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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 19 avril 2019 9 min

François Asselineau : "Supprimer l'Ena, c'est une proposition assez démagogique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 6h19, il reste 5 semaines de campagne avant les élections européennes. Le vote aura lieu le dimanche 26 mai. Bonjour François Asselineau. Bonjour. Vous êtes président de l'UPR, l'Union Populaire Républicaine. Vous êtes à la tête d'une liste qui prône la sortie de l'euro, de l'Union Européenne et de l'OTAN. On va longuement en parler, mais avant de parler de ce Frexit, j'aimerais avoir votre avis sur un sujet d'actu. L'ENA, faut-il, oui ou non, la supprimer ? Vous avez fait l'ENA, oui ? Alors on ferme ou pas ?

0:26
François Asselineau

Vous savez, je trouve que c'est une proposition assez démagogique. Parce que, vous savez pourquoi il y a l'ENA ? C'est parce qu'il faut, pour accéder, pour devenir préfet, ambassadeur, directeur d'administration centrale, il faut passer des concours. Et ça, ça découle directement de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Parce que si vous n'avez pas des concours pour accéder aux emplois publics, et bien à ce moment-là, c'est le roi ou le fait du prince qui va désigner des amis du pouvoir. Donc le principe du concours est un principe républicain.

0:56
Présentateur

Et le reproche de reproduction sociale, seulement 6% d'élèves enfants d'ouvriers ?

1:00
François Asselineau

Ça, c'est exact. Ça, c'est une des choses qu'il faut améliorer. Mais ce que je voudrais dire aussi, c'est que les Français ont une mauvaise image de l'ENA, d'une façon un petit peu artificielle. Il n'y a que 3% des députés qui sont anciens élèves de l'ENA. Et puis, si vous regardez les responsables politiques récents, il y en a eu beaucoup qui n'ont pas fait l'ENA. M. Castaner n'a pas fait l'ENA. M. Raffarin, le Premier ministre. M. Valls, le Premier ministre. M. Sarkozy, le Président de la République. Ce sont des gens qui n'ont pas fait l'ENA. Donc en réalité, la population éprouve un sentiment d'amertume vis-à-vis de leurs élites. Mais ENA ou pas ENA.

Donc le problème qui se pose en fait, c'est que les Français ont le sentiment qu'ils votent à droite, ils votent à gauche. Et ils sont dirigés par une espèce de caste un peu impersonnelle qui fait toujours la même politique. Mais ça, ce n'est pas le problème de l'ENA. Ça, vous connaissez nos analyses. Ça, c'est le problème du fait que tous les pouvoirs ont été transférés ailleurs qu'en France. Ils ont été transférés à la Commission européenne à Bruxelles. Ou soit dit en passant, il n'y a pas d'ENA-ARC.

1:54
Présentateur

Les Gilets jaunes, vous les avez entendus, ils critiquent l'ENA, cette élite, plus globalement dont vous venez de nous parler. Ils soutiennent quand même pas mal de vos idées. Vous vous avez fait l'ENA. Il n'y a pas de contradiction ?

2:04
François Asselineau

Non, non, non. Encore une fois, je ne dis pas qu'il faut améliorer l'ENA. Et notamment, vous avez raison dans ce que vous avez dit. Il y a un phénomène de reproduction sociale qui est excessif. Mais vous savez pourquoi l'ENA avait été créée par Charles de Gaulle en 1946 ? C'était justement parce qu'auparavant, il y avait des concours, puisqu'encore une fois, c'est un principe républicain.

2:21
Présentateur

Il y a un système de cooptation.

2:22
François Asselineau

Voilà, et les concours, en fait, étaient des cooptations par ministère. Donc, de Gaulle et Michel Debré avaient pensé qu'en créant une grande école, ça permettrait justement d'éviter ça. Mais vous savez, le problème de reproduction sociale n'est pas uniquement vrai chez les hauts fonctionnaires. On le retrouve dans le show business. On le retrouve aussi chez les journalistes. On le retrouve un peu partout, en fait, dans la société française.

2:40
Présentateur

François Asselineau, je reviens au Gilet jaune. Maintenant, aucun chef n'a pu émerger. Il n'y a pas de candidature aux européennes. Présente le mieux, votez pour moi.

2:48
François Asselineau

Non, je ne leur dis pas ça, parce que je pense que ce sont des gens suffisamment grands. Ce que je crois fondamentalement, c'est qu'il y a des gens de droite, des gens du gauche, des gens du centre. Il y a, parmi les Gilets jaunes, des ouvriers, des agriculteurs, des retraités, des étudiants, des chômeurs, des petits patrons, des commerçants. Donc, en fait, ils ont des revendications qui ne sont pas forcément identiques. Mais leur revendication commune, c'est en fait de récupérer la démocratie. Ils ont le sentiment de ne pas être écoutés. On en parlait à l'instant.

Et ils ont, sur les ronds-points, ils se sont beaucoup intéressés d'abord aux analyses d'Étienne Chouard, notamment sur le référendum d'initiative citoyenne. Ça, c'est une mesure que vous y tenez ? Oui, que depuis 7 ans. Vous savez, Étienne Chouard est un ami, je le connais depuis 7 ans. Il était venu à notre université d'été en 2013. Et puis, en s'intéressant à Étienne Chouard, ils en sont venus aux analyses de l'UPR. Et actuellement, notre mouvement politique reçoit énormément de demandes, d'informations venant de Français de tous horizons, mais en particulier de Gilets jaunes, qui me découvrent. Ce qui, d'ailleurs, au passage, pose problème.

Parce que j'ai été candidat à l'élection présidentielle il y a 2 ans. Et en fait, des millions de Français n'ont pas fait attention à moi à cette occasion. Parce que, sans doute, je n'avais pas eu la couverture médiatique suffisante.

3:57
Présentateur

À propos des mesures qu'Emmanuel Macron devait annoncer lundi soir, beaucoup sont sortis dans la presse, j'imagine que vous les avez lues comme moi. Vous en pensez quoi ? Vous en retenez quoi ?

4:05
François Asselineau

Déjà, il y a un problème de principe. C'est que M. Macron a été élu. Normalement, il aurait dû appliquer un programme. Et puis, on a l'impression qu'il est complètement pris au dépourvu par un mouvement, un soulèvement populaire qui n'avait pas vu venir.

4:17
Présentateur

Et ce n'est pas bien d'écouter la population quand elle se soulève, quand elle manifeste un mécontentement ?

4:21
François Asselineau

Oui, bien sûr que c'est bien. Mais ça témoigne, vous savez, ça me fait penser à ce que disait Pierre Dac. Pierre Dac, qui est un humoriste, qui disait « Ceux qui ne savent pas où ils vont sont surpris d'arriver ailleurs ». C'est un signe de faiblesse ? Oui, c'est un signe de faiblesse, parce qu'on a l'impression qu'il tâtonne. Et puis, je rappelle quand même que son grand débat a été surtout un grand monologue. Il n'a pas rencontré, en fait, les gilets jaunes dans leur masse. Et puis, je me permets de souligner que, semble-t-il, dans les propositions qu'il va annoncer, eh bien, les principales n'y sont pas.

C'est-à-dire qu'il n'y a pas, notamment, le référendum d'initiative citoyenne en toute matière. Alors, il dit « Oui, mais voilà, sur des sujets locaux ». Oui, sur des sujets locaux, mais pourquoi pas en toute matière ? Et pourquoi n'organise-t-il pas un référendum pour ou contre la sortie de l'Union Européenne, le Frexit ? Dont je rappelle, d'ailleurs, que lorsqu'il a été interviewé par la BBC, vos confrères de la BBC, le 23 janvier 2018, en Angleterre, il avait dit que s'il y avait un référendum en France sur le Frexit, probablement, les Français voteraient en faveur du Frexit, c'est-à-dire de la sortie de l'Union Européenne. Eh bien, qu'ils le fassent.

Qu'ils ne le fassent, s'ils ne le font pas, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il n'est pas démocrate ?

5:18
Présentateur

Mais les Français ont voté, par exemple, pour l'euro, le traité de Maastricht. Il y avait, justement, cette mise en place de l'euro, ils ont voté pour.

5:23
François Asselineau

Oui, mais c'était en 1992. Mais les Français, ce qu'un peuple a fait, un peuple peut le défaire. Sinon, une fois qu'on aurait élu M. Macron, on l'aurait jusqu'à la Saint-Glinglin, excusez-moi. Ça ne passerait pas.

5:33
Présentateur

Est-ce qu'on peut changer l'Europe de l'intérieur ?

5:35
François Asselineau

Alors ça, c'est le grand mythe de tous les autres partis politiques. Nous, vous savez, je fais des réunions publiques et des grands meetings à travers toute la France. Soudite en passant, d'ailleurs, nous n'avons pas de couverture médiatique. Vous étiez à Marseille. Voilà, j'étais à Marseille où il y avait quand même 600 personnes. Il m'a semblé voir que Mme Loiseau, qui est du parti au pouvoir, arrive péniblement à faire 60 personnes dans ces réunions publiques. Moi, il y en avait 600 à Marseille.

Et d'ailleurs, parmi nos candidats sur la liste UPR, la liste Ensemble pour le Frexit, nous avons un ancien conseiller municipal, enfin un conseiller municipal, mais qui a claqué la porte du Front National. Nous avons également une ancienne responsable de la France Insoumise et puis d'anciens responsables du Parti Socialiste et de ELV. Je vous dis ça pour vous montrer que nous rassemblons des gens venant de tous les chiquiers politiques qui se mobilisent sur cette idée. Alors, pour répondre à votre question, tous les autres partis politiques proposent de changer d'Europe. Ils vous font des programmes. Seulement, ce sont des programmes qui sont triplement mensongers. Vous savez pourquoi ?

Premièrement, parce qu'il s'agit d'élire 79 députés sur 751. Ça fait 10,5% des députés au Parlement européen seront français. Donc, de toute façon, ils sont extrêmement minoritaires. Deuxièmement... C'est beaucoup par rapport à d'autres pays. Oui, c'est beaucoup par rapport à d'autres pays.

6:47
Présentateur

Il y a d'autres pays, on a 10%.

6:48
François Asselineau

Oui, mais c'est pas beaucoup par rapport proportionnellement à la population, à Malte, par exemple, ou Luxembourg. La deuxième raison, c'est que le Parlement européen n'a pas le pouvoir de changer les traités. Donc, pour mettre en œuvre un changement d'Europe comme le proposent les autres, il faudrait tout simplement modifier les traités. Or, ça, ça n'est pas possible. Le Parlement n'en a pas le pouvoir. Et la troisième raison pour laquelle ces programmes sont mensongers, c'est parce que pour modifier les traités, il faut l'unanimité des États membres. Et ça, je peux vous dire qu'on ne l'aura pas.

C'est la raison pour laquelle je présente dans mes réunions publiques, et ça fait rire d'ailleurs les assemblées, c'est que depuis 40 ans qu'il y a l'élection suffrage universel au Parlement européen, eh bien, depuis 40 ans, tous les partis politiques proposent de changer d'Europe à chaque fois. C'était d'ailleurs le slogan du Parti socialiste en 1979, changer l'Europe, et maintenant c'est toujours changer l'Europe.

7:37
Présentateur

Parmi les candidats, vous n'êtes pas le seul à réclamer la sortie de l'Union européenne. Florian Philippot la réclame aussi.

7:42
François Asselineau

Oui, mais écoutez, je sais bien que nous avons une chaîne stéréo qui s'est installée, mais moi, ça fait 12 ans que nous avons créé l'UPR, qui est un parti qui a plus de 36 000 adhérents, et qui a les moyens financiers d'ailleurs de sa campagne. J'observe d'ailleurs qu'un certain nombre de candidats proclamés, finalement, je pense par exemple à Jean Lassalle, finalement ne seront pas candidats, parce que vous savez, il faut avoir les reins solides financièrement pour se présenter.

8:06
Présentateur

On n'est remboursé qu'à 3%, si on atteint 3%.

8:08
François Asselineau

Voilà, et je vais vous raconter une petite anecdote, peut-être que les Français ne le savent pas, c'est qu'il y a eu un arrêté ministériel de M. Castaner qui a fait passer de 60 à 70 grammes par mètre carré le poids des bulletins de vote, enfin le papier utilisé pour les bulletins de vote. Le surcoût, c'est des dizaines de milliers d'euros supplémentaires. Alors évidemment, les petits partis politiques qui n'ont pas beaucoup de moyens, ou même des grands qui n'ont pas accès au financement par les banques, eh bien, ont du mal. Nous, nous sommes un grand parti...

8:33
Présentateur

Vous l'avez budgété pour vous, ça coûte combien ?

8:34
François Asselineau

Oui, on a budgété 1,2 million, ça va être un peu juste. D'ailleurs, on va sans doute demander une rallonge à nos adhérents et sympathisants, mais actuellement, on a reculté déjà plus de 1,1 million d'euros, donc c'est bon pour nous.

8:44
Présentateur

Merci beaucoup, François Asselineau, d'être venu ce matin sur France Inter dans le 5-7. Je rappelle que vous êtes président de l'Union Populaire Républicaine et donc tête de liste de l'UPR pour les Européennes du 26 mai prochain. Absolument. Bonne journée. Merci.