Modifications budgétaires, vente d'armes, accord commercial... "Le 8h30 franceinfo" de Manuel Bompard
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France Info. Bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Vous êtes député, coordinateur national de la France Insoumise. Merci d'être dans ce 8h30 de France Info. Bonjour Pierrick. Bonjour. En ce 53ème jour de guerre au Moyen-Orient, à qui la faute ? Emmanuel Macron, hier depuis Varsovie, fustige une erreur des deux côtés, erreur des Iraniens d'avoir refermé le Détroit et erreur des Américains de maintenir un blocus.
Il est vraisemblable que suite à la décision américaine de maintenir un blocus ciblé sur Hormuz, les autorités iraniennes ont changé leur position initiale. Je pense que c'est une erreur des deux côtés. Est-ce que vous partagez cette formule ? Une erreur des deux côtés ?
D'abord, ce qu'il faut dire, c'est que le déclenchement de cette guerre, qui est quand même à l'origine aujourd'hui, notamment du blocage du Détroit d'Hormuz, puisque c'est à ce sujet auquel faisait référence le président de la République, provient d'une décision unilatérale de Donald Trump et des États-Unis de déclencher une guerre illégale au regard du droit international et dont on subit aujourd'hui les conséquences. Maintenant, il y a des négociations qui sont engagées. Il y a une trêve qui doit expirer demain. Et moi, entre guillemets, pas là pour donner les bons et les mauvais points, je forme le vœu que cette trêve puisse aboutir sur un accord de paix, la fin de cette guerre.
Et alors, s'il y a la fin de cette guerre, je pense qu'il y aura le déblocage du Détroit d'Hormuz. Donc, soit c'est la fin de la guerre d'ici demain, soit il faut prolonger la trêve jusqu'à ce qu'on puisse mettre sur la table un plan de négociation. Qu'est-ce que la France peut faire aujourd'hui pour aboutir à une solution de paix, pour contribuer en tout cas à aboutir à une solution de paix ? Écoutez, moi je regrette que depuis, mais ce n'est pas seulement sur ce conflit, depuis des années et des années, on a le sentiment que la voix de la France ne pèse plus vraiment grand-chose dans les relations internationales.
Et notamment parce qu'on a abandonné les instances, qui sont les instances du droit international, de l'ONU en particulier. C'est nous qui les avons abandonnés ou c'est les Américains ? On n'est pas les seuls à les avoir abandonnés, vous avez raison. Mais en tout cas, je ne suis pas sûr qu'on les ait fait vivre à chaque fois qu'on devait les faire vivre. Et donc là, on a un peu l'impression, je suis obligé de le reconnaître, de commenter un peu comme spectateur ces négociations entre l'Iran et les Etats-Unis. Et je le regrette.
Et donc, je pense que la France, elle devrait prendre des initiatives, par exemple, de demander à ce que l'Organisation des Nations Unies prenne en charge ces négociations, ces discussions, pour leur permettre d'aboutir. Je ne dis pas que ça sera facile. J'ai bien observé que Donald Trump n'en a strictement rien à faire des Nations Unies. Mais alors, il faut constituer un front des pays qui sont attachés au respect du droit international, ce que nous, on avait appelé un front du refus. Avec qui ? L'Espagne, par exemple, qui a pris des positions, je crois, très fortes, très courageuses ces derniers mois sur ce sujet. Certains nombres de pays d'Amérique du Sud.
Par exemple, il y avait, le week-end dernier, un rassemblement à l'initiative du Premier ministre espagnol, M. Sanchez, dans lequel vous aviez la présidente du Mexique, par exemple, président d'un certain nombre de pays sud-américains. Je pense qu'il y a une majorité d'États dans le monde qui a intérêt au fait qu'on réhabilite les instances du droit international. Et donc, je pense que la France devrait œuvrer à cette tâche.
On ne sait pas exactement si les pourparlers vont reprendre aujourd'hui ou pas au Pakistan. On pense en croire le site spécialisé Axios, que le vice-président américain est en partance. On ne sait pas si les Iraniens y seront. Que doit faire la France ? Que peut faire la France ?
Essayer de convaincre tout le monde de se mettre autour de la table, de poser les questions qui sont nécessaires pour pouvoir régler cette guerre, c'est-à-dire la fin de l'intervention américaine, évidemment. On sait qu'il y a un sujet de discorde autour de la question du nucléaire iranien. Je rappelle que la France, jusque-là, sa ligne a toujours été d'essayer de régler ce problème par la négociation. Et d'ailleurs, il y avait un accord qui avait été passé avec Léon sur la question du nucléaire iranien, dont tout le monde dit que la partie iranienne le respectait plus tôt. Et c'est Donald Trump, lors de son premier mandat, qui a mis fin de manière unilatérale.
Donc je pense qu'il faut revenir à la situation d'un accord sur cette question. Dans ce contexte, Emmanuel Bompard, Emmanuel Macron reçoit ce soir le Premier ministre libanais, Nawaz Salam, trois jours après la mort d'un soldat français tué dans une embuscade au sud du Liban visant les casques bleus. Hier, Emmanuel Macron a assuré de Varsovie, où il était en visite, que cette attaque avait été orchestrée par le Hezbollah. C'est une certitude pour le chef de l'État. Est-ce que vous faites confiance au gouvernement libanais pour retrouver les coupables ? D'abord, aujourd'hui, personne ne sait qui est à l'origine de cette attaque. Le Hezbollah, selon Emmanuel Macron, il a l'air assez certain.
Vous en doutez ? Je n'en doute pas, mais je n'ai pas d'éléments qui permettent de l'attester. Je ne sais pas qui c'est. Et je vais vous dire qui que ce soit qui est responsable de cette attaque contre la finule et de la mort du sergent-chef Montorio. Donc je vais dire d'ailleurs, évidemment, mes condoléances à ses proches et à sa famille. Qui qu'en soit les responsables, ils doivent être retrouvés, identifiés, condamnés, poursuivis et punis. On peut imaginer que si le président de la République s'avance, c'est qu'il a des preuves.
Je ne sais pas, parce que vous savez, il y a eu pas mal, malheureusement, peut-être pas de la part du président de la République, mais dans une situation de guerre, la vérité est souvent la première victime de la guerre. Donc je pense que personne n'est en capacité, en fait, de dire qui c'est. Et encore une fois... Mais vous en doutez ce matin, vous doutez de l'aversion Hezbollah. Pardon ? Vous doutez de l'aversion que ce soit le Hezbollah qui est tué. Je ne sais pas, moi je lis que le président de la République dit ça, et en même temps je lis que le Hezbollah lui-même dit qu'il n'est pour rien dans cette affaire. Je ne dis pas qu'ils ont raison, je n'en sais rien, pour être honnête.
Et je n'ai pas d'éléments qui me permettent de vous dire qui c'est. Vous ne croyez pas plus le président de la République que le Hezbollah ce matin ? Le président de la République, il faudrait qu'il dise sur quels éléments il s'appuie pour dire... Mais en fait, à la limite, ça n'a pas d'importance d'un certain point de vue. Il y a des responsables, ils doivent être identifiés, ils doivent être punis. Et ce n'est pas la première fois que la finule, qui je rappelle est une force d'interposition de l'ONU, est attaquée. Parfois ça peut être par le Hezbollah, parfois ça a été par l'armée israélienne. Et quels que soient les responsables de ces attaques, ils doivent être condamnés.
Parce que quand on est dans une force d'interposition, on est là pour s'interposer, pas pour subir des attaques. Ça c'est inacceptable, et c'est normal que la France ait une parole forte pour dénoncer les attaques contre la force d'interposition que constitue la finule. Question simple, faut-il, oui ou non, désarmer le Hezbollah ? Mais la question du désarmement du Hezbollah ne peut pas être posée en dehors de la fin de la guerre, de l'agression israélienne aujourd'hui contre le Liban, de la fin de l'annexion qui est en cours d'une partie du territoire libanais.
Donc il ne faut pas les désarmer pour le moment ?
Il doit y avoir un accord de paix, c'est la première étape. Enfin je rappelle parce que je sais que, pardon mais on n'est pas obligé de reprendre le narratif israélien pour justifier une guerre qui est injustifiable et qui n'a aucune justification. Ce n'est pas une force gouvernementale le Hezbollah ? Non mais les gens qui meurent aujourd'hui au Liban, selon les autorités libanaises, elles sont plus de 2000. Les personnes qui sont mortes sous les bombes, elles sont mortes sous les bombes de l'armée israélienne. Elles ne sont pas mortes sous les bombes du Hezbollah. Il ne faut pas désarmer le Hezbollah ?
Non, d'abord dans un premier temps il faut un cessez-le-feu, il faut arrêter l'intervention israélienne contre le Liban et ensuite il faut un accord de paix. Et ensuite dans cet accord de paix, évidemment c'est aux autorités libanaises constituées qu'il doit appartenir le rôle, la mission d'assurer la défense du territoire libanais. Donc vous devez permettre aux autorités libanaises de disposer de l'ensemble des attributs de leur souveraineté, y compris leur capacité à se défendre.
Et alors la question du Hezbollah en fait ne se posera même plus puisque le Hezbollah n'aura plus de raison d'exister si les autorités libanaises, l'armée libanaise est en mesure de pouvoir défendre son territoire. Mais aujourd'hui l'élément qui bloque pour la paix au Liban c'est l'armée israélienne, c'est le gouvernement israélien qui refute de se mettre d'accord. Alors donc, et je ne sais pas si j'ai le temps d'en parler maintenant, je veux juste vous dire qu'on a des leviers, des outils à notre disposition pour ça. On a nous la France Insoumise lancé au niveau européen une pétition européenne pour suspendre l'accord commercial.
Mais justement, qui a recueilli justement un million de signatures, l'Espagne demande la suspension de l'accord commercial entre l'Union Européenne et Israël en nom du respect du droit international à Gaza. Est-ce que vous demandez donc à la France de soutenir officiellement la démarche ce matin ?
Évidemment. Je demande à la France de demander officiellement dans la réunion du Conseil Européen qui est prévue cet après-midi, la suspension de l'accord commercial entre l'Union Européenne et Israël. Pour quelles raisons précisément ? Je vais vous dire les choses de manière très précise. Il y a, donc ça c'est un accord commercial, en gros c'est une sorte d'accord de libre-échange, sans doute un des accords les plus poussés d'ailleurs, passé par l'Union Européenne avec un autre pays dans le monde, qui permet aux produits israéliens de pouvoir bénéficier de conditions préférentielles pour être vendues sur le marché européen. Il y a une clause dans cet accord.
Cette clause, c'est une clause de respect des droits humains. C'est-à-dire que cet accord, il est prévu à l'intérieur de cet accord qu'il est suspendu si l'une des parties ne respecte pas les droits humains. Qui peut dire aujourd'hui que le gouvernement israélien ne respecte les droits humains ? Personne.
Sauf qu'il faut l'unanimité à l'échelle européenne, ce qui est complexe. Comment vous faites ?
Non mais d'abord la première question c'est, est-ce qu'on le demande ? Est-ce que la France prend une position claire pour dire, nous demandons, comme l'Espagne, mais il n'y a pas que l'Espagne, comme l'Irlande, comme la Slovénie, est-ce que nous demandons, comme plus d'un million de signataires de citoyens européens, est-ce que nous demandons la suspension, la fin de cet accord commercial ? Oui. Ensuite, évidemment, il faut convaincre. Et il faut convaincre les autres pays européens. Mais la première étape pour pouvoir convaincre les autres pays européens, c'est d'affirmer clairement sa position.
Donc j'interpelle le Président de la République, le ministre des Affaires étrangères, et je leur dis, vous devez demander la suspension de l'accord commercial entre l'Union Européenne et Israël pour faire pression sur le gouvernement israélien et pour qu'il arrête sa guerre illégale et son tentative d'annexion d'une partie du territoire libanais. Le Premier ministre Sébastien Lecornu dément à ce stade, mais vous prétendez toujours aujourd'hui à la France insoumise que la France vend des armes à Israël ? Ah ben, c'est pas juste, je le prétends. Il y a quelques semaines... La France ne vend pas d'armes à Israël.
Oui, je sais, il a dit ça à plusieurs reprises et il y a eu de nombreux articles... C'est strictement défensif. Ah ben donc, c'est plus tout à fait la même version, déjà. Et je rappelle qu'il y a deux semaines environ, le gouvernement israélien a annoncé qu'il allait renoncer à acheter des armes à la France. Annonce du gouvernement israélien. Donc, s'il renonce à acheter des armes à la France, c'est peut-être qu'il en a acheté, non ? Donc, c'est pareil, vous soupçonnez le Premier ministre de mentir dans cette affaire ? Ben, je pense que le Premier ministre ne dit effectivement pas toute la vérité.
Et d'ailleurs, ça, c'est assez largement documenté par un certain nombre de vos collègues journalistes qui ont produit des enquêtes, qui ont retrouvé des expéditions. Il y a eu des mobilisations sur des cargaisons qui partaient, par exemple, je le sais, en tant que député des Bouches-du-Rhône, du port de Fosse. Et d'ailleurs, il y avait eu une mobilisation des dockers à l'époque. On ne sait pas ce qu'il y avait dans ces bateaux. Oui, mais qui avaient dit qu'ils ne chargeraient pas ces cargaisons qui fournissaient du matériel militaire à l'armée israélienne.
En un mot, vous demandez quoi très concrètement ce matin sur France Info ? Un moratoire, une suspension totale, une commission d'enquête ?
Sur les armes, je demande que la France arrête de livrer quelque équipement militaire que ce soit à une armée et à un gouvernement dont, je rappelle, le Premier ministre est sous mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, voire crimes contre l'humanité. Je veux dire, ça serait à n'importe quel autre pays dans le monde que tout le monde trouverait ça absolument hallucinant que la France continue à livrer des armes à un gouvernement et à une armée dont le Premier ministre est sous mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale.
C'est l'autre sujet brûlant lié à la guerre au Moyen-Orient, les carburants. On attend donc des annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu en fin de journée. On sait d'après les derniers chiffres de vendredi qui ont été rendus publics ce matin que le gazole baisse très légèrement de 7 centimes à 2,24 euros le litre. Un peu plus d'un centime pour le sans-plan qui reste à 1,98 euros. Et c'est dans ce contexte, Pierre-Yves, qu'il y a un comité très important dans maintenant 13 minutes.
Oui, avec des professionnels autour de la table, des ministres également, des élus locaux au ministère de l'Économie pour faire le point sur les comptes publics dans ce contexte de crise. Éric Coquerel va représenter la France Insoumise, je crois. Il représente la Commission des Finances, en l'occurrence. De la France Insoumise, de votre parti. Qu'allez-vous demander au gouvernement ce matin ? Nous, notre demande, elle est très claire. C'est de demander à ce que s'il doit y avoir des modifications budgétaires par rapport au budget qui a été imposé par 49,3 au mois de janvier, s'il doit y avoir des modifications, elles doivent passer par ce qu'on appelle un budget rectificatif.
C'est-à-dire une discussion parlementaire sur où sont ces modifications et qu'on en décide démocratiquement. Ça ne peut pas être le gouvernement tout seul qui décide qu'il va annuler des crédits. Alors on va annuler 4 milliards, alors peut-être 2 milliards sur l'éducation, 2 milliards sur l'écologie. Pourquoi ? Donc il faut qu'on puisse avoir une discussion. C'est comme ça que ça fonctionne dans toutes les collectivités territoriales. Vous avez un budget au début de l'année. Si finalement les prévisions budgétaires ne correspondent pas à la réalité de ce qui se passe, vous faites un budget directificatif.
Notre demande, c'est que le Parlement soit saisi d'un budget rectificatif pour qu'on puisse en débattre. Et vous leur direz que 4 milliards c'est trop ? Non, je leur dirais que s'il y a 4 milliards qui manquent dans le budget, il y a différentes manières d'aller les chercher. Et on n'est pas obligé de passer... Quelles économies proposez-vous ? On peut aussi produire des nouvelles recettes. Lesquelles ? Je ne sais pas. Par exemple, dans cette situation de crise, puisque manifestement c'est à cause de la guerre et de ses conséquences économiques qu'il manque ces 4 milliards, ce n'est pas la crise pour tout le monde.
Et vous avez aujourd'hui des géants du pétrole qui font des super profits gigantesques. C'est 12 millions d'euros par jour. Vous pensez à Total ? En particulier. Et donc, s'il faut régler 4 milliards d'euros parce que cette situation, elle produit un manque à gagner pour les recettes de l'État de 4 milliards d'euros, on peut aller trouver au moins ces 4 milliards, voire bien davantage dans les super profits des grands groupes pétroliers.
Effectivement, le Financial Times affirme que Total a acheté en mars la quasi-totalité des cargaisons de pétrole et que cette activité de négociation, ce trading, lui aurait rapporté 1 milliard. Total, il y a déjà 1 milliard.
Vous voyez, plus les marges dont tout le monde dit aujourd'hui, tous les analystes, qu'elles ont été multipliées par 4, les marges au raffinage depuis le début de la guerre. Donc là, vous avez évidemment des recettes, mais surtout, vous avez des moyens d'action pour faire baisser les prix immédiatement. Manuel, à ce stade, le gouvernement demande aux distributeurs de présenter l'évolution de leurs marges. Réponse ce matin, sur France Info, du président de l'Union française des industries pétrolières. Il s'appelle Olivier Gantois et il a été reçu hier au ministère de l'Économie.
Les distributeurs ont pu renouveler leur engagement de maintenir les prix les plus bas possibles, c'est-à-dire en fait, les marges de distribution les plus basses possibles. J'en veux pour prof, donc cette baisse de 700 pymes le litre qui a été observée la semaine dernière sur le diesel. En fait, derrière, c'est la concurrence entre distributeurs qui jouent le jeu pleinement, c'est-à-dire que dès que les prix baissent, vous avez une station service qui commence à baisser ses prix et les autres sont obligés de suivre. Donc, il y a un mouvement général.
À en croire le président de l'Union française des industries pétrolières, donc Manuel Montpard, le problème ne vient pas des distributeurs. Écoutez, c'est vrai que l'essentiel des marges qui sont constituées dans la chaîne qui produit le carburant ne sont pas au niveau de la distribution. C'est largement documenté et connu depuis des années et des années. Vous savez, la distribution, c'est soit un produit d'appel, le carburant pour les grandes surfaces, ce n'est pas là où elles font leur plus grande marge, ou des distributeurs indépendants qui margent assez peu, en vérité.
Donc, en fait, le gouvernement, d'un certain côté, je me félicite qu'il commence à comprendre qu'on ne sortira pas de cette situation en dehors de mesures de réglementation et d'encadrement des prix ou des marges, mais il tape complètement à côté du sujet. Le problème, ce n'est pas les marges à la distribution, c'est les marges à la production et au raffinage. Donc, c'est à ça qu'il faut s'attaquer.
Mais comment vous voulez bloquer les prix alors que chaque acteur du marché est libre de le faire ?
Parce que d'abord, ça existe déjà. Par exemple, c'est quand même un peu stupéfiant que personne ne sache que, par exemple, aujourd'hui, dans les départements et territoires d'outre-mer, il y a des marges encadrées.
Alors, les auditeurs de France Info le savent, parce que Mathilde Panot l'a dit ici même, sauf que derrière, le ministre de l'économie veut dire que les préfets encadraient quand même ces prix en fonction des prix du marché. Donc, ce n'est pas si bloqué que ça.
Non, mais il y a un encadrement des marges, pas des prix, en l'occurrence, dans les départements et territoires d'outre-mer. Mais regardons ce que ça a produit. Tout au long du mois de mars, par exemple, les prix de carburant n'ont pas augmenté dans les départements et territoires d'outre-mer parce que les marges ont été encadrées. Et donc, il n'y a pas eu des effets d'aubaine que vous pouvez avoir eu aujourd'hui dans l'Hexagone. Notre proposition, c'est d'encadrer les marges et c'est tout à fait possible de le faire. On l'a déjà fait en France et il y a un certain nombre d'autres pays européens qui le font pour fixer un prix. Alors justement, à quelle échelle on agit ?
La France a saisi la Commission européenne sur cette histoire de marge de raffineurs. Est-ce que c'est à cette échelle-là qu'il faut agir ? Non, la France a demandé à la Commission européenne une enquête sur les marges des raffineurs. Très bien, mais c'est une manière encore de gagner du temps. C'est-à-dire, en fait, depuis le début de cette crise, le gouvernement gagne du temps en permanence. Donc, il lance des enquêtes, il fait des contrôles. Mais en fait, à quel moment décide-t-il d'agir ? Et pour agir, il n'y a pas besoin d'avoir le résultat d'une enquête sur les marges des raffineurs.
On a déjà les éléments, on a déjà les chiffres, ces marges, je vous l'ai dit, elles ont été multipliées par 4 depuis le début de la crise. Donc, vous prenez une décision nationale. D'ailleurs, un certain nombre d'autres pays l'ont fait. Vous fixez le prix du carburant. Nous, on propose de le mettre, par exemple, pour le diesel à 1,70€. Et ça fait à peu près 50 centimes d'économie. Et dans ces 50 centimes d'économie, en vérité, il y en a 40 centimes qui seront du manque à gagner pour les marges des raffineurs et des producteurs. Et les 10 centimes restants, c'est que si vous baissez le prix, il y a 10 centimes de TVA en moins.
Et donc, vous permettez de soulager immédiatement la difficulté pour les Français et les Français. Vous ne faites pas payer le budget de l'État et vous faites payer ceux qui en profitent de cette situation et qui s'en mettent plein les poches. Ça me paraît une position et une décision assez élémentaire. Donc, la baisse de la TVA et des taxes sur le pétrole, non, comme le propose le RN, par exemple. Mais le RN, écoutez, franchement, j'ai vu M. Chenu dans une émission de télé qui nous explique que sa grande proposition, c'est de baisser le prix du carburant de 1 centime par litre. C'est un peu emmêlé les pinceaux.
Je ne sais pas, il va falloir qu'il précise alors parce qu'on ne comprend pas très bien quelle est la position du RN. Vous l'appelez ce matin à préciser la position du RN ? Ce n'est pas que je l'appelle, mais pour la clarté du débat public, ce serait bien parce que si la grande proposition du RN, c'est de baisser de 1 centime par litre le prix du carburant, la belle affaire. La proposition qui est la note, c'est de le baisser plutôt de 40 à 50 centimes. Ça, ça soulagerait vraiment les Français.
Julien Audoul était à votre place hier pour parler justement de la proposition du RN et Julien Audoul a notamment été interrogé sur cette grande première, le RN et Jordan Bardella ont donc été reçus hier midi par le bureau exécutif du MEDEF. C'est inédit, jamais un dirigeant du parti fondé par Jean-Marie Le Pen n'avait été reçu officiellement par la première organisation patronale française. On écoute Jordan Bardella à la sortie de son déjeuner hier.
Les échanges étaient parfaitement courtois et je me réjouis qu'on puisse, à quelques mois d'échéance électorale qui vont être absolument majeures pour l'avenir de la France, confronter le cap nécessaire pour le pays et les besoins de l'économie française. On ne sait pas trop ce qui s'est dit lors de ce déjeuner.
Est-ce que vous aussi, vous avez reçu votre carton d'invitation comme le dit le MEDEF ?
Ah oui, le MEDEF nous a aussi invités à nous rencontrer. Et moi, vous savez, je me suis rendu à la fin de l'été dernier à l'université d'été du MEDEF. Moi, je n'ai pas de problème à discuter avec tout le monde pour présenter nos questions. Donc, vous irez vous aussi déjeuner avec le MEDEF ? On verra si on peut répondre favorablement. On verra. Non, mais pourquoi pas ? On n'a pas de problème à discuter. Il n'y a pas de date encore. Mon problème, la question, ce n'est pas vraiment celle-là. La question qui devrait interpeller tout le monde, c'est comment le Rassemblement National sous l'égide de M.
Bardella, petit à petit, aligne clairement ses orientations programmatiques sur les intérêts du MEDEF et en particulier sur les intérêts parce que, contrairement à ce qu'on entend parfois, le MEDEF ne porte pas l'intérêt de l'ensemble des entreprises. Le MEDEF porte les intérêts des très grandes entreprises. Donc, ce qu'il devrait et ce que moi, j'observe, c'est à quel point M. Bardella est en train de réaligner complètement les positions politiques du Rassemblement National sur les intérêts du Grand Patronat. C'est une discussion. Ah, mais il n'y a pas que la discussion. Je regarde aussi les modifications programmatiques. J'ai entendu le nouveau conseiller spécial de M.
Bardella dire qu'ils allaient renoncer à leur réforme des retraites. François Durvie. Oui, il a dit « Je vais renoncer dans la situation budgétaire. Il faudra qu'on modifie notre réforme des retraites. » Donc, ils sont en train de renoncer sur ce sujet. Je me rappelle à l'Assemblée Nationale comment le RN a renoncé, par exemple, à revenir sur ce qu'on appelle la flat tax. Vous savez, c'est le fait que la fiscalité sur le capital soit fixe et ne soit pas progressive, qui est une mesure d'Emmanuel Macron.
J'entends le Rassemblement National petit à petit s'aligner sur les intérêts du Grand Patronat et par là-même, abandonner évidemment les salariés, mais aussi les petites entreprises, les artisans qui bien souvent souffrent aussi de la prédation des grands groupes. Donc ça, c'est une évolution politique et significative.
Avant que Pierre-Éric vous interroge sur la présidentielle, j'aimerais vous faire réagir à un chiffre qui vient de tomber à la seconde. Le ministre de l'Éducation National, Edouard Geffray, sur France 2, évoque 20 500 contrôles et 800 armes blanches saisies dans nos collèges et nos lycées. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Je ne sais pas d'où viennent ces chiffres.
C'est le ministre de l'Éducation à l'instant.
Je les apprends. Ça vous inspire ? Eh bien, ça m'inspire que si c'est vrai, il y a une vraie difficulté parce que quand on est dans un établissement, un collège, on n'a pas à venir avec une arme blanche. Donc la question qui est posée, c'est comment on fait en sorte que nos enfants ne viennent pas avec des armes blanches dans les établissements scolaires. Donc si ces chiffres sont vrais, ça nécessite des actions sur ce sujet.
Encore si ces chiffres sont vrais ? C'est comme Emmanuel Macron. Non, non, non. Vous prenez du recul. Je cite le ministre.
D'accord. Admettez l'idée que moi, oui, pardon, peut-être que ça vous choque, mais moi, je ne prends pas les propos du gouvernement au pied de la lettre. Je fais souvent un travail de vérification parce que sur beaucoup de sujets, ils racontent n'importe quoi. Nous sommes un 21 avril aujourd'hui, Emmanuel Bompard, comme à ce jour de 2002 où la gauche a été éliminée au premier tour. Quand est-ce que Jean-Luc Mélenchon va-t-il annoncer sa candidature à la présidence ? Je ne sais pas s'il y a un lien entre les deux sujets. On verra. D'abord, la France Insoumise avait ce qu'on appelle une assemblée représentative il y a une semaine environ.
On a validé depuis une feuille de route qui nous permet de rentrer dans la campagne présidentielle et notamment, on a une procédure d'investiture qu'on mettra en place dans les prochains mois et vous verrez quand pour rentrer formellement dans la campagne présidentielle. Ce sera lui, le candidat, vous pouvez nous le dire. Mais vous le verrez, il y a une procédure d'investiture.
Vous avez un seul autre nom
à nous soumettre ? Non, mais je n'ai pas d'autre nom à vous soumettre. Moi, j'ai déjà dit qu'en ce qui me concerne et je crois que c'est largement partagé au sein de la France Insoumise, il me semble évident que Jean-Luc Mélenchon est aujourd'hui le meilleur candidat pour la France Insoumise et je pense que c'est le seul aujourd'hui qui est en mesure de qualifier la gauche au second tour et même de battre l'extrême droite. Manuel Bonpart, la question qui est fériée pour les femmes, est-ce que vous soutenez l'idée de la CGT d'instaurer un nouveau jour férié le 8 mars, la Journée Internationale des Droits des Femmes ? Pourquoi pas ?
Moi, je ne suis pas défavorable à l'idée qu'il puisse y avoir de nouveaux jours fériés. La première étape, c'est de défendre les jours fériés actuels parce que malheureusement, ils sont dans le viseur de la Macronie et je me félicite qu'on ait fait reculer le gouvernement et Gabriel Attal qui cherchait à remettre en cause le 1er mai. Mais oui, libérer du temps, davantage de temps, oui, pourquoi pas ?
Merci Emmanuel Bompard.
Merci à vous. Merci Pierrick.
Manuel Bompard