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Podcast / conversationUnion Populaire Républicaine· 15 décembre 2019 29 minAutoproduitActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalDéfenseTravail & emploi

Latécoère : ces OPA américaines contre la France

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  • 0:43Invité politiqueFait
    « il faudrait absolument faire la construction européenne pour faire contrepoids à la Chine était en fait une mauvaise plaisanterie »
  • 1:26Invité politiqueFait
    « la France est beaucoup trop petite. Il faut absolument faire l'Europe pour faire contrepoids aux États-Unis et à la Chine »

Temps de parole

  • François Asselineau100 %

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François Asselineau

Eh bien bienvenue à toutes et à tous. Nous sommes aujourd'hui le dimanche 8 décembre 2019. Et j'ai tenu à faire cette vidéo pour à la fois parler d'un événement qui vient de se produire, qui est le rachat de l'entreprise française Latécoère par un fonds d'investissement américain, mais au-delà de cet événement, de cette réaction, procéder à une analyse un peu plus importante sur le rachat massif d'entreprises françaises par des intérêts américains.

Il y a quelques jours, j'avais déjà fait une autre vidéo sur le rachat d'un certain nombre d'entreprises françaises, dans tous les domaines, par des investisseurs chinois, et j'avais expliqué que cette liste montrait à l'évidence à quel point l'argument avancé continuellement par les européistes (selon lequel) il faudrait absolument faire la construction européenne pour faire contrepoids à la Chine était en fait une mauvaise plaisanterie, puisqu'on constatait le contraire : plus l'on construit l'UE, plus on applique les traités européens et notamment la libre circulation des mouvements de capitaux, eh bien plus l'on constate que la Chine est en train d'investir un certain nombre de secteurs – et non des moindres – de l'économie française, alors que l'inverse n'est pas vrai.

Eh bien aujourd'hui, je voudrais faire un petit peu le même diagnostic, mais cette fois-ci pour les États-Unis, puisque en règle générale, les européistes nous expliquent toujours : « Vous vous rendez compte ? La France est beaucoup trop petite. Il faut absolument faire l'Europe pour faire contrepoids aux États-Unis et à la Chine ». C'est toujours les deux arguments qui sont avancés. Alors après avoir parlé de la Chine, je vais parler des États-Unis. Et avant de parler de l'affaire Latécoère, qui est la dernière acquisition en date par des intérêts américains, et c'était le 4 décembre dernier – il y a 4 jours –, eh bien je voudrais un peu dresser une espèce de...

J'allais dire de martyrologe de l'industrie, des services français qui sont passés sous pavillon américain au cours des 12, 13 dernières années, depuis par exemple la création de l'UPR. Ça n'est pas une liste exhaustive, mais c'est quand même une liste fort impressionnante. Alors on commence. En 2006, l'hôtel Noga Hilton, qui est un bel hôtel qui se trouve sur La Croisette à Cannes, a été racheté par l'américain Jesta Capital pour un investissement de 84,5 millions d'euros, donc dans le secteur de l'hôtellerie.

En janvier 2010, le groupe Mapa-Spontex, vous savez, les gants Mapa et les éponges Spontex, que l'on utilise à la cuisine ou dans un atelier ou dans un garage ou quand on fait un peu de bricolage... Eh bien ce groupe Mapa-Spontex, qui appartenait au français Total, a été vendu à l'américain Jarden pour un montant de 355 millions d'euros. Il a d'ailleurs été revendu quelques années après à un autre groupe américain : le groupe Newell Rubbermaid, lorsque celui-ci a racheté justement le groupe Jarden Corporation. C'était au second trimestre 2016, et pour un montant global de rachat de plus de 15 milliards de dollars pour le groupe Jarden.

En novembre 2011, c'est la société française de construction de véhicules électriques utilitaires (Goupil Industrie), installée à Bourran, dans le Lot-et-Garonne, qui a été rachetée par le groupe américain Polaris Industries, basé dans le Minnesota, donc aux États-Unis. En avril 2013, c'est le leader européen des voitures électriques et sans permis, la société française Aixam Mega, basée à Aix-les-Bains, créée par un Français, qui a été rachetée à son tour par le même groupe américain Polaris Industries, basé dans le Minnesota.

Spécialisé dans les sports mécaniques, le groupe américain donc Polaris continue donc à s'implanter sur le marché européen, notamment des véhicules électriques et sans permis : un marché très porteur, un marché d'avenir, tandis que les sociétés françaises disparaissent les unes après les autres. Elles sont avalées par ce groupe. En septembre 2013, le groupe américain... C'est un petit peu plus léger, mais le groupe américain de rencontre sur Internet Match.com a racheté le site de rencontre français Meetic, qui avait été fondé par un Français : Marc Simoncini, qui l'a vendu pour 29,5 millions d'euros.

En novembre 2013, l'industriel français Phenix Systems, spécialisé dans l'impression 3D, l'impression en trois dimensions, basé à Clermont-Ferrand, a été racheté par l'américain 3D Systems. Alors il faut noter – c'est à la fois triste et cocasse – que les actes du gouvernement français de l'époque n'étaient pas en accord avec les paroles, puisque dans un ouvrage qu'il avait justement publié à cette époque-là, le ministre du Redressement productif de l'époque, Arnaud Montebourg, avait précisément qualifié le secteur de l'impression 3D de révolutionnaire et capable de bouleverser l'intégralité de la production.

Force est de constater que tout en étant ministre, il n'avait même pas pu sauver cette entreprise de tomber dans l'escarcelle d'un groupe américain. En avril 2015, le groupe de logistique américain XPO Logistics a racheté le transporteur routier français Norbert Dentressangle – tout le monde a déjà vu ces espèces de semi-remorques rouges avec « ND » écrit dessus –, qui était basé à Lyon et qui a été valorisé la bagatelle de 3,24 milliards d'euros. En février 2016, c'est la société française Breaz, spécialiste de recrutement dans l'informatique, où elle comptait 600 clients, qui a été rachetée par une société américaine qui s'appelle Hired, H-I-R-E-D, pour 40 millions de dollars.

En mai 2016, l'éditeur français d'ERP Sylob, spécialiste de ERP pour les PME industrielles, a été racheté par l'américain Forterro. Alors qu'est-ce que c'est que l'ERP ? ERP, rappelons que c'est un anglicisme qui signifie « Enterprise Resource Planning », qui a été traduit en français par « progiciel de gestion intégrée » ou PGI. De quoi s'agit-il ? Ce sont des logiciels professionnels qui permettent de gérer l'ensemble des processus d'une entreprise en intégrant l'ensemble de ses fonctions, dont la gestion des ressources humaines, la gestion rentable et financière, l'aide à la décision, mais aussi la vente, la distribution, l'approvisionnement et le commerce électronique.

En juillet 2016, l'équipementier médical américain Zimmer Biomet a racheté une majorité du capital du fabricant français de robots, d'assistance chirurgicale MedTech pour une valorisation de 164 millions d'euros. Là aussi, c'est très dommage, parce qu'il s'agissait quand même d'une industrie très prometteuse. En août 2016, Margarita Louis-Dreyfus, qui en était propriétaire, a vendu l'OM au milliardaire américain Frank McCourt, avec un plan de reprise baptisé évidemment en anglais « OM Champions Project ». Il a dû débourser – enfin c'est ce qui était prévu dans le contrat – 50 à 100 millions d'euros par an lors des premières saisons à la tête du club phocéen.

Rappelons tristement que l'OM, qui est quand même une institution française, est un club de foot français qui avait été fondé au XIXe siècle, et pour être très précis en août 1899, à Marseille, par René Dufaure de Montmirail. En octobre 2016 – tout ça la même année, vous voyez –, c'est une start-up française : StickyADS.tv, qui a été créée en 2009 par Hervé Brunet, spécialiste de la publicité vidéo programmatique en ligne, qui a été vendue à un groupe américain. Cette société, pour l'entité de recherche et développement, était située à Montpellier. Elle a été rachetée par l'américain FreeWheel, du groupe Comcast.

Les meilleures promesses avaient été faites, bien entendu, à l'époque, sur la garantie de l'emploi, l'ouverture de nouveaux marchés. On avait annoncé tout ça aux salariés. Bien entendu, c'était comme si c'était fait, ça allait être formidable. En réalité, ce rachat a permis au groupe américain Comcast de récupérer un portefeuille client convoité sur le secteur des médias en Europe, que possédait donc l'entreprise française, comme TF1, M6, ProSieben, The Economist ou Le Monde. Et la suite a révélé tous les mensonges qui avaient été proférés à l'époque du rachat.

En réalité, le bureau montpelliérain de recherche et développement de cette société française s'est vidé progressivement, a reçu des collaborateurs chinois, qui ont été à l'époque présentés comme du renfort et qui étaient en fait évidemment très sous-payés, au même moment qu'un plan de fermeture était discrètement élaboré. Quoi qu'il en soit, l'entité recherche et développement de Montpellier de la société française a été fermée début 2019. Le groupe américain s'est tout bonnement accaparé une technologie, un portefeuille client au mépris des personnels français.

En juillet 2017, c'est le site NXP de Toulouse, qui est un centre clé de recherche sur la voiture du futur et dans les radiofréquences, qui était anciennement une propriété américaine, d'ailleurs, de Motorola puis de Freescale, qui a été racheté par un autre américain : l'américain Qualcomm (NDLR : d'après Les Échos, Qualcomm a renoncé au rachat de NXP). En septembre 2017, le cinéma parisien La Pagode, dans le 7e arrondissement, qui est un cinéma mythique par son histoire, a été racheté par un magnat américain de l'immobilier : Charles Cohen.

En septembre 2017, le groupe français Alliance Automotive Group : AAG, qui est l'un des principaux distributeurs de pièces détachées pour les véhicules de tourisme et les utilitaires sur le marché indépendant de l'après-vente automobile en Europe, eh bien il a été racheté par le groupe américain Genuine Parts Company : GPC, pour 2 milliards de dollars : à peu près 1,7 milliard d'euros. Le français AAG était pourtant un champion. C'était le n°2 de la distribution de pièces détachées automobiles pour les véhicules utilitaires et de tourisme en Europe, avec plus de 1 800 points de distribution en France, au Royaume-Uni, en Allemagne ou encore en Pologne.

Le groupe américain, qui l'a racheté, va désormais donc devenir l'un des principaux opérateurs dans l'UE. C'est comme ça, sans doute, que la construction européenne permet de faire contrepoids aux États-Unis. Mais ça n'est pas tout. En novembre 2017, le groupe américain Rayonier Advanced Materials, qui est basé en Floride et qui est le n°1 mondial des celluloses de spécialité, a racheté le groupe canadien Tembec, qui était le n°2 mondial. Et à cette occasion, les usines françaises du groupe canadien, dont Tembec Tartas et Tembec Avébène, qui sont des usines situées dans les Landes, sont passées sous contrôle américain sans que l'État français puisse y mettre le nez.

En février 2018, la start-up grenobloise Freemens, qui conçoit et qui fournit des systèmes et des solutions de gestion de batterie haut de gamme, a été rachetée par le groupe américain Ion Energy. Pourtant, Freemens comptait des clients solides, dont Airbus, Safran, Tyva Énergie, CarWatt, NTN-SNR et plus de 20 autres. En juillet 2018, Ultimate Software, une entreprise américaine spécialisée dans les logiciels de relations humaines et de traitement de la paye, a racheté 100% d'une start-up française qui s'appelait PeopleDoc pour un montant de l'ordre de 300 millions de dollars. Cette start-up française avait été fondée en 2007 par Jonathan Benamou et Clément Buyse.

PeopleDoc, c'était une plateforme visant à simplifier et fluidifier les processus administratifs entre les ressources humaines et les salariés. Elle comptait 265 salariés, répartis dans 7 pays : France, Allemagne, Finlande, Canada, États-Unis, Royaume-Uni et Pays-Bas. Et elle revendiquait plus de 1 000 entreprises clientes, dans 188 pays. Encore un fleuron racheté par des intérêts américains. En juillet 2018, c'est une société française de haute technologie dans le domaine des biotechnologies : la société française biotech TxCell, qui a annoncé son rachat par l'américain Sangamo pour 72 millions d'euros.

Or, le français TxCell était un acteur de premier plan du marché émergent, du développement des immunothérapies cellulaires, basé sur des cellules T-régulatrices qu'on appelle T-regs. Grâce à cette acquisition donc d'un laboratoire de recherche (de pointe) en matière médicale, l'américain Sangamo prend désormais une position de leader mondial du développement des cellules CAR-Treg et du traitement des maladies auto-immunes, dont malheureusement on sait qu'elles se développent dans le monde contemporain.

En décembre 2018, en matière de santé animale, le laboratoire américain Merck a racheté une société française baptisée Antelliq, basée à Vitré, en Ille-et-Vilaine, et qui est spécialisée dans l'identification animale, notamment avec des puces RFID sur un certain nombre d'animaux. Eh bien cette société française a été rachetée pour le montant assez considérable de 3,25 milliards d'euros. C'est une société de haute technologie.

En février 2019, l'éditeur français de solutions source-to-pay et de gestion des contrats, cette société française qui s'appelait Determine, a été rachetée par un éditeur américain de solutions d'automatisation des processus achats et financiers, qui s'appelle Corcentric et qui n'était pas présent en Europe. L'américain a payé 32 millions de dollars pour cette acquisition de cette start-up qui lui permet de mettre un pied important sur le marché européen. En avril 2019, de cette année, le spécialiste américain de l'autopartage entre particuliers Getaround a racheté le français Drivy pour 300 millions de dollars, c'est-à-dire à peu près 268 millions d'euros.

Ça lui a permis de prendre pied en Europe et de se présenter comme, désormais, la première plateforme d'autopartage mondiale. En octobre 2019, le français Lylo Media Group, spécialiste du doublage, du sous-titrage et de l'audiodescription, s'est fait racheter par l'américain Transperfect : le leader mondial en matière de services linguistiques, qui va ainsi devenir un acteur majeur de l'industrie du divertissement. Enfin, fin novembre 2019, donc il y a quelques jours, c'est la société française Snips, S-N-I-P-S : une société qui a créé un nouvel assistant vocal fonctionnant en local pour répondre à la contrainte de la sécurité des données personnelles...

Eh bien cette société a été rachetée par le géant américain Sonos pour 35 millions d'euros, pour en faire son pôle de recherche en intelligence artificielle en Europe. Avec près de 70 salariés, Snips travaillait pourtant déjà avec une quarantaine de gros clients, qui souhaitaient intégrer cette solution. Et puis nous voici à l'événement, donc, qui est arrivé il y a 4 jours, le 4 décembre 2019. C'est l'OPA sur Latécoère, qui a été lancée en juin par un tout jeune fonds d'investissement américain qui s'appelle Searchlight, immatriculé d'ailleurs aux îles Caïman, ce qui a priori ne sent quand même pas très bon. Eh bien cette OPA a fini par l'emporter.

Malgré les protestations d'un certain nombre de députés français, 17, 18 députés qui ont protesté, dont d'ailleurs – il faut le souligner – même quelques députés de En marche, des députés du RN, des députés des Républicains, de la FI – je crois –... Enfin... Malgré donc quelques protestations très assourdies, eh bien le gouvernement français a laissé faire, en obtenant 62,76% du capital de Latécoère, c'est-à-dire du champion français des aérostructures comme par exemple les tronçons de fuselage et des systèmes d'interconnexion comme les câblages, les équipements embarqués.

Le fonds américain obtient par la même occasion les brevets de Latécoère, c'est-à-dire une entreprise très ancienne, une entreprise spécialisée dans l'aéronautique, une société particulièrement innovante dans un domaine hautement stratégique pour la France, avec d'ailleurs des applications militaires évidentes. Ce rachat par un fonds d'investissement américain est un véritable désastre, un double désastre, sans parler d'ailleurs des conséquences en termes d'emplois, puisqu'il est tout à fait envisageable qu'à terme, des emplois seront supprimés.

Je signale d'ailleurs que Latécoère, il y a quelques années, avait déjà été obligée de transférer un certain nombre de centaines, même de plusieurs milliers d'emplois de la région de Toulouse au Maroc pour échapper à la malédiction de l'euro, puisque l'euro était beaucoup trop cher par rapport au dollar. Or, c'est en dollars que sont facturées les productions aéronautiques dans le monde entier.

Alors le problème qui se pose outre cette affaire d'emplois, eh bien le premier désastre, c'est que des technologies, des techniques qui ont été inventées, développées par des Français en France, par des ingénieurs français en France, vont non seulement s'agglomérer à l'outil de puissance économique américain, mais elles vont faire désormais également tomber sous le coup de l'extraterritorialité du droit américain tous les appareils intégrant des composants développés par Latécoère. C'est exceptionnellement grave. En effet, cette fameuse réglementation International Traffic in Arms Regulations, qui est une réglementation américaine avec un fondement extraterritorial...

Les autorités américaines s'octroient le droit d'imposer à toutes les entreprises à travers le monde... De demander leur aval avant de procéder à l'exportation de matériel aéronautique et de défense, de demander leur aval aux États-Unis, au gouvernement américain, avant de procéder à des exportations aéronautiques et de défense qui comporteraient des composants américains. Alors c'est une loi qui est déjà particulièrement contraignante pour les entreprises françaises – je pense – et entreprises européennes comme Airbus, enfin si tant est qu'Airbus soit une entreprise européenne – elle l'est pas au sens de l'UE –, ou des entreprises comme Thales ou MPDA.

Mais alors maintenant, avec Latécoère, le nombre d'entreprises françaises qui sont susceptibles de voir leurs ventes à l'export suspendues au feu vert de Washington va devenir tout à fait considérable. Alors quelle conclusion tirer de tout cela ? Sur l'affaire Latécoère, c'est un énorme scandale. C'est encore un énorme scandale, qui est comparable au scandale Alstom.

Le gouvernement français, qui au même moment annonce à grands sons de trompe qu'il met 10 milliards d'euros sur la table pour favoriser des start-up françaises, eh bien a été incapable de mettre les quelques centaines de millions d'euros nécessaires pour interdire à Latécoère de tomber dans le giron américain, pour tout simplement nationaliser Latécoère. S'il le fallait... On prend une participation majoritaire dans Latécoère. Je rappelle que du fait de notre appartenance à l'UE, l'article 63 du TFUE interdit aux gouvernements...

Enfin empêche le gouvernement d'interdire un rachat par des fonds étrangers, puisqu'il y a la totale liberté de circulation des mouvements de capitaux et qu'aucune restriction à ces mouvements de capitaux ne peut être tolérée par les institutions européennes. Donc la seule possibilité qui reste, c'est éventuellement que la France mette de l'argent dessus, ou qu'elle déclare éventuellement l'intérêt stratégique. Ce que nos élites n'ont pas fait.

Alors c'est un scandale, parce que non seulement les traités européens entravent très largement la marge de manœuvre des dirigeants français, mais de surcroît, les dirigeants français n'utilisent pas les quelques petites ressources nécessaires qui leur permettraient d'empêcher des pareilles trahisons, en fait, de l'intérêt national. Au-delà de cela, d'ailleurs, toutes les... Les 25 ou 26 cas que j'ai dressés dans la liste précédente montrent que c'est tout notre appareil industriel, mais aussi certains services, mais aussi des clubs de foot et des hôtels, etc. – c'est une liste d'ailleurs qui n'est pas du tout exhaustive –, qui s'en vont, que l'on brade aux intérêts américains.

On notera d'ailleurs... Certains me diront : « Oui, mais au même moment, M. Bernard Arnault vient de racheter Tiffany, le grand joaillier américain, pour la bagatelle de 17 – je crois – milliards d'euros »... Ce qui d'ailleurs au passage fait maintenant de Bernard Arnault, d'après tel ou tel magazine américain, l'un des deux ou trois hommes les plus riches du monde, avec le fondateur d'Amazon : Jeff Bezos, et avec Bill Gates : le fondateur de Microsoft. Bon, alors... Bon, tout ça, d'accord, c'est très bien pour Bernard Arnault, on est contents pour lui. Il devient l'un des hommes les plus riches du monde.

Mais enfin bon, que la France, qu'une entité française, qu'un monsieur de nationalité française mette la main dans son patrimoine sur un grand joaillier américain, c'est quand même pas très très important pour la défense nationale. On n'a pas besoin d'avoir ça pour défendre la France. En revanche, ce dont on a besoin, à la fois pour être sur des secteurs de haute technologie, mais aussi en matière de défense... On a besoin de développer des start-up, que ce soit aussi dans le domaine de la haute technologie médicale, hein, notamment des biotechnologies. Alors ça veut dire quoi, tout ça ?

Bah ça veut dire que – comme on voit le panorama que je viens de dresser – pour une entreprise française qui, de temps en temps, fait une OPA aux États-Unis, une grosse entreprise française, on a en fait des dizaines d'entreprises françaises qui passent dans la main des États-Unis, et tout particulièrement... Vous l'avez vu dans la liste que j'ai dressée. Tout particulièrement des entreprises d'avenir, des entreprises très prometteuses, des entreprises situées dans le domaine de l'informatique, de la recherche, de l'aide à la décision, des biotechnologies, etc.

Ça veut dire qu'en fait, la France vend des pépites de très haute technologie, que la France ne prépare pas son avenir, et que les dirigeants français ont fait une croix totale sur le b-a-ba du patriotisme économique et le b-a-ba de la précaution quant à la défense de nos intérêts nationaux et à celle des générations futures. Je conclurai d'ailleurs là-dessus. C'est l'un des vices les plus essentiels, peut-être, de la construction européenne, au-delà même de l'article 63 et de tous les autres articles qui vont dans le même sens et qui interdisent très largement de défendre les intérêts nationaux.

Au-delà, il faut bien comprendre que l'idéologie de la construction européenne postule le principe de la péremption des intérêts nationaux. Voilà. Ça serait quelque chose de périmé. D'ailleurs, la Commission européenne parle souvent d'égoïsmes nationaux. Ce serait une vieille lune. Ce serait ringard, pour ne pas dire pire : ce serait xénophobe, raciste, nani, nana, de vouloir défendre les intérêts de la nation France, c'est-à-dire les intérêts du peuple français. Et nous devrions donc développer une entité qui s'appelle l'UE pour faire contrepoids – dit-on – à la Chine et aux États-Unis.

Mais ça n'est pas comme ça que ça se passe, parce que lorsque l'on dit à des propriétaires d'entreprise, à des chercheurs, à des personnes qui ont passé toute une vie pour se constituer un très gros patrimoine... Quand on leur dit qu'il faut lutter contre les intérêts nationaux, que ça n'est pas bien de défendre les intérêts nationaux, bien ils en tirent une conséquence.

C'est que s'il faut vendre une entreprise à l'Allemagne ou à l'Estonie, à la Slovaquie, à la Pologne, au Portugal, à l'Italie, au Royaume-Uni ou Dieu sait où, et si l'on doit partager des secrets industriels avec les Néerlandais, les Autrichiens, les Danois, les Tchèques, les Grecs ou les Allemands, eh bien ma foi, – (Bruit de bouche) – pourquoi ne pas les partager avec d'autres ? Pourquoi ne pas les partager avec des Américains, avec des Chinois, puisque l'on a postulé la péremption de l'idée nationale ?

En d'autres termes, les Français, les dirigeants français, dans le monde économique, financier, dans le monde de la recherche, ils ont engrammé l'idée qu'il fallait pas défendre nos intérêts, mais ils n'ont pas compris – ils n'en voient pas l'utilité – pourquoi il faudrait défendre les intérêts d'une coopération par exemple en matière de recherche avec l'Estonie ou avec la Bulgarie, alors qu'ils ont jamais vu de chercheurs bulgares ou estoniens à l'horizon, tandis qu'ils sont en relations très fréquentes avec des chercheurs chinois ou des chercheurs canadiens ou des chercheurs américains ou des industriels de tous ces pays.

Donc eh bien ils se disent que, ma foi, après nous le déluge, hein, (NDLR : comme disait la Pompadour à Louis XV) après la bataille des Plaines d'Abraham de 1759, où la France a perdu le Canada français. Eh bien après nous le déluge. Eh bien finalement, on va maximiser le prix de vente de nos sociétés, on va vendre tout ça. Voilà. C'est comme ça que la famille de Norbert Dentressangle empoche plus de 3 milliards d'euros. C'est comme ça que toute une série de créateurs de start-up engrangent – parfois, ils ont à peine la trentaine – quelques dizaines de millions d'euros, voire parfois quelques centaines de millions d'euros. Ce qui fait d'un seul coup d'eux des rentiers à vie.

Mais au passage, eh bien c'est l'emploi en France qui dégringole, et c'est le tissu industriel, le tissu de haute technologie qui s'effiloche, qui dégringole, qui part à l'étranger. Et au total, c'est l'image de la France en tant que puissance industrielle qui est en train de s'effondrer. Il est vraiment, vraiment grand temps que toutes les personnes qui me regardent fassent circuler cette vidéo, comme celle que j'avais consacrée à l'affaire chinoise, au rachat de la France par appartements par des intérêts chinois.

Il faut inonder Internet avec ces vidéos, et notamment les faire regarder à toutes celles et à tous ceux qui, sans se documenter un instant, répètent comme des perroquets ce qu'ils entendent dans la bouche des commentateurs politiques ou des journalistes, à savoir que l'UE permettrait de faire contrepoids à la Chine et aux États-Unis. C'est le contraire qui est vrai. Notre pays est en train d'être vendu à la découpe à un certain nombre de pays du monde. Et si ces pays achètent ces entreprises, ça n'est pas pour rien. C'est bien parce qu'ils ont compris – eux – que ce sont des entreprises stratégiques pour l'avenir.

Il faut se mobiliser, parce que la priorité des priorités, c'est désormais que les Français se rassemblent pour libérer la France de ce piège terrifiant qui s'appelle UE et euro. Vive la République et vive la France.