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interviewPublic Sénat· 25 février 2026 16 min

« On cherche trop souvent à diaboliser la grande distribution », s’indigne Alexandre Bompard

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Depuis que je dirige Carrefour, j'ai l'honneur d'être, j'allais presque dire très régulièrement, j'allais presque dire même annuellement auditionné par euh différentes commissions qui ont été constituées au Parlement. Pour être sincère, je vais essayer de l'être pendant tout l'exercice au-delà du serment que j'ai prêté. Je suis à chaque fois à la fois heureux et un peu préoccupé par ces auditions, heureux d'un échange avec vous en raison de la considération que je dois avec mes collaborateurs à la représentation nationale et de l'intérêt mutuel que nous trouvons à ces échanges. préoccupé aussi je dois dire car je constate systématiquement une tentation de de jeter le soupçon ou ou l'eau proe sur selon les cas les pratiques, les stratégies aujourd'hui les marges de la grande distribution.

J'ai parfois le sentiment qu'à travers ces travaux successifs très spécifiques à la France, vous avez face à vous quelqu'un qui est présent dans une quarantaine de pays. Je crois n'avoir jamais été convoqué ni un de mes dirigeants de pays devant la moindre commission parlementaire. Il y a pourtant des parlements aussi.

On cherche trop souvent à diaboliser la grande distribution. Je regrette, je je dois dire et vous m'autoriserez ce regret, qu'on ne s'intéresse jamais à l'avenir de la distribution française, à ses atouts, à son rôle, à ses difficultés, ce qui me paraîtrait à la fois utile et parfois plus essentiel. La distribution, c'est un secteur qui dispose d'entreprises françaises emblématiques.

Il mérite, je le crois, au même titre que tous les autres la considération des pouvoirs publics et de la représentation nationale. Passer cette observation préalable et pour essayer d'apporter ma contribution à vos réflexions, je procéderai en deux temps. D'abord en vous rappelant quelques éléments propres au secteur et plus particulièrement à Carrefour.

Ensuite, en formulant quelques remarques sur ce qui paraît être le cœur de vos réflexions. D'abord, dans un secteur traversé par des mutations très profonde, Carrefour, dernier distributeur français à porter des ambitions internationales, a la volonté de se placer au même niveau que ses concurrents mondiaux. Il faut bien mesurer et je sais que vous le vous le savez, les mutations très profondes qu'affronte le secteur. une intensité concurrentielle toujours accrue sous la l'effet de la polarisation de nos marchés avec un écart croissant entre ceux qui gagnent et ceux qui souffrent et l'efficacité aussi de nouveaux entrants dans l'alimentaire comme dans le non alimentaire d'action aux grandes plateformes chinoises toujours dans le sens d'une discontisation plus forte de la consommation.

Deuxièmement, le comportement très prudentiel des consommateurs après la période d'hyperinflation, laquelle a succédé une période d'hypersensibilité au prix. Les tensions très fortes sur le pouvoir d'achat, vous l'avez dit madame la présidente, aboutissent à dépression sur les marges et les volumes que notre secteur n'a jamais connu. Enfin, ajouter les incertitudes politiques, macroéconomiques, fiscal qui font monter le taux d'épargne et n'incite pas nos compatriotes à consommer. et vous avez un tableau de la réalité du marché aujourd'hui.

Je le dis avec un peu de gravité. Ce qui a changer dans la distribution en quelques années, c'est que des enseignes françaises historiques, des groupes qui ont été des fleurons nationaux souffrent fortement. Et comme je le disais au au début de mon propos, je suis souvent surpris que les pouvoirs publics ne s'intéressent pas beaucoup à cette évolution inédite d'un secteur dont l'activité est à la fois non délocalisable.

Nos magasins resteront en France et majeur en terme d'emploi dans nos territoires. Dans ce contexte, Carrefour, dernier distributeur français apporté des ambitions internationales à la volonté de se placer au même niveau que ses grands concurrents mondiaux. Carrefour opère 15000 magasins dans plus de 40 pays dans lesquels travaillent plus de 500000 collaborateurs sous enseignes.

Le groupe a 67 ans cette année. Je viens de lancer un nouveau plan stratégique à Horizon 2030 autour de trois champs d'action. Nos clients en travaillant sur notre offre sur la proposition de valeur que nous leur faisons avec des investissements prix, un plan frais très ambitieux, des innovations produits et des engagements RSE ambitieux. nos magasins et notre e-commerce en deux avec là aussi des investissements puissants dans nos territoires et enfin la technologie et en particulier l'intelligence artificielle sur lesquelles notre groupe possède déjà une longueur d'avance et entendant continuer d'investir au services de magasins plus intelligents et plus efficaces.

Lors des questions, je serai heureux de vous apporter des précisions sur l'ensemble des aspects de ce plan et ainsi de vous détailler les enjeux auxquels nous sommes confrontés. Sachez que l'un des objectifs de ce plan stratégique et je l'assume pleinement, c'est d'améliorer la marge du groupe Carrefour. Et lorsque je dis la marge, c'est bien au singulier.

Carrefour est un groupe côté. Nos comptes obéissent à des règles strictes. Ils sont publics et transparents.

Il ne peut donc y avoir aucune de ces prétendus opacité dont j'entends parfois parler au sujet de la distribution qui aurait des marges. Je n'ai jamais compris ce pluriel plein de sous-entendu. Ma marge est connue, elle est bien plus faible que dans d'autres secteurs.

Mon résultat net, ce qu'il me reste à la toute fin, c'est moins de 1 % de mon chiffre d'affaires. 10 fois moins que les industriels. Pourquoi cette ambition vous demanderiez naturellement d'augmenter la marge de du du groupe Carrefour ?

Tout simplement parce qu'aujourd'hui dans la compétition internationale que j'affronte, Carrefour n'est pas au niveau de ses grands concurrents internationaux. Les Aold, les Tesco, les Walmart affichent des taux de marge qui sont de l'ordre du double de celle de Carrefour. sans que personne dans aucun pays dans lequel ces grands groupes sont établis ne discutent leur marge sans que dans aucun de ces pays on oppose ces groupes ou leur profitabilité à celle des agriculteurs ou celles des industriels.

Ce qui est propre à la France, je le constate dans aucun autre pays où l'on est au contraire fier d'avoir des grands groupes de distribution puissants, performants et profitables. Cela m'amène à formuler plus directement quelques observations sur le cœur du sujet qui vous préoccupe le rôle de la distribution dans la formation des prix et la rémunération des acteurs de la chaîne de valeur. Le cœur du débat est toujours le même.

Il réside dans une équation facile à poser mais extrêmement difficile à résoudre. Il est demandé à la distribution tout à la fois de maîtriser les prix de vente au consommateur car nous sommes redevables du pouvoir d'achat des Français. de bien rémunérer les producteurs car l'amont doit être rémunéré et il faut sécuriser les approvisionnements et de garantir la qualité car c'est notre responsabilité à l'égard des clients.

Cette conciliation, nous essayons de la résoudre chaque jour et avec le recul de bientôt 9 ans à la tête de Carrefour, c'est toujours la distribution qu'on sollicite en fonction des priorités du moment. En période de déflation, au moment de ce qu'il est convenu d'appeler égalim 1, l'accent a été mis fortement sur la rémunération des producteurs. Carrefour a appliqué le texte sans état d'âame alors même que le dispositif de limitation des promotions affecte très puissamment le cœur de notre modèle, les hypermarchés.

Pendant le Covid, puis avec la crise ukrainienne, la distribution a été de nouveau sollicitée pour sécuriser l'approvisionnement des Français. Carrefour et l'ensemble du secteur ont répondu présent, y compris comme toujours pour venir en aide à des filières agricoles qui ont pu souffrir plus particulièrement à tel ou tel moment. Égalima n'ayant pas semblé suffisant, le législateur est alors intervenu pour prévoir l'établissement de contrat protégeant la matière première agricole.

Là encore, la distribution a appliqué ce dispositif et vous ne trouverez aucune trace de remise en cause de la part de Carrefour. Mais où en est la contractualisation en marche avant ? Comment sont les contrats dit de premier niveau entre industriel/transformateur et agriculteur qui permettrait dans un second temps une négociation entre le fournisseur et son distributeur transparente et à 100 % protectrice de la matière première agricole.

Avec l'hyperinflation, il nous a été ensuite demandé de remettre le focus sur les clients. Nous n'avions évidemment attendu personne pour prendre des initiatives. C'est notre métier.

Nous avons néanmoins accepté en complément de nos politiques commerciales de constituer des dispositifs anti-inflation, les fameux paniers anti-inflation. Au même moment, nous acceptions aussi la réouverture de négociation commerciales, pourtant légalement achevée, afin de tenir compte de la hausse des matières premières. ce que les industriels ont fermement refusé quand au contraire les prix de ces mêmes intrants diminuaient fortement et aujourd'hui alors que l'hyperinflation a cessé mais que nos compratotes demeurent sous le choc d'une hausse de 25 % des prix des produits alimentaires que la distribution a seul pu contenir, on laisserait entendre que les distributeurs opèrent avec des marges indues, qu'ils abuseraient, qu'ils auraient un comportement mortifère.

Je vous le dis, ce n'est ni sérieux, ni responsable, ni très respectueux de notre métier. L'engagement permanent des distributeurs pour concilier les impératifs du pouvoir d'achat, première préoccupation et de loin de nos concitoyens et la juste rémunération de l'amont n'est pas à mettre en doute. Pas davantage que l'accompagnement de toutes les politiques publiques, je viens de le rappeler.

Je voudrais terminer mon propos en vous faisant part d'une conviction personnelle forte. Depuis 30 ans 40 ans, le commerce ne cesse de faire l'objet d'intervention législative. La tentation d'intervenir sur les prix et dans le libre jeu d'acteur privés demeure en France beaucoup trop forte.

Aucun autre pays en dehors de régime politique que je crois personne n'a envie de copier ne connaît cette tentation permanente d'intervention. Or, le commerce est une activité qui ne peut s'épanouir que dans la liberté. Liberté d'arbitrer entre les produits, en ajouter, en supprimer, en créer, c'est bâtir un assortiment parmi des milliers de références.

Liberté de négocier, car la négociation est l'acte fondateur incontournable et nécessaire de notre métier. Liberté de fixer les prix parce que c'est là aussi l'essence du métier pour construire la meilleure offre pour le client. Et qui est l'arbitre final de tout ceci ?

C'est le client. L'échec d'un assortiment, d'une négociation, de la fixation d'un prix, c'est dans nos magasins qu'il se constate. Si j'ai un seul message à vous délivrer, c'est bien celui-ci.

Laisser la liberté aux acteurs privés, redonner de l'air au secteur, cesser de réglementer à la demande des uns ou des autres. Chez Carrefour, nous croyons que seule la contractualisation et non la surréglementation peut mettre un terme à la défiance que certains cherchent à installer en espérant en bénéficier. Je vous remercie.

On va passer la parole à madame la rapporteur pour la première question. Monsieur le président, merci pour ce proposinaire. Je vois que les objectifs de cette commission d'enquête et vos propos liminaires se rejoignent puisque c'est bien à la fois de s'assurer que le pouvoir d'achat est respecté, que les agriculteurs sont rémunérés au juste prix et que il y a une juste répartition des marges sur l'ensemble de la chaîne.

Tel est euh tel est notre objectif et l'objectif de cette commission d'enquête. Alors, j'ai bien entendu dans votre proposinaire quelque chose qui était un peu à charge. Ça ne l'est pas.

Nous menons une enquête sur la constitution des marges. Nous nous entendons certaines choses qui effectivement sont peuvent être surprenantes et sur lesquelles je vous interrogerai. Donc la première question que j'ai à vous poser puisque vous commercialisez nombre de produits dans vos magasin Carrefour, c'est est-ce que pour l'ensemble de ces produits vous respectez la loi française ?

Puisque nous savons aujourd'hui qu'avec le jeu des centrales européennes, il est facile et aisé de contourner cette loi. Est-ce qu'en ce qui vous concerne, et je crois que vous l'avez dit sur BFM, vous respectez bien la loi française ? Merci madame la rapporteur.

Euh je l'ai dit sur BFM et ça a encore plus d'importance. Mon directeur de la marchandise France est venu vous le dire ici. Nous respectons la loi française.

Tout à fait. Donc ça déjà c'est bien clair et on part on part sur un sur un point qui a un point positif nous concernant car tout le monde n'a pas dit ça à cette place à laquelle vous êtes. Alors, il se trouve quand même que vous avez été condamné il y a pas très longtemps et c'était en mars 2025 à 3 millions d'euros d'amende pour avoir dépassé la date butoire légale du 1er mars sur les accords commerciaux et ça c'était valable pour 157 fournisseurs et je crois avoir lu d'ailleurs que 122 des 157 conventions établies tardivement présentaient pourtant des dégradations tarifaires consenties par les fournisseurs.

Donc moi, je voulais savoir simplement sur cette affaire si le fait d'avoir fait traîner les signatures alors même que les fournisseurs avaient déjà accordé dérabés, c'était pour obtenir plus de baisse de tarif. Est-ce que ça faisait partie de la guerre des prix ? Cher madame, je suis ravie que vous me posiez cette question.

Très bien. Vraiment, vous m'autorisez à avoir une parole libre, bien que sous serment. Ah bah libre et sous serment.

Très bien. Cette loi qui conduit, enfin pardon, cette partie de la loi qui conduit à sanctionner le 1er mars le distributeur qui n'aurait pas conclu sa négociation avec l'industriel est une des dispositions législatives les plus bêtes que je connaisse. D'ailleurs, pardonnez-moi si si je peux me permettre de continuer, je vais je vais je vais juste vous motoriser.

De temps en temps, je discute avec des patrons mondiaux d'autres groupes avec lesquels je négocie et ils me disent toujours en off bien sûr, mais comment est-ce possible qu'en France quand la négociation ne s'est pas terminée le 1er mars entre moi et Coca-Cola, entre moi et Pepsi Cola, entre moi et Ankle, entre moi et Procter et Gumble, on décide de sanctionner le distributeur. avouer que intellectuellement cette idée qui consiste à avoir deux grands groupes qui négocient un groupe international et un groupe français et à considérer que quand le 1er mars la dispositive la la la négociation n'a pas abouti, on va sanctionner le distributeur français qui n'est pas arrivé à trouver un accord avec un autre cocontractant. C'est quand même un c'est c'est c'est quand même intellectuellement difficile à définir.

Cela dit, vous avez tout à fait raison, il nous est arrivé de ne pas arriver à conclure l'ensemble des contrats au 1er mars. Vous savez qu'on a des milliers de contrats à conclure et dans ce cas-là, nous avons une sanction qui nous est imposée, je pense, par la DGCRF. C'est ça dont nous contestons d'ailleurs évidemment les principes puisque c'est normalement la loi espagnole qui s'applique mais qu'importe ça c'est un élément très secondaire mais il nous arrive de ne pas respecter la loi du 1er mars et ça nous arrivera dans le temps.

Nous avons des milliers de négociations et nous avons face à nous des grands distributeurs mondiaux dont l'intérêt, vous le comprenez aisément pour un certain nombre d'entre eux, c'est de nous amener au 1er mars puisqu'ils savent que le 1er mars nous allons être condamnés si jamais nous n'avons pas trouvé un accord. Yeah.