Sabine Roux de Bézieux : "Depuis les années 1960, la consommation de plastique a été multipliée par 40"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Bonjour Sabine Roude-Bézieux.
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Vous êtes présidente de la Fondation de la Mer, et à ce titre, vous êtes observatrice avertie de ces négociations.
- 0:40OuverteRéponse directe
Alors là, on est à mi-parcours, c'est la troisième séance de discussion, il y en a encore deux autres prévues l'an prochain.
- 1:17OuverteRéponse directe
Et c'est quoi, d'ailleurs, l'objectif de ce traité ? Est-ce qu'il a été fixé, au moins ?
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Donc, ce traité, il faut qu'il écrive noir sur blanc qu'il faut réduire la production, sinon ce sera un échec pour vous ?
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On en recycle quoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:09InvitéChiffre
« depuis les années 60, la population mondiale a été multipliée par 2, la consommation de plastique par 40. »
- 2:21InvitéChiffre
« les prévisions de l'OCDE nous disent qu'en 2050, nous fabriquerons 1,2 milliard de tonnes de plastique par an. »
- 2:40PrésentateurChiffre
« Moins de 10% je crois ? »
- 2:40InvitéChiffre
« Alors, au niveau mondial, on recycle 9% de la production de plastique. »
- 2:44InvitéChiffre
« Il y en a 22% qui finissent dans la nature. »
- 2:57InvitéChiffre
« Il y a 45 000 types de plastique qui existent. »
- 3:28InvitéChiffre
« Les Américains consomment, par habitant et par an, quatre fois plus de plastique que l'habitant moyen de la planète. »
- 3:34InvitéChiffre
« Dans le monde, on consomme 60 kg par an et par habitant. Nous, en Europe, 120. Et les Américains, 240. »
- 4:28InvitéFait
« La France fait partie des pays qui ont rejoint une coalition à haute ambition. »
- 4:35InvitéFait
« La France a influencé l'Europe. »
- 5:10InvitéFait
« Le terme même de la résolution de l'ONU est justement que ce traité soit contraignant, juridiquement contraignant. »
Temps de parole
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6h21, des déchets plastiques, on en trouve partout, au fond des océans, au sommet des montagnes. Le plastique est aussi en partie responsable du réchauffement climatique, parce que le plastique, c'est du pétrole, d'où la nécessité de réduire notre dépendance à cette matière. C'est pour cela que 175 pays se retrouvent cette semaine au Kenya, il y a aussi des industriels de la pétrochimie. Le but est d'élaborer un traité international pour mettre fin aux déchets plastiques. Bonjour Sabine Roude-Bézieux. Bonjour Mathilde Munoz. Vous êtes présidente de la Fondation de la Mer, et à ce titre, vous êtes observatrice avertie de ces négociations.
Alors là, on est à mi-parcours, c'est la troisième séance de discussion, il y en a encore deux autres prévues l'an prochain. Jusqu'à présent, il a beaucoup été question d'organisation, par exemple, qui se charge d'écrire le texte, etc. Là, on va entrer dans le vif du sujet, dans les objectifs précis.
Il était temps. Au mois de juin à Paris, lors de la deuxième session, nous avons passé trois jours sur la semaine entière à parler de ce qui était autour du traité. Et cette semaine, à Nairobi, au Kenya, nous allons rentrer dans le cœur du sujet, c'est-à-dire le plastique dans tout son cycle de vie, de sa production jusqu'à la gestion de sa fin de vie, pour lutter contre la pollution plastique. Et c'est quoi, d'ailleurs, l'objectif de ce traité ? Est-ce qu'il a été fixé, au moins ? Alors, il est fixé de façon très claire par la résolution de l'ONU de mars 2022, qui est de lutter contre la pollution plastique, notamment dans les milieux marins.
Mais on ne dit pas s'il s'agit d'améliorer le recyclage des déchets ou de produire moins ? On ne donne pas d'objectif de ce type-là. En revanche, il est bien précisé que le traité doit s'attaquer à l'ensemble du cycle de vie. Et on voit bien aujourd'hui un certain nombre de pays qui parlent de pollution, en disant, finalement, c'est les pays en développement qui polluent. Et donc, la question n'est pas en amont, c'est-à-dire au niveau de la production. Mais nous, la Fondation de la Mer, comme beaucoup d'acteurs, sommes convaincus que la solution se trouve en amont du cycle de vie du plastique, c'est-à-dire dans la production et la consommation.
Donc, ce traité, il faut qu'il écrive noir sur blanc qu'il faut réduire la production, sinon ce sera un échec pour vous ?
Vous savez, depuis les années 60, la population mondiale a été multipliée par 2, la consommation de plastique par 40. Donc, si on n'arrête pas cette courbe insensée, les prévisions de l'OCDE nous disent qu'en 2050, nous fabriquerons 1,2 milliard de tonnes de plastique par an. 1,2 milliard de plastique. Du plastique que nous avons à peu près recyclé. En Europe, même si on a des déchets partout dans la nature, tous ceux qui se promènent dans la nature le voient bien.
On en recycle quoi ? Moins de 10% je crois ?
Alors, au niveau mondial, on recycle 9% de la production de plastique. Il y en a 22% qui finissent dans la nature. Donc, si on augmente les courbes, les quantités qui vont terminer dans la nature, pas uniquement en Europe, mais surtout mondialement, sont délirantes. Et il y a du plastique qui n'est pas recyclable en plus ? Alors, il y a ça aussi. Il y a 45 000 types de plastique qui existent. Donc, on sait recycler le PET, nos bouteilles en plastique, mais il n'y a pas le reste.
Et aujourd'hui, qui freine dans ces négociations pour les traités ? Est-ce qu'il y a des pays qui vraiment aimeraient le service minimum dans le contenu de l'accord ?
Il y a deux types de pays qui ont beaucoup à perdre. Les pays producteurs de plastique. Je pense en particulier à l'Arabie Saoudite, qui avait largement participé au blocage et discussion au mois de juin. Et puis, des pays qui ont fondé leur mode de vie sur le plastique. Et là, je pense aux Etats-Unis. Les Américains consomment, par habitant et par an, quatre fois plus de plastique que l'habitant moyen de la planète. C'est-à-dire que dans le monde, on consomme 60 kg par an et par habitant. Nous, en Europe, 120. Et les Américains, 240.
Donc, sans les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite, cet accord n'aura pas de sens ?
Alors, c'est justement les négociations qui ont lieu cette semaine. C'est qu'ils cherchent tous à mettre l'accent sur l'aval, la pollution plastique. Et surtout, pour les Américains, à avoir un traité avec des objectifs nationaux, mais pas un traité avec des obligations fortes pour l'ensemble des pays de la planète. Et quelle est la position de la France ? Alors, la France fait partie des pays qui ont rejoint une coalition à haute ambition. lancée d'ailleurs par le Rwanda, qui était un des premiers pays au monde à interdire des sacs plastiques. Et nous, on a une position... Le Kenya aussi, d'ailleurs, cette semaine,
qui a une énorme pollution plastique et qui a pris l'interdiction des sacs en plastique il y a déjà cinq ans.
Et donc, la France a une position assez ambitieuse. Il y a d'abord eu, en 2017, la loi AJEC pour lutter pour l'économie circulaire, qui a été suivie d'une directive européenne. Donc, la France a influencé l'Europe. Et aujourd'hui, l'ambition est très élevée. Les négociateurs français, on a été réunis tous la semaine dernière par Christophe Béchut. Le ministre de la Transition écologique. Exactement.
Qui lui est favorable à une baisse carrément de la production. Bien sûr.
Il a écouté les observateurs, dont la Fondation de la Mer, pour connaître notre position. Et il prend sur lui nos recommandations, à commencer par la baisse de production et de consommation. Est-ce qu'on sait si ce traité sera contraignant ?
Une fois qu'effectivement, l'objectif aura été défini, le contenu, les mesures, est-ce qu'il sera contraignant ?
Le terme même de la résolution de l'ONU est justement que ce traité soit contraignant, juridiquement contraignant. Et toute la société civile et toutes les ONG et les fondations, nous nous battons pour cela. D'ailleurs, ce traité n'existe que parce que la société civile s'est mobilisée et a obtenu des Nations Unies, du programme des Nations Unies pour l'environnement, que ce traité ait lieu. Donc oui, il doit être contraignant. S'il ne l'est pas, on continuera à avoir de la pollution partout dans nos océans. Et au final, est-ce que vous êtes optimiste ?
Est-ce que vous pensez que ça va aboutir au vu des précédentes négociations ?
En juin, on était tous très inquiets parce que les négociations ont patiné pendant des jours et des jours. Quand on a vu la version zéro du projet de traité, on a été très rassurés. C'était il y a un mois et demi à peu près. Et évidemment, il y a beaucoup d'options ouvertes. Un traité, c'est disons 30 pages avec pour chaque point deux ou trois options dont certaines sont tout à fait insuffisantes et d'autres sont ambitieuses. Donc oui, nous sommes ambitieux. On pourra en reparler dans quelques jours
pour voir comment les négociations se déroulent. On va suivre effectivement ces négociations. Merci beaucoup Sabine Roude-Bézieux, présidente de la Fondation de la Mer.