Alain Juppé : ses idées pour la France
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:32OuverteRéponse directe
Expliquez-nous pourquoi, selon vous, le modèle culturel français imaginé par Malraux est peut-être en train de s'essouffler.
- 1:14OuverteRéponse directe
Quel est le rôle de l'État dans ce contexte, selon vous ?
- 2:29OuverteRéponse directe
Vous avez peu parlé de médias. Que pensez-vous du rôle des médias dans la transmission de la culture ?
- 3:39OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui en vous résonne avec Montaigne ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Montaigne dit que faire dignement le roi est le plus âpre métier du monde. Qu'est-ce que ça signifie pour vous ?
- 5:19OuverteRéponse directe
Ce qui vous arrête chez Montesquieu, c'est sa prudence, sa modération érigée en vertu politique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:37Invité politiqueFait
« Je crois que la principale raison, c'est d'abord la rareté de l'argent public, qui fait que nous devons trouver d'autres modalités pour ouvrir la politique culturelle sur d'autres sources, d'autres partenariats, ce qui ne signifie pas le retrait de l'État. »
- 1:00Invité politiqueFait
« Peut-être faut-il aujourd'hui envisager l'acte II du mécénat et entraîner davantage les particuliers à s'investir dans les choix culturels. »
- 1:32Invité politiqueFait
« D'abord l'éducation. La culture, ça se transmet. Et donc l'éducation nationale a un rôle fondamental à jouer pour permettre à nos enfants d'abord de savoir transmission de l'histoire, ensuite de pratiquer une pratique culturelle, et ensuite de rencontrer aussi les artistes. »
- 2:00Invité politiqueFait
« Le système français de soutien à la production cinématographique est un succès. Il doit être défendu. Vous savez qu'il est en permanence critiqué et menacé. »
- 2:45Invité politiqueFait
« Je crois que là aussi, l'État a un rôle à jouer. Je crois que le service public a sa place, à condition de se rationaliser, de gagner en efficacité. »
- 3:43Invité politiqueFait
« C'est d'abord, on ne met loin d'un prédécesseur. Ce n'est pas la fonction ou le rôle dans lequel il s'est le plus illustré. Mais il a profondément marqué l'esprit de ce territoire. »
- 4:19Invité politiqueFait
« L'harmonie, c'est quand le dire et le faire vont ensemble. »
- 4:45Invité politiqueFait
« Exercer le pouvoir, sans doute. Vous savez que Montaigne a investi dans la politique. Il a joué un rôle de négociateur entre Henri de Navarre et le camp avec lequel il négociait, et le roi de France. »
- 5:25Invité politiqueFait
« Prudence ne signifie pas modération. J'ai beaucoup aimé relire Montesquieu. J'ai fait ce petit livre qui s'appelle « Montesquieu le moderne » parce que je trouve que sa pensée est d'une actualité étonnante. »
- 5:40Invité politiqueFait
« Tous les fanatismes, tous les excès. Il explique que, au contraire, la modération, loin d'être une prudence, est une discipline. »
- 7:54Invité politiqueFait
« Je suis membre d'un parti politique depuis longtemps. J'ai adhéré pour la première fois à un parti politique en 1976, quand Jacques Chirac a créé l'ERPR. »
- 8:16Invité politiqueFait
« Les partis politiques sont nécessaires à l'exercice de la démocratie. C'est d'ailleurs écrit dans notre Constitution. »
- 8:28Invité politiqueChiffre
« Si on fait le total des adhérents de tous les partis politiques français, aujourd'hui, on doit être à moins de 500 000 personnes. »
- 8:52Invité politiqueFait
« Ce qui m'a fait tomber à droite quand j'étais étudiant, Rue Dulme, c'était l'arrogance de la gauche, qui prétendait avoir le monopole de l'intelligence et du savoir. »
- 9:10Invité politiqueFait
« Je me sens un homme de droite parce que je crois aussi fondamentalement à la liberté de la personne humaine et au rôle central qu'elle joue. »
Temps de parole
- Alain Juppé73 %
- Présentateur27 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Culture 7h41 sur France Culture, bonjour Alain Juppé. Bonjour. Vous êtes maire de Bordeaux, président de Bordeaux Métropole. Hier, vous avez prononcé dans ce très beau théâtre un discours consacré à la culture. Vous avez notamment évoqué les interrogations qui se font jour depuis quelques temps quant à la pérennité du modèle français de politique culturelle. Vous avez expliqué qu'on était peut-être à la fin d'un cycle, à la fin d'un modèle, celui imaginé par André Malraux. Expliquez-nous pourquoi, selon vous, celui-ci est peut-être en train de s'essouffler.
Je crois que la principale raison, c'est d'abord la rareté de l'argent public, qui fait que nous devons trouver d'autres modalités pour ouvrir la politique culturelle sur d'autres sources, d'autres partenariats, ce qui ne signifie pas le retrait de l'État. L'État a son rôle à jouer, dans le service public notamment, mais c'est tout le thème du Forum d'Avignon. Comment créer des liens entre le monde de la culture, le monde de l'entreprise, développer le mécénat, la loi Ayagon a été une étape tout à fait considérable. Peut-être faut-il aujourd'hui envisager l'acte II du mécénat et entraîner davantage les particuliers à s'investir dans les choix culturels.
Je crois que c'est bon à la fois pour la culture et pour l'entreprise. Quel est le rôle de l'État dans ce contexte, selon vous ? L'État doit être stratège d'abord. Il doit se fixer de grands objectifs, avoir un ministère qui soit peut-être plus agile et plus stratège, je le répète, qu'il ne l'est aujourd'hui, et fixer des grandes priorités. J'en ai dessiné trois qui me paraissent absolument essentielles. D'abord l'éducation. La culture, ça se transmet. Et donc l'éducation nationale a un rôle fondamental à jouer pour permettre à nos enfants d'abord de savoir transmission de l'histoire, ensuite de pratiquer une pratique culturelle, et ensuite de rencontrer aussi les artistes.
Le deuxième grand axe, c'est la création, qui est évidemment un enjeu majeur. Et l'État doit là défendre un certain nombre de systèmes qui soutiennent la création. Je pense notamment à la création cinématographique. Le système français de soutien à la production cinématographique est un succès. Il doit être défendu. Vous savez qu'il est en permanence critiqué et menacé. Et puis le troisième grand axe, c'est le patrimoine. Ici à Bordeaux, nous sommes dans une ville qui a un patrimoine exceptionnel, notamment ce grand théâtre de Victor Louis, auquel nous sommes très attachés. Le patrimoine qui se crée aussi.
Le patrimoine dont nous avons hérité et qu'il faut entretenir, mais aussi celui qui se constitue au fil des ans.
Alain Juppé, vous avez abordé beaucoup de thèmes dans ce discours général sur la culture. Vous avez peu parlé de médias. Que pensez-vous du rôle des médias dans la transmission de la culture ?
Il est aujourd'hui fondamental. Je n'en ai pas parlé parce que j'y concernerai peut-être un autre document, un autre discours. Je crois que là aussi, l'État a un rôle à jouer. Je crois que le service public a sa place, à condition de se rationaliser, de gagner en efficacité. Il y a sans doute beaucoup de progrès à faire. Et puis, il y a la liberté et la concurrence qui apportent aussi beaucoup. Il est évident que quand on parle médias, aujourd'hui, pardon, on ne parle pas simplement de ce micro dans lequel nous sommes en train de parler, mais aussi du numérique, des réseaux sociaux qui jouent un rôle aujourd'hui fondamental. Je suis pour ma part très fasciné par tout ce qui nous attend.
La révolution numérique n'aimée qu'à ses balbutiements. Elle va tout changer dans notre vie, la santé, l'éducation, la culture, la création culturelle aussi. On a vu hier comment les outils numériques pouvaient participer à la création. Peut-être la démocratie aussi. Peut-être faut-il inventer une démocratie numérique.
Alain Juppé, vous êtes sur France Culture. Nous sommes à Bordeaux, la ville des 3M Montaigne-Montesquieu-Mauriac. Nous en sommes très fiers. Qu'est-ce qui en vous résonne avec Montaigne ?
C'est d'abord, on ne met loin d'un prédécesseur. Ce n'est pas la fonction ou le rôle dans lequel il s'est le plus illustré. Mais il a profondément marqué l'esprit de ce territoire. Et puis au-delà, bien entendu, on le cite souvent, on le lit souvent ici. La dernière citation qui m'a été amenée par une bordelaise, c'est à l'occasion d'une petite réunion où je parlais. C'était à l'occasion de mes cérémonies de vœux. Je souhaitais de l'harmonie aux gens que je rencontrais. Cette bordelaise est venue me dire, savez-vous quelle est la définition que Montaigne donne de l'harmonie ? Et j'avoue que ça m'avait échappé. L'harmonie, c'est quand le dire et le faire vont ensemble.
J'ai trouvé ça pour un politique très instructif.
Effectivement, ce peut être instructif. Il y a beaucoup de choses chez Montaigne sur la politique. J'ai trouvé une citation et j'aimerais que vous la commentiez. Le plus âpre et difficile métier du monde à mon gré, dit Montaigne, c'est faire dignement le roi. Qu'est-ce que ça signifie faire dignement le roi ?
Exercer le pouvoir, sans doute. Vous savez que Montaigne a investi dans la politique. Il a joué un rôle de négociateur entre Henri de Navarre et le camp avec lequel il négociait, et le roi de France. Et donc, il n'était pas du tout étranger à ce milieu du pouvoir politique. Donc, faire le roi, c'est-à-dire diriger un pays, si je comprends bien, c'est effectivement un exercice extrêmement difficile qui demande un mélange d'autorité et une capacité d'écoute. Et c'est parfois difficile de concilier les deux.
Alain Juppé, vous avez écrit « Un Montesquieu ». Ce qui vous arrête chez Montesquieu, c'est sa prudence, sa modération érigée en vertu politique ?
Prudence ne signifie pas modération. J'ai beaucoup aimé relire Montesquieu. J'ai fait ce petit livre qui s'appelle « Montesquieu le moderne » parce que je trouve que sa pensée est d'une actualité étonnante. Qu'est-ce qu'il dénonce, d'une certaine manière ? Tous les fanatismes, tous les excès. Il explique que, au contraire, la modération, loin d'être une prudence, est une discipline. Ce n'est pas facile de trouver le point d'équilibre. C'est beaucoup plus facile de se laisser emporter par la passion. On le voit aujourd'hui, partout. Le fanatisme prospère. Revenir à une vision plus équilibrée des choses, ça demande beaucoup d'efforts. C'est ce que j'ai aimé dans Montesquieu.
Montesquieu dit qu'il faut toucher aux lois existantes d'une main tremblante. Est-ce à dire qu'il ne faut pas réformer ? Qu'il faut, en France, avoir extrêmement d'habileté quand on veut faire évoluer les lois ?
Je n'en tirerai pas exactement cette conclusion. Je partage l'idée qu'il faut faire moins de lois. Il a aussi cette phrase magnifique, parce qu'à l'époque, on savait dire beaucoup de choses en peu de mots. Quand il n'est pas nécessaire de faire une loi, il est nécessaire de ne pas en faire. J'aurais aimé graver ça au fronton de l'Assemblée nationale. Aujourd'hui, on a une inflation législative permanente. Chaque ministre qui arrive veut laisser son nom à une loi. Il faut légiférer moins. Nous faisons des lois trop longues, trop compliquées, qui ne sont jamais appliquées. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas réformer, parce qu'il y a d'autres manières de réformer que de faire des lois.
Et puis enfin, le troisième M qui vous est cher à Bordeaux, Alain Juppé, c'est Moriac. Sa demeure n'est pas très éloignée de là où nous sommes aujourd'hui. Qu'est-ce qu'il y a là aussi de Moriac en vous, Alain Juppé ?
Deux choses, je pense. D'abord, la forêt landaise. J'y suis né. Et le dernier Thérèse d'Esqueroux m'a rappelé un peu la moiteur de l'été au fin fond de la forêt, les odeurs de la résine. Voilà, ce milieu bourgeois, landais, un peu particulier. Je m'y retrouve d'une certaine manière. Et puis, Moriac, c'est aussi le polémiste politique, bien sûr. C'est le bloc-notes, d'abord.
J'ai trouvé justement une citation dans son bloc-notes. En politique, chacun est enfermé dans la matière de son parti. J'espère que non. Est-ce que c'est votre ambition, justement, de ne pas être enfermé dans la matière d'un parti ? Si vous aviez à définir votre projet, est-ce que celui-ci serait un projet ouvert à tous ? Ou bien est-ce que vous êtes un homme de droite, ancré à l'intérieur de la droite ?
Je suis membre d'un parti politique depuis longtemps. J'ai adhéré pour la première fois à un parti politique en 1976, quand Jacques Chirac a créé l'ERPR. Puis ensuite, j'ai exercé des fonctions pendant de longues années. J'étais à l'origine avec quelques autres, mais j'en étais le président fondateur de ce qu'on appelait l'UMP, l'Union pour un mouvement populaire, dont l'ambition était de rassembler précisément déjà la droite et le centre. Et aujourd'hui, je suis toujours membre des Républicains. Donc, je crois que les partis politiques sont nécessaires à l'exercice de la démocratie. C'est d'ailleurs écrit dans notre Constitution.
Mais sans tenir à la géométrie, au périmètre des partis, c'est ce qu'on a évidemment à se recroquéviller sur soi. Si on fait le total des adhérents de tous les partis politiques français, aujourd'hui, on doit être à moins de 500 000 personnes. Vous voyez ce que ça représente dans la vie politique. Donc, il faut bien entendu s'adresser aux Françaises et aux Français, au-delà des limites des partis. Nous avons aujourd'hui un formidable besoin de rassemblement. Et c'est ce que j'essaye de faire. Je suis un homme de droite. Je ne vais pas raconter l'histoire. On me demande toujours pourquoi.
J'explique que ce qui m'a fait tomber à droite quand j'étais étudiant, Rue Dulme, c'était l'arrogance de la gauche, qui prétendait avoir le monopole de l'intelligence et du savoir. Vous savez, c'était le moment où il avait mieux avoir tort avec Sartre que raison en vocaron. Moi, j'ai toujours préféré avoir raison avec Aron que tort avec Sartre. Voilà pourquoi je me sens un homme de droite. Parce que je crois aussi fondamentalement à la liberté de la personne humaine et au rôle central qu'elle joue. Mais je ne suis pas un homme de droite sectaire, je l'espère en tout cas.
Parfois, je me sens des points communs avec des sociodémocrates qui ne sont pas très éloignés de ce que peut être un libéral démocrate.
Alain Juppé, les deux présidents de la République, l'actuel et le précédent, n'avaient peut-être pas un goût intense pour la culture. En tout cas, c'est ce que disent les mauvaises langues. Ceux d'avant, je pense à Jacques Chirac ou François Mitterrand, avaient, eux, des goûts plus prononcés. De ces deux types de présidents de la République, duquel vous sentez-vous le plus proche en matière culturelle ?
Politiquement, de Jacques Chirac, ça ne vous échappera pas. Oui, mais culturellement. Culturellement, Jacques Chirac avait une culture qui n'est pas la mienne, je dois le dire. Il était imbattable sur les cultures asiatiques, sur les cultures africaines. J'ai ce souvenir de la visite du musée des bronzes à Shanghai, où le conservateur qui me guidait me disait, le dernier visiteur que j'ai reçu, c'était Jacques Chirac, c'est lui qui a fait la visite. Il savait tout là-dessus. Moi, je savais peu de choses. En revanche, il était moins fort en culture gréco-latine. C'est sûr qu'il est mon berceau, si je puis dire.
Et donc, j'avais, parce que j'aime beaucoup la littérature, peut-être plus d'affinité de ce point de vue-là avec François Mitterrand.
Est-ce que vous trouvez que c'est dommage que nos deux derniers présidents, François Hollande et Nicolas Sarkozy, n'aient peut-être pas fait plus de choses pour la culture ? Peut-être que leur goût pour la culture n'était pas suffisamment intense ?
Je ne dirais pas ça. Ils ont d'autres goûts, peut-être, une autre vision de la culture. Je ne dirais certainement pas que ce ne sont pas des hommes cultivés. Cela dit, ils n'ont peut-être pas exprimé dans leur politique une priorité à la culture comme elle le mérite aujourd'hui. On s'en rend compte. C'était un peu l'introduction de mon discours hier face au défi qui nous est lancé, au défi de l'obscurantisme, de la barbarie, du fanatisme, de la haine et de la mort. On voit bien aujourd'hui que la culture est un outil, est une arme pour défendre nos valeurs et nos idées.
Aujourd'hui, vous parlez effectivement de vos goûts en matière culturelle. Les auteurs grecs, latins, vous les fréquentez encore ?
J'ai commencé très tôt. J'ai un peu oublié, je dois dire. J'ai quelques beaux souvenirs. Quand j'essayais de traduire Platon en l'institut de grec de la Sorbonne sous la direction de Jacqueline de Romilly, ça m'a marqué. Aujourd'hui, je suis obligé de prendre une édition bilingue, quand même, parce que j'ai un peu de mal. Mais enfin, c'est le berceau de ma culture, comme je l'ai dit. Et puis, voilà, j'aime la lecture. Je suis passionné de lecture. Je n'imagine pas m'endormir le soir sans avoir lu quelques pages.
Et en matière de culture contemporaine, qu'est-ce qui vous arrête, Alain Juppé ? Qu'est-ce qui vous plaît ?
La littérature, toujours, bien sûr, nos grands auteurs.
Quels auteurs ? Si vous deviez évoquer, par exemple, le livre que vous êtes en train de lire ? Je ne sais pas si c'est...
Si, c'est sans doute un grand auteur, c'est un journaliste, vous voyez. Je lis une très jolie histoire de Franz Solien, Olivier Gisbert, qui raconte le périple d'une personne étonnante entre la Vendée et puis les batailles entre le général Custer et les Sioux, en passant par l'île d'Elbe. C'est un roman un peu ébouriffé. J'aime bien les romans.
Alain Juppé, Michel Onfray, qui étaient à vos côtés hier pour ouvrir ce forum d'Avignon à Bordeaux, évoquent le recrutement de Philippe de Chartres, un gaulliste de gauche par le général de Gaulle, parce que Philippe de Chartres connaissait très bien les tragédies de Corneille, et notamment Suréna. Et de Gaulle lui a dit, puisque vous vous intéressez aux jeunes Corneilles, j'ai besoin de vous. Est-ce que vous pourriez recruter aujourd'hui un collaborateur parce qu'il connaît bien Corneille ? Est-ce que ce temps-là existe encore ?
Je pense qu'ils sont plus rares sur le marché. Mais bon, je ne suis pas très bon en matière de citations. Je dois le dire, ma mémoire me trahit parfois. Je crois qu'il y a quand même encore une fascination pour ces grandes œuvres. J'étais, il n'y a pas très longtemps, avec ces quelques années, une jeune lycéenne que je connais bien, et nous sommes allés voir Britannicus, je crois, à la comédie française, et à ma grande stupéfaction, cette jeune fille que je connais bien, est restée fascinée pendant trois heures. Vous voyez, donc ça arrive encore. Le charme, la magie que ces grands textes exercent sur nos jeunes esprits. Il faut continuer à l'apprendre.
Il faut que l'éducation nationale joue cela, joue ce rôle, parce que personne d'autre ne peut le jouer. Donc, je crois que c'est Malraux qui disait que la culture, c'était la rencontre, mettre à la disposition de tous les grandes œuvres de l'esprit, en particulier les grandes œuvres de la littérature et aussi de nos arts. Dans les expressions artistiques, celles qui me touchent le plus, s'il faut parler de moi, c'est la musique. Je ne pratique pas d'instruments, de musique, c'est mon grand regret. Dans la famille, tout le monde a pris des leçons de piano, sauf moi, je ne sais pas pourquoi. Comme ça, je suis passé à travers les gouttes. Mais j'ai baigné là-dedans quand j'étais gamin.
On m'avait offert un tépaz, ça s'appelait comme ça à l'époque, un tourne-disque, comme on disait. Et j'allais chez le disquaire du coin acheter des vinyles. Et alors, qu'est-ce que vous achetiez ? Tout, je l'ai acheté. Je crois qu'un de mes premiers disques qui m'a été offert, c'était La mer de Debussy. Et puis, après, j'ai eu une période béthovenienne à l'adolescence, parce que j'étais très romantique. Mes parents étaient terrifiés quand ils entendaient sortir de ma chambre le requiem de Verdi, ou des choses comme ça. Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? Voilà, j'aime la musique, je continue à aimer la musique, et je viens dans ce temple de la musique, ici.
La dernière chose que j'ai entendue, c'était Simon Bocanègre, ici, de Verdi. Et il y a quelques jours, dans notre bel auditorium, dont je vous recommande la visite, La Passion selon Saint-Bathieu, il y a un aria, ça doit être le numéro 39, qui, chaque fois, me tire des larmes.
Alain Juppé