Quelle est la stratégie militaire d'Israël ? Avec Pierre Servent, Wassim Nasr et le colonel Olivier Rafowicz
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:51OuverteRéponse directe
Quel bilan tirez-vous ce matin de l'offensive israélienne dans la bande de Gaza ?
- 2:07RelanceRéponse partielle
Qu'est-ce que vous avez découvert dans l'hôpital Al-Shifa ?
- 4:25OuverteÉludée
Un mot sur le conseil de sécurité de l'ONU qui a appelé à des pauses humanitaires.
- 6:00OuverteRéponse directe
Est-ce qu'Israël parvient à atteindre des objectifs notables après 41 jours de guerre ?
- 7:45RelanceRéponse directe
Sur la preuve de l'existence d'un QG du Hamas à Al-Shifa.
- 8:50OuverteRéponse directe
Quels sont les chefs de guerre du Hamas qui ont été éliminés ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:06InvitéChiffre
« 41 jours de guerre contre le Hamas. »
- 1:13InvitéFait
« Une guerre qui nous a été imposée le 7 octobre après le pire des massacres que nous ayons connus en Israël. »
- 1:19InvitéFait
« Le but de l'opération de la guerre d'Israël contre le Hamas, c'est la destruction du Hamas, militairement en tout cas. »
- 1:50InvitéChiffre
« Nous avons aussi 239 otages toujours aux mains du Hamas, dont des enfants, des bébés. »
- 3:07InvitéFait
« C'est la première fois que nous rentrons dans l'hôpital de Shifa, qui est le QG du Hamas. »
- 3:15InvitéFait
« D'ailleurs, ça a été corroboré par le renseignement américain qui est indépendant et qui ne dépend pas de source du renseignement israélien. »
- 4:57InvitéFait
« Elle est après une sidération et un choc que nous n'avons jamais connus en Israël. Jamais. »
- 5:36InvitéFait
« L'islamisme intégriste et la violence du Hamas sont exactement les mêmes que promouvaient Daesh. »
- 6:45InvitéFait
« Si effectivement il y a des sorties de tunnels, qu'il y a une partie qui est cachée, il faut un certain nombre de moyens pour les découvrir. »
- 9:48InvitéFait
« C'est vrai qu'il y a un certain nombre de chefs politico-militaires qui ont été tués dans les opérations. »
- 10:04InvitéFait
« Première étape, donc bombardement assez massif sur tout ce qui était en hauteur pour ne pas permettre au Hamas de positionner des groupes de combat qui attendraient les troupes au sol. »
- 13:20PrésentateurPromesse
« Le ministre israélien de la Défense disait cela prendra un mois, deux mois, trois mois et à la fin il n'y aura plus de Hamas. »
- 17:33InvitéChiffre
« on est arrivé au chiffre de 50 militaires israéliens tués. »
- 18:53InvitéChiffre
« le Hezbollah a perdu plus de 60 de ses combattants. »
Temps de parole
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Et avec Léa Salamé, nous vous proposons ce matin une table ronde sur les opérations militaires en cours à Gaza, les objectifs et la stratégie de l'armée israélienne. Vos questions 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Nos invités. Alors Pierre Servan, bonjour à vous. Vous êtes spécialiste des questions de défense et de stratégie militaire. Merci d'être là. Merci aussi à Wassim Nastre. Vous êtes journaliste à France 24, spécialiste des mouvements djihadistes et chercheur également au Soufan Center à New York. Bonjour à vous et merci d'être là. Bonjour. Mais nous sommes d'abord en ligne depuis Tel Aviv avec le colonel Olivier Rafovitch. Bonjour.
Bokertov, bonjour à vous. Merci de m'avoir invité ce matin.
Vous êtes porte-parole de l'armée israélienne. Avec vous, on voudrait faire un point sur la situation militaire à l'instant T. Quel bilan tirez-vous ce matin de l'offensive israélienne dans la bande de Gaza ? Au moment où l'on parle, quels mots employez-vous pour qualifier la situation en ce jeudi matin ?
41 jours de guerre contre le Hamas. Une guerre qui nous a été imposée le 7 octobre après le pire des massacres que nous ayons connus en Israël. Une guerre qui est complexe parce qu'elle se passe en territoire urbain. Le Hamas est partout. Le but de l'opération de la guerre d'Israël contre le Hamas, c'est la destruction du Hamas, militairement en tout cas. La fin de ce régime de terreur. Et nous avançons aujourd'hui dans une zone compliquée. Nous avons demandé depuis le début à la population de Gaza Nord de partir vers le Sud. La grande majorité, heureusement, sont parties. Les forces de Gaza avancent et à l'heure où nous parlons, nous avons des résultats qui sont, je dirais, importants.
Mais la mission n'est pas encore terminée. Nous avons aussi 239 otages toujours aux mains du Hamas, dont des enfants, des bébés. Et cette opération n'est pas terminée pour l'instant.
Vous dites que l'opération n'est toujours pas terminée. L'armée israélienne menait hier une opération précise et ciblée, pour reprendre les mots officiels, autour de l'hôpital Al-Shifa de Gaza. Qu'est-ce que vous avez découvert dans cet hôpital ? Vous disiez que c'était le QG du Hamas. Est-ce que vous avez trouvé des chefs du Hamas ? Est-ce que vous avez trouvé ce que vous y cherchiez ? Ou ça a été décevant, au fond, cette opération ?
À l'heure où nous parlons, l'opération a toujours lieu. L'opération n'est pas terminée. L'hôpital de Shifa est un très grand bâtiment. Nous avons là-bas des forces spéciales qui ont été spécialement entraînées pour aller vérifier et chercher ce qui se passe à l'intérieur. Il y a encore à l'intérieur de l'hôpital qui marche toujours, qui fonctionne toujours, 1200 personnes. Il y en avait 30 000 il y a quelques jours. Ils ont été évacués par un couloir humanitaire protégé par Tsaal, vers le sud. Mais nous avançons petit à petit à pas de fourmis. Je ne sais pas si le terme est exact en français. L'endroit est extrêmement dangereux, extrêmement dangereux.
Nous n'avons jamais été là-bas auparavant. C'est la première fois que nous rentrons dans l'hôpital de Shifa, qui est le QG du Hamas. D'ailleurs, ça a été corroboré par le renseignement américain qui est indépendant et qui ne dépend pas de source du renseignement israélien.
Mais vous avez localisé, vous avez pu éliminer des chefs militaires du Hamas ?
On en a éliminé, mais alors nous parlons, vu qu'on a mis trois semaines pour rentrer dans l'hôpital et qu'on a prévenu, selon le droit international, le fait que nous allions, à un moment donné, rentrer et vérifier dans l'hôpital de Shifa. Évidemment, les terroristes, en majorité, ont dû partir, mais on avance. On ne sait pas encore ce qu'on va trouver dans l'hôpital. Je répète, c'est un très grand bâtiment. Nous avançons de manière extrêmement sécurisée. L'endroit est dangereux. Il y a peut-être des gens qui sont déguisés. J'essaie de vous donner l'état des lieux. Imaginez-vous que vous rentrez dans un hôpital avec des forces spéciales.
Vous savez qu'il y a à l'intérieur des pièges, des armes et peut-être des gens qui se cachent.
Et peut-être des malades aussi. Il y a probablement des malades aussi. C'est pour ça que ces images ont fait réagir les chancelleries. C'est un hôpital et il y a des malades et il y a des soignants.
Vous avez tout à fait raison. C'est pour ça que nous sommes rentrés avec les forces spéciales d'élite de Tsaal et des médecins militaires qui accompagnent les forces de Tsaal et des traducteurs arabes qui ont fait le contact. Je voudrais également vous dire...
Un mot, s'il vous plaît, sur le conseil de sécurité de l'ONU qui a appelé à des pauses et des couloirs humanitaires dans la bande de Gaza. Pour la première fois, les Etats-Unis n'ont pas mis leur veto. Comment avez-vous reçu cette résolution ?
Pour des raisons que vous pouvez comprendre, je ne vais pas commenter les décisions politiques ni diplomatiques. Je suis porte-parole de Tsaal. À l'heure où nous parlons, ce que je peux vous dire, c'est deux choses. C'est que cette guerre a été imposée à Israël. Elle est très complexe, cette guerre, très compliquée. Elle est après une sidération et un choc que nous n'avons jamais connus en Israël. Jamais. Et la seconde chose, c'est que nous avons toujours 239 otages qui créent et qui produisent une onde de choc en Israël, également terrifiante.
Et tant que nous n'aurons aucune nouvelle de nos otages et que le Hamas continuera à être une menace pour Israël, je dis que c'est une menace existentielle, nous continuerons cette opération avec, je dirais, toute la sensibilité et toute l'intelligence que nous devons avoir. Je connais, je suis conscient des critiques qui viennent de partout. Nous sommes conscients en Israël de ce qui se passe. Nous sommes une démocratie en guerre. D'ailleurs, nous partageons, vous et moi, les mêmes valeurs. Mais le danger est un danger pour nous extrêmement sérieux. L'islamisme intégriste et la violence du Hamas sont exactement les mêmes que promouvaient Daesh.
Et cette guerre-là, nous devons absolument la faire avec toute l'intelligence que nous connaissons.
Merci Olivier Rafovitch. Merci d'avoir été en direct avec nous de Tel Aviv ce matin. Pierre Servan ou Asim Nassr, que vous inspirent les déclarations de ce que dit ce matin le porte-parole de l'armée israélienne, le porte-parole de Tzahal. Est-ce que vous estimez aussi, et ce sera la deuxième question, d'abord comment vous réagissez à ce qu'il dit, qu'Israël, puisque c'est le thème de cette table ronde, qu'Israël parvient au bout de 41 jours de guerre à atteindre des objectifs notables ou pas vraiment ? Pierre Servan.
Alors sur la réaction, ce que l'on vient d'entendre, je trouve que c'est une approche plutôt raisonnable. L'important pour Israël maintenant et pour Tzahal, c'est de prouver ce qui a été dit auparavant, à savoir qu'il y a réellement un centre de commandement, non pas dans les sous-sols de l'hôpital, mais dans des souterrains qui se trouveraient en dessous des sous-sols. Ce qui est légitime dans ce qui vient d'être dit, c'est que c'est vrai que c'est un complexe hospitalier très important, donc il faut un certain nombre de temps.
Si effectivement il y a des sorties de tunnels, qu'il y a une partie qui est cachée, il faut un certain nombre de moyens pour les découvrir, pour essayer de voir si les entrées ont été piégées. Mais ce qui est certain, c'est qu'Israël est quand même attendu au résultat, à savoir de prouver par les images, qu'effectivement il y a un deuxième, un troisième, un quatrième étage souterrain, avec des structures de commandement. Pour l'instant, ce qu'on a vu dans l'hôpital, c'est à la fois choquant et limité. Choquant parce qu'effectivement on voit de l'armement, il y a des fusils d'assaut, des kalachnikovs, des grenades, des gilets tactiques militaires.
C'est déjà trop dans un hôpital, mais ça n'est pas en même temps un poste de commandement majeur. Donc là, après avoir annoncé un certain nombre de choses, Salle va être obligée de délivrer la preuve du propos.
Et pour l'instant, il n'y a pas la preuve.
Alors ce n'est pas normal en termes de temps, il faut du temps pour investiguer, il faut être prudent. Il y a des soldats qui sont morts ces derniers jours parce qu'ils sont rentrés dans des tunnels qui étaient piégés. Donc pour l'instant, il n'y a rien de choquant, mais il faut voir dans les heures prochaines ce que ça va réellement donner.
Wassil Nasr sur la preuve précisément de l'existence d'un QG du Hamas. Et sur ce qu'a dit le porte-parole ?
Après le porte-parole, il est dans son rôle. Il dit ce qu'il a à dire, mais en tout cas, moi je pense qu'Israël a entamé une bonne partie de son capital politique sur l'affaire de l'hôpital, et les Américains avec. Et donc la résolution hier, le non-véto américain, vient peut-être parce qu'il manque des preuves concernant l'hôpital. Parce que même, ce qu'on a vu en tout cas en termes d'armement, si Kalachnikov, un gilet, bon ça peut être le poste de garde de l'hôpital, ça peut être des combattants du Hamas qui se sont soignés dans l'hôpital, mais ça ne signifie pas qu'il y a un poste de commandement en tout cas qui mérite toute cette puissance de feu et toute cette opération.
Et même si, évidemment, il faut attendre pour voir s'il y a un poste de commande d'un contrôle, comme on dit, il était peut-être trop tôt de communiquer de la sorte sur des choses qui, finalement, ne sont pas très exceptionnelles sur un territoire en guerre.
Pierre Servant, ils ont pris un objectif qui est très ambitieux, Israël, après l'attaque du 7 octobre, c'est de dire qu'on veut détruire le Hamas. Ça fait 41 jours qu'ils sont en guerre et c'est vrai qu'aujourd'hui, ce qu'on entend, ce qu'il se dit, c'est quels sont les résultats, quels sont les chefs de guerre qui ont vraiment été éliminés. Pour l'instant, il n'y a pas de chef de guerre notable, notamment Yahya Sinoir, qui est celui qui est le plus recherché, sans doute, il n'est pas là.
Est-ce qu'ils ont eu le temps de partir avec la population au moment où l'armée israélienne a dit maintenant, vous descendez vers le sud, au fond, est-ce que les principaux chefs ne sont pas fondus dans la population et ne sont pas quelque part dans le sud aujourd'hui ? C'est très, très difficile, en fait, d'obtenir des résultats au-delà de la puissance de feu qui est là, qui est de dire voilà, on va se venger et donc voilà notre puissance de feu.
Oui, c'est vraiment une question importante, c'est qu'en fait, on a une guerre qui se déroule depuis plusieurs semaines et sur laquelle on a des informations extrêmement lacunaires et limitées. C'est vrai qu'il y a un certain nombre de chefs politico-militaires qui ont été tués dans les opérations, mais la grande question et le grand mystère, c'est quel est vraiment le résultat opérationnel des campagnes de frappe aérienne qui se sont déroulées en deux étapes. Première étape, donc bombardement assez massif sur tout ce qui était en hauteur pour ne pas permettre au Hamas de positionner des groupes de combat qui attendraient les troupes au sol.
Donc là, effectivement, Gaza City a été durement frappée. Et il y a une deuxième campagne qui était, comment dirais-je, conditionnée par la première avec des bombes anti-bunkers et vous comprenez que les bombes anti-bunkers pour être efficaces dans le sous-sol, il ne fallait pas qu'il y ait de superstructures au-dessus. Et là, l'inconnu, c'est de savoir qu'est-ce qui a été désorganisé à l'intérieur des tunnels, notamment autour de deux points majeurs. Les tunnels, si effectivement ils descendent en profondeur, on parle de 60 mètres, 80 mètres de profondeur, vous devez avoir des systèmes d'aération.
Pour avoir des systèmes d'aération, vous devez avoir des bouches à l'extérieur qui captent l'air pour le ramener. Or, ces bouches d'aération, a priori, il y a des tonnes de gravats dessus. De la même façon que les sorties des tunnels, pour être efficaces pour les groupes de combat du Hamas, pour attaquer les troupes de Tzahal dans le dos à d'autres endroits, il faut pouvoir sortir. Est-ce qu'une partie de ces sorties sont obstruées par les gravats ? Donc la grande question, le mystère du moment, c'est qu'est-ce qu'il reste d'opérationnel dans l'outil militaire du Hamas enterré en termes de commandement ? Est-ce que les commandants sont partis ?
Est-ce qu'ils peuvent continuer à organiser les groupes de combat ? Pour l'instant, on est surpris par la faible activité militaire du Hamas, même dans la capacité de montrer des images, et le Hamas, on sait que c'est une capacité aussi de guerre de l'information. Qu'est-ce qu'on voit ? On voit deux, trois types en jogging qui tirent une roquette, quelques images, donc il y a un mystère sur la réalité militaire sur le terrain. Après, il faut voir comment Tzahal a avancé.
Il y a la première ligne de défense du Hamas à la clôture, puis deuxième ligne, là on parle de zone agricole où on avait effectivement des binômes, donc des tireurs d'RPG, puis celui qui l'aide à armer son RPG, c'est des tandems. Lance-roquettes. Voilà, lance-roquettes, c'est des tandems fabriqués en interne de têtes explosives contre les blindés. On n'a vu que des petits binômes, première phase. Deuxième phase, quand on s'approche des villes comme Beth Hanoun et comme la banlieue de Gaza City, on a vu des opérations plus complexes avec des équipes en hauteur ou qui sortaient derrière les Merkavars en les tapant, donc les chars israéliens, en les tapant sur leur point faible.
Mais ceci dit, l'enveloppement de Gaza City est effectivement effectif, que ce soit côté mer ou nord et sud, mais les Israéliens ne sont pas encore entrés dans le dur du camp Chati ni dans le dur de Gaza City où il y a les ruelles et peut-être là il y aura une autre phase de combat. Ceci dit, on n'a même pas vu tout l'armement du Hamas sorti en termes de roquettes anti-chars guidées. On a vu très peu de roquettes anti-chars guidées, donc on peut imaginer aussi comme vous le dites que le Hamas est enterré sur les gravats ou bien que le Hamas attend la phase de combat urbain très dure. Et donc le Hamas
n'est pas militairement défait à ce stade.
En tout cas, on ne peut pas le dire parce que...
Est-ce qu'ils sont affaiblis
au moins ? Évidemment qu'ils sont affaiblis. En tout cas, ils continuent de lancer des roquettes. Donc si l'objectif est que le Hamas arrête de lancer des roquettes, on n'y est pas. Et si l'objectif est que tout le nord de Gaza soit sous contrôle militairement pas là, on n'y est pas non plus.
L'objectif tel qu'il a été formulé par Netanyahou est d'anéantir le Hamas. Le ministre israélien de la Défense disait cela prendra un mois, deux mois, trois mois et à la fin il n'y aura plus de Hamas. Cette guerre sera la dernière contre le Hamas. Éradiquer, anéantir le Hamas, est-ce possible concrètement ?
Ça on l'a déjà entendu avec d'autres groupes. C'est-à-dire le Hamas n'a pas le monopole du terrorisme, n'a pas le monopole des guérillas. On l'a entendu dans la région avec d'autres groupes, l'État islamique, etc. Et j'en passe que ce soit des groupes islamistes ou pas par ailleurs. Donc, anéantir militairement peut-être l'affaiblir grandement, oui, mais on a bien vu que le Hamas a pu se reconstruire derrière parce qu'il n'y avait personne qui occupait le terrain. Donc aujourd'hui, si le Hamas, imaginons, est anéantir militairement, administrativement, etc. Qui va combler ce vide ?
Ça c'est aussi une des grandes questions parce que n'oublions pas que si le Hamas était toléré par la communauté internationale et par Israël elle-même, c'est parce qu'il gardait sous cloche les éléments les plus radicaux, donc les djihadistes et Israéliens pensaient qu'il allait faire l'affaire. Sauf que le 7 octobre, il a passé lui-même le Rubicon. Donc on est passé à autre chose, on est passé dans une inconnue aujourd'hui.
Pierre Savant, Libération, citait le ministre israélien des Affaires étrangères Eli Cohen qui disait « L'identification avec Israël et le choc du 7 octobre diminue. Israël a encore deux à trois semaines avant que la pression internationale devienne significative. Diriez-vous que le temps joue contre Israël ? Que chaque jour qui passe, et on l'a vu hier au Conseil de sécurité de l'ONU, pour la première fois les Américains n'ont pas mis un veto à la demande de trèves humanitaires. Les images d'Al-Shifa d'un hôpital attaqué, tout ça, est-ce que ça joue contre Israël ?
Et est-ce qu'au fond ils ont effectivement un temps qui est réduit deux, trois semaines pour aller très très vite et avoir beaucoup de résultats contre le Hamas ?
Oui, vous résumez très bien la situation. Il y a vraiment une compression du temps et avec un dilemme intérieur. C'est-à-dire que plus cette guerre va durer, plus le risque de retournement international va être marqué. Et en même temps, si Israël veut compresser le temps, c'est-à-dire avoir ses objectifs de guerre plus rapidement, il va devoir tuer plus de civils pour être brutal, puisque le Hamas se protège derrière les civils.
Donc il y a une espèce de tenaille alors que je trouve que sur un plan strictement militaire, il y a une situation humanitaire qui était effroyable dans la zone de Gaza, mais je considère que ce que fait l'armée israélienne, je ne vois pas comment une autre armée d'un État démocratique pourrait faire mieux pour combiner à la fois les opérations militaires dans un théâtre qui est effroyable, théâtre urbain, avec une population au milieu, et les tentatives multiples à travers l'avertissement des populations, les couloirs humanitaires, un certain nombre de précautions réelles que Tzahal prend pour atteindre ses objectifs de guerre.
Oui, vous avez raison, donc le temps joue contre Israël, et en même temps, accélérer le processus, c'est avoir plus de vie civile détruite, c'est laisser plus de marge de manœuvre au Hamas, et il ne faut jamais oublier que le Hamas, je ne sais pas dans quel état militaire il se trouve, voici ma raison de dire que, pour l'instant, on n'est pas arrivé au cœur du dispositif et des risques pour Tzahal, mais il faut savoir qu'une des armes des groupes terroristes, djihadistes ou autres, c'est l'arme de la communication, c'est d'arriver à monter à un moment un crescendo dans la vision d'horreur, le fait d'avoir 40 bébés sous-couveuses qui ont été mitraillés, qui peuvent avoir été mitraillés par le Hamas et qui vont mettre en scène cela, ou le fait d'avoir 40 images de soldats israéliens en morceaux, même si les cadavres sont des cadavres du Hamas habillés en uniforme israélien, puisqu'on sait que le Hamas a volé un grand nombre d'uniformes dans les casernes qui ont été conquises le 7 octobre.
Oui, mais vous dites de ce point de vue-là, on attend encore la guerre des images, vous dites, il n'y a pas...
Voilà, absolument, et le Hamas a besoin de ça, de construire cela, notamment pour faire monter la tension du côté du Hezbollah ou ailleurs. Donc, on n'est pas à l'abri et, juste d'un mot, vous avez raison, le temps est une donnée d'une complexité extrême et je ne sais pas comment Sahal peut s'en sortir par rapport à cette contre- Le temps est compté aussi pour l'armée israélienne par rapport à l'opinion publique israélienne parce qu'il faut se rappeler que ce matin, on est arrivé au chiffre de 50 militaires israéliens tués, ça reste quand même un chiffre faible par rapport à l'intensité des combats en zone urbaine.
Donc, si les Israéliens mettent plus de force, ils vont perdre plus de gens aussi, donc le temps est compté pour eux en interne aussi et il ne faut pas oublier que ce qui compte aussi, c'est les opinions publiques occidentales qui, à un certain moment, vont oublier la séquence du 7 octobre. Oui, c'est ce que disait
très bien le ministre israélien, c'est-à-dire chaque jour qui passe, chaque jour qui passe, l'opinion publique internationale prend fait et cause pour les Palestiniens oublie le choc absolu du 7 octobre et c'est terrible mais c'est comme ça.
Dans les opinions du monde arabe et même dans certaines opinions publiques occidentales, il y a un déni des exactions qui étaient commises par le Hamas le 7 octobre parce qu'il ne faut pas oublier que le Hamas n'a pas communiqué sur les exactions mais juste sur les opérations militaires qu'il a conduites le 7 octobre.
Deux questions très rapides parce qu'il nous reste deux ou trois minutes donc réponse rapide. Le front nord avec le Hezbollah, on avait l'impression que c'était sous cloche ces dernières semaines que ni l'un ni l'autre ni le Hezbollah libanais ni Israël n'avaient envie d'ouvrir le front nord. Depuis quelques jours, les nouvelles ne sont pas très bonnes sur ce front-là et les affrontements montent crescendo. Est-ce qu'Israël a les moyens d'ouvrir deux fronts ? Gaza au sud et le Liban au nord ?
Israël a les moyens évidemment mais est-ce qu'Israël a la volonté ? Est-ce que le Hezbollah a la volonté ? Parce qu'on reste aujourd'hui effectivement, le Hezbollah a perdu plus de 60 de ses combattants. Israël a perdu du monde à la frontière nord dont un commandant quand même d'unité. Mais ils ont tous les deux en tout cas pour le moment gardent ce niveau-là de violence sans oublier que le Hezbollah fixe quand même une bonne partie de l'armée israélienne air, mer et sol dans le nord. Donc le boulot pour le Hezbollah il est fait d'une certaine manière.
J'ajoute au front nord du Hezbollah la question de la Cisjordanie et je vous les livre les deux, Pierre Servan.
Oui Nicolas, vous m'avez devancé parce que c'est un troisième front, situation d'ailleurs effroyable que j'analyse de façon différente de ce qui se passe dans...
190 palestiniens tu es. Voilà,
c'est vraiment et ça fait des années que ça dure donc là c'est une situation particulière. Moi, mon fond d'analyse c'est que je pense que l'affaire du 7 octobre n'est pas un coup spectaculaire dans l'horreur montée par le Hamas. Je pense qu'il y a une planification beaucoup plus importante et je reste convaincu que le Hezbollah peut monter en puissance et en guerre. C'est une force militaire qui s'est aguerrie en Syrie et c'est vrai qu'à cet argument souvent on me dit oui mais ça serait pas raisonnable. Je crois qu'il faut bien dire que notre époque est totalement déraisonnable.
Les vers d'Aragon ces temps étaient déraisonnables on avait invité les morts à table et donc je pense qu'il y a malheureusement des risques d'extension mais que le Hezbollah comme d'autres unités ce qui se passe en Irak et en Syrie ils ont besoin de la dramaturgie dont j'ai parlé pour effacer le 7 octobre. C'est-à-dire essayer de créer un événement tragique dans la bande de Gaza qui va être monté en épingle. On a des opinions publiques qui sont très chaudes.
Rappelez-vous la façon dont un certain nombre d'opinions publiques d'ONG se sont enflammées quand il y a eu des accusations contre Israël sur l'hôtel Al-Rhabi où dans la nuit la communication du Hamas c'était il y a 500 morts Israël a bombardé l'hôpital ça s'est enflammé instantanément et puis le lendemain tout s'est dégonflé et donc on est dans ces espaces-là
En 10 secondes chacun qu'est-ce que vous redoutez ou qu'est-ce que vous voyez pour les prochains jours puisqu'on est au jour le jour avec cette guerre qu'est-ce que vous redoutez qu'est-ce que vous voyez venir dans les 10 prochains jours qui viennent ?
Un glissement que ce soit en Cisjordanie ou à la frontière nord c'est-à-dire des opérations guerrières mais qu'il y a une bavure d'un côté ou une exaction d'un autre qui serait de trop et qui enflammerait vraiment la Cisjordanie parce qu'il ne faut pas oublier qu'en Cisjordanie le Hamas a aussi opéré qu'il y a des attentats il y a des explosifs il y a des opérations militaires de Tsaal et des factions palestiniennes 10 secondes Pierre Servan Nous sommes au bord d'un gouffre régional donc je crains effectivement une extension parce que nous sommes dans ce monde déraisonnable où un certain nombre de structures d'états de groupes informels veulent en découdre qu'il y a une envie de sang c'est tout à fait bien formulé je termine par ça par le Hamas qui dit pour notre révolution nous avons besoin du sang de nos femmes de nos enfants de nos vieillards évidemment quand vous avez cet état d'esprit dans une région qui est sous tension et avec beaucoup d'armement on peut être légitimement très préoccupé
On préfère votre citation d'Aragon Merci à tous les deux Pierre Servan Wassim Nassr Nassr pardon d'avoir été au micro d'Inter Merci