Ian Brossat : « Le problème de la gauche n'est pas la pluralité des candidats »
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Questions et réponses
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- 0:34OuverteRéponse directe
D'abord, est-ce que l'objectif premier, c'est de relancer le mouvement des Gilets jaunes ?
- 1:34RelanceRéponse directe
Mais quelles mesures vous demandez ? Quel est l'objectif de cette mobilisation ?
- 2:11OuverteRéponse directe
Le gouvernement, il vous a déjà répondu, il dit que ça coûte 15 milliards.
- 3:55RelanceRéponse directe
Mais quelles mesures concrètes proposez-vous pour aider les Français ?
- 5:16OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous entendez par la révolution avant l'élection ? Quelle est la finalité ?
- 6:22OuverteRéponse directe
Vous êtes parlementaire, vous êtes sénateur. Qu'est-ce que vous allez faire au Parlement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:22Invité politiqueChiffre
« 2,30 euros en moyenne pour le litre de gazole des stations-services où ça frôle même les 3 euros. »
- 1:41PrésentateurChiffre
« La majorité du prix que vous payez aujourd'hui quand vous allez à la pompe, ce sont des taxes. À 60%, ce sont des taxes. »
- 2:03PrésentateurChiffre
« les certificats d'économie d'énergie qui pèsent pour 15 centimes d'euros par litre. »
- 2:34PrésentateurChiffre
« 15 milliards, on a les moyens quand vous voyez les chiffres de la dette du déficit ? »
- 2:53PrésentateurChiffre
« Mettons-le en regard des 211 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises. »
- 3:08PrésentateurChiffre
« Total qui, je le rappelle, au premier semestre 2026, a vu ses bénéfices augmenter de 72%. »
- 3:21PrésentateurFait
« On a affaire à des profiteurs de guerre. On a affaire à un monsieur Pouyanné, patron de Total Energy, qui gagne 10 millions d'euros par an. »
- 9:18PrésentateurChiffre
« Il y a 50% d'ouvriers et d'employés dans notre société. Ils sont à peine 10% dans nos assemblées. »
- 10:21PrésentateurChiffre
« la part du travail dans la valeur ajoutée a perdu 10 points au profit du capital. »
- 10:31PrésentateurChiffre
« chaque Français gagnerait 3000 euros de plus par an. »
- 15:03PrésentateurFait
« Elle propose par exemple la suppression totale de la loi SRU, la loi de solidarité et de renouvellement urbain. »
- 15:20PrésentateurChiffre
« On a aujourd'hui 3 millions de ménages en France qui attendent un logement social. Ça représente environ 5 millions de Français. »
- 16:42InvitéFait
« Parce que 80% de mon territoire communal est composé des collines de Marcel Pagnol sur les hauteurs de Marseille. »
- 22:28InvitéFait
« On a aujourd'hui un dispositif qui, à mon sens, n'atteint pas complètement sa cible puisque c'est surtout les familles les plus aisées parmi les derniers déciles qui en profitent le plus. »
Temps de parole
- Présentateur61 %
- Ian Brossat14 %
- Invité10 %
- Invité 28 %
- ?2 %
- Invité 32 %
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Vous
écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.
Diane
Brossat, vous êtes sénateur de Paris, porte-parole du Parti communiste et directeur de campagne de Fabien Roussel, le candidat communiste à la présidentielle. On commence par la flambée des prix du carburant qui inquiète les Français. 2,30 euros en moyenne pour le litre de gazole des stations-services où ça frôle même les 3 euros. Vous appelez les Français à la mobilisation sur les ronds-points dans les entreprises. La révolution avant l'élection, c'est ce que dit Fabien Roussel. Avec quelle finalité vous allez nous en parler ? D'abord, est-ce que l'objectif premier, c'est de relancer le mouvement des Gilets jaunes ?
Non, l'objectif premier,
c
'est de faire en sorte que les Français puissent vivre et non pas péniblement survivre parce que la situation est devenue insupportable pour des millions et des millions de Français, de travailleurs qui ont l'obligation d'utiliser leur voiture pour se rendre sur leur lieu de travail. Le carburant, ce n
'est pas
un achat plaisir, ce n
'est
pas un achat d'agrément, c'est un achat auquel vous êtes contraints lorsque vous êtes dépendants de votre voiture. Et donc, on a évidemment besoin de réfléchir à des mesures à moyen terme, notamment le développement de la voiture électrique, mais en attendant et immédiatement, on a besoin que les carburants reviennent à des prix qui soient normaux et acceptables. On a dans notre pays une baisse du pouvoir d'achat. Ça a été le cas en 2025, c'est le cas au premier semestre 2026, une baisse du pouvoir d'achat inédite depuis des années. Et donc, on a besoin de mesures d'urgence pour permettre de faire face, notamment avec cette crise liée au prix
des carburants. Mais quelles mesures
vous demandez ? Quel est l'objectif
de cette mobilisation ? Nous demandons une chose
extrêmement simple, la baisse des taxes sur les carburants. La majorité du prix que vous payez aujourd'hui quand vous allez à la pompe, ce sont des taxes. À 60%, ce sont des taxes. Et donc, il y a une responsabilité du gouvernement. Nous interpellons le gouvernement, nous demandons la suppression, la diminution de la TVA sur les carburants, la suppression des nouvelles taxes qui ont été introduites depuis le 1er janvier, les certificats d'économie d'énergie qui pèsent pour 15 centimes d'euros par litre. Et donc, oui, nous demandons ces mesures au gouvernement.
Le gouvernement, il vous a déjà
répondu, il dit que ça coûte 15 milliards. On n
'a
pas les moyens budgétaires de prendre cette mesure.
Deux choses, le nombre de fois où le gouvernement nous a dit que ça n'est pas possible et où au final, il est revenu sur ses engagements initiaux, on l'a vu, y compris pendant le mouvement des Gilets jaunes, où le gouvernement nous a dit que
nous
ne céderons pas. Et au final, il
a cédé. Mais 15 milliards, on a les moyens quand vous voyez les chiffres de la dette du
déficit ? Ce qui montre bien d'ailleurs que les mobilisations sociales sont à même de faire reculer,
y
compris le gouvernement le plus têtu du monde. Et deuxièmement, 15 milliards. Effectivement, si par exemple, on décide d'abaisser la TVA de 20% à 5,5% sur les carburants, c'est en réalité d'ailleurs plutôt 10 milliards d'euros. Mettons-le en regard des 211 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises. Ces 10 milliards d'euros pour baisser la TVA sur les carburants, c'est 211 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises. Chaque année et sans contrepartie, y compris pour des entreprises comme Total, Total qui, je le rappelle, au premier semestre 2026, a vu ses bénéfices augmenter de 72%. C'est quand même une vraie question. On a affaire à des profiteurs de guerre.
On a affaire à un monsieur Pouyanné, patron de Total Energy, qui gagne 10 millions d'euros par an. Je vous le dis d'ailleurs, moi je pense que dans un pays civilisé, personne ne devrait gagner 10 millions d'euros par an parce que personne n'a besoin de 10 millions d'euros par an pour vivre. Et donc on a besoin de
mesures de
justice sociale, qui plafonnent les prix à la pompe, à 1,99. Quand, on s'en souvient, vous l'avez très bien dit dans votre reportage tout à l'heure, le mouvement des Gilets jaunes a émergé quand on était à 1,50. Donc la réalité, c'est qu'on a des Français qui sont aujourd'hui, pour une bonne part, pas tous, mais tous ceux qui dépendent de leur voiture, pris à la gorge et un gouvernement qui les laisse crever la bouche ouverte.
Mais
autre argument,
parce que pardon,
il y a quand même des aides, des aides ciblées. L'autre argument du gouvernement, c'est la baisse des taxes, ça profiterait à tout le monde, y compris ceux qui ont les moyens de voir les prix à la pompe augmenter, alors que nous, on préfère des aides ciblées qui sont concentrées sur les gros rouleurs, sur les Français les plus modestes. Ce n
'est
pas un argument que vous
entendez ? D
'abord, ces aides sont tellement ciblées que plein de Français passent au travers, et que plein de Français qui auraient besoin aujourd'hui d'être aidés et d'être soutenus n'en bénéficient pas. Deuxièmement, moi je suis effectivement, nous sommes avec Fabien Roussel, favorables à la baisse des taxes. Nous sommes d'ailleurs, je crois, le seul parti de gauche à réclamer la baisse des taxes sur les carburants, précisément parce que c'est un produit de première nécessité pour beaucoup de Français. Mais surtout, ce n'est pas le gouvernement qui va nous faire, à nous, des leçons de justice fiscale.
S'il y a besoin de remettre de la justice fiscale dans ce pays, rétablissons l'impôt de solidarité sur la fortune. Le gouvernement l'a supprimé, mettons de l'ordre, je le redis, sur les aides publiques aux entreprises. Quand on voit que des entreprises qui licencient, qui délocalisent, qui versent des dividendes astronomiques à leurs actionnaires, continuent à toucher ces aides. Donc oui, il y a besoin de justice fiscale, mais il y a aussi besoin de mesures immédiates qui touchent tout le monde par le biais de la baisse des taxes sur les carburants. Taxes qui sont extrêmement injustes, puisque d'ailleurs, elles touchent tout le monde de la même manière, quels que soient ses revenus.
Donc ça, ça n'est pas juste, et donc il faut revenir sur ces taxes.
Qu
'est-ce que vous entendez par la révolution avant l'élection ? Quelle est la finalité ?
Ça veut dire du mouvement social. Moi, je n'ai jamais pensé que la démocratie se résume uniquement au vote. Évidemment, c'est essentiel. Mais il y a aussi l'expression démocratique dans la rue, par les mobilisations sociales, par la grève. Et en l'occurrence, le mouvement des Gilets jaunes a fait la démonstration que parfois, quand on a affaire à un gouvernement qui ne comprend rien, qui n'entend pas la colère populaire, ce sont les mobilisations sociales qui viennent à bout de ce gouvernement et qui obtiennent d'ailleurs des avancées dans notre pays. Toutes les grandes avancées sociales, elles sont intervenues.
Bien sûr, lorsqu'il y avait des gouvernements à même relayer ces mobilisations, mais aussi parce qu'il y avait des luttes, des combats sociaux qui se jouaient dans les entreprises, dans la rue. Et donc, oui, bien sûr, je souhaite qu'on n'attende pas les élections de 2027. Avec Fabien Roussel, nous ne souhaitons pas qu'on attende les élections de 2027 pour que ça bouge, parce que c'est maintenant que les Français ont du mal à boucler leur fin de mois. Et donc, s'ils doivent attendre le mois d'avril pour que ça change, ça va faire long.
Il y a les ronds-points, il y a la présidentielle, il y a aussi le Parlement. Vous êtes parlementaire, vous êtes sénateur. Qu'est-ce que vous allez faire au Parlement ? Est-ce que vous allez prendre des initiatives, des mesures, une fois que la session aura repris en
octobre ?
Bien sûr, nous allons nous battre sur cette question du carburant. Il y aura évidemment le débat budgétaire. Nous déposerons, bien entendu, des amendements, comme nous avons coutume de le faire. Une fois de plus, les carburants, c'est, pour beaucoup de Français, un produit de première nécessité. Quand j'entends dire, parfois, que pour des raisons écologiques, il ne faudrait pas baisser le prix des carburants. Mais ça, ça supposerait que les Français aient le choix d'utiliser ou pas leur voiture. Or, beaucoup n'ont pas le choix. En parallèle, il faut, je l'ai dit tout à l'heure, aider les Français à l'achat de véhicules électriques.
D'ailleurs, parmi les propositions que nous faisons avec Fabien Roussel, c'est un véhicule électrique qui revienne à moins de 10 000 euros. Aujourd'hui, c'est beaucoup trop cher pour beaucoup de Français. Donc, il faut les aider à sortir de la dépendance aux énergies fossiles. Malheureusement, dans l'immédiat, il y
a
besoin de faire face d'où cette proposition de baisse des taxes sur les carburants.
Ce week-end, Sautenay, la traditionnelle fête de l'humanité. Grand rendez-vous annuel de rentrée des communistes et plus largement de la gauche, encore plus à quelques mois de la présidentielle. Vous avez invité Jean-Luc Mélenchon qui en a profité pour faire la promotion de sa candidature.
Nous
sommes formés, éduqués, instruits, organisés, disciplinés. Nous savons ce que nous voulons faire, comment le faire, quand le faire, où le faire. Premièrement.
Et
deuxièmement,
à
la surprise générale, nous le ferons.
Est-ce que Jean-Luc Mélenchon, vous l'entendez, est-ce qu'il n'a pas une large avance déjà dans la campagne ? Et dans ce contexte, quel est le sens de la candidature de Fabien Roussel, si ce
n
'est diviser un peu plus la gauche
?
D'abord, moi, je ne pense pas qu'il y ait trop de candidats à gauche. Il y
a
une pluralité de candidats à gauche, il
y a
une pluralité de candidats à droite. Ensuite, ce sont les électeurs qui, librement, démocratiquement, font leur choix au premier tour.
Ça veut dire que Fabien Roussel
ira jusqu'au
bout
? Oui, bien sûr.
Quoi qu'il en soit, il y aura un butin Fabien Roussel. Il y
aura Fabien Roussel qui sera candidat au premier tour. Une élection présidentielle, c'est deux tours. Un premier tour, un second tour. Parfois, on l'oublie. Je voudrais commencer par le rappeler. Deuxièmement, Fabien Roussel va faire entendre dans cette campagne une voix spécifique. Il veut incarner la France du travail, la France de ceux qui travaillent et veulent pouvoir vivre de leur travail, de ceux qui ont travaillé toute leur vie et veulent pouvoir vivre de leur pension de retraite sans être ponctionnés, comme prévoit de le faire le gouvernement. De ceux qui sont privés de travail et voudraient pouvoir retrouver le chemin de l'emploi. Le monde du travail.
Nous voulons défendre le monde du travail. D'ailleurs, parmi les propositions faites par Fabien Roussel, il y a cette proposition, je ne sais pas si vous l'avez vue, de parité sociale. On est ici au Sénat. On vit aujourd'hui avec des assemblées, à l'Assemblée nationale et au Sénat, qui ne sont absolument plus représentatifs de la société française. Il y a 50% d'ouvriers et d'employés dans notre société. Ils sont à peine 10% dans nos assemblées. Nous voulons la parité sociale. Nous voulons l'obligation pour les partis politiques de présenter 50% d'ouvriers et d'employés à toutes les élections.
Je pense que ça fera beaucoup de bien à notre démocratie qui est aujourd'hui trop coupée de la réalité sociale du pays.
Juste un mot sur le travail, puisque dans une interview à Libération la semaine dernière, Fabien Roussel disait « Je veux me distinguer à gauche en portant le travail comme idée centrale. » Parce que les autres ne le portent pas.
Moi, je ne suis pas là pour polémiquer avec les autres et une fois de plus, les électeurs feront leur choix. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que pour nous, la question du travail est centrale. La question du travail. Parce que toutes les richesses partent du travail. Tout ce qui fait que notre pays peut tourner, c'est le travail. Et aujourd'hui, les travailleurs ne sont pas respectés. La preuve, des millions et des millions de gens qui travaillent, qui bossent dur, n'arrivent pas à vivre de leur travail. Et donc, pour nous, c'est la question centrale. La question des salaires. Vous vous rendez compte qu
'en
40 ans, la part du travail dans la valeur ajoutée a perdu 10 points au profit du capital. C'est-à-dire que l'équilibre entre le capital et le travail a été complètement déformé. Vous vous rendez compte que si on était sur la même répartition entre le capital et le travail qu'il y a 40 ans, chaque Français gagnerait 3000 euros de plus par an. On nous rebat les oreilles avec le coût du travail. La réalité,
c
'est que ce qui a explosé, c'est le coût du capital. Eh bien, c'est ça que nous voulons porter avec Fabien Roussel.
C'est ce qu'on appelait dans le temps la lutte
des classes, mais je l'assume parfaitement.
En vous
attaquant au patron
?
En permettant que les patrons lâchent du lest, oui. Oui, bien sûr. Quand vous voyez qu'on a un bout de la société, des fortunes considérables qui s'accumulent, alors qu'on a autant de Français qui n'arrivent pas à vivre de leur travail, bien sûr, on a besoin d'un équilibre entre le travail et le capital qui soit complètement différent et qui profite davantage aux travailleurs, qui valorisent le travail plutôt que la rapacité du capital. L'exemple de Total qu'on a évoqué tout à l'heure est la démonstration que la gloutonnerie, la rapacité du capital est en train de pourrir la vie des Français.
Ça fait des années, mais singulièrement en ce moment où le capital se sent tout permis et où il a malheureusement le soutien du gouvernement.
Mais de là, parce que c'est ce qu'on a entendu ce week-end à la fête de l'humanité, tondre les patrons. Ce n
'est
pas trop violent comme expression
? En tout cas, il y en a un certain nombre qui ont quelques réserves.
Et
donc, si un gouvernement de gauche était en place demain, oui, bien sûr, la priorité serait de rééquilibrer le rapport entre le capital et le travail au profit du
travail. Mais rééquilibrer le rapport, c'est pas pareil que de
dire tondre les patrons ? Eh bien, en tout cas, je pense qu'on l'a bien compris et que de temps en temps, pour être compris,
il
faut dire les choses de manière un peu frappante et c'est ce que Fabien Roussel a fait. Il a eu raison.
Un mot, un dernier mot, parce que je voudrais qu'on parle du logement et qu'on ait le temps pour ça. Les Insoumis vous ont reproché en 2022 d'avoir empêché Jean-Luc Mélenchon d'accéder au second tour. Le score de Fabien Roussel, c'était les voix qui manquaient à Jean-Luc Mélenchon, disait-il. Est-ce que là, vous ne prenez pas le même risque d'empêcher la gauche d'accéder au second tour
?
La gauche, dans la Ve République, n'a jamais gagné avec un candidat unique ? Jamais. Elle a eu un candidat unique en 1965 et en 1974, elle a à chaque fois perdu.
Elle a aussi perdu
avec plusieurs candidats,
comme en
2002 par exemple.
Vous
avez raison, mais à chaque fois qu'elle a gagné, malheureusement, ça remonte un peu, mais à chaque fois qu'elle a gagné, elle s'est appuyée sur une pluralité de candidats. Et j'ai noté d'ailleurs que Jean-Luc Mélenchon, lui-même, lors de ses universités d'été à Valence, disait le problème de la gauche, ce n'est pas la multiplication des candidats, c'est le manque d'électeurs. Et donc, la question effectivement, c'est comment nous réussissons à élargir le socle électoral de la gauche ? Aujourd'hui, on a une gauche qui est trop faible, qui est en dessous des 40% au premier tour, toute additionnée.
Si on veut que la gauche gagne, il faut qu'elle puisse s'adresser à de larges couches de la population. Vous évoquez l'élection présidentielle de 2022. En 2022, il y a eu plus de 10 millions d'abstentionnistes. 10 millions ! Donc, s'il y a à regarder ce qui aurait permis à un candidat de gauche d'être à second tour, au second tour, regardons du côté des abstentionnistes. Ce que nous voulons
faire avec Fabien Roussel... Donc, vous ne considérez pas que vous
prenez des voix Jean-Luc Mélenchon ?
Pas du tout. Et ce que nous voulons faire... Et d'ailleurs, je le dis aussi, c'est le corollaire à la candidature de Fabien Roussel, nous n'agresserons aucun candidat de gauche à l'occasion de cette campagne. Et je pense que nous devrions tous nous en tenir à ce code de bonne conduite. J'appelle à une forme de code de bonne conduite. Je pense que nous ne pouvons pas nous permettre des polémiques, des attaques, des agressions inutiles. Ça n'est pas productif. Et donc, si nous voulons d'ailleurs gagner au second tour, nous avons intérêt à mener une campagne du premier tour qui soit entre nous une campagne respectueuse et sans polémique.
Le
logement, c'est un sujet auquel vous vous intéressez depuis longtemps. Préoccupation majeure des Français et thème au cœur du discours de Marine Le Pen. Hier, vous l'avez sans doute entendu, Yann Brossat. On va écouter la candidate Rennes à la présidentielle.
Le
logement sera au cœur de mon projet présidentiel. Ce sera si je suis élu un des grands chantiers du quinquennat.
Je
veux qu'en cinq ans, la situation du logement en France, aujourd'hui si tendue, revienne à la normale. La fin de l'habitat indigne, le rééquilibrage du marché locatif devenu parfois un véritable cauchemar.
L
'amélioration des logements existants, la relance massive de construction de logements, la protection de la propriété contre les squats et les occupations illicites, l'accession pour le plus grand nombre.
Vous
entendez son ambition, c'est une bonne chose qu'à mettre le logement au cœur du débat présidentiel ?
C'est bien qu'on parle du logement, mais j'ai eu la curiosité d'écouter ses propositions. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y
a
un écart considérable entre les promesses qu'elle fait et les engagements concrets qu'elle avance. Elle propose par exemple la suppression totale de la loi SRU, la loi de solidarité et de renouvellement urbain. Cette loi qui impose à chaque commune d'avoir un taux minimum de logements sociaux qui a été adopté d'ailleurs du temps où Jean-Claude Guessot était ministre communiste en charge de l'équipement des transports et du logement.
C
'est une honte. On a aujourd'hui 3 millions de ménages en France qui attendent un logement social. Ça représente environ 5 millions de Français. Ce sont des gens qui n'arrivent pas à se loger, qui pour une part vivent aujourd'hui dans des conditions indignes. Et donc, si on n'a plus d'obligation pour les communes d'atteindre un taux minimal de logements sociaux, inévitablement, on aura des difficultés de logements supplémentaires.
Alors justement, les maires qui sont les premiers concernés par cette loi SRU, on va aller dans les bouches du Rhône. Bonjour Lionel De Cala, merci beaucoup d'être avec nous.
Vous
êtes maire LR d'Allo, membre du groupe de travail sur la loi SRU au sein de l'Association des maires de France. Comment vous réagissez-vous, Lionel De Cala, aux propos de Marine Le Pen qui effectivement a dit hier que si elle arrivait à l'Élysée, elle abrogerait cette loi SRU
?
Moi, je suis satisfait que la question du logement puisse émerger dans le débat de la future élection présidentielle. C'est un débat qu'on doit avoir au niveau national. Moi, à titre personnel, je n'appelle pas une abrogation de la loi parce que je n'ai pas le besoin en logement à l'échelle de notre pays. Par contre, ce qui est indispensable,
c
'est de réformer cette loi qui n'est pas du tout adaptée à la réalité d'énormément de communes à travers toute la France. Et c'est quasiment la moitié, par exemple, des communes du bout du Rhône dans mon département qui ne sont pas en capacité d'être en règle avec la loi. Et donc, il est temps d'adapter cette loi à la réalité de nos territoires.
Mais juste pourquoi, Lionel De Cala, qu'on comprenne bien, pourquoi vous n'arrivez pas à la mettre en application, cette loi
?
Parce que 80% de mon territoire communal est composé des collines de Marcel Pagnol sur les hauteurs de Marseille, parce que je tiens à préserver un tissu résidentiel et un cadre de vie pour l'ensemble des habitants, parce que je sais que si je construisais selon ce que tente de m'imposer la loi, c'est mécaniquement de la qualité de vie de tous mes habitants qui diminuerait, parce que les routes n'augmenteraient pas dans les mêmes proportions, les équipements publics n'augmenteraient pas dans les mêmes proportions, les services municipaux ne pourraient pas augmenter dans les mêmes proportions et je ne peux pas me résoudre à voir la qualité de vie de mes habitants diminuer, cette loi n'est pas adaptée, il
y
a des endroits où on peut densifier en matière de logement, là où il
y a
des bassins d'emploi, là où il y
a
des transports en commun, sur des petites communes un peu plus rurales comme la mienne, c'est tout à fait inadapté de construire dans de telles proportions.
Yann Brossard, vous entendez la réalité du terrain, cette loi, elle est difficile à mettre en place dans certains endroits, est-ce qu'il faut la revoir ?
D
'abord, monsieur est un maire, je le respecte, il n'est pas l'incarnation du terrain de manière générale, il défend des options politiques qui sont par ailleurs respectables, qui ont tout à fait leur place dans le débat politique français, mais je note qu'il y a d'autres maires qui disent autre chose, je suis l'élu d'une ville qui est la ville la plus dense d'Europe, la ville la plus dense d'Europe, où le taux de logements sociaux a été doublé depuis une vingtaine d'années, au moment où la loi SRU a été adoptée, nous étions à 12% de logements sociaux, aujourd'hui nous sommes à 25% de logements sociaux, c'est la démonstration, qui compris dans une ville extrêmement dense, on a la possibilité de faire du logement social.
Ce qui est vrai, c'est qu'on a besoin d'aider beaucoup plus les maires, notamment pour développer des équipements publics en parallèle du logement social, parce que c'est vrai que lorsque vous faites du logement social, en particulier du logement social familial, vous avez besoin de construire des écoles, vous avez besoin de construire des gymnases, bref, vous avez besoin d'avoir les équipements publics qui vont avec.
Néanmoins, c'est une loi pour ce qui me concerne, que je suis profondément attaché, parce que c'est une loi de mixité sociale, parce que si on n'avait pas fait la loi SRU, on aurait continué à développer du logement social uniquement dans les communes qui en avaient déjà beaucoup. Et c'est une loi qui vise non seulement à faire du logement social, mais à faire du logement social dans les communes qui étaient déficitaires, et donc je pense qu'il faut continuer avec la loi SRU, mais c'est vrai, accompagner davantage les maires dans la production d'équipements publics qui permettent que ces logements sociaux puissent s'intégrer dans le territoire.
–
Une dernière réponse, Lionel Dekala
? –
Oui, c'est une réalité, cette réforme, elle est plus que jamais indispensable. Il faut sortir de cette logique punitive pour les communes. Moi, je paye plus d'1,3 million de pénalités financières au titre de la loi. C'est de plus en plus insupportable, alors qu'on a de plus en plus de mal à boucler nos budgets communaux. Et donc, j'ose espérer que le temps de cette campagne présidentielle permettra effectivement d'aboutir à minimum à une grande réforme de cette loi qui, si elle avait dû faire la preuve de son efficacité, elle l'aurait prouvé durant ses 25 années d'application, plus d'un quart de siècle.
Donc, aujourd'hui, il est temps à l'adapter à la réalité de beaucoup de territoires à travers la France et pas uniquement en Ile-de-France.
–
Merci beaucoup, Lionel Dekala, maire d'Aleau, dans les Bouches-du-Rhône. Autre sujet qui concerne le logement, Yann Brossat, c'est l'encadrement des loyers. Stéphane, on va voir ça avec vous, un encadrement des loyers qui est en vigueur depuis 2018 dans plusieurs dizaines de villes et qui pourrait disparaître en novembre.
– Et oui, une véritable course contre la montre est engagée pour les promoteurs de ce dispositif dont vous faites partie, Yann Brossat, puisque l'expérimentation de l'encadrement des loyers doit s'achever précisément le 26 novembre prochain si aucun texte de loi n'est voté d'ici là. Alors, ce mécanisme pour éviter la flambée des loyers a vu le jour en 2014 avant d'être repris en 2018 mais donc sous forme d'expérimentation dans les zones tendues, c'est-à-dire là où l'offre de logement est plus faible que la demande. Paris était la première ville à le mettre en place en 2019 et aujourd'hui, on compte 69 communes dans l'Hexagone qui encadrent les loyers.
En
Ile-de-France,
ça
concerne plusieurs villes comme plusieurs villes de Seine-Saint-Denis. Il
y
a par exemple deux agglomérations en Ile-de-France et ailleurs. En France, on peut aussi citer Lille, Bordeaux, Lyon, Montpellier, l'agglomération de Grenoble ou celle du Pays Basque.
– Alors, rappelez-nous, Stéphane, qu'on comprenne bien comment fonctionne l'encadrement des loyers
?
– Alors, le principe est assez simple. Le prix est fixé par un arrêté préfectoral, un loyer de référence plus précisément, au-delà duquel le propriétaire n'a pas le droit de louer son bien. Ces critères, ils dépendent de la surface du logement, du quartier, de l'année de construction, du nombre de pièces, des meubles dans le logement ou s'il n'est pas meublé. Voilà, en théorie, les propriétaires qui louent plus cher que ce loyer de référence, eh
bien,
ils s'exposent à une amende qui peut aller jusqu'à 5 000 euros.
–
Mais dans les faits, beaucoup d'annonces immobilières dépassent le prix fixé par l'encadrement.
– Et de plus en plus, si on regarde les derniers chiffres de la Fondation pour le logement, elle a publié son sixième baromètre de l'encadrement des loyers et, résultat, 37% des annonces immobilières publiées sur Internet cet été dépassaient les plafonds autorisés par la loi. C'est plus qu'en 2025 et plus qu'en 2024 et la palme d'or du déplacement, elle revient à la ville de Paris où un peu moins de la moitié des loyers proposés dépassent les seuils légaux. Mais dans son baromètre, la Fondation pour le logement souligne quand même que s'il y a plus d'annonces hors des clous, les montants de dépassement sont moins élevés que l'an dernier.
– Et malgré ces trous dans la raquette, les promoteurs de l'encadrement des loyers se mobilisent pour ne pas le voir disparaître.
–
Exactement, le gouvernement a indiqué que la proposition de loi du député socialiste Ignaki Echanis pour prolonger l'encadrement des loyers serait étudiée au Sénat le 21 octobre. Le texte du député socialiste prévoyait que le dispositif devienne pérenne et ouvert à toutes les communes qui le souhaitent. Mais le ministre du Logement, lui, veut restreindre cette proposition de loi. Il souhaite un prologement de l'expérimentation pendant seulement deux ans et uniquement pour les communes qui sont déjà dans ce dispositif d'encadrement des loyers. Vincent Jean-Van, qui lui, est à titre personnel défavorable à l'encadrement des loyers. Écoutez ce qu'il disait au Sénat, c'était le 27 mai dernier.
– On
a aujourd'hui un dispositif qui, à mon sens, n'atteint pas complètement sa cible puisque c'est surtout les familles les plus aisées parmi les derniers déciles qui en profitent le plus. Par conséquent, on peut s'interroger sur le fait qu'un dispositif qui vient créer moins de rotation dans le parc et une raréfaction de l'offre soit maintenu.
– Yann
Brossat, ce sont les arguments du ministre qui se basent sur un rapport qui avait été commandé par Matignon. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
– D'abord qu'il a mal lu le rapport qu'il a commandé lui-même puisqu'en l'occurrence, le rapport dit noir sur blanc que ce qui conduit à la raréfaction de l'offre locative en France, ce n'est pas l'encadrement des loyers et ce rapport souligne par exemple qu'à Nice, on a une raréfaction de l'offre locative plus importante qu'à Paris. À Nice, l'encadrement des loyers ne s'applique pas. À Paris, l'encadrement des loyers s'applique. Donc ça n'est pas un argument, il n'y
a
aucune corrélation entre la baisse de l'offre locative et l'encadrement des loyers. Ce que je dis au ministre, tout simplement, il n
'est
pas obligé d'être convaincu par l'encadrement des loyers. Il est de droite, il est libéral, il considère qu'il faut laisser les propriétaires faire n'importe quoi, c'est son problème. Simplement, il y a des maires qui ont été élus aux dernières élections municipales en s'engageant vis-à-vis de leurs électeurs à prolonger l'encadrement des loyers. C'est le cas d'Emmanuel Grégoire et de sa majorité à Paris. Ce que je lui dis, c'est tout simplement laisser les maires élus avec ce programme appliquer l'encadrement des loyers, continuer à l'appliquer.
Et d'ailleurs, le ministre, en réponse à une de mes interpellations, s'était engagé à ce que la loi sur le prolongement de l'encadrement des loyers puisse passer au cours du mois d'octobre au Sénat. Et je le souhaite, je n'attends que ça.
Et les deux
ans
qui sont proposés sont un compromis suffisant pour vous
?
C'est déjà ça, ça permet de passer l'élection présidentielle.
En
tout cas, c'est indispensable si on souhaite éviter une flambée des prix qui serait très préjudiciable aux classes moyennes et aux classes populaires dans une ville comme Paris et dans beaucoup d'autres villes qui se mobilisent en ce moment.
Merci beaucoup. Merci
à vous.
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Ian Brossat