Yannick Jadot : "Dans le discours d'Eric Zemmour, il y a beaucoup de violences verbales"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
8h48, Yannick Jadot et l'invité d'Europe Matin, Mathieu Bock-Côté. Alors, vous avez dénoncé il y a quelques jours les violences contre les militants des SOS Racisme lors du rassemblement de Villepinte. Cela dit, des violences, il y en a eu d'autres ces dernières semaines, notamment la violence portée par les antifas qui se permettent d'agresser, les ministres d'extrême-gauche qui se permettent d'agresser, qui arrivent avec des cocktails Molotov quelquefois, disait-on, au fameux meeting de Villepinte. Il y a votre...
Pardonnez-moi, Alice Coffin, qui a dit que les violences étaient légitimes quelquefois, bien qu'inefficaces, pour être capable de contenir la venue d'Éric Zemmour et de faire taire. Est-ce que vous dénoncez la violence de tous les camps, ou seulement la violence contre les militants des SOS Racisme ?
Pour moi, la violence n'a jamais été un moyen d'expression politique. Tout simplement, vous savez...
Donc la violence d'extrême-gauche est aussi condamnable que la violence d'extrême-droite ?
Là, je condamne toutes les violences, mais franchement, là on parle du meeting d'Éric Zemmour. Non. Vous trouvez acceptable que des journalistes soient évacués d'un meeting ?
Mais d'aucune manière. Ce n'est pas la question.
Vous trouvez acceptable que quand une militante dit simplement affiche son combat contre le racisme, vous avez vu les images des types qui balancent à coup de poing au visage d'une femme, simplement parce qu'elle a un t-shirt de combat contre le racisme ? Et donc, on est en démocratie. On est en démocratie. On doit pouvoir débattre. On doit pouvoir s'exprimer. On doit pouvoir y compris se confronter politiquement, mais pas par la violence.
Aujourd'hui, malheureusement, dans le discours d'Éric Zemmour, il y a beaucoup de violences verbales qui se traduisent dans ces meetings par des groupuscules dont certains sont des groupuscules néo-nazis qui traduisent cette violence verbale en violences physiques. Et il va nous falloir, monsieur, il va nous falloir apaiser incroyablement ce pays. Il va nous falloir remettre un peu de bienveillance. Je l'ai dit, un concurrent politique, ce n'est pas un ennemi. Un concurrent politique, on doit pouvoir débattre argument contre argument. Aujourd'hui, le débat politique, c'est trop souvent de l'invective et de la disqualification de l'autre.
Alors quand Jean-Luc Mélenchon qualifie Éric Zemmour d'ennemi du genre humain, ça aussi, c'est de la violence verbale ? Mais écoutez, je ne commente pas.
Et quand Éric Zemmour parle d'Emmanuel Macron comme d'un adolescent, quelqu'un qui n'est pas fini, vous le rappelez.
Vous savez, la situation de notre pays est grave. Il y a une forme d'excitation morbide, y compris autour d'Éric Zemmour, je trouve. Il y a une sorte de... un peu comme il y avait avec Trump il y a cinq ans. Au fond, tout le monde attend la nouvelle déclaration. Tout le monde regarde son meeting en disant, vous savez, quelque chose d'un peu morbide qui veut mettre la société au bord du gouffre en pensant qu'elle peut toujours se rattraper.
Aujourd'hui, quand je me bats pour l'hôpital, quand je me bats pour l'école, quand je dis que notre avenir peut être bienveillant pour nos enfants, que quand je me bats pour simplement qu'il y ait du bio dans les cantines, que nos anciens, les malades à l'hôpital, nos enfants mangent bien et qu'on combatte la malbouffe, l'obésité, quand je me bats pour qu'on rénove nos logements, pour que les familles, aujourd'hui il fait froid dans notre pays, vous avez des millions de familles qui n'ont pas mis le chauffage, des enfants qui vont être malades parce qu'on n'a pas mis le chauffage.
Quand je me bats et que je crée des emplois pour rénover les logements qui soient plus sains, plus confortables, et c'est l'ami du pouvoir d'achat des Françaises et des Français. Quand je me bats pour notre souveraineté, quand je me bats même sur nos valeurs, franchement, le président de la République s'est rendu dans le golfe.
Alors, j'allais en parler. Vous avez exprimé votre honte suite à la vente record de Rafale aux Émirats Arabes. De la honte, c'est ce que vous ressentez, vous avez dit face à une telle vente qui va quand même bénéficier. Vous venez parler d'emplois à des centaines et des centaines d'emplois en France.
C'est vrai.
Ce n'est pas important ?
C'est important de créer de l'emploi en France. La question, c'est sur quoi on crée de l'emploi ? Vous vous rendez compte qu'on vend des armes, aujourd'hui, à des dictatures. On vend des armes aux Émirats Arabes Unis. Vous savez qu'y compris en France, il y a des plaintes qui sont déposées pour crimes de guerre des Émirats Arabes Unis.
Vous savez que c'est une enclave de la marine française en pleine mer du Golfe, accueillant une base navale essentielle aux projections de l'armée dans le monde arabe ?
Vous savez que l'Arabie Saoudite est aussi accusée d'avoir utilisé des armes françaises pour bombarder des populations civiles. Vous savez que l'armée française, contre son gré, contre son gré, s'est rendue complice de bombardements de populations civiles en Égypte. Est-ce que notre stratégie pour la paix dans le monde, parce que la paix dans le monde et la paix dans le Golfe, c'est notre sécurité ?
Mais vous, Président, pouvez-vous nous dire la liste des pays auxquels vous ne vendrez pas de rafales ?
Mais vous savez, c'est simple. La Russie, l'Inde... Vous avez un traité international sur le commerce des armes. Vous avez ce qu'on appelle la position commune de l'Union Européenne sur le commerce des armes. Qu'est-ce qu'elles disent ? Qu'est-ce qu'ils disent ces textes ? On ne vend pas des armes à des dictatures, y compris des dictatures impliquées dans des conflits. Vous vous rendez compte que là, aujourd'hui,
vous n'allez plus vendre qu'aux voisins européens. La Russie, l'Inde sont loin d'être exemplaires en matière des droits de l'homme.
Est-ce qu'on les exclut ? À force d'être complaisants vis-à-vis des dictatures, on perd des contrats avec l'Australie sur une démocratie pour gagner des contrats avec des dictatures. Vous vous rendez compte que, quand même, dans cette région, c'est une poudrière, on le sait toutes et tous, armés, y compris ils sont en train de s'équiper de centrales nucléaires pour faire des armes nucléaires. Armés des dictatures, le président de la République a serré la main, c'est le premier grand dirigeant mondial, a serré la main de Mohamed Bel Salman, le prince héritier saoudien, qui a fait découper à la scie électrique un journaliste, Jamal Khashoggi. Mais qu'est-ce qu'on va faire ?
Vous pensez qu'on serre la paix ? Vous pensez qu'on serre la paix, y compris qu'on serre la sécurité de la France ? Vous, président de la République, ce que vous feriez ? On vend des armes. Moi, je suis pour une politique de défense européenne. Une politique de défense européenne. C'est là qu'il faut construire, y compris notre projection en matière d'industrie d'armement. Mais servir, surarmer une région qui est explosée... Vous pensez que s'il y a la guerre dans le Golfe, on va être épargné, et qu'on pourra se dire, tiens, on a vendu des armes, ils les ont mal utilisées ? Mais ça va être une déflagration absolue pour l'Europe.
Et vous pensez que c'est nous, on ne vend pas nos armes, ils ne vont pas être armés quand même ? C'est peut-être cynique,
mais c'est un marché. Ah oui, mais le cynisme, ça n'a jamais avancé les droits humains. Vous savez, il y a toujours quelqu'un, à un moment donné, qui prend la responsabilité. Sinon, on n'aurait jamais arrêté l'esclavage, on n'aurait jamais arrêté les dictatures, qu'on parait raison vos raisons. Moi, la France que j'aime, la France que je veux, c'est une France qui, au XVIIIe siècle, était la lumière du monde sur la raison, grâce aux Lumières. Au XIXe siècle, était la lumière du monde sur la démocratie. C'était surtout la première armée d'Europe. Au XXe siècle, la lumière du monde sur les conquêtes sociales.
Eh bien, je veux que la France, y compris avec une Europe puissante, devienne la lumière du monde sur l'écologie et sur les valeurs que nous portons historiquement et qui rendent les Françaises et les Français tellement fiers de notre pays. Voilà, une belle conclusion pour terminer cet entretien. Merci d'être venu sur Rampin. Merci à vous, Yannick Javdo, le candidat Europe Écologie Les Verts. Merci d'être venu nous voir. Merci à vous.
Yannick Jadot