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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 18 décembre 2025 24 min

Jean-Philippe Tanguy : « L’Union européenne ne veut plus que l’élevage prospère »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Jean-Philippe Tanguy. Merci beaucoup d'être notre invité, député de la Somme, président délégué du groupe Rassemblement National à l'Assemblée Nationale. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Julien Lécuyer de La Voix du Nord. Bonjour Julien.

0:24
Invité

Bonjour Auriane. Bonjour Jean-Philippe Tanguy.

0:27
Présentateur

On va commencer, Jean-Philippe Tanguy, évidemment, par la mobilisation des agriculteurs qui se poursuit. Et hier, on a vu Jordan Bardella, le président du RN, aller à leur rencontre à Strasbourg. Où il manifestait notamment contre le Mercosur. Il était jugé, votre président, sur une estrade avec un mégaphone. Est-ce que le RN tente de récupérer politiquement ce mouvement ?

0:44
Jean-Philippe Tanguy

Non, il ne faut pas le récupérer, il n'y a pas à le récupérer. C'est un mouvement profondément populaire, soutenu vraiment par une très large majorité des Français. Moi, je le vois sur le terrain et dans les retours que nous avons. Force est de se constater que le précédent mouvement n'a pas à trouver de réponse de la part du gouvernement. On a une loi du plomb qui a eu beaucoup de difficultés, qui n'est pas encore appliquée, qui était très en deçà des attentes. Les prix ne sont toujours pas rémunérateurs. Le Mercosur, malheureusement, va être signé si l'Italie ne vient pas en soutien de la France. Et Gouda, qui est débordé de l'élevage.

1:19
Présentateur

C'est sûr qu'il a été prise par Gabriel Attal dans les précédentes crises. Pas assez, selon vous ?

1:24
Jean-Philippe Tanguy

Non, franchement, il n'y a rien. Surtout pour l'élevage, qui est vraiment en crise. Et d'ailleurs, ce qui explique la gravité et la rapidité de cette crise dans l'élevage français, c'est qu'ils ont le sentiment, à mon avis, justifié, que le gouvernement et l'Union européenne ne veulent plus que l'élevage prospère, qu'ils considèrent que l'élevage, entre guillemets, est polluant et nocif. Et dans le cadre de cette écologie punitive, qu'il faudrait réduire l'élevage et surtout le transférer dans les pays de l'Est.

1:48
Présentateur

– Vous avez vraiment le sentiment que c'est ce que dit le gouvernement ? C'est ce que cherche à faire le gouvernement aujourd'hui ?

1:53
Jean-Philippe Tanguy

– Totalement. Moi, je vois dans la Somme, l'élevage est en crise longue. C'est-à-dire que ce n'est pas…

1:59
Présentateur

– Mais quelle responsabilité du gouvernement ? Il y a des déclarations de la ministre de l'Agriculture ou de Sébastien Lecordi

2:03
Jean-Philippe Tanguy

qui vont dans ce sens ? – Il y en a beaucoup, mais quand vous voyez la feuille de route de décarbonation, il faudrait que l'élevage s'affaiblisse. Vous avez un rapport de la Cour des comptes où l'élevage devait s'affaiblir et les éleveurs de laitiers ou les éleveurs de viande bovine voient ce qui s'est passé avec la volaille. La volaille, maintenant la France, importe près de 50% de sa consommation de volaille. Ça a commencé avec les œufs, ça a commencé avec le beurre. Vous avez des importes… La France a un déficit aujourd'hui… Enfin, pardon, pas un déficit, mais importe désormais du beurre.

Il y a 20 ans, je vous aurais dit, madame, que la France allait importer du beurre, vous m'auriez dit, encore un dingue.

2:36
Invité

– Monsieur Tanguy, on a l'impression que par vos propos, que vous remettez en cause les règles sanitaires européennes comme si c'était une mesure de rétorsion vis-à-vis de l'élevage français. Est-ce que pour vous, la campagne de vaccination, ou même les abattages des bêtes pour éviter la propagation de l'épidémie, c'est une mauvaise solution ? – Moi, je n'ai pas parlé des règles sanitaires, en l'occurrence. – En l'occurrence, c'est ce dont parlent les agriculteurs.

3:02
Jean-Philippe Tanguy

– Là, je vous parle de stratégie économique. – Oui, mais les agriculteurs, ils parlent de la stratégie vétérinaire. – Oui, mais vous savez, le 28 octobre, le député Julien Rancoule de l'Aude a demandé la vaccination de l'Aude, de l'Ariège et des Pyrénées-Orientales. Donc, si on avait écouté les 7 députés du Rassemblement national de ces 3 départements, on n'en serait pas là. On n'en serait pas là. Sauf qu'ils n'écoutent rien. Le gouvernement n'écoute rien, ne sait pas faire de confrontation. C'est toujours dans la verticalité. Ils imposent aux éleveurs, comme à l'ensemble des professions d'ailleurs de France, un discours bureaucratique.

3:34
Invité

– Mais la qualité de l'autre choix, c'est la méthode. – La méthode, c'est celle adoptée par le Comité national d'orientation des politiques vétérinaires. – Bien sûr, mais là, je n'ai pas contesté.

3:45
Jean-Philippe Tanguy

Vous n'avez pas entendu un mot de nous contre l'avis des scientifiques. La difficulté, c'est comment vous avez un avis des scientifiques d'une part. Vous avez des éleveurs dont c'est l'avis d'autre part. Et vous devez concerter, vous devez écouter, vous devez respecter.

3:57
Présentateur

– Donc vous auriez fait comme le gouvernement, c'est-à-dire appliquer une politique d'abattage.

4:00
Jean-Philippe Tanguy

– On n'aurait pas fait comme le gouvernement.

4:01
Présentateur

– Vous n'auriez pas fait de l'abattage des bêtes et des taux concernés ?

4:03
Jean-Philippe Tanguy

– La politique d'abattage peut être entendue par la profession, si vous l'avez consultée, si vous l'avez respectée. Et là, ça n'a pas été le cas. Et qu'est-ce qui a été fait ? Au bout de quelques heures, ils ont envoyé les gendarmes, des hélicoptères… – La Confédération des paysannes peut envoyer des gaz lacrymogènes.

4:19
Invité

– La Confédération des paysannes peut envoyer des gaz lacrymogènes. – La Confédération des paysannes refuse l'abattage systématique. Est-ce que vous, vous êtes en faveur de cette politique d'abattage systématique ?

4:25
Jean-Philippe Tanguy

– Excusez-moi, moi je ne suis pas vétérinaire. Et les partis politiques ne savent pas tout. – Mais vous êtes politique. – Oui, absolument. Et la politique, parfois, c'est l'humilité de savoir écouter les professions et les scientifiques. Moi, je ne suis pas scientifique, je ne suis pas spécialiste de cette maladie. Et le débat politique ne sait pas comment, il n'a pas prospéré, tant et si bien que nous avons des informations pour pouvoir nous exprimer. Je pense qu'aujourd'hui, des partis politiques qui s'expriment sur ce protocole, je ne sais pas comment ils font, parce qu'on n'a pas les infos.

Donc n'importe quoi, tout ce qu'il faut, c'est écouter les vétérinaires, évidemment, dans leur diversité d'ailleurs, et la profession. Et on voit bien que ce n'est pas ce qui s'est passé. Parce que si vous avez besoin d'envoyer, monsieur, les gendarmes, au bout de quelques heures, contre des pères de famille et des mères de famille, qui sont agriculteurs, c'est que ça ne s'est pas passé correctement. Et dire que c'est la fausse...

5:11
Présentateur

– Le gouvernement a dit qu'il y avait des personnes violentes qui ne pouvaient pas les agriculteurs.

5:14
Jean-Philippe Tanguy

– Sans doute, il n'y avait qu'à empêcher qu'ils arrivent, comme d'habitude. Mais c'est toujours les mêmes qui viennent, c'est l'ultra-gauche qui débarque, c'est toujours les mêmes personnes qui sont relâchées dans la nature d'ailleurs. Il n'y a jamais de sanctions.

5:22
Invité

– Est-ce que vous en... Pardon, Julien ? – Non, non, non, ce serait l'ultra-gauche qui mènerait le mouvement ?

5:26
Jean-Philippe Tanguy

– Ah, c'est ce qui a dit... Non, non, les éléments violents dont a parlé madame, c'est ce que monsieur Lecornu a dit hier à la représentation nationale.

5:33
Présentateur

– Est-ce que vous encouragez les agriculteurs à poursuivre les barrages, les blocages d'autoroutes ?

5:37
Jean-Philippe Tanguy

– Mais ils font ce qu'ils veulent, voilà. Je suis dans le respect de leur mouvement et ils sont en train de mourir. C'est une profession qui est en train de mourir ou a le sentiment qu'elle est en train de mourir, même pour ceux qui vont bien. Si vous voulez, même les agriculteurs, moi je vois dans la Somme, ils sont dans le nombre de grandes propriétés qui n'ont pas de difficulté de revenus, mais même eux sont solidaires de leurs collègues qui ont de grandes difficultés parce qu'ils se sentent déconsidérés, ils ne se sentent pas respectés, entendus par rapport à la noblesse du métier qu'ils exercent et de la fonction qu'ils apportent à la société.

Et quand vous êtes en train de mourir, il faut vous faire entendre. Et d'ailleurs, on voit que les Françaises et les Français, même ceux qui peuvent être dérangés par ces blocages, les soutiennent majoritairement.

6:15
Invité

– Donc vous soutenez aussi les blocages ? En fait, j'ai du mal à comprendre la...

6:17
Jean-Philippe Tanguy

– Moi je pense qu'à partie... C'est-à-dire que moi j'essaie de devenir un peu modeste en tant que politique par rapport aux mouvements sociaux. Donc moi j'estime qu'on n'a pas à dire aux uns et aux autres ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire. Mais c'est vrai que c'est une attitude un peu différente des parties du système qui pensent qu'ils savent tout, qu'ils ont la clé de tout, qu'il faut dire va ici, va pas là. Voilà, c'est vrai que nous on est un peu plus modeste dans le mouvement social. C'est comme les Gilets jaunes à l'époque, tous ces hommes et ces femmes politiques qui pensaient maîtriser le mouvement ont été renvoyés dans leur pénate.

6:43
Présentateur

– C'est dans les prochaines heures que se joue l'avenir du Mercosur. Est-ce que selon vous, la France peut encore s'y opposer ?

6:50
Jean-Philippe Tanguy

– Bien sûr, elle doit s'y opposer, j'espère qu'elle s'y oppose vraiment, je ne fais pas de procès d'intention, parce que moi je ne suis pas dans la politique du pire. Le problème c'est qu'Emmanuel Macron a changé dix fois de position sur le Mercosur, selon son interlocuteur. Avec les éleveurs et les agriculteurs français, il est contre, avec les français, il est contre, et puis quand il va avec son ami Lula au Brésil, il est pour.

7:09
Présentateur

– Donc c'est l'étargi vers son débat ?

7:13
Jean-Philippe Tanguy

– Parce que là, sa position est claire pour le coup. – Oui, en tout cas en France, il dit ça. Mais alors on va voir aussi s'il arrive à obtenir le soutien.

7:22
Présentateur

– Au niveau européen aussi, il dit ça.

7:23
Jean-Philippe Tanguy

– Je ne sais, je suis moins persuadé que vous. Voilà, on va voir, on va voir s'il a vraiment mobilisé.

7:28
Invité

– Il y a quand même eu une bonne nouvelle hier avec le soutien annoncé de Giorgia Meloni en Italie. – Oui, c'est une très bonne nouvelle. – C'est une minorité de blocage qui s'organise, mais est-ce que ce sera suffisant selon vous ? – Nous verrons, moi je ne suis pas dans la politique du pire.

7:41
Jean-Philippe Tanguy

Donc moi si ça marche, j'en suis ravi. Moi je pense à nos éleveurs, à nos agriculteurs, aux familles françaises qui sont inquiètes de la qualité des produits qu'ils offriraient à leurs enfants. Mais moi je ne suis pas dans la politique du pire. Donc si l'Italie, avec la Pologne, nous aide à bloquer cet accord, tant mieux. Mais la difficulté aussi que nous avons, c'est qu'Emmanuel Macron s'est fait beaucoup d'ennemis en Europe. Je vous rappelle que depuis son élection, il s'est opposé à tous les gouvernements italiens. D'abord Cinque Stelle, 5 étoiles, le mouvement 5 étoiles. Après Mélanie, en expliquant que c'était des dangereux populistes.

– En l'occurrence, il y a plutôt une alliance contre le Mercosur. – Vous voyez, je pensais, parce que Nicolas Sarkozy a comparé Jordan Bardella à Jacques Chirac, Jacques Chirac faisait des amis un peu partout dans le monde. C'était une personnalité, un président français, qui favorisait les amitiés. Monsieur Macron, il favorise les inimitiés. Il se fâche avec tout le monde. Donc c'est sûr qu'après, quand vous demandez l'aide de ces gouvernements que vous avez insultés dans la presse, c'est compliqué. M. Macron, en 2022, il avait insulté la Pologne en plein pendant la présidentielle en disant qu'il y avait un gouvernement d'extrême droite en Pologne. À partir du moment où vous vous comportez…

8:47
Invité

– Visiblement, ça n'a pas l'air de porter sur leur alliance.

8:51
Jean-Philippe Tanguy

– Heureusement, dans la grande tradition française et souverainiste, les États défendent des intérêts plutôt que des personnes. Mais M. Macron, tel un enfant gâté, a tendance à confondre son intérêt personnel et ses petites opinions dont on suive complètement avec l'intérêt de la France.

9:05
Invité

– Et est-ce que la France chipote ? Si j'emploie ce terme, c'est parce que c'est celui qui est employé par le chancelier allemand, M. Merz. – Oui. – Est-ce qu'on chipote ?

9:15
Jean-Philippe Tanguy

– C'est intéressant cette déclaration parce que je pense que, justement, pour répondre, ça montre un peu la vraie position d'Emmanuel Macron en Europe. C'est-à-dire qu'il a toujours défendu les traités de l'Idebre-échange. La réalité, c'est que pendant longtemps, il a défendu le Mercosur. Il n'a pas défendu les intérêts de l'agriculture française. Et maintenant, il panique et donc il demande des détails bidons. Parce qu'en fait, les clauses que demande Emmanuel Macron, c'est du pipeau. Voilà, donc si c'est ça qui permet de bloquer pour le moment le Mercosur, ça fait gagner du temps. Mais si ces clauses étaient adoptées, elles sont complètement bidons. – Pourquoi ?

Pourquoi sont-elles bidons ? – Parce que tous ces traités de libre-échange reposent sur le fait qu'on pourrait contrôler la façon dont les produits sont fabriqués dans les pays du Mercosur. Or, on ne le peut pas. Vous voyez ce qui s'est passé avec les petits colis. En fait, ça faisait 20 ans qu'on laissait la Chine envoyer sa camelote qui respectait aucune norme. Et dès qu'on fait un contrôle, il y a 90% des produits qui ne sont pas conformes aux normes.

10:07
Invité

– Sauf que là, en l'occurrence, l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur, c'est qu'on va bien au-delà de ce qui est fait avec la Chine puisqu'il n'y a pas d'accord avec la Chine. Donc, j'allais dire, on compare une absence d'accord avec justement un accord qui est négocié depuis 25 ans. 25 ans, est-ce qu'on doit le jeter complètement à la poubelle ? – Oui, mais de toute façon, moi je suis contre le mondialisme et je suis contre ces accords de libre-échange. – Oui, mais il faut bien des débouchés pour nos produits. Regardez, pour les éleveurs laitiers, pour les spiritueux, c'est un débouché énorme, le Mercosur. Vous êtes d'accord avec nous ?

10:43
Jean-Philippe Tanguy

À toutes ces personnes-là, on leur dit… – Non, mais ça, c'est du chantage. Le petit bout de la lorgnette, l'intérêt, on ne va pas sacrifier l'intérêt…

10:49
Présentateur

– C'est pas du chantage, il y a des filières qui s'approfident,

10:51
Jean-Philippe Tanguy

des filières qui ne s'en profitent pas. – Sauf qu'on parle toujours des filières qui s'approfident et les autres s'effondrent. Donc est-ce que l'agriculture française va bien après 20 ans de libre-échange ? Non. Est-ce que les filières exportatrices ont compensé les pertes sur les filières importatrices ? Non. La filière des fruits et légumes, c'est la catastrophe.

11:05
Invité

– Donc on doit tirer un trait sur tout le marché de Mercosur ?

11:08
Jean-Philippe Tanguy

– Mais vous n'avez pas besoin de libre-échange absolu pour faire du commerce. Nous ne sommes pas d'accord avec ce préalable. Et par ailleurs, la faiblesse du marché français européen ne compensera jamais ses perspectives. Nous ne sommes pas d'accord avec ça. Et nous ne sommes pas capables de contrôler comment les pays du Mercosur fabriquent leurs produits ou ont leur agriculture.

Par exemple, lors de la commission sur la souveraineté alimentaire à l'Assemblée nationale, on avait découvert qu'on importait aujourd'hui du poulet brésilien qui était d'ores et déjà élevé avec des antibiotiques et un certain nombre de produits interdits en France et que la France n'était pas capable de bloquer ses importations. Je pourrais vous parler des importations ukrainiennes ou c'est n'importe quoi. On fait croire aux Françaises et aux Français que les douanes ont les moyens de contrôler ces importations. On ne les a pas.

11:57
Présentateur

On va parler du budget puisque demain, députés et sénateurs se réunissent pour tenter de trouver un accord sur ce texte. Est-ce que ce l'on voit un compromis possible ?

12:04
Jean-Philippe Tanguy

Je le crains.

12:06
Présentateur

Vous craignez le compromis ?

12:07
Jean-Philippe Tanguy

Oui, je le crains parce que c'est un compromis qui se fait sur de l'endettement. On a vu, le Sénat a donc augmenté avec le vote du BLFSS aussi de l'Assemblée, le déficit de 0,6 points. Donc c'est presque 20 milliards d'euros dans un contexte de crise budgétaire et où le déficit était déjà très important. Parce qu'on nous explique 4,7% de déficit comme un progrès incroyable. C'est quand même le déficit le plus important de l'Union Européenne, de la zone euro, pardon, sans crise économique. Il n'y a même pas de crise économique. Donc ils se sont mis d'accord, non pas sur des économies, sur la sécurité sociale, mais sur un déficit incroyable de 24 milliards d'euros.

Et tout le monde, à part le Rassemblement National, trouve ça formidable. C'est honteux. Il y a un nom en France, ça s'appelle de l'achat de voix. C'est-à-dire que pour faire ce compromis, on a le fait que le PS.

12:51
Présentateur

Il y a des mesures que vous avez soutenues. Par exemple, suspendre la réforme des retraites, vous l'avez soutenue. D'accord, mais... Ça ne fait pas faire des économies au système...

12:58
Jean-Philippe Tanguy

Très bien, mais on a toujours dit que suspendre la réforme des retraites ne méritait pas un déficit de 24 milliards d'euros. La suspension de la réforme des retraites, c'est entre 200 et 400 millions d'euros de droits sociaux. Et on nous dit... La première année. Oui, la première année. Je suis d'accord, mais la deuxième année, je crois que c'est 1,5 milliard. Plus 1 milliard, oui. Ça, ça ne pose pas de problème. Non, mais pour 24 milliards d'euros de déficit. Non, mais pour des économies. D'ailleurs, on en a proposé, ils n'ont rien voté. Donc, et au Sénat, M. Rotaillot avait promis de faire le ménage, des très grandes économies, ils ont dépensé plus. Voilà, ils ont dépensé plus.

13:31
Invité

Et l'argument selon lequel sans budget le déficit serait encore plus grand, ça, ça ne porte pas chez vous ? Pardon ? Le fait de dire que sans budget, à la fin de l'année, on rajoute encore des milliards d'endettements, ça, ce n'est pas une difficulté pour vous ? Non, c'est... L'année dernière, 12 milliards.

13:49
Jean-Philippe Tanguy

Oui, la difficulté, c'est le mensonge permanent du gouvernement. Donc, les 30 milliards de la note qu'on nous a distribuée de Matignon, c'est complètement bidon. C'est ce qu'ils appellent du tendanciel. En fait, c'est leur politique. Leur politique, c'est 30 milliards de déficit. Donc, on est prié d'accepter leur politique pourrie et de faire des économies dessus, qui ne sont pas des économies, qui sont des privations de droits, qui sont des hausses d'impôts. Et donc, en fait, les 12 milliards que vous dites, c'est le chiffre qu'a donné Mme Monchalin sur la censure de l'année dernière. J'ai interrogé publiquement Mme de Monchalin. Elle a mis presque un an à me répondre sur ce chiffre.

Et en fait, c'est quoi ? C'est qu'on n'a pas augmenté les impôts et suspendu les retraites. Donc, quand elle dit que la censure a coûté 12 milliards d'euros, c'est parce qu'en fait, le Rassemblement National a protégé le pouvoir d'achat des Français

14:32
Invité

et les droits de 12 milliards d'euros. – À vous entendre, on a l'impression que l'absence de budget, finalement, n'est pas une difficulté. – Non, ce n'est pas une difficulté. – Ce n'est pas une difficulté.

14:41
Présentateur

– Donc, il vaut mieux l'officiel que l'officiel, c'est pas un problème pour vous ?

14:44
Invité

– Non, ce n'est pas une difficulté. Il ne faut mieux pas de budget qu'un budget macroniste. – C'est-à-dire qu'on peut fonctionner, selon vous, avec le système des 12-12e, où on libère chaque mois une partie du budget et on fonctionne comme ça jusqu'en 2027 ? – Tout à fait, parce que ça bloque le pouvoir des macronistes. Donc, en fait, ça limite la minimisance.

15:00
Jean-Philippe Tanguy

– C'est la politique, ça ?

15:01
Invité

– Non, non, c'est du réalisme. C'est qu'ils sont tellement mauvais. – Ça veut dire qu'un ministère comme celui des armées ne peut pas investir. – Mais… – C'est 6 milliards, normalement, qui devaient être investis par l'armée. 2,4 milliards pour des munitions. – Monsieur Lecuyé, on ne peut pas… – Non, mais vous avez des conséquences, quand même.

15:20
Jean-Philippe Tanguy

– Non, mais la conséquence, aujourd'hui, c'est que la France est ruinée. Ça, c'est 8 ans de macronisme. Et que ce qu'ils ont à proposer…

15:25
Présentateur

– Elle ne sera pas moins ruinée s'il n'y a pas de budget à la fin de l'année.

15:27
Jean-Philippe Tanguy

– Si, parce qu'en fait, ça limite leur perspective de nuisance. Ça les empêche de dépenser n'importe quoi et de faire leur mauvaise gestion.

15:32
Invité

– Il y a des entreprises, il y a des sous-traitants derrière ces investissements qui sont obligatoires par l'État. – Monsieur Lecuyé, c'est pas le deuxième. – On leur dit quoi ? On leur dit tant pis.

15:43
Jean-Philippe Tanguy

– On leur dit pas tant pis. Et déjà, les entreprises de défense, si vous voulez tout savoir, elles ont déjà beaucoup souffert de la mauvaise gestion macroniste l'année dernière avec des retards de l'économie de plusieurs mois. – Mais là, vous leur promettez encore plus de difficultés, sans aussi de budget. – Mais on ne leur promet pas de difficultés, monsieur Lecuyé. – Si, il n'y a pas de budget, il n'y a pas d'investissement. – Non, mais je vais répondre à votre question. Il est très possible, par exemple, que le gouvernement nous propose un texte minimum, par exemple, avec l'armée.

Voilà, s'ils sont vraiment sincères, qu'on nous propose un texte, un PLF minimum avec le crédit de l'armée, et puis après on discutera du reste. Mais il est hors de question de le laisser continuer à ruiner la France. Pendant les discussions budgétaires, il y a un texte important qui est passé sous les radars, parce que c'est vrai qu'il y avait beaucoup d'informations, la loi de fin de gestion, c'est-à-dire la gestion budgétaire de l'année 2025. C'est quoi ? C'est 24 milliards de hausses d'impôts, 12 milliards de dépenses, et le déficit a été légèrement réduit uniquement par des impôts. C'est-à-dire que même en crise budgétaire, même avec le discours de M.

Bérou, même avec les larves de crocodile, ils sont incapables de baisser la dépense publique. Et là encore, la dépense augmente. C'est hallucinant ce qui se passe dans ce pays. Ces gens sont totalement incompétents. Donc tout ce qui permet de limiter leur pouvoir de nuisance sur les finances de la France, je prends.

16:50
Invité

– Et l'usage du 49-3, puisqu'il revient, de multiples voix s'élèvent pour le plaider, est-ce que pour vous, c'est quoi ? C'est un reniement ? C'est une menace ? – On n'est plus un reniement prêt.

17:05
Jean-Philippe Tanguy

Si vous voulez, qu'il y ait un reniement sur le 49-3, c'est moins grave que plomber les finances de la France ou faire n'importe quoi sur l'industrie française qui est en train de s'effondrer de partout. – C'est moins grave dans quel sens, c'est-à-dire qu'à l'arrivée. – Ça va vexer, ça va montrer que les socialistes sont des hypocrites, il n'y aura pas mort d'hommes. – Vous vous dites finalement que ce n'est peut-être pas plus mal de l'utiliser ? – Non, je ne sais pas que ce n'est pas plus mal, j'ai dit que je m'en fiche en fait que M. Lecornu ne respecte pas sa promesse.

17:29
Présentateur

– Mais vous déposerez une motion de censure, c'est à 49 ?

17:31
Jean-Philippe Tanguy

– On verra, mais quand vous avez le vrai motif, ce n'est pas ça, le vrai motif c'est les usines qui ferment. Moi dans ma circonscription, j'ai deux usines qui ferment. Je pense aux salariés de SVG à Bernaville, qui après plusieurs décennies de travail vont voir leur usine qui va fermer malheureusement à la fin de l'année, passant un Noël épouvantable avec leur famille. Et vous avez dans tout le pays notre industrie qui s'effondre. Donc vous voyez d'un côté la crise de l'agriculture…

17:56
Présentateur

– Est-ce que les 49.3, ça vaudra une motion de censure du RN ?

17:58
Jean-Philippe Tanguy

– Mais moi je trouve que ce qui vaudrait une motion de censure, si il y a des perspectives de changement de vote d'LR qui au lieu de trahir leurs électeurs, pourraient avoir un peu de courage, c'est la crise de l'agriculture, c'est la crise de l'industrie, c'est la perte de pouvoir d'achat. Quand on voit que les gens n'ont même plus les moyens de s'offrir des chocolats à Noël, que le prix du steak haché a explosé, c'est ça qui devrait motiver la censure du PS et des LR plutôt que de être préoccupés par sauver leur siège. Mais franchement, ce qui se passe dans notre pays, vous êtes des journalistes de terrain, c'est hallucinant.

Les gens n'ont plus les moyens de se faire des petits plaisirs pour Noël. On en est là, la sixième puissance du monde.

18:34
Présentateur

– Puisque vous parlez des LR, un mot sur les municipales, est-ce qu'il y a des villes dans lesquelles vous préparez des alliances avec les Républicains ?

18:40
Jean-Philippe Tanguy

– Écoutez, on verra localement si on peut faire des barrages avec des personnes de qualité pour empêcher une gestion socialo-macroniste ou une gestion d'extrême-gauche avec les Verts. – Dans quelle ville ? – On verra, je ne sais pas, je n'ai pas d'avis. Mais moi je viens de l'UMP…

18:57
Présentateur

– Est-ce qu'à Paris par exemple, vous pourriez soutenir Achille Haddati ?

18:59
Jean-Philippe Tanguy

– Je ne sais pas, je ne sais pas. Nous verrons la campagne, nous verrons le score de Thierry Mariani, sa dynamique de campagne. Mais si vous voulez, on n'en est pas là.

19:08
Présentateur

– Est-ce qu'à Marseille, Franck Alizio se ralliera à Martine Vassal ?

19:11
Jean-Philippe Tanguy

– Visuellement, ce sera sans doute l'inverse, vu la qualité de la campagne de Franck Alizio et nos dynamiques électorales sur le terrain. Et surtout le fait qu'on réponde aux aspirations des habitants. Mais moi je ne suis pas spécialement pour la tambouille. Ce qui compte, c'est le projet. Donc le projet, localement, il peut y avoir des projets avec des géants de qualité, des personnes qui n'ont pas d'étiquette aussi, parce qu'il y a quand même beaucoup de listes, il faut dire la vérité. On voit bien sur le terrain, en particulier dans le Nord-Pas-de-Calais et en Picardie, il y a de moins en moins de listes politiques.

Il y a beaucoup de listes, y compris de sortants qui ont pu appartenir à des partis politiques type LR ou PS qui se présentent en fait en divers droites ou divers gauches. Donc on verra sur le terrain. En tout cas, il faut répondre aux aspirations des Françaises et des Français, mais là aussi il y a le problème notamment de la fiscalité. avec un certain nombre de métropoles, de grandes agglomérations qui dépensent n'importe comment, n'importe comment. La métropole de Lille, on est dans le délire. – C'est contrôlé. – Ce n'est pas contrôlé du tout. Les emplois dans les collectivités territoriales… – Il y a une collectivité qui présente un milieu qui n'est pas à l'équilibre, c'est contrôlé.

– Mais ça c'est un peu une manœuvre, je sais que les sénateurs aiment beaucoup dire que les collectivités territoriales ne peuvent pas partir dans le décor, c'est faux, déjà elles ont des emprunts d'équilibre et ensuite elles ont toujours plus de transferts de l'État. Donc il ne faut quand même pas exagérer, quand je vois la gestion des grandes régions de France qui devaient faire des économies qui dépensent toujours plus d'argent, les intercommunalités qui devaient faire des économies qui ont juste piqué le pouvoir des maires de terrain et qui dépensent n'importe comment, on a vu par exemple, j'ai vu à Paris, qu'il y avait près de 400 personnes dans la communication.

Moi quand je vois sur le terrain dans la Somme, les intercommunalités embauchent de manière irrationnelle.

20:46
Invité

– Donc on peut faire plus d'économies et des milliards d'économies sur les subsides vis-à-vis des collectivités territoriales.

20:51
Jean-Philippe Tanguy

– Ah oui, tout à fait, je regrette que le Sénat ait fait du clientélisme électoral. – Les intercommunalités seront contents de l'apprendre. – Je leur dirais, il n'y a pas de problème.

20:58
Présentateur

– En baissant la part d'efforts de monde de collectivité ?

21:01
Jean-Philippe Tanguy

– Le Sénat a fait partir dans le décor le déficit, M. Rotaillot a fait partir dans le décor le déficit de 9 milliards d'euros pour ce qui est du Sénat, en particulier parce qu'il refuse les économies sur les régions et les intercommunalités. Voilà, on dit pour favoriser…

21:16
Présentateur

– Ils ont fait moindre les économies, demandez.

21:18
Jean-Philippe Tanguy

– Oui, mais pas suffisant à votre… – Un dernier mot, Julien. – Par contre, ils ont supprimé 1 milliard sur les investissements d'avenir. Donc ça, c'est ça les sénateurs, c'est financé, encore des ronds-points, c'est vrai qu'on a vraiment beaucoup de ronds-points en France. – C'est un peu caricatural. – Ce n'est pas caricatural, c'est vrai, on n'est pas le premier pied avec le… – C'est un peu démago. – Oui, mais sur les investissements d'avenir, je ne suis pas sûr de… – Ce qui est démago, c'est dépenser toujours plus d'argent en disant qu'on veut lutter contre le déficit. Ça, c'est démago. – Vous avez une dernière question… – D'acheter des voix pour les sénatoriales.

Ah, parce que comme par hasard, il y a la moitié des départements qui renouvellent le Sénat en septembre.

21:52
Présentateur

– Parce que vous, vous ne visez pas les sénatoriales ?

21:54
Jean-Philippe Tanguy

– Eh bien, nous, on dit aux futurs électeurs des sénatoriales qu'il faut faire des économies sur les régions qu'il faut supprimer et les intercommunalités. – Nous, on dit… – Il faudra aller à l'association des maires de France le défendre. – Eh bien, vous inquiétez pas, moi, j'ai 230 communes. – Sans problème. – Les maires, ils ont envie de récupérer le terrain et leur argent et ils en ont à le bol d'entendre vos propositions. – Eh bien, vous savez que M. Lissnard, il ne veut pas débattre avec moi.

22:16
Invité

– Il ne veut pas débattre avec moi, M. Lissnard, c'est dommage. – Vous ne le demandez pas, vous ? – Surtout si, en effet, vous avez une proposition comme ça. – Est-ce qu'il serait un grand libéral ? – Non, dernière question, M. Tanguil, simplement sur cette mission parlementaire d'information sur les produits importés qui a rendu ses conclusions hier. Bon, vous le savez, les opérations ont montré quand même beaucoup d'articles en dehors des normes. Il y a eu des propositions d'une loi transpartisane pour renforcer les sanctions, pour instaurer la notion d'importateur présumé, pour lutter contre ces plateformes type Cheyenne qui se déchargent de leurs responsabilités.

Il y a aussi l'attaque sur les petits colis que vous avez refusées au Rassemblement national. Est-ce que malgré tout, ça part dans le bon sens, les propositions qui ont été faites hier ?

22:58
Jean-Philippe Tanguy

– Non, pas du tout, c'est un pansement sur un germe de bois. C'est-à-dire, ils pensent qu'on peut contrôler la mondialisation, on ne peut pas, voilà, la Chine, comment dire, et par nature, une puissance qui ne respectera aucune règle. Ça fait 20 ans qu'on… – Quand on ferme les frontières ? – Il faut presque faire un protectionnisme très puissant contre la Chine. Oui, absolument. Quand vous avez, au bout de… Ça fait donc 20 ans, comme je l'ai dit tout à l'heure, qu'on dit aux Françaises et aux Français, il n'y a pas de problème, vous pouvez importer des produits chinois. Nous, ça fait 20 ans avec Marine Le Pen qu'on dit qu'ils ne respectent pas les normes.

Eh bien, il a fallu 20 ans pour qu'il y ait des contrôles qui avouent, dans ce rapport, mais aussi avec les douanes, que 90% des colis qu'ils ont ouverts ne respectaient pas les normes. Donc, ça veut dire que c'est dangereux. Ça veut dire que ça fait 20 ans qu'on met en danger les familles françaises.

23:37
Présentateur

– Merci Jean-Philippe Tanguil. – Merci d'avoir été notre invité. – Et joyeux Noël.

23:40
Invité

– Joyeux Noël à tous, bonne fête de fin d'année et pensez à autre chose qu'au budget. – Oui, ça c'est vrai. – Ça c'est pour nous ça.

23:46
Présentateur

– On va terminer sur ce message parce que je vais vous dire, la une de la Voix du Nord, je vais en parler à la fin de cette émission, Julien. C'est le jardin de l'île de Renault, exactement.

23:52
Invité

– Ça c'est le vrai cadeau de Noël.

23:53
Présentateur

– Et je détaille ça dans une de mien. Julien, joyeux Noël, bonne fête à vous, puisqu'on se retrouve à la rentrée. – Joyeux Noël. – Merci d'avoir été notre invité. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.

Jean-Philippe Tanguy : « L’Union européenne ne veut plus que l’élevage prospère » — Jean-Philippe Tanguy · Pourquijevote