Leurs mains ont la parole, avec Florence Encrevé - C à Vous - 11/11/2021
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Chapitres
Questions et réponses
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Pourquoi y a-t-il un changement de traductrice en 15 minutes lors des allocutions présidentielles ?
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Comment sont déterminés les signes pour les noms de personnalités politiques ?
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Comment interprétez-vous un nom comme Sandrine Kiberlain ou Pascal Elbé ?
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Pouvez-vous faire un exercice pratique d'interprétation ?
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Dans quasiment toutes les allocutions télévisées d'Emmanuel Macron a fortiori quand il entend s'adresser à toute la population, il y a toujours une interprétation par la langue des signes. Les demandeurs d'emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leurs allocations suspendues. Le 12 juillet dernier j'avais évoqué devant vous la nécessaire réforme des retraites la situation sanitaire que nous vivons et qui est en train de se dégrader partout en Europe. - Bonsoir Florence Encrevé !
Enseignante chercheuse à l'université paris 8 et pendant 13 ans vous avez interprété anonymes et personnalités politiques. - En fait, on vient de voir l'allocution, et l'allocution a duré 27 minutes et on a vu un changement de la traductrice. Pourquoi, parce que c'est très épuisant et il faut changer au bout de 15 minutes ? - Alors c'est surtout épuisant au niveau cognitif c'est-à-dire que ça demande l'utilisation de ressources attentionnelles cognitives qui sont en nombre limité.
Donc si on veut une interprétation de qualité optimale, on peut avoir des ressources attentionnelles qui sont qui sont vraiment bien efficaces pendant 15 à 20 minutes maximum. Donc en fonction de la complexité du discours, en fonction de la vitesse aussi d'élocution, on va peut-être faire des changements tout les 10, 15, 20 minutes. Sinon on serait moins précis, les fonctions feraient que... - Il y aurait plus de pertes, dans toute interprétation il y a une petite perte.
Il y en aurait encore plus, donc pour les événements aussi importants que les allocutions présidentielles faut limiter la perte. - Je suppose que pour les allocutions présidentielles par exemple et qui s'adressent à l'ensemble de la Nation, lorsque c'est une allocution, vous avez des discours avant ? - Pas toujours.
En général avec les présidents on a le texte, mais il arrive en général maximum une demi heure avant. - Ah oui. - Car ils ne veulent pas qu'il y ait de fuite.
Donc on se retrouve à devoir juste à simplement lire le texte, en fait, on peut pas trop le travailler. Ça reste très court comme délai. - Une question que je me pose moi, en fait, puisque bon, dans le texte il y a les mots donc il y a évidemment une traduction avec la langue des signes, mais les noms par exemple, voilà.
Comment, qui c'est qui dans la communauté des malentendants ou des sourds dit tout d'un coup "voilà Sarkozy ça va être ça, tel machin ça va être ça", en fait comment on fait pour déterminer un nom ? - Comment on fait ? Alors par exemple, Emmanuel Macron il y a un geste particulier. - Par rapport à ses pattes, Emmanuel Macron. - En fait, c'est un symbole de la personne ? - Alors en fait, déjà pour répondre à votre question, c'est la communauté sourde qui désigne. - Il y a un vote par exemple ? - Non, c'est plutôt l'usage. - C'est comment ? - C'est l'usage.
C'est-à-dire qu'il y a plusieurs signes qui vont apparaître et on va garder celui qui sera utilisé par le plus de personnes. - Mais celui de Sarkozy alors ? - Alors Sarkozy c'était ça. - À cause de ces sourcils ? - Oui. - Et il y avait aussi le sourcil broussailleux de François Fillon. - Ah ça, il est plus épais donc. - Ah il est plus épais, donc c'est plus ce geste-là. - Alors Pompidou, je vous dis pas ça. - C'est avec les deux mains. - Jean-Marie Le Pen, c'était le cache-oeil.
Et alors pour Marine Le Pen c'est "la fille du borgne" ? - Alors elle a deux signes, elle a un signe comme ceci, donc "sa fille", ou bien maintenant c'est les cheveux. - Ah c'est les cheveux, très bien. - C'est basé sur des caractéristiques physiques ou des caractères, des traits de personnalité, des passions.
Enfin ce sont les personnes sourdes qui désignent. - Mais alors par exemple, chez Sandrine Kiberlain et Pascal Elbé où tout est parfait, comment on fait ? - Comme ça. - On fait un petit coeur. - Quand la personne n'a pas de signe connu on va faire un emprunt linguistique au français et on va et épeler tout simplement le prénom et le nom de famille.
Donc voilà. - C'est un peu plus long. - C'est plus long.
Alors la première fois on va et épeler puis après on va peut-être faire simplement uniquement la première lettre si dans le discours si la personne revient souvent, on va pouvoir se permettre d'utiliser, mais ça reste très provisoire, quand même, en attendant que les personnes aient un signe. - On va vous faire faire un exercice pratique, je raconte une petite histoire que vous allez, s'il vous plaît, interpréter pour les six millions de français qui sont concernés, qui peuvent être sourds ou malentendants. Donc on comprend que dans les discours politiques, on s'adresse à eux et qu'on pense à eux.
Je raconte mon histoire : ça s'est donc passé lors des obsèques de Nelson Mandela, tout le monde a été frappé du fait que l'interprète faisait des gestes assez bizarres. L'interprète, par signes, tout le monde l'a regardé et comme les signes ne sont pas forcément les mêmes d'un pays à l'autre, dans un premier temps on a pensé que c'était juste une particularité sud africaine. Et puis on s'est finalement renseigné, en fait, le type était passé par là, il avait vu de la lumière, il était passé dans le dispositif.
Vous allez voir les images, on va les regarder. Il n'est pas allé au commissariat directement mais à l'hôpital psychiatrique, on regarde les images. - Il a fait un pari le mec ? - Il y a quelques signes, il connaît un petit peu la langue des signes sud africaine, quand même. - Mais il dit n'importe quoi, là ? - Moi je connais pas la langue des signes sud africaine, je peux pas vous dire, mais je sais que sourds ont dit qu'il y avait quand même des signes mais ce n'est pas une interprétation... - Mais pas suffisamment. - C'est une histoire dingue. - En tout cas merci, vous allez publier fin décembre un ouvrage collectif sur la traductologie et la langue des signes.
Roland Lescure