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interviewBFMTV· 19 août 2025 12 min

Sommet à la Maison-Blanche: l'interview en intégralité du ministre délégué des Affaires étrangères

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Benjamin Haddad

Nous sommes en direct avec le ministre en charge de l'Europe, Benjamin Haddad, qui est toujours à Washington. Faites-nous quelques confidences, si je puis dire, sur les coulisses. Vous étiez dans la délégation française, vous avez pu percevoir l'atmosphère, les dialogues entre les uns et les autres. On est vraiment dans une volonté constructive de la part de Donald Trump d'arriver à la paix ?

0:22
Locuteur non identifié

Je crois qu'on a vu hier une forte unité européenne et transatlantique. Et en effet, un dialogue qui a été constructif pour trouver vraiment le chemin d'une paix durable. On veut, Européens, Américains, Ukrainiens, mettre fin à cette guerre qui a été commencée, qui est continuée aujourd'hui tout le jour sur le terrain par la Russie. La question après, c'est comment y arriver ? Et notamment, c'est pour ça que la question des garanties de sécurité est si importante, parce que personne n'a intérêt à ce que demain, un cessez-le-feu ou un accord soit une parenthèse de six mois, d'un an, qui est utilisé par la Russie pour se refaire économiquement, pour réarmer et pour réattaquer.

Les Ukrainiens, ils le répètent souvent, connaissent bien leur histoire. Tous ces accords de papier qui ont été trahis par la Russie, le mémorandum de Budapest dans les années 90, les accords de Minsk après l'annexion de la Crimée 2014-2015, qui ont été trahis, violés par la Russie. C'est pour ça, encore une fois, qu'on travaille avec nos partenaires européens et américains pour mettre en place ces garanties de sécurité et pour avoir un accord qui sera durable. Parce que...

1:28
Benjamin Haddad

Monsieur le ministre, pardon, ça veut dire que vous ne faites pas confiance à Vladimir Poutine ?

1:32
Locuteur non identifié

Non, on ne fait pas confiance à Vladimir Poutine, parce que tout dans la posture de la Russie, de Vladimir Poutine, mais depuis 20 ans maintenant, pousse à l'agression. La Géorgie en 2008, l'Ukraine déjà en 2014, des assassinats d'opposants parfois sur le sol européen, la remise en question fondamentalement de l'architecture de sécurité européenne issue de la fin de la guerre froide. Il ne faut pas être naïf, la Russie continuera à représenter une menace pour l'Ukraine et pour la sécurité européenne. C'est pour ça qu'on doit d'abord continuer à soutenir sur le long terme l'armée ukrainienne.

On aura besoin, même après la fin des combats d'une armée ukrainienne forte, robuste, indépendante, on aura besoin de ces garanties de sécurité européenne et on aura besoin, nous, Européens, d'être forts, d'être indépendants pour dissuader la menace que représentera la Russie.

2:20
Benjamin Haddad

Mais est-ce que vous faites confiance à Donald Trump ?

2:24
Locuteur non identifié

Je crois qu'on partage le même objectif avec Donald Trump. Donald Trump, il veut mettre fin à cette guerre. Et à cet égard, nos intérêts sont les mêmes. Est-ce que vous lui faites confiance dans la ligne qu'il fixe, oui ou non ? Oui, on fait confiance à nos partenaires américains. Après, la question, encore une fois, c'est comment est-ce qu'on trouve ensemble la façon de mettre fin à cette guerre de façon durable ? C'est dans l'intérêt aussi des États-Unis d'avoir une paix durable et non pas juste une parenthèse que la Russie peut utiliser. C'est pour ça qu'on a ce dialogue constructif.

Moi, je voudrais vous dire, vous savez, je me rappelle, il y a six mois, on entendait partout dire que tout ça allait être réglé en 24 heures, sans les Européens, et ça allait être fait de façon unilatérale entre les États-Unis et la Russie. Aujourd'hui, on voit qu'on est assis autour de la même table, on partage le même objectif.

Ça, il faut quand même d'ailleurs souligner, c'est aussi le travail de la diplomatie française, du président de la République, pour réaligner tout le monde, tous ces efforts qu'on a faits, par exemple, en invitant les négociateurs américains à Paris il y a quelques mois, en travaillant sur la coalition des volontaires avec les Britanniques et les autres Européens, comme on le fait d'ailleurs encore aujourd'hui, pour montrer qu'on a des intérêts en commun, et pour montrer qu'il ne peut pas y avoir de paix, non seulement sans les Ukrainiens, mais il ne peut pas y avoir de paix sans les Européens.

3:37
Benjamin Haddad

Monsieur le ministre, qu'on comprenne, ce que vous attendez maintenant, c'est un sommet Zelensky-Poutine, ou vous souhaitez un sommet Zelensky-Poutine-Trump et les Européens ?

3:52
Locuteur non identifié

Je crois que c'est dans l'intérêt de tous d'avoir un sommet à quatre, avec les Européens aussi autour de la table, et de travailler après de façon très concrète, très technique, je dirais, sur les garanties de sécurité, et puis d'être aussi clair que si la Russie continue son agression, comme c'est le cas aujourd'hui, de façon cynique, elle continue ses bombardements contre les civils et ses infrastructures, il faut faire monter la pression.

4:16
Benjamin Haddad

Ce que je comprends dans votre scénario, c'est que ce que vous dites, c'est qu'il faut un sommet à quatre, il faut que nous soyons présents pour être sûrs de ce qui va être dit, et garantir la paix ou la sécurité, ou le trajet vers la paix et la sécurité pour l'Ukraine. Il faut que les Européens en soient témoins, il faut qu'ils soient là.

4:38
Locuteur non identifié

Mais parce que c'est notre sécurité, c'est pour ça que nous avions les dirigeants européens unis, d'une voie hier, à Washington, avec nos partenaires américains et avec le président Zelensky, parce que c'est notre sécurité, c'est de nos intérêts qu'il s'agit, parce qu'il ne peut pas y avoir de paix non plus sans les Européens, puisque les Européens ont participé de façon extrêmement active, comme vous le savez, sur les livraisons d'armes, sur les sanctions, que les garanties de sécurité seront aussi apportées par les Européens. C'est les Européens qui ont pris le leadership avec notamment la France et nos partenaires britanniques sur ce sujet.

Les Américains savent aussi que nous pouvons aider, que nous contribuons en fait à la sécurité et à l'élaboration d'une paix durable. Donc c'est pour ça qu'on continuera à travailler avec nos partenaires américains et ukrainiens dans ce but.

5:23
Benjamin Haddad

Question de la pointe carré ?

5:24
Présentateur

Benjamin, cette image qu'on voit d'ailleurs derrière Alain Marshall, des sept Européens avec Trump et Zelensky, elle est quand même très spectaculaire. Vous venez de le dire, c'est vrai, c'est le retour de l'Europe dans le jeu. Mais racontez-nous comment ça s'est monté, parce que ça s'est fait dans un délai extrêmement court. Il n'y a pas nu 48 heures entre l'Alaska et le moment où ça s'est fait. Qui a fait le casting ? Pourquoi l'Italie ? Pas l'Espagne ? Pourquoi la Finlande ? Pas le Danemark ? Comment vous vous êtes débrouillés pour faire cette bande ? Et qui l'a imposé ? Est-ce que c'est Zelensky qui a demandé à Trump de pouvoir venir avec ses amis européens ?

Est-ce que ce sont les Européens qui se sont imposés ? Ce n'est quand même pas Trump spontanément qui a invité tous ses leaders européens ?

6:05
Locuteur non identifié

Non, comme vous le savez, le lendemain de l'échange en Alaska entre le président Trump et le président Poutine, il y a eu une visio entre le président Trump et les dirigeants européens, où cette éventualité a été discutée et actée. En fait, encore une fois, ça suit des échanges qu'il y avait pu y avoir, par exemple à Paris, lorsque le président de la République avait invité les négociateurs américains à échanger justement sur ces sujets. Et puis après, ce que vous avez là, c'est des pays qui ont été particulièrement impliqués dans l'aide à l'Ukraine et qui sont particulièrement impliqués aussi justement dans la coalition des volontaires, qui veulent participer aux garanties de sécurité.

Vous savez, fondamentalement, on pèse dans ce processus diplomatique, parce qu'on pèse dans les sanctions, on pèse dans les livraisons d'armes, on pèse dans les garanties de sécurité, parce que l'Europe prend en charge sa propre sécurité. Ce qu'on voit aujourd'hui là, c'est une Europe qui, avec ses alliés, mais une Europe qui s'affirme sur le plan géopolitique, qui parle d'une voie, qui défend ses intérêts.

Et ce que vous voyez là, c'était les Européens unis, parce qu'ils ont encore une fois joué un rôle de premier plan dans le soutien à l'Ukraine et qu'ils joueront un rôle de premier plan dans les garanties de sécurité, qui aujourd'hui sont autour de la table avec l'Ukraine et les États-Unis pour décider ensemble.

7:19
Benjamin Haddad

Monsieur le ministre, ça veut dire que pour les Européens, ça va être potentiellement, c'est un scénario, des soldats sur place, et puis aussi c'est nous qui allons payer les armes. Ça fait beaucoup pour l'Europe quand même.

7:35
Locuteur non identifié

Alors déjà, il faut le rappeler, la première garantie de sécurité, c'est quand même d'avoir une armée ukrainienne robuste et forte. Pourquoi je dis ça ? Parce que rappelez-vous que dans les conditions aujourd'hui que demande toujours le président Poutine, il y a la démilitarisation de l'Ukraine. Évidemment, c'est inacceptable. C'est une invitation à l'agression. Pour dissuader la Russie, on a besoin d'une armée ukrainienne forte qu'il faudra continuer à soutenir. Et puis il y aura aussi d'ailleurs des opportunités, même pour notre industrie de défense. On a rapproché aujourd'hui notre industrie de défense française, européenne, de l'industrie ukrainienne.

On a vu par exemple l'innovation dans des secteurs comme les drones. Donc on continuera à travailler avec eux. Ça, c'est le premier pilier. Et le deuxième pilier, le président de la République l'a déjà dit, c'est effectivement d'avoir des contingents de ce qu'on appelle la réassurance, comme on en a aujourd'hui par exemple en Pologne ou dans les États baltes. Non, évidemment pas combattants, évidemment pas sur la ligne de front, mais dans des points stratégiques en Ukraine pour continuer à appuyer les Ukrainiens. Et vous avez vu d'ailleurs, et ça c'est une avancée importante, que le président Trump a dit lui-même que les Américains seraient prêts à participer.

Donc là aussi, il faudra qu'on aille dans le détail de façon concrète, à participer à ces garanties de sécurité. Parce qu'encore une fois, avoir des garanties de sécurité robustes, c'est aussi dans l'intérêt des États-Unis.

8:48
Présentateur

— Question d'Alain Marshall. Alain Marshall, il va vous demander qui va payer les armes. Parce qu'hier, Zelensky, il a promis d'acheter pour environ 100 milliards de dollars d'armes américaines à l'industrie américaine. Et puis il a laissé entendre derrière que c'était les Européens, c'est-à-dire que c'était nous qui allions payer.

9:08
Locuteur non identifié

— Écoutez, vous savez, nous, notre position, elle a toujours été très claire sur le sujet. On a des débats budgétaires européens. Là, par exemple, le cas de Financiers-Puréniec et le prochain grand budget européen, c'est que l'argent européen, il doit soutenir l'industrie de défense européenne autonome. Et donc il doit soutenir les armes européennes. On verra après dans les détails de ce que font les Ukrainiens eux-mêmes dans leur relation avec les Européens et les Américains. Mais en tout cas, quand on dépense de l'argent européen, je parle de l'argent, par exemple, de la Commission européenne, c'est avec cette logique de préférence européenne.

Parce que si on veut, là aussi, une Europe forte qui est capable de dissuader la menace russe et qui est capable de s'affirmer sur le plan géopolitique, ce qui est dans l'intérêt de tous, des Ukrainiens, des Européens et même des Américains, on a besoin d'une industrie de défense européenne autonome.

9:56
Benjamin Haddad

— Une dernière question, Benjamin Haddad. Et là, on va sortir du conflit ukrainien. Parce que ce soir, il y a une déclaration qui commence beaucoup à alimenter les réactions et la polémique. C'est celle de Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. Il accuse Emmanuel Macron, le président de la République, d'alimenter le feu antisémite en France, notamment avec la reconnaissance de la Palestine bientôt. Et il le somme d'agir avant fin septembre de prendre des mesures fortes. Qu'est-ce que vous avez à dire, à répondre au Premier ministre Netanyahou ?

10:26
Locuteur non identifié

— Je voudrais dire de façon très claire et très ferme que, vous savez, ce sujet de l'antisémitisme qui empoisonne nos sociétés européennes, et on a vu une accélération des actes antisémites violents depuis les attaques du Hamas du 7 octobre, on ne peut pas l'instrumentaliser. Le président de la République, le gouvernement, ont toujours été extrêmement mobilisés contre l'antisémitisme. On a aujourd'hui en France nos forces de l'ordre, auxquelles je rends hommage, nos forces de police, qui sont devant les synagogues, les lieux de culte, les lieux de mémoire juive pour les protéger. On a toujours eu une parole extrêmement claire et ferme, et une action de la part des autorités.

— Donc Benjamin Netanyahou se trompe ? — Je pense que sur un sujet si grave, le gouvernement, le président de la République ont toujours été d'une fermeté absolue.

11:19
Benjamin Haddad

— Oui, mais que répondez-vous à Benjamin Netanyahou précisément, au Premier ministre israélien, vous-même ?

11:23
Locuteur non identifié

— Mais je vous le dis, je vous le dis que c'est un sujet qu'on ne doit pas instrumentaliser, sur lequel on doit être uni, on doit être extrêmement ferme, et que la France n'a pas de leçons à recevoir dans la lutte contre l'antisémitisme. Le président de la République, le gouvernement, a toujours été ferme. Nous avons une augmentation...

11:40
Benjamin Haddad

— Nous n'avons pas leçons à recevoir de M. Netanyahou. C'est ce que vous répondez ce soir.

11:43
Locuteur non identifié

— Sur la question de la lutte contre l'antisémitisme, encore une fois, c'est un sujet grave. Il y a une accélération depuis le 7 octobre, et c'est pour ça que nous sommes mobilisés, que nous avons renforcés, que je rends hommage encore une fois à nos forces de l'ordre qui se mobilisent. On a vu des horreurs encore, comme l'arbre d'Ilan Halini qui a été abattu. Il y a des ennemis de la République, il y a des gens qui continuent à alimenter l'antisémitisme dans notre pays. Il faut les combattre avec la plus grande fermeté. Et là-dessus, voilà, nous le faisons. Il n'y a pas de lancement à recevoir de l'extérieur.

12:15
Benjamin Haddad

— Merci, M. le ministre Benjamin Haddad, en direct de Washington, le ministre en charge de l'Europe. Merci d'avoir été avec nous.