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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 31 mars 2017 66 minAutoproduitFond programmatiqueDéfenseInstitutions & électionsEurope & internationalEnvironnement & énergie

MÉLENCHON : Une géopolitique et une défense au service de la paix - #JLMDéfense

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 20 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Locuteur 1Fait
    « Je ne pouvais donc envisager cette candidature sans avoir également réfléchi à cet aspect de la mission que le peuple confie à celui ou à celle qu'il élit. »
  • 4:00Locuteur 1Chiffre
    « Nous sommes ou bien la 5e ou bien la 4e puissance militaire du monde. »
  • 5:00Locuteur 1Chiffre
    « Les États-Unis d'Amérique, avec son colossal budget de 600 milliards de dollars de dépenses militaires, et sa capacité à contrôler 80% des dépenses militaires du monde par l'intermédiaire du système de l'OTAN. »
  • 17:00Locuteur 1Fait
    « La politique écologique est fondamentalement une politique de paix et une politique d'économie. »
  • 30:00Locuteur 1Promesse
    « La sortie de l'OTAN est une exclusivité de notre programme. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

[...] inclut de ce seul fait la candidature à la direction de nos armées, puisque le chef de l'Etat, dans la Constitution de la 5ème République, est le chef des armées.

Je ne pouvais donc envisager cette candidature sans avoir également réfléchi à cet aspect de la mission que le peuple confie à celui ou à celle qu'il élit. Je l'ai fait de longue main, parce que je connais dans la vie des sociétés le poids du recours à la force, son caractère irréversible, et la difficulté de l'effort qu'il faut fournir pour éviter d'avoir à y recourir. Je l'ai fait parce que j'ai, comme beaucoup d'entre vous, la passion de l'histoire de France, et que dans cette histoire, la force a joué un rôle.

Pas toujours le même au fil du temps, mais qui a été décisif lorsque par exemple, cela a été évoqué il y a un instant, la grande Révolution de 1789 ayant proclamé la liberté et l'égalité en droits de tous les êtres humains fracassa l'ordre ancien, celui de l'Ancien Régime. Et suggéra de ce seul fait une réaction qui d'abord se présenta non pas sous la forme d'arguments mais sous la forme d'armées. Il est clair que l'Europe des féodaux coalisés a voulu d'abord écraser la Révolution française par la force, c'est-à-dire en définitive écraser le peuple.

Car - on ne doit pas l'oublier - tous ces changements sont d'abord ceux que le peuple a voulu et conduit lui-même. Ensuite, dans un horizon plus proche de nous, nous avons eu à connaître la honte de la déroute organisée par des Chefs à la ramasse. qui ont provoqué le désastre de la défaite de 1940 en face de l'ennemi nazi, qui n'était pas seulement le voisin nous envahissant pour la 4ème fois mais surtout les armées qui portaient une idéologie et une vision du monde radicalement contraires à l'identité de la nation française - en particulier toujours sur le même point : celui de l'égalité en droit des êtres humains.

On pourrait de cette manière évoquer de nombreuses circonstances où la force est venue au service des idées, les pires parfois, les meilleures d'autres fois. On ne peut prétendre à diriger notre grand pays sans tenir compte du fait qu'étant la cinquième puissance économique du monde...

Nous sommes ou bien la 5e ou bien la 4e puissance *militaire* du monde. Naturellement, ni nos effectifs, ni nos moyens, ni nos doctrines ne peuvent se comparer à la puissance qui reste la première et la plus dangereuse : les Etats-Unis d'Amérique, avec son colossal budget de 600 milliards de dollars de dépenses militaires, et sa capacité à contrôler 80% des dépenses militaires du monde par l'intermédiaire du système de l'OTAN et de ses diverses alliances régionales. Mais pour autant, la force, la capacité à en disposer, pour répliquer, n'est pas rien, ni dans notre histoire, ni dans notre présent.

Je partage le diagnostic qui a été fait à cette tribune par les orateurs qui m'ont précédé. Vous avez raison, mon colonel, de dire que nous ne vous avons pas demandé pour qui vous comptiez voter. Et nous ne le ferons avec aucun de ceux qui ont à connaître en expert des questions de notre Défense.

Car à nos yeux tout le monde est réquisitionné quelles que soient ses opinions dès lors qu'il s'agit de pourvoir au bien commun dans ce moment suprême dont on espère toujours repousser la survenue, qu'est la défense de la patrie ou le fait de porter ses armes. Vous avez raison et nous continuerons à agir de cette manière, Je ne peux vous cacher la fierté que je ressens lorsque je vois que se tournent vers nous des personnels militaires ou civils attachés aux questions de Défense qui hier sans doute n'imaginaient pas regarder de notre côté mais qui y trouvent un écho de ce qu'ils croient juste et nécessaire pour la patrie. Parce que nous sommes les indépendantistes, les nouveaux indépendantistes dans une situation qui plus que jamais appelle cette indépendance, la nécessité de cette indépendance.

Et c'est ce que je vais expliquer à présent. Néanmoins, je ne commence pas sans vous remercier tous Nous avons entendu, et vous le savez dorénavant, que l'équipe qui m'entoure, faite d'hommes et de femmes de tous âges, est en état de connaître, d'organiser, de prévoir, de discipliner, de déployer tous les thèmes qui correspondent aux tâches de Défense. Qu'il s'agisse des questions du matériel ou de la stratégie industrielle, qu'il s'agisse de la bonne compréhension de la place singulière des industries d'armement dans l'ensemble du process industriel de la France, ou qu'il s'agisse de la vision politique de l'usage de cette force.

Ne tenez pas, mesdames, messieurs, pour rien cette capacité. On a vu dans quoi pouvaient nous entraîner des décisions irréfléchies, mal calculées, ou plus exactement calculées pour des intérêts de court-terme dont nous ne cessons de payer les conséquences en ayant provoqué une catastrophe plus grande encore que celle dont nous avions à souffrir - je pense ici à l'intervention en Libye, qui a été le point de départ d'une propagation des armes et du désordre dans toute l'Afrique. Au demeurant, je ne peux pas oublier comment la décision a été prise, et à la faveur de quels arrangements, dans lesquel en définitive tout le monde a été trompé.

Car si l'ONU, à l'unanimité de son conseil de sécurité - c'est-à-dire incluant le vote de la Chine et de la Russie, avait décidé qu'en effet il y aurait des zone d'exclusion aérienne pour éviter que le dictateur Mouammar al-Kadhafi vienne à bombarder des positions tenues par l'insurrection populaire, cette décision de l'ONU a été transformée en tout autre chose, et reçue comme un blanc-seing et un droit d'intervenir, de bombarder, de détruire et d'abattre le régime, sans que rien de politique n'ait été prévu et surtout pas la consultation du peuple libyen pour ne rien dire du peuple français, qui a fourni les moyens de cette intervention déplorable. Maintenant, sachant tout ça, il faut plus que jamais traiter avec sérieux. Et pour cela, en ce qui nous concerne, pour la cohérence de notre doctrine je voudrais vous rappeler que la clé de la théorie de la révolution citoyenne est la récupération par le peuple de son pouvoir dans tous les domaines dans lesquels sa puissance collective s'incarne.

Il va de soi que la question de la défense et tout à fait essentielle, et il y a donc un lien logique et profond à la fois à vouloir mettre ces questions en débat public, mais à la fin à y répondre par la fin de l'abolition de la conscription qui a été suspendue, vous vous en souvenez, et comme j'ai l'avantage de l'expérience du temps qui a passé et des mandats que j'ai exercés, j'ai participé au débat sur l'abolition de la conscription, et j'y étais opposé, nonobstant les avis de mon propre parti à l'époque. J'y étais opposé, et j'ai entendu *applaudissements* déjà des arguments que j'ai entendus ensuite, d'après lesquels nos armées auraient besoin de professionnalisation. Il n'y avait pas besoin d'être grand-clerc pour comprendre où tout ça allait nous amener.

Et j'ai objecté, déjà à l'époque, qu'on ne se souvenait pas qu'avant l'abolition de la conscription, les armées françaises aient été des armées d'amateurs. Tout au contraire, elles étaient au plus haut niveau de leur capacité professionnelle, puisqu'elles bénéficiaient du concours des jeunes gens instruits au plus haut niveau dans notre pays, fournissant une contribution qui, s'il fallait la payer, serait hors de prix, pour rassembler, en aussi peu de lieux, autant d'intelligence, autant de qualification. Dès lors, tout le plan que nous présentons est construit autour du retour de l'intervention populaire dans les questions de défense.

Dans les questions de pensée et de déploiement de ses moyens de défense. Mais auparavant, il faut faire un bilan lucide des menaces. C'est pourquoi je commence par dire que je ne répondrai pas à la question qui m'est posée sur le niveau de la dépense publique qu'il faut consentir à la défense en répétant, comme le font tous les perroquets que j'entends, "2%", sans qu'à aucun moment, ils n'aient jamais dit pour quoi faire.

Ni pour quelle raison ils ont choisi 2%. Ce n'est pas qu'ils aient dans ce domaine davantage d'idées que dans d'autres, c'est tout simplement parce que c'est le chiffre qui a été fixé par l'OTAN, c'est-à-dire l'alliance militaire que dirigent les Nord-Américains, qui leur ont dit qu'il fallait dépenser 2% du PIB de nos pays. Non pas pour définir une défense... pardon, une menace à laquelle ces 2 % répondraient, mais parce que cela suggère que nous fassions des achats, comme ils disent élégamment, "sur étagère", dont une bonne partie est censée se faire avec du matériel américain, ou directement relié à lui, car, comme nous le savons, depuis toujours, les libéraux nord-américains, quoique très anti-impôts, très anti-État, et très anti-à peu près tout sauf le commerce et les arrangements, ont une politique qui est plus que keynésienne, puisque elle consiste à injecter des milliards et des milliards d'un seul coup dans la défense de leur pays, ce qui fait tourner toutes sortes d'industries et, comme vous le savez, l'industrie d'armement peut parfaitement être un volant d'entraînement du reste de l'industrie, puisque ça utilise des matériaux de toutes sortes, ce qui les distingue des autres activités, c'est leur finalité, et le fait que le marché, si j'ose dire, est entièrement défini, contrôlé, organisé et financé par l'État.

Ce qui pour des libéraux est un comble, mais n'a pas l'air de trop les déranger...

M. Reagan, qui était le début de la période libérale, l'a fait, en présentant l'un des budgets militaires les plus importants de l'après-guerre, et M. Trump, semble vouloir, dans le cadre de sa redéfinition des activités géopolitiques des États-Unis d'Amérique, vouloir recommencer le même plan.

Alors nous commençons, avant de nous demander combien nous allons dépenser, par nous demander quelles sont les menaces auxquelles le monde, d'une manière générale, est confronté. Sans vouloir en épuiser la liste, je pourrais en citer quelques-unes et c'est mon devoir de le faire, pour l'avoir présent à l'esprit, au moment de prendre des décisions, quel que soit le domaine dans lequel ces décisions sont à prendre. Ces menaces ne peuvent pas être définies par des concepts fumeux, du type "faire la guerre au terrorisme", qui a l'inconvénient majeur de ne rien dire des terroristes, et l'inconvénient suprême de ne pas dire quel est le lien entre ces terroristes et des puissances tout à fait matérielles, tout à fait régionales, qui sont en compétition les unes avec les autres, pour des intérêts matériels extrêmement précis. **applaudissements** Le terrorisme est, pour l'essentiel, un des moyens de guerre de puissances régionales qui utilisent les actes terroristes, chez ceux qu'[elles] considèrent comme [leurs] adversaires, pour les déstabiliser, et dans tout cela, la religion est un prétexte et certainement pas la raison d'agir.

Alors, regardons de haut ce à quoi est confronté notre monde. Le désordre géopolitique est la matrice de toutes les guerres, c'est-à-dire le moment où les frontières sont enfoncées, pour une raison ou pour une autre, et que des peuples viennent à se déplacer d'un endroit à un autre, ou que l'autorité des uns supplante celle des autres au même endroit. On sait, parce que c'est une vieille connaissance de l'anthropologie, que la première communauté politique, humaine ce n'est pas la famille, c'est le groupe humain, qui exerce son autorité sur ses membres et sur son territoire.

Par conséquent, quand les limites de cette autorité viennent à changer, le désordre s'installe, et le désordre peut conduire à ce que les questions se règlent par la violence et par la force. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une vague montante de désordre, qui résultera mécaniquement du changement climatique. Le changement climatique, en appauvrissant certaines régions, parce que l'on détruit l'agriculture, du fait du changement du régime des pluies, ou bien pour d'autres raisons qui modifient l'équilibre de l'écosystème dans ces régions, pousse des populations immenses à se déplacer d'un endroit à l'autre et à occuper des territoires, Sans trop se soucier de savoir quelle frontière a été franchie, ni où ils se trouvent, du moment qu'ils se trouvent quelque part.

Qui plus est, dans un certain nombre de régions du monde, les frontières ayant été tracées à travers des ethnies et des groupes culturels pour le reste extrêmement cohérents, il paraît naturel à ces populations d'aller d'un endroit à l'autre, sachant qu'on s'y retrouve en famille, et parfois dans la même langue. Si bien que voilà des dizaines d'états dont les frontières sont bousculées. Voilà des dizaines d'alliances régionales, de coopérations régionales qui sont bousculées ou ruinées par ces déplacements.

Souvenons-nous que 80 % des déplacements liés aux changements climatiques ont lieu entre les pays du Sud, et n'affectent que d'une manière très secondaire les pays dits du Nord. Les réfugiés économiques que nous voyons arriver aux frontières de l'Europe sont en nombre à peine équivalent à ceux que l'Europe elle-même déclenche comme immigration vers le reste du monde, du fait de ses politiques absurdes, qui privent ici, d'une manière qui n'a rien de climatique, la jeune génération et les peuples de toute perspective sociale de développement. Bref : il y a un million de personnes qui sont contraintes de quitter l'Europe, Espagnols, Portugais, Grecs...

Et même des Allemands, puisqu'il en part 25 000 par an dans la jeunesse, et aussi des Français, chiffres qu'on n'établit jamais, et qu'on ne cherche jamais à établir, pour, précisément, la peur que l'on a de les voir comparer à ceux de ceux qui se présentent à nos frontières. Le changement climatique sera donc la cause d'innombrables bouleversements. Et la riposte aux changements climatiques n'est pas d'ordre militaire, même si la sécurité des frontières peut conduire très rapidement certains états à recourir à la force pour protéger leurs frontières qu'ils estiment menacées par ces mouvements de populations.

Il y a donc une action préventive avant que n'éclatent les catastrophes, qui est à mener, et qui participe complètement d'une politique de défense, si l'on veut bien considérer qu'au bout du bout, le jeu qui pousse l'un vers l'autre, puis le suivant vers le suivant, comme une sorte de domino, fait partir, d'une mauvaise récolte à un endroit, des problèmes ensuite jusqu'en Europe. La seconde cause des troubles et des désordres est que l'économie productiviste pousse à une consommation des matières premières sans cesse croissante et toujours irresponsable, conduisant, du fait des productions extrêmement sophistiquées de notre temps, à une tentative d'accaparation des biens rares -- les terres rares, par exemple -- qui mettent les pays en compétition pour se les procurer. Naturellement, ces biens, ces richesses et matières premières ne sont pas disponibles partout, si bien que ceux qui en disposent sont l'objet de pressions et d'une attention qui n'est naturellement jamais désintéressée, même si elle apparaît parfois sous la forme d'émouvantes luttes pour le droit de telle partie de la population à disposer d'elle-même, sur lesquelles se jettent les impérialistes pour provoquer des désordres qui détruisent les nations.

La course aux matières premières est aggravée par le fait que le changement climatique change les routes maritimes et dégage des espaces nouveaux, sur lesquels personne n’exerçait jusqu'à présent de souveraineté. D'autant que, lorsqu'on arrive dans les mers très profondes, nous tombons sur le domaine du "res nullius" : ça n'appartient à personne, et donc chacun... premier arrivé, premier servi.

Aujourd'hui commence à se dessiner une organisation pour l'exploitation de ces zones, mais elle reste extrêmement embryonnaire : elle consiste à organiser le tour de rôle, en quelque sorte. Mais elle n'est pas un droit des biens communs, et notamment sur les grands fonds. Mais avant même d'envisager les grands fonds, il y a les plateaux continentaux.

La France a eu l'intelligence, sous le gouvernement de Lionel Jospin, d'agir à temps pour que, lorsque l'ONU a proposé que chaque pays définisse plus précisément l'étendue de son territoire en mer, et soit capable de faire la preuve de la continuité qu'il existait entre le plateau continental, les abords immédiats des côtes, et les territoires plus éloignés, et bien, ces territoires sont considérés comme zone exclusive. Si bien que notre pays s'est accru de 10 % de sa surface sans qu'il ne soit tiré un seul coup de fusil au cours du début des années 2000. Mais cet exemple ne doit pas faire oublier les situations beaucoup plus tendues qui sont en cours actuellement.

Vous avez entendu parler de la fonte des glaces, vous savez que les pôles sont en train de reculer pour la partie qui était jusque-là glacée. Sachez que dessous, il y a des richesses immenses, si bien que, à portée de missile, si j'ose dire, nous avons autour du pôle Nord une compétition qui s'organise entre les USA, la Russie, le Danemark, la Suède, la Norvège, pour savoir qui va contrôler ces territoires. Vous seriez bien vains de croire que ces choses-là peuvent se régler seulement à l'amiable.

Et ce n'est sans doute pas pour rien que la conscription a été rétablie dans un de ces pays, je vous garantis que cela n'a rien à voir avec les frontières de la langue. C'est bien parce qu'il y a des enjeux militaires qui se dessinent, et la montée en tension qui en résulte, c'est pour l'accès aux matières premières. Si vous voulez comprendre quelque chose aux conflits des dix dernières années, mes amis, suivez les pipe-lines, suivez les gazoducs, c'est tout le long qu'ont lieu les guerres.

Depuis la guerre d'Afghanistan, qui n'a qu'une relation fort lointaine avec les twin towers, mais qui avait un rapport très immédiat avec le passage des pipe-lines, dont on se demandait s'ils iraient du côté de la Chine ou du côté de l'Europe, et une fois que la question a été réglée, eh bien nous avons remballé notre matériel, dans les conditions désastreuses que vous ne savez pas, mais nous l'avons remballé et la guerre depuis, paraît-il, est terminée. Naturellement, les femmes là-bas en Afghanistan jouissent d'une liberté qui fait plaisir à voir, et le peuple a connu un développement lié à la présence de toutes ces armées qui est aussi une grande satisfaction pour l'esprit, même si nous savons que 85 % ... **applaudissements** des sommes qui ont été versées sur les contingents innombrables que nous avons déversés sur ce pauvre pays sont revenus directement dans les caisses des pays occidentaux qui en avaient décidé la dépense.

Je vous le signale pour le cas où vous ne le sauriez pas. Le troisième élément des menaces, -- j'ai dit le premier : le changement climatique ; le deuxième : la pression qu'exerce sur l'écosystème le système productiviste, et la conclusion qu'on doit en tirer qu'une politique écologique est une politique de la paix, puisqu'elle aboutit d'une part à alléger cette pression, cette prédation, mais surtout parce qu'elle conduit à se passer d'un certain nombre de matières premières. Vous savez par exemple que, si la France sortait des énergies carbonées, comme elle le fera du nucléaire, pour passer à 100 % renouvelable, elle économisera la moitié des dépenses de son commerce extérieur, puisque celles-ci sont faites de gaz et de pétrole.

Ainsi, la politique écologique est fondamentalement une politique de paix et une politique d'économie, et non le contraire comme nous l'entendons souvent. Le dernier élément n'est pas le moindre ; c'est sans doute peut-être le plus important. C'est celui des formes que prend la domination en géopolitique.

Il y a ici beaucoup d'experts, dans cette salle, de ces questions, et je rougirais de vouloir leur faire la leçon. Mais je suis un dirigeant politique, et vous comprenez que la question des rapports de force exerce sur moi un intérêt particulier, puisque, en définitive, la vie politique n'est faite que de tentatives pour régler d'une manière pacifique et ordonnée les rapports de force qui surgissent du fait des intérêts contradictoires qui sont à l’œuvre dans les sociétés. La géopolitique est profondément affectée par la situation périlleuse dans laquelle se trouvent les États-Unis d'Amérique.

Les États-Unis d'Amérique sont la 1ère puissance militaire du monde, je l'ai rappelé en commençant. mais c'est surtout la 1ère puissance monétaire. Distribuant, sur le globe entier, des milliards et des milliards de dollars, dont ils n'ont pas commencé à produire le premier gramme de matière qui y correspond.

Ces dollars sont des dollars bidon ; c'est de l'argent qui vaut ce que vous croyez qu'il vaut. Mais la réalité, c'est que, sans doute, s'il devait être ramené à sa réalité matérielle, si un jour vous vous présentiez tous pour demander la conversion de vos dollars en marchandise, il et probable que la valeur de ce billet n'arriverait jamais à égaler même celle du papier, et de l'encre qui sert à l'imprimer. Non, un billet de 100$ ne vaut pas 100$, croyez-moi. **applaudissements** Si bien que, cette pile de monnaie, qui jusqu'à présent fonctionnait à guichet ouvert, puisque les États-Unis financent leur dette en faisant tourner la planche à billets, que de temps à autre on invente des formules sophistiquées plus élégantes que "planche à billets" , "easy-je-ne-sais-quoi", et on imprime, on imprime et on rachète de la dette.

C'est ce qui a été fait depuis 2008 à une cadence absolument inouïe, qui a permis aux États-Unis de se faufiler et de surmonter le choc gigantesque de la crise de 2008. Mais la contrepartie, c'est que sa fragilité s'est accrue. Et cette fragilité rencontre des circonstances particulières.

C'est que, en même temps que le commerce mondial continue à se faire en dollars, une monnaie est apparue, entretemps, qui est l'euro, qui est celle de la 1ère puissance économique, productrice, d'échange, et 1ère masse monétaire du monde. Et en même temps, s'est présentée d'une manière quasi mécanique la monnaie chinoise. Les Chinois étant devenus la 1ère puissance économique du monde, sans aucune volonté impériale de la part du gouvernement de la Chine, mécaniquement, du seul fait qu'on lui a confié le soin de produire à bas prix ce qu'on ne voulait pas produire chez nous, de manière à n'avoir pas chez nous à augmenter les salaires, et à pouvoir se procurer les marchandises à taux aussi faible... au prix aussi faible que possible.

Bref. La Chine, entretemps, ne s'est pas contentée, comme le croyaient certains économistes baltringues, de produire des parasols et des castagnettes, dont on se serait ensuite régalés dans nos contrées. La Chine produit la moitié des ordinateurs du monde ; elle a, en puissance technique, la capacité, comme vous ne le savez pas, d'allumer des satellites, c'est-à-dire de les détruire depuis la Terre ; elle a la capacité de faire des missions de vols spatiaux habités ; d'aller et venir ; d'entretenir une station orbitale, et ainsi de suite, c'est-à-dire qu'elle est en pointe de toutes les techniques.

Toutes choses dont nous avons toutes les raisons de nous réjouir, car c'est une bonne chose pour nous que l'on ne soit plus conduit en Europe à s'apitoyer sur le peuple chinois, ni à collecter le papier argenté des tablettes de chocolat, comme l'ont fait nos parents dans les années où les Chinois n'étaient pas en état de pourvoir à leur survie. C'est une bonne nouvelle que 1,4 milliard d'habitants soient en situation d'autonomie, et capables de produire ce quil y de mieux. Naturellement, ce n'est pas une bonne nouvelle que les conditions dans lesquelles ils le font, et nos réserves sur ce point sont entières.

Mais nous commençons d'abord par voir, nous, les Français, dans les Chinois, des partenaires. J'ai proposé, dans le livre "Qu'ils s'en aillent tous", qu'on en fasse des partenaires privilégiés, ce qui m'a valu d'être considéré comme un suppôt du parti communiste chinois, ce que je ne suis pas , alors même qu'à l'époque, c'est le RPR qui avait un accord privilégié avec le parti communiste chinois, ce que je me régale de vous rappeler en vous disant que les principaux dirigeants des associations de relation avec la Chine sont aujourd'hui à l'UMP, et non pas au Parti de Gauche ou à la France insoumise. **applaudissements** Les Chinois constituent pour nous un partenaire privilégié.

Tout à l'heure, je viendrai sur Les Russes. Mais, pour les Nord-Américains, ce n'est pas du tout la même chose, pourquoi ? Les Chinois ont financé le Trésor Nord-Américain en achetant par paquets, par wagons, des titres de la dette nord-américaine, qu'ils possèdent, et qui représente la capacité d'une véritable bombe atomique, s'ils venaient un jour ou l'autre à décider de les revendre.

Ou bien s'ils venaient un jour ou l'autre à changer de monnaie pour faire du commerce dans le monde. Or il se trouve, qu'étant ceux qui produisent le plus, à qui l'on achète le plus, il est normal que leur monnaie fasse l'objet d'une demande, d'une sollicitation, et que les autres pays, qui commercent avec eux, souhaitent que cette monnaie soit convertible. Et nous voyons, pas à pas, la Chine créer des caisses de compensation, un peu partout dans le monde, qui lui permet[tent] de commencer à organiser la conversion d'une partie des autres devises dans la devise nationale chinoise.

Je me réjouis de savoir que cette caisse de compensation est installée à Paris, et j'en suis très heureux. De même que je m'alarme que le train qui part de Pékin ne fasse que passer à Berlin, et qu'on n'envisage pas la poursuite de cette ligne vers nous. Mais, pour en revenir au moment stratégique, il est clair que la déstabilisation des États-Unis d'Amérique résulte dune situation mécanique, et non pas d'un volonté d'agressivité particulière qui serait celle des Chinois.

Naturellement, une grande puissance, comme l'est la Chine, a toujours intérêt à stabiliser ses positions, et à faire reconnaître ses frontières. Nous allons venir dans un instant sur la question des frontières. Il y a des esprits simples qui croient que celles-ci sont fixées, et qu'il suffit ensuite de courir le long en poussant des hurlements sur l'intangibilité pour que la question soit réglée.

Ce n'est pas du tout ce qui se passe depuis 30 ans, et ce n'est pas du tout ce qui s'annonce, notamment lorsque je parle des îles que réclament concurremment, soit les Russes et les Chinois, soit les Japonais et les Chinois, et qui sont autant de facteurs de tension. Mais la cause structurelle, c'est ce déséquilibre. Si bien que les États-Unis d'Amérique, qui pendant longtemps ont concentré leurs efforts sur l'objectif de contenir la puissance de l'Union Soviétique, et si possible de la détruire, puis, par habitude, et par phénomène de bureaucratisation bien connu, par compétition entre les agences de sécurité, par aveuglement, par volonté impériale de continuer à contrôler les pays d'Europe, les États-Unis ont continué pendant un temps à désigner la Russie comme leur principal adversaire, après avoir pendant un temps essayé purement et simplement de la détruire, en la vidant de tout prestige, en l'insultant et en la menaçant.

Car il faut se rappeler que la fin de l'Union Soviétique n'a pas donné lieu à une négociation sur la réorganisation de ce qu'était l'ancien empire soviétique. Et c'est une des rares fois dans l'histoire où l'on n'a pas négocié le démembrement d'un empire. Je ne dis pas que le démembrement de l'empire austro-hongrois ou de l'empire turc aient été une réussite au traité de Versailles, mais du moins ça nous rappelle que, s'il y a eu un traité de Versailles, c'est parce qu'il y a eu une guerre, et, s'il eu a eu une guerre, c'est aussi parce qu'il y avait déjà des problèmes de frontières , aussi parce qu'il il avait des problèmes d'accès aux matières premières et de compétition entre les impérialismes.

Dès lors, on a, pendant la période qui a suivi l'effondrement de l'URSS, menti et trompé tous ceux avec qui on parlait. On leur avait d'abord dit que l'OTAN ne s'étendrait pas jusqu'aux frontières de la Russie, et tout aussitôt on a fait le contraire. On leur avait dit que, jusqu'à l'Allemagne de l'Est, si elle réintégrait la nation allemande, pour former un seul pays, ce que l'évidence ne suggérait pas forcément, compte tenu de l'histoire du siècle dernier, eh bien ils ne seraient pas forcément pris dans l'OTAN.

Au demeurant, tout le monde se disait "à quoi bon l'OTAN", puisqu'il n'y avait plus d'URSS, et il n'y avait plus d'alliance militaire organisée par les Russes. Les États-Unis, naturellement, ont besoin de cette alliance militaire, peu importe le nom qu'elle porte, mais d'une alliance militaire. Bref, à cette période où l'on a beaucoup menti, beaucoup provoqué, [se sont] superposé[s] des gestes inconsidérés qui continuent, qui consistent à embrigader sans cesse des gens dans l'OTAN, et à rapprocher sans cesse toujours plus la frontière de l'OTAN de la frontière de l’État Russe.

Encore actuellement se discute le Monténégro, après combien d'autres. Les 10 pays qui ont été intégrés d'un seul coup à l'Union Européenne ont commencé d'abord par aller signer leur entrée à l'OTAN avant de venir signer leur demande d'intégration dans l'Europe. **applaudissements** Il faut se rendre compte de l'effet déflagrateur, dans le jeu des puissances, car je parle de jeu des puissances.

On n'est pas dans un monde où les gens se contentent de s'estimer, d'avoir de bonnes relations, de boire chacun les alcools des autres et les nourritures qu'ils proposent. Il y a des conflits d'intérêt de puissances, et la vieille Europe est quand même l'endroit où se trouvent le pus grand nombre de vieilles cicatrices liées à la question des frontières, et ce sont sur les vieilles cicatrices que s'ouvrent souvent les nouvelles blessures. Il faut donc y veiller avec le plus grand soin ! la plus grande attention !

C'est pourquoi le quinquennat de François Hollande, après celui de M. Sarkozy, a été totalement aveuglé, et a conduit à un enchaînement de renoncements, dont la cause profonde est au point de départ l'idée que la France ce pouvait pas être une nation indépendante, et qu'elle n'avait pas un rôle particulier à jouer en Europe. Face aux provocations innombrables dont la Russie a fait l'objet, en particulier par la décision de François Hollande, dès son élection, de participer au sommet de Chicago et d'accepter que soient installées sur le sol de l'Europe des batteries anti-missiles en Pologne, dont le but était paraît-il de nous protéger des missiles que s'apprêteraient paraît-il à nous tirer dessus les Iraniens.

D'aucuns trouvaient que le positionnement était curieux par rapport à l'Iran, mais ceux qui connaissent la chose militaire savaient parfaitement que ces batteries n'ont qu'un seul et unique objectif : menacer le 75% du dispositif de défense de la Russie. Le message a été parfaitement reçu de l'autre côté, et on peut dire que cette décision a été le début d'une escalade irresponsable. Là où il aurait fallu négocier.

Je suis venu sur cette question de la Russie parce que, vous le savez, les agences nord-américaines disposent de nombreux relais d'influence, et quiconque aujourd'hui dit que les Russes sont des partenaires, et que avec eux, quel que soit le régime, il faut discuter, négocier, et s'accorder, car il n'y a pas d'autre alternative, sinon la guerre, ou la montée à la guerre, dont nous ne voulons pas. Et c'est parce que nous sommes des pacifistes -- des pacifiques pardon --, des pacifiques, que nous ne voulons pas de la guerre, que nous proposons de discuter. C'est le sens de la proposition que j'ai présentée d'une conférence de la sécurité de l'Atlantique à l'Oural.

J'ai repris la vieille formule du Général de Gaulle, car je ne veux pas cacher que la construction de notre vision de la défense et de l'indépendance nationales emprunte beaucoup à la pensée du Général, dont, le bilan ayant été fait après tant d'années, il apparaît qu'une bonne partie reste parfaitement pertinente, et se colle assez naturellement à la vision pacifique qui est la nôtre. Dans ces conditions, face à ces risques, et alors même qu'on les a aggravés en Europe par une politique irresponsable d'agressivité à l'égard de la Russie, qui a répliqué par des moyens eux aussi agressifs, cela va de soi, on voit que les frontières en Europe sont mises en cause. Elles l'ont été.

Car la décision d'attacher la Crimée à l'Ukraine, qui est une décision du bureau politique du parti communiste de l'URSS, sous l'autorité de son secrétaire général , M. Khrouchtchev, fait l'objet aujourd'hui d'une vigilance totale dans les conventions internationales, cette décision a force de loi. Les frontières sont les frontières, et la règle doit être leur intangibilité.

Etant entendu qu'ensuite il faut discuter lorsque les problèmes se posent en tenant compte d'un deuxième principe au moins aussi important que le premier qui s'appelle le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Car on me dit que les frontières doivent rester intangibles, j'en suis bien d'accord. Mais il faut en parler.

Ou bien on en parle, ou bien on fait la guerre. Mieux vaut en parler. Je trouve que la solution de la conférence est la solution la plus réaliste.

Avons-nous besoin pour cela de créer des outils nouveaux ? Non, nous disposons de l'OFCE, qui est une conférence qui existe déjà, qui a été créée à l'issue des accords d'Helsinki qui prévoyaient le désarmement mutuel notamment le désarmement nucléaire, et cet organisme existe, nous n'avons qu'à le remettre en fonction, il est déjà en fonction, mais les européens, pour des raisons d'atlantisme aigus, et de russophobie absolument immaîtrisée, mettent cet outil de côté. Ils ont tort.

Si nous dirigions le pays, nous remettrons cet organisme en mouvement et la France, qui est une des puissances militaires essentielles du continent européen, car si nous sommes la 5ème dans le monde puissance nucléaire, il en va tout autrement sur le plan purement européen, où nous sommes sans doutes la 2ème puissance militaire, après la Russie car je considère que la Russie est pour l'essentiel une nation européenne. Cette conférence, elle doit porter sur la question des frontières. Puisque la question des frontières est posée, notamment celle de la Crimée avec l'Ukraine.

Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et la question des frontières doivent nous conduire à regarder le bilan européen avec des yeux moins naïfs que ceux de ceux qui se risquent à me donner des leçons sur le sujet. Les frontières en Europe ont bougé. Dois-je rappeler comment l’éclatement de la Yougoslavie, non négociée, abandonnée aux rapports de force, alors que la France qui, à l'époque, était présidée par François Mitterrand, avait exigé que préalablement à la reconnaissance de l'indépendance des pays qui allaient se constituer, ceux-ci définissent d'abord quels sorts et quels droits ils allaient reconnaître à leurs minorités nationales.

Et nous étions dans cette situation d'attente, comme nous l'avions été auparavant lorsque la réunification allemande s'est faite, et que le même président Mitterrand avait exigé pour qu'il y ait l'accord de la France que la frontière à l'Est pour l'Allemagne soit celle qui court en Poméranie, qui est la frontière oder neisse. ET nos voisins Allemands, après un mois et demi de réflexion, y ont consenti. Et bien on avait le même raisonnement concernant la Yougoslavie, connaissant quelle poudrière a été, depuis toujours, les Balkans.

Mais, loin de nous suivre dans la sage voie que nous avions ouverte, nos voisins Allemands ont choisi un autre parcours et ont reconnu, séance tenante, la Croatie et la Slovénie, dont l'histoire un peu facétieuse rappelle quels étaient, ces deux nations, leurs alliés pendant la 1ère et la 2ème guerre mondiale. C'est une erreur totale. Car aussitôt en Croatie on a commencé un purge ethnique qui s'est prolongée ensuite par revers en Serbie, Le premier état qui a été créé, je vous le rappelle, ça a été la Bosnie, du fait d'un refus des bosniaques de s'aligner sur les uns ou sur les autres, qui s'est ensuite terminé dans une pitoyable guerre.

Et enfin on a encore changé les frontières après que la Yougoslavie, dirigée par Monsieur Milosévic, c'est-à-dire allant d'une erreur nationaliste à l'autre, a abouti au conflit qui a donné lieu à la naissance du Kosovo. Nation qui jusqu'à une date récente, n'a pas été reconnue par toute une série d'autres, et en particulier par les français pendant longtemps. Et pour finir par moi qui ne vote jamais aucun texte dans lequel le Kosovo est partie prenante parce que j'estime que l'on a dépecé un pays pour en créer un autre sans aucun respect des règles internationales et sans aucune consultation dans les formes prévues de ces pays.

J'observe que ceux qui poussent de grands cris, à juste titre, sur la Crimée sont d'un silence de moineaux le soir venu quand il s'agit du Kosovo. Mais pour prendre des cas moins douloureux et pour vous montrer que la question des frontières est posée en Europe, nonobstant ceux qui ne veulent pas le voir, il y a au moins un cas très récent qui réactive la question des frontières. Le Royaume-Uni a décidé de quitter l'Europe.

L'Union européenne. Peut importe la négociation que le royaume entreprend. Ce qui compte c'est qu'elle l'a décidé.

Tout aussitôt, cela signifie que toutes les parties de son territoire sortent de l'union européenne. Mais voici que d'aucuns n'en sont pas d'accord. Et peut-être, utilisant d'une manière tactique assez intelligente la situation, disent que puisqu'ils veulent rester dans l'union européenne, ils ne sauraient rester avec le Royaume-Uni.

C'est le cas des écossais. Mais ce sera très vite le cas des irlandais. Car là, pour le coup, on négocie, on palabre, mais enfin, il y a bien là une guerre qui dure depuis tantôt, bientôt 50 ans et même plus, qui a connu des phases extrêmement violentes.

Voilà que les irlandais du sud n'ont pas l'intention qu'on leur recrée une frontière avec les irlandais du nord. Et vice-versa. Quelle est la réponse du magistère moral qui prétend ne tenir aucun compte de la volonté des peuples à disposer d'eux-mêmes et se contente de disputer que les frontières sont intangibles, ce dont je répète que je suis d'accord.

Mais je dis que pour les rendre intangibles il faut discuter, sinon c'est la guerre. Et bien, que va-t-on répondre aux écossais ? Que nous viendrions à la rescousse des armées anglaises dans le cas où celles-ci n’approuveraient pas l'indépendance de l'Ecosse ?

Va-t-on expliquer que nous allons venir à la rescousse des anglais pour empêcher les irlandais de constituer la Nation à laquelle ils aspirent depuis toujours ? Tout ça est absurde. Et je vous fais grâce à cet instant de ce qui pourrait se produire dans l'hypothèse, qui n'est pas si invraisemblable, que les flamands viennent à rompre la Belgique.

Alors nous, qui sommes voisins, nous n'aurions rien à dire sur le sujet et nous nous contenterions de dire que nous allons prêter main forte je ne sais à qui pour aller obliger les flamands à renoncer....

Bien sûr que non. Il y aurait une redistribution et une réorganisation majeure. Je dis que sur le vieux continent toutes les raisons qui conduisent, qui ont conduit dans le passé à des guerres, existent de nouveau.

Et que les laisser s'empoisonner, s'envenimer, en faisant des vœux pieux et d'affectueuses remontrances aux uns et aux autres, en s'armant jusqu'aux dents, en participant à toutes les provocations, on ne fait qu'aggraver les risque de guerre. L'escalade et les enchaînements militaires que personne ne contrôlera plus. *Applaudissements* Voilà pour le vieux continent.

Mais la France est intéressée par d'autres zones du monde. Nous voyons bien que les Etats-Unis d'Amérique ont changé de cible. Prenant en compte leur faiblesse telle que je l'ai décrite tout à l'heure à propos de la monnaie dans le rapport qu'elles ont avec le premier atelier du monde, les Etats-Unis d'Amérique d'une manière qui n'est pas du tout folle, je veux dire au sens d'insanité mentale comme on l'attribue à M Trump, d'une manière tout à fait rationnelle se tournent vers ceux qui sont leur premier concurrent et tâche d'exercer sur eux la pression militaire qui jusqu'à présent a toujours servi aux Etats-Unis d'Amérique pour venir à bout des gens qui lui contestent sa suprématie.

C'est donc d'une manière parfaitement rationnelle du point de vue des intérêts du grand capital nord américain, que M Trump est en train de tourner ses batteries vers l'Asie. Et il utilise cette circonstance pour dire aux européens il va falloir vous cotiser pour mieux prendre en charge votre défense. Et vous avez des naïfs en Europe et des nigauds qui disent "à bah puisque les Etats-Unis d'Amérique ne veulent plus s'occuper de nous, c'est à nous de nous occuper de nous-mêmes." Bien.

Tout cela est fort juste. S'occuper de nous-mêmes, pour quoi faire ? Contre qui ?

Avec qui ? Voilà les questions qui se posent. Et surtout quand on entend dire d'une manière systématique, méthodique, dans tous les textes qui paraissent et les autres résolutions et vœux pieux du parlement européen.

Mais dans toutes les déclarations du conseil des ministres de l'Union Européenne, comme dans les scénarios examinés par la commission européenne. Tous les textes, systématiquement, il n'y a pas de défense européenne autrement qu'en lien très étroit avec l'OTAN. Il n'y a personne en Europe, à part votre serviteur, qui dit que l'avenir de la défense de sa patrie, et peut-être s'il le fallait des peuples qui trouveraient un intérêt à se défendre avec nous, est de sortir de l'OTAN et de sortir de cet engrenage militaire.

Personne, *applaudissements* et par conséquent cela signifie, aucun de mes concurrents dans l'actuelle élection présidentielle. La sortie de l'OTAN est une exclusivité de notre programme. Je ne voudrais pas qu'on y voie qu'une raison idéologique, même si elle existe en effet .

Les français, par nature très astérixiens, *rires* n'aiment guerre les empires qui prétendent leur dire ce qu'ils doivent faire. Et c'est par un mouvement assez naturel que nous sommes rebelles à toute tentative de domination. Je trouve que c'est une bonne idée.

Car concourir à la puissance de l'empire ne représente aucun intérêt pour les français. Par conséquent, si nous ne sommes plus membres de l'OTAN cela veut dire que nous ne sommes pas d'accord avec la stratégie, lamentablement qualifiée de relance de l'Europe, de défense européenne. Car la défense européenne dans les termes dans lesquels elle est formulée aujourd'hui, c'est la guerre.

Et pour être encore plus précis, la défense européenne telle qu'elle est formulée aujourd'hui dans les textes, c'est la guerre avec les Russes. Car personne d'autre n'est désigné comme adversaire que les Russes dans les textes qui paraissent en Europe et ceci est une absurdité. Cela ne veut pas dire que nous considérons que le gouvernement Russe serait un gouvernement bienveillant et facile à traiter.

Ce n'est pas le sujet. Je voudrais rappeler encore une fois que le général De Gaulle s'est entendu avec Staline. Il s'est également entendu avec Mao.

Par conséquent, le moment venu, je trouverai bien le moyen de m'entendre avec M Poutine s'il s'agit d'empêcher que la guerre ait lieu sur le continent. Voilà comment il faut voir les problèmes. Nous ne pouvons pas être membre de l'OTAN car c'est partir dans une logique de guerre sur le continent européen.

Alors nous avons cependant d'autres intérêts. Qui nous font nous rapprocher d'autres peuples. Déjà, nous avons une accointance qui est liée aux circonstances puisque c'est eux qui sont en état de résister, c'est eux qui nous intéressent.

Je pense au brics, c'est-à-dire les pays émergents qui ont constitué entre eux une alliance sur laquelle s'acharnent les Etats-Unis d'Amérique, ici par des moyens militaires, face à la Russie, face à la Chine, là-bas des moyens politiques, c'est le putsch du Brésil qui prend toute sa signification si l'on veut bien se rappeler que le Brésil est membre des brics. Et, dans ce contexte, nous pourrions être, nous les français, et nous le serions, l'aile marchande d'une nouvelle proposition. Une nouvelle proposition militaire et géopolitique.

Celle d'une alliance de ceux qui refusent de s'aligner sur les empires. Quels que soient les empires en question. Et qui donc renonceraient à toute pratique pour eux-même qui serait une pratique impériale.

Et consacreraient leurs efforts à valoriser, protéger la souveraineté des peuples dans leur droit à disposer d'eux-mêmes. Voila la doctrine qui serait proposée. Au demeurant, je crois qu'elle rencontrerait un bon écho.

En particulier dans l'ensemble des pays francophones avec qui nous entretenons une relation que pour ma part je voudrais inscrire dans la vision globale du développement stratégique de la France dans les prochaines décennies. La francophonie peut passer à un stade politique. Dans de nombreux domaines, à condition d'en accepter l'évidence, c'est-à-dire les rapports égalitaires entre ceux qui y participent.

Ce serait mieux si on pouvait appeler ça autre chose que francophonie, ça pourrait être la langue commune, mais il va de soi que la francophonie va être révolutionnée au cours des 3 prochaines décennies par le fait que le premier ensemble humain qui va avoir en usage commun la langue que nous parlons c'est l'Afrique. Et les nations africaines par leur développement, par les multitudes humaines, qui sont en train de chercher à se construire un futur commun, ces multitudes vont féconder la langue elle-même, ses attributs, notre imaginaire, et la pensée. Il faut donc se préparer dans le cadre de l'idée d'une francophonie politique, à une relation dans laquelle l’Afrique pourrait souvent marcher en tête, ou en tout cas exercer des responsabilités particulières qu'elle n'exerce pas encore mais qu'elle sera mécaniquement appelé à exercer.

La France y trouvera son compte de toutes les façons possibles. D'abord parce que sans doutes elle asséchera l’odieux cancer de corruption que représente cet ensemble de brigands combinés entre africains et français que l'on appelle la Françafrique et qui nous déshonore tous. *Applaudissements* Ensuite parce qu'elle nous permettrait de penser notre futur dans des termes bien différents.

Bien sûr il y a l'union européenne, nous connaissons je ne vais pas vous expliquer le plan A et le plan B, la manière de renégocier. Mais la francophonie politique est plus sûrement l'avenir de la France que quoi que ce soit d'autre. Nous serons tantôt, bientôt, le troisième groupe de locuteurs du monde.

Et bien c'est une grande facilité culturelle, industrielle, technique et humaine, artistique et culturelle pour nous français. Je demande qu'on y réfléchisse, et pour ma part je fais plus que d'y réfléchir, je propose. Il y a donc sur ce sujet dans notre programme, non seulement ce qui a été dit à propos des questions de défense et de géopolitique mais aussi un livret sur la francophonie politique.

J'avance vers ma conclusion en parlant plus directement et plus concrètement des armées. Tout à l'heure j'ai évoqué les menaces qui conditionnent la pensée et qui nous obligent à réfléchir dans des conditions nouvelles au futur. Aucune génération avant nous n'a eu à prendre en compte le changement climatique comme un paramètre géopolitique, aucune.

Nous sommes la première, et ainsi de suite. Mais il se produit actuellement, dans le domaine des rapports de force militaires, une révolution aussi considérable que celle qui s'est opérée lorsque est apparu l'arme nucléaire. Qui en quelques sortes ravalaient toutes les autres à un rang particulier d'usage pour les conflits dits "intermédiaires" dont les français, du fait de leur doctrine de dissuasion, ne veulent pas entendre parler.

Il n'y a pas pour nous de conflit intermédiaire. Nous ne voulons pas de conflit du tout. Bien sûr, et pour clore avec ce chapitre, il y a des initiatives à prendre dans le domaine nucléaire, du nucléaire militaire.

Clairement la France doit réaffirmer sa volonté d'une dé-nucléarisation par zones successives peut-être, si c'est le modèle le plus concret, du monde. En particulier, il serait bien que le moyen orient soit totalement dé-nucléarisé tant il est clair que les tensions y sont à l'extrêmes. Mais le moment venu la question se posera aussi en Europe.

Je me réjouis de l'initiative prise par président de la république populaire de Chine M Xi Jinping, de proposer à l'ONU qu'une nouvelle discussion commence sur le désarmement nucléaire du monde. Et nous les français, si je venais à présider ce pays, nous serions une aile marchante en direction de la dé-nucléarisation militaire du monde. Il va de soit *applaudissements* que puisque c'est l'arme ultime pour les français, nous ne serions pas les premiers convoqués aux tâches de désarmement nucléaire.

Même si nous y prendrions notre part dés le début de manière à ce que tout soit bien compris. Je viens sur ce que je disais, il vient de se dérouler une révolution dans l'art de la guerre dont nous ne faisons qu'apercevoir le commencement et le caractère décisif. Comme l'arme nucléaire l'avait été, comme l'arbalète l'a été en face de l'épée, on peut dire que la cyber-guerre prend un à revers tous les dispositifs matériels, humains et techniques des rapports de force militaires.

Ne serais-ce que parce que tout le matériel , pour les raisons qu ont été évoquée il y a un instant, est super infesté de haute technologie, c'est-à-dire de dépendance au cyberrien. Dans ces conditions, la tâche qui consiste à se doter de cyber brigades, de cyber escouades, et à recueillir la participation de tous ceux qui ont des compétences et des qualifications les plus avancées dans ce domaine est une tâche prioritaire.