Discussion entre Trump et Poutine sur l'Ukraine, droits de douane... Le "8h30 franceinfo" de Benjamin Haddad
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France Info Bonjour Benjamin Haddad. Bonjour. 1h30 d'échange téléphonique entre Donald Trump et Vladimir Poutine hier, au cœur de la discussion, évidemment, la fin de la guerre en Ukraine. Cet échange téléphonique, c'est une bonne nouvelle pour la France, pour l'Union Européenne ?
On s'y attendait. Je vous rappelle que le président Trump s'était aussi entretenu à Paris avec le président de la République et le président Zelensky en décembre. Et le président Zelensky lui-même, d'ailleurs, avait dit que l'Ukraine est ouverte à des négociations, elle souhaite des négociations. La question aujourd'hui qui se pose, c'est quand même la réalité du terrain. C'est qu'hier encore, on a vu la Russie escalader dans sa guerre d'agression contre l'Ukraine avec une fois de plus des tirs de missiles. On voit la Russie qui continue à garder des buts de guerre maximalistes.
Et donc, effectivement, la question qui se pose aujourd'hui pour nous tous, c'est comment aboutir à une négociation qui serait équitable et donc mettre les Ukrainiens dans un rapport de force favorable. Et puis surtout, comment garantir une paix juste et durable ? Parce que même si demain, vous avez une fin des combats, se posera la question de la dissuasion d'une future agression de la Russie et donc des garanties de sécurité.
Mais d'abord, là, le début, les prémices de cette discussion, c'est donc Trump qui parle à Poutine. Si Trump parle à Poutine, est-ce que Macron doit parler à Poutine ?
Vous savez qu'il l'avait fait et qu'il n'a jamais exclu... Et qu'il n'avait jamais exclu de le refaire au moment où ça pourrait être utile. Mais une fois de plus, la question, c'est comment mettre les Ukrainiens dans cette configuration où on peut avoir après une stabilité du continent européen et du flanc est de l'Europe. C'est pour ça, d'ailleurs, que nous avions hier à Paris le ministre des Affaires étrangères ukrainien avec un certain nombre d'homologues européens autour du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, précisément pour discuter des conditions parce que les Ukrainiens se battent toujours, reçoivent toujours des armes, d'ailleurs des États-Unis comme des Européens.
Nous avons récemment finalisé au niveau européen un prêt financé sur les intérêts des affaires gelés de la Russie, vous savez, de la Banque centrale de Russie qui a été immobilisée en Europe pour financer justement des nouvelles livraisons d'armes. Donc on continue à soutenir les Ukrainiens, ils continuent à se battre. Évidemment, les conditions auxquelles ils sont prêts, eux, à cesser les combats seront absolument essentielles. Donc c'est de ça dont on discute.
Mais sur la manière dont les choses se passent, est-ce que les ministres qui étaient hier à Paris étaient au courant de cette discussion entre Donald Trump et Vladimir Poutine avant ? Est-ce qu'ils avaient été mis au courant ? Mais on échange régulièrement avec nos homologues américains et une fois de plus,
Donald Trump a dit, mais il avait même dit ouvertement, qu'il aurait des conversations avec le président russe. Il l'avait eu d'ailleurs à de nombreuses reprises lors du premier mandat. Dans quelle mesure nous sommes à la table pour discuter ? Et Jean-Noël Barraud, si vous posez la question par exemple sur le ministre des Affaires étrangères, s'est entretenu longuement récemment avec Marco Rubio, son homologue, le secrétaire d'État américain. On avait J.D. Vance, le vice-président des États-Unis, qui était à Paris cette semaine pour le sommet IAM et qui s'est aussi entretenu avec le président de la République. Et qui rencontre Zélinski demain à Munich.
Donc on a ces échanges, mais une fois de plus, je veux dire, je vois bien que ces conversations téléphoniques font du bruit et on en parle, il y a du commentaire. Mais une fois de plus, ce qui compte, c'est quand même la réalité du terrain. Aujourd'hui, la réalité du terrain, c'est que la Russie ne cesse en rien son agression, que les Ukrainiens continuent de se défendre et de résister de façon héroïque, ils continuent de recevoir des armes, je tiens à le dire, donc les combats n'ont pas cessé, que la Russie continue d'avoir des buts de guerre maximalistes, parce qu'on continue à parler par exemple des néo-nazis à Kiev et de renverser le régime.
Et c'est là que les Européens auront vraiment un rôle absolument central et primordial aussi dans le long terme. C'est précisément pour aider les Ukrainiens à assurer des garanties de sécurité, à assurer une dissuasion durable de l'agression russe et puis à se reconstruire, à se tourner vers l'Europe.
Sauf que vous voyez bien que ce sont les Américains qui prennent la main, Benjamin Haddad. Une réunion importante a eu lieu hier à Bruxelles autour de l'OTAN et le nouveau secrétaire américain à la Défense y a jugé irréaliste d'envisager un retour de l'Ukraine à ses frontières d'avant 2014, qui incluait donc la Crimée. Comment réagit la France ?
À un moment, une négociation, vous savez ce sera des compromis, des concessions et le président Zelensky lui-même a dit à de nombreuses entreprises qu'il était prêt à faire des compromis. À un échange de territoire. Nous, notre objectif, c'est de défendre nos intérêts de sécurité et donc c'est de pouvoir avoir une Ukraine qui est en paix, qui est stable, qui est prospère à nos portes et qui peut se tourner résolument vers l'Europe.
Parce que je tiens toujours à le rappeler, au-delà des questions territoriales, les Ukrainiens depuis 2014, sur la place Maïdan, quand des centaines de jeunes, des dizaines de milliers de jeunes, plutôt brandissaient ce drapeau européen qui était pour eux le signe d'un meilleur avenir démocratique, la lutte contre la corruption, la liberté, ils se battent pour pouvoir se tourner vers l'Europe. Ils se battent pour pouvoir vivre en démocratie. Donc ce sera aussi ça l'un des tests de long terme. C'est pour ça que j'insiste sur cette question des garanties de sécurité. C'est comment est-ce qu'à terme, les Ukrainiens se retrouvent à ce sujet-là et se tourner vers l'Europe.
Vous en parlez beaucoup depuis tout à l'heure. L'agence France Presse, hier, cite un diplomate à l'OTAN, où il y avait donc cette réunion selon laquelle ce diplomate dit que la France et le Royaume-Uni sont prêts à davantage de leadership, y compris avec l'envoi de troupes en Ukraine pour garantir un éventuel accord de paix. C'est un scénario aujourd'hui qui est envisagé. L'envoi de troupes en Ukraine, des soldats français en Ukraine pour garantir un éventuel accord de paix.
Bon, il ne faut pas mettre la charrie en veu les bœufs puisque là, la question, c'est qu'on a une négociation qui n'a même pas commencé. On a toujours des combats sur le terrain. Donc, un, comment est-ce qu'on arrive à créer les conditions d'une négociation équitable dans laquelle nos intérêts de sécurité sont respectés, les intérêts de sécurité des Ukrainiens ? On peut assurer la stabilité. Mais après, à long terme, se posera la question, en effet, de garantir cette sécurité, de reconstruire, de soutenir militairement toujours sur le long terme les Ukrainiens et nous-mêmes, je tiens à le dire, et nous-mêmes de continuer à augmenter nos moyens de défense.
Soutenir militairement, est-ce que ça veut dire qu'il faut à un moment envisager que des Français, des soldats français, soient présents sur le sol ukrainien ?
On le fait au niveau national en augmentant nos budgets de défense. Vous savez, on a doublé le budget de défense français sous les deux mandats d'Emmanuel Macron. On le fait au niveau européen aussi en augmentant nos coopérations industrielles. À un moment, effectivement, on doit se poser les questions de la défense de nos intérêts de sécurité et de notre sécurité à l'antin.
On comprend bien, Benjamin Haddad, l'objectif européen.
Je voulais vous dire pourquoi je le souligne en ces termes. Parce qu'il y a parfois de plus en plus un décalage entre la réalité de notre débat national sur beaucoup de sujets, où on nous explique qu'on va augmenter les impôts, qu'on va travailler moins longtemps, et la réalité des choix auxquels on va être confrontés face à cet environnement international qui devient de plus en plus engros et de plus en plus compétitif. On entend du coup l'inquiétude effectivement des Européens. Que ce soit continuer à augmenter nos budgets de défense, que ce soit de continuer à investir dans l'innovation, dans la compétitivité et la tech de notre continent.
On a eu le sommet IA cette semaine, précisément parce qu'on ne peut pas laisser les Etats-Unis et la Chine filer tout droit tout seul et accélérer dans le domaine de la technologie et de l'intelligence artificielle. Parce qu'il faut qu'on soit capable de maîtriser aussi notre souveraineté technologique. Sinon, on va se retrouver dans des situations comme ce qui s'est passé récemment en Roumanie, où on voit des candidats populistes d'extrême droite soutenus massivement par la Russie sur TikTok. Et une élection qui a été annulée parce qu'elle a été tronquée.
Tout ces enjeux, l'accélération de ce qu'on voit autour de nous, un président des Etats-Unis qui se met à menacer le Groenland, des troupes nord-coréennes sur le sol européen. Je crois qu'on ne réalise pas suffisamment à quel point notre monde est en train de changer. Nos compétiteurs comme nos alliés sont en train d'accélérer. Et à un moment, si on ne va pas être derrière, il faut qu'on ait un débat franc, ouvert sur les choix, et les contraintes budgétaires aussi que ça va représenter. Donc ça ne veut pas dire taxer les entreprises pour qu'elles filent aux Etats-Unis faire la tech des Américains. Là, il y a beaucoup de sujets en même temps. On va reposer des questions très précises.
Sur ce que les Etats-Unis ont fait, ce que Donald Trump fait, est-ce qu'il est en train de s'aligner sur les positions de Vladimir Poutine ?
Là, il y a une négociation. Vous savez, la semaine dernière, j'ai entendu Donald Trump dire je vais mettre la Russie sous plus de pression économique et je vais augmenter les sanctions. Donc à un moment, la question c'est si la Russie n'est pas prête à faire des compromis et à se mettre à la table des négociations, effectivement, il faut continuer à mettre les Ukrainiens dans la position de force la plus favorable possible sur le terrain et continuer à accroître la pression économique. C'est ce qu'a dit le président Trump lui-même. Moi, je ne vais pas commencer à surinterpréter, surspéculer sur une conversation téléphonique.
Tout ce que je vous dis, c'est qu'à un moment, il ne peut pas y avoir de pays durable sans les Ukrainiens, puisque c'est aux Ukrainiens de décider quand ils veulent négocier les types de concessions qu'ils veulent faire et quand ils veulent mettre fin au combat, puisque je vous rappelle qu'aujourd'hui, ils sont toujours en train de résister et de se battre sur le terrain. Il ne peut pas y avoir de pays durable sans les Européens parce que les Européens auront un rôle joué à jouer qui sera clé dans le long terme pour l'Ukraine et la sécurité. Mais c'est là qu'on se pose la question,
puisque demain, par exemple, vous-même, vous allez prendre la direction de Munich pour la conférence sur la sécurité et c'est justement en marge de ce sommet que Volodymyr Zelensky va rencontrer le vice-président américain, G.D. Vance. C'est normal que cette rencontre ait lieu sans un Européen avec eux ?
Mais on rencontre régulièrement les interlocuteurs ukrainiens. Je vous dis, le ministre des Affaires étrangères ukrainien était...
Non, mais si je vous écoute ce matin, c'est qu'en fait, tout se passe en concertation avec les Européens. Pardon, c'est parce qu'on a comme impression en dehors de ce qui se passe là.
Vous passez du temps à m'interroger sur des rencontres avec des Américains. Le ministre des Affaires étrangères ukrainien était hier à Paris. Il était hier à Paris... Oui, mais les Ukrainiens eux-mêmes ne font pas partie des négociations avec les Américains et les Russes. Avec le ministre des Affaires étrangères français et avec les ministres des Affaires étrangères européens. Et on échange régulièrement avec nos homologues américains comme avec nos homologues ukrainiens. Donc évidemment que les Européens sont autour de la table et évidemment que les Européens vont prendre une partie prenante puisqu'il ne peut pas y avoir de paix en Europe sans les Européens.
On a bien compris la position européenne, la position française. Vous avez vu que dans ces négociations pour Donald Trump, il y a un sujet particulier, celui des terres rares. Il a les yeux rivés sur les terres rares qui contiennent des métaux rares en Ukraine. Volodymyr Zelensky a l'air plutôt réceptif à ces demandes. Est-ce que c'est comme ça qu'on fait de la diplomatie en 2025 ? Est-ce qu'on va laisser Donald Trump prendre possession des terres rares ukrainiennes, nous, Européens, alors qu'on en a besoin aussi de ces terres rares ?
Non mais là, encore une fois, on spécule sur des déclarations, sur des effets de manche. Je laisse, vous avez dit, le président ukrainien lui-même a réagi, donc je crois que ça ne sert à rien de réagir à ces différentes annonces. Moi, à un moment, ce que je voudrais quand même rappeler, c'est que l'intérêt non seulement des Européens, mais des Américains, ce n'est pas de donner une victoire facile à Vladimir Poutine en début de mandat.
Mais quel message, quel précédent, ça représenterait pour d'autres théâtres, je pense par exemple à l'Indo-Pacifique, dans lequel les Américains nous disent qu'ils ont des intérêts aujourd'hui majeurs, quelle espèce de signal ça enverrait à d'autres compétiteurs stratégiques des Etats-Unis si en début de mandat, on donne une capitulation et une victoire à la Russie de Vladimir Poutine. Ce n'est pas seulement les intérêts de l'Ukraine et des Européens qui sont en jeu, mais je crois que tout le monde aurait à y perdre, à commencer par les Etats-Unis.
Et je crois que les Etats-Unis le savent, parce qu'une fois de plus, quand on entend le président Trump parler de mettre plus de pression économique sur la Russie de Vladimir Poutine, on voit bien que les conditions de la négociation sont encore mouvantes.
Hier, à votre place, on avait le spécialiste en géostratégie, Nicolas Tenzer, qui nous disait « La paix d'aujourd'hui, ce sera la guerre de demain. »
Mais il souligne exactement la bonne question, comme souvent d'ailleurs avec Nicolas Tenzer sur ces sujets. La paix, si c'est une trêve de quelques années pendant lesquelles la Russie se réarme et réattaque, ce n'est pas la paix, c'est une parenthèse. Et d'ailleurs, c'est ce qu'on a souvent fait sur le continent européen ces dernières années. Je vous le rappelle, en 2008, la Russie attaque la Géorgie. En 2014, la Russie déjà annexe la Crimée et commence à attaquer le Donbass, notamment via des proxys. Donc c'est pour ça que je vous dis que la question, ce n'est pas juste de signer un bout de papier. Les Ukrainiens sont bien placés pour le savoir.
Pendant les années 90, juste après la chute de l'ERF, on leur a demandé d'abandonner leur programme nucléaire parce qu'il y avait toujours des armes nucléaires issues de l'URSS sur le territoire ukrainien, en échange de garanties de sécurité, notamment de la part de la Russie, de garanties sur leur territoire. C'est ce qu'on a appelé le fameux mémorandum de Budapest. Maintenant, les dirigeants ukrainiens, dans les enceintes internationales, ressortent souvent ce mémorandum de Budapest en disant que c'est gentil parce qu'on a abandonné notre programme nucléaire et en échange on a eu des garanties de sécurité bidons que personne n'est venu défendre.
Donc aujourd'hui, la question c'est en effet, comment est-ce qu'on peut assurer de façon stable et durable la paix en Europe en continuant à soutenir les Ukrainiens, même après un cessez-le-feu, en continuant nous à augmenter nos moyens de défense nationaux, à trouver des voies de financement européennes pour lancer des coopérations industrielles. Parce qu'une fois de plus, si on croit que demain, après un cessez-le-feu, la paix est revenue, on n'aura plus jamais besoin de parler de questions de sécurité militaire, de guerre en Europe, ce serait une illusion majeure.
Et ce qui est en train de se passer déjà depuis quelques années, c'est que l'Europe sort de cette illusion, sort de cette parenthèse issue des années 90 où nous sommes dans la paix perpétuelle. On se rend compte qu'on est dans un monde de conflictualité, de menaces, avec à la fois des menaces militaires réelles, la guerre, mais aussi des menaces hybrides. Et ça demande effectivement de sortir de ce cocon confortable. Sans compter sur les Etats-Unis. Et en effet, sans compter sur les Etats-Unis, d'investir dans notre souveraineté et notre autonomie stratégique.
Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l'Europe, est avec nous jusqu'à 9h sur France Info. On vous retrouve juste après le fil info de 8h46. Maureen Suillard. L'Etat n'abandonnera pas les quartiers prioritaires, promet ce matin la ministre de la Ville. Une personne a lancé une grenade hier soir dans un bar de Grenoble, dans le quartier du village olympique. 12 blessés, dont si grave, le pronostic d'une victime est même engagé. L'initiative de Donald Trump n'est pas une trahison de l'Ukraine, affirme à l'instant le Pentagone.
Le président américain qui a eu au téléphone hier Vladimir Poutine, les présidents américains et russes veulent se rencontrer pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Les chefs des diplomaties de 6 pays européens et de l'Ukraine s'opposent à des négociations en leur absence. RTE présente son plan pour développer notre réseau électrique. haute tension. Le gestionnaire national du réseau de transport d'électricité prévoit 100 milliards d'euros d'investissement d'ici 2040. RTE qui veut répondre aux enjeux de décarbonation et de réindustrialisation. Il y a plusieurs défis. Le raccordement des nouveaux réacteurs nucléaires, EPR et de l'éolien en mer notamment.
La ligue de foot professionnelle est d'Azone en plein bras de fer sur le paiement des droits télé. La LFP a signé en référé le principal détenteur des droits. D'Azone refuse de payer une partie de ses droits car la plateforme s'estime lésée et victime d'un piratage trop important. France Info
Le 8.30 France Info Jérôme Chapuis Saliadraplia
Et le ministre délégué en charge de l'Europe sur France Info Benjamin Haddad vous évoquiez tout à l'heure le sommet de l'IA qui s'est achevé mardi à Paris. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni n'ont pas signé la déclaration finale de ce sommet sur l'intelligence artificielle. C'est un échec ?
Mais attendez, pardon, mais on peut quand même saluer cet immense succès diplomatique et économique à Paris cette semaine qui a été le sommet de l'IA. 109 milliards d'euros investis en France dans l'intelligence artificielle dans nos pépites, nos entreprises, nos start-up qui sont en concurrence avec les principaux acteurs internationaux l'ouverture de data centers la formation de talents le tout en plus s'appuyant sur l'énergie décarbonée qui est le nucléaire, l'énergie abondante c'est ce qu'on dit tous les investisseurs 50 milliards d'euros de plus investis par la Commission européenne.
Mais sur la question cruciale notamment de la régulation pas d'alignement avec les Etats-Unis le premier acteur mondial sur le sujet encore une fois, est-ce que c'est pas un échec ?
Mais la condition même de la régulation c'est l'innovation c'est-à-dire qu'on a en Europe ces dernières années développé beaucoup de règles comme l'EI Act comme le Digital Service Act pour lutter contre la manipulation des algorithmes pour protéger les données pour lutter contre la haine en ligne les informations, les ingérences et c'est ce qui fait que les entreprises américaines ou autres chinoises qui veulent pouvoir investir en Europe doivent respecter nos règles Mais la condition de la souveraineté c'est quand même l'innovation et la compétitivité si à un moment on laisse les autres les américains ou les chinois créer les technologies de demain dans l'intelligence artificielle dans le quantique comme on a raté le tournant des plateformes de réseaux sociaux et du numérique mais là on perdra en souveraineté les autres accélèrent donc il faut que nous-mêmes on accélère et moi je suis assez content de voir qu'on a réussi à relancer aussi une forme d'optimisme sur la tech de dire que l'intelligence artificielle c'est aussi une révolution et une chance pour les transports et la mobilité pour la santé, pour l'éducation pour le travail, que ça peut libérer de beaucoup de tâches et recréer du lien humain justement dans beaucoup de métiers où on a été sous le poids de l'administratif ou des normes donc c'est une opportunité extraordinaire pour notre pays et pour notre continent mais c'est aussi un enjeu de souveraineté et même de sécurité nationale
Mais vous entendez aussi ceux qui disent attention, arrêtez avec votre enthousiasme excessif l'IA c'est aussi des suppressions de postes Jean-Luc Mélenchon par exemple accuse Emmanuel Macron de transformer la France en colonie numérique en déroulant le tapis rouge aux américains aux géants de la tech il met l'accent sur la nécessité d'une gouvernance internationale par l'ONU sur l'IA
Mais attendez, la colonie numérique c'est précisément ce qui se passera si on n'investisse pas c'est précisément ce qui se passera si nos talents, nos start-up parce qu'on va se subir, c'est ça ?
Exactement ne parviennent pas à se développer à exporter en Europe à se financer en Europe et partent aux Etats-Unis Aujourd'hui, 300 milliards d'euros d'investissement européens partent aux Etats-Unis parce qu'il n'y a pas la profondeur de marché Si on fait l'union des marchés de capitaux si on harmonise un certain nombre de règles de normes bancaires au niveau européen on donnera les moyens à tous nos talents parce qu'on les a les mathématiciens, les chercheurs, les start-up on a quand vous voyez le succès de Mistral la question c'est effectivement est-ce qu'après on peut les soutenir en leur simplifiant la vie et en leur donnant les moyens de se financer en faisant confiance à nos entrepreneurs de pouvoir être dans la concurrence internationale et jouer des coups avec les OpenIA et les DeepSync ce qu'a montré l'irruption de DeepSync c'est très intéressant c'est que fondamentalement avec le chinois exactement l'application chinoise c'est que avec des applications moins énergivores en data center notamment et avec moins d'investissement de départ a priori en tout cas c'est les informations dont on dispose on peut même dépasser les américains donc rien n'est joué on aime bien le fatalisme et le pessimisme en France et en Europe mais on voit au contraire que cette course internationale elle reste ouverte mais effectivement il y a urgence les autres accélèrent nous ne soyons pas une fois de plus derrière en mettant des contraintes supplémentaires et en ayant un débat qui une fois de plus je le répète est parfois un peu déconnecté de la réalité du monde où on dit on va travailler moins longtemps on va revenir sur la réforme de la traite on va taxer les grandes entreprises mais fondamentalement ce qui va se passer c'est qu'on va entraver là nos acteurs on va se tirer une balle dans le pied dans la concurrence internationale et on va avoir des entrepreneurs qui vont soit pas réussir à être à hauteur de la concurrence ou partir à l'étranger c'est vraiment là quand on parle de colonie numérique la condition c'est de devenir l'innovation
le fait que les GAFAM soient aujourd'hui au coeur du pouvoir à Washington que les géants du numérique exercent aujourd'hui le pouvoir certains en quelque sorte faisant quasiment allégeance d'autres comme Elon Musk étant quasiment en charge d'un ministère et de coupes budgétaires avec une place vraiment au coeur de l'écosystème politique est-ce que ça ne fausse pas complètement la concurrence avec l'Europe ? mais c'est pour ça
qu'en Europe on s'est doté de règles je vous parlais tout à l'heure du DSA le Digital Service Act c'est cet ensemble de règles qui dit de façon très claire que les plateformes numériques ont une responsabilité de modérer leur contenu pour lutter contre la haine en ligne antisémitisme racisme contre la désinformation les ingérences ou la manipulation des algorithmes on a des enquêtes en cours sur X ou sur TikTok par exemple moi j'ai échangé à plusieurs reprises elle est encore à Paris cette semaine avec la commissaire européenne Hena Virkunen qui s'occupe de ces questions de souveraineté technologique pour lui dire qu'on devait accélérer ces enquêtes activer le DSA le cas échéant et les sanctions contre ce type de plateforme
sur le cas d'Elon Musk on peut être au coeur de la machine politique à Washington on peut être le patron d'un réseau social qui opère et qui a une influence très forte en Europe ça pose aucun problème il n'y a pas de conflit d'intérêt du point de vue des règles européennes
bien sûr que si mais c'est ce que je vous dis c'est pour ça qu'on a des règles et qu'on a des enquêtes en cours et qu'effectivement il faut pouvoir les accélérer et le cas échéant pouvoir activer des sanctions vous savez pour investir aux Etats-Unis il y a des règles pour investir en Europe aussi il y a des règles il y a ces règles mais ça doit une fois de plus créer un sentiment d'urgence dans l'innovation dans le soutien à la tech européenne d'où une fois de plus l'importance et le succès de ce sommet sur l'intelligence artificielle qui doit créer une nouvelle dynamique pour la compétitivité et l'innovation et pour investir massivement dans la technologie dans la décarbonation de notre continent dans la défense on en parlait tout à l'heure le rapport Draghi dit c'est 800 milliards d'euros d'investissement public comme privé qu'on doit pouvoir libérer par an en Europe pour pouvoir rattraper la concurrence internationale notamment la concurrence américaine depuis 30 ans les américains ont généré deux fois plus de PIB par habitant que l'Europe alors soit on s'autoflagelle et on tombe dans le fatalisme soit on se réveille et je crois qu'on est en train d'assister à un sursaut européen qui est largement aussi d'ailleurs impulsé par la France qu'on voit dans à la fois ce sommet IA mais aussi dans les annonces qui ont été faites par la commission européenne qui peuvent être inquiétants pour les européens
Benjamin Haddad il l'avait prévenu il le fait Donald Trump a bien décidé d'augmenter le droit de douane pour l'acier et l'aluminium pour le moment c'est 25% pour tous les pays il a prévenu à partir du 12 mars donc pour les pays européens ça y est c'est le début de la guerre commerciale
cette guerre commerciale elle est dans l'intérêt de personne le protectionnisme c'est ni dans l'intérêt des Etats-Unis ni de l'Europe
c'est pas le point de vue de Donald Trump manifestement il considère que c'est l'intérêt des Etats-Unis
maintenant la meilleure façon de faire entendre ce message à nos partenaires commerciaux américains c'est précisément de montrer que nous avons aussi les moyens de nous défendre de se faire respecter et de répondre de la même façon en l'état sur la question des tarifs sur l'acier et l'aluminium vous savez c'était un accord qui avait été trouvé en 2019 à l'époque avec le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker qui devait arriver à terme potentiellement renouvelé en mars le président américain nous annonce qu'il ne le renouvelera pas mais je vous rappelle qu'à l'époque si on avait trouvé cet accord c'est parce que la commission européenne on l'avait bien sûr soutenu avait annoncé des droits de banne en réponse sur un certain nombre de produits américains à même hauteur mais automatiquement bien sûr réciprocité mais bien sûr on va défendre nos intérêts et d'ailleurs non seulement on en avait les moyens à l'époque parce que je vous rappelle qu'en 2016 on a déjà vécu ça pendant le premier mandat de Donald Trump et on nous avait dit les européens sont nuls sont divisés vont aller en rang dispersé à Washington nous sommes restés unis à un marché de 450 millions d'individus qui est le principal partenaire commercial des Etats-Unis et nous nous sommes fait respecter en répondant mais depuis et largement là aussi sous l'impulsion de la France on a renforcé ces outils de l'Union européenne c'est-à-dire on a étendu le champ des activités les services le numérique qui pouvaient être touchés Donald Trump se trompe
sur l'état du rapport de force entre les Etats-Unis et l'Union européenne
l'Union européenne se fera respecter et l'Union européenne défendra ses intérêts on en a les moyens bien sûr qu'on a les moyens on l'a déjà fait on l'a déjà fait on vous pose la question parce que
quand on écoute des représentants de l'Union européenne deux solutions sont avancées acheter plus de gaz liquéfié aux américains pour équilibrer la balance ou acheter plus d'armes américaines dans les deux cas on plie pardon
je suis d'accord avec vous ça c'est une erreur on ne va pas commencer à faire des concessions unilatérales alors qu'une négociation n'a même pas encore commencé ça c'est un signal de faiblesse et on se fera rouler dessus et d'autant que là l'urgence aujourd'hui c'est plutôt d'investir en européen de faire de la préférence européenne sur la défense d'investir dans notre autonomie stratégique sur les questions énergétiques donc massivement dans le nucléaire et dans les renouvelables et de se rendre moins dépendant des autres pas contre les autres mais moins dépendant des autres pour agir seul non mais le sujet c'est en effet alors après qu'on puisse avoir un agenda positif de commerce avec les américains tant mieux mais la meilleure façon de se faire respecter ce sera là de montrer qu'on est capable d'avoir une rétorsion commerciale c'est ce qu'on a fait vous savez récemment sur la question des véhicules électriques chinois les chinois subventionnent massivement leur industrie de véhicules électriques la commission européenne avec le soutien de la France a décidé de tarif douanier il y a quelques années on n'était pas capable sur le photovoltaïque on ne savait pas faire là on commence à sortir de cette naïveté et de jouer le rapport de force avec nos partenaires commerciaux
Benjamin Haddad est-ce que vous êtes inquiet de ce que sont en train de devenir les Etats-Unis pays que vous connaissez bien
je crois que Donald Trump est l'accélérateur d'une tendance de long terme fondamentalement quand on voit le protectionnisme on l'a déjà vécu sous l'administration Biden ma question porte
sur la démocratie américaine est-ce que ça vous inquiète ce qui est en train de se passer là-bas la question des contre-pouvoirs notamment
moi je suis européen je suis français et fondamentalement quand je regarde ce qui se passe aux Etats-Unis je pense aux intérêts de la France et je pense à la nécessité pour nous une fois de plus de réduire notre dépendance de comprendre en fait ce qui est en train de se passer sur le long terme de ne pas être naïf parce que encore une fois il y a Donald Trump mais parfois on avait des présidents américains comme Barack Obama ou Joe Biden qui nous paraissait plus sympathique mais qui nous ont mis des tarifs douaniers qui ont fait du protectionnisme contre nos entreprises comme le cas de l'Iras ou Joe Biden on a eu AUKUS on a eu aussi le pivot vers l'Asie qui avait été en barre oui bien sûr l'affaire des sous-marins
toujours un allié toujours un allié les Etats-Unis
c'est un allié mais à un moment les Polonais ont une formule que j'aime bien ils disent la première assurance vie c'est l'OTAN il nous faut une deuxième assurance vie qui est l'Europe et donc là effectivement c'est le moment pour les Européens de prendre leur destin en main et de cesser leur dépendance
Merci Benjamin Haddad ministre délégué en charge de l'Europe vous étiez l'invité de France Info ce matin
Benjamin Haddad