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interviewLa chronique de Corinne Lepage· 13 juillet 2026 5 min

La chronique de Corinne Lepage du 13/07/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Fidélité, comme chaque lundi matin, nous retrouvons aussi Corine Lepage, ancienne ministre. Bonjour Corine. Bonjour Ilana, bonjour à tous et à toutes. Alors vous souhaitiez revenir ce matin sur la loi Duplon 2, symbole selon vous, dites-vous, de l'inversion des valeurs. Et vous allez nous donner trois exemples, Corine.

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Corinne Lepage

Oui, alors je vous ai parlé pendant trois semaines de calicule. Je pourrais en parler encore malheureusement à un moment, mais il faut changer un peu les sujets. Et donc je voulais vous parler de la loi Duplon 2, qui me paraît un remarquable exemple d'inversion des valeurs. Le premier, c'est la réautorisation d'un néonicotinoïde, déjà censuré par le Conseil constitutionnel. C'est un produit qui est fait pour lutter contre les insectes de la betterave et de la noisette. Il est interdit en France depuis près de dix ans, autorisé, c'est vrai, dans un certain nombre d'autres pays européens. Personne ne discute de la toxicité de ce produit, ce qui quand même devrait être le sujet.

Il est toxique, il n'est pas toxique. C'est pas toxique, on l'utilise. Il est toxique, on ne l'utilise pas. Mais ce n'est pas le sujet. Le seul sujet, c'est les autres l'utilisent, donc nous aussi. Or, ce qu'on devrait dire, c'est, nous on ne l'utilise pas, il ne faut pas que les autres l'utilisent non plus. Donc on essaye d'éviter que des produits contenant ce néonicotinoïde viennent sur notre marché et on travaille au niveau européen pour l'interdire totalement. Non, pas du tout.

Le sujet, ce n'est pas la santé humaine, ce n'est pas la santé du vivant, c'est la rentabilité économique pour fabriquer de la noisette qui, au passage, va servir pour fabriquer une célèbre pâte à tartiner dont on ne peut pas dire qu'elle soit excellente pour la santé de nos enfants. Voilà, ça c'est le premier point. Au segours, le sujet, ça devrait être la santé, ce n'est pas la santé.

1:44
Présentateur

Alors, le deuxième exemple, Corinne ?

1:48
Corinne Lepage

Deuxième exemple, on sait que les pesticides sont dangereux pour les agriculteurs qui les utilisent, mais c'est peut-être encore plus dangereux pour les voisins qui les supportent, en effet. Les agriculteurs, il faut le savoir, quand ils épandent leurs pesticides, sont dans une tenue qui ressemble à celle d'un cosmonaute et ils n'ont pas le droit de revenir sur leur champ pendant 48 heures. Les gens qui vivent à 5 mètres, 10 mètres, 3 mètres des champs d'épandage, eux, ils ne sont pas couverts pendant l'épandage, ils ne sont généralement même pas prévenus d'ailleurs, et ils ne quittent pas leur maison pendant 48 heures. C'est-à-dire qu'ils sont largement soumis à ces épandages.

Donc, on a dit, il faut une bande de séparation entre le champ d'épandage et les gens. Et donc, on a dit aux agriculteurs, vous allez mettre 5 mètres ou 10 mètres dans lesquels vous n'allez pas épandre. Au passage, c'est des distances qui sont totalement ridicules puisqu'en fait, les pesticides se retrouvent sur 500 mètres, voire 1 km. Les études les plus récentes sur les vignes le prouvent de manière indubitable. Et qu'est-ce que fait la loi Duplon ? Elle dit, ah ben non, ça, c'est pas bien, ça gêne les agriculteurs.

Donc, c'est les riverains qui vont devoir mettre chez eux des bandes, une bande de 5 mètres ou une bande de 10 mètres pour se protéger de l'épandage et donc ne pas pénétrer sur cette zone-là, ne pas y cultiver pour que l'épandage puisse se faire dans de bonnes conditions. Autrement dit, on passe du principe pollueur-payeur au principe polluer-payeur ou pollueur-payé, c'est dans le sens que vous voudrez, mais on est chez Ubu.

3:31
Présentateur

Alors, premier et deuxième exemple, vous avez un troisième exemple rapidement, Corinne ? Oui, très vite, c'est la question de l'eau.

3:38
Corinne Lepage

Les méga-bassines, si c'est fait simplement pour recueillir les eaux de pluie, recueillir les eaux de pluie, on devrait le faire tous dans nos maisons, dans nos jardins, partout. Donc, personne ne peut être contre le recueil des eaux de pluie. Le seul problème, c'est que les méga-bassines, ce n'est pas seulement fait pour les eaux de pluie, c'est aussi fait pour pomper les nappes. Et là, on passe sur un sujet qui est tout à fait différent. Et en réalité, on essaye de s'adapter à ce qui est en train de nous arriver, qui est quand même un changement complet de climat, en ne se posant pas les bonnes questions.

Oui, bien sûr, l'agriculture a besoin d'eau, mais toutes les plantes ne demandent pas la même eau. Donc, à cultiver le maïs dans le sud-ouest, il faudrait peut-être se poser la question de savoir si on continue, et s'il ne faut pas, à la place, faire du sorgho, par exemple, ou d'autres céréales qu'on cultive dans les pays du sud et qui demandent beaucoup moins d'eau. Voilà. Donc, tout ça, c'est pour dire qu'au lieu d'avoir des stratégies d'adaptation intelligente, nous favorisons le maintien de pratique qui nous emmène dans le mur.

4:39
Présentateur

Eh bien, merci beaucoup. Merci, Corinne, pour ce constat et ces précisions. On vous retrouve la semaine prochaine, comme chaque lundi. Merci à vous.

4:49
Corinne Lepage

Avec plaisir.

4:49
Présentateur

Bonne semaine à tous. Bonne semaine.