluation, c'est un moyen de rendre les collègues attentifs à leur hiérarchie.
Et je trouve euh que quand maintenant je mène moi-même des entretiens d'évaluation, les collègues il viennent quand même un peu comme un examen. Si c'est fait euh de façon autoritaire et violente. Bah oui, c'est une façon de prendre la main sur l'action d'un magistrat et peut-être de le conduire à plus demander, plus rendre compte.
Il y a ce fameux critère de la loyauté euh qui s'entend dans l'évaluation par est-ce qu'il me raconte bien tout ce qu'il fait ? Mais oui, bien sûr que l'évaluation euh c'est un outil quand on dit de domestication, mais en tout cas de rappeler gentiment au collègues qui c'est le chef. Voilà, la réelle indépendance comme dit un collègue du syndicat, c'est de rien attendre de personne.
Voilà. Et ça ça doit être incarné par chacun de nous. J'ai vu des collègues au parquet qui étaient plus indépendants que que des collègues au siège alors que les modes de nomination sont garantissent moins de choses.
Voilà. Donc l'indépendance c'est aussi une question de d'esprit euh de pas avoir peur je pense essentiellement. Dépression on en a régulièrement dans toutes les fonctions même des fonctions de juge des enfants où finalement on se dit qu'on est loin des intérêts économiques.
Ah bah on a quand même des pressions de tel service de l'aide sociale à l'enfance pour pas placer tel enfant parce qu'on en veut pas parce qu'il a fait du bazar. euh ou telle pression d'un département parce qu'ils veulent pas accueillir de mineur étrangers isolés et que donc ils exécutent pas nos décisions pour faire pression pour qu'on ne leur confie plus. Donc ça c'est des formes de pression.
Et après je dirais que les pressions, je crois que c'est surtout les pressions qu'on se met à soi-même. C'est-à-dire que je pense que on pratique pas mal l'autocensure et que parfois il y a des choses qu'on ne fait pas parce qu'on pense que ça va avoir des retombées négatives et qu'en fait c'est un peu fantasmé. fantasmé ou pas fantasmé, mais en tout cas, personne n'est venu nous passer un coup de fil, euh, nous menacer de quoi que ce soit.
Là, on parle d'indépendance, genre un coup de fil d'un ministre qui me dirait "Je vous oblige à faire ça, mais jamais en fait, ça serait trop bizarre comme appel." De toute façon, clairement, on passerait pas par moi. Si on passe par quelqu'un, ce serait de mon procœur.
Mais je sais même pas si ça existe en vrai. Je je pense pas. Enfin, je suis je suis peut-être naïve ou trop jeune en en fonction pour le comprendre et le savoir.
Mais en tout cas, moi je vois pas quel quel fou furieux au pouvoir irait m'appeler directement pour dire fatigue comme ça enfin je crois je penserai un canular et je raccroche ou je à mon procureur en disant un pizzar. en devenant responsable de parquet. La pression alors moi, elle vient pas du ministère ici, elle vient pas du parquet général.
J'ai un procureur général très respectueux de mes prérogatives. Euh, elle pourrait venir des services d'enquête euh c'est-à-dire de la critique à peine voilée, voire pas voilée du tout qui peut être faite des décisions prises par le parquet en général, donc par mes collègues puisque c'est eux qui sont à la manœuvre au jour le jour. Le procureur est un peu le réceptacle des plaintes de la de la hiérarchie policière et de la hiérarchie euh des gendarmes.
Nous, juge d'instruction et juge du siège, on n'en sait quasiment rien. Et le procureur, lui, reçoit tout ça. Et donc effectivement ça influence euh parce que quand un commissaire n'arrête pas de venir dans le bureau en disant "On a marre que on en a marre des classements sans sur tel contentieux ou on supporte pas les relaxes prononcés par le tribunal." Bon, ça ça influence hein le la conduite des affaires par le procureur.
Alors, bien sûr, l'indépendance de la justice, ça n'a aucun sens aussi euh si euh on ne pose pas la question en matière pénale sur l'indépendance de la police judiciaire. La police judiciaire n'est pas indépendante en ce moment. Elle elle dépend du ministère de l'intérieur.
Vous avez une affaire un peu embêtante par rapport à quelqu'un un notable politique ou local ou je sais pas quoi. Enfin quelqu'un qui est en lien avec le pouvoir exécutif. Euh vous aurez une commission alatoire à à la police.
Les collègues, les les policiers et judiciaires sont généralement des gens loyaux et indépendant, mais ils vont commencer à traiter l'affaire et puis leur supérieur hiérarchie va dire "Ah, cette affaire là est pas très urgente quand même. Vous pourriez peut-être la mettre sous la pile. Voilà, ça je conseille peut-être de la mettre sous la pile, on la traitera plus tard." Et quand ils font des procédures un peu sensibles, directement l'information montre directement au ministère d'intérieur.
Ça veut dire que l'exécutif est au courant de tout ce qui se passe dans les procédures, ce qui est quand même anormal. Ça porte atteinte au secret d'instruction quand même. Même si apparemment la séparation des pouvoirs, le secret de l'instruction, le secret des enquêtes doit être respecté par tous.
On sait bien que dans un certain nombre d'affaires, à partir du moment où les commissaires de police se sentent dépendre davantage du préfet pour leur carrière, pour leur leur nomination et autres, il y a un certain nombre d'informations qui relèvent du judiciaire qui pour autant remonte jusqu'au préfet et donc juste au ministère de l'intérieur. Enfin, il y a une porosité là des des des informations euh qu'on retrouve d'ailleurs parce qu'il y a des fuites parfois dans la presse qui n'est pas très saine et qui relève effectivement de cette cette situation très particulière quoi. Les forces de sécurité intérieure font part au préfet y compris d'affaires judiciaire.
Alors, ils ne sont pas censés violer le scrit de l'instruction. Mais euh [raclement de gorge] je je sais bien que les forces de sécurité racontent ce qui se passe sur l'île au préfet qui étant responsable aussi de l'action publique et de la sécurité peut avoir besoin de ces données là. Autant je trouve parfaitement légitime que je puisse dire à un moment donné, par exemple ici à Fort de France, je l'ai déjà dit, il y a un problème majeur de circulation des armes.
C'est un sujet de politique pénale générale. Euh donc je le dis à mon ministère qui doit le savoir que ici c'est un problème en Martinique. Est-ce que je dois dire il y a une problématique de meurtre ?
Oui, je crois que oui. Est-ce que je dois dire monsieur X a tué hier monsieur machin ? Je le fais parce qu'actuellement c'est une obligation qui est la mienne.
Je pense que ça s'interroge et je pense que une justice indépendante ne devrait pas rendre compte, y compris au parquet de l'affaire individuelle. Ça n'existe pas le gardant des juges. Ils ont vu ça où ?
Enfin ça ça n'a jamais existé. Ça ne peut pas exister. Le juge il est il rend une décision en première instance.
Il y a un appel possible. Il y a pas de connivance entre le dégré d'appel et première instance. Il y a des lois qui s'appliquent, il y a un parquet.
Tout ça est un fantasme complet. On est dans le complotisme. C'est juste vouloir da l'autorité judiciaire le pouvoir qu'elle a de s'intéresser à tout et à tout le monde.
Voilà. Et d'agir de la même manière à l'égard de tous. Euh donc bon voilà, pour moi c'est un écran de fumée.
Les juges ne gouvernent pas. Non, ce qui est entre guillemets dans la bouche de certains injures, c'est souvent parce que il voudrait détenir un pouvoir exclusif sans aucun contrôle et sans aucune capacité de les arrêter. à un moment donné, ben il faut pouvoir arrêter quand des lois dépassent dépassent les bornes, hein, si on si on peut dire.
Et quand le juge lui commence à dire que c'est contraire à telle ou telle convention, il fait son travail et tout. Alors ça déplaît. Ah oui, c'est ça la démocratie.
La démocratie ne vient pas que des urnes, hein. C'est pas que le peuple institutionnel par la législative. Donc moi, je veux pas un gouvernement des juges, mais honnêtement, on est très loin et on peut pas appeler gouvernement des juges euh la condamnation d'un ministre pour fraude fiscale.
Je veux dire, ça nous est présenté comme ça. Euh vous réglez des comptes euh enfin que que nos élus et gouvernants ne commettent pas d'infraction pénales, il commence par là. On est quand même dans un pays d'ailleurs où des gens condamnés sont ont des rééctions de maréchal, hein, je veux dire.
En terme d'indépendance, l'image est atroce, quoi. Euh, on se fait remettre une médaille d'honneur, je la légende d'honneur par un gouvernement. Bon bah c'est c'est bon les gars, vous fatiguez plus le Sol est là quoi.
C'est on est on se fait remettre une distinction d'honneur par un politique. On est dans une période où on demande neutralité religieuse, politique et cetera. Mais ça ça passe.
Ça c'est un symbole français qui fait que il y a une exception là-dessus. Mais il y a même des assesseurs qui mettent leur leurs médailles à l'audience. J'ai déjà vu ça, un magistrat temporaire, ancien militaire qui mettait ces décorations à l'audience et surtout qu'en plus on les a au fur et à mesure de notre carrière et donc plus on atteint des postes haut et donc en jeu politique, plus on a ces trucs et bah ça pose question surtout au parquet quand on veut pas se dépendre tellement du politique que quand on commence à recevoir ça, c'est bah la les questions sont grandes quoi. les interrogations sont parfaitement légitimes et puis je pense que les réponses sont assez évidentes.
Robolger une opposition très claire, pas de médaille pour les juges. Voilà. J'ai donc eu trois fois à la à la refusée, soit qu'elle venait de Matignon, soit qu'elle venait de mon premier président qui avait découvert la première présidente de Versailles que vous j'avais pas de décoration qui me fait téléphoner en urgence par son secrétaire.
Vous vous avez pas de décoration madame Gamoriot. On a aucun honneur à avoir de de l'État que l'on qui nous a nommé, hein. C'est pas du tout un retour.
Il y a aucune raison. Aucune raison. Euh on on est justement indépendant euh d'avoir euh ce type de reconnaissance qui sont des reconnaissances des bon c'est c'est donné par le pouvoir exécutif.
Qui vous nomme qui vous nomme chevalier les légendaire le pouvoir exécutif ? Les gens sont contents de l'arborer. Enfin euh ils font plein de crises d'écrivent à la grande chaser de la journeur.
Je veux la médaille euh j'étais voir tel député qui me conseille de bon ils font plein de choses pour ça. C'est assez ridicule. Enfin très simplement c'est ridicule.
Et et puis après, ils l'ont. Est-ce que ça va changer quelque chose ? Bah si ça change quelque chose dans le comportement, ça pose problème.
Oui, on est d'accord. Croire qu'on est l'élite de la nation parce qu'on a l' national du mérite franchement faut déjà le croire hein. Voilà enfin c'est c'est rude.
Non je je je crois que ça leur fait plaisir. C'est un moment de contentement intérieur. Ils ont le droit d'avoir C'est comme quand on mange du chocolat.
On mange du chocolat, on est content, ça nous fait du bien. Et ben c'est pareil hein. C'est des médailles en chocolat pour leur donner. il pourrait les sucer tous les jours, ça posera pas de problème pour moi quoi.
Non, je je je voilà. Non, franchement non. Là, je rentre pas là-dedans.
Je je j'ai vu moi des gens euh des gens qui étaient médaillés, qui portaient leurs médailles aux cérémonies et qui étaient des des super types quoi. Voilà. Il y avait une proposition qui avait été faite et soutenue par le syndicat de la magistrature pour que les magistrats ne puissent plus se voir décorer.
Ça n'avait pas prospéré. Et alors que je quittais la présidence du syndicat de la magistrature, je me suis vue sur un décret m'accord d'honneur. Je sais plus en quelle année c'était.
Euh j'y ai toujours vu un pied de nez du ministère. Alors, je tiens à dire et j'en suis la preuve que je ne l'ai pas demandé et que non, on peut se faire décorer sans l'avoir sollicité. Je jure que je ne l'avais pas demander, que j'avais rien signé en ce sens.
Toujours est-il que le jour où j'ai vu ça, le décret est passé. Donc, j'en étais titulaire de cette médaille. J'ai immédiatement écrit à l'ordre de la Légion d'honneur pour dire en tant que magistrat, je considère que je ne dois pas être décoré.
Je ne me ferai jamais remettre cette décoration et je vous remercie d'en prendre note. Et donc, puisque je ne me la ferai pas remettre, je n'aurai pas le droit de la porter et pour moi, elle n'existe pas. Peut-être que si un magistrat sauver des enfants d'une maison en feu euh au péril de sa vie, j'ai rien à dire.
Enfin, évidemment. Mais dire à un magistrat, "Tu as bien travaillé et le gouvernement te remercie, c'est peut-être pas la peine. M. [musique] [musique] [musique] [musique] [musique]